{"id":5739,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/cest-votre-affaire-de-la-mise-a-mal-du-pacte-autobiographique-a-lemancipation-du-lectorat-dans-crane-chaud-de-nathalie-quintane-une-politique-litteraire-de-la-subject\/"},"modified":"2024-08-19T14:47:48","modified_gmt":"2024-08-19T14:47:48","slug":"cest-votre-affaire-de-la-mise-a-mal-du-pacte-autobiographique-a-lemancipation-du-lectorat-dans-crane-chaud-de-nathalie-quintane-une-politique-litteraire-de-la-subject","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5739","title":{"rendered":"C\u2019EST VOTRE AFFAIRE. De la mise \u00e0 mal du pacte autobiographique \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation du lectorat dans \u00ab Cr\u00e2ne chaud \u00bb de Nathalie Quintane. Une politique litt\u00e9raire de la subjectivation"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6907\" data-type=\"post\" data-id=\"6907\">Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux\/25 ans de Postures \u00bb<\/a>, no 35<\/h5>\n<blockquote>\n<p>Il n\u2019y a pas de moi au centre, pas plus qu\u2019il n\u2019y a de personnes r\u00e9parties sur le pourtour<a id=\"footnoteref1_q8ihdo3\" class=\"see-footnote\" title=\"Deleuze, Gilles &amp; F\u00e9lix Guattari. 1972.\u00a0Capitalisme et Schizophr\u00e9nie, L\u2019Anti-\u0152dipe. 105, Paris\u00a0: Les \u00e9ditions de Minuit.\" href=\"#footnote1_q8ihdo3\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Deleuze &amp; Guattari,\u00a0<em>L\u2019Anti-\u0152dipe<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>La variation ne dit pas rien, ne dit pas quelque chose,\u00a0<\/p>\n<p>dit chaque fois chaque chose<a id=\"footnoteref2_7622hh5\" class=\"see-footnote\" title=\"Quintane, Nathalie. 2012.\u00a0Cr\u00e2ne chaud. 137, Paris\u00a0: P.O.L.\" href=\"#footnote2_7622hh5\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Nathalie Quintane,<em>\u00a0Cr\u00e2ne chaud<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Une question mal pos\u00e9e<\/h2>\n<p>Il n\u2019y a pas de sujets tabous en litt\u00e9rature, seulement de mauvaises fa\u00e7ons d\u2019en parler, c\u2019est-\u00e0-dire des fa\u00e7ons qui d\u00e9rangent\u00a0<em>trop<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>pas assez<\/em>\u00a0en regard de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00e9metteurice, du genre attribu\u00e9 au texte et du temps historique dans lequel se d\u00e9ploie l\u2019\u00e9nonciation. Demandons-nous\u00a0: qui instaure les grilles d\u2019analyse permettant au lectorat d\u2019effectuer le d\u00e9partage, qui donne acc\u00e8s \u00e0 ces grilles? Qui dit\u00a0<em>est<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>n\u2019est pas<\/em>\u00a0litt\u00e9rature,\u00a0<em>est<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>n\u2019est<\/em>\u00a0pas politique? La litt\u00e9rature\u00a0<em>n\u2019engage<\/em>\u00a0\u00e0 rien\u00a0: elle ne sauvera pas les masses, ne prot\u00e8gera pas les privil\u00e9gi\u00e9.e.s. La litt\u00e9rature ne saurait calmer la faim ou bien gu\u00e9rir le visage ensanglant\u00e9 d\u2019un militant soixante-huitard, d\u00e9figur\u00e9 d\u2019une bombe lacrymog\u00e8ne lanc\u00e9e \u00e0 bout portant par les forces de l\u2019ordre. C\u2019est Jean-Paul Sartre qui disait, peu de temps avant de refuser le Nobel, que \u00ab\u00a0<em>La naus\u00e9e<\/em>\u00a0ne fait pas le poids en face d\u2019un enfant qui meurt\u00a0\u00bb (Forest\u00a02014, 18). Nous, litt\u00e9raires &amp; militant.e.s, chantonnons sans cesse la ritournelle du \u00ab\u00a0que peut la litt\u00e9rature?\u00a0\u00bb (Sartre 1964), \u00ab\u00a0que peut (encore) la litt\u00e9rature?\u00a0\u00bb (Forest 2014), comme si nous attendions (encore) une r\u00e9ponse satisfaisante \u00e0 une question mal pos\u00e9e, mais Jacques Ranci\u00e8re a conceptualis\u00e9, autrement que Beno\u00eet Denis, le pas de c\u00f4t\u00e9, ou changement de focale, que cette question exigeait, et Jean-Fran\u00e7ois Hamel \u00e0 leur suite.<\/p>\n<h2>Politique(s) de la litt\u00e9rature\u00a0: objet th\u00e9orique ou grille d\u2019analyse?<\/h2>\n<p>Le texte politique ne parle pas n\u00e9cessairement de politique, il n\u2019a pas \u00e0 s\u2019astreindre \u00e0 la recension des luttes sociales, il n\u2019a pas \u00e0 raconter les formes d\u2019engagement de la personne qui l\u2019\u00e9crit, il n\u2019a pas \u00e0 prescrire une id\u00e9ologie quelconque, il n\u2019a pas \u00e0 \u00e9tablir un syst\u00e8me de pens\u00e9e coh\u00e9rent dont les pr\u00e9misses seraient in\u00e9branlables. Bien que le texte se\u00a0<em>manifeste<\/em>\u00a0dans l\u2019espace, il n\u2019a pas \u00e0 adopter le ton du manifeste, du pamphlet ou de la satire. Nous ne disons pas que les textes qui remplissent ces fonctions ne sont pas politiques, mais simplement que ces fonctions ne sauraient repr\u00e9senter les \u00e9l\u00e9ments constitutifs (ou traits caract\u00e9ristiques) du texte politique. C\u2019est en cela que l\u2019on peut parler d\u2019une\u00a0<em>politique de la litt\u00e9rature<\/em>, en admettant que tout texte, quel qu\u2019il soit, s\u2019inscrit dans un rapport \u00e0 l\u2019histoire pass\u00e9e, au temps pr\u00e9sent et aux mani\u00e8res d\u2019\u00e9crire, selon un mod\u00e8le de repr\u00e9sentations partag\u00e9es.\u00a0<\/p>\n<p>Si la litt\u00e9rature demeure un concept \u00ab\u00a0essentiellement contest\u00e9\u00a0\u00bb (Hamel\u00a02014, 13), c\u2019est-\u00e0-dire mouvant, multiforme et donc contestable, il semble n\u00e9cessaire, pour ne pas sombrer dans le relativisme, d\u2019en rappeler la racine \u00e9tymologique, du latin\u00a0<em>litteratura<\/em>,\u00a0<em>fa\u00e7on de tracer les lettres<\/em>\u00a0:\u00a0<em>est<\/em>\u00a0litt\u00e9rature une certaine orthographe du dicible, une grammaire prescriptive (\u00e9ducation) et l\u00e9gitim\u00e9e (canonisation) qui, par son affirmation m\u00eame, en appelle \u00e0 la contestation des litt\u00e9ratures d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 (institu\u00e9es). De ce fait, toute proposition nouvelle et marginale d\u2019une grammaire s\u2019avance dans l\u2019ar\u00e8ne des litt\u00e9ratures, \u00e0 la mani\u00e8re des paradigmes scientifiques qui dans leur nature m\u00eame enjoignent au renversement, en ce qu\u2019ils sont reconnus\u00a0<em>op\u00e9rants<\/em>\u00a0jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire. Il appara\u00eet donc \u00e9vident qu\u2019aucun texte ne peut s\u2019exempter du social, de son lieu d\u2019\u00e9nonciation et de ses effets; que celui-ci se r\u00e9clame de l\u2019intransitivit\u00e9 de la litt\u00e9rature ne saurait le hisser hors de l\u2019histoire. Voil\u00e0 l\u2019h\u00e9ritage depuis lequel il est possible de formuler non pas une r\u00e9ponse quant \u00e0 la fonction de la litt\u00e9rature dans l\u2019espace social, mais une th\u00e9orie \u00e0 mettre en pratique, th\u00e9orie dont Ranci\u00e8re nous offrait les grandes lignes en 2007\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019expression \u00ab\u00a0politique de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb implique que la litt\u00e9rature fait de la politique en tant que litt\u00e9rature. Elle suppose qu\u2019il n\u2019y a pas \u00e0 se demander si les \u00e9crivains doivent faire de la politique ou se consacrer plut\u00f4t \u00e0 la puret\u00e9 de leur art, mais que cette puret\u00e9 m\u00eame a \u00e0 voir avec la politique. Elle suppose qu\u2019il y a un lien essentiel entre la politique comme forme sp\u00e9cifique de la pratique collective et la litt\u00e9rature comme pratique d\u00e9finie de l\u2019art d\u2019\u00e9crire (11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ici la politique de la litt\u00e9rature se formule au singulier, comme un \u00e9tat de fait\u00a0: le texte litt\u00e9raire est\u00a0<em>de soi<\/em>\u00a0politique en ce qu\u2019il s\u2019inscrit dans un \u00ab\u00a0partage du sensible\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re 2000), il permet la \u00ab\u00a0constitution d\u2019une sph\u00e8re d\u2019exp\u00e9rience sp\u00e9cifique\u00a0\u00bb (2007, 11) o\u00f9 les sujets de la soci\u00e9t\u00e9 sont amen\u00e9s \u00e0 s\u2019autod\u00e9signer en exprimant par la parole leur interaction avec celle des autres et les objets du monde. Il s\u2019agirait donc moins de se demander quel rapport entretiennent\u00a0<em>entre elles<\/em>\u00a0litt\u00e9rature et politique que de donner \u00e0 voir comment chacune de ces disciplines contribue intrins\u00e8quement \u00e0 un \u00eatre-ensemble. En cela, il n\u2019y aurait pas une telle chose que la litt\u00e9rature\u00a0<em>engag\u00e9e<\/em>, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Sartre, mais bien\u00a0<em>des<\/em>\u00a0degr\u00e9s d\u2019engagement en tout texte litt\u00e9raire. Ces degr\u00e9s d\u2019engagement seraient identifiables, en partant par exemple de l\u2019analyse sociocritique des textes d\u2019un.e \u00e9crivain.e ou en reconstituant l\u2019itin\u00e9raire des productions textuelles touchant de pr\u00e8s ou de loin l\u2019\u0153uvre \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Cette politique de la lecture d\u00e9coule de la conception des politique(s) de la litt\u00e9rature que propose Jean-Fran\u00e7ois Hamel, dans le sillage des travaux de Beno\u00eet Denis (2006), selon une perspective historico-culturelle\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ne se r\u00e9duisant ni \u00e0 l\u2019engagement des \u00e9crivains en tant qu\u2019intellectuels, ni \u00e0 la th\u00e9matique politique des textes dans le sillage du roman engag\u00e9, une politique de la litt\u00e9rature d\u00e9signe un syst\u00e8me de repr\u00e9sentations, plus ou moins largement partag\u00e9, \u00e9labor\u00e9 par les acteurs du champ litt\u00e9raire, qui, en r\u00e9ponse \u00e0 un imp\u00e9ratif de justification, contribue \u00e0 \u00e9tablir la grandeur de la litt\u00e9rature dans le monde social. Dans une vis\u00e9e agonistique, tributaire des tensions et rivalit\u00e9s qui structurent le champ litt\u00e9raire, les politiques de la litt\u00e9rature s\u2019affrontent pour identifier l\u2019\u00eatre de la litt\u00e9rature et mesurer \u00e0 la fois sa pr\u00e9sence et sa puissance dans l\u2019espace public (2014, 14-15).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ici les politique(s) de la litt\u00e9rature se c\u00f4toient de fa\u00e7on plurielle, et sont observables depuis une vision panoramique, en tant que discours suscit\u00e9s \u2014 \u00ab\u00a0en r\u00e9ponse \u00e0\u00a0un imp\u00e9ratif de justification\u00a0\u00bb \u2014 par la confrontation belliqueuse que provoque le simple fait de prendre part au champ litt\u00e9raire. Soudainement, ce ne sont plus les textes qui entrent, par leur nature m\u00eame, en tension avec les autres parutions du champ, mais les \u00e9crivain.e.s (ou les critiques) qui doivent d\u00e9velopper un discours paratextuel sur leur pratique d\u2019\u00e9criture, d\u00e9fendre sociologiquement leur\u00a0<em>situation<\/em>\u00a0dans le champ, \u00e9crire et proclamer le faire-valoir de leurs productions litt\u00e9raires, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de celles-ci (r\u00e9flexions m\u00e9tatextuelles) ou en dehors (dans les m\u00e9dias). Reste \u00e0 se demander ce que dit le texte,\u00a0<em>politiquement<\/em>, lorsque l\u2019\u00e9crivain.e se tait dans l\u2019espace public.<\/p>\n<h2>Le livre le moins politique<\/h2>\n<p>Il s\u2019agira donc, en cet article, de bouder d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le corpus \u00ab\u00a0quintanien\u00a0\u00bb le plus explicitement politique \u2014\u00a0<em>Tomates\u00a0<\/em>(2010), portant sur l\u2019affaire de Tarnac;\u00a0<em>Un \u0153il en moins\u00a0<\/em>(2018), portant sur les manifestations contre la loi Travail au printemps\u00a02016 &amp; le mouvement Nuit debout \u2014 au profit d\u2019une analyse explicite d\u2019un de ses livres les plus implicitement politiques. Dans un d\u00e9sir de revendiquer la port\u00e9e politique de textes formalistes, nous nous proposons de tracer \u00e0 gros traits un panorama \u00ab\u00a0inexhaustif\u00a0\u00bb, int\u00e9gr\u00e9 et critique de la politique de la litt\u00e9rature de Nathalie Quintane \u2014 \u00e9crivaine fran\u00e7aise P.O.L, po\u00e8te se refusant \u00e0 toute versification, essayiste \u00e0 la Fabrique, r\u00e9sidant en province de Paris (\u00e0 Digne-les-Bains), et enseignant le fran\u00e7ais au coll\u00e9gial \u2014 en mettant la focale sur son r\u00e9cit d\u2019exploration, ou \u00ab\u00a0fiction r\u00e9aliste critique\u00a0\u00bb paru en 2012,\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>, portant sur l\u2019amour et la mort (sinon\u00a0<em>cacahu\u00e8tes<\/em>) (51).\u00a0<\/p>\n<p>La th\u00e8se \u00e0 prouver sera la suivante\u00a0: que le propre du sujet d\u2019\u00e9nonciation quintanien est de s\u2019effacer, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un contr\u00f4leur qui supervise la machine (le dispositif textuel) qu\u2019il a fa\u00e7onn\u00e9e afin que, par un curieux m\u00e9lange de connivence, de surprises, de d\u00e9placements, de changements de registres, de mots savants mobilis\u00e9s seulement lorsque n\u00e9cessaire, le lectorat d\u00e9veloppe une conscience politique qui survient en lui\u00a0<em>in petto<\/em>. Il s\u2019agira de montrer en quoi cette politique de la litt\u00e9rature ne s\u2019appr\u00e9hende pas depuis le pourquoi du texte, mais par une multiplicit\u00e9 de comment(s) qui destituent la litt\u00e9rature en mettant au jour sa folie de grandeur, en la caract\u00e9risant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un sale boulot, d\u2019un travail de symbolisation utilitaire qui donne \u00e0 voir (repr\u00e9sente) les\u00a0<em>degr\u00e9s de participation \u00e0 l\u2019objet<\/em>\u00a0(inf\u00e9rieur\/sup\u00e9rieur) des sujets-citoyens-lecteurs-(auditeurs dans le cas de\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>). En clair, il s\u2019agira de donner \u00e0 voir en quoi un texte en apparence\u00a0<em>apolitique<\/em>\u00a0politise son lectorat en lui offrant l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une \u00e9mancipation s\u2019il se pr\u00eate au jeu d\u2019une m\u00e9canique textuelle qui exige un geste interpr\u00e9tatif fort, une affirmation subjective assur\u00e9ment g\u00eanante et maladroite.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Quand on comprend, c\u2019est excitant\u00a0\u00bb (171)<\/h2>\n<p><em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0est de ces livres qui proc\u00e8dent par couches successives, par \u00e0-coups, de ceux qui auraient pu commencer et finir \u00e0 n\u2019importe quelle page, qui se d\u00e9layent en une sorte de liquide s\u00e9miotique. On pourrait reconna\u00eetre l\u00e0 une mani\u00e8re de m\u00e9thode s\u2019\u00e9talant \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre de Quintane. En cela, ce serait r\u00e9duire consid\u00e9rablement\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0que de lui faire subir la violence d\u2019une analyse synth\u00e9tique, alors en respect de sa structure, nous en ferons une lecture antisyst\u00e9matique. C\u2019est Quintane qui disait, dans un entretien r\u00e9cent partag\u00e9 sur la plateforme dissidente\u00a0<em>Trou Noir<\/em>, que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] l\u2019id\u00e9e c\u2019est que \u00e7a tienne, et \u00e7a tient par la phrase. Si la phrase tient, j\u2019estime que tout tient. \u00c0 tort, s\u2019en [<em>sic<\/em>] doute parce que les gens peuvent se perdre, comme je me perds moi. C\u2019est pas grave, de toute fa\u00e7on ce que je fais, c\u2019est des livres o\u00f9 on se perd, o\u00f9 il n\u2019y a pas de centre. Des livres excentr\u00e9s travers\u00e9s par des excentriques (Temp\u00eate 2021).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Cr\u00e2ne chaud\u00a0<\/em>aura fait bien peu de bruit \u00e0 sa parution, laissant la critique pantoise ou indiff\u00e9rente devant un objet po\u00e9tico-exp\u00e9rimental d\u2019une telle vulgarit\u00e9, livr\u00e9 avec panache dans une \u00e9criture philosophique suintante de franchise, pleine d\u2019un sans-cons\u00e9quence. De la vulgarit\u00e9 \u00e0 la vulgarisation, faudrait-il d\u00e9j\u00e0 savoir distinguer l\u2019obsc\u00e8ne de l\u2019ordinaire, ou bien essayer de comprendre en quoi le caract\u00e8re scabreux indique que le livre touche \u00e0 un angle mort soci\u00e9tal. De quoi sommes-nous g\u00ean\u00e9.e.s? C\u2019est que le lectorat aimerait rire de connivence, mais iel sent trop bien que quelque chose se trame, qu\u2019on se moque peut-\u00eatre d\u2019elle et de lui, du plaisir qu\u2019iel pourrait tirer \u00e0 lire ce genre de texte. Or, la question est l\u00e0\u00a0: quel plaisir y a-t-il \u00e0 tirer d\u2019un livre? Quelle en est la condition de possibilit\u00e9 (de ce plaisir), aux d\u00e9pens de qui? De quel genre un tel livre peut-il participer\u00a0: \u00ab\u00a0Jouant sur la classique division entre haut et bas, on pense qu\u2019une sc\u00e8ne de sexe sera plus \u00e0 l\u2019aise, \u201c\u00e0 la maison\u201d, dans un polar ou un roman trashy, comme si le sujet contaminait le genre et inversement\u00a0\u00bb (Quintane\u00a02012, 27). Que cherche-t-il \u00e0 dire, ce livre, et surtout, comment? \u00c0 premi\u00e8re vue, et la quatri\u00e8me de couverture nous enjoint d\u2019y croire, c\u2019est un livre sur l\u2019amour \u00ab\u00a0non au sens de\u00a0<em>j\u2019aime les vacances<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>j\u2019aime mon chat<\/em>\u00a0\u00bb mais en tant que \u00ab\u00a0sentiment sexuel\u00a0\u00bb, sorte d\u2019oxymore visant \u00e0 arrimer le sentiment amoureux au biologisme de la sexualit\u00e9, premier geste po\u00e9tique cong\u00e9diant tout romantisme.<\/p>\n<p>La pr\u00e9misse de d\u00e9part est simple\u00a0: comment faire oublier au lectorat qu\u2019il lit, en partant du pr\u00e9suppos\u00e9 que l\u2019auditoire de porno cherche \u00e0 oublier qu\u2019il consomme de la porno, ce \u00ab\u00a0document lyrique\u00a0\u00bb (167)? Comment faire du livre un objet d\u00e9sirable, \u00ab\u00a0Mais\u00a0<em>Bataille<\/em>, par exemple. C\u2019est\u00a0<em>sexe<\/em>\u00a0(il parle de sexe et c\u2019est sexe)\u00a0\u00bb (18)? Comment penser le rapport consum\u00e9riste aux objets de divertissement? Le livre est-il un jouet, un jeu?\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0se soumet-il aux diktats de l\u2019industrie culturelle? De quel c\u00f4t\u00e9 est l\u2019ali\u00e9nation? Autant de questions suscit\u00e9es par ce livre, sans que jamais il ne pr\u00e9tende savoir\/pouvoir y r\u00e9pondre.\u00a0<\/p>\n<p>La premi\u00e8re contrainte vise \u00e0 mettre en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9mission radiophonique anim\u00e9e par l\u2019ancienne star de porno Brigitte Lahaie (\u00ab\u00a0Je voudrais \u00eatre comme une radio qui parle\u00a0\u00bb [41]); la deuxi\u00e8me vise \u00e0 mobiliser exclusivement des r\u00e9f\u00e9rences filmiques italiennes (\u00ab\u00a0J\u2019ai choisi comme contrainte de ne raconter que des sc\u00e8nes de films italiens.\u00a0\u00bb [67]); la troisi\u00e8me est sans doute de livrer une critique de l\u2019acte de lecture en interrogeant la place du d\u00e9sir dans les rapports sociaux (\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019il vaut mieux faire une le\u00e7on sur la litt\u00e9rature ou sur le trou du cul, t\u2019en penses quoi, Aur\u00e9lie?\u00a0\u00bb [40]). \u00c0 regarder de plus pr\u00e8s, la question permettant de faire le pont entre ces trois contraintes pour le moins arbitraires se formule comme suit\u00a0: quel est ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb m\u00e9tatextuel qui parle de tout sauf de lui-m\u00eame, qui se raconte par le choix de ce qu\u2019il dit?<\/p>\n<h2>\u00c9crire au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, en son nom propre<\/h2>\n<p>Le livre s\u2019ouvre sur une phrase \u00e0 la structure invers\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0[l]es encouragements, je me les fabrique moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (7). L\u2019incipit instaure la dynamique dialogique qui r\u00e8gnera tout du long\u00a0: le pr\u00e9dicat pr\u00e9c\u00e8de le sujet, en cong\u00e9diant le lectorat voyeur. On nous dit qu\u2019\u00e0 vouloir assister au spectacle, il faudra savoir mieux que de simplement juger depuis une passivit\u00e9 pseudo-omnipotente; par le fait m\u00eame, on exige du lectorat qu\u2019il se responsabilise. La voix narrative, indiff\u00e9rente \u00e0 l\u2019assentiment de son lectorat, se subjectivise par ses propres constructions syntaxiques, elle fonde son identit\u00e9 en revendiquant le droit de ne pas avoir \u00e0 rendre de comptes (\u00ab\u00a0[\u2026] je veux dire par l\u00e0 que je ne promets rien, mais je n\u2019emp\u00eache personne non plus.\u00a0\u00bb [7]). Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb se caract\u00e9rise en d\u00e9pit de ce que le lectorat pourrait en dire (\u00ab\u00a0Ce que vous en ferez, c\u2019est votre affaire\u00a0\u00bb [7]). Se mettant hors de port\u00e9e, la voix narrative revendique une identit\u00e9 herm\u00e9tique, une pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019autarcie, elle indique qu\u2019on n\u2019apprendra rien d\u2019elle ici, op\u00e9rant un d\u00e9placement du regard qui pointe que l\u2019important est ailleurs, moins dans le\u00a0<em>qui parle<\/em>\u00a0que dans le\u00a0<em>que peut faire ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb qui parle<\/em>.\u00a0<\/p>\n<p>La voix narrative am\u00e9nage, en le fabriquant de toutes pi\u00e8ces, non pas un espace o\u00f9 se raconter, mais bien un espace\u00a0<em>conversationnel<\/em>, un lieu excentr\u00e9 o\u00f9 les registres de langage se c\u00f4toient de fa\u00e7on indiff\u00e9renci\u00e9e, au confluent de la fiction et du r\u00e9el, o\u00f9 elle peut se dire observ\u00e9e \u2014 du fait qu\u2019elle s\u2019offre \u2014 dans ses moindres faits et gestes. Elle se porte t\u00e9moin du regard de l\u2019autre, t\u00e9moin\u00a0<em>avec<\/em>\u00a0l\u2019autre de ce bricolage bancal qu\u2019est le texte, de ces effets de langage qui concernent tout le monde, sans pour autant faire dans la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature pour tous\u00a0\u00bb, ce \u00ab\u00a0quelque chose d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (8). Il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre compr\u00e9hensible au plus grand nombre, mais bien de se faire comprendre par le plus grand nombre. S\u2019il est vrai que l\u2019\u00e9crivain.e s\u2019adonne \u00e0 un travail de repr\u00e9sentation, iel n\u2019a rien du d\u00e9put\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne repr\u00e9sente pas le peuple, et ceci n\u2019est pas une s\u00e9ance \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e\u00a0\u00bb (9). En contrebas de cette affirmation est pos\u00e9e la question du r\u00f4le de l\u2019\u00e9crivain.e dans la soci\u00e9t\u00e9, un r\u00f4le de facilitateur de la parole, comme peuvent l\u2019\u00eatre les professeur.e.s ou les animateur.trice.s radio. Par-del\u00e0 l\u2019incipit, c\u2019est tout le premier chapitre du livre, constitu\u00e9 d\u2019une dizaine de pages, qui fait office de mise en garde, d\u2019invitation aussi, une mani\u00e8re de devancer la critique, de d\u00e9montrer la caducit\u00e9 de la m\u00e9thode questions-r\u00e9ponses en litt\u00e9rature, de pr\u00e9parer non pas le terrain, mais le lectorat qui devra apprendre, et vite sinon tant pis, \u00e0 se mouvoir en zones impraticables.<\/p>\n<p><em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0est un texte qui se caract\u00e9rise par la n\u00e9gative, qui fait le pari de brandir un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb non pas engag\u00e9 mais engageant, qui sabote le lien de confiance avec le lectorat en le faisant sentir pi\u00e9g\u00e9 par le texte. Son livre a quelque chose du livre-jeu, version grand enfant; il faut se laisser surprendre \u00e0 soulever les battants cartonn\u00e9s, ceux qui recouvrent des enjeux politiques que l\u2019on cherche \u00e0 ne pas voir. On pourrait \u00eatre tent\u00e9 de dire de\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0qu\u2019il s\u2019agit, avec\u00a0<em>D\u00e9but\u00a0<\/em>(1999), du livre le plus autobiographique de l\u2019\u0153uvre de Quintane, en ce que ces livres sont ceux qui correspondent le mieux aux r\u00e9cits de soi, de ceux qui en passent par l\u2019univers de l\u2019intime, de l\u2019enfance, des relations interpersonnelles, mais ce serait une fa\u00e7on de dire qu\u2019on ne sait pas quoi penser de l\u2019\u00e9nonciation de ces textes.\u00a0<\/p>\n<p>Philippe Lejeune, en 1975, s\u2019est donn\u00e9 la peine de conceptualiser le genre de l\u2019autobiographie selon le pacte que celui-ci \u00e9tablit avec le lectorat, voulant qu\u2019il y ait identit\u00e9 entre l\u2019auteur, le narrateur et le personnage (15). Afin de rendre op\u00e9rante sa typologie, il a pris bien soin de distinguer l\u2019autobiographie du\u00a0<em>roman<\/em>\u00a0autobiographique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J\u2019appellerai [roman autobiographique] tous les textes de fiction dans lesquels le lecteur peut avoir des raisons de soup\u00e7onner, \u00e0 partir de ressemblances qu\u2019il croit deviner, qu\u2019il y a identit\u00e9 de l\u2019auteur et du\u00a0<em>personnage<\/em>, alors que l\u2019auteur, lui, a choisi de nier cette identit\u00e9, ou du moins de ne pas l\u2019affirmer (Lejeune\u00a01975, 25).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Issus de ce genre litt\u00e9raire, on pourrait penser \u00e0 l\u2019\u00e9criture blanche de Annie Ernaux, de son\u00a0<em>M\u00e9moire de fille\u00a0<\/em>(2016), r\u00e9cit de l\u2019\u00e9t\u00e9 de ses premiers \u00e9bats sexuels, aux entr\u00e9es du journal\u00a0<em>Se perdre\u00a0<\/em>(2001), o\u00f9 l\u2019\u00e9criture descriptive n\u2019est pas sans rappeler ses premiers romans relatant son milieu ouvrier et la honte qu\u2019elle a \u00e9prouv\u00e9e au sortir de l\u2019enfance, en se hissant par une \u00e9ducation qui fera d\u2019elle une transfuge. On pourrait penser aux romans autofictionnels de \u00c9douard Louis, son\u00a0<em>En finir avec Eddy Bellegueule<\/em>\u00a0(2014) qui raconte son enfance de gamin homosexuel au sein de cette classe sociale qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0le sous-prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb dans un entretien intitul\u00e9\u00a0<em>Savoir-souffrir<\/em>, men\u00e9 par \u00c9lisabeth Philippe dans la\u00a0<em>NRF<\/em>\u00a0(Forest\u00a02014, 126).<\/p>\n<p>\u00a0Mais comment cat\u00e9goriser le livre de Nathalie Quintane aupr\u00e8s des livres susnomm\u00e9s qui, eux, partent du principe qu\u2019il y a du vrai depuis lequel la fiction s\u2019\u00e9labore, qui peignent le portrait fiable d\u2019une personne et d\u2019un milieu, qui insufflent au pronom grammatical \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb une charge identitaire ind\u00e9niable? Ce principe, sans respecter le pacte autobiographique, conf\u00e8re au lectorat l\u2019impression de\u00a0<em>conna\u00eetre<\/em>\u00a0la personne dont le nom figure sur la page couverture; la dimension fictionnelle de ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb sera per\u00e7ue \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019exag\u00e9rations, d\u2019embellissements, jamais de mensonges remettant en cause la fiabilit\u00e9 de sa parole. Afin de tracer une ligne claire entre le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb autobiographique et le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb fictionnel, Lejeune disait \u00ab\u00a0[qu]\u2019une identit\u00e9 est, ou n\u2019est pas, [qu\u2019]il n\u2019y a pas de degr\u00e9 possible, et [que] tout doute entra\u00eene une conclusion n\u00e9gative\u00a0\u00bb (15). En r\u00e9ponse \u00e0 cette affirmation rigide, afin d\u2019appr\u00e9hender le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb subversivement autobiographique de\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>, il faudrait r\u00e9\u00e9crire la phrase de Lejeune ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Une identit\u00e9 est,\u00a0<em>et\u00a0<\/em>n\u2019est pas. Il y a des degr\u00e9s possibles, et tout doute entra\u00eene une conclusion plausible\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0La langue \u00e9tait en faute\u00a0\u00bb (88)<\/h2>\n<p>Deux exemples de\u00a0<em>je-texte<\/em>\u00a0\u2014 \u00ab\u00a0je (c\u2019est-\u00e0-dire le texte)\u00a0\u00bb (144) \u2014 ayant particuli\u00e8rement attir\u00e9 notre attention dans\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0illustreront les modes d\u2019application de ce principe lejeunien revisit\u00e9 chez Quintane\u00a0: le\u00a0<em>je-fellatoire<\/em>(critique du capitalisme) et le\u00a0<em>je-ch\u00e8vre<\/em>\u00a0(critique lacanienne du sujet sexu\u00e9 comme genr\u00e9).<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, mentionnons que jamais le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0ne s\u2019autod\u00e9signera. \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb ne renvoie pas \u00e0 Nathalie Quintane (en tant qu\u2019\u00eatre) ni au nom figurant sur la page couverture\u00a0d\u2019ailleurs\u00a0: il demeurera ce protagoniste sans nom, ce pronom grammatical renvoyant\u00a0<em>et<\/em>\u00a0ne renvoyant pas au sujet d\u2019\u00e9nonciation quintanien. Certes, nous apprendrons que le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb poss\u00e8de une chatte \u00ab\u00a0qui s\u2019appelle Chemoule\u00a0\u00bb (55), qu\u2019il a v\u00e9cu le genre de passion \u00ab\u00a0qui t\u2019a litt\u00e9ralement pourri le cerveau\u00a0\u00bb (145), qu\u2019il a une amie imaginaire, une interlocutrice exemplaire qu\u2019il s\u2019est cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces, une instance dialogique et textuelle avec laquelle il discute, qu\u2019il nomme ici et l\u00e0 dans le livre \u00ab\u00a0A. P. comme Action Po\u00e9tique\u00a0\u00bb ou Aur\u00e9lie Pelloux, voire Annette Pauli \u00ab\u00a0pour plus de r\u00e9alisme\u00a0\u00bb (14). \u00c0 noter que Quintane fera allusion \u00e0 cette amie ailleurs, dans sa contribution au collectif\u00a0<em>\u00ab\u00a0Toi aussi, tu as des armes\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>appr\u00e9hendant les interrelations entre po\u00e9sie &amp; politique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>1. Mon amie A. P. (qui est mon amie moi-m\u00eame) rechigne\u00a0: pourquoi en es-tu venue \u00e0 parler de Tarnac, alors qu\u2019avant tu parlais de chaussure, et que tu parlais aussi bien de Tarnac en parlant de chaussure qu\u2019en n\u2019en parlant pas (de Tarnac)? (Quintane\u00a02011, 175).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0(qui n\u2019est pas celui de Quintane-en-tant-qu\u2019\u00eatre) est l\u2019ami de A.\u00a0P. qui est\u00a0<em>mon amie moi-m\u00eame<\/em>, dit-elle ci-haut. Rappelons-le, Quintane a \u00e9crit des livres sur les chaussures (1997) et sur l\u2019affaire de Tarnac (2010); or qu\u2019elle parle explicitement ou pas de cette affaire dans ses livres, l\u2019\u00e9criture de son \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb (qui n\u2019est pas elle) demeure politique. Si tout cela para\u00eet inintelligible, il faudra simplement retenir l\u2019id\u00e9e que le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb d\u2019un \u00e9crivain est\u00a0<em>et<\/em>n\u2019est pas repr\u00e9sentatif de l\u2019identit\u00e9 du sujet\u00a0: l\u2019\u00eatre s\u2019appr\u00e9hende, dans sa singularit\u00e9, en tant qu\u2019\u00e9criture, il s\u2019assujettit aux mots qui le disent plus qu\u2019il ne les dit. Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb doit \u00eatre \u00e9nonc\u00e9 pour exister, la compr\u00e9hension d\u00e9coule de la nomination. Ou encore, quand je dis \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, je me d\u00e9couvre \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Premier exemple\u00a0: le\u00a0<em>je-fellatoire<\/em>\u00a0survient \u00e0 la fin du chapitre\u00a06, o\u00f9 le r\u00e9cit explore l\u2019id\u00e9e selon laquelle les sexes f\u00e9minin et masculin auraient atteint pleinement leur statut d\u2019organe politique, mais ce ne serait pas le cas de l\u2019anus qui, sans \u00eatre \u00ab\u00a0le tiers exclu\u00a0\u00bb, n\u2019aurait \u00ab\u00a0pas atteint la vraie pr\u00e9sence\u00a0\u00bb (39). L\u2019association d\u2019id\u00e9es est plut\u00f4t abordable (accessible)\u00a0: on pense le r\u00f4le politique des diff\u00e9rents orifices, leur charge symbolique, leur reproduction mat\u00e9rielle (jouets), leur lien m\u00e9taphorique avec la litt\u00e9rature. C\u2019est en cela que la voix narrative en vient \u00e0 th\u00e9oriser les cons\u00e9quences de la survenue d\u2019une machine \u00e0 sucer sur le march\u00e9 des biens de consommation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Su\u00e7ant \u00e0 mort, LMAS objectalise la grande litt\u00e9rature\u00a0: elle a une bouche de b\u00e9b\u00e9; elle ne s\u2019arr\u00eate que quand elle est pleine; elle est aussi perfectionn\u00e9e qu\u2019une scie sauteuse allemande. C\u2019est ce qu\u2019on dit quand on dit\u00a0<em>dense<\/em>,\u00a0quand on dit\u00a0<em>ma\u00eetris\u00e9e<\/em>, accomplie,\u00a0<em>milieu de carri\u00e8re<\/em>, fin de parcours. Je suis \u00e9crivain, je suis une artiste, je suce s\u00e9rieusement, je ne suis pas comme un de ces petits branleurs \u00e0 Goncourt, je suce\u00a0<em>\u00e0 fond<\/em>, je me suis arrach\u00e9 les dents une \u00e0 une pour sucer sans dents et non pour me creuser les joues sur la photo, je suce comme une b\u00eate, je suis \u00e0 la fois clinique et bestiale comme un porno historique, il y a dans ce que je fais quelque chose d\u2019am\u00e9ricain mais autrichien, il y a quelque chose de glabre et de sinc\u00e8re, quelque chose de frivole qui tend un scalp, qui s\u2019est d\u00e9coup\u00e9 la peau du cr\u00e2ne \u00e0 l\u2019aveugle en ovale crant\u00e9 et le pose l\u00e0 sans bapt\u00eame (51-52).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le glissement est clair\u00a0: la machine \u00e0 sucer, c\u2019est\u00a0<em>la grande litt\u00e9rature<\/em>\u00a0s\u2019assujettissant aux besoins du march\u00e9, une reproduction tordue et m\u00e9canique du souhaitable (de la bouche adulte \u00e0 celle du b\u00e9b\u00e9). Les \u00e9pith\u00e8tes laudatives s\u2019accumulent, dans un humour narquois, qui laisse entendre par l\u2019italique leur caract\u00e8re pes\u00e9, ampoul\u00e9, qui donne \u00e0 penser que\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0lui-m\u00eame pourrait \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 ainsi, en ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un livre de\u00a0<em>milieu de carri\u00e8re<\/em>\u00a0dans l\u2019\u0153uvre de Quintane. Mais les \u00e9crivain.e.s qui\u00a0<em>sucent<\/em>\u00a0s\u00e9rieusement ne se\u00a0<em>branlent<\/em>\u00a0pas, ne sont pas en relation \u00e9gotique avec leur propre plaisir, n\u2019aspirent pas \u00e0 rafler le Goncourt ou le M\u00e9dicis, ne cherchent pas \u00e0 r\u00e9pondre aux standards de beaut\u00e9 (<em>se creuser les joues pour la photo<\/em>), iels font dans le d\u00e9rangement\u00a0<em>glabre<\/em>\u00a0et\u00a0<em>sinc\u00e8re<\/em>. Leurs livres ont ce caract\u00e8re hyper-r\u00e9el qui est l\u2019apanage du\u00a0<em>porno historique<\/em>, ils d\u00e9tiennent une comp\u00e9tence pornographique obsc\u00e8ne, mais surtout, obvie, qui en passe par les mots de la bouche \u2014 le langage.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me exemple\u00a0: le\u00a0<em>je-ch\u00e8vre<\/em>\u00a0survient au chapitre\u00a015, il s\u2019\u00e9tale sur une dizaine de pages en se m\u00e9tamorphosant. La voix narrative (f\u00e9minine) part en randonn\u00e9e (\u00ab\u00a0je suis parti<em>e<\/em>\u00a0en montagne pour comprendre si je pouvais quitter la ville ou si je devais y rester\u00a0\u00bb [126; nous soulignons]). Saut de paragraphe, survient ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb que le lectorat suppose \u00eatre la voix narrative, mais soudainement, s\u2019approchant des ch\u00e8vres, il en p\u00e9n\u00e8tre une (\u00ab\u00a0j\u2019enfon\u00e7ai lentement mon gland et ma queue dans le plus doux territoire\u00a0\u00bb [129])\u00a0: premi\u00e8re permutation des genres, qui surprend, saisit, pourrait sembler accidentelle, mais le geste d\u2019\u00e9criture refait apparition quelques pages plus loin, lorsque la voix narrative met en sc\u00e8ne une baise o\u00f9 tout part \u00ab\u00a0en arri\u00e8re\u00a0\u00bb avec un partenaire masculin (\u00ab\u00a0baisant cet homme\u00a0\u00bb), nommant le possible de la maternit\u00e9 (\u00ab\u00a0l\u2019enfant que je lui promets\u00a0\u00bb), s\u2019autod\u00e9signant pourtant au masculin par la phrase \u00ab\u00a0dont je suis passionn\u00e9ment amour<em>eux<\/em>\u00a0\u00bb (135; nous soulignons). La sc\u00e8ne se conclut sur la formule lacanienne \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas de rapport sexuel\u00a0\u00bb (136), qui laisse entrevoir le r\u00e9gime de singularisation qui domine la logique du livre de part en part, o\u00f9 le sujet est libre d\u2019inventer son mode de jouissance, un mode irr\u00e9ductible aux questions de la construction du genre ou de l\u2019attribution d\u2019un sexe biologique \u00e0 la naissance. Mais la voix narrative ne se perd pas pour autant dans un miasme de pronoms grammaticaux factices. Apr\u00e8s avoir fait l\u2019apologie du bonheur conjugal (\u00ab\u00a0[\u2026] la possession d\u2019une femme, d\u2019un appartement, d\u2019un v\u00e9hicule pour se d\u00e9placer, n\u2019allaient pas cr\u00e9er le socle stable sur lequel \u00e9difier quelque chose de sens\u00e9\u00a0\u00bb [132]), un syntagme incongru appara\u00eet, isol\u00e9 du propos, venant mettre la lumi\u00e8re sur l\u2019indistinction produite par la sc\u00e8ne de la p\u00e9n\u00e9tration de la ch\u00e8vre\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi suis-je encore cette ch\u00e8vre-l\u00e0?\u00a0\u00bb (134). Pourquoi suis-je encore cette femme dont on prend possession, subitement, soudainement? Du\u00a0<em>je-fellatoire<\/em>au\u00a0<em>je-ch\u00e8vre<\/em>,\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0d\u00e9joue les attentes d\u2019un lectorat conventionnel (d\u00e9sireux de mim\u00e9tisme ou de moralisme)\u00a0: en ces pages, il s\u2019agit moins de se laisser gagner par un geste interpr\u00e9tatif d\u2019identification (je ne veux pas \u00eatre\u00a0<em>un branleur \u00e0 Goncourt<\/em>\u00a0ou je ne veux pas \u00eatre\u00a0<em>la ch\u00e8vre<\/em>\u00a0de quelqu\u2019un) que par la compr\u00e9hension que la m\u00e9canique textuelle des univers fictionnels produit des coupures sur-signifiantes qui d\u00e9noncent les pr\u00e9suppos\u00e9s des codes litt\u00e9raires &amp; sociaux.<\/p>\n<h2>De la lecture \u00e0 l\u2019usage du dispositif textuel<\/h2>\n<p>Dans son essai\u00a0<em>Les ann\u00e9es\u00a010<\/em>, Quintane interroge la distinction entre contre-culture et sous-culture. Qu\u2019est-ce qui explique ce passage du\u00a0<em>contre<\/em>&#8211; au\u00a0<em>sous<\/em>-, par opposition \u00e0 la haute\u00a0culture \u2013 l\u2019h\u00e9g\u00e9monique? Pourquoi pr\u00e9f\u00e9rer, en tant que lectorat, un essai historico-politique \u00e0 un roman, voire \u00e0 de la po\u00e9sie? \u00c0 quoi mesurons-nous la facilit\u00e9 de traitement d\u2019un objet litt\u00e9raire? C\u2019est ce que Quintane appellera les degr\u00e9s de participation \u00e0 l\u2019objet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>D\u00e8s que je suis pauvre, il y a participation \u00e0 l\u2019objet. Mais on devrait dire\u00a0: d\u00e8s que je suis homme (humain), il y a participation \u00e0 l\u2019objet. Donc\u00a0: d\u00e8s que je suis pauvre, il y a participation \u00e0 un degr\u00e9\u00a0<em>sup\u00e9rieur<\/em>\u00a0\u00e0 l\u2019objet (d\u2019o\u00f9 les Nike, les strings, les marshmallows, etc.). Si \u00e7a ne se touche pas, si \u00e7a ne se mange pas, si \u00e7a ne se porte pas, \u00e7a n\u2019existe pas \u2013 c\u2019est ainsi quand je suis pauvre (2014, 73).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sujet est attach\u00e9 symboliquement aux objets qu\u2019il consomme, il est consomm\u00e9 par eux\u00a0: son identit\u00e9 en d\u00e9pend, tout comme son agir. Alors qu\u2019en est-il du degr\u00e9 de participation \u00e0 ces objets que sont les livres? Plus loin, Quintane se demande \u00ab\u00a0comment \u00e9tablir la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un fait en contexte romanesque\u00a0\u00bb (192), et cette question laisse entrevoir la question fondamentale que sous-tend sa politique de la litt\u00e9rature\u00a0: comment produire des\u00a0<em>effets de v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u00a0dans l\u2019espace du texte qui, par leur existence m\u00eame, exprimeraient la caducit\u00e9 des\u00a0<em>effets de r\u00e9el<\/em>\u00a0litt\u00e9raires qui camouflent la plupart du temps les effets sociaux dans le monde r\u00e9el? Ce qui fait le livre, ce n\u2019est pas la\u00a0<em>position institutionnelle<\/em>\u00a0de l\u2019\u00e9crivain (\u00ab\u00a0puisqu\u2019un tel est reconnu comme \u00e9crivain, tout ce qu\u2019il fait est de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb [189]), mais la nature m\u00eame du dispositif textuel, sa m\u00e9canique du \u00ab\u00a0mentir-vrai\u00a0\u00bb (191), la digestion du r\u00e9el par la fiction, une m\u00e9canique qui sait ne pas s\u2019astreindre \u00e0 une mim\u00e8sis b\u00eatement platonicienne cherchant \u00e0 camoufler son artificialit\u00e9, qui sait par la fiction produire en le lectorat le sentiment d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 en se moquant bien de laisser para\u00eetre les coutures du texte.<\/p>\n<p>En cela,\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0est l\u2019exemple parfait d\u2019un texte qui s\u2019offre au lectorat dans sa mat\u00e9rialit\u00e9, sa constitution, ses achoppements. Il est le genre de texte qui corrobore la conceptualisation du terme \u00ab\u00a0dispositif\u00a0\u00bb \u00e9labor\u00e9e par le philosophe Giorgio Agamben, dans le sillage de Michel Foucault, qui donne \u00e0 voir en quoi un livre est moins un objet de divertissement qu\u2019un outil multifactoriel appelant \u00e0 divers usages\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] j\u2019appelle dispositif tout ce qui a, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, la capacit\u00e9 de capturer, d\u2019orienter, de d\u00e9terminer, d\u2019intercepter, de modeler, de contr\u00f4ler ou d\u2019assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des \u00eatres vivants (2006, 31).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0s\u2019ouvre sur la question de la d\u00e9mocratisation de la litt\u00e9rature\u00a0: le livre ne pr\u00e9suppose pas de la capacit\u00e9 du lectorat \u00e0 savoir le recevoir, il s\u2019offre depuis le pr\u00e9suppos\u00e9 que \u00ab\u00a0la litt\u00e9rature pas plus que la philosophie ne se sont d\u00e9professionnalis\u00e9es, pas plus que la connaissance sexuelle [\u2026]\u00a0\u00bb (182). Quand la voix narrative dit \u00ab\u00a0c\u2019est votre affaire\u00a0\u00bb, elle dit \u00ab\u00a0\u00e7a vous concerne, en tant que sujet susceptible de se subjectiver depuis les connaissances qui sont les siennes\u00a0\u00bb. Jacques Ranci\u00e8re, dans\u00a0<em>Le Spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>, caract\u00e9rise le\u00a0<em>processus de subjectivation<\/em>\u00a0en partant du principe que tout \u00eatre d\u00e9tient la capacit\u00e9 d\u2019entrer en relation d\u2019\u00e9mancipation avec les objets qui se trouvent \u00e0 sa port\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0le savoir n\u2019est pas un ensemble de connaissances, mais une position\u00a0\u00bb (2008, 15). Il s\u2019agit d\u2019apprendre \u00e0 penser le rapport entre le connu et l\u2019inconnu, de franchir cette distance en se donnant les outils qui m\u00e8nent \u00e0 la connaissance de ce que l\u2019on ignore. Plus loin, Ranci\u00e8re soutient que le processus de subjectivation politique consiste en un geste r\u00e9flexif, geste qui n\u2019est pas sans rappeler l\u2019acte de lecture\u00a0: \u00ab\u00a0dans l\u2019action de capacit\u00e9s non compt\u00e9es qui viennent fendre l\u2019unit\u00e9 du donn\u00e9 et de l\u2019\u00e9vidence du visible pour dessiner une nouvelle topographie du possible\u00a0\u00bb (55).<\/p>\n<h2>L\u2019objet litt\u00e9raire est, est politique<\/h2>\n<p>Nous le disions plus haut\u00a0: il n\u2019y a pas de sujets tabous en litt\u00e9rature, seulement des dispositifs plus ou moins op\u00e9rants. Le texte politique ne parle pas de politique, il agit \u00ab\u00a0<em>pour de vrai\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>(Quintane\u00a02014, 190), en tant que dispositif litt\u00e9raire, c\u2019est-\u00e0-dire par son usage (\u00eatre lu, interpr\u00e9t\u00e9, dig\u00e9r\u00e9), dans le corps du lectorat qui, lui, est sujet politique\u00a0<em>pour de vrai<\/em>. Un postulat traverse l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Quintane, fonde sa politique de la litt\u00e9rature, et\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>\u00a0n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019expression la plus grasse, la plus vulgaire, la plus joueuse\u00a0de celui-ci\u00a0: les paroles sont des actes, \u00ab\u00a0elles peuvent toucher en plein c\u0153ur la personne, bien plus violemment et brutalement qu\u2019une double-p\u00e9n\u00e9tration \u2014 si vous me permettez la comparaison \u2014 parce qu\u2019elles touchent l\u2019\u00eatre m\u00eame, ce que l\u2019on est\u00a0\u00bb (88). Il faudra se donner la peine de jeter un coup d\u2019\u0153il furtif au geste d\u2019\u00e9criture dont t\u00e9moigne sa derni\u00e8re parution,\u00a0<em>La Cavali\u00e8re<\/em>, o\u00f9 la sexualit\u00e9 &amp; la politique se c\u00f4toient \u00e0 nouveau, afin de nous rappeler que \u00ab\u00a0[r]ien, pas m\u00eame une institution, un pouvoir, un fait acquis, des r\u00e8gles ou des lois, ne devrait rendre \u00e0 plus d\u2019un la vie insupportable\u00a0\u00bb (2021, 125). La litt\u00e9rature permet le dire textuel de cette v\u00e9rit\u00e9-l\u00e0, nous dispose \u00e0 l\u2019accueillir par la bande, \u00e0 en appr\u00e9hender les effets r\u00e9els,\u00a0<em>i.e.<\/em>\u00a0sociaux.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Agamben, Giorgio. 2014 [2006].\u00a0<em>Qu\u2019est-ce qu\u2019un dispositif?<\/em>. Trad. de l\u2019italien par Martin Rueff. Paris\u00a0: Payot &amp; Rivages poche.<\/p>\n<p>Audeguy, St\u00e9phane et Philippe Forest (dir.). 2014. \u00ab\u00a0Que peut (encore) la litt\u00e9rature?\u00a0\u00bb.<em>\u00a0Nouvelle revue fran\u00e7aise<\/em>, no\u00a0609, Gallimard.<\/p>\n<p>Denis, Beno\u00eet. 2006. \u00ab\u00a0Engagement et contre-engagement. Des politiques de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Formes de l\u2019engagement litt\u00e9raire (XV<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles)<\/em>, Kaempfer, Jean, Sonya Florey et J\u00e9r\u00f4me Meizoz (dir.), 103-117. Lausanne\u00a0: Antipodes.<\/p>\n<p>Hamel, Jean-Fran\u00e7ois. 2014. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019une politique de la litt\u00e9rature? \u00c9l\u00e9ments pour une histoire culturelle des th\u00e9ories de l\u2019engagement\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Politiques de la litt\u00e9rature. Une travers\u00e9e du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle fran\u00e7ais<\/em>, Jean-Fran\u00e7ois Hamel, \u00c9lyse Guay et Laurence C\u00f4t\u00e9-Fournier (dir.), 9-30.\u00a0<em>Cahiers Figura<\/em>, no\u00a035. Montr\u00e9al\u00a0: Figura (UQAM).<\/p>\n<p>Lejeune, Philippe. 1996 [1975].\u00a0<em>Le pacte autobiographique<\/em>. Nouv. \u00e9d. augment\u00e9e. Paris\u00a0: Seuil.\u00a0<\/p>\n<p>Quintane, Nathalie. 2011.\u00a0\u00ab\u00a0Astronomique assertions\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>\u00ab\u00a0Toi aussi, tu as des armes\u00a0\u00bb. Po\u00e9sie &amp; politique<\/em>, Jean-Christophe Bailly, Jean-Marie Gleize, Christophe Hanna, Hugues Jallon, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Yves Pag\u00e8s, V\u00e9ronique Pittolo et Nathalie Quintane, 175-197. Paris\u00a0: La Fabrique.<\/p>\n<p>___. 2012.\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>. Paris\u00a0: P.O.L.<\/p>\n<p>___. 2014.\u00a0<em>Les ann\u00e9es dix<\/em>. Paris\u00a0: La Fabrique.\u00a0<\/p>\n<p>___. 2021.\u00a0<em>La Cavali\u00e8re<\/em>. Paris\u00a0: P.O.L.<\/p>\n<p>Ranci\u00e8re, Jacques. 2007.\u00a0<em>Politique de la litt\u00e9rature<\/em>. Paris\u00a0: Galil\u00e9e.<\/p>\n<p>___.\u00a02008.<em>\u00a0Le spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0La Fabrique.<\/p>\n<p>Temp\u00eate, Mika\u00ebl. 2021. \u00ab\u00a0La Cavali\u00e8re et les autres \u2013 entretien avec Nathalie Quintane\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Trou noir<\/em>, 28\u00a0novembre.<a href=\"https:\/\/www.trounoir.org\/?La-Cavaliere-et-les-autres-Entretien-avec-Nathalie-Quintane&amp;fbclid=IwAR3LLsb_StaD9v7WfMDxyRCM_Q8R0ODBuoWzLfVDFIMqPPCBdXcT7Tm100Y\">https:\/\/www.trounoir.org\/?La-Cavaliere-et-les-autres-Entretien-avec-Nath&#8230;<\/a> (Page consult\u00e9 le 19\u00a0f\u00e9vrier 2022<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_q8ihdo3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_q8ihdo3\">[1]<\/a> Deleuze, Gilles &amp; F\u00e9lix Guattari. 1972.\u00a0<em>Capitalisme et Schizophr\u00e9nie, L\u2019Anti-\u0152dipe<\/em>. 105, Paris\u00a0: Les \u00e9ditions de Minuit.<\/p>\n<p id=\"footnote2_7622hh5\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_7622hh5\">[2]<\/a> Quintane, Nathalie. 2012.\u00a0<em>Cr\u00e2ne chaud<\/em>. 137, Paris\u00a0: P.O.L.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>lamoureux, rachel. 2022. \u00ab\u00a0C\u2019EST VOTRE AFFAIRE.\u00a0De la mise \u00e0 mal du pacte autobiographique \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation du lectorat\u00a0dans\u00a0Cr\u00e2ne chaud\u00a0de Nathalie Quintane.\u00a0Une politique litt\u00e9raire de la subjectivation \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvement sociaux \/ 25 ans de Postures \u00bb, En ligne,\u00a0 https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5739 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lamoureux_35.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lamoureux_35.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-43b27f8b-cdac-4aae-b73d-9b5f6a84dd63\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lamoureux_35.pdf\">lamoureux_35<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lamoureux_35.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-43b27f8b-cdac-4aae-b73d-9b5f6a84dd63\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux\/25 ans de Postures \u00bb, no 35 Il n\u2019y a pas de moi au centre, pas plus qu\u2019il n\u2019y a de personnes r\u00e9parties sur le pourtour[1]. Deleuze &amp; Guattari,\u00a0L\u2019Anti-\u0152dipe La variation ne dit pas rien, ne dit pas quelque chose,\u00a0 dit chaque fois chaque chose[2]. Nathalie Quintane,\u00a0Cr\u00e2ne chaud Une question [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1346,1352],"tags":[211],"class_list":["post-5739","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-litterature-et-mouvements-sociaux-25-ans-de-postures","category-une-politique-de-la-litterature","tag-lamoureux-rachel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5739","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5739"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5739\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8341,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5739\/revisions\/8341"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5739"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5739"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5739"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}