{"id":5741,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/bribes-la-litterature-en-fragments\/"},"modified":"2024-08-15T16:11:11","modified_gmt":"2024-08-15T16:11:11","slug":"bribes-la-litterature-en-fragments","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5741","title":{"rendered":"Bribes : la litt\u00e9rature en fragments"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\">Dossier \u00ab Bribes : la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no 38<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>Comment s\u2019\u00e9tendre le lendemain sur une id\u00e9e dont on s\u2019\u00e9tait occup\u00e9 la veille? Apr\u00e8s n\u2019importe quelle nuit, on n\u2019est plus le m\u00eame, et c\u2019est tricher que de jouer la face de la continuit\u00e9.\u00a0\u2014\u00a0Le fragment, genre d\u00e9cevant sans doute, bien que seul honn\u00eate.\u00a0<a id=\"footnoteref1_l01g5zl\" class=\"see-footnote\" title=\"Cioran, \u00ab \u00c9cart\u00e8lement \u00bb, dans \u0152uvres Cioran. 1995. \u00ab \u00c9cart\u00e8lement \u00bb, dans\u00a0\u0152uvres, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Quarto \u00bb, p. 1495.\" href=\"#footnote1_l01g5zl\">[1]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contre une science aux tendances sacerdotales, Nietzsche, dans le\u00a0<em>Gai savoir<\/em>\u00a0(1882), propose une c\u00e9l\u00e9bration de la connaissance au service de la vie. Une telle volont\u00e9 ne pouvait s\u2019\u00e9crire suivant les conventions textuelles du discours philosophique \u2014 un discours continu ob\u00e9issant au pr\u00e9cepte aristot\u00e9licien de non-contradiction (<em>M\u00e9taphysique<\/em>, 1005b, 19-20). Nietzsche devait faire appel \u00e0 une forme particuli\u00e8re, l\u2019aphorisme, qui permet la r\u00e9p\u00e9tition, la contradiction, contrairement \u00e0 un expos\u00e9 syst\u00e9matique. La juxtaposition des fragments produit une exp\u00e9rience non dialectique de la parole et autorise \u00ab un recul f\u00e9cond, un r\u00e9pit productif, indispensable au n\u00e9cessaire affinement des concepts \u00bb (Susini-Anastopoulos, 1997, 185). Si les blancs du texte permettent \u00e0 la pens\u00e9e philosophique de se pr\u00eater \u00e0 la rumination, pour rester avec un vocabulaire nietzsch\u00e9en, il demeure, ainsi que le remarque Pascal Quignard \u00e0 propos des\u00a0<em>Caract\u00e8res<\/em>\u00a0de La Bruy\u00e8re (1687), que l\u2019\u00e9criture fragmentaire \u00ab sature l\u2019attention, sa multiplication \u00e9dulcore l\u2019effet que sa bri\u00e8vet\u00e9 pr\u00e9pare \u00bb (Quignard, 1986, 21). Il y a un certain vertige devant ce type de textes : plus les \u00e9nonc\u00e9s s\u2019accumulent, plus il devient difficile de rendre compte de sa lecture.<\/p>\n<p>Mais tous les fragments ne sont pas compos\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re. Certains ne le sont qu\u2019en vertu d\u2019un hasard historique, comme les fragments des pr\u00e9socratiques ou des \u00e9pigrammes recens\u00e9s dans l\u2019<em>Anthologie palatine<\/em>. Certains le sont par accident, comme les\u00a0<em>Pens\u00e9es<\/em>\u00a0de Pascal (1670), dont la r\u00e9daction cesse avec la mort de leur auteur. D\u2019autres fragments sont volontairement compos\u00e9s ainsi, comme chez La Bruy\u00e8re et Nietzsche. Comment rendre compte d\u2019une forme qui peut autant d\u00e9crire les quelques vers qui nous restent d\u2019H\u00e9raclite (VIe si\u00e8cle av. J.-C.) que des\u00a0<em>Aphorismes de la vie dans les ruines<\/em>\u00a0d\u2019Anne Archet (2022)?<\/p>\n<p>Dans une perspective plus moderne et contemporaine, certaines \u0153uvres en fragments fonctionnent via des dispositifs d\u2019\u00e9chantillonnage, de recyclage litt\u00e9raire, de\u00a0<em>cut up<\/em>, de pr\u00e9l\u00e8vement, d\u2019assemblage ou de d\u00e9tournement. Que leur proc\u00e9d\u00e9 de mise en commun soit al\u00e9atoire ou non, la forme inusit\u00e9e qui en r\u00e9sulte offre une prise reconfigur\u00e9e au r\u00e9el. L\u2019\u00e9criture fragmentaire constitue en outre un mode d\u2019enqu\u00eate qui permet non seulement de porter un regard sur un univers discontinu, mais aussi le saisissement d\u2019un certain instant cr\u00e9ateur. Dans \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Fragment de la nature\u00a0\u00bb des choses et \u00ab\u00a0inach\u00e8vement perp\u00e9tuel\u00a0\u00bb: l\u2019\u00e9criture du monde selon Francis Ponge \u00bb, Sylvie Ballestra-Puech affirme \u00e0 cet effet que<\/p>\n<blockquote>\n<p>[l]\u2019\u00e9criture fragmentaire est la seule \u00e9criture du monde possible pour Ponge, dans la mesure o\u00f9 tout objet nous offre un \u00e9chantillon de la texture du monde, \u00e0 la fois dans la perspective d\u2019une physique atomiste et dans celle d\u2019une \u00e9thique de la contemplation [&#8230;]. (2013, n. p.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par l\u2019exp\u00e9rience de la multiplication des points de vue, ces pratiques litt\u00e9raires rebelles et insoumises se rejoignent dans une volont\u00e9 de probl\u00e9matiser le monde, de le re-signifier. De l\u2019\u0153uvre\u00a0<em>The naked lunch\u00a0<\/em>de Burroughs aux\u00a0<em>Remarques\u00a0<\/em>de Quintane, de\u00a0<em>La vie mode d\u2019emploi\u00a0<\/em>de Perec \u00e0 la\u00a0<em>Revue de litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale\u00a0<\/em>d\u2019Alf\u00e9ri et Cadiot, l\u2019\u00e9criture fragment\u00e9e t\u00e9moigne d\u2019une forme de subversion qui remet en\u00a0 jeu la notion traditionnelle de litt\u00e9rarit\u00e9. Les nouvelles connexions qu\u2019elle propose par son tableau kal\u00e9idoscopique cr\u00e9ent des noyaux de sens originaux qui sont l\u2019occasion de porter un regard frais sur un ordinaire us\u00e9.<\/p>\n<p>En outre, la fragmentation, qui alors ne s\u2019exprime plus \u00e0 m\u00eame la forme du texte litt\u00e9raire, peut se d\u00e9placer\u00a0<em>dans<\/em>\u00a0la narration. Pensons \u00e0 Laura Mulvey et \u00e0 son texte \u00ab\u00a0Plaisir visuel et cin\u00e9ma narratif \u00bb qui propose une analyse du regard masculin dans l\u2019univers cin\u00e9matographique. Ce regard masculin, d\u00e9coulant d\u2019une pulsion scopophilique, fragmente, gr\u00e2ce \u00e0 la cam\u00e9ra, certaines parties du corps f\u00e9minin pour l\u2019\u00e9rotiser, refusant ainsi toute agentivit\u00e9 aux femmes alors d\u00e9pourvues d\u2019un regard et d\u2019une voix.\u00a0Mulvey dira que les hommes \u00ab\u2009live out [their] fantasies and obsessions through linguistic command by imposing them on the silent image of woman still tied to her place as bearer, not maker, of meaning\u2009\u00bb (Mulvey 1989, 15).\u00a0Le fragment, dans ce cas-ci, t\u00e9moigne d\u2019un rapport de pouvoir.<\/p>\n<p>Pour d\u2019autres, les quelques fragments capt\u00e9s permettent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une agentivit\u00e9 refus\u00e9e. Le roman\u00a0<em>La servante \u00e9carlate <\/em>de Margaret Atwood et la soci\u00e9t\u00e9 dystopique et patriarcale qu\u2019il met en sc\u00e8ne t\u00e9moigne de cette id\u00e9e. Le regard fragment\u00e9 des servantes, provoqu\u00e9 par les \u0153ill\u00e8res qui leur couvrent une partie du visage, leur permet de ne saisir que quelques bribes de cet univers. Les femmes mises en sc\u00e8ne par Atwood diront toutefois qu\u2019\u00ab [\u00e0] cause de [leurs] ailes, [leurs] \u0153ill\u00e8res, il est malais\u00e9 de regarder en l\u2019air, d\u2019avoir une vue compl\u00e8te du ciel, ou de quoi que ce soit. Mais [elles] y [parviennent],\u00a0<em>fragment par fragment<\/em>\u00a0\u00bb (Atwood, 2017 [1985], 58-59. Nous soulignons.).<\/p>\n<p>On retrouve, par ailleurs, une \u00e9criture fragment\u00e9e dans la po\u00e9sie, particuli\u00e8rement contemporaine. Au XXe si\u00e8cle, chez Ren\u00e9 Char par exemple, l\u2019\u00e9criture fragmentaire domine et elle est, selon Jo\u00eblle Le Cornec, une forme d\u2019\u00e9criture morcel\u00e9e, structur\u00e9e, entre autres, par des ellipses (1990). On peut aussi penser au recueil\u00a0<em>Quelque chose noir<\/em>\u00a0(1986) de Jacques Roubaud o\u00f9 l\u2019\u00e9criture fragmentaire sert le motif du deuil. Dans\u00a0<em>La petite derni\u00e8re<\/em>\u00a0de Fatima Daas (2020), l\u2019\u00e9criture en fragment suit le souffle du personnage protagoniste asthmatique. Dans cette autofiction, Fatima Daas, lesbienne et musulmane, navigue, confronte, et fait cohabiter des identit\u00e9s complexes, plurielles, et souvent per\u00e7ues comme contradictoires. Comment le fragment est-il mobilis\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture contemporaine ? \u00c0 quelles fins ? Quels en sont ses diff\u00e9rents motifs ?<\/p>\n<p>La forme fragmentaire domine \u00e9galement au sein des \u0153uvres de litt\u00e9rature num\u00e9rique \u2013\u00a0<em>Les univers parall\u00e8les du Mauve Motel<\/em>\u00a0(2021) de Simon Dumas et Nicole Brossard,\u00a0<em>M\u00e9andres<\/em>\u00a0(2021) de St\u00e9phanie Morissette et Pattie O\u2019Green \u2013 et plus largement au c\u0153ur des \u0153uvres num\u00e9riques \u2013\u00a0<em>Paisajes<\/em>\u00a0(2011) de S\u00e9bastien Cliche ou\u00a0<em>Nous aurons<\/em>\u00a0(2017) d\u2019Hugo Nadeau. Il en va de m\u00eame pour les \u0153uvres litt\u00e9raires dont l\u2019esth\u00e9tique est tir\u00e9e du num\u00e9rique \u2013\u00a0<em>La vie litt\u00e9raire<\/em>\u00a0(2016) de Mathieu Arsenault,\u00a0<em>Mukbang<\/em>\u00a0(2021) de Fanie Demeule ou\u00a0<em>De Synth\u00e8se<\/em>\u00a0(2017) de Karoline Georges.<\/p>\n<p>Comment expliquer cette pr\u00e9dominance? Est-elle due, pour offrir quelques pistes, \u00e0 la nature du m\u00e9dium (quoiqu\u2019il serait plus pr\u00e9cis de parler \u00ab des m\u00e9diums \u00bb), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ses limitations et \u00e0 ses potentiels? Est-ce plut\u00f4t parce que le fragment est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9pond\u00e9rant dans les \u0153uvres artistiques contemporaines? Est-elle attribuable \u00e0 une certaine r\u00e9flexivit\u00e9 quant au m\u00e9dium et \u00e0 son utilisation? R\u00e9flexivit\u00e9 soulignant, par exemple, l\u2019exp\u00e9rience \u00ab uchronique \u00bb du temps en ligne (Couchot 2014) ou du d\u00e9veloppement d\u2019une nouvelle forme d\u2019attention, qualifi\u00e9e \u00ab d\u2019hyper-attention \u00bb par N. Katherine Hayles (2007), et ce, sans parler \u00ab d\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention \u00bb (entre autres : Citton 2014) sinon de \u00ab chambre d\u2019\u00e9cho \u00bb (Scruggs 1998).<\/p>\n<p>Pour ce trente-huiti\u00e8me num\u00e9ro,\u00a0<em>Postures\u00a0<\/em>invitait \u00e0 \u00e9tudier les fragments, l\u2019\u00e9clatement et le fracas qu\u2019ils provoquent \u00e0 m\u00eame le texte litt\u00e9raire, \u00e0 analyser cette fragmentation qui s\u2019insinue \u00e0 m\u00eame la trame narrative d\u2019une \u0153uvre, par les silences, les non-dits, le regard et le corps.<\/p>\n<h3><em>Fragments d\u2019exp\u00e9rience(s)<\/em><\/h3>\n<p>Abordant le journal de Mariana Eva P\u00e9rez, C\u00e9cile Torrents, dans \u00ab La fragmentation dans <em>Diario de una princesa montonera<\/em> (2016) de Mariana Eva P\u00e9rez : de la brisure au collage \u00bb, s\u2019interroge sur quelques questions\u00a0: comment raconter l\u2019Histoire collective, effondr\u00e9e par le r\u00e9gime dictatorial, et sa propre, tomb\u00e9e en miettes suite \u00e0 la disparition des proches\u00a0? Est-il encore possible de recoller une identit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e\u00a0? Elle montre que la fragmentation peut \u00eatre, d\u2019une part, un outil r\u00e9sistant \u00e0 l\u2019unification dictatoriale et, d\u2019autre part, un outil qui permet de raconter le traumatisme.<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0Le corps \u00e0 corps de la danseuse avec les mots. Grand \u00e9cart sur la danseuse de papier, la fin du XIX<sup>e<\/sup>, le d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0\u00bb, L\u00e9a Picot questionne le r\u00f4le et la repr\u00e9sentation de la figure de la danseuse dans la litt\u00e9rature des derniers si\u00e8cles. Elle nous montre l\u2019\u00e9volution de cette figure \u00e0 travers un changement de la perspective narrative spectatorielle et fragment\u00e9e \u00e0 la perspective immersive, totale ; changement qui illustre tr\u00e8s bien ce glissement d\u2019un corps nomm\u00e9, montr\u00e9, sexualis\u00e9 vers un corps donn\u00e9 \u00e0 voir dans son mouvement.<\/p>\n<p>Rachel Henrie, quant \u00e0 elle, propose un essai dans lequel s\u2019entrem\u00ealent les r\u00e9flexions sur les fragments po\u00e9tiques de Louise Warren et sa propre pratique po\u00e9tique. L\u2019\u00e9criture s\u2019y manifeste, selon l\u2019esprit ph\u00e9nom\u00e9nologique, en tant que traces d\u2019un corps qui se meut dans l\u2019espace. Le fragment, pour les deux autrices, n\u2019est pas brisure, mais ouverture du sujet sur l\u2019immensit\u00e9 du monde.<\/p>\n<p>Enfin, pour clore cette section, le Collectif Ob\u00e8le, dans l\u2019article \u00ab \u201cMonstres et po\u00e9sie\u201d\u00a0: Habiter le monde par fragments exp\u00e9rientiels \u00bb, revient sur l\u2019\u00e9laboration d\u2019un projet d\u00e9velopp\u00e9 en collaboration avec la po\u00e8te Laurance Ouellet-Tremblay, dans lequel iels explorent les modalit\u00e9s de l\u2019inscription de fragments litt\u00e9raires po\u00e9tiques au c\u0153ur du jeu\u00a0<em>Valheim<\/em>. Iels montrent que le travail d\u2019inscription du texte repose sur une hybridit\u00e9 multimodale, et soulignent la double nature de la litt\u00e9rature pour et dans le jeu vid\u00e9o, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois comme discours et comme exp\u00e9rience.<\/p>\n<h3><em>Fragments d\u2019identit\u00e9(s)<\/em><\/h3>\n<p>Marie-\u00c8ve Dub\u00e9, dans \u00ab\u00a0\u2018\u2018Ce n\u2019est pas moi qui ai pens\u00e9 \u00e7a\u2019\u2019: d\u00e9lire infantile et po\u00e9tique de la s\u00e9paration dans\u00a0<em>Enfance<\/em>\u00a0de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb, explore la folie de la narratrice, une enfant envahie par le d\u00e9sir de la m\u00e8re, selon une approche psychanalytique. L\u2019enfant fait alors l\u2019exp\u00e9rience de la crevaison de l\u2019image du moi et de la d\u00e9sunion entre le moi et l\u2019Autre \u00e0 travers le langage, la parole qui d\u00e9tient une autorit\u00e9 absolue qui, paradoxalement, fait na\u00eetre l\u2019opportunit\u00e9 po\u00e9tique de saisir l\u2019irrepr\u00e9sentable des mots.<\/p>\n<p>Dans \u00ab \u2018\u2018<em>How did you become this way?<\/em>\u2019\u2019 : \u00e9criture fragmentaire de la d\u00e9rive, l\u2019exemple de <em>McGlue<\/em> d\u2019Ottessa Moshfegh\u00a0\u00bb, Alwena Queill\u00e9 se propose d\u2019\u00e9tudier la fragmentation de la parole dans le roman d\u2019Otessa Moshfegh, <em>McGlue<\/em>. Ainsi, la chercheuse se penche sur la narration fragment\u00e9e et tremblante \u2013 oscillant entre souvenirs embrum\u00e9s et r\u00e9v\u00e9lations troubles \u2013 de McGlue, un marin \u00e0 la d\u00e9rive pris entre ses hallucinations et des souvenirs \u00e9pars de sa relation avec Johnson.<\/p>\n<p>Dans son essai \u00abSur les traces de la femme-spectre, Azucena Pelland recueille les traces des traumatismes et des violences sexuelles subis : c\u2019est un itin\u00e9raire d\u2019un corps en voie de dispara\u00eetre. Or, ce sont bien ces traces qui permettent de faire exister, dans sa spectralit\u00e9 m\u00eame, un autre corps, \u00e0 savoir celui de l\u2019\u00e9criture qui, \u00e0 travers le tissage de l\u2019indicible, donne pr\u00e9sence \u00e0 ce qui autrement ne serait que manque.<\/p>\n<p>Finalement, Ketzali Yulmuk-Bray, en hors-dossier, propose \u00ab\u00a0Une herm\u00e9neutique du d\u00e9sert: m\u00e9moire, d\u00e9s\u00e9miotisation et animisme dans\u00a0<em>D\u00e9sertiques<\/em>\u00a0(2022) de Benoit Meunier\u00a0\u00bb, dans laquelle elle se penche sur la m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation du d\u00e9sert \u00e9labor\u00e9e par les trois personnages du recueil de nouvelles. Ceux-ci, progressivement amn\u00e9siques, retrouvent leur usage du langage \u00e0 m\u00eame leur environnement, presque comme si les signes jaillissaient de la terre aride qui les entoure.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_l01g5zl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_l01g5zl\">[1]<\/a> Cioran, \u00ab \u00c9cart\u00e8lement \u00bb, dans \u0152uvres Cioran. 1995. \u00ab \u00c9cart\u00e8lement \u00bb, dans\u00a0<em>\u0152uvres<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Quarto \u00bb, p. 1495.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Berger Soucie, Kevin\u00a0et al. 2023. \u00ab Bribes : la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Bribes : la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no 38, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/bribes-38&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Bribes : la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no 38 Comment s\u2019\u00e9tendre le lendemain sur une id\u00e9e dont on s\u2019\u00e9tait occup\u00e9 la veille? Apr\u00e8s n\u2019importe quelle nuit, on n\u2019est plus le m\u00eame, et c\u2019est tricher que de jouer la face de la continuit\u00e9.\u00a0\u2014\u00a0Le fragment, genre d\u00e9cevant sans doute, bien que seul honn\u00eate.\u00a0[1] Contre une science [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1140,1353],"tags":[30,77,138,164,168,175,221,367],"class_list":["post-5741","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-avant-propos","category-bribes-la-litterature-en-fragments","tag-berger-soucie-kevin","tag-cliche-vincent","tag-fiset-yohann-mickael","tag-giroux-alexia","tag-grenier-catrina","tag-hammar-liza","tag-lapointe-marie-catherine","tag-wyrzykowski-mikolaj"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5741","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5741"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5741\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8259,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5741\/revisions\/8259"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5741"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5741"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5741"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}