{"id":5740,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/contre-le-fetichisme-de-la-signature-le-tract-comme-acte-denonciation\/"},"modified":"2024-08-19T15:16:04","modified_gmt":"2024-08-19T15:16:04","slug":"contre-le-fetichisme-de-la-signature-le-tract-comme-acte-denonciation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5740","title":{"rendered":"Contre le \u00ab f\u00e9tichisme de la signature \u00bb. Le tract comme acte d\u2019\u00e9nonciation"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6907\" data-type=\"post\" data-id=\"6907\">Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux\/25 ans de Postures \u00bb<\/a>, no 35<\/h5>\n<blockquote>\n<p>La v\u00e9ritable activit\u00e9 litt\u00e9raire [\u2026] ne saurait pr\u00e9tendre se d\u00e9rouler dans un cadre litt\u00e9raire \u2014 plut\u00f4t cela est-il l\u2019expression usuelle de sa st\u00e9rilit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Benjamin, Walter. 2015 [1928]. \u00ab\u2009Poste d\u2019essence\u2009\u00bb. Dans\u00a0<em>Rue \u00e0 sens unique<\/em>, trad. Anne Longuet Marx, 9, Paris\u00a0: Allia.<\/span>.<\/p>\n<p>Walter Benjamin, \u00ab\u00a0Poste d\u2019essence\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Rue \u00e0 sens unique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Longtemps cantonn\u00e9 aux marges des \u00e9tudes litt\u00e9raires, le tract attire l\u2019attention d\u2019un nombre croissant de chercheur\u00b7se\u00b7s depuis la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es\u00a01970. Sous la pression des \u00e9v\u00e8nements de Mai 68 d\u2019une part<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Pour une vue d\u2019ensemble sur ces\u00a0\u00e9v\u00e8nements, cf. Dreyfus-Armand, Frank, L\u00e9vy et Zancarini-Fournel (dir.) 2000.<\/span>, et des \u00e9volutions th\u00e9oriques induites par le structuralisme et la nouvelle critique d\u2019autre part<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Pour une vue d\u2019ensemble sur ces \u00e9volutions th\u00e9oriques, en France principalement, cf. Compagnon\u00a02014 [1998].<\/span>, ce sont quantit\u00e9s de petits et grands travaux qui lui sont consacr\u00e9s. Beaucoup empruntent alors \u00e0 la lexicom\u00e9trie (Demonet 1978 [1975]) ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019analyse textuelle (Marco Diani et Sebastiano Bagnara 1984); cela \u00e9tant, on en trouve \u00e9galement quelques-uns qui se penchent sur la morphologie du tract (Boukourai 1986) \u2014 dans une perspective plus qualitative que quantitative, donc \u2014 ou qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 ses objectifs performatifs et \u00e0 son mode de diffusion (Burtin 1977).<\/p>\n<p>Prenant la suite de ces diff\u00e9rentes initiatives, je me propose ici de penser le tract \u00e0 la lumi\u00e8re des concepts de discours et d\u2019\u00e9nonciation. Ce parti pris th\u00e9orique tient avant tout au potentiel analytique de ces concepts. De fait, s\u2019ils ont parfois \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s dans le cadre de travaux de linguistique formelle \u2014 par Antoine Culioli (2020 [1990]) et Dominique Ducard (2018) entre autres \u2014, ils peuvent \u00e9galement servir dans le cadre de r\u00e9flexions sur la pragmatique du langage. Or, ce que je souhaite mettre ici en exergue, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la dimension performative du tract, c\u2019est-\u00e0-dire son aspect r\u00e9solument op\u00e9ratif. J\u2019estime en effet que, par-del\u00e0 ses fonctions r\u00e9f\u00e9rentielle et expressive, le tract accomplit d\u2019abord un geste qui s\u2019apparente \u00e0 celui que Jean-Louis D\u00e9otte pr\u00eate aux \u00ab\u00a0appareils\u00a0\u00bb, lesquels d\u00e9signent, chez lui, des dispositifs techniques et esth\u00e9tiques d\u2019am\u00e9nagement du monde (2004). \u00c0 ce titre, j\u2019essaierai donc de montrer comment la forme litt\u00e9raire que constitue le tract met en \u0153uvre le langage, afin d\u2019agir sur le monde et de le transformer.<\/p>\n<p>Mon analyse se d\u00e9coupera en trois temps. Je t\u00e2cherai d\u2019abord de circonscrire mon objet d\u2019\u00e9tude, en d\u00e9gageant ses principaux traits morphologiques. Ceci m\u2019am\u00e8nera notamment \u00e0 distinguer le tract de formes qui lui sont contigu\u00ebs (comme le pamphlet et le libelle), ainsi qu\u2019\u00e0 interroger ses processus de textualisation et d\u2019auctorialisation. Je me pencherai ensuite sur les travaux d\u2019\u00c9mile Benveniste et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur les textes qu\u2019il a consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0acte d\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb. Comme le note Catherine Fuchs, ces textes ne sont pas \u00e0 l\u2019origine de la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation (1981, 35-36); en revanche, ils ont de beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 son d\u00e9veloppement et \u00e0 sa diffusion, entre autres dans le monde francophone. Je proposerai enfin l\u2019analyse d\u2019un document situationniste datant de 1965, car il incarne exemplairement, me semble-t-il, la dimension performative du tract. Dans cette optique, j\u2019\u00e9voquerai rapidement les th\u00e8ses politiques de l\u2019Internationale situationniste, en particulier celles qui concernent la production artistique. \u00c0 terme, mon objectif n\u2019est donc pas de proposer une interpr\u00e9tation d\u2019ensemble du tract; ce que je souhaite faire, c\u2019est plut\u00f4t contribuer \u00e0 la compr\u00e9hension d\u2019une forme qui, en raison de son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et de sa relative nouveaut\u00e9, passe encore pour marginale au sein du champ des \u00e9tudes litt\u00e9raires.<\/p>\n<h2>De la solitude \u00e0 l\u2019anonymat<\/h2>\n<p>S\u2019il n\u2019est pas \u00e0 proprement parler une forme ancienne, le tract n\u2019en est pas moins l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une longue tradition litt\u00e9raire. Selon Madelaine Barnoud, par exemple, il prend aussi bien le relais du pamphlet que du placard, avec lesquels il partage un certain penchant pour la provocation et l\u2019injure (1996, 26). Aur\u00e9lie Noury et Leszek Brogowski abondent largement dans le m\u00eame sens, mais ils avancent \u00e9galement que \u00ab\u00a0le tract reconduit la tradition de l\u2019action directe\u00a0\u00bb (2012, 4) \u2014 tradition \u00e0 la fois artistique et politique \u2014, dans la mesure o\u00f9 il favorise une prise de parole \u00e0 contre-courant des hi\u00e9rarchies officielles. Comme la brochure ou le libelle avant lui, le tract exprime un fr\u00e9quent d\u00e9sir d\u2019arrachement \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli, une envie de rompre avec les proc\u00e9d\u00e9s et les discours du pouvoir (Burtin\u00a01977, 915). Par contre, aux yeux de Philippe Olivera, ce qui distingue le tract des formes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es, c\u2019est notamment son aptitude \u00e0 se soustraire au contr\u00f4le \u00e9tatique (2003, 149). Certes, le besoin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la censure d\u2019\u00c9tat n\u2019est pas un fait r\u00e9cent puisqu\u2019au XVI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, on remarque un emploi croissant des pseudonymes et des pratiques d\u2019anonymisation (Bayle\u00a02016, 46-47). De m\u00eame, ce n\u2019est pas avec le tract que la question des rapports entre la soci\u00e9t\u00e9 et la litt\u00e9rature commence d\u2019\u00eatre pos\u00e9e; d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9 \u2014 mais surtout avec le d\u00e9veloppement de la presse aux XVII<sup>e<\/sup>et XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cles \u2014, on prend acte du potentiel transformateur de la litt\u00e9rature (Cambron et L\u00fcsebrink\u00a02000, 128-129), que l\u2019on tient tant\u00f4t pour un \u00ab\u00a0instrument de civilisation\u00a0\u00bb, tant\u00f4t pour un facteur de corruption sociale. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, \u00ab\u00a0pourtant, ni la gratuit\u00e9, ni l\u2019anonymat, n\u2019\u00e9taient la r\u00e8gle [, et ce], malgr\u00e9 les risques qu\u2019il y avait \u00e0 imprimer, \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb (Barnoud\u00a01996, 27) et \u00e0 faire circuler certains textes. D\u2019ailleurs, c\u2019est ce qui va obliger Rousseau \u00e0 quitter pr\u00e9cipitamment la capitale fran\u00e7aise le 9\u00a0juin 1762, apr\u00e8s que le Parlement de Paris l\u2019ait condamn\u00e9 pour son\u00a0<em>\u00c9mile<\/em>(P\u00e9rez 2012).\u00a0Or, bien qu\u2019il n\u2019exclue pas\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0la signature, le tract se donne habituellement pour une entreprise collective, fruit d\u2019un effort th\u00e9orique et pratique r\u00e9alis\u00e9 en commun. Effectivement, on note qu\u2019assez peu de tracts rel\u00e8vent d\u2019initiatives purement individuelles. Non pas qu\u2019ils soient n\u00e9cessairement r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 plusieurs (Moth\u00e9\u00a01976, 122); en revanche, ils sont souvent la manifestation d\u2019une parole collective (Guespin\u00a01985, 58). Aussi, lorsqu\u2019un tract est sign\u00e9, ce n\u2019est que rarement par une seule personne; des noms ou des pseudonymes peuvent parfois figurer au bas du texte; cependant, c\u2019est souvent un groupe \u2013 syndicat, collectif d\u2019artistes, association citoyenne, etc. \u2014 qui en est l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019on l\u2019associe couramment \u00e0 la gauche, le tract ne rel\u00e8ve d\u2019aucune id\u00e9ologie particuli\u00e8re. En effet, tout le champ politique est susceptible de s\u2019en servir\u00a0: des anarchistes aux fascistes, en passant par les partis les plus institutionnalis\u00e9s. L\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame pourra parfois y avoir recours (Barnoud\u00a01996, 27), ce qui atteste sinon de l\u2019inconstance m\u00eame du tract, du moins de sa grande polyvalence. Du reste, si la \u00ab\u00a0notion de tract est multiforme\u00a0\u00bb (28), ce n\u2019est pas uniquement en raison de la multiplicit\u00e9 de contenu qu\u2019elle peut prendre en charge; c\u2019est \u00e9galement, et peut-\u00eatre surtout, parce qu\u2019elle d\u00e9signe une forme litt\u00e9raire qui recouvre une tr\u00e8s grande \u00ab\u00a0vari\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb (28). On pourrait sans doute dresser l\u2019inventaire de ses figures les plus courantes \u2014 de celles qui ont \u00e9t\u00e9 ou qui sont les plus fr\u00e9quemment utilis\u00e9es \u2014; cela \u00e9tant, il para\u00eet assez difficile de d\u00e9terminer ce que serait la structure arch\u00e9typale du tract, du fait notamment de la pluralit\u00e9 de ses usages (Burtin\u00a01977, 915-916). Ainsi, l\u00e0 o\u00f9 le tract d\u2019\u00c9tat (Barnoud\u00a01996, 27) optera souvent pour un ton sentencieux et grave \u2014 proche de celui du sermon ou de la harangue \u2014, le tract militant (B\u00e9roud et Lef\u00e8vre\u00a02010, 99), lui, empruntera plut\u00f4t \u00e0 la rh\u00e9torique du slogan et aux proc\u00e9d\u00e9s textuels du manifeste ou de la lettre ouverte. Dans un cas comme dans l\u2019autre toutefois, le \u00ab\u00a0tract [\u2026] adopte une forme jetable, vou\u00e9e \u00e0 la disparition quasi d\u00e9finitive\u00a0\u00bb (Noury et Brogowski\u00a02012, 4) et qui, par le fait m\u00eame, ne se pr\u00eate pas \u2014 ou peu \u2014 \u00e0 un travail de longue haleine. Il est bien s\u00fbr des tracts qui font exception, qui d\u00e9coulent d\u2019un patient effort de composition et d\u2019\u00e9criture \u2014 \u00e0 l\u2019exemple de ceux de Jean-Fran\u00e7ois Bergez (4) \u2014; cependant, la plupart sont \u00ab\u00a0\u00e9labor\u00e9[s] sous la pression des \u00e9v\u00e8nements\u00a0\u00bb, avec les moyens du bord (Pierre\u00a01986, 40). D\u2019o\u00f9 le d\u00e9fi que repr\u00e9sentent la conservation et l\u2019\u00e9tude du tract (Barnoud\u00a01996, 28-29) car, \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement imprim\u00e9 sur du papier de pi\u00e8tre qualit\u00e9, et avec de l\u2019encre qui l\u2019est tout autant, il est pour le moins difficile d\u2019en assurer le traitement documentaire et analytique. Cette situation est, au reste, particuli\u00e8rement vraie lorsqu\u2019il s\u2019agit de tracts n\u2019\u00e9manant pas d\u2019une autorit\u00e9 \u2014 politique, culturelle, etc. \u2014 reconnue (Noury et Brogowski\u00a02012, 4), puisque ceux-ci seront alors plus volontiers consid\u00e9r\u00e9s comme de simples outils, voire comme des d\u00e9chets. On pensera ici entre autres aux productions syndicales et ouvri\u00e8res \u2014 qui malgr\u00e9 les quelques travaux dont elles ont fait l\u2019objet durant la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es\u00a01970 (Moth\u00e9 1976), int\u00e9ressent encore surtout les historiens et les sociologues \u2014, mais aussi \u00e0 la masse de tracts publicitaires (<em>flyers<\/em>) et culturels (<em>leaflets<\/em>) \u2014 laquelle demeure largement ignor\u00e9e par les \u00e9tudes litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>Qu\u2019il rel\u00e8ve du politique, de l\u2019\u00e9conomie ou de la production artistique, le tract a par ailleurs tr\u00e8s souvent partie li\u00e9e avec le pr\u00e9sent. \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature de l\u2019instant\u00a0\u00bb, il vise non seulement \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9pondre \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement pr\u00e9cis\u00a0\u00bb, \u00e0 y r\u00e9agir, mais il entend surtout \u00ab\u00a0avoir prise sur lui\u00a0\u00bb (Barnoud\u00a01996, 27) en infl\u00e9chissant son cours symbolique, c\u2019est-\u00e0-dire en faisant en sorte de bousculer les repr\u00e9sentations qui en sont donn\u00e9es. Par ailleurs, de nombreux tracts rel\u00e8vent carr\u00e9ment de la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature de combat\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9 leurs auteur\u00b7trice\u00b7s cherchent \u00e0 provoquer un effet de rupture imm\u00e9diat et concret, sans beaucoup d\u2019\u00e9gards pour la p\u00e9rennit\u00e9 de leurs productions. C\u2019est ce \u00e0 quoi pr\u00e9tendaient notamment les surr\u00e9alistes et les membres des revues\u00a0<em>Clart\u00e9, Correspondance<\/em>\u00a0et<em>\u00a0Philosophies<\/em>, lorsqu\u2019ils publient, le 26\u00a0juillet 1925, un tract appelant au retrait des troupes fran\u00e7aises du Maroc \u2014 alors engag\u00e9es dans la Guerre du Rif au c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Espagne \u2014, ainsi qu\u2019\u00e0 un \u00ab\u00a0d\u00e9tachement absolu [\u2026] des id\u00e9es qui sont \u00e0 la base de la civilisation europ\u00e9enne [\u2026] et m\u00eame de toute civilisation\u00a0\u00bb (Alexandre et\u00a0<em>al.<\/em>\u00a01980 [1925], 54). Du reste, \u00ab\u00a0par sa rapidit\u00e9 d\u2019\u00e9laboration, la souplesse de sa diffusion et le dynamisme m\u00eame de sa formulation, le tract perm[et] de toucher un public infiniment plus large que les revues ou les livres\u00a0\u00bb (Pierre\u00a01986, 40). Nul besoin, en effet, d\u2019un \u00e9diteur ou d\u2019un distributeur pour faire para\u00eetre un tract; il suffit d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 une imprimante, voire \u00e0 un simple photocopieur, pour pouvoir se lancer dans sa fabrication. Qui plus est, le tract ne suppose pas de bagage culturel particulier; sans doute y a-t-il un savoir-faire pratique et id\u00e9ologique \u00e0 acqu\u00e9rir, comme pour toute entreprise d\u2019\u00e9criture. Seulement, ce savoir-faire n\u2019a pas la stabilit\u00e9 ni le prestige qu\u2019ont ceux du roman ou de la po\u00e9sie, ce qui le rend\u00a0<em>de facto<\/em>nettement plus accessible. Enfin, le \u00ab\u00a0tract [\u2026] ne peut \u00eatre d\u00e9fini en dehors de ses modalit\u00e9s de diffusion\u00a0\u00bb; de fait, parce qu\u2019il est \u00ab\u00a0distribu\u00e9 [\u2026] de la main \u00e0 la main, lors de manifestations, de rassemblements ou simplement dans les rues\u00a0\u00bb (Noury et Brogowski\u00a02012, 4), son lectorat n\u2019a pas de limites clairement d\u00e9finies. Dans certains cas, il s\u2019agira d\u2019un groupe clairement identifi\u00e9 \u2014 les membres d\u2019un parti, par exemple \u2014; dans d\u2019autres, d\u2019un ensemble beaucoup moins pr\u00e9cis \u2014 les passants d\u2019une rue commerciale. Plus encore qu\u2019un contenu ou qu\u2019une forme, le tract est donc un dispositif textuel ouvert, dont la grande plasticit\u00e9 \u2014 morphologique, rh\u00e9torique et discursive \u2014 favorise les usages les plus divers.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Un je qui est un nous, un nous qui est un je\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Sur l\u2019\u00e9volution des th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation depuis la publication des travaux de Benveniste, cf. Badir, Polis et Provenzano\u00a02012.<\/span>\u00a0les \u00ab\u00a0th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb doit beaucoup \u00e0 l\u2019\u0153uvre du linguiste \u00c9mile Benveniste. Estimant que Ferdinand de Saussure a fait fausse route en \u00e9laborant une linguistique qui exclut la composante active du langage (Normand\u00a02010, 175-176; 183), Benveniste propose de la r\u00e9introduire par le biais de ce qu\u2019il nomme le \u00ab\u00a0discours<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">\u00a0Sur la notion de \u00ab\u2009discours\u2009\u00bb chez Benveniste, cf. Suenaga\u00a02012.<\/span>\u00a0\u00bb. De fait, le discours est pour lui la \u00ab\u00a0manifestation de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb, soit le produit de la \u00ab\u00a0mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel\u00a0\u00bb (Benveniste\u00a02014 [1970a], 80). Il ne s\u2019agit donc \u00ab\u00a0pas simplement de la \u201cparole\u2019\u2019\u00a0\u00bb, comprise comme expression verbale, mais de la facult\u00e9 qui est \u00e0 l\u2019origine de cette expression, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0l\u2019acte m\u00eame de produire\u00a0\u00bb un \u00e9nonc\u00e9 (80). Cons\u00e9quemment, lorsqu\u2019il est question, chez Benveniste, de l\u2019\u00ab\u00a0acte d\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb, il faut avoir en t\u00eate un geste d\u2019appropriation de la langue, plut\u00f4t qu\u2019un usage passif ou machinal de cette derni\u00e8re. Car, ce qui int\u00e9resse Benveniste, c\u2019est finalement moins \u00ab\u00a0le texte de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb \u2014 ce qui est dit \u2014 que sa mani\u00e8re \u2014 comment cela est dit (80). Sur ce point, son projet n\u2019est pas tellement \u00e9loign\u00e9 de celui d\u2019un Roman Jakobson ou d\u2019un Andr\u00e9 Martinet, puisqu\u2019il s\u2019attache surtout \u00e0 l\u2019analyse des donn\u00e9es immanentes du langage, \u00e0 ses structures et au syst\u00e8me qu\u2019il constitue.<\/p>\n<p>Le programme que met en place Benveniste ne se r\u00e9sume pourtant pas l\u2019\u00e9tude formelle de l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation (Dessons\u00a02006, 97); visant \u00e0 rendre compte du caract\u00e8re agissant de la langue, il implique en outre un effort de conceptualisation de la subjectivit\u00e9 dans le langage, c\u2019est-\u00e0-dire un effort pour mettre au jour ce que le sujet doit \u00e0 sa condition langagi\u00e8re. Benveniste estime en effet que le \u00ab\u00a0langage est [\u2026] la possibilit\u00e9 de la subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (2014 [1958], 263), \u2014 qu\u2019il est ce par quoi et ce dans quoi se d\u00e9ploie la pr\u00e9sence du sujet. De son point de vue, on ne peut donc pas faire l\u2019\u00e9tude du langage sans se pencher sur le processus de subjectivation qui l\u2019accompagne. D\u2019ailleurs, si le travail de Benveniste s\u2019inscrit ici de plain-pied dans le champ de la linguistique formelle, il proc\u00e8de en outre d\u2019une r\u00e9flexion philosophique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">\u00a0Sur la dimension philosophique des travaux de Benveniste, cf. Mos\u00e8s\u00a02001, 509-525.<\/span>sur la \u00ab\u00a0condition de l\u2019homme dans le langage\u00a0\u00bb (Benveniste\u00a02014 [1958], 260). De fait, l\u2019une des grandes th\u00e8ses de Benveniste \u00e9nonce que \u00ab\u00a0[l]e langage est dans la nature de l\u2019homme\u00a0\u00bb (259). Toutefois, si l\u2019on accepte cette th\u00e8se, alors on doit \u00e9galement admettre l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 du langage sur celui ou celle qui le parle, c\u2019est-\u00e0-dire sur celui ou celle qui se l\u2019approprie. C\u2019est dire, aussi, que \u00ab\u00a0le langage ne peut \u00eatre un simple instrument de communication\u00a0\u00bb (Hailon\u00a02012, 120), car au-del\u00e0 de son \u00ab\u00a0r\u00f4le de transmission\u00a0\u00bb \u2014 r\u00f4le qu\u2019il partage avec diff\u00e9rents \u00ab\u00a0moyens non linguistiques\u00a0\u00bb, et qui ne lui appartient donc pas en propre \u2014, il est avant tout le m\u00e9dium par lequel et dans lequel se r\u00e9alise la condition humaine. Benveniste exemplifie les effets de ce \u00ab\u00a0proc\u00e8s d\u2019appropriation de la langue\u00a0\u00bb (2014 [1970a], 82) en \u00e9voquant la figure de l\u2019enfant. Celui-ci, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0[e]n apprenant le nom d\u2019une chose, [\u2026] acquiert le moyen d\u2019obtenir cette chose\u00a0\u00bb; d\u2019une part parce qu\u2019il peut la d\u00e9signer \u2014 et, par suite, se l\u2019approprier \u2014, d\u2019autre part parce qu\u2019il peut la replacer dans un plus vaste ensemble de choses \u2014 ce qui lui permet, \u00e0 terme, de donner du sens au \u00ab\u00a0monde dans lequel il vit\u00a0\u00bb (2014 [1968], 24). Autrement dit, il en va de l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation comme de beaucoup d\u2019autres processus de subjectivation (Roussillon 1995)\u00a0: celui-ci passe par un moment n\u00e9gatif \u2014 l\u2019enfant qui entre en contact avec quelque chose qui n\u2019est pas lui \u2014, par la rencontre d\u2019une forme ou d\u2019une autre d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u2014 la chose que l\u2019enfant apprend \u00e0 nommer.<\/p>\n<p>D\u2019aucuns ont cru voir dans la conception benvenistienne de l\u2019\u00e9nonciation une d\u00e9fense du sujet individuel (Maldidier 2007). Il est vrai qu\u2019en insistant surtout sur la figure du \u00ab\u00a0locuteur\u00a0\u00bb, Benveniste semble sugg\u00e9rer que l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation est essentiellement le fait d\u2019une personne particuli\u00e8re (2014 [1970a], 81-82). De m\u00eame, en affirmant que la \u00ab\u00a0subjectivit\u00e9 ne prend son relief qu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re personne\u00a0\u00bb (2014 [1958], 264), c\u2019est-\u00e0-dire au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, il semble consid\u00e9rer que l\u2019exercice du langage implique forc\u00e9ment une certaine individualit\u00e9. Or, \u00ab\u00a0c\u2019est oublier que, pour Benveniste, cette mani\u00e8re de pr\u00e9senter les choses n\u2019est pas un renforcement de la singularit\u00e9 du sujet, mais bien une tentative de d\u00e9passement de l\u2019opposition entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb (Provenzano\u00a02014, 141). En effet, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dont il est question ici ne renvoie pas n\u00e9cessairement \u00e0 un individu seul; il peut tout aussi bien s\u2019agir d\u2019un comit\u00e9 \u2014 donc, d\u2019un petit groupe d\u2019individus \u2014 que de toute une communaut\u00e9 \u2014 r\u00e9unissant des centaines, voire des milliers de personnes. Benveniste d\u00e9signe ces sujets collectifs par les termes de personnes \u00ab\u00a0amplifi\u00e9es\u00a0\u00bb (2014 [1946], 236) ou \u00ab\u00a0dilat\u00e9es\u00a0\u00bb (235), car il ne les con\u00e7oit pas comme l\u2019addition de divers \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire, comme une somme potentiellement conflictuelle de subjectivit\u00e9s \u2014, mais comme un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb qui s\u2019associe d\u2019autres sujets (Maingueneau\u00a02003, 199). C\u2019est ainsi, par exemple, que fonctionne le discours d\u2019un\u00b7e porte-parole, dans la mesure o\u00f9 ce\u00b7tte dernier\u00b7\u00e8re se fait le\u00b7a d\u00e9positaire et le relais des opinions d\u2019autres personnes. Ce n\u2019est donc pas n\u00e9cessairement un sujet individuel qui, dans l\u2019esprit de Benveniste, s\u2019empare du langage lorsqu\u2019il y a acte d\u2019\u00e9nonciation; ce peut \u00eatre \u00e9galement un groupe, de taille et de composition plus ou moins variable. Par cons\u00e9quent, la subjectivation qu\u2019engendre le proc\u00e8s d\u2019appropriation de la langue ne se limitera pas, elle non plus, qu\u2019aux individus; elle concernera aussi parfois des entit\u00e9s collectives, lesquelles vont se singulariser par et dans leur exp\u00e9rience de la langue. \u00ab\u00a0Chaque classe sociale, \u00e9crit Benveniste, s\u2019approprie des termes g\u00e9n\u00e9raux, leur attribue des r\u00e9f\u00e9rences sp\u00e9cifiques et les adapte ainsi \u00e0 sa propre sph\u00e8re d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb (2014 [1970b], 100). En somme, et plus largement, \u00ab\u00a0c\u2019est l\u2019Homme dans sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qui est invit\u00e9 \u00e0 s\u2019approprier une langue qui lui donnera la capacit\u00e9 cr\u00e9atrice de s\u2019inventer dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb et, par le fait m\u00eame, d\u2019\u00ab\u00a0inventer [\u2026] la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame\u00a0\u00bb (Provenzano\u00a02014, 142).<\/p>\n<p>En effet, Benveniste soutient que le proc\u00e8s d\u2019appropriation de la langue implique toujours d\u00e9j\u00e0 une action dans et sur le monde. Bien entendu, cette action aura une signification et un relief particuliers selon qu\u2019elle d\u00e9coule d\u2019un sujet ayant plus ou moins d\u2019autorit\u00e9. Il sera ainsi beaucoup plus facile, pour le discours d\u2019un\u00b7e ministre, de porter \u00e0 cons\u00e9quence, que pour celui d\u2019une personne lambda. S\u2019il est une chose, en revanche, qui est vraie pour tout acte d\u2019\u00e9nonciation, c\u2019est son influence sur le temps pr\u00e9sent. Car, affirme Benveniste, \u00ab\u00a0quel que soit le type de langue, on constate partout une certaine organisation linguistique de la notion de temps\u00a0\u00bb (2014 [1958], 262). Cette organisation n\u2019est pas toujours la m\u00eame et, d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre, il arrive qu\u2019elle prenne des formes nettement distinctes; toutefois, elle renvoie n\u00e9cessairement \u00e0 un \u00ab\u00a0pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un ici (<em>hic<\/em>) et un maintenant (<em>nunc<\/em>). \u00ab\u00a0Or ce \u201cpr\u00e9sent\u2019\u2019, \u00e9crit Benveniste, [\u2026] n\u2019a comme r\u00e9f\u00e9rence temporelle qu\u2019une donn\u00e9e linguistique\u00a0: la co\u00efncidence de l\u2019\u00e9v\u00e8nement d\u00e9crit avec l\u2019instance de discours qui le d\u00e9crit\u00a0\u00bb (262). De fait, c\u2019est en vertu d\u2019un processus de mise en discours d\u00e9termin\u00e9 \u2014 d\u2019un acte d\u2019\u00e9nonciation toujours nouveau, donc \u2014 que le pr\u00e9sent acc\u00e8de r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019\u00eatre. Aussi, si l\u2019on prend \u00e0 nouveau l\u2019exemple du discours d\u2019un\u00b7e porte-parole, on dira que c\u2019est en fonction du processus de communication que ce\u00b7tte dernier\u00b7\u00e8re met en place que son discours acquiert une certaine pr\u00e9sence au monde, qu\u2019il s\u2019actualise. Agent de subjectivation, le langage est donc \u00e9galement, pour Benveniste, une force qui informe la r\u00e9alit\u00e9; non pas au sens o\u00f9 il la cr\u00e9e, mais parce qu\u2019il agit sur elle \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un moule, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il en fa\u00e7onne les contours int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<h2>Un \u00ab\u00a0refus qui affirme\u00a0\u00bb<\/h2>\n<blockquote>\n<p>La suppression et la r\u00e9alisation de l\u2019art sont les aspects ins\u00e9parables d\u2019un m\u00eame\u00a0<em>d\u00e9passement de l\u2019art<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Debord, Guy. 2010 [1967].\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em>, 148,\u00a0Paris\u00a0: Gallimard.<\/span>.<\/p>\n<p>Guy Debord,\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Durablement associ\u00e9e au nom et \u00e0 la figure de Guy Debord, l\u2019Internationale situationniste (d\u00e9sormais I.S.) n\u2019a pourtant jamais \u00e9t\u00e9 le fait d\u2019un seul homme. Prenant le relais du Lettrisme d\u2019une part (D\u00e9sert 2017), et de divers groupuscules d\u2019extr\u00eame gauche de l\u2019autre (Brun 2009), il s\u2019agit avant tout d\u2019une \u00ab\u00a0plateforme collective\u00a0\u00bb (Gwiazdzinski\u00a02017, 181) dans laquelle certain\u00b7e\u00b7s membres vont certes se distinguer \u2014 notamment apr\u00e8s l\u2019autodissolution du groupe en 1972 (Trespeuch-Berthelot\u00a02017, 162-163) \u2014, mais qui promeut une approche r\u00e9solument communautaire de l\u2019engagement artistique et politique. C\u2019est ce dont t\u00e9moigne entre autres le \u00ab\u00a0rituel des Conf\u00e9rences de l\u2019Internationale situationniste, [lesquelles visent \u00e0 r\u00e9unir] le maximum de membres du mouvement, et dont les images figurent dans certains num\u00e9ros de la revue\u00a0\u00bb (Marcolini\u00a02018, 66). De fait, l\u2019I.S. accorde une tr\u00e8s grande importance \u00e0 la collectivisation des moyens de production et de diffusion de son art, au point m\u00eame parfois de refuser toute marque d\u2019auctorialit\u00e9. D\u2019ailleurs, lorsqu\u2019ils r\u00e9digent un texte, les membres de l\u2019I.S. le font tr\u00e8s souvent \u00e0 \u00ab\u00a0plusieurs mains [\u2026], reprenant [\u2026] de mani\u00e8re classique les r\u00e8gles de l\u2019\u00e9criture collective propre aux groupes litt\u00e9raires d\u2019avant-garde\u00a0\u00bb (66). Cela \u00e9tant, si l\u2019I.S. se pr\u00e9sente d\u2019abord comme une \u00ab\u00a0organisation de r\u00e9volutionnaires professionnels\u00a0\u00bb (Debord\u00a01958a, 21) \u2014 et non comme un \u00e9ni\u00e8me mouvement artistique \u2014, c\u2019est parce que ses membres travaillent au \u00ab\u00a0sabotage du monde litt\u00e9raire et de ses institutions\u00a0\u00bb (Marcolini\u00a02018, 68). Pour eux, il n\u2019est effectivement pas question de (re)dynamiser la sph\u00e8re artistique; ce qu\u2019il faut \u2014 et l\u2019on notera ici l\u2019importance de la \u00ab\u00a0tradition h\u00e9g\u00e9lienne\u00a0\u00bb pour la praxis situationniste (61) \u2014, c\u2019est plut\u00f4t \u0153uvrer au d\u00e9passement (<em>Aufhebung<\/em>) de l\u2019art, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la \u00ab\u00a0suppression\u00a0\u00bb de toute activit\u00e9 artistique s\u00e9par\u00e9e et, simultan\u00e9ment, \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e9alisation\u00a0\u00bb de cette m\u00eame activit\u00e9 par et dans la vie quotidienne (62).<\/p>\n<p>Or, pour embl\u00e9matique qu\u2019il soit des groupes d\u2019avant-gardes, le tract n\u2019est jamais qu\u2019un tr\u00e8s des nombreux instruments dont usent les membres de l\u2019I.S. pour op\u00e9rer le d\u00e9passement de l\u2019art auxquels ils aspirent, et il n\u2019est certainement pas le plus radical. En effet, les situationnistes ont \u00e9labor\u00e9 \u2014 ou adopt\u00e9 \u2014 divers modes d\u2019intervention artistique, dont beaucoup mettent concr\u00e8tement en cause les partages entre l\u2019art et la vie. Par exemple, ce qu\u2019ils appellent une d\u00e9rive, et qui d\u00e9signe une \u00ab\u00a0technique du passage h\u00e2tif \u00e0 travers des ambiances vari\u00e9es\u00a0\u00bb (Debord\u00a01958b, 19), conteste non seulement l\u2019autonomisation du champ artistique, mais s\u2019oppose en outre \u00e0 la monotonie qu\u2019engendrent les grandes villes. Car prendre part \u00e0 une d\u00e9rive, c\u2019est faire l\u2019exp\u00e9rience \u2014 sous un mode \u00e0 la fois \u00ab\u00a0ludique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0constructif\u00a0\u00bb \u2014 des \u00ab\u00a0effets de nature psychog\u00e9ographiques\u00a0\u00bb qu\u2019engendre l\u2019esth\u00e9tisation de l\u2019espace urbain, et ce, dans le but d\u2019en r\u00e9v\u00e9ler la charge id\u00e9ologique (19). De mani\u00e8re analogue, l\u2019urbanisme unitaire est con\u00e7u par les situationnistes comme la \u00ab\u00a0critique vivante, [c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0<em>in situ<\/em>], de cette manipulation des villes et de leurs habitants\u00a0\u00bb et vise, l\u00e0 encore, \u00e0 d\u00e9passer (<em>aufheben<\/em>) les clivages entre la sph\u00e8re de l\u2019art et celle du quotidien (Kot\u00e1nyi\u00a0et Vaneigem\u00a01961, 17). Cela \u00e9tant dit, dans sa pratique du tract, l\u2019I.S. met tout de m\u00eame en jeu une multiplicit\u00e9 de dispositifs litt\u00e9raires et photographiques, \u00e0 commencer par celui du d\u00e9tournement. Soit la description qu\u2019en propose Patrick Marcolini\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Proc\u00e9d\u00e9 simple \u00e0 mettre en \u0153uvre, qui ne requiert aucun talent d\u2019\u00e9criture en particulier, le d\u00e9tournement offre [\u2026] \u00e0 tout un chacun la possibilit\u00e9 de produire un discours original \u00e0 partir d\u2019un mat\u00e9riau pr\u00e9existant, et constitue potentiellement l\u2019outil d\u2019une prise de parole d\u00e9brid\u00e9e, ne s\u2019embarrassant pas des conventions litt\u00e9raires, et contestant le monopole des intellectuels et du pouvoir sur le langage. (2018, 67)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De fait, nombre des tracts qui ont \u00e9t\u00e9 produits par l\u2019I.S. s\u2019appuient sur des extraits de bandes dessin\u00e9es am\u00e9ricaines (<em>comics<\/em>), \u00e0 la mani\u00e8re de ce qu\u2019a pu faire Andr\u00e9 Bertrand avec \u00ab\u00a0Le Retour de la colonne Durutti\u00a0\u00bb (Trespeuch-Berthelot\u00a02017, 170). Il y en a par ailleurs certains qui, suivant une formule de Walter Benjamin, reposent sur le \u00ab\u00a0brigandage\u00a0\u00bb de citations (2015 [1928], 21), c\u2019est-\u00e0-dire sur une utilisation volontairement erron\u00e9e ou trompeuse de diff\u00e9rents extraits de texte. C\u2019est le cas, par exemple, d\u2019un tract paru en 1964, puis repris en 1966 dans le dixi\u00e8me num\u00e9ro de la revue de l\u2019I.S., dans lequel \u00ab\u00a0les situationnistes font dire \u00e0 Marx\u00a0: \u201cLe 28\u00a0septembre 1964, cela fera juste cent ans que nous avons fond\u00e9 l\u2019Internationale situationniste. Cela commence \u00e0 prendre tournure\u201d\u00a0\u00bb (I.S.\u00a01966, 68, cit\u00e9 par Trespeuch-Berthelot\u00a02017, 165). Dans l\u2019ensemble, l\u2019usage que l\u2019I.S. fait du tract correspond donc au programme annonc\u00e9 en juin 1958 par Debord dans ses \u00ab\u00a0Th\u00e8ses sur la r\u00e9volution culturelle\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il faut lutter sans plus attendre, aussi dans la culture, pour l\u2019apparition concr\u00e8te de l\u2019ordre mouvant de l\u2019avenir. C\u2019est sa possibilit\u00e9 [\u2026] qui d\u00e9valorise toutes les expressions dans les formes culturelles connues. Il faut mener \u00e0 leur destruction extr\u00eame toutes les formes de pseudo-communication, pour parvenir un jour \u00e0 une communication r\u00e9elle directe. (1958a, 21)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Durant l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a01965, alors que la ville d\u2019Alger s\u2019appr\u00eate \u00e0 accueillir le Festival de la Jeunesse (Trespeuch-Berthelot\u00a02017, 167), l\u2019I.S. r\u00e9dige un long tract intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Adresse aux r\u00e9volutionnaires d\u2019Alg\u00e9rie et de tous les pays\u00a0\u00bb (I.S. 1966). Dans ce document aux accents r\u00e9solument internationalistes, on d\u00e9c\u00e8le certes un objectif d\u2019information. Pourtant, ce qui frappe sans doute le plus, c\u2019est la volont\u00e9, maintes fois r\u00e9affirm\u00e9e, de \u00ab\u00a0briser toutes les r\u00e8gles de fausses compr\u00e9hensions impos\u00e9es par la \u201ccoexistence pacifique\u201d des mensonges r\u00e9gnants\u00a0\u00bb (47). De fait, l\u2019ambition de l\u2019I.S. semble ici avant tout de faire advenir une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle, en proposant une lecture h\u00e9t\u00e9rodoxe \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire ni sovi\u00e9tique ni \u00e9tats-unienne \u2014 de la situation politique mondiale. Sur le plan purement morphologique, l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb est pourtant un tract assez peu inventif. Sous un titre \u00e9crit en caract\u00e8re gras, on trouve d\u2019abord un exergue issu de l\u2019ouvrage de Marx,\u00a0<em>Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte<\/em>\u00a0(2007 [1852]). La formule d\u2019appel est adress\u00e9e \u00e0 de vagues \u00ab\u00a0Camarades\u00a0\u00bb, ce qui \u2014 je le montrerai \u2014 n\u2019est pas sans lien avec l\u2019effet d\u2019adh\u00e9sion que suscite le tract. Vient ensuite le corps du texte, qui comprend treize paragraphes, puis une s\u00e9rie de six vivats lanc\u00e9s en faveur de divers mouvements et groupes r\u00e9volutionnaires. Enfin, et conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019esprit conseilliste qui anime l\u2019I.S. (Trespeuch-Berthelot, 303-304), le tract se termine par une br\u00e8ve signature \u2014 \u00ab\u00a0Internationale situationniste\u00a0\u00bb \u2014 qui \u00e9voque un travail d\u2019\u00e9criture r\u00e9aliser \u00e0 plusieurs, sans v\u00e9ritable auteur\u00b7trice.<\/p>\n<p>Si, sur le plan purement morphologique, l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb est donc un tract politique on ne peut plus classique, c\u2019est sur le plan performatif qu\u2019il se distingue. En effet, on y observe plusieurs \u00e9l\u00e9ments textuels \u2014 vocabulaire, figures rh\u00e9toriques, concepts \u2014 et p\u00e9ritextuels \u2014 titre, exergue, signature \u2014 qui t\u00e9moignent d\u2019un vif souci vis-\u00e0-vis des \u00ab\u00a0effets de discours\u00a0\u00bb (Foucault\u00a02008, 65). Surtout, et c\u2019est la raison premi\u00e8re pour laquelle j\u2019ai tenu \u00e0 l\u2019\u00e9voquer ici, l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb montre bien comment la forme litt\u00e9raire que constitue le tract s\u2019emploie \u00e0 donner r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une certaine interpr\u00e9tation du monde \u2014 celle de l\u2019I.S., en l\u2019occurrence \u2014 et comment, dans le m\u00eame temps, elle s\u2019emploie \u00e0 suppl\u00e9er au \u00ab\u00a0toujours-d\u00e9j\u00e0-donn\u00e9\u00a0\u00bb (Althusser\u00a01975 [1965], 203-204) qui affecte le monde. Au-del\u00e0 de son \u00e9vidente fonction r\u00e9f\u00e9rentielle, il y a dans l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb une fonction conative forte, qui enjoint les lecteur\u00b7trice\u00b7s \u00e0 ne pas simplement r\u00e9-imaginer leurs conditions d\u2019existence, mais \u00e9galement \u00e0 agir concr\u00e8tement sur elles. De l\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, pour \u00ab\u00a0les prochaines r\u00e9volutions [\u2026], de\u00a0<em>se comprendre elles-m\u00eames\u00a0<\/em>[et donc, de] r\u00e9inventer totalement leur propre langage\u00a0\u00bb (I.S.\u00a01966, 48; les auteur\u00b7e\u00b7s soulignent). Car, si l\u2019on tient la langue pour l\u2019un des principaux lieux de production de la r\u00e9alit\u00e9 sociale \u2014 et les th\u00e8ses de l\u2019I.S. au sujet de la centralit\u00e9 du \u00ab\u00a0probl\u00e8me du langage [dans] les luttes pour l\u2019abolition ou le maintien de l\u2019ali\u00e9nation\u00a0\u00bb (Debord et Vaneigem\u00a01963, 29) vont tout \u00e0 fait en ce sens \u2014, alors on se doit d\u2019en accentuer l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019\u00ab\u00a0insoumission\u00a0\u00bb (Khayati\u00a01966, 51), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u0153uvrer \u00e0 rebours du pouvoir, lequel n\u2019a pas d\u2019autre ambition, selon les situationnistes, que de \u00ab\u00a0fixer une fois pour toutes le sens existant\u00a0\u00bb (51) des mots et des choses.<\/p>\n<p>En empruntant au vocabulaire de Benveniste, on dira donc que l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb effectue un proc\u00e8s d\u2019appropriation de la langue, dans la mesure o\u00f9 s\u2019y op\u00e8re un geste de \u00ab\u00a0s\u00e9mantisation\u00a0\u00bb (2014 [1970a], 81), c\u2019est-\u00e0-dire un geste de \u00ab\u00a0conversation [\u2026] de la langue en discours\u00a0\u00bb (81). Or, ce proc\u00e8s, je l\u2019ai indiqu\u00e9, s\u2019accompagne lui-m\u00eame de deux autres op\u00e9rations linguistiques d\u2019importance. La premi\u00e8re, la subjectivation, renvoie au mouvement par lequel un acte d\u2019\u00e9nonciation donne corps \u00e0 un sujet, qui peut \u00eatre collectif aussi bien qu\u2019individuel. S\u2019agissant de l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb, cette op\u00e9ration s\u2019accomplit avant tout par l\u2019entremise de la formule d\u2019appel, \u00ab\u00a0Camarades\u00a0\u00bb. Celle-ci, en interpellant indistinctement tous ceux et toutes celles qui pourraient \u00e9ventuellement se reconna\u00eetre dans le discours de l\u2019I.S. \u2014 en ne se bornant pas exclusivement aux sympathisant\u00b7e\u00b7s situationnistes \u2014, contribue \u00e0 la formation d\u2019une communaut\u00e9 politique nouvelle\u00a0: la communaut\u00e9 des lecteur\u00b7trice\u00b7s du tract. \u00c9videmment, le vocable \u00ab\u00a0camarade\u00a0\u00bb a souvent \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 des organisations politiques de gauche \u2014 parti communiste, groupe affinitaire, syndicat ouvrier, etc. Toutefois, il ne se r\u00e9duit pas au seul lexique de ces organisations et connote, plus largement, l\u2019amiti\u00e9 et la familiarit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">[s.a.]. [s.d.], \u00ab\u2009Camarade\u2009\u00bb,\u00a0<em>Centre de ressources textuelles et lexicales<\/em>, &lt;https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/camarade&gt;, consult\u00e9 le 23\u00a0novembre 2021.<\/span>. L\u2019utilisation de certains \u00ab\u00a0lieux discursifs\u00a0\u00bb (Krieg-Planque 2006) \u2014 \u00ab\u00a0mensonge bourgeois\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tentatives r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb (I.S.\u00a01966, 43; 46; 47), etc. \u2014 participe \u00e9galement de la subjectivation qu\u2019op\u00e8re l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle favorise une connivence, une fraternit\u00e9 entre le locuteur (les membres de l\u2019I.S.) et\u00a0le ou la\u00a0locutaire (les lecteur\u00b7trice\u00b7s). De fait, tous ceux et toutes celles qui sauront appr\u00e9hender ces lieux discursifs \u2014 qui comprendront, par exemple, que le terme\u00a0\u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb ne d\u00e9signe \u00ab\u00a0pas une pure et simple adjonction au monde, [mais] la substitution de la r\u00e9alit\u00e9 par son image\u00a0\u00bb (Jappe 2001[1993], 23-24)\u00a0\u2014 pourront se dire et surtout se faire le relais des propositions de l\u2019I.S. L\u00e0 encore, l\u2019objectif est donc de produire un effet de contagion, en suscitant un sentiment d\u2019appartenance vis-\u00e0-vis du discours que propose l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La seconde op\u00e9ration qui accompagne le proc\u00e8s d\u2019appropriation de la langue touche au monde lui-m\u00eame\u00a0: \u00e0 ses modes de donation (<em>Gegebenheitsart<\/em>)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5740\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5740-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">J\u2019emploie ici un vocabulaire d\u2019inspiration ph\u00e9nom\u00e9nologique qui, pour n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait celui de Benveniste, n\u2019en fait pas moins \u00e9cho \u00e0 la th\u00e8se benvenistienne selon laquelle le discours est ce par quoi et ce dans quoi le monde\u00a0<em>apparait<\/em>\u00a0au sujet. Sur le rapport de Benveniste \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie, cf. Coquet\u00a01992.<\/span>\u00a0d\u2019une part, \u00e0 la compr\u00e9hension que l\u2019on peut en avoir d\u2019autre part. Dans l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb, cette op\u00e9ration passe d\u2019abord par le d\u00e9ploiement d\u2019une grille de lecture de la r\u00e9alit\u00e9 sociale qui prend \u00e0 revers les lieux communs du discours dominant. Sont ainsi renvoy\u00e9s dos \u00e0 dos le mensonge bourgeois (\u00e9tats-unien) et le mensonge bureaucratique (sovi\u00e9tique), puisque tous deux agissent en lieutenant (<em>Platzhalter<\/em>) d\u2019une m\u00eame vision du monde \u2014 celle induite par la \u00ab\u00a0coexistence pacifique\u00a0\u00bb (47) \u2014, dont ils assurent la stabilit\u00e9 (g\u00e9o)politique et id\u00e9ologique. Concr\u00e8tement, il s\u2019agit, avec le discours de l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb, de rejeter toutes id\u00e9es et tous mots d\u2019ordre qui pourraient avoir partie li\u00e9e avec \u00ab\u00a0les id\u00e9ologies du vieux monde\u00a0\u00bb (43) \u2014 dussent-ils, d\u2019ailleurs, \u00eatre encore associ\u00e9s \u00e0 la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire \u2014 et d\u2019adopter une langue nouvelle, faite d\u2019emprunts, de d\u00e9tournements et d\u2019inventions. D\u2019o\u00f9 l\u2019effet d\u2019\u00e9tranget\u00e9 (<em>Verfremdungeffekt<\/em>) qu\u2019op\u00e8rent certains passages de l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb; car en employant des termes et des expressions peu usit\u00e9s (\u00ab\u00a0consommation spectaculaire\u00a0\u00bb (44), \u00ab\u00a0n\u00e9gation modernis\u00e9e\u00a0\u00bb (48), \u00ab\u00a0praxis r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb (46), etc.)\u00a0\u2014 ou en donnant une signification nouvelle \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments de langage r\u00e9pandus (la formule\u00a0\u00ab\u00a0vieux monde\u00a0\u00bb (43) qui ne d\u00e9signe plus simplement l\u2019Europe, mais bien l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s industrielles avanc\u00e9es)\u00a0\u2014, le discours que porte ce tract perturbe l\u2019ordre de lecture, et avec lui, la repr\u00e9sentation ordinaire du monde. Par ailleurs, l\u2019usage d\u2019une syntaxe parfois alambiqu\u00e9e accentue le sentiment de d\u00e9familiarisation de l\u2019ensemble, en sugg\u00e9rant l\u00e0 encore une mani\u00e8re de rupture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des allants de soi du discours politique. Et de fait, les membres de l\u2019I.S. sont parfaitement conscients de ce que leur langage peut avoir de \u00ab\u00a0fantastique\u00a0\u00bb (46); pour autant, ils estiment que ce langage n\u2019en est pas moins \u00ab\u00a0celui [\u2026] de la vie r\u00e9elle\u00a0\u00bb (46) \u2014 de la vie enfin d\u00e9barrass\u00e9e de son \u00ab\u00a0sommeil l\u00e9thargique\u00a0\u00bb (46) \u2014, dans la mesure o\u00f9 il s\u2019oppose au monde renvers\u00e9 (<em>verkehrte Welt<\/em>) du spectacle moderne, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la repr\u00e9sentation du monde qu\u2019engendre le mode de production capitaliste. Or, que cette appr\u00e9ciation soit juste ou non, elle n\u2019en est pas moins r\u00e9v\u00e9latrice de ce vers quoi chemine le discours de l\u2019\u00ab\u00a0Adresse\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir l\u2019am\u00e9nagement d\u2019un monde nouveau par et dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une langue autre, transfigur\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation que j\u2019ai tent\u00e9e ici ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9\u00a0: sa longueur \u2014 une quinzaine de pages \u2014 ainsi que son objet \u2014 un unique tract \u2014 n\u2019en font peut-\u00eatre pas un brouillon, non plus qu\u2019une \u00e9bauche, mais ils limitent de beaucoup les conclusions que l\u2019on peut en tirer. J\u2019esp\u00e8re, cela dit, avoir au moins r\u00e9ussi \u00e0 faire la d\u00e9monstration de la f\u00e9condit\u00e9 analytique de la linguistique de Benveniste quant \u00e0 l\u2019\u00e9tude du tract. Les travaux qui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 cette forme sont, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, assez peu nombreux. Ils datent par ailleurs presque tous d\u2019au moins quarante ans et reposent principalement sur des approches quantitatives des faits litt\u00e9raires. En revanche, du fait de son souci pour la composante active du langage, la linguistique de Benveniste me semble non seulement en mesure de rendre compte de la dimension performative du tract, mais elle me semble en outre \u00e0 m\u00eame de montrer en quoi cette forme litt\u00e9raire fonctionne toujours de pair avec un processus de subjectivation politique. C\u2019est du moins ce qui ressort de la lecture que j\u2019ai propos\u00e9e de l\u2019\u00ab\u00a0Adresse aux r\u00e9volutionnaires d\u2019Alg\u00e9rie et de tous les pays\u00a0\u00bb. Car non content d\u2019op\u00e9rer un geste de transformation du monde \u2014 par un travail sur et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la langue \u2014, ce tract de l\u2019I.S. fait surtout en sorte de donner une expression politique \u00e0 ce geste, en favorisant l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sujet collectif \u00e0 m\u00eame de le p\u00e9renniser. Et si ce n\u2019est pas le propre de tout tract que de fonctionner de cette mani\u00e8re, c\u2019est en tout cas celui de plusieurs tracts militants, qui entendent ainsi faire acte de discours.<\/p>\n<h2>Bibliographie\u00a0<\/h2>\n<p>[s.a.]. [s.d.]. \u00ab\u00a0Camarade\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Centre de ressources textuelles et lexicales<\/em>. https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/camarade (Page consult\u00e9e le 23\u00a0novembre 2021)<\/p>\n<p>Althusser, Louis. 1975 [1965].\u00a0<em>Pour Marx<\/em>. Paris\u00a0: Fran\u00e7ois Maspero.<\/p>\n<p>Alexandre, Maxime, Georges Altman, Louis Aragon, Antonin Artaud, Georges Aucouturier, Andr\u00e9 Barsalou, Gabriel Beauroy et\u00a0<em>al.<\/em>\u00a01980 [1925]. \u00ab\u00a0La R\u00e9volution d\u2019abord et toujours\u00a0\u00bb. Dans Jos\u00e9 Pierre (\u00e9d.),\u00a0<em>Tracts surr\u00e9alistes et d\u00e9clarations collectives\u00a01922-1939<\/em>, tome\u00a01. Paris\u00a0: \u00c9ditions Terrain Vague\u00a0: 54-56.<\/p>\n<p>Badir,\u00a0S\u00e9mire,\u00a0St\u00e9phane Polis et Fran\u00e7ois Provenzano. 2012. \u00ab\u00a0Benveniste serait-il aujourd\u2019hui un linguiste de l\u2019\u00e9nonciation\u2009?\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Arts et Savoirs<\/em>, no.\u00a02, 15\u00a0juillet. https:\/\/journals.openedition.org\/aes\/492. (Page consult\u00e9e le 16\u00a0novembre 2021)<\/p>\n<p>Bagnara, Sebastiano et Marco Diani. 1984. \u00ab\u00a0Les tracts comme indicateurs de tensions conflictuelles\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de sociologie<\/em>, vol.\u00a025, no.\u00a03\u00a0: 376-395.<\/p>\n<p>Barnoud, Madeleine. 1996. \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et sources de l\u2019histoire. Les tracts \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de France\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Bulletin des Biblioth\u00e8ques de France<\/em>, t. 41, no.\u00a03\u00a0: 26-29.<\/p>\n<p>Bayle, Ariane. 2016. \u00ab\u00a0D\u2019Alcofribas Nasier \u00e0 Fran\u00e7ois Rabelais\u00a0: diff\u00e9rer et promettre\u00a0\u00bb. Dans David Martens (dir.),\u00a0<em>La pseudonymie dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. De Fran\u00e7ois Rabelais \u00e0 \u00c9ric Chevillard<\/em>, 45-58. Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes (PUR).<\/p>\n<p>Benjamin, Walter. 2015 [1928].\u00a0<em>Rue \u00e0 sens unique.<\/em>\u00a0trad. 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Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>B\u00e9roud, Sophie et Josette Lef\u00e8vre. 2010. \u00ab\u00a0Le corpus syndical. Une exp\u00e9rience au long cours\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Mots. Les langages du politique<\/em>, no.\u00a094\u00a0: 97-106.<\/p>\n<p>Boukourai, Jamal. 1986. \u00ab\u00a0Approche sociolinguistique du tract\u00a0\u00bb. Rapport de D.E.A, Universit\u00e9 de Paris\u00a0III.<\/p>\n<p>Brogowski, Leszek et Aur\u00e9lie Noury. 2012. \u00ab\u00a0De la main \u00e0 la main\u00a0: le tract comme contre-pouvoir\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Sans niveau ni m\u00e8tre. Journal du Cabinet du livre d\u2019artiste<\/em>, no.\u00a022\u00a0: 4.<\/p>\n<p>Brun, \u00c9ric. 2009. \u00ab\u00a0L\u2019avant-garde totale \u2014 La forme d\u2019engagement de l\u2019Internationale situationniste\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Actes de la recherche en sciences sociale<\/em>s, no.\u00a0176-177\u00a0: 32-51.<\/p>\n<p>Burtin, Philippe. 1977. \u00ab\u00a0Attitude et id\u00e9ologie syndicales. 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Dans Driss Ablali, Guy Achards-Bayle, Sandrine Rebou-Tour\u00e9 et Malika Temmar (dir.),\u00a0<em>Texte et discours en confrontation dans l\u2019espace europ\u00e9en<\/em>, 83-97. Berne\u00a0: Peter Lang.\u00a0<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 2008.\u00a0<em>Du gouvernement de soi et des autres. Cours au Coll\u00e8ge de France\u00a01982-1983<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Fuchs, Catherine. 1981. \u00ab\u00a0Les probl\u00e9matiques \u00e9nonciatives\u00a0: esquisse d\u2019une pr\u00e9sentation historique et critique\u00a0\u00bb.\u00a0<em>DRLAV<\/em>, no.\u00a025\u00a0: 35-60.<\/p>\n<p>Guespin, Louis. 1985. \u00ab<em>\u00a0Nous<\/em>, la langue et l\u2019interaction\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Mots. Les langages du politique<\/em>, no.\u00a010\u00a0: 45-62.<\/p>\n<p>Gwiazdzinski, Luc. 2017. \u00ab\u00a0Nouvelles explorations urbaines. Entre protocoles g\u00e9ographiques et n\u00e9o-situationnisme\u00a0\u00bb. Dans Nathalie Caritoux et Florent Villard (dir.),\u00a0<em>Nouvelles psychog\u00e9ographies. Po\u00e9tiques de l\u2019exploration urbaine<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Mimesis\u00a0: 177-197.<\/p>\n<p>Hailon, Fred. 2012. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9nonciation dans les pratiques de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Revue Tranel (Travaux neuch\u00e2telois de linguistique)<\/em>, no.\u00a056\u00a0: 119-34.<\/p>\n<p>I.S., 1966.\u00a0\u00ab\u00a0Adresse aux r\u00e9volutionnaires d\u2019Alg\u00e9rie et de tous les pays\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Internationale situationniste<\/em>, no.\u00a010\u00a0: 43-49.<\/p>\n<p>Jappe, Anselm. 2001\u00a0[1993].\u00a0<em>Guy Debord<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Deno\u00ebl.<\/p>\n<p>Khayati, Mustapha. 1966. \u00ab\u00a0Les mot captifs. 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Dans Janeta Dr\u0103ghicescu (dir.),\u00a0<em>Dix ans de s\u00e9minaire de didactique universitaire\u00a0: recueil anniversaire d\u2019articles, \u00e9tudes et communications<\/em>, 197-209. Craiova\u00a0: Editura Universitaria Craoiva.<\/p>\n<p>Maldidier, Denise. 2007. \u00ab\u00a0L\u2019inqui\u00e9tude du discours. Un trajet dans l\u2019histoire de l\u2019analyse du discours\u00a0: le travail de Michel P\u00eacheux\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Semen<\/em>, no.\u00a08, 21\u00a0ao\u00fbt. https:\/\/journals.openedition.org\/semen\/4351 (Page consult\u00e9e le 27\u00a0novembre 2021)<\/p>\n<p>Marcolini, Patrick. 2018. \u00ab\u00a0Le style de la n\u00e9gation. Guy Debord, les situationnistes et la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, vol.\u00a054, no.\u00a01\u00a0: 59-76.<\/p>\n<p>Marx, Karl. 2007 [1852].\u00a0<em>Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte.<\/em>\u00a0trad. Gr\u00e9goire Chamayou. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>Moth\u00e9, Daniel. 1976. \u00ab\u00a0Lecture en usine\u00a0: pratique et subversion du tract politique\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Esprit<\/em>, no.\u00a0453\u00a0: 177-133.<\/p>\n<p>Mos\u00e8s, St\u00e9phane. 2001. \u00ab\u00a0\u00c9mile Benveniste et la linguistique du dialogue\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Revue de m\u00e9taphysique et de morale<\/em>, vol.\u00a01, no.\u00a032\u00a0: 509-525.<\/p>\n<p>Normand,\u00a0Claudine. 2010.\u00a0\u00ab\u00a0Saussure-Benveniste\u00a0: les aventures d\u2019un h\u00e9ritage\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Cahiers Ferdinand de Saussure<\/em>, no.\u00a063\u00a0: 175-184.<\/p>\n<p>P\u00e9rez, Val\u00e9rie. 2012. \u00ab\u00a0La publication de l\u2019\u00c9mile ou de l\u2019\u00e9ducation dans la correspondance de 1762\u00a0\u00bb. Dans \u00c9ric Francalanza (dir.),\u00a0<em>Rousseau en toutes lettres\u00a0: actes du colloque de Brest<\/em>, 117-132. Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes (PUR).<\/p>\n<p>Pierre, Jos\u00e9. 1986. \u00ab\u00a0Du surr\u00e9alisme \u201cagi\u2019\u2019\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/em>, vol.\u00a019, no.\u00a02\u00a0: 35-44.<\/p>\n<p>Provenzano, Fran\u00e7ois. 2014. \u00ab\u00a0L\u2019imaginaire politique de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, vol. 1, no.\u00a0147\u00a0: 133-150.<\/p>\n<p>Olivera, Philippe. 2003. \u00ab\u00a0De l\u2019\u00e9dition \u201cpolitique et litt\u00e9raire\u2019\u2019. Les formes de la politique lettr\u00e9e de la Belle \u00c9poque \u00e0 l\u2019entre-deux-guerres\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Mil neuf cent. Revue d\u2019histoire intellectuelle<\/em>, no.\u00a021\u00a0: 127-151.<\/p>\n<p>Roussillon, Ren\u00e9. 1995. \u00ab\u00a0Le double n\u00e9gatif\u00a0\u00bb. Dans Andr\u00e9 Green, Bernard Favarel-Garrigues, Jean Guillaumin et Pierre F\u00e9dida (dir.),\u00a0<em>Le n\u00e9gatif<\/em>, 57-62. Paris\u00a0: L\u2019esprit du temps.<\/p>\n<p>Suenaga, Akatane. 2012. \u00ab\u00a0Benveniste et Saussure\u00a0: l\u2019instance de discours et la th\u00e9orie du signe\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Linx<\/em>, no.\u00a09, 5\u00a0juillet. https:\/\/journals.openedition.org\/linx\/1011 (Page consult\u00e9e le 9\u00a0d\u00e9cembre 2021)<\/p>\n<p>Trespeuch-Berthelot, Anna. 2015.\u00a0<em>L\u2019Internationale situationniste. De l\u2019histoire au mythe (1948-2013).<\/em>\u00a0Paris\u00a0: Presses Universitaires de France (PUF).<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2017. \u00ab\u00a0L\u2019interface situationniste et ses paradoxes\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Monde(s). Histoire, Espaces, Relations<\/em>, no. 11\u00a0: 161-182.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Deslauriers, Antoine. 2022. \u00ab Contre le \u00a0\u00bbf\u00e9tichisme de la signature\u00a0\u00bb. Le tract comme acte de d\u00e9nonciation \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux \/ 25 de Postures \u00bb, no 35, \u00a0En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5740 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/deslauriers_35_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 deslauriers_35_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3fde6789-afa4-4a78-84b5-19635ebd00d8\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/deslauriers_35_0.pdf\">deslauriers_35_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/deslauriers_35_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3fde6789-afa4-4a78-84b5-19635ebd00d8\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Benjamin, Walter. 2015 [1928]. \u00ab\u2009Poste d\u2019essence\u2009\u00bb. Dans\u00a0<em>Rue \u00e0 sens unique<\/em>, trad. Anne Longuet Marx, 9, Paris\u00a0: Allia.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Pour une vue d\u2019ensemble sur ces\u00a0\u00e9v\u00e8nements, cf. Dreyfus-Armand, Frank, L\u00e9vy et Zancarini-Fournel (dir.) 2000.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Pour une vue d\u2019ensemble sur ces \u00e9volutions th\u00e9oriques, en France principalement, cf. Compagnon\u00a02014 [1998].<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Sur l\u2019\u00e9volution des th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation depuis la publication des travaux de Benveniste, cf. Badir, Polis et Provenzano\u00a02012.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>\u00a0Sur la notion de \u00ab\u2009discours\u2009\u00bb chez Benveniste, cf. Suenaga\u00a02012.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>\u00a0Sur la dimension philosophique des travaux de Benveniste, cf. Mos\u00e8s\u00a02001, 509-525.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Debord, Guy. 2010 [1967].\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em>, 148,\u00a0Paris\u00a0: Gallimard.<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>[s.a.]. [s.d.], \u00ab\u2009Camarade\u2009\u00bb,\u00a0<em>Centre de ressources textuelles et lexicales<\/em>, &lt;https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/camarade&gt;, consult\u00e9 le 23\u00a0novembre 2021.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>J\u2019emploie ici un vocabulaire d\u2019inspiration ph\u00e9nom\u00e9nologique qui, pour n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait celui de Benveniste, n\u2019en fait pas moins \u00e9cho \u00e0 la th\u00e8se benvenistienne selon laquelle le discours est ce par quoi et ce dans quoi le monde\u00a0<em>apparait<\/em>\u00a0au sujet. Sur le rapport de Benveniste \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie, cf. Coquet\u00a01992.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Litt\u00e9rature et mouvements sociaux\/25 ans de Postures \u00bb, no 35 La v\u00e9ritable activit\u00e9 litt\u00e9raire [\u2026] ne saurait pr\u00e9tendre se d\u00e9rouler dans un cadre litt\u00e9raire \u2014 plut\u00f4t cela est-il l\u2019expression usuelle de sa st\u00e9rilit\u00e9. Walter Benjamin, \u00ab\u00a0Poste d\u2019essence\u00a0\u00bb,\u00a0Rue \u00e0 sens unique Longtemps cantonn\u00e9 aux marges des \u00e9tudes litt\u00e9raires, le tract attire l\u2019attention d\u2019un nombre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1351,1346],"tags":[100],"class_list":["post-5740","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-le-tract-et-sa-recuperation","category-litterature-et-mouvements-sociaux-25-ans-de-postures","tag-deslauriers-antoine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5740"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5740\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8359,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5740\/revisions\/8359"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}