{"id":5733,"date":"2024-06-13T19:48:36","date_gmt":"2024-06-13T19:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/25-ans-plus-tard-entretien-avec-stephane-inkel-et-julie-lachance\/"},"modified":"2024-08-19T15:30:54","modified_gmt":"2024-08-19T15:30:54","slug":"25-ans-plus-tard-entretien-avec-stephane-inkel-et-julie-lachance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5733","title":{"rendered":"25 ans plus tard : entretien avec St\u00e9phane Inkel et Julie Lachance"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6907\" data-type=\"post\" data-id=\"6907\">Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux\/25 ans de Postures \u00bb<\/a>, no 35<\/h5>\n<p><em>St\u00e9phane Inkel est professeur agr\u00e9g\u00e9 au <\/em>Department of French Studies<em> de Queen\u2019s University. Il a \u00e9t\u00e9 membre du comit\u00e9 de coordination du deuxi\u00e8me num\u00e9ro de <\/em>Postures<em>, paru au printemps 1998. Julie Lachance est professeure au D\u00e9partement de litt\u00e9rature et de fran\u00e7ais du C\u00e9gep \u00c9douard-Montpetit. Elle a codirig\u00e9 le deuxi\u00e8me num\u00e9ro de <\/em>Postures<em>. L\u2019un et l\u2019autre ont \u00e9t\u00e9 membres du comit\u00e9 de r\u00e9daction et de lecture du premier num\u00e9ro de la revue, paru au printemps 1997.<\/em><\/p>\n<p><em>Postures <\/em>(Marc-Antoine Blais)\u00a0: Comment a d\u00e9but\u00e9 l\u2019histoire de\u00a0<em>Postures<\/em>?\u00a0Quelles personnes ont contribu\u00e9 \u00e0 la fondation de la revue?<\/p>\n<p>St\u00e9phane Inkel\u00a0: C\u2019est Jean-Pascal Baillie qui a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019une revue, au d\u00e9part. Comme nous nous connaissions bien, il m\u2019a fait part de cette id\u00e9e et nous avons int\u00e9gr\u00e9 chacun notre r\u00e9seau au projet. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai invit\u00e9 mes ami\u00b7e\u00b7s de l\u2019\u00e9poque, comme Michel Fournier et Pascal Caron.<\/p>\n<p>Julie Lachance\u00a0: En ce qui me concerne, je pense que c\u2019est par le biais de Pascal que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e au projet. Apr\u00e8s que nous ayons fait des travaux d\u2019\u00e9quipe ensemble, nous sommes devenu\u00b7e\u00b7s ami\u00b7e\u00b7s, puis colocataires. C\u2019est lui qui m\u2019a pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 vous.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Oui. Et votre appartement est un peu devenu la base informelle de <em>Postures<\/em>! Au d\u00e9part, il y avait un grand comit\u00e9 de r\u00e9daction, mais l\u2019essentiel du travail \u00e9tait men\u00e9 par cinq personnes\u00a0: Pascal, Michel, Julie, Jean-Pascal et moi. Je n\u2019ai dirig\u00e9 aucun num\u00e9ro, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans les deux premiers. Le deuxi\u00e8me num\u00e9ro, c\u2019est Julie et Michel qui l\u2019ont dirig\u00e9, mais comme Michel et moi habitions ensemble, nous faisions des r\u00e9unions informelles sur <em>Postures<\/em> tous les jours.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Quels \u00e9taient vos objectifs au moment de cr\u00e9er la revue? Sentiez-vous qu\u2019une revue telle que\u00a0<em>Postures\u00a0<\/em>r\u00e9pondrait \u00e0 un besoin dans la communaut\u00e9 \u00e9tudiante?\u00a0<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Au d\u00e9part, nous voulions cr\u00e9er un lieu de publication pour les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s du baccalaur\u00e9at. C\u2019est important de le pr\u00e9ciser, je crois. En tant qu\u2019\u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s du premier cycle, c\u2019\u00e9tait difficile de publier dans des revues savantes. Nous trouvions que plusieurs textes \u00e9tudiants m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre publi\u00e9s, que plusieurs \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s m\u00e9ritaient de vivre une exp\u00e9rience de publication. <em>Postures <\/em>est donc devenue une exp\u00e9rience \u00e9ditoriale\u00a0: il s\u2019agissait pour nous d\u2019apprendre \u00e0 g\u00e9rer une revue, et \u00e0 travailler en collectif aussi. Louise Dupr\u00e9, qui \u00e9tait directrice de <em>Voix et images<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque et que nous avions rencontr\u00e9e, nous avait beaucoup guid\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le processus de la cr\u00e9ation de la revue.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: En ce qui me concerne, je voyais la cr\u00e9ation d\u2019une telle publication comme essentielle. Je pr\u00e9voyais que la revue serait la bienvenue, car je c\u00f4toyais plusieurs \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s qui \u00e9taient susceptibles de proposer des textes de qualit\u00e9. Et nous l\u2019avons fond\u00e9e entre autres pour nous permettre d\u2019avoir cet espace pour nous-m\u00eames, pour pouvoir y publier nos recherches et nos r\u00e9flexions. Nous avions envie de nous investir et de mettre la main \u00e0 la p\u00e2te.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Oui, tout \u00e0 fait. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait pour nous une forme d\u2019investissement dans la vie \u00e9tudiante. 1997, c\u2019\u00e9tait tout de m\u00eame une dr\u00f4le de p\u00e9riode, entre la chute du mur de Berlin et les attentats du 11 septembre 2001. C\u2019\u00e9tait un moment o\u00f9 curieusement, alors qu\u2019aujourd\u2019hui nous angoissons \u00e0 propos des changements climatiques et de la polarisation des discours notamment, les choses allaient relativement bien. La question nationale \u00e9tait un peu derri\u00e8re nous, apr\u00e8s la d\u00e9faite de 1995\u2026 Nous n\u2019\u00e9tions pas engag\u00e9\u00b7e\u00b7s tr\u00e8s clairement sur le plan politique. Nous \u00e9tions plut\u00f4t engag\u00e9\u00b7e\u00b7s dans la litt\u00e9rature, en fait.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Moi aussi, \u00e7a m\u2019a replong\u00e9e 25 ans en arri\u00e8re. Mais pour ma part, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e8s de Martine Delvaux, et pr\u00e8s du f\u00e9minisme et de la gauche. Pour moi, le \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb de <em>Postures<\/em> \u00e9tait hyper important, car il soulevait la question de l\u2019<em>inclusion<\/em> de diff\u00e9rentes postures, de diff\u00e9rentes mani\u00e8res de prendre position, de diff\u00e9rentes voix. Les paroles peu orthodoxes, qui ne suivaient pas les codes de la Litt\u00e9rature avec un grand \u00ab\u00a0L\u00a0\u00bb ou de l\u2019Institution \u00e9taient bienvenues. Il y avait une belle ouverture.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Et votre deuxi\u00e8me dossier \u00e9tait tout de m\u00eame titr\u00e9 \u00ab\u00a0\u00c9criture et sida\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas banal.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: En effet. Je ne veux pas dire que les personnes qui faisaient partie de <em>Postures<\/em> \u00e9taient d\u00e9sengag\u00e9es, mais plut\u00f4t que l\u2019air du temps \u00e9tait relativement d\u00e9sengag\u00e9. Et que c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de nous inscrire dans la vie \u00e9tudiante que de faire ce projet-l\u00e0. Le pluriel \u00e9tait tr\u00e8s important, oui. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, nos discussions portaient souvent sur les postures th\u00e9oriques, sur les postures d\u2019\u00e9nonciation.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Et c\u2019est dr\u00f4le\u00a0: je me suis rendue compte que le titre m\u00eame de mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise contient\u2026 le mot \u00ab\u00a0posture\u00a0\u00bb! [rires]<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Incroyable.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: C\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0La posture testimoniale dans <em>L\u2019esp\u00e8ce humaine<\/em> de Robert Antelme et <em>La douleur<\/em> de Marguerite Duras\u00a0\u00bb. Cette notion a \u00e9t\u00e9 centrale pour moi. Par le biais de mes recherches, j\u2019ai tent\u00e9 de circonscrire la posture du t\u00e9moin\u00a0: \u00e7a a \u00e9t\u00e9 passionnant de relever cette parole qui se forme dans un lieu sp\u00e9cifique (ou non-lieu en ce qui a trait aux survivant\u00b7e\u00b7s des camps).<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Justement, pourquoi avoir opt\u00e9 pour le nom \u00ab\u00a0<em>Postures<\/em>\u00a0\u00bb? Avez-vous proph\u00e9tis\u00e9 les travaux que J\u00e9r\u00f4me Meizoz a consacr\u00e9 \u00e0 cette notion?<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: En tout cas, le terme \u00ab\u00a0posture\u00a0\u00bb n\u2019avait pas pour nous le sens que lui conf\u00e8re aujourd\u2019hui Meizoz. Ce n\u2019\u00e9taient pas les postures d\u2019\u00e9crivain qui nous int\u00e9ressaient, mais plut\u00f4t les postures d\u2019\u00e9nonciation. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai parl\u00e9 d\u2019un engagement dans la litt\u00e9rature. Moi, je \u00ab\u00a0tripais\u00a0\u00bb sur Beckett, Duras, R\u00e9jean Ducharme\u2026 Nous adh\u00e9rions \u00e0 une conception de la Litt\u00e9rature avec un grand \u00ab\u00a0L\u00a0\u00bb, \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 en tout cas. \u00c0 mon sens, ce choix de nom est d\u2019ailleurs li\u00e9 \u00e0 notre d\u00e9cision de consacrer le premier num\u00e9ro \u00e0 Kafka\u00a0: la conception de la litt\u00e9rature qu\u2019il incarne \u00e9tait fondamentale pour nous.<\/p>\n<p><em>Postures<\/em>\u00a0: Trouvez-vous que ce terme est surutilis\u00e9 et employ\u00e9 \u00e0 plus ou moins bon escient aujourd\u2019hui? Croyez-vous, \u00e0 l\u2019instar de Beno\u00eet Melan\u00e7on (2018, n.p.), qu\u2019on devrait cr\u00e9er un moratoire sur l\u2019emploi du mot \u00ab\u00a0posture\u00a0\u00bb?\u00a0<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: J\u2019avoue que la question que soul\u00e8ve Beno\u00eet Melan\u00e7on est nouvelle pour moi. Peut-\u00eatre que oui, ce terme-l\u00e0 est utilis\u00e9 de nos jours comme un mot \u00ab fourre-tout\u00a0\u00bb, qui peut \u00eatre appr\u00eat\u00e9 \u00e0 toutes les sauces. Mais personnellement, je trouve que c\u2019est un mot qui a toujours une signification riche, et je ne veux pas arr\u00eater de l\u2019employer. [rires]<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: C\u2019est difficile de d\u00e9m\u00ealer tout \u00e7a\u00a0: ce terme est li\u00e9 \u00e0 une histoire pour nous, il est symboliquement charg\u00e9. Nous nous sentons \u00ab\u00a0attaqu\u00e9\u00b7e\u00b7s\u00a0\u00bb, en quelque sorte. [rires] Je comprends ce que Beno\u00eet Melan\u00e7on veut dire, mais je n\u2019ai jamais per\u00e7u ce mot de cette fa\u00e7on.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Quel sens particulier conf\u00e9rais-tu au terme dans le cadre de tes recherches de ma\u00eetrise, Julie?<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Le mot \u00ab\u00a0posture\u00a0\u00bb d\u00e9signe pour moi une position sp\u00e9cifique et une mani\u00e8re particuli\u00e8re de la tenir. Mes r\u00e9flexions ne concernent pas que la \u00ab\u00a0posture d\u2019auteur\u00a0\u00bb d\u00e9finie par Meizoz. Lorsqu\u2019un\u00b7e \u00e9crivain\u00b7e produit des \u00e9crits autobiographiques ou essayistiques, il se positionne parfois par rapport \u00e0 des enjeux th\u00e9oriques, esth\u00e9tiques, \u00e9thiques. Et on peut retracer cette posture dans ses fictions. Moi, je le fais avec Virginie Despentes par exemple. Elle a une posture claire, une posture <em>queer<\/em>, et elle a une mani\u00e8re de tenir cette posture-l\u00e0 qui est <em>trash<\/em> que j\u2019aime analyser dans ses romans. Le mot \u00e9claire aussi les \u00e9critures du t\u00e9moignage. Pour qualifier la position, le lieu d\u2019\u00e9nonciation du t\u00e9moin, qui est le seul \u00e0 pouvoir rendre compte d\u2019une situation ou d\u2019un espace, je n\u2019ai pas d\u2019autre terme que \u00ab\u00a0posture\u00a0\u00bb. Il me semble que c\u2019est appropri\u00e9 d\u2019utiliser le mot dans ce cas, car il porte l\u2019id\u00e9e d\u2019une position qui n\u2019est pas permanente, qui varie selon les exp\u00e9riences et les situations. Or, justement, le t\u00e9moin change de posture quand il cesse de t\u00e9moigner de sa survivance.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Pourquoi avoir d\u00e9cid\u00e9 de consacrer le premier num\u00e9ro \u00e0 Kafka? Et le deuxi\u00e8me aux \u00e9critures du sida?<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Eva Le Grand donnait un cours sur Kafka \u00e0 ce moment-l\u00e0. Elle \u00e9tait professeure au d\u00e9partement et \u00e9tait quelqu\u2019un de vraiment chouette; elle \u00e9tait super impliqu\u00e9e. Elle \u00e9tait sp\u00e9cialiste de Kafka et de Kundera, entre autres. Elle a beaucoup collabor\u00e9 avec <em>Spirale <\/em>et a assum\u00e9 sa codirection (le prix de l\u2019essai du magazine porte d\u2019ailleurs son nom aujourd\u2019hui). Nous lui avons parl\u00e9 de la revue et elle a accept\u00e9 de nous aider dans le projet. Elle a \u00e9t\u00e9 importante dans l\u2019histoire de <em>Postures<\/em>. Comme Martine Delvaux, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Oui, Martine a sign\u00e9 l\u2019avant-propos du deuxi\u00e8me num\u00e9ro et nous a beaucoup soutenu\u00b7e\u00b7s dans l\u2019\u00e9laboration du dossier.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Mais donc, je crois que la d\u00e9cision de consacrer notre premier dossier \u00e0 Kafka d\u00e9coule de ce cours, auquel participaient plusieurs des personnes impliqu\u00e9es dans la cr\u00e9ation de la revue. Eva Le Grand a corrig\u00e9 nos travaux de fin de session en sachant que nos textes allaient para\u00eetre dans ce premier num\u00e9ro; ses commentaires \u00e9taient extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9s.<\/p>\n<p>Et puis, c\u2019est un \u00e9crivain qu\u2019on appr\u00e9ciait, Kafka. Comme je l\u2019ai dit, son \u0153uvre signifiait quelque chose pour nous\u00a0: une certaine conception de la litt\u00e9rature dans la modernit\u00e9. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 Kafka \u00e0 cause du cours qu\u2019a donn\u00e9 Eva Le Grand, mais \u00e7a aurait aussi pu \u00eatre Beckett ou Duras, et \u00e7a n\u2019aurait pas fait beaucoup de diff\u00e9rence pour nous. Julie, te retrouves-tu dans ce que je dis?<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Oui, je suis enti\u00e8rement d\u2019accord avec toi. Nous avions acc\u00e8s \u00e0 des textes de qualit\u00e9 et au soutien d\u2019une prof qui \u00e9tait tr\u00e8s enthousiaste quant \u00e0 ce projet. C\u2019\u00e9tait une opportunit\u00e9, c\u2019\u00e9tait une option int\u00e9ressante et facilitante. Et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 la m\u00eame chose pour le deuxi\u00e8me num\u00e9ro\u00a0: au moment de le pr\u00e9parer, Michel et moi travaillions dans le groupe de recherche de Martine Delvaux sur les \u00e9critures du sida et \u00e7a nous a int\u00e9ress\u00e9\u00b7e\u00b7s de poursuivre la r\u00e9flexion dans la revue.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Martine donnait aussi un s\u00e9minaire sur le sujet. Le texte sur Susan Sontag que j\u2019ai publi\u00e9 en \u00e9tait issu.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Ces enjeux m\u2019int\u00e9ressaient particuli\u00e8rement, comme tout ce qui touche la forme du t\u00e9moignage et les \u00e9critures de soi, de la douleur, de la maladie, de la mort. Nous nous sommes pench\u00e9\u00b7e\u00b7s sur des \u00e9crits de sid\u00e9en\u00b7ne\u00b7s qui appr\u00e9hendent la mort, et aussi sur des textes de celleux qui accompagnent ces personnes-l\u00e0. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait encore un sujet tr\u00e8s discut\u00e9.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Est-ce que l\u2019UQAM vous soutenait dans la diffusion de vos num\u00e9ros? Est-ce que des exemplaires \u00e9taient disponibles \u00e0 l\u2019Universit\u00e9?<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: C\u2019est l\u2019association \u00e9tudiante du premier cycle qui nous appuyait. Je me souviens d\u2019une rencontre que nous avions eu avec Mich\u00e8le Nevert, la directrice du d\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires \u00e0 l\u2019\u00e9poque, qui nous avait fait comprendre qu\u2019elle \u00e9tait bien contente de notre projet, mais que la situation budg\u00e9taire du d\u00e9partement ne lui permettait de nous soutenir d\u2019aucune fa\u00e7on. Nous avons re\u00e7u l\u2019aide b\u00e9n\u00e9vole de profs, mais c\u2019est vraiment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019association \u00e9tudiante (qui nous a donn\u00e9 2000$ pour les deux premiers num\u00e9ros, si ma m\u00e9moire est bonne) que la revue a pu \u00eatre mise sur pieds. Il y a aussi Bernard Belzil, qui n\u2019\u00e9tait pas impliqu\u00e9 dans le comit\u00e9 de r\u00e9daction de la revue, mais qui s\u2019occupait du graphisme, et avec qui nous avons pass\u00e9 des heures interminables \u00e0 changer \u00e0 la pi\u00e8ce des guillemets anglais en guillemets fran\u00e7ais. Le syst\u00e8me informatique n\u2019\u00e9tait pas ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui\u2026 Nous utilisions les Macs des locaux informatiques de l\u2019UQAM, qui n\u2019\u00e9taient pas du tout performants; \u00e7a nous prenait un temps fou.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Nous travaillions sur des disquettes, je pense\u2026 [rires] Et je me rappelle d\u2019\u00eatre all\u00e9e cogner aux portes des librairies ind\u00e9pendantes environnantes pour leur laisser des exemplaires en consigne. Nous faisions tout nous-m\u00eames, de la cr\u00e9ation jusqu\u2019au lancement et \u00e0 la vente.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Absolument. Nous allions nous-m\u00eames porter nos exemplaires \u00e0 L\u2019\u00c9change, \u00e0 la librairie Mont-Royal, \u00e0 la librairie du Square\u2026<\/p>\n<p><em>Postures<\/em>\u00a0: Quelle r\u00e9ception la communaut\u00e9 \u00e9tudiante a-t-elle r\u00e9serv\u00e9 \u00e0\u00a0<em>Postures<\/em>\u00a0apr\u00e8s la parution de son premier num\u00e9ro?<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Connais-tu nos chiffres de vente, St\u00e9phane?<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Nous ne vendions pas grand-chose, il me semble. Ce qui nous permettait de continuer, c\u2019\u00e9tait la subvention de l\u2019association \u00e9tudiante modulaire. Merci \u00e0 cette association, parce que c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 son soutien si <em>Postures<\/em> existe. Pour ce qui est de la r\u00e9ception\u2026 Pas mal de personnes se sont greff\u00e9es au comit\u00e9 de r\u00e9daction au moment de pr\u00e9parer le deuxi\u00e8me num\u00e9ro. Donc, il y avait une forte volont\u00e9 des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s de participer au projet. La revue a migr\u00e9 avec nous du premier cycle au deuxi\u00e8me cycle parce qu\u2019il y avait effectivement ce besoin d\u2019avoir un lieu de publication, et un lieu de formation, de travail \u00e9ditorial. (Nous avions d\u2019ailleurs particip\u00e9 au cours d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00c9dition de texte\u00a0\u00bb de Mich\u00e8le P\u00e9loquin, qui \u00e9tait correctrice pour <em>Voix et images<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque.) Bref, les gens \u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 participer au projet pour toutes sortes de raisons, mais on ne peut pas parler d\u2019engouement non plus.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: En revanche, nous affichions complet pour les lancements. Je me souviens de soir\u00e9es extraordinaires. Tous\u00b7tes les collaborateur\u00b7rice\u00b7s se joignaient \u00e0 nous pour c\u00e9l\u00e9brer le fruit de notre travail! C\u2019\u00e9tait \u00e0 L\u2019Am\u00e8re \u00e0 boire\u2026<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: \u2026 et c\u2019est encore le cas aujourd\u2019hui. Il y a des choses qui ne changent pas. [rires]<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Le bar \u00e9tait plein; je me rappelle que Benoit Mercier, qui offrait un cours de philosophie du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle auquel Michel Fournier et moi \u00e9tions tr\u00e8s attach\u00e9s, \u00e9tait assis par terre, sur les marches entre les deux paliers. D\u2019autres profs \u00e9taient l\u00e0 \u00e9galement, plusieurs d\u2019entre elleux nous soutenaient. Il y avait Martine Delvaux, Anne \u00c9laine Cliche, Jean-Fran\u00e7ois Chassay, Eva Le Grand, Lucie Robert et Jacques Pelletier.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Il y avait beaucoup de monde. Sur ce plan-l\u00e0, nous avons re\u00e7u un bel accueil, c\u2019est certain.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Que retenez-vous de vos ann\u00e9es pass\u00e9es chez\u00a0<em>Postures<\/em>?\u00a0<\/p>\n<p>Julie\u00a0: Moi, ce qui me vient en t\u00eate, c\u2019est la collaboration entre nous. St\u00e9phane, Michel, Pascal, Jean-Pascal et moi sommes devenu\u00b7e\u00b7s tr\u00e8s proches. J\u2019ai trouv\u00e9 une communaut\u00e9, je pense. C\u2019est important de le souligner. Je me rem\u00e9more ces ann\u00e9es-l\u00e0 comme des ann\u00e9es de joie. Souvent, nos r\u00e9flexions \u00e9taient \u00e9chang\u00e9es autour d\u2019une bi\u00e8re. Nous avions beaucoup de plaisir \u00e0 discuter de litt\u00e9rature, de nos cours, de nos projets futurs.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Pour moi aussi, ce qui reste, ce sont les relations qui se sont form\u00e9es autour de la revue. Ce projet a \u00e9t\u00e9 une grande aventure d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p><em>Postures\u00a0<\/em>: Que pensez-vous de la forme que rev\u00eat la revue aujourd\u2019hui? De son virage num\u00e9rique?<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Je suis ravie. Je suis fi\u00e8re que <em>Postures<\/em> soit toujours vivante et en si bonne sant\u00e9!<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: C\u2019est comme notre b\u00e9b\u00e9 en fait, devenu grand, ind\u00e9pendant et autonome. Et il ne nous conna\u00eet m\u00eame plus! [rires] Effectivement, j\u2019\u00e9prouve la m\u00eame fiert\u00e9 que Julie.<\/p>\n<p>J.\u00a0L.\u00a0: Le travail men\u00e9 par l\u2019\u00e9quipe de la revue aujourd\u2019hui est extr\u00eamement bien fait. Je trouve \u00e7a beau que vous ayez conserv\u00e9 nos premiers num\u00e9ros plus \u00ab\u00a0artisanaux\u00a0\u00bb, qu\u2019ils soient toujours disponibles et faciles \u00e0 consulter. Vraiment, \u00e7a me fait chaud au c\u0153ur.<\/p>\n<p>S.\u00a0I.\u00a0: Que la revue soit toujours debout 25 ans plus tard montre qu\u2019elle r\u00e9pondait v\u00e9ritablement \u00e0 un besoin. Ce n\u2019est pas parce que nous avons fait quelque chose d\u2019extraordinaire que <em>Postures<\/em> existe encore\u00a0: c\u2019est parce qu\u2019avant sa fondation, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s n\u2019avaient aucun lieu de publication \u00e0 leur port\u00e9e. Il n\u2019y avait rien, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Ce que nous avons fait, c\u2019est seulement d\u2019essayer de combler ce manque.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Melan\u00e7on, Beno\u00eet. 2018. \u00ab\u00a0Changez-en\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Oreille tendue <\/em>(blogue), 8 octobre. <a href=\"https:\/\/oreilletendue.com\/2014\/12\/22\/changez-en\/\">https:\/\/oreilletendue.com\/2014\/12\/22\/changez-en\/<\/a><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Blais, Marc-Antoine, St\u00e9phane Inkel et Julie Lachance. 2022. \u00ab 25 ans plus tard : entretien avec St\u00e9phane Inkel et Julie Lachance \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab 25 ans de Postures \u00bb, no 35, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5733 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/inkel_lachance_35_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 inkel_lachance_35_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-00b91a14-dbff-4448-ad62-bf51a0b5f235\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/inkel_lachance_35_0.pdf\">inkel_lachance_35_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/inkel_lachance_35_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-00b91a14-dbff-4448-ad62-bf51a0b5f235\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux\/25 ans de Postures \u00bb, no 35 St\u00e9phane Inkel est professeur agr\u00e9g\u00e9 au Department of French Studies de Queen\u2019s University. 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Julie Lachance est professeure au D\u00e9partement de litt\u00e9rature et de fran\u00e7ais du C\u00e9gep [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1349,1134,1346],"tags":[39,182,199],"class_list":["post-5733","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-25-ans-de-postures","category-article","category-litterature-et-mouvements-sociaux-25-ans-de-postures","tag-blais-marc-antoine","tag-inkel-stephane","tag-lachance-julie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5733","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5733"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5733\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8368,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5733\/revisions\/8368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5733"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5733"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5733"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}