{"id":5728,"date":"2024-06-13T19:48:36","date_gmt":"2024-06-13T19:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/norvege-hostile-et-nord-vert-docile-etude-des-relations-entre-lhumain-et-la-nature-dans-neige-noire-dhubert-aquin\/"},"modified":"2024-08-15T18:55:02","modified_gmt":"2024-08-15T18:55:02","slug":"norvege-hostile-et-nord-vert-docile-etude-des-relations-entre-lhumain-et-la-nature-dans-neige-noire-dhubert-aquin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5728","title":{"rendered":"Norv\u00e8ge hostile et Nord vert docile : \u00e9tude des relations entre l\u2019humain et la nature dans \u00ab Neige noire \u00bb d\u2019Hubert Aquin"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\">Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36<\/a><\/h5>\n<p>\u00c9crire le territoire, la nature, la relation qu\u2019entretiennent avec elle celles et ceux qui l\u2019habitent. Proc\u00e9d\u00e9 formel ou parfois stylistique, quoiqu\u2019il en soit, repr\u00e9sent\u00e9 dans un r\u00e9cit, un lieu peut faire acte d\u2019\u00e9cologie en participant d\u2019un syst\u00e8me qui raccorde l\u2019\u00eatre humain et son environnement naturel selon un rapport de compl\u00e9mentarit\u00e9 et de cohabitation. Cette \u00e9criture poss\u00e8de d\u2019abord un potentiel significatif et symbolique. Elle permet, par le truchement du geste discursif, de se r\u00e9approprier un territoire afin de confirmer ou d\u2019infirmer les discours qui sont port\u00e9s sur ce dernier, ou encore, d\u2019en dire quelque chose de diff\u00e9rent, quelque chose qui aurait la capacit\u00e9 de modifier \u00e0 son tour l\u2019id\u00e9e qui lui est aff\u00e9rente (Chartier 2013).<\/p>\n<p>Peu importe, en amont, les motifs du sujet auctorial \u00e0 \u00e9crire la nature et le vivant<a id=\"footnoteref1_15jbjje\" class=\"see-footnote\" title=\" Entendu comme un ensemble r\u00e9pertori\u00e9 des esp\u00e8ces cohabitant en un lieu g\u00e9ographiquement d\u00e9fini. Voir Hubert Faes. 2006. \u00ab\u00a0\u00c9volutionnisme\u00a0\u00bb. Dictionnaire de la philosophie. Paris\u00a0: Albin Michel, coll. \u00ab\u00a0Encyclopaedia universalis\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote1_15jbjje\">[1]<\/a>, un questionnement traverse l\u2019ensemble des genres et des po\u00e9tiques\u00a0: quel type de discours l\u2019\u0153uvre tient-elle sur le lieu? Comment les rapports entre l\u2019humain et son milieu de vie y sont-ils repr\u00e9sent\u00e9s et de quelle mani\u00e8re le discours tenu peut-il influencer la nature de ces m\u00eames rapports?<\/p>\n<p>Si une \u0153uvre montre bien la mouvance discursive et ses impacts sur l\u2019\u00eatre qui habite et subit son environnement, il s\u2019agit de <em>Neige noire <\/em>d\u2019Hubert Aquin. Publi\u00e9 originellement en 1974, le roman-script-sc\u00e9nario se d\u00e9roule en Norv\u00e8ge \u2014 pays des fjords ac\u00e9r\u00e9s, des \u00eeles perdues dans l\u2019horizon glacial du cercle polaire et du soleil intarissable au solstice d\u2019\u00e9t\u00e9. Les repr\u00e9sentations de la Norv\u00e8ge que fait l\u2019auteur sont, \u00e0 ce titre, aussi vari\u00e9es que pr\u00e9cises; ne laissant pas d\u2019espace entre les mots pour que s\u2019\u00e9chappe une ind\u00e9termination du sens. Tout semble calcul\u00e9 et vou\u00e9 \u00e0 servir l\u2019intrigue de mani\u00e8re \u00e0 faire culminer les \u00e9v\u00e8nements vers une finalit\u00e9 implacable\u00a0: la mort de l\u2019une des protagonistes.<\/p>\n<p>Nicolas et Sylvie, un jeune couple r\u00e9cemment mari\u00e9, font leur voyage de noces en Norv\u00e8ge et plus pr\u00e9cis\u00e9ment au Svalbard, un archipel situ\u00e9 dans l\u2019oc\u00e9an Arctique. Nicolas, acteur et cin\u00e9aste, se d\u00e9m\u00e8ne corps et \u00e2me \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un film se voulant le plus vrai possible, le plus fid\u00e8le \u00e0 ce qu\u2019il peut lui-m\u00eame vivre sur le bateau qui vogue sur la mer de Barents. Angles de cam\u00e9ra, commentaires sc\u00e9nographiques et indications techniques se succ\u00e8dent \u00e0 travers une trame narrative qui nous m\u00e8ne au-dessus du cercle polaire. Au fil de l\u2019histoire, les amants partant \u00e0 leur propre recherche d\u00e9couvrent en eux un d\u00e9chirement m\u00e9taphysique impossible \u00e0 colmater; une angoisse d\u2019\u00eatre au monde qui s\u2019amplifie et s\u2019ab\u00eeme dans l\u2019immensit\u00e9 norv\u00e9gienne (Brun 2006, 127). Entre sc\u00e8nes d\u2019amour tendre o\u00f9 la chaleur embrase les personnages et actes de violences physiques et psychologiques perp\u00e9tr\u00e9s de part et d\u2019autre, les liens sont maintenus puis rompus par une imagerie singuli\u00e8re qui d\u00e9voile une Norv\u00e8ge douce et accueillante, mais aussi froide et hostile.<\/p>\n<h2>Deux p\u00f4les de discours comme moteur \u00e0 l\u2019intrigue<\/h2>\n<p>Daniel Chartier affirme que l\u2019imaginaire du Nord \u00ab\u00a0se distingue en ce qu\u2019il s\u2019est forg\u00e9 sur le discours plus que sur l\u2019exp\u00e9rience pendant des si\u00e8cles, ce qui a accentu\u00e9 l\u2019autonomie des couches discursives de \u201cl\u2019int\u00e9rieur\u201d et de \u201cl\u2019ext\u00e9rieur\u201d\u00a0\u00bb (Chartier 2018, 11). Les repr\u00e9sentations des r\u00e9gions arctiques ne se sont donc pas affranchies d\u2019une certaine tradition, d\u2019un certain canon qui aplanit l\u2019image polaire en g\u00e9n\u00e9ral. En revanche, il existe \u00e9galement un contre-discours g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par celles et ceux qui fr\u00e9quentent le territoire et qui est fond\u00e9 sur une connaissance physique du lieu \u2014 venant parfois confirmer et parfois discr\u00e9diter une conception bas\u00e9e uniquement sur le discours tiers.<\/p>\n<p>L\u2019oscillation entre ces deux formes d\u2019imaginaire, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 canonique et de l\u2019autre pr\u00e8s de l\u2019exp\u00e9rience empirique du lieu, est ce qui para\u00eet entra\u00eener des variations \u00e9motionnelles chez les personnages de <em>Neige noire<\/em>. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de balancier permet, d\u2019une part, de mettre en place une symbolique territoriale poss\u00e9dant une influence sur les dispositions sentimentales des sujets et, d\u2019autre part, de provoquer les \u00e9v\u00e8nements de sorte que le parcours des protagonistes progresse et arrive \u00e0 terme. Alors que les discours de l\u2019ext\u00e9rieur se pr\u00e9sentent comme un \u00ab\u00a0ensemble de signes \u00e9tablis au fil des si\u00e8cles par la culture occidentale pour repr\u00e9senter l\u2019id\u00e9e du Nord\u00a0\u00bb (Chartier 2018, 12), les discours de l\u2019int\u00e9rieur op\u00e8rent \u00e0 partir d\u2019une dynamique concurrentielle des couches discursives. En effet, Chartier pr\u00e9cise qu\u2019ils \u00ab\u00a0en confirment ou en modifient certaines caract\u00e9ristiques [constituant ainsi] ce qu\u2019est \u201cl\u2019imaginaire du Nord\u201d\u00a0\u00bb (13).<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit sera cons\u00e9quemment analys\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 d\u00e9montrer que les types de discours projet\u00e9s sur le Nord par Aquin oscillent entre les formes de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur et qu\u2019ils sont, de m\u00eame, immanquablement li\u00e9s \u00e0 des affects particuliers. L\u2019imagerie canonique mettant en \u00e9vidence l\u2019hostilit\u00e9, le froid et la blancheur correspond aux \u00e9tats d\u2019\u00e2me sombres, tandis que celle davantage fid\u00e8le \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience empirique est li\u00e9e au discours de l\u2019int\u00e9rieur, au confort, \u00e0 la chaleur et \u00e0 l\u2019amour. Cette analyse des diverses repr\u00e9sentations de la Norv\u00e8ge dans le roman permettra en outre de consid\u00e9rer que l\u2019\u00e9criture du lieu offre une perspective rapproch\u00e9e du rapport entre humains et nature pour comprendre comment la relation entre l\u2019un et l\u2019autre se cr\u00e9e de mani\u00e8re interd\u00e9pendante.<\/p>\n<h2>Norv\u00e8ge hostile<\/h2>\n<p>Un pan du tableau norv\u00e9gien bross\u00e9 dans <em>Neige noire<\/em> concorde avec les repr\u00e9sentations canoniques du Nord en ce qu\u2019il appara\u00eet aux yeux du lectorat et des personnages comme \u00ab\u00a0un monde \u201cnaturel\u201d, inconnu, vide, inhabit\u00e9, \u00e9loign\u00e9 [\u2026] formant un syst\u00e8me de signes\u00a0\u00bb (Chartier 2010, 10) dans lequel les points de rep\u00e8re du sujet sont d\u00e9suets. Ainsi, lors de la travers\u00e9e de la mer de Barents, le <em>Nordoge<\/em>, le bateau qu\u2019empruntent Nicolas et Sylvie, c\u00f4toie des \u00ab\u00a0glaces qui [\u2026] ont maintenant des proportions g\u00e9antes; ce sont les redoutables icebergs, forteresses flottantes\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 86). R\u00e9sultant d\u2019un agrandissement des formes naturelles qui transforme le paysage \u00e0 partir d\u2019un danger disproportionn\u00e9, ces images d\u00e9form\u00e9es placent les personnages devant une surench\u00e8re de texture et un gigantisme qui provoque chez eux une exp\u00e9rience vertigineuse et d\u00e9sorientante de l\u2019ordre du sublime<a id=\"footnoteref2_pgc7b34\" class=\"see-footnote\" title=\" En effet, le sublime est caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9clin des passions plut\u00f4t que par une amplification de ces derni\u00e8res. Le sujet se trouve ainsi destitu\u00e9 de ses points de rep\u00e8res habituels \u2014 un instant plane, celui du kairos, c\u2019est-\u00e0-dire celui de l\u2019opportunit\u00e9 qui se manifeste en d\u00e9pit de l\u2019\u00eatre, au-dessus du pathos avant de s\u2019y effondrer. Pour de plus amples pr\u00e9cisions \u00e0 ce sujet, voir, Longin. (1993). Du sublime, Paris, \u00c9ditions Payot &amp; Rivages, coll. \u00ab\u00a0Rivages poche\/Petite Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, p.\u00a039.\" href=\"#footnote2_pgc7b34\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Si la nature appara\u00eet comme la prime cause de l\u2019hostilit\u00e9 associ\u00e9e aux repr\u00e9sentations du Nord\u00a0: elle impose \u00e9galement son roulement cyclique, l\u2019infaillible reprise du vivant sur le vivant<a id=\"footnoteref3_kgr1nky\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c9mile Cioran pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0si la raison d\u00e9savoue l\u2019app\u00e9tit de vivre, le rien qui fait prolonger les actes est pourtant d\u2019une force sup\u00e9rieure \u00e0 tous les absolus; il explique la coalition tacite des mortels contre la mort\u00a0\u00bb pr\u00e9cisant par-l\u00e0 que la pers\u00e9v\u00e9rance n\u00e9cessaire \u00e0 la vie est immanquablement foul\u00e9e du pied par l\u2019av\u00e8nement de nouveaux \u00eatres. Un roulement s\u2019impose malgr\u00e9 tout et tous. Voir, Cioran, \u00c9mile. (1949). Pr\u00e9cis de d\u00e9composition, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Tel\u00a0\u00bb, p.\u00a032.\" href=\"#footnote3_kgr1nky\">[3]<\/a>. C\u2019est ce m\u00eame mouvement qui semble permettre une progression de l\u2019intrigue dans le roman d\u2019Aquin. Pour cette raison, des extraits du p\u00e9riple de Sylvie et de Nicolas vers le Svalbard seront d\u2019abord analys\u00e9s de mani\u00e8re successive pour montrer comment ces repr\u00e9sentations \u00ab\u00a0hostiles\u00a0\u00bb prennent place dans le r\u00e9cit. Une fois les personnages rendus au Svalbard, des repr\u00e9sentations aust\u00e8res analogues de la Norv\u00e8ge seront rattach\u00e9es \u00e0 une nature inqui\u00e9tante qui t\u00e9moignera du funeste destin de Sylvie.<\/p>\n<h2>Nature et sublime\u00a0: le chagrin de Nicolas<\/h2>\n<p>Dans cette sc\u00e8ne qui se d\u00e9roule sur le <em>Nordoge<\/em>, tout juste avant l\u2019arriv\u00e9e au Svalbard, c\u2019est le paysage qui prend toute la place. Et comme en \u00e9cho aux vers de Lamartine pour qui la nature environnante offre une ouverture \u00ab\u00a0aux \u00e9motions douces ou p\u00e9nibles de son \u00e2me\u00a0\u00bb (Bordeaux 1921), Nicolas se demande\u00a0: \u00ab\u00a0Comment dit-on chagrin en norv\u00e9gien?\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 88). La question n\u2019est pas sans liens avec l\u2019utilisation pr\u00e9c\u00e9dente des termes \u00ab\u00a0g\u00e9antes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0redoutables\u00a0\u00bb pour qualifier les glaciers \u00e0 la d\u00e9rive sur la mer, car ils agissent comme emphase rh\u00e9torique, comme intensifs stylistiques qui limitent l\u2019exp\u00e9rience du sujet \u00e0 un syntagme marqu\u00e9 par la grandeur et le danger. Ainsi, non seulement le choix de mots sp\u00e9cifiques correspond \u00e0 la repr\u00e9sentation canonique du Nord, mais il s\u2019accorde aussi \u00e0 une exp\u00e9rience subjective du sublime qui d\u00e9route le sujet et efface ses points de rep\u00e8re\u00a0: la question qu\u2019il se pose est, \u00e0 ce titre, adress\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 quelqu\u2019un sans doute assez loin de lui\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 88) comme s\u2019il devenait \u00e9tranger \u00e0 sa propre personne, \u00e0 son propre corps, \u00e0 son ancrage dans le monde. Dans un trait\u00e9 \u00e9crit au premier si\u00e8cle et attribu\u00e9 \u00e0 Longin, on soutient en effet que le sublime r\u00e9side dans l\u2019\u00e9l\u00e9vation puis dans l\u2019abaissement, ou la chute de l\u2019\u00e2me devant une menace qui n\u2019en est pas r\u00e9ellement une dans l\u2019imm\u00e9diat, l\u2019\u00e2me s\u2019\u00e9l\u00e8verait seulement pour mieux retomber<a id=\"footnoteref4_229jqpw\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 ce sujet, voir, Longin. (1993). Du sublime, Paris, \u00c9ditions Payot &amp; Rivages, coll. \u00ab\u00a0Rivages poche\/Petite Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, p.\u00a074.\" href=\"#footnote4_229jqpw\">[4]<\/a>. Le chagrin de Nicolas appara\u00eet d\u00e8s lors comme symptomatique d\u2019une nature \u00e9normissime, redoutable et indomptable qui \u00ab\u00a0a boulevers\u00e9 l\u2019ordre\u00a0[de ses] pens\u00e9es\u00a0\u00bb (Longin 1993, 92).<\/p>\n<p>Les deux personnages principaux de l\u2019\u0153uvre apparaissent du reste aveugl\u00e9s sur la passerelle du navire \u00ab\u00a0le regard perdu dans le reflet des n\u00e9v\u00e9s et des langues glaciaires, leur attention mobilis\u00e9e par ces premi\u00e8res images de l\u2019archipel du Svalbard\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 86). Faute de pouvoir discerner clairement les lieux, ils regardent sans voir cette \u00ab\u00a0jungle de glaciers et d\u2019ar\u00eates granitiques\u00a0\u00bb (86) comme s\u2019il leur \u00e9tait impossible de comprendre ou de dire qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>La m\u00e9lancolie de Nicolas face \u00e0 cette \u00ab\u00a0banquise qui flotte comme une barri\u00e8re infranchissable autour de l\u2019absolu\u00a0\u00bb (85) t\u00e9moigne de l\u2019incapacit\u00e9 du personnage \u00e0 formuler le mal qui l\u2019atteint. L\u2019absolu \u00e9tant \u00ab\u00a0d\u00e9pouill\u00e9 des repr\u00e9sentations, des figures multiples\u00a0\u00bb (Bruaire 2006, 11), il s\u2019agit d\u2019une notion qui \u00ab\u00a0\u00e9chappe [\u2026] \u00e0 toute d\u00e9finition\u00a0\u00bb (12). Devant cet indicible, Nicolas n\u2019arrive pas \u00e0 nommer ce qui cause sa peine. Il est d\u2019embl\u00e9e emport\u00e9 par un panorama vaste et dangereux qui se r\u00e9p\u00e8te inlassablement, glace apr\u00e8s glace, et qui \u00e9veille chez lui l\u2019id\u00e9e d\u2019une douleur \u00ab\u00a0d\u00e9licieuse qui est l\u2019effet le plus authentique et le meilleur crit\u00e8re du sublime\u00a0\u00bb (Burke 2009 [1757], 144). \u00c0 la mani\u00e8re de ce qui engendre l\u2019exp\u00e9rience du sublime et de ce qui \u00ab\u00a0conserve \u00e0 l\u2019\u00e9tat de choses cach\u00e9es\u00a0\u00bb (Longin 1993, 88) les causes de ses effets, la nature aust\u00e8re d\u00e9peinte par Aquin mime et m\u00eame provoque, sans raison, les \u00e9tats d\u2019\u00e2me du personnage. L\u2019environnement dans lequel il se trouve n\u2019est pas isol\u00e9 de lui, au contraire, il est totalement immersif. Et sur le bateau, Sylvie ressent \u00e9galement la puissance supra-sensorielle de cette nature sublimissime. Alors qu\u2019elle \u00ab\u00a0se tourne pour voir un \u00e9norme bloc lingual tomber dans la mer, produisant par sa chute une grande explosion liquide et sonore\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 89), elle d\u00e9clare, d\u00e9pass\u00e9e par les \u00e9v\u00e8nements\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019en peux plus; je vais me reposer un peu, Nic.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La mer de Barents n\u2019est, en effet, nullement soumise \u00e0 la travers\u00e9e qu\u2019en font Nicolas et Sylvie. Elle s\u2019impose \u00e0 eux dans toute sa grandeur et ses dangers. Elle d\u00e9passe leurs capacit\u00e9s \u00e0 appr\u00e9hender l\u2019espace en plus de modifier explicitement leur rapport \u00e0 eux-m\u00eames, au lieu et au temps. En cons\u00e9quence, les r\u00e9f\u00e9rents temporels et spatiaux usuels des sujets ne sont plus d\u2019aucune utilit\u00e9 dans cette contr\u00e9e de blancheur glaciale o\u00f9 la nature ne d\u00e9voile jamais les causes de son hostilit\u00e9. Du reste, Aquin, \u00e0 force \u00ab\u00a0de r\u00e9p\u00e9tition compulsive des mots du froid produit un effet d\u2019obturation verbale, qui mime, par sa masse, l\u2019\u00e9paisseur infrangible de la glace\u00a0\u00bb (Gomez 2018, 321). Le vertige de Nicolas s\u2019en trouve accentu\u00e9, ce qui le d\u00e9sarme et justifie son inconfort. Comme pour l\u2019aboutissement d\u2019une exp\u00e9rience du sublime \u00e0 la suite de laquelle l\u2019\u00e2me s\u2019abaisse, l\u2019\u00e9preuve intense et exalt\u00e9e que font les deux protagonistes de la nature puissante les laisse dans un \u00e9tat de grande labilit\u00e9 \u00e9motionnelle. Ainsi, devant un spectacle \u00e0 faire frissonner, mais qui pourtant ne l\u2019atteint pas physiquement, \u00ab\u00a0Nicolas ne peut s\u2019emp\u00eacher de ressentir de l\u2019angoisse\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 97). Les deux personnages sont d\u2019ailleurs successivement pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00e9tant \u00e9mus jusqu\u2019aux larmes (69), effray\u00e9s (86) ou encore en proie \u00e0 la \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb (88). Leurs \u00e9tats d\u2019\u00e2me s\u2019agencent et concordent parfaitement avec cette fresque inhospitali\u00e8re que peint Aquin du Nord norv\u00e9gien. Ce carrousel d\u2019\u00e9motions, marqu\u00e9 par une r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019\u00e9l\u00e9vation et de l\u2019abaissement de l\u2019\u00e2me propre \u00e0 la notion du sublime, force les \u00e9v\u00e8nements du r\u00e9cit \u00e0 s\u2019encha\u00eener. La repr\u00e9sentation d\u2019une nature dangereuse et g\u00e9ante favorise, en ce sens, l\u2019avancement de l\u2019intrigue en faisant s\u2019alterner chez les personnages des affects qui entra\u00eenent l\u2019action.<\/p>\n<h2>La mort, seule habitante<\/h2>\n<p>Ce tableau norv\u00e9gien que dresse Hubert Aquin est donc d\u2019abord constitu\u00e9 d\u2019une nature dangereuse, \u00ab\u00a0\u00e9loign\u00e9e et sauvage\u00a0\u00bb (84), qui prend les sujets par surprise et semble surgir de toute part, pr\u00eate \u00e0 porter atteinte \u00e0 leurs vies. Un autre \u00e9l\u00e9ment important du canon des repr\u00e9sentations nordiques se r\u00e9v\u00e8le dans le roman\u00a0: l\u2019id\u00e9e que la zone polaire serait un lieu impropre \u00e0 l\u2019habitation, voire inhabitable (Chartier 2018, 10). En ce sens, la narration d\u00e9crit l\u2019Isfjorden, le fjord dans lequel s\u2019enfonce le <em>Nordoge<\/em> \u00e0 l\u2019aboutissement de la travers\u00e9e de la mer de Barents, comme \u00ab\u00a0un d\u00e9sert d\u2019o\u00f9 surgissent des pyramides blanches et bleues\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 93).<\/p>\n<p>En ces lieux \u00e9loign\u00e9s des centres urbains, jamais n\u2019est mentionn\u00e9e la pr\u00e9sence d\u2019humains autres que ceux \u00e0 bord du navire. D\u2019ailleurs, le choix des termes par Aquin<a id=\"footnoteref5_jc4a8db\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans la partie \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb du roman, le dossier \u00ab\u00a0\u00c0 citer\u00a0\u00bb contient, outre une liste de 25 termes servant \u00e0 d\u00e9signer la couleur rouge, des listes d\u2019expressions relevant de la g\u00e9ologie, de la min\u00e9ralogie et des glaciers, dont une bonne partie se retrouvent dans le roman.\u00a0\u00bb \u00c0 ce titre voir, Mocquais, Pierre-Yves. (1997). \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, dans Neige noire, Montr\u00e9al, Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise, p.\u00a0XCVII.\" href=\"#footnote5_jc4a8db\">[5]<\/a> (\u00ab\u00a0d\u00e9sert\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0blanches\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bleues\u00a0\u00bb, etc.) provoque une amplification rh\u00e9torique par laquelle se construit \u00ab\u00a0l\u2019image d\u2019une nature inhumaine, hostile \u00e0 toute forme de vie, y compris celle des [passagers]\u00a0\u00bb (Lefevre-Radelli 2018, 203). On met ainsi en place un r\u00e9seau symbolique de l\u2019inhabitable, voire de la mort, ou du moins, dans lequel l\u2019existence humaine est absente; personne ne loge en ces lieux isol\u00e9s, personne ne peut y vivre. Paradoxalement, les seuls \u00e9l\u00e9ments qui semblent s\u2019apparenter au vivant sont ceux de la nature alors qu\u2019une \u00ab\u00a0multitude d\u2019\u00e9clats bleu sombre jaillissent dans toutes les directions\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 81). Or, la pr\u00e9cision de la couleur bleue par le qualificatif \u00ab\u00a0sombre\u00a0\u00bb ajoute une couche s\u00e9mantique \u00e0 la description\u00a0: la s\u00fbret\u00e9 de cette anse s\u2019en trouve directement discr\u00e9dit\u00e9e. Les magnifiques sommets du Spitzbergen se m\u00e9tamorphosent \u00e9galement et \u00ab\u00a0n\u2019[ont] plus rien de commun avec des paysages humains\u00a0\u00bb (108). On peut s\u2019imaginer qu\u2019\u00e0 l\u2019approche de l\u2019endroit quelque chose d\u2019assur\u00e9ment inqui\u00e9tant se trame ce qui laisse pr\u00e9sager l\u2019incapacit\u00e9 du lieu \u00ab\u00a0\u00e0 accueillir la vie, qu\u2019elle soit v\u00e9g\u00e9tale ou humaine\u00a0\u00bb (Lefevre-Radelli 2018, 202).<\/p>\n<p>La temporalit\u00e9 du lieu est, \u00e0 ce titre, significative. Elle est, \u00e0 proprement parler, d\u00e9shumanis\u00e9e, car les r\u00e9f\u00e9rents collectivement admis ne sont plus en vigueur ni m\u00eame n\u00e9cessaires. Cette alt\u00e9ration du <em>tempus continuum<\/em> se produit d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de Nicolas et Sylvie dans la ville de Bokkol. Au moment o\u00f9 Nicolas \u00ab\u00a0s\u2019arr\u00eate devant la vitrine d\u2019un horloger\u00a0: toutes les pendules et tous les chronom\u00e8tres sont arr\u00eat\u00e9s\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 61). D\u00e9j\u00e0, la narration donne l\u2019indice que de percevoir et de concevoir le temps comme une segmentation \u00ab\u00a0math\u00e9matique, fig\u00e9e dans l\u2019ordre g\u00e9om\u00e9trique\u00a0\u00bb (Delaunay 2006, 604) est d\u00e9sormais d\u00e9suet. Cette id\u00e9e se confirme plus loin alors que le \u00ab\u00a0<em>tempus continuatum <\/em>[<em>sic<\/em>] transmue le temps transitif en temps immanent dont le spectateur imagine mal comment il pourra se d\u00e9faire\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 99). Cette indication cin\u00e9matographique pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0[le] film se d\u00e9roule hors de toute fatalit\u00e9\u00a0\u00bb (99), c\u2019est-\u00e0-dire en dehors de toute dur\u00e9e percevable, justifie \u00e0 la fois la suspension du temps et la d\u00e9shumanisation du lieu de m\u00eame que son hostilit\u00e9 et sa pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p>Un retour en arri\u00e8re dans lequel Sylvie est \u00ab\u00a0boulevers\u00e9e\u00a0\u00bb (101) est mis en sc\u00e8ne alors que tout n\u2019est que d\u00e9sordre dans une temporalit\u00e9 d\u00e9traqu\u00e9e qui accentue l\u2019inconfort, le chagrin et l\u2019angoisse des personnages. Il n\u2019y a plus de segmentation entre le jour et la nuit, et Sylvie et Nicolas sont affect\u00e9s par cette lumi\u00e8re continue qui avale tout. La nature engouffre ainsi jusqu\u2019\u00e0 la repr\u00e9sentation de l\u2019espace humain de mani\u00e8re \u00e0 imposer son cycle et \u00ab\u00a0faire du temps le milieu immobile de tous les changements\u00a0\u00bb (Barreau 2006, 1987). L\u2019analepse accentue cette impression en ouvrant une br\u00e8che \u00ab\u00a0entre la certitude implacable de la mort et le d\u00e9sir \u00e0 jamais inassouvi d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb (Delaunay 2006, 604) qui hante les protagonistes. Nicolas et Sylvie, lorsqu\u2019ils d\u00e9barquent du bateau et qu\u2019ils commencent \u00e0 gravir la montagne vers le camp dans lequel ils passeront la nuit, sont confront\u00e9s \u00e0 cette ambivalence. \u00c0 peine l\u2019ascension entam\u00e9e, Sylvie tr\u00e9buche et, peinant \u00e0 se relever, voit que \u00ab\u00a0partout autour\u2026 Ce sont des squelettes humains\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 110). Alors que les commentaires de Nicolas se font de plus en plus glauques et horrifiques \u2014 \u00ab\u00a0Voici la place des l\u00e8vres que j\u2019ai bais\u00e9es tant de fois\u2026\u00a0\u00bb dit-il en prenant un cr\u00e2ne dans sa main. (110) \u2014 Sylvie, apr\u00e8s avoir vu le cimeti\u00e8re, \u00ab\u00a0tremble et [\u2026] ne peut [s\u2019]emp\u00eacher d\u2019avoir la gorge serr\u00e9e\u00a0\u00bb (110). Par ailleurs, cette randonn\u00e9e morbide conduit Sylvie vers un d\u00e9c\u00e8s \u00e9nigmatique venant concr\u00e9tiser l\u2019id\u00e9e qu\u2019en ces lieux rien de vivant ne semble \u00e0 sa place; c\u2019est la mort seulement qu\u2019engendrent les cycles naturels.<\/p>\n<h2>Un usage op\u00e9ratoire de l\u2019imaginaire du Nord<\/h2>\n<p>Le traitement stylistique et esth\u00e9tique du Nord norv\u00e9gien dans Neige noire tresse un chemin de sens entre l\u2019ensemble des repr\u00e9sentations d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019auteur. En s\u2019arrimant aux \u00e9tats d\u2019\u00e2me sombres et angoiss\u00e9s des amants, il permet, par les variations \u00e9motionnelles qu\u2019il provoque, de faire avancer l\u2019intrigue du roman. Les \u00e9v\u00e8nements se posent ainsi comme des points de contr\u00f4le, des conduites (de Certeau 1980, 170) qui ordonnent le r\u00e9cit. Ainsi, par \u00ab\u00a0les connexions entre les \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;histoire, leurs causes et leurs cons\u00e9quences\u00a0\u00bb (Baroni 2017), on \u00e9chafaude progressivement une trame narrative directement influenc\u00e9e par le territoire. La nature, et la description qui en est faite, accentue par le fait m\u00eame un mal-\u00eatre qui semble poursuivre les personnages. Comme si l\u2019environnement \u00e9tait greff\u00e9 sur leur inconscient et agissait sur ce dernier (Leennardt 1968, 262). Ghozlane Fleury-Bahi pr\u00e9cise d\u2019ailleurs que \u00ab\u00a0les attributs du lieu tels que sa lisibilit\u00e9, son esth\u00e9tique, sa coh\u00e9rence spatiale, son caract\u00e8re plus ou moins complexe seront consid\u00e9r\u00e9s comme autant de facteurs susceptibles de venir influencer\u00a0\u00bb (2010, 12) l\u2019\u00eatre qui s\u2019y d\u00e9veloppe ou simplement s\u2019y trouve.<\/p>\n<p>Les personnages du roman d\u2019Aquin vivent en relation conflictuelle avec l\u2019environnement compte tenu de leur difficult\u00e9 \u00e0 le lire et \u00e0 le comprendre. Tout y est en effet glace et blancheur \u2014 une feuille blanche impossible \u00e0 d\u00e9chiffrer. Qui plus est, les repr\u00e9sentations d\u2019une Norv\u00e8ge inhospitali\u00e8re\u00a0: descriptions angoissantes, mise en image d\u2019une nature peu accueillante et la malencontreuse d\u00e9couverte du cimeti\u00e8re mettent en \u00e9vidence le destin tragique de la protagoniste. Comme si le p\u00e9riple nordique devait aboutir par cette in\u00e9vitable fatalit\u00e9, que seule la mort pouvait survenir dans ce lieu.<\/p>\n<h2>Norv\u00e8ge docile<\/h2>\n<p>Le pays nordique d\u2019Aquin, tel que d\u00e9peint dans les extraits pr\u00e9sent\u00e9s plus haut, semble dangereux; il impose l\u2019angoisse et le chagrin \u00e0 ceux qui osent s\u2019y aventurer. En revanche, la Norv\u00e8ge de <em>Neige noire <\/em>n\u2019est pas uniquement aust\u00e8re. Il arrive \u00e9galement qu\u2019elle se montre verdoyante et rassurante. Des repr\u00e9sentations d\u2019une Norv\u00e8ge plus docile, et qui concordent avec ce que Daniel Chartier d\u00e9signe comme un regard de l\u2019int\u00e9rieur (2010, 9-10), se r\u00e9v\u00e8lent dans le roman. Cette vision est due \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience empirique que les personnages font du territoire. Propre \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 du lieu et \u00e0 la sensibilit\u00e9 de celui qui s\u2019y aventure, cette prise de contact plus personnalis\u00e9e vient confirmer ou infirmer les discours canoniques int\u00e9rioris\u00e9s de l\u2019imaginaire du Nord.<\/p>\n<p>Ces images d\u2019un Nord accueillant la vie sous toutes ses formes s\u2019agencent, dans le cas qui nous occupe, \u00e0 des dispositions d\u2019esprit plus saines et plus douces qui favorisent chez les personnages des sentiments amoureux et chaleureux. Suivant le principe de succession propos\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019\u00e9tude, il sera d\u00e9montr\u00e9 comment la combinaison des deux cat\u00e9gories d\u2019imageries pr\u00e9sent\u00e9es tout au long du r\u00e9cit par Aquin agit sur la s\u00e9quence narrative. La progression de l\u2019histoire se trouve encore une fois et subs\u00e9quemment d\u00e9pendante des all\u00e9gories privil\u00e9gi\u00e9es, qui sont plus pr\u00e8s, pour ce qui suit, de l\u2019exp\u00e9rience subjective du lieu.<\/p>\n<h2>Le printemps ou le beau temps<\/h2>\n<p>La travers\u00e9e de la mer de Barents \u2014 th\u00e9\u00e2tre du chagrin de Nicolas \u2014 n\u2019est pas uniquement source d\u2019une symbolique qui participe d\u2019un univers arctique effrayant. \u00c0 mi-chemin entre l\u2019\u00eele de Bjornoya et le Vestspitzbergen, l\u2019\u00e9tendue d\u2019eau qui apparaissait pourtant dangereuse et mena\u00e7ante est d\u00e9crite comme \u00ab\u00a0un champ de coton dont les fleurs, en l\u2019espace de quelques milles marins, se mettent \u00e0 \u00e9clore de partout et en m\u00eame temps\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 78). Si l\u2019image n\u2019est qu\u2019une m\u00e9taphore, ce qui nous importe ici est le vocabulaire utilis\u00e9. Le bleu \u00ab\u00a0sombre\u00a0\u00bb employ\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment pour d\u00e9crire les glaciers devient soudainement \u00ab\u00a0souffl\u00e9\u00a0\u00bb (78), comme un signe de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 alors que les glaces qui flottent sur la mer sont d\u00e9sormais de fragiles \u00ab\u00a0fleurs sans calice\u00a0\u00bb (78). Les icebergs ne sont plus ces \u00ab\u00a0barri\u00e8res infranchissables\u00a0\u00bb (81), mais sont plut\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9s maintenant comme faisant partie d\u2019une agr\u00e9able fresque florale; de simples morceaux de glace \u00e0 la d\u00e9rive desquels \u00e9mane une franche beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019est donc plus question de d\u00e9peindre un endroit mena\u00e7ant, mais plut\u00f4t d\u2019offrir une perspective plus temp\u00e9r\u00e9e de la mer de Barents. Cette repr\u00e9sentation adoucie que propose Aquin du Svalbard \u00e9voque en outre la mobilit\u00e9 des glaces au printemps lorsque la \u00ab\u00a0diminution de l\u2019extension de la banquise permet d\u2019envisager l\u2019exploration\u00a0\u00bb (Rojo 20018, 175) plus approfondie du pays de mani\u00e8re plus s\u00e9curitaire. D\u00e8s lors, m\u00eame si la narration fait s\u2019entrechoquer les glaces qui heurtent la coque du bateau, une atmosph\u00e8re plus sereine s\u2019installe et les personnages paraissent davantage en contr\u00f4le\u00a0: l\u2019espace est enfin lisible; ils sont en mesure de le comprendre, de l\u2019analyser et de l\u2019expliquer.<\/p>\n<p>Ainsi, lorsqu\u2019un fort bruit d\u2019impact retentit, Sylvie ne bronche pas et Nicolas, s\u2019empressant de la rassurer, affirme qu\u2019\u00ab\u00a0il ne faut pas s\u2019inqui\u00e9ter de ces chocs, car le bateau a une coque renforc\u00e9e\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 77). M\u00eame lorsqu\u2019une temp\u00eate prend par surprise les amoureux \u00e0 la moiti\u00e9 de leur travers\u00e9e et que la force \u00ab\u00a0de deux blocs de glace qu\u2019une vague fait se fracasser l\u2019un contre l\u2019autre\u00a0\u00bb (81) propulse leurs corps qui se frappent, \u00ab\u00a0Nicolas et Sylvie \u00e9clatent de rire\u00a0\u00bb (81). La temp\u00eate devrait normalement susciter un \u00e9tat de panique, mais ce rire en apparence incongru devient possible parce que la mer de Barents est pr\u00e9alablement d\u00e9crite dans toute sa \u00ab\u00a0douceur chantante\u00a0\u00bb (81) et non plus comme un lieu lugubre o\u00f9 les glaces sont \u00ab\u00a0le spectre d\u2019un continent refroidi\u00a0\u00bb (86). Cons\u00e9quemment, cette nouvelle repr\u00e9sentation du Nord dans <em>Neige noire <\/em>d\u00e9joue les clich\u00e9s de la litt\u00e9rature canonique en donnant \u00ab\u00a0\u00e0 voir le froid dans ce qu\u2019il n\u2019est pas ou plus\u00a0\u00bb (Antomachi 2018, 261), bref en concordance avec l\u2019exp\u00e9rience empirique du lieu qui permet en quelque sorte de percevoir \u00ab\u00a0la chaleur dans le froid\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le roman, Aquin int\u00e8gre la notion de chaleur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame d\u2019un environnement arctique pr\u00e9c\u00e9demment per\u00e7u comme glacial. Dans les repr\u00e9sentations canoniques du Nord le froid est pourtant compris comme une absence de bien-\u00eatre, mais pour marquer une progression vers une nature vivable et vivante, l\u2019auteur fait jouer ce rapport d\u2019oscillation qui amorce un mouvement vers la s\u00e9curit\u00e9 et le confort. Le froid et la chaleur se d\u00e9veloppent ainsi selon une relation de compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00e9troite qui justifie la pr\u00e9sence de ces deux notions antipodales pour l\u2019avancement du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>En mettant de l\u2019avant une dialectique qui int\u00e8gre \u00e0 la fois le mena\u00e7ant et le rassurant, le traitement des repr\u00e9sentations nordiques chez Aquin rend possible, d\u2019une part, une manipulation et une variation de l\u2019\u00e9thos des personnages et d\u2019autre part, la progression de l\u2019intrigue, et ce, de deux mani\u00e8res distinctes.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, l\u2019auteur laisse entrevoir des indices d\u2019\u00e9v\u00e8nements tragiques \u00e0 venir. Pour preuve, apr\u00e8s avoir \u00e9clat\u00e9 de rire avec Sylvie, Nicolas se demande \u00ab\u00a0comment dit-on les muscles du chagrin en norv\u00e9gien?\u00a0\u00bb (82) Peu de temps apr\u00e8s, \u00e0 cette m\u00eame question, le mot \u00ab\u00a0muscles\u00a0\u00bb s\u2019effacera pour laisser toute la place au chagrin. On fait ainsi \u00ab\u00a0alterner sans tr\u00eave joie, attente et douleur sans [que le personnage ne] puisse jamais sortir de [ce] cercle\u00a0\u00bb (Rosset 2018 [1967], 71). Les \u00e9v\u00e8nements s\u2019encha\u00eenent par voie de cons\u00e9quence puisque les repr\u00e9sentations de la Norv\u00e8ge font chavirer les sentiments des protagonistes d\u2019un p\u00f4le \u00e0 l\u2019autre du spectre \u00e9motionnel. Le passage de l\u2019affaissement \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019\u00e2me qui caract\u00e9rise l\u2019exp\u00e9rience du sublime offre en outre \u00e0 Sylvie et \u00e0 Nicolas une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019\u00eatre qui rend le poids de l\u2019existence \u00e0 peine perceptible (Burke 2009 [1757], 144).<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le d\u00e9cor mis en place par Aquin expose le d\u00e9placement spatial du couple sur la mer de Barents. Alors que la temporalit\u00e9 du r\u00e9cit appara\u00eet \u00ab\u00a0comme autant de discontinuit\u00e9s qui fondent lentement et rena\u00eetront \u00e0 la continuit\u00e9 marine au terme de leur dissolution\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 87), les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations du Nord sont construites puis d\u00e9construites dans cette m\u00eame discontinuit\u00e9 qui marque la vie des glaciers et la progression du mouvement. En somme, un d\u00e9placement physique implique invariablement un changement de paradigme. Michel de Certeau pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0les r\u00e9cits effectuent [\u2026] un travail qui, incessamment, transforme des lieux\u00a0\u00bb (de Certeau 1980, 174) en d\u2019autres en offrant \u00e0 voir les changements qui s\u2019y produisent.<\/p>\n<h2>Norv\u00e8ge (r\u00e9)humanis\u00e9e<\/h2>\n<p>\u00c0 la fin du r\u00e9cit, le fjord, qui est d\u2019abord d\u00e9crit comme un lieu sans vie o\u00f9 le temps est \u00ab\u00a0un fleuve [et] ce fleuve est un cimeti\u00e8re rapide qui emporte tout, m\u00eame les berges qui l\u2019\u00e9treignent\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 162) se fait plus doux et calme la cadence de son courant. L\u2019isotopie de la mort, qui court au fond de l\u2019Isfjorden, laisse entrevoir en contrepoint toute la vie de sa v\u00e9g\u00e9tation. Le temps appara\u00eet, de cette mani\u00e8re, plus mall\u00e9able, et la vie semble ainsi reprendre son cours. En opposition directe \u00e0 l\u2019impression d\u2019arr\u00eat sur image ou de boucle temporelle qui d\u00e9shumanisait l\u2019espace per\u00e7u, ce panorama qu\u2019on pourrait qualifier de vivant remet en question l\u2019absence de forme (Chartier 2018, 10) qui caract\u00e9rise les syntagmes de l\u2019imaginaire du Nord. Certains de ses \u00e9l\u00e9ments, comme le jour monotone qui ne se distingue plus d\u2019un autre (Aquin 1997 [1974], 67), sont ainsi mis de c\u00f4t\u00e9 afin de valoriser l\u2019exp\u00e9rience <em>in situ<\/em> des personnages \u00e0 partir \u00ab\u00a0du style plateresque de ces glaces superflues\u00a0\u00bb (108) et \u00ab\u00a0des vall\u00e9es couvertes de saxifrages [et] de pentes sur lesquelles pousse une v\u00e9g\u00e9tation timide\u00a0\u00bb (93), mais pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Tout juste arriv\u00e9e dans l\u2019embouchure de l\u2019Isfjorden, Sylvie remarque au loin des vall\u00e9es vertes. Nicolas lui confirme qu\u2019en effet, \u00ab\u00a0c\u2019est tout \u00e0 fait incroyable\u2026\u00a0\u00bb (93). Le vocable \u00ab\u00a0incroyable\u00a0\u00bb traduit bien l\u2019\u00e9branlement d\u2019une certitude produite par les discours ext\u00e9rieurs au Nord qui sont bas\u00e9s davantage sur les id\u00e9es re\u00e7ues que sur l\u2019exp\u00e9rience empirique du lieu. Il farde d\u2019un caract\u00e8re fantastique cette apparition des herbes qui tapissent la vall\u00e9e, comme s\u2019il \u00e9tait impossible que la vie se manifeste \u00e0 cet endroit. Le texte accentue cette incongruit\u00e9 qui place la verdure au centre d\u2019un paysage de neige; on \u00ab\u00a0se croirait dans un pays nouveau, presque humain, presque temp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb (93), dans un \u00c9den o\u00f9 la nature reprend sa place et o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain peut jouir de son existence tout simplement. De m\u00eame, les \u00e9motions des personnages perdent peu \u00e0 peu de leur intensit\u00e9 pour devenir plus complaisantes. Alors qu\u2019ils regardent lentement ce tableau surr\u00e9aliste qui se dresse devant eux, Sylvie demande calmement \u00e0 Nicolas s\u2019il a bien dormi. \u00c0 la mani\u00e8re de certains photographes inuit qui donnent \u00e0 voir en plein hiver des paysages humanis\u00e9s pour mettre l\u2019accent non pas sur les manifestations du froid, mais plut\u00f4t sur les \u00eatres qui s\u2019y adaptent, Aquin, avec cette courte question marqu\u00e9e par la tendresse, met \u00ab\u00a0en valeur des \u00eatres aim\u00e9s\u00a0\u00bb (Antomachi 2018, 260). En inversant le rapport de concurrence entre les discours, l\u2019auteur fait du froid, et de toutes autres repr\u00e9sentations d\u2019une nature inconfortable et dangereuse, rien d\u2019autre \u00ab\u00a0qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment parmi d\u2019autres du d\u00e9cor\u00a0\u00bb (260). L\u2019exp\u00e9rience empirique permet ainsi aux protagonistes de res\u00e9mantiser et de se r\u00e9approprier le lieu dans lequel ils \u00e9voluent, pour le communiquer tel qu\u2019ils le per\u00e7oivent.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quemment, il est possible pour les deux personnages de prendre leur temps et d\u2019observer tranquillement l\u2019endroit dans lequel ils se trouvent m\u00eame si \u00ab\u00a0la nuit est indiscernable tout autant que le jour\u00a0\u00bb (Aquin 1997 [1974], 93). Le roman donne \u00e0 imaginer momentan\u00e9ment une coexistence paisible entre la nature et l\u2019humain. Or, l\u2019accalmie est de courte dur\u00e9e; le traitement du lieu en concomitance avec celui de l\u2019humain contribue encore une fois \u00e0 \u00e9chafauder la courbe du r\u00e9cit en s\u2019appuyant sur un environnement qui peut basculer \u00e0 tout moment. L\u2019installation de ce d\u00e9cor enchanteur ne sert en effet qu\u2019\u00e0 mettre en place le drame \u00e0 venir\u00a0: la mort de Sylvie.<\/p>\n<h2>Une vision d\u00e9centr\u00e9e<\/h2>\n<p>Le concept d\u2019imaginaire du Nord, th\u00e9oris\u00e9 par Daniel Chartier comme la somme des visions de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur, se r\u00e9v\u00e8le, dans le roman d\u2019Hubert Aquin, par un tangage finement orchestr\u00e9 entre les deux p\u00f4les constituants du discours port\u00e9 sur un espace quasi mystique. En effet, ces couches discursives, plut\u00f4t que de s\u2019opposer, se compl\u00e9mentent de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9tablir une symbolique affective changeante tributaire du lieu dans lequel les personnages se (re)trouvent. Les repr\u00e9sentations plus canoniques, en tra\u00e7ant les traits d\u2019une Norv\u00e8ge hostile \u00e0 la vie humaine, teintent le r\u00e9cit d\u2019une nuance plus lugubre et plus triste. Cet assombrissement du paysage et des sentiments ressentis par les personnages montre l\u2019impact des conditions climatiques sur l\u2019humain\u00a0: chaque fois que la nature est repr\u00e9sent\u00e9e comme dangereuse, Nicolas et Sylvie sont physiquement et \u00e9motionnellement troubl\u00e9s, d\u00e9boussol\u00e9s et en proie \u00e0 la nostalgie. L\u2019image d\u2019une Norv\u00e8ge printani\u00e8re est davantage connect\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience empirique du lieu et met en sc\u00e8ne, en plus d\u2019une verdure qui humanise l\u2019espace, l\u2019amour qui lie les deux personnages principaux. Cons\u00e9quemment, si l\u2019impossibilit\u00e9 des personnages \u00e0 apaiser cette angoisse d\u2019\u00eatre au monde est manifeste, la mise en forme d\u2019un lieu accueillant permet de brefs instants de r\u00e9pit qui accordent l\u2019espace et le temps n\u00e9cessaire au d\u00e9ploiement de certaines actions.<\/p>\n<p>L\u2019intrigue se construit ainsi par une ondulation du discours sur le territoire qui entra\u00eene les personnages vers les \u00e9v\u00e8nements culminants du roman. La distorsion temporelle les place \u00e9galement dans une position de vuln\u00e9rabilit\u00e9 face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 mouvante de forces qu\u2019ils ne peuvent totalement ma\u00eetriser. La question \u00e9cologique comme envisag\u00e9e dans <em>Neige noire<\/em> met, de ce fait, en \u00e9vidence une probl\u00e9matique existentielle, une r\u00e9flexion sur le temps et le rapport qu\u2019entretient l\u2019\u00eatre avec l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Plut\u00f4t qu\u2019un simple r\u00e9cit de voyage, <em>Neige noire <\/em>offre une vision qui refuse de placer la nature en relation subalterne avec l\u2019humain. L\u2019un et l\u2019autre s\u2019influencent dans un \u00e9change complexe et instable, mais assur\u00e9ment b\u00e9n\u00e9fique pour mieux comprendre l\u2019interd\u00e9pendance de l\u2019humanit\u00e9 et de la nature alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e8re anthropoc\u00e8ne les cons\u00e9quences sociales et environnementales de son exploitation s\u2019additionnent et pressent \u00e0 l\u2019action concr\u00e8te.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Antomachi, V\u00e9ronique. 2018. \u00ab\u00a0Quelle pr\u00e9sence du froid dans la photographie des Inuits du Nunavik (Nord du Qu\u00e9bec)?\u00a0\u00bb. <em>Le froid<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Aquin, Hubert. 1997 [1974]. <em>Neige noire<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise.<\/p>\n<p>Baroni, Raphael. 2017. \u00ab\u00a0Les rouages de l\u2019intrigue. Les outils de la narratologie postclassique pour l\u2019analyse des textes litt\u00e9raires\u00a0\u00bb. <em>Fabula,<\/em> 16 septembre. <a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/atelier.php?L%27intrigue\">https:\/\/www.fabula.org\/atelier.php?L%27intrigue<\/a> (Page consult\u00e9e le 11 novembre 2021).<\/p>\n<p>Barreau, Herv\u00e9. 2006. \u00ab\u00a0Temps\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire de la philosophie<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel, coll. \u00ab\u00a0Encyclopaedia universalis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bordeaux, Henry. 1921. <em>Au pays des amours de Lamartine<\/em>. Grenoble\u00a0: J. Rey.<\/p>\n<p>Bruaire, Claude. 2006. \u00ab\u00a0Absolu\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire de la philosophie<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel, coll. \u00ab\u00a0Encyclopaedia universalis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Burke, Edmond. 2009 [1757]. <em>Recherche philosophique sur l\u2019origine de nos id\u00e9es du sublime et du beau<\/em>. Paris\u00a0: VRIN, coll. \u00ab\u00a0Librairie Philosophique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chartier, Daniel. 2018. <em>Qu\u2019est-ce que l\u2019imaginaire du Nord? Principes \u00e9thiques.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Imaginaire Nord, coll. \u00ab\u00a0Isberg\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>de Certeau, Michel. 1980. <em>L\u2019invention du quotidien. 1. Arts de faire<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cioran, \u00c9mile. 1949. <em>Pr\u00e9cis de d\u00e9composition<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Tel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Delaunay, Alain. 2006. \u00ab\u00a0Dur\u00e9e\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire de la philosophie<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel, coll. \u00ab\u00a0Encyclopaedia universalis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Faes, Hubert. 2006. \u00ab\u00a0\u00c9volutionnisme\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire de la philosophie<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel, coll. \u00ab\u00a0Encyclopaedia universalis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Fleury-Bahi, Ghozlane. 2010. \u00ab\u00a0La relation individu-environnement\u00a0\u00bb. <em>Psychologie et environnement<\/em>. Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Le point sur\u2026 Psychologie\u00a0\u00bb\u00a0: 7-19.<\/p>\n<p>Gomez, Fran\u00e7oise. 2018. \u00ab\u00a0Po\u00e9tique du froid sur la sc\u00e8ne contemporaine.\u00a0\u00bb. <em>Le froid<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Leennardt, Jacques. 1968. \u00ab\u00a0Psychocritique et Sociologie de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. <em>Les chemins actuels de la critique<\/em>. Paris\u00a0: Union g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;\u00c9ditions, Coll. 1018.<\/p>\n<p>Lefevre-Radelli, L\u00e9a. 2018. \u00ab\u00a0Voyage au Spitzberg et en Nouvelle-Zemble\u00a0\u00bb. <em>Le froid<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Longin. 1993. <em>Du sublime<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Payot &amp; Rivages, coll. \u00ab\u00a0Rivages poche\/Petite Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mocquais, Pierre-Yves. 1997. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb. <em>Neige noire.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise.<\/p>\n<p>Parent, Nathalie. 1991. <em>L\u2019intertextualit\u00e9 dans Neige noire<\/em>. M\u00e9moire de M.A., Universit\u00e9 McGill.<\/p>\n<p>Rojo, Maxence. 2006. \u00ab\u00a0Intrusions d\u2019Air froid et <em>Polar Lows <\/em>en mers nordiques\u00a0\u00bb. <em>Le froid<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Rosset, Cl\u00e9ment. 2018 [1967]. <em>Schopenhauer, philosophe de l\u2019absurde<\/em>. Paris\u00a0: PUF, coll. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Saletti, Robert. 1982. \u00ab\u00a0\u00c9l\u00e9ments pour une sociocritique de <em>Neige noire<\/em> d\u2019Aquin\u00a0\u00bb. M\u00e9moire de M.A., Universit\u00e9 McGill. <a href=\"https:\/\/escholarship.mcgill.ca\/concern\/theses\/qj72p838v\">https:\/\/escholarship.mcgill.ca\/concern\/theses\/qj72p838v<\/a><\/p>\n<p>Thompson, Lesley. 2012. \u00ab\u00a0Ceci n\u2019est pas un sc\u00e9nario. \u00c9tude de <em>Neige noire<\/em> d\u2019Hubert Aquin\u00a0\u00bb. M\u00e9moire de M.A., Universit\u00e9 Memorial. <a href=\"https:\/\/research.library.mun.ca\/2400\/1\/Thompson_Lesley.pdf\">https:\/\/research.library.mun.ca\/2400\/1\/Thompson_Lesley.pdf<\/a><\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_15jbjje\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_15jbjje\">[1]<\/a> Entendu comme un ensemble r\u00e9pertori\u00e9 des esp\u00e8ces cohabitant en un lieu g\u00e9ographiquement d\u00e9fini. Voir Hubert Faes. 2006. \u00ab\u00a0\u00c9volutionnisme\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire de la philosophie<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel, coll. \u00ab\u00a0Encyclopaedia universalis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote2_pgc7b34\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_pgc7b34\">[2]<\/a> En effet, le sublime est caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9clin des passions plut\u00f4t que par une amplification de ces derni\u00e8res. Le sujet se trouve ainsi destitu\u00e9 de ses points de rep\u00e8res habituels \u2014 un instant plane, celui du <em>kairos<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire celui de l\u2019opportunit\u00e9 qui se manifeste en d\u00e9pit de l\u2019\u00eatre, au-dessus du <em>pathos<\/em> avant de s\u2019y effondrer. Pour de plus amples pr\u00e9cisions \u00e0 ce sujet, voir, Longin. (1993). <em>Du sublime<\/em>, Paris, \u00c9ditions Payot &amp; Rivages, coll. \u00ab\u00a0Rivages poche\/Petite Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, p.\u00a039.<\/p>\n<p id=\"footnote3_kgr1nky\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_kgr1nky\">[3]<\/a> \u00c9mile Cioran pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0si la raison d\u00e9savoue l\u2019app\u00e9tit de vivre, le <em>rien <\/em>qui fait prolonger les actes est pourtant d\u2019une force sup\u00e9rieure \u00e0 tous les absolus; il explique la coalition tacite des mortels contre la mort\u00a0\u00bb pr\u00e9cisant par-l\u00e0 que la pers\u00e9v\u00e9rance n\u00e9cessaire \u00e0 la vie est immanquablement foul\u00e9e du pied par l\u2019av\u00e8nement de nouveaux \u00eatres. Un roulement s\u2019impose malgr\u00e9 tout et tous. Voir, Cioran, \u00c9mile. (1949). <em>Pr\u00e9cis de d\u00e9composition<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Tel\u00a0\u00bb, p.\u00a032.<\/p>\n<p id=\"footnote4_229jqpw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_229jqpw\">[4]<\/a> \u00c0 ce sujet, voir, Longin. (1993). <em>Du sublime<\/em>, Paris, \u00c9ditions Payot &amp; Rivages, coll. \u00ab\u00a0Rivages poche\/Petite Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, p.\u00a074.<\/p>\n<p id=\"footnote5_jc4a8db\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_jc4a8db\">[5]<\/a> Dans la partie \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb du roman, le dossier \u00ab\u00a0\u00c0 citer\u00a0\u00bb contient, outre une liste de 25 termes servant \u00e0 d\u00e9signer la couleur rouge, des listes d\u2019expressions relevant de la g\u00e9ologie, de la min\u00e9ralogie et des glaciers, dont une bonne partie se retrouvent dans le roman.\u00a0\u00bb \u00c0 ce titre voir, Mocquais, Pierre-Yves. (1997). \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb, dans <em>Neige noire<\/em>, Montr\u00e9al, Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise, p.\u00a0XCVII.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lavoie, Marc-Olivier. 2022. \u00ab Norv\u00e8ge hostile et Nord vert docile : \u00e9tude des relations entre l&rsquo;humaine et la nature dans Neige noire\u00a0d&rsquo;Hubert Aquin\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/lavoie-36&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx)<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavoie_36_1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lavoie_36_1.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-574bff4f-373a-4ecb-8150-2c55d92c0401\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavoie_36_1.pdf\">lavoie_36_1<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavoie_36_1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-574bff4f-373a-4ecb-8150-2c55d92c0401\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36 \u00c9crire le territoire, la nature, la relation qu\u2019entretiennent avec elle celles et ceux qui l\u2019habitent. Proc\u00e9d\u00e9 formel ou parfois stylistique, quoiqu\u2019il en soit, repr\u00e9sent\u00e9 dans un r\u00e9cit, un lieu peut faire acte d\u2019\u00e9cologie en participant d\u2019un syst\u00e8me qui raccorde [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1338,1343,1344],"tags":[226],"class_list":["post-5728","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-de-letude-du-vivant-la-litterature-au-prisme-des-ecologies","category-humanite","category-nature-et-territoire","tag-lavoie-marc-olivier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5728"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8320,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5728\/revisions\/8320"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}