{"id":5745,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/how-did-you-become-this-way-ecriture-fragmentaire-de-la-de-rive-lexemple-de-mcglue-dottessa-moshfegh\/"},"modified":"2024-08-15T17:14:19","modified_gmt":"2024-08-15T17:14:19","slug":"how-did-you-become-this-way-ecriture-fragmentaire-de-la-de-rive-lexemple-de-mcglue-dottessa-moshfegh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5745","title":{"rendered":"\u00ab How did you become this way? \u00bb : \u00e9criture fragmentaire de la d\u00e9-rive, l\u2019exemple de \u00ab McGlue \u00bb d\u2019Ottessa Moshfegh"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\">Dossier \u00ab Bribes: la litt\u00e9rature en fragments \u00bb, no 38<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u2009I wake up\u2009\u00bb. Ainsi d\u00e9bute,\u00a0<em>in medias res<\/em>, l\u2019histoire de\u00a0<em>McGlue<\/em>, une novella, publi\u00e9e en 2014, de l\u2019autrice am\u00e9ricaine Ottessa Moshfegh. S\u2019ensuivent des cris \u2014 \u00ab\u2009McGlue!\u2009\u00bb \u2014 tirant brutalement le personnage de sa torpeur. Le r\u00e9cit se d\u00e9roule au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01850\u00a0: McGlue se r\u00e9veille dans la cale d\u2019un bateau, le cerveau embrum\u00e9 par les vapeurs de l\u2019alcool, sans aucun souvenir des \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s. Le personnage \u00e9ponyme est un marin, alcoolique et souffrant d\u2019une grave blessure au cr\u00e2ne qu\u2019il ne cesse de triturer, accus\u00e9 du meurtre de son ami Johnson. D\u00e9sirant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment retrouver les effets de l\u2019ivresse et subissant les effets al\u00e9atoires de sa blessure cr\u00e2nienne, la confusion et les trous de m\u00e9moire du personnage renforcent l\u2019incompr\u00e9hension qui plane d\u00e8s le d\u00e9but de la novella.\u00a0<\/p>\n<p>La question \u00ab\u2009<em>How did you become this way?\u2009<\/em>\u00bb est pos\u00e9e par un juge \u00e0 McGlue, \u00e0 laquelle il r\u00e9pond, vaguement\u00a0: \u00ab\u2009Certain events led me to leave town, and I went south, from place to place, having my time until I met Johnson, who sort of saved me.\u2009\u00bb\u00a0(Moshfegh\u00a02019, 100)\u00a0La d\u00e9sorientation du personnage se traduit par la fragmentation du r\u00e9cit\u00a0: les \u00e9v\u00e9nements sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s al\u00e9atoirement et de fa\u00e7on impr\u00e9cise, aux sons dispers\u00e9s des voix et\u00a0r\u00e9miniscences qui entourent et habitent McGlue. L\u2019absence d\u2019alcool et la confession exig\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s au meurtre de Johnson entra\u00eenent le d\u00e9voilement fragment\u00e9, troubl\u00e9 et dissolu, de certains moments pass\u00e9s de la vie du protagoniste, notamment en compagnie de Johnson, ou de souvenirs familiaux dans sa ville natale, Salem. Le personnage de Johnson appara\u00eet comme une figure spectrale et omnipr\u00e9sente, dont le souvenir fait vaciller McGlue entre hallucination et prise de conscience.\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0est un r\u00e9cit oscillant entre composition et d\u00e9composition afin de rendre possible une \u00e9ventuelle recomposition qui prend pour moteur les al\u00e9as d\u2019une voix itin\u00e9rante\u00a0et de souvenirs embrum\u00e9s. Il\u00a0s\u2019agira d\u2019explorer dans ce r\u00e9cit les effets troubles de la narration, les moments de pause, de brisure, d\u2019aveu, qui refl\u00e8tent les mouvements impr\u00e9visibles de la psych\u00e9. Entre conjuration et exorcisme, spiritueux et spiritualit\u00e9,\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0repr\u00e9sente l\u2019ambition cr\u00e9ative et cr\u00e9atrice d\u2019une fiction qui sombre dans l\u2019obscurit\u00e9 et l\u2019incertitude de l\u2019existence afin d\u2019en d\u00e9voiler leurs sources.<\/p>\n<h2><em>Delirium tremens:<\/em>\u00a0r\u00e9cit de l\u2019incertitude et du d\u00e9s\u00e9quilibre<\/h2>\n<p><em>Delirium tremens<\/em>, \u00ab\u2009d\u00e9lire tremblant\u2009\u00bb\u00a0: confusion, sueurs, angoisses, agitations, tremblements caract\u00e9risent cet \u00e9pisode, lorsqu\u2019un alcoolique est brutalement sevr\u00e9. Cet \u00e9tat est ce que subit McGlue\u00a0: le personnage \u00e9ponyme perd tous ses rep\u00e8res lorsqu\u2019il est priv\u00e9 d\u2019alcool, substance n\u00e9cessaire pour soulager sa peine, celle qu\u2019il ressent lorsqu\u2019il est isol\u00e9 sur le navire, puis en prison, et celle d\u2019une existence difficile qu\u2019il d\u00e9sire noyer dans l\u2019ivresse<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_5745\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">\u00a0L\u2019histoire du marin se d\u00e9roule au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, p\u00e9riode durant laquelle la consommation d\u2019alcool \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandue aux \u00c9tats-Unis : Robert A. Ferguson, se basant sur les travaux de W. J. Rorabaugh dans\u00a0<em>The Alcoholic Republic<\/em>\u00a0(1979), mentionne que la consommation d\u2019alcool \u00e9tait \u00e0 son plus haut de 1800 \u00e0 1830 aux \u00c9tats-Unis (Ferguson 2013, 21).<\/span>.\u00a0La personne permettant \u00e0 McGlue de satisfaire ses besoins de spiritueux n\u2019est autre que Johnson, ce que les lecteur.ices apprennent au fil des r\u00e9miniscences du protagoniste. En son absence, McGlue erre de souvenir en souvenir, d\u2019escale en escale, seul moyen de retrouver les effets, pass\u00e9s, de l\u2019alcool.<\/p>\n<h2>Un personnage \u00e0\u00a0la d\u00e9rive<\/h2>\n<p>McGlue est embl\u00e9matique du personnage \u00e0\u00a0la d\u00e9rive, seul et perdu entre ses hallucinations, ses souvenirs \u00e9parpill\u00e9s, alternant entre \u00e9tat de sommeil qui laisse place \u00e0 de nombreux r\u00eaves et r\u00e9miniscences et \u00e9tat d\u2019\u00e9veil qui ouvre la porte \u00e0 diff\u00e9rentes formes d\u2019illusions et d\u2019images \u00e9vasives. Le personnage et la mention du meurtre ouvrent la voie \u00e0 la fragmentation\u00a0: \u00ab\u2009L\u2019homme est un \u00eatre d\u00e9chu. Les mythes en font un fragment de l\u2019unit\u00e9\u00a0originelle\u00a0\u00e0 jamais perdue. Tout commence par un meurtre, un d\u00e9chirement, un d\u00e9membrement, une destruction qui introduisent dans l\u2019univers l\u2019histoire, le temps, donc le multiple\u2009\u00bb (Garrigues\u00a01995, 24). On comprend d\u00e8s les premiers paragraphes que le narrateur de\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0se trouve emprisonn\u00e9 dans un navire, ivre et souffrant d\u2019une blessure \u00e0 la t\u00eate, cons\u00e9quence d\u2019une chute d\u2019un train, survenue au printemps avant le d\u00e9but du r\u00e9cit \u2014 \u00ab\u2009this I remember\u2009\u00bb, dit-il. Le r\u00e9cit est d\u2019embl\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019incertitude, symbolis\u00e9e par le modal \u00ab\u2009may\u2009\u00bb, le d\u00e9terminant ind\u00e9fini\u00a0\u00ab\u2009a\u2009\u00bb, ou bien le pronom \u00ab\u2009something\u2009\u00bb. La sc\u00e8ne ne se d\u00e9voile que par fragments, selon ce que McGlue sent et per\u00e7oit\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>In one glance I take in the room\u00a0: placards, grey-painted wood walls, wine hooks, some hung-up duck and Guernsey frocks, a grey, shield-shaped mirror. Sunlight hazes in, block-style, speckled with dust. The shadows of men on deck pass along the walls through the small rectangular windows up high above my cot. An empty cot on either side of me. A whine and creak of ship and ocean. I yearn for ale and a song. This is home \u2014 me down in the heart of the drifting vessel, wanting, going somewhere.\u00a0(Moshfegh\u00a02019, 4)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le terme \u00ab\u2009glance\u2009\u00bb \u00e9voque un coup d\u2019\u0153il h\u00e2tif, bref, capturant bri\u00e8vement certains d\u00e9tails, retranscrits de mani\u00e8re concise, parfois sans pr\u00e9sence de verbe, une liste de visions et de sensations. Cet espace que le marin consid\u00e8re comme son foyer, son chez-soi, est d\u00e9fini par le flottement, l\u2019ind\u00e9cision, l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9, exprim\u00e9.es par les participes pr\u00e9sents \u00ab\u2009drifting\u2009\u00bb, \u00ab\u2009wanting\u2009\u00bb, \u00ab\u2009going\u2009\u00bb, n\u2019ayant pour horizon qu\u2019un \u00ab\u2009quelque part\u2009\u00bb. Les mouvements de l\u2019oc\u00e9an refl\u00e8tent \u00e9galement les effets de la blessure de McGlue\u00a0: \u00ab\u2009I\u2019ll ride my cogitations out through the stabbing pains in my skull, the licking waves.\u00a0[&#8230;] I can\u2019t find or measure my way. Drift, drift. If I just close my eyes I\u2019ll get there.\u2009\u00bb\u00a0(5-6) Tel un navire en perdition, McGlue ne peut que suivre le courant des vagues et se laisser d\u00e9river.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9rive se diffuse dans la forme du r\u00e9cit, semblable aux effets du courant de conscience, alternant entre rythme bref, fragments courts marqu\u00e9s par le point et usage r\u00e9current de la polysynd\u00e8te, lien entre diff\u00e9rents fragments, sans ponctuation, sur plusieurs lignes.\u00a0Par exemple, le\u00a0mouvement des phrases, abrupt,\u00a0tranchant et r\u00e9p\u00e9titif, suit les sensations diffuses de la pens\u00e9e du personnage\u00a0: \u00ab\u2009The early staccato sentences read like the quick pulse of a hangover, a throbbing jugular of things not remembered, misremembered, unable to be remembered, or denied. Knives of lucidity occasionally cut into the haze of alcoholism and concussion\u2009\u00bb (Vickers 2014).\u00a0Le fr\u00e9quent usage de verbes \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif contraint McGlue \u00e0 \u00e9couter la voix de sa\u00a0d\u00e9pendance, une voix qu\u2019il ne ma\u00eetrise pas. Le personnage a l\u2019habitude d\u2019\u00e9voluer dans un monde d\u2019\u00e9tourdissement ou de d\u00e9s\u00e9quilibre, parce qu\u2019il est marin, mais aussi parce qu\u2019il est alcoolique. Le passage d\u2019une temp\u00eate entra\u00eene McGlue dans une forme de vertige, qui, paradoxalement, fait sens \u00e0 ses yeux\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>There is a storm in the night and the boat rocks. Mates clamber up and down the hall and across the deck, hollering over the wind and rain. Raise the sails, furl the sails, repair the rigging, I remember all that. I stand on the cot to look out the window, wipe my face, watch the lightning flash through the white tower of flags, whipping crazy, the bow flying high, chair scraping along the floor behind me, the black seas all around. The ship tilts and rain spills in through the window onto the cot. I get up and drag the cot up against the door. This kind of dizzy makes sense when I walk. [&#8230;] This is like high seas. The best part. I close my eyes, let the room spin.\u00a0(Moshfegh\u00a02019, 25)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les phrases courtes, rapides, pr\u00e9cises, contrastent avec le passage d\u2019une temp\u00eate cr\u00e9atrice de mouvements irr\u00e9guliers. Toutefois, le rythme erratique retranscrit \u00e9galement la vie et le travail sur le navire en p\u00e9riode de crise\u00a0: les verbes \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif introduisent des ordres concis, tandis que McGlue, observant de fa\u00e7on limit\u00e9e la sc\u00e8ne depuis une ouverture dans la cale du navire, trouve sa place dans le tumulte. Les effets de l\u2019alcool sur le corps sont semblables \u00e0 ceux subis sur un navire en pleine temp\u00eate\u00a0: le vertige et l\u2019\u00e9tourdissement deviennent un rythme de vie.<\/p>\n<h2>Emprisonnement et r\u00e9cit de la contrainte<\/h2>\n<p>L\u2019existence du protagoniste est caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019emprisonnement\u00a0: dans la\u00a0cale d\u2019un navire ou dans une cellule de prison, McGlue subit sans cesse une contrainte spatiale qui le lie \u00e0 des cha\u00eenes dont il ne peut se d\u00e9faire. Jamais il ne consid\u00e8re l\u2019\u00e9vasion de ces espaces clos. Le th\u00e8me de l\u2019emprisonnement est central \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Moshfegh, que ce soit dans des espaces physiques ou mentaux\u00a0: dans son premier roman,\u00a0<em>Eileen<\/em>\u00a0(2015), le personnage \u00e9ponyme travaille dans un centre de d\u00e9tention pour mineurs et d\u00e9sire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment s\u2019enfuir de sa ville natale, situ\u00e9e en Nouvelle-Angleterre, dont elle se sent prisonni\u00e8re\u2009; sans doute le roman le plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019autrice,\u00a0<em>My Year of Rest and Relaxation<\/em>\u00a0(2018), un huis clos revisit\u00e9, suit le projet de la protagoniste anonyme qui consiste \u00e0 s\u2019enfermer dans son appartement new-yorkais et \u00e0 dormir pendant une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de nombreux m\u00e9dicaments. En ce sens, McGlue est le premier des narrateurs typiques \u2014 \u00ab\u2009unreliable, intoxicated, and trapped\u2009\u00bb (Levy 2018) \u2014\u00a0de Moshfegh.<\/p>\n<p>La mention de lieux r\u00e9els offre un point d\u2019ancrage\u00a0au r\u00e9cit vaporeux du marin. La novella, entre r\u00e9cit de captivit\u00e9\u00a0et r\u00e9cit de voyage, se pr\u00e9sente en diff\u00e9rents chapitres qui s\u2019ouvrent sur la mention d\u2019un lieu, mais sans date \u2014\u00a0<em>Zanzibar<\/em>,<em>\u00a0Indian Ocean<\/em>,\u00a0<em>Macquarie Harbour, Tasmania<\/em>,\u00a0<em>South Pacific<\/em>,\u00a0<em>North Sea, south of Long Fourtie<\/em>,<em>\u00a0Bay of Biscay<\/em>,\u00a0<em>South Atlantic<\/em>,\u00a0<em>New York<\/em>,\u00a0<em>Lima<\/em>,\u00a0<em>Tierra del Fuego<\/em>,\u00a0<em>Salem<\/em>,\u00a0<em>San Juan, Howard Street, Essex Street, Town Hall, Tahiti, Port David<\/em>&#8230; Si l\u2019on peut remarquer une progression lin\u00e9aire, de Zanzibar\u00a0\u00e0 Salem, certains chapitres marquent des pauses dans le r\u00e9cit de l\u2019incarc\u00e9ration de McGlue. Ces chapitres sont des souvenirs, souvent r\u00e9veill\u00e9s pendant le sommeil du personnage, tels ceux se d\u00e9roulant \u00e0 New York ou \u00e0 Tahiti. Toutefois, la plupart des chapitres contiennent \u00e0 la fois la narration d\u2019un\u00a0McGlue captif et celle de ses r\u00e9miniscences. Les temps du r\u00e9cit s\u2019entrem\u00ealent entre pr\u00e9sent et pass\u00e9. La tension entre grands espaces et espaces restreints est symbolis\u00e9e par les connaissances diff\u00e9rentes du monde de Johnson et de McGlue.\u00a0Le protagoniste mentionne l\u2019\u00e9rudition de son ami \u2014 \u00ab\u2009He had much more knowledge of the world, the map of it\u2009\u00bb (Moshfegh\u00a02019, 133) \u2014 tandis que la sienne se limite \u00e0 la connaissance des bars de Salem\u00a0: \u00ab\u2009I know all the bars in Salem and all the ways around the roads toward them and back home again like clockwork \u2014 even blind I could find my way, and have\u2009\u00bb (136-137).\u00a0<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de\u00a0<em>McGlue\u00a0<\/em>oscille entre lumi\u00e8re et t\u00e9n\u00e8bres, jour et nuit, soleil et lune, neige et temp\u00eate, alors que la vision de McGlue per\u00e7oit al\u00e9atoirement les effets de lumi\u00e8re, attendant la moindre apparition d\u2019une ombre pour lui tenir compagnie. Le sol ferme de la prison remplace les planches mouvantes du bateau\u00a0: cette arriv\u00e9e sur la terre ferme est hant\u00e9e par la pr\u00e9position \u00ab\u2009in\u2009\u00bb, renfor\u00e7ant le confinement du personnage\u00a0: \u00ab\u2009I\u2019m in now.\u00a0Striped suit and all of it. Inmate. In trouble. In for it.\u00a0I\u2019ve arrived\u2009\u00bb (62). La maison close est aussi un \u00e9tablissement fr\u00e9quemment mentionn\u00e9 dans le r\u00e9cit. McGlue se souvient notamment du passage de Johnson dans les maisons closes de Victoria, Cape Town ou Salem (120). Si Michel Foucault qualifie la prison comme \u00e9tant une \u00ab\u2009h\u00e9t\u00e9rotopie de d\u00e9viation\u00a0<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_5745\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> Michel Foucault d\u00e9finit l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie en ces termes : \u00ab Il y a \u00e9galement, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux r\u00e9els, des lieux effectifs, des lieux qui sont dessin\u00e9s dans l\u2019institution m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d\u2019utopies effectivement r\u00e9alis\u00e9es dans lesquelles tous les autres emplacement r\u00e9els que l\u2019on peut trouver \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la culture sont \u00e0 la fois repr\u00e9sent\u00e9s, contest\u00e9s et invers\u00e9s, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu\u2019ils sont absolument autres que tous les emplacements qu\u2019ils refl\u00e8tent et dont ils parlent, je les appellerai par opposition aux utopies, les h\u00e9t\u00e9rotopies\u00a0\u00bb (Foucault 2004, 15).<\/span>\u2009\u00bb,\u00a0\u00ab\u2009celle dans laquelle on place les individus dont le comportement est d\u00e9viant par rapport \u00e0 la moyenne ou \u00e0\u00a0la norme exig\u00e9e\u2009\u00bb (Foucault\u00a02004, 15-16), le bateau fait \u00e9galement figure d\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie, entre h\u00e9t\u00e9rotopie d\u2019illusion (symbolis\u00e9e, par exemple, par la maison close) et h\u00e9t\u00e9rotopie de compensation (repr\u00e9sent\u00e9e par le fonctionnement de certaines colonies)\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Maisons closes et colonies, ce sont deux types extr\u00eames de l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie, et si l\u2019on songe, apr\u00e8s tout, que le bateau, c\u2019est un morceau flottant d\u2019espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-m\u00eame, qui est ferm\u00e9 sur soi et qui est livr\u00e9 en m\u00eame temps \u00e0 l\u2019infini de la mer et qui, de port en port, de bord\u00e9e en bord\u00e9e, de maison close en maison close, va jusqu\u2019aux colonies chercher ce qu\u2019elles rec\u00e8lent de plus pr\u00e9cieux en leurs jardins, vous comprenez pourquoi le bateau a \u00e9t\u00e9 pour notre civilisation, depuis le XVI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos jours, \u00e0 la fois, non seulement bien s\u00fbr le plus grand instrument de d\u00e9veloppement \u00e9conomique (ce n\u2019est pas de cela que [sic] je parle aujourd\u2019hui), mais la plus grande r\u00e9serve d\u2019imagination. Le navire, c\u2019est l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie par excellence. (18)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, si McGlue \u00e9volue dans un environnement circonscrit, un espace clos, l\u2019emprisonnant tant physiquement que psychologiquement, le r\u00e9cit offre une perspective qui d\u00e9passe ce confinement, repr\u00e9sent\u00e9e notamment par les petites fen\u00eatres, une ouverture sur l\u2019ext\u00e9rieur, dont\u00a0le personnage dispose dans ses cellules navales et terrestres, et par\u00a0les souvenirs de McGlue, ces fen\u00eatres qui donnent \u00e0 voir ses diverses aventures, \u00e0 la fois sur terre et sur mer.<\/p>\n<h2>Les al\u00e9as du souvenir\u00a0<\/h2>\n<p>La\u00a0d\u00e9pendance implique un rythme cyclique, r\u00e9p\u00e9titif, cons\u00e9quence de la consommation d\u2019alcool et de l\u2019obsession qui en r\u00e9sulte. La privation oblige toutefois une remise en question permanente afin de comprendre pourquoi le personnage ne peut pas avoir la moindre goutte d\u2019alcool.\u00a0Selon Moshfegh, \u00ab\u2009[t]he pain of being denied alcohol forces him to question the reason for his incarceration, namely Johnson\u2019s murder. So that swerves his thinking away from the drink and into the subtler emotional life beneath his alcoholism.\u00a0[&#8230;] [H]is awareness builds gradually, around and around\u2009\u00bb (Stein 2014). Les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9p\u00e9tition ouvrent la voie \u00e0 l\u2019incertitude, ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019analyse notamment Carla Namwali Serpell\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Repetition, taken to an extreme, can actually trouble our sense of reality. In this sense, repetition works against itself, undoes itself as it intensifies. This is especially true for narrative, which is assumed to move from beginning to end. When repetition becomes a strong narrative feature, it begins to destabilize meaning, event, and temporal continuity. As a story accumulates conjunctions (\u201cand . . . and\u201d) and recursions (\u201cagain\u201d), readers start to wonder whether events have taken place at all, and their ability to trace a plot trajectory falters. Uncertainty grows as repetition disturbs the originality, integrity, and continuity of objects, persons, and events.\u00a0(2014, 191)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette prise de conscience instable va de pair avec l\u2019acte du souvenir, contraint par l\u2019obligation pour McGlue d\u2019expliquer la nature d\u2019un geste meurtrier dont il n\u2019est pas conscient des causes. Le r\u00e9cit est alors ponctu\u00e9 par des verbes et des phrases associ\u00e9.es au souvenir\u00a0: les verbes \u00ab\u2009remember\u2009\u00bb\u00a0et\u00a0\u00ab\u2009recall\u2009\u00bb apparaissent \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, tout comme la phrase \u00ab\u2009This I remember\u2009\u00bb, telles des ancres de la m\u00e9moire. Le pr\u00e9fixe\u00a0\u00ab\u2009re\u2009\u00bb implique une recomposition\u00a0:\u00a0<em>remember<\/em>, r\u00e9assemblage de diff\u00e9rentes\u00a0parties,\u00a0de membres qui ne subissent plus les effets nocifs d\u2019une consommation excessive de spiritueux\u2009;\u00a0<em>recall<\/em>, rappel, voix et souvenirs \u00e0 l\u2019esprit. Le narrateur entra\u00eene ainsi les lecteur.ices dans les divagations de ses pens\u00e9es, esp\u00e9rant trouver un sens \u00e0 la cacophonie des souvenirs.\u00a0<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 de la m\u00e9moire est associ\u00e9e \u00e0 une autre activit\u00e9 permettant au protagoniste de stimuler son esprit, alors que son corps incarc\u00e9r\u00e9 perd de sa vitalit\u00e9\u00a0: la\u00a0lecture. Sur le navire, il lit notamment un almanach sur la Tasmanie \u2014 \u00ab\u2009a Walch\u2019s Tasmanian almanac\u2009\u00bb (Moshfegh\u00a02019, 18). En prison, McGlue lit le journal, relique d\u2019\u00e9v\u00e9nements vou\u00e9s au pass\u00e9\u00a0: une des rubriques s\u2019intitule \u00ab\u2009Counting Room Almanac for 1851\u2009\u00bb (77), permettant d\u2019ancrer temporellement le r\u00e9cit de\u00a0<em>McGlue<\/em>. Toutefois, cette lecture n\u2019\u00e9chappe pas au rythme r\u00e9p\u00e9titif et cyclique dans lequel sont prises les pens\u00e9es du narrateur. Un \u00e9v\u00e9nement historique est notamment mentionn\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises au cours du r\u00e9cit, McGlue associant les critiques li\u00e9es \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 sa propre condition d\u2019incarc\u00e9ration. Le protagoniste fait ainsi mention de ce qui peut \u00eatre reconnu comme \u00e9tant la r\u00e9volte des Taiping, port\u00e9e par Hong Xiuquan\u00a0: \u00ab\u2009China and the visions of its new black-whiskered, self-proclaimed Christ\u2009\u00bb (89). Historiquement, la date du d\u00e9but de la r\u00e9volte co\u00efncide avec la date des \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s au sort de McGlue, soit\u00a01851. Le protagoniste\u00a0\u00e9voque aussi bri\u00e8vement des actualit\u00e9s faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019esclavage (135), lequel commence \u00e0 \u00eatre aboli au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01850 dans plusieurs pays d\u2019Am\u00e9rique du Sud. Ces fragments historiques s\u2019entrem\u00ealent avec le r\u00e9cit de McGlue. Ce dernier fait \u00e9galement l\u2019objet de plusieurs articles de presse, de caricatures dans les journaux de Salem \u00e0 la suite de son emprisonnement, mais \u00e9galement de faits pass\u00e9s dans lesquels il se retrouve impliqu\u00e9, comme sa chute pr\u00e8s de Harlem River, r\u00e9sultant en la fracture de son cr\u00e2ne (43). Un autre \u00e9v\u00e9nement, l\u2019effondrement d\u2019un mur sur plusieurs maisons, dont celle de McGlue et de sa famille, tuant son fr\u00e8re, est \u00e9galement racont\u00e9 par le biais d\u2019un fragment d\u2019article de journal. Ces deux fragments d\u2019articles sont retranscrits en italique, cr\u00e9ant un nouvel espace narratif, d\u00e9tach\u00e9 du reste du texte par un espace blanc. D\u2019autres fragments de journaux sont aussi lus par la voix hallucinatoire du d\u00e9funt Johnson (60). La mention fr\u00e9quente de faits divers ajoute une nouvelle strate \u00e0 la narration, nous obligeant \u00e0 naviguer entre plusieurs r\u00e9cits\u00a0: il s\u2019agit alors de faire une travers\u00e9e dans les tr\u00e9fonds d\u2019une conscience qui ne cesse de\u00a0divaguer.<\/p>\n<h2>Les m\u00e9andres de l\u2019incertitude\u00a0: les divagations de la narration<\/h2>\n<p>L\u2019incertitude est reine dans le r\u00e9cit, qui ne peut offrir qu\u2019une vision fragment\u00e9e d\u2019une existence qui n\u2019a pas pleinement conscience d\u2019elle-m\u00eame. Cette incertitude touche l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du protagoniste\u00a0: McGlue est appel\u00e9 par divers pr\u00e9noms et surnoms, tels Nick, Nicky, Nicky Bottom, Mick, renfor\u00e7ant le sentiment d\u2019incertitude au sujet de son identit\u00e9. Toutefois, le nom McGlue appara\u00eet comme une composante fixe du r\u00e9cit,\u00a0puisque ce nom n\u2019est jamais contest\u00e9 ou modifi\u00e9, telle une ancre au sein d\u2019une mer agit\u00e9e. D\u00e8s lors s\u2019ouvre une fiction en qu\u00eate d\u2019un anneau d\u2019amarrage.\u00a0<\/p>\n<h2>Trouver un point d\u2019ancrage\u00a0: entre corps et esprit<\/h2>\n<p>McGlue ne cesse d\u2019\u00e9voluer dans des espaces interstitiels, dont il d\u00e9sire inlassablement combler le vide. Le personnage est non seulement emprisonn\u00e9 dans une cellule, mais aussi dans son corps et son esprit. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence \u00e9parse de sa m\u00e8re, de son avocat, de quelques camarades maritimes, de gardiens et du souvenir de Johnson, il est prisonnier de sa propre voix. Cette exp\u00e9rience l\u2019oblige ainsi \u00e0 se concentrer sur le fonctionnement de ces deux \u00e9l\u00e9ments, corps et esprit, qui ne lui laissent aucun r\u00e9pit, ce qui se refl\u00e8te dans la fa\u00e7on qu\u2019a le narrateur de penser et de rendre compte des \u00e9v\u00e9nements\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>But it\u2019s just that I can\u2019t hear what\u2019s outside of me. Everything inside is perfectly clear\u00a0: all the cringey nerves and blood, swimming vessels puckered and empty and breath blowing for nothing and bones just creaking, mad, swaying like strained and knotted rope, lie my shoulders, my jaw, all held in place so tight they\u2019re about to snap.\u00a0(51)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si son ou\u00efe est d\u00e9fectueuse, d\u00e9t\u00e9riorant alors son contact avec le monde ext\u00e9rieur, McGlue a parfaitement conscience de ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui, \u00e0 travers ses nerfs, son sang et ses vaisseaux \u2014 \u00ab\u2009Everything inside is perfectly clear\u2009\u00bb. Toutefois, cette clart\u00e9 ne concerne qu\u2019un niveau biologique, microscopique. Le cerveau de McGlue, r\u00e9sidence de ses pens\u00e9es, vient constamment perturber cette clart\u00e9\u00a0passag\u00e8re. D\u00e8s les premi\u00e8res pages du r\u00e9cit, la blessure au cr\u00e2ne de McGlue est associ\u00e9e au verbe \u00ab\u2009crack\u2009\u00bb, \u00e9galement utilis\u00e9 comme nom, \u00ab\u2009a crack\u2009\u00bb\u00a0: le narrateur homodi\u00e9g\u00e9tique est li\u00e9 \u00e0 la fissure, \u00e0 la brisure. Les nerfs de McGlue s\u2019ouvrent alors aux effets de la narration, devenant des serpents dont les sifflements r\u00e9sonnent \u00e0 travers le r\u00e9cit\u00a0: \u00ab\u2009I\u2019ve not seen Johnson in too long.\u00a0He comes and goes in my mind\u2019s eye and still he hasn\u2019t come to my lock-up down here in the boat to cool my nerves, my hot snake brains they feel like, slithering and stewing around, steam seeping through the crack in my head\u2009\u00bb (45).\u00a0La comparaison est accompagn\u00e9e d\u2019un effet sonore renfor\u00e7ant l\u2019aspect ophique de la description\u00a0: l\u2019allit\u00e9ration [s] contraint langue et langage au sifflement. Ces serpents nerveux n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0\u00a0la volont\u00e9 de McGlue de les faire taire\u00a0: \u00ab\u2009Had I liquor to spill I\u2019d pour it directly into the crack, to cool the snakes. Get them to settle down, quit hissing\u2009\u00bb (45). Entre corps et psych\u00e9, McGlue acquiert une dimension spectrale, cherchant dans le moindre recoin la pr\u00e9sence d\u2019une ombre famili\u00e8re qui pourrait lui tenir compagnie dans son existence liminale. En ce sens, McGlue fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un intermonde (Bartoli et Gosselin\u00a02014, 113-114) dont le passage est ouvert gr\u00e2ce aux effets du\u00a0<em>delirium tremens<\/em>, de sa blessure et de son isolement sur son \u00ab\u2009corpsychique\u2009\u00bb. David g\u00e9 Bartoli et Sophie Gosselin d\u00e9finissent ainsi le corpsychique\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le corpsychique dit l\u2019espacement d\u2019une tension o\u00f9 psych\u00e9 et soma s\u2019indistinguent. Tendu entre le possible et le devenir, le corpsychique est ce qui ne s\u2019accomplit pas, puissance insaisissable qui ne peut organiser un pouvoir, qui \u00e9chappe\u00a0\u00e0 tout pouvoir, \u00e0 toute tentative de capture. Le corpsychique est toujours au seuil, sur le passage\u00a0: \u00e9tendue sensible, \u00e0 la fois touchant et touch\u00e9e. (112)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet intermonde, envisag\u00e9 par le biais du corpsychique, se manifeste dans les hallucinations que convoque l\u2019esprit de McGlue, transformant sa conscience en un espace vaporeux. La conscience de McGlue se transforme alors en \u00ab\u2009\u00e9trange cr\u00e9ature\u2009\u00bb\u00a0: \u00ab\u2009I call out for someone, anyone to appear.\u00a0I get a strange creature curled in the corner. It flaps a hand back at me like to swat away a fly. \/ Who is this? I wonder. \/ I am your conscience, I hear it say in my own voice\u2009\u00bb (Moshfegh\u00a02019, 112).\u00a0Si McGlue voit cette cr\u00e9ature dans le coin de la pi\u00e8ce, l\u2019absence de guillemets circonscrit la voix de cette cr\u00e9ature dans la propre conscience du personnage, faisant que leurs voix co\u00efncident.<\/p>\n<h2>Vagues\u00a0logorrh\u00e9iques et contamination\u00a0: les voix du r\u00e9cit<\/h2>\n<p>La confusion de diff\u00e9rentes voix contamine le r\u00e9cit, ce dernier devenant un espace instable, cacophonique. Certaines paroles sont sujettes au retard, \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019\u00eatre formul\u00e9es. Alors que son capitaine lui a demand\u00e9 ce \u00e0 quoi il pensait quelques paragraphes auparavant, question qui reste, sur le moment, sans r\u00e9ponse de la part de McGlue,\u00a0le protagoniste, dans un \u00e9pisode de logorrh\u00e9e, d\u00e9cide finalement de r\u00e9pondre, en pens\u00e9e, et \u00e9num\u00e8re une impressionnante s\u00e9rie de fruits, d\u2019objets, d\u2019animaux, de m\u00e9taux, de mat\u00e9riaux\u2026\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>What I have been thinking, captain, is what is exempt from import tax in one country is what I\u2019d like to stick through the crack in my skull to start to fill it\u00a0: hay, oranges, lemons, pineapples, cocoa nuts, grapes, green fruit, and vegetables of every variety, and linseed oil cake. [&#8230;] Printed books, music, and newspapers, maps, charts, globes, and uncut cardboard, millboard, and pasteboard. Ink, printing presses, printing type, and other printing materials. Passengers\u2019 baggage or cabin furniture arriving in the colony at any time within three months before or after the owner thereof. Tablets, memorial windows, harmoniums, organs, bells, and clocks specially imported for churches or chapels.\u00a0(22-23)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9num\u00e9ration se poursuit sur plusieurs paragraphes et se conclut, comme une \u00e9vidence, par la mention d\u2019alcool\u00a0: \u00ab\u2009Wines and spirits\u2009\u00bb (23). Ces \u00e9num\u00e9rations diverses permettent de cr\u00e9er un autre monde, marqu\u00e9 par l\u2019abondance, conf\u00e9rant une nouvelle consistance aux personnages. Par exemple, McGlue, dans le monde que lui ouvrent les rubriques du journal, d\u00e9c\u00e8le de nouveaux points d\u2019entr\u00e9e, bien \u00e9loign\u00e9s du monde de la prison\u00a0: \u00ab\u2009The world of DRY GOODS is luxury: doeskins, vestings, all wool tweeds.\u00a0Colored cambrics, printed cashmeres, and fancy Earlston ginghams. Velvets. All that soft wadding. I imagine it\u2019s Johnson\u2019s natural habitat, a cradle filled with fluffy silk pillows\u2009\u00bb (78).\u00a0Ces associations avec le textile influencent la description de la relation entre McGlue et Johnson, que le narrateur compare \u00e0 des tissus\u00a0: \u00ab\u2009me swaddled in love for him like a wolf in blankets like fine grey merinos, drunk as brothers.\u00a0Like pale brown satinets. Like royal blue flannel and orleans, alpaca blankets\u2009\u00bb (79).\u00a0Si le monde du textile est celui de Johnson, McGlue trouve son monde ailleurs\u00a0: \u00ab\u2009Otherwise I feel at home in MERCHANDIZE\u00a0: white beans,\u00a0fleece, and corn.\u00a0Simply put, without Johnson I\u2019m just a mess pork, sugar, tallow oil, cannel coal, and rye. And always Superior Irish Whiskey, ten casks, just received via Rio Grande, for sale by Russel &amp; Tilson.\u00a0A bed, a window, floor, walls, and little table\u2009\u00bb (79). Ces \u00e9tonnantes associations donnent \u00e0 voir des fragments d\u2019autres mondes, de nouvelles existences qui trouvent leur raison d\u2019\u00eatre dans la douceur et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du satin ou bien dans celles du whisky.<\/p>\n<p>Outre les articles de journaux, d\u2019autres \u00e9crits et paroles sont rapport\u00e9.es en italique, comme les paroles chant\u00e9es par McGlue dans la cale du navire, alors qu\u2019il entend ses camarades crier sur le pont. Les paroles de cette chanson populaire, \u00ab\u2009The Flash Lad\u2009\u00bb, racontant l\u2019histoire d\u2019un criminel pris sur le vif, condamn\u00e9, et soumis aux effets du regret et d\u2019une justice brutale, sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019instructions quant \u00e0 leur diction par le chanteur\u00a0et demandent notre attention\u00a0: \u00ab\u2009Listen. Tell me if my voice is clear\u2009\u00bb (56). Les imp\u00e9ratifs \u00ab\u2009Listen\u2009\u00bb\u00a0et\u00a0\u00ab\u2009Tell me\u2009\u00bb semblent \u00eatre adress\u00e9s aux lecteur.ices, une adresse surprenante et inattendue\u00a0: si McGlue passe son temps \u00e0 parler aux spectres et hallucinations qui hantent son esprit, son lectorat se retrouve \u00e9galement pris \u00e0 partie.\u00a0<\/p>\n<p>De plus, les paroles\u00a0\u00e9crites contrastent avec celles qui sont prononc\u00e9es entre les personnages. Les r\u00e9pliques de dialogues sont souvent br\u00e8ves, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s. L\u2019avocat de McGlue, Foster Cy (\u00ab\u2009Sigh\u2009\u00bb), une figure concr\u00e8te, \u00e0\u00a0la diff\u00e9rence des hallucinations du narrateur, est, lors de sa premi\u00e8re apparition, caract\u00e9ris\u00e9e par une aisance verbale, une effusion de paroles, divaguant entre la raison de sa pr\u00e9sence dans la cellule de McGlue, l\u2019absurdit\u00e9 de la ru\u00e9e vers l\u2019or et de la qu\u00eate du bonheur, et le constat des limitations de l\u2019esp\u00e8ce humaine. L\u2019avocat compte sur la blessure de McGlue pour influencer le jury \u2014 \u00ab\u2009pity\u2019s good\u2009\u00bb (74). Toutefois, plus l\u2019avocat se retrouve au contact de McGlue, moins il devient bavard et plus il devient croyant\u00a0: \u00ab\u2009His verbosity has been shortened the longer I\u2019ve shoved him off.\u00a0\u201cYou\u2019re a quiet little wolf,\u201d he\u2019s said. I detect I\u2019ve put some stink in his brains, if just by proximity from mine\u2009\u00bb (89).\u00a0Les usages de la voix mettent en lumi\u00e8re la contamination \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le r\u00e9cit\u00a0: il s\u2019agit alors de remonter \u00e0 la source de cette puanteur qui irradie\u00a0de la\u00a0novella.<\/p>\n<h2>Existence en crise\u00a0: une pr\u00e9sence diabolique<\/h2>\n<p>L\u2019incertitude du r\u00e9cit m\u00e8ne \u00e0\u00a0consid\u00e9rer une incertitude existentielle, une condition que Ralph Harper, dans son ouvrage\u00a0<em>The Seventh Solitude<\/em>, qualifie de \u00ab\u2009spiritual homelessness\u2009\u00bb (1965, v). Sans guide, il devient difficile de trouver une voie \u00e0 suivre dans ce labyrinthe. Cette inqui\u00e9tude, dans un monde o\u00f9 l\u2019individu se d\u00e9tourne d\u2019une id\u00e9e divine, engendre une perte de sens, une errance existentielle, menant \u00e0 la fragmentation de l\u2019individu\u00a0: \u00ab\u2009To feel oneself split, torn apart, scattered, is to reflect a lack of spiritual unity, direction, meaning\u2009\u00bb (122). Cette tension est pr\u00e9sente chez McGlue, comme le r\u00e9v\u00e8le sa conversation avec son avocat Foster\u00a0: \u00ab\u2009I have told him that I have been having visions, hearing voices.\u00a0He says he prays these are signs of my memories healing my brains back together. \u201cBut,\u201d he says. \u201cBe kind to those visitors. If you rile them, they may wreak havoc nobody knows\u201d\u2009\u00bb (Moshfegh\u00a02019, 133).\u00a0Ces \u00ab\u2009visiteurs\u2009\u00bb, comme les appelle Foster, sont des entit\u00e9s \u00e0 part enti\u00e8re qui cohabitent avec McGlue, rendant sa qu\u00eate de clart\u00e9 encore plus difficile. Foster fait \u00e9galement allusion au pass\u00e9 de la ville de Salem en ce qui concerne les proc\u00e8s et le sort r\u00e9serv\u00e9 aux victimes (81). Quelques pages plus tard, lors d\u2019une \u00e9ni\u00e8me r\u00e9miniscence, McGlue se souvient de la pr\u00e9sence d\u2019un personnage bien r\u00e9el, \u00ab\u2009[t]hat Hathorne from the customs house\u2009\u00bb (87). Ce nom fait r\u00e9f\u00e9rence au c\u00e9l\u00e8bre\u00a0\u00e9crivain Nathaniel Hawthorne, originaire de Salem, qui a travaill\u00e9 au bureau des douanes de la ville. Un de ses anc\u00eatres, John Hathorne, est connu pour avoir \u00e9t\u00e9 juge assesseur lors du proc\u00e8s des sorci\u00e8res de Salem. La ville et ses figures hantent alors la vie du protagoniste.\u00a0<\/p>\n<p>McGlue semble ne pas pouvoir \u00e9chapper\u00a0\u00e0 sa nature diabolique qui le caract\u00e9rise depuis son enfance\u00a0: \u00ab\u2009Maybe I am mad.\u00a0My mother says I am the son of the Devil.\u00a0How could she be wrong?\u2009\u00bb (107) Dans l\u2019un de ses souvenirs d\u2019escale, McGlue est aussi associ\u00e9 au diable par un enfant (128-129).\u00a0Toutefois, dans le r\u00e9cit, Dieu est une figure mena\u00e7ante, influen\u00e7ant les pens\u00e9es du personnage par son omnipr\u00e9sence\u00a0: \u00ab\u2009There was a time I knew there was a god hearing my thoughts and I was careful what I let get said and there was a time the shame of what I heard up there made me bang my head against the wall and then I grew tall enough to walk into Lady Lane\u2019s and stuff my ears with liquor\u2009\u00bb (60-61).\u00a0Ce passage fait \u00e9cho\u00a0\u00e0 un souvenir de McGlue, celui du jour o\u00f9 il devient assez grand, \u00ab\u2009tall enough\u2009\u00bb, pour entrer dans un bar sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9 (57), et r\u00e9sonne \u00e9galement dans un autre passage du r\u00e9cit, qui reprend notamment l\u2019expression \u00ab\u2009careful what I let get said\u2009\u00bb,\u00a0marqu\u00e9e par une tournure passive et une tentative fragile d\u2019avoir un certain contr\u00f4le, lorsque McGlue sent des yeux mena\u00e7ants, la nuit, l\u2019observer depuis les t\u00e9n\u00e8bres (96). Les consid\u00e9rations m\u00e9taphysiques de McGlue n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 un rythme r\u00e9p\u00e9titif, infernal. Le sang est \u00e9galement transform\u00e9, par comparaison, en alcool\u00a0: si le sang de Johnson semble avoir le go\u00fbt du rhum, celui de McGlue se transforme en vin amer \u2014 \u00ab\u2009soured wine\u2009\u00bb (66) \u2014, symbole christique qui a mal tourn\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>S\u2019ils n\u2019appartiennent pas tout \u00e0 fait au domaine du palindrome, un mot qui garde le m\u00eame sens lorsqu\u2019il est lu de gauche \u00e0 droite ou de droite \u00e0 gauche, mais \u00e0 celui du \u00ab\u2009emordnilap\u2009\u00bb, un mot qui ne conserve pas le m\u00eame sens lorsqu\u2019il est lu dans les deux sens, les termes \u00ab\u2009dog\u2009\u00bb\u00a0et\u00a0\u00ab\u2009god\u2009\u00bb ne cessent de s\u2019entrem\u00ealer tout au long r\u00e9cit, cr\u00e9ant des jeux de r\u00e9sonances d\u00e9sacralisantes, voire blasph\u00e9matoires. McGlue se souvient notamment avoir eu un petit chien, dont il \u00e9tait responsable, mais qu\u2019il a fini, sans remords, par abandonner (30-31). Ce geste pr\u00e9c\u00e8de la descente infernale du protagoniste, comme si l\u2019abandon de ce chien marquait un abandon plus grand, celui d\u2019un Dieu innocent, que McGlue d\u00e9cide d\u2019attacher \u00e0 un poteau sans se retourner, le condamnant \u00e0 une errance spirituelle. Cette sc\u00e8ne d\u2019abandon fait \u00e9cho au moment o\u00f9 McGlue, seul avec une femme dans une chambre, d\u00e9cide, d\u00e9sabus\u00e9, de l\u2019attacher \u00e0 la rampe du balcon, avant de retourner \u00e0 ses activit\u00e9s d\u2019ivresse \u2014 \u00ab\u2009drank more dog till the sun rose and then went back home and forgot about the girl\u2009\u00bb (58). Le terme \u00ab\u2009dog\u2009\u00bb qualifie ici l\u2019alcool, refuge salutaire du protagoniste, dont il peut avoir acc\u00e8s par un ph\u00e9nom\u00e8ne qui implique \u00e0 la fois l\u2019attachement (\u00e0 une rampe) et le d\u00e9tachement, le manque de consid\u00e9ration concernant les effets de ses actions.<\/p>\n<h2>La fiction comme point d\u2019amarrage\u00a0: faire sens de la temp\u00eate<\/h2>\n<p>Il s\u2019agit enfin de consid\u00e9rer l\u2019espace de la fiction comme un lieu de potentialit\u00e9s o\u00f9\u00a0la possibilit\u00e9 d\u2019explorer le moindre recoin, aussi sombre soit-il, de la psych\u00e9 permet d\u2019entrevoir les pouvoirs d\u2019une \u00e9criture fragmentaire qui fait de la recomposition un principe de cr\u00e9ation potentiellement salvateur\u00a0:\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[L]e fragment suppose une reconstruction d\u2019une totalit\u00e9 qui a exist\u00e9 ou un renvoi \u00e0 une totalit\u00e9 qui n\u2019existe pas et qui n\u2019existera peut-\u00eatre jamais. Il renvoie, mais allusivement \u2014 par trou\u00e9es \u2014, \u00e0 un pass\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 pl\u00e9nitude ou instaure un futur qui peut le devenir. Il est trace de ce qui a \u00e9t\u00e9 et projet vers un devenir. (Schnyder et Toudoire-Surlapierre\u00a02016, 25)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce qui int\u00e9resse Moshfegh dans ses r\u00e9cits est la fa\u00e7on dont ses personnages peuvent trouver une mani\u00e8re de reconstruire leur vie, mettant en exergue la richesse de leur vie int\u00e9rieure\u00a0: \u00ab\u2009I\u2019m interested in the way a character imagines his or her own reality, navigates it, gets it wrong, has a new idea, and rebuilds.\u00a0I find that to be a pretty important experience as a human being. [&#8230;] A lot of life doesn\u2019t go anywhere, and what\u2019s interesting is what happens on the inside in that time\u2009\u00bb (Allen 2017).\u00a0<\/p>\n<h2>Un effort de recomposition\u00a0: entre lecture et \u00e9criture<\/h2>\n<p>\u00c0 travers la prose de Moshfegh, tel un acte de n\u00e9cromancie, McGlue prend vie. L\u2019atmosph\u00e8re de la Nouvelle-Angleterre, dont est \u00e9galement originaire Moshfegh, est un terrain propice aux d\u00e9rives de l\u2019imagination. Dans un entretien, l\u2019autrice d\u00e9crit son processus d\u2019\u00e9criture comme \u00e9tant proche de la ventriloquie, qui d\u00e9bute par une voix qui \u00ab\u2009divague\u2009\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle:<\/p>\n<blockquote>\n<p>I\u2019d grown up in New England and could relate to McGlue\u2019s self-destructive rebellion in the face of all that Puritanical cold. Once I started working on the book, I could hear him rambling around in my brain, impatient and wild. I spent my writing-energy trying to squeeze that chaos down into prose. Most of the book came out of me that way \u2014 painfully, as if possessed.\u00a0(Stein\u00a02014)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit alors d\u2019ordonner le chaos et l\u2019incertitude qui entourent l\u2019individu afin de pouvoir d\u00e9voiler son histoire. Si\u00a0<em>McGlue<\/em>contient des fragments d\u2019articles de journaux, l\u2019origine de la novella se trouve \u00e9galement dans un fragment de presse\u00a0: le r\u00e9cit est inspir\u00e9 d\u2019un tr\u00e8s court article que Moshfegh a d\u00e9couvert dans un p\u00e9riodique de 1851 de Boston ou de Salem, alors qu\u2019elle faisait des recherches dans une biblioth\u00e8que\u00a0<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_5745\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">\u00a0La gen\u00e8se de\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0est racont\u00e9e dans un profil d\u2019auteur r\u00e9dig\u00e9 par Ariel Levy, rapportant les paroles d\u2019Ottessa Moshfegh\u00a0\u00e0 ce propos : \u00ab one day she came upon something in the library that shifted her course.\u00a0\u201cI read an article in a periodical from 1851, in Boston or Salem. It was just the name \u2018McGlue\u2019 as the title[.] [&#8230;] All it said was : \u2018Mr. McGlue has been acquitted of the murder of Mr. Johnson in Zanzibar due to having been blackout drunk at the time of the murder and having sustained grave injury to the head from jumping off a train several months earlier.\u2019 And that was it. That was the whole book. It was just handed to me\u201d \u00bb (Levy 2018).<\/span>\u00a0: \u00ab\u2009What followed was an almost mystical experience of channelling \u2014 easy intellectually but difficult emotionally, because Moshfegh was never entirely sure that the spirit of McGlue wanted his story told\u2009\u00bb\u00a0(Levy 2018). Le r\u00e9cit ne r\u00e9pond pas aux exigences de lin\u00e9arit\u00e9, ne suit pas les ficelles d\u2019une intrigue. Le travail de Moshfegh est semblable \u00e0 celui d\u2019un.e ventriloque, qui peu \u00e0 peu laisse place enti\u00e8re \u00e0 la voix fictionnelle. La voix devient le vecteur, non plus seulement de la narration, mais de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9criture ouvre la voie \u00e0 la mise en page d\u2019un r\u00e9cit de la divagation, ce travail est plus difficile pour McGlue. Lorsqu\u2019il doit \u00e9crire ses confessions, McGlue r\u00e9v\u00e8le sa difficult\u00e9 \u00e0 mettre ses pens\u00e9es sur papier\u00a0: \u00ab\u2009The blank paper he\u2019s given me curls and drifts in the draft across the table.\u00a0\u201cWhatever you remember\u201d is hard to find. I remember my happier times from when I was a kid, fine, but that\u2019s not what\u2019s being asked\u2009\u00bb (Moshfegh 2019, 90).\u00a0Cette page blanche contraste avec les journaux qui accompagnent McGlue dans l\u2019\u00e9criture de cette confession. Toutefois, au fil de ses r\u00e9miniscences douloureuses, McGlue finit par parvenir \u00e0 faire le portrait de ses souvenirs, notamment celui du personnage de Johnson, sa muse, transformant l\u2019acte d\u2019\u00e9criture en un tableau impressionniste\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Foster comes once every few days to collect my confessions. He does not seem displeased, though he says I paint too detailed a picture. \u201cWe won\u2019t throw them out,\u201d he says. He seems to be getting a gist of Johnson, and I worry I have painted him too flimsy, like a rich boy with no backbone. I should right that. Foster will want me to right that.\u00a0(133)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fait que Foster trouve la confession de McGlue trop d\u00e9taill\u00e9e \u2014 \u00ab\u2009too detailed\u2009\u00bb \u2014 se distingue de l\u2019impression de McGlue d\u2019avoir donn\u00e9 une pi\u00e8tre description, trop l\u00e9g\u00e8re, vaporeuse. Il s\u2019agit alors de trouver les bons tons, les couleurs appropri\u00e9es, afin de donner de la coh\u00e9rence et de la consistance au r\u00e9cit\u00a0du protagoniste afin de faire honneur \u00e0 son ami disparu.<\/p>\n<h2>La dissection du r\u00e9cit\u00a0: quand fiction se fait tr\u00e9panation<\/h2>\n<p>La novella s\u2019ouvre avec une \u00e9pigraphe d\u2019Emerson\u00a0: \u00ab\u2009The young men were born with knives in their brain\u2009\u00bb.\u00a0Ces couteaux sont associ\u00e9s \u00e0 une tendance \u00e0 l\u2019introversion, une forme d\u2019autodissection, une recherche d\u2019une anatomie des motivations humaines.\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0foisonne de couteaux \u2014 celui tenu par la m\u00e8re de McGlue lorsque ce dernier revient frapper \u00e0 la porte de la maison familiale (52)\u2009; une caricature repr\u00e9sentant McGlue en un homme fou tenant un couteau (76)\u2009; le couteau cach\u00e9 par Foster dans un journal qu\u2019il donne \u00e0 McGlue (77)\u2009; le couteau que Johnson passe sur sa langue, imit\u00e9 par la suite par McGlue et son propre couteau (117)\u2009; le couteau, arme du crime, qui conclut le r\u00e9cit (145) \u2014 et la narration s\u2019int\u00e9resse au cerveau, \u00e0 ses dommages et \u00e0 ses effets, explorant ainsi cette tendance \u00e0 l\u2019introversion. Si le personnage n\u2019est pas apte \u00e0 \u00e9chapper\u00a0\u00e0 la loupe des lecteur.ices et de l\u2019autrice, il peut toutefois r\u00e9sister \u00e0 la lame voulant examiner son int\u00e9riorit\u00e9, le protagoniste laissant ses souvenirs d\u00e9sordonn\u00e9s et incomplets prendre le dessus sur le r\u00e9cit. La volont\u00e9\u00a0de diss\u00e9quer l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du sujet r\u00e9v\u00e8le le d\u00e9sir de chercher un principe organisateur qui permettrait de comprendre ses intentions et ses \u00e9motions.<\/p>\n<p>McGlue essaie \u00e0 plusieurs reprises d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 son cerveau gr\u00e2ce au trou cr\u00e9\u00e9 par son accident, tel un acte de tr\u00e9panation qui aurait pour but de comprendre ce qui \u00e9chappe\u00a0\u00e0\u00a0la compr\u00e9hension\u00a0: \u00ab\u2009There\u2019s a spot in my brain caught in free fall, from when I fell from the train, but I cannot get to it.\u00a0I persist, though. I think if I get past a certain point in the skull I can push down on the place that was so good\u2009\u00bb (63).\u00a0L\u2019int\u00e9rieur du cerveau de McGlue devient un point d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il s\u2019agit d\u2019explorer, d\u2019analyser. Ce point d\u2019int\u00e9r\u00eat se transforme \u00e9galement en point de source du mal, les membres de la paroisse se transformant en sorci\u00e8res, repr\u00e9sent\u00e9es par le pronom \u00ab\u2009they\u2009\u00bb, \u00e0 l\u2019allure malfaisante, voulant extraire ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un poison afin de pouvoir acc\u00e9der au paradis\u00a0: \u00ab\u2009the churchmen and women will force my head back and try to get what\u2019s inside of it out.\u00a0They\u2019ll poke at the hole in my skull while my eyes roll back, a sickly drip of what they think is evil rolling down my neck and into a bucket on the floor beneath me\u2009\u00bb (94).\u00a0Toutefois, cet acte de tr\u00e9panation atteint son paroxysme gr\u00e2ce \u00e0 un \u00e9clat de miroir, \u00ab\u2009a sharp broken blade of glass\u2009\u00bb\u00a0(137), apport\u00e9 par le fant\u00f4me de Johnson\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u201cI need a knife,\u201d I say. I feel under the mattress for the one Foster gave me but it isn\u2019t there. Johnson hands me the shard of mirror. It is real in my hand as I stab and prod best I can, even as Johnson leans back against the cold prison walls, watching. The crack in my skull isn\u2019t wide enough to anchor in and pry it open, but I try. It hurts good. Blood drips from my nose onto the pale woolen blanket. I keep working, dedicated now to see what\u2019s inside. But my arm will not bend the way I need it to. Johnson is in the corner now, covering his eyes with his sleeve. I call to him to help me get inside myself. The guard groans and I hear the clink of his keys as he walks. Johnson hides somewhere. In the meantime, I\u2019ve made some progress.\u00a0My hands are hot and wet with blood. (138-139)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet acte douloureux pr\u00e9cipite McGlue hors de prison\u00a0: il se r\u00e9veille dans ce qui est sans doute un lit d\u2019h\u00f4pital, entre la vie et la mort, mais \u00e9veill\u00e9, les derniers paragraphes narrant ses derni\u00e8res illusions confuses\u00a0: la dissection n\u2019est pas encore arriv\u00e9e \u00e0 son terme.<\/p>\n<h2>\u00ab\u2009Ritual acts of destruction\u2009\u00bb\u00a0: naviguer en eaux troubles<\/h2>\n<p>Si la dissection du cerveau de McGlue avec un \u00e9clat de miroir mime une tr\u00e9panation, ce mouvement peut aussi \u00eatre semblable \u00e0 celui d\u2019une lobotomie. Cette proc\u00e9dure implique une forme de destruction, ici amplifi\u00e9e par le caract\u00e8re bris\u00e9 du miroir. Dans la novella, le miroir est, tr\u00e8s souvent, endommag\u00e9, cass\u00e9\u00a0: dans la cale du navire, McGlue dispose d\u2019un miroir fissur\u00e9, \u00ab\u2009a cracked mirror\u2009\u00bb (24), l\u2019adjectif faisant \u00e9cho\u00a0\u00e0 la propre blessure de McGlue. Cette violence renvoie \u00e0\u00a0la d\u00e9finition et l\u2019origine\u00a0\u00e9tymologique du fragment\u00a0: \u00ab\u2009<em>Le fragment suppose la violence\u00a0:\u00a0<\/em>frango, fragmen, fragmentum,\u00a0<em>briser, \u00e9trangler, lac\u00e9rer\u2026\u2009<\/em>\u00bb\u00a0(Garrigues\u00a01995, 9. L\u2019auteur souligne.) Le miroir dans la prison de McGlue n\u2019est plus fissur\u00e9,\u00a0mais\u00a0bien\u00a0bris\u00e9, \u00e9clat\u00e9. Ce symbole n\u2019est pas anodin. Dans un entretien, Moshfegh mentionne avoir \u00e9crit\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0en ayant un miroir derri\u00e8re son \u00e9cran d\u2019ordinateur afin de pouvoir incarner son personnage et rendre sa voix, son attitude, de fa\u00e7on la plus fid\u00e8le possible\u00a0<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_5745\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_5745-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> \u00ab She described how, while writing\u00a0<em>McGlue<\/em>, she kept a mirror behind her computer screen.\u00a0\u201cIf I needed to test out what a line would feel like when McGlue delivered it, I could try it in different ways,\u201d she said. How does he walk? How does he squint? Spit? Moshfegh invents people by studying herself \u00bb (Billington 2022).<\/span>\u00a0(Billington 2022).<\/p>\n<p>\u00a0Fragmenter un r\u00e9cit implique alors une forme de destruction qui engage un acte de reconstruction, de cr\u00e9ation\u00a0: \u00ab\u2009Moshfegh\u2019s novels are, in this sense, ritual acts of destruction.\u00a0Their protagonists are driven to break all inherited social bonds and obligations in the name of their own creative liberation\u2009\u00bb (Levy 2019).\u00a0Moshfegh a \u00e9galement \u00e9t\u00e9\u00a0qualifi\u00e9e de \u00ab\u2009surreal minimalist\u2009\u00bb (Livingstone 2017), incarnant la tension entre concision et \u00e9clatement, le surr\u00e9alisme participant \u00e0 \u00ab\u2009une tradition de la d\u00e9sint\u00e9gration\u2009\u00bb (Garrigues 1995, 16-17). La brisure du r\u00e9cit permet de cr\u00e9er une ouverture, symbolis\u00e9e par la blessure, \u00ab\u2009the open back door of my broken head\u2009\u00bb (Moshfegh\u00a02019, 136), qui permet de faire fondre une colle ali\u00e9nante.\u00a0Comme l\u2019exprime le protagoniste\u00a0: \u00ab\u2009Salem turns my sorrow into a thick glue\u2009\u00bb (136).\u00a0Il s\u2019agit alors de laisser le r\u00e9cit se d\u00e9composer, se d\u00e9couper en bribes et fragments, faire place aux moments d\u2019ind\u00e9termination. Ce sentiment d\u2019ind\u00e9termination est palpable d\u00e8s la premi\u00e8re rencontre avec Johnson, dont se souvient en d\u00e9tail McGlue.\u00a0La premi\u00e8re rencontre entre Johnson et McGlue est caract\u00e9ris\u00e9e par une atmosph\u00e8re vaporeuse, myst\u00e9rieuse, sibylline\u00a0: \u00ab\u2009His horse reared up and he pulled and steered her back, both his breath and horse snort steaming out like ghostly spirits leaving their bodies, like some child\u2019s scary poem. I tried to laugh but my face had frozen. I remember that\u2009\u00bb (14). Toutefois, lors de cette rencontre, McGlue se souvient d\u2019une existence qu\u2019il jugeait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9e \u2014 \u00ab\u2009I was twenty-two, twenty-three, I think, knew I was bound to check out during the pitifuller parts of life.\u00a0I was doomed\u2009\u00bb (14). Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9finir la culpabilit\u00e9 de McGlue puisqu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9\u00a0: le r\u00e9cit r\u00e9side dans les zones d\u2019ombre de cette condamnation. Ces moments d\u2019ind\u00e9termination culminent dans les derni\u00e8res pages de la novella\u00a0: \u00ab\u2009I am awake now, or I am not awake at all\u2009\u00bb (137)\u2009; \u00ab\u2009\u201cYou died, McGlue,\u201d Foster is saying [&#8230;].\u00a0Or \u201cYou have not died,\u201d he is saying\u2009\u00bb (139)\u2009;\u00ab\u2009Johnson meets me in the street outside. It is Zanzibar. It is New York City\u2009\u00bb (143)\u2009;\u00a0\u00ab\u2009\u201cYou or me?\u201d I ask. \u201cOne of us has to go,\u201d one of us says\u2009\u00bb (144).\u00a0Les voix s\u2019accumulent et se confondent, deviennent semblables aux bruits d\u2019un navire (141), et s\u2019arr\u00eatent lorsque McGlue se souvient de la sc\u00e8ne du meurtre. Ce meurtre a d\u2019ailleurs lieu \u00e0\u00a0<em>Stone Town<\/em>\u00a0(142), quartier historique de Zanzibar\u00a0: la pierre, symbole de solidit\u00e9, s\u2019est bris\u00e9e, donnant lieu \u00e0 l\u2019investigation de nombreux lieux, ceux mentionn\u00e9s \u00e0 chaque d\u00e9but de chapitre, guidant le personnage vers un aveu indirect et final.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Ainsi se conclut cette analyse du r\u00e9cit fragment\u00e9 de\u00a0<em>McGlue.\u00a0<\/em>Le dernier chapitre de la novella d\u00e9bute par \u00ab\u2009I\u2019ve made the papers\u2009\u00bb\u00a0(132). Si l\u2019expression fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pr\u00e9sence de McGlue sur la premi\u00e8re page du journal local, il \u00e9voque \u00e9galement le d\u00e9nouement du r\u00e9cit\u00a0: le sort de McGlue est laiss\u00e9 en suspens, mais ses confessions sont \u00e9crites. Les diff\u00e9rents fragments qui composent \u2014 ou plut\u00f4t, d\u00e9composent \u2014 le r\u00e9cit cr\u00e9ent un ensemble polyphonique, parfois cacophonique, obligeant les sens \u00e0 s\u2019\u00e9veiller, engageant les lecteur.ices dans un v\u00e9ritable effort, entre r\u00e9flexion et r\u00e9fection. Moshfegh peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u2009[a] creator of warped realities\u2009\u00bb (Lennon 2021)\u2009; l\u2019\u00e9criture des fragments est un moyen d\u2019explorer une esth\u00e9tique moshfeghienne s\u2019int\u00e9ressant aux moments de perturbation, d\u2019interruption et de confusion, tout en suscitant un engagement de la personne lisant un r\u00e9cit de fiction.\u00a0Moshfegh d\u00e9clare alors\u00a0: \u00ab\u2009What might look at first like the writer\u2019s error can carry a great deal of meaning, like when you think you see the voice speak out of character. A stutter, a moment of skewed perspective, something that rings wrong, makes the reader pause, wonder, feel, engage\u2009\u00bb (Stein 2014).\u00a0Entre spiritueux et spiritualit\u00e9, l\u2019\u0153uvre d\u2019Ottessa Moshfegh se fait le vecteur repr\u00e9sentatif d\u2019une existence en crise dans un monde qui semble de plus en plus aller \u00e0\u00a0la d\u00e9rive, mais toujours avec la perspective de rejoindre la c\u00f4te.<\/p>\n<hr \/>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Allen, Clark. 2017. \u00ab\u2009Are We Just Fucked?: An Interview with Ottessa Moshfegh\u2009\u00bb.\u00a0<em>Los Angeles Review of Books<\/em>, 21 janvier.\u00a0\u00a0www.lareviewofbooks.org\/article\/just-fucked-interview-ottessa-moshfegh\/# (Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<p>Bartoli, David g\u00e9, et Sophie Gosselin. 2014. \u00ab\u2009La blessure de l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u2009\u00bb.\u00a0<em>Multitudes<\/em>\u00a055, no.\u00a01\u00a0: 110-116.\u00a0<\/p>\n<p>Billington, Francesca. 2022.\u00a0\u00ab\u2009Medieval Times\u00a0: On Ottessa Moshfegh\u2019s \u201cLapvona\u201d\u2009\u00bb.\u00a0<em>Los Angeles Review of Books<\/em>, 21 juin.\u00a0\u00a0https:\/\/lareviewofbooks.org\/article\/medieval-times-on-ottessa-moshfeghs-lapvona\/ (Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<p>Ferguson, Robert A.\u00a02013.\u00a0<em>Alone in America : The Stories That Matter.<\/em>\u00a0Cambridge, MA\u00a0: Harvard UP.<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 2004 [1967].\u00a0\u00ab\u2009Des espaces autres\u2009\u00bb.\u00a0<em>Empan<\/em>\u00a054, no.\u00a02\u00a0: 12-19.\u00a0https:\/\/www.cairn.info\/revue-empan-2004-2-page-12.htm\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 juillet 2023).<\/p>\n<p>Garrigues, Pierre. 1995.\u00a0<em>Po\u00e9tiques du fragment<\/em>. Paris\u00a0: Klincksieck.\u00a0<\/p>\n<p>Harper, Ralph. 1965.\u00a0<em>The Seventh Solitude : Man\u2019s Isolation in Kierkegaard, Dostoevsky, and Nietzsche<\/em>. Baltimore\u00a0: Johns Hopkins Press.<\/p>\n<p>Lennon, John Robert. 2021. \u00ab\u2009Surely, Shirley\u2009\u00bb.\u00a0<em>London Review of Books\u00a0<\/em>43, no.\u00a02, 21 janvier. https:\/\/www.lrb.co.uk\/the-paper\/v43\/n02\/j.-robert-lennon\/surely-shirley\u00a0(Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<p>Levy, Ariel. 2018. \u00ab\u2009Ottessa Moshfegh\u2019s Otherworldly Fiction\u2009\u00bb.\u00a0<em>The New Yorker,\u00a0<\/em>2 juillet. https:\/\/www.newyorker.com\/magazine\/2018\/07\/09\/ottessa-moshfeghs-otherworldly-fiction\u00a0(Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<p>Ley, James. 2019. \u00ab\u2009Everything Is A Sham | James Ley on Ottessa Moshfegh\u2009\u00bb.\u00a0<em>Sydney Review of Books<\/em>, 5 mars.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0https:\/\/sydneyreviewofbooks.com\/review\/moshfegh-eileen-year-rest-relaxation-mcglue\/ (Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<p>Moshfegh, Ottessa.\u00a02019 [2014].\u00a0<em>McGlue<\/em>. New York\u00a0: Penguin Books.<\/p>\n<p>Schnyder, Peter, et Fr\u00e9d\u00e9rique Toudoire-Surlapierre. 2016.\u00a0<em>De l<\/em><em>\u2019\u00e9criture et des fragments \u2014 Fragmentation et sciences humaines<\/em>. Paris\u00a0: Classiques Garnier.<\/p>\n<p>Serpell, Carla Namwali. 2014.\u00a0<em>Seven Modes of Uncertainty.<\/em>\u00a0Cambridge, MA\u00a0: Harvard UP.<\/p>\n<p>Stein, Lorin. 2014.\u00a0\u00ab\u2009Ottessa Moshfegh\u2009\u00bb.\u00a0<em>BOMB Magazine,\u00a0<\/em>28 octobre.\u00a0www.bombmagazine.org\/articles\/ottessa-moshfegh\/ (Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<p>Vickers, Zachary Tyler. 2014. \u00ab Why Such Tidings \u00bb.\u00a0<em>Los Angeles Review of Books<\/em>, 4 novembre. https:\/\/lareviewofbooks.org\/article\/tidings\/\u00a0(Page consult\u00e9e le 21 juillet 2023)<\/p>\n<h5>Pour citer cet article:<\/h5>\n<p>Queill\u00e9, Alwena. 2023. \u00abHow did you become this way?\u00bb : \u00e9criture fragmentaire de la d\u00e9-rive, l\u2019exemple de McGlue d\u2019Ottessa Moshfegh, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Bribes: la litt\u00e9rature en fragments \u00bb, no 38, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/queille-38&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/queille_38.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 queille_38.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-8242663a-f3ca-4fc5-92ef-f6388d33696f\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/queille_38.pdf\">queille_38<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/queille_38.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-8242663a-f3ca-4fc5-92ef-f6388d33696f\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>\u00a0L\u2019histoire du marin se d\u00e9roule au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, p\u00e9riode durant laquelle la consommation d\u2019alcool \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandue aux \u00c9tats-Unis : Robert A. Ferguson, se basant sur les travaux de W. J. Rorabaugh dans\u00a0<em>The Alcoholic Republic<\/em>\u00a0(1979), mentionne que la consommation d\u2019alcool \u00e9tait \u00e0 son plus haut de 1800 \u00e0 1830 aux \u00c9tats-Unis (Ferguson 2013, 21).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> Michel Foucault d\u00e9finit l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie en ces termes : \u00ab Il y a \u00e9galement, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux r\u00e9els, des lieux effectifs, des lieux qui sont dessin\u00e9s dans l\u2019institution m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d\u2019utopies effectivement r\u00e9alis\u00e9es dans lesquelles tous les autres emplacement r\u00e9els que l\u2019on peut trouver \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la culture sont \u00e0 la fois repr\u00e9sent\u00e9s, contest\u00e9s et invers\u00e9s, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu\u2019ils sont absolument autres que tous les emplacements qu\u2019ils refl\u00e8tent et dont ils parlent, je les appellerai par opposition aux utopies, les h\u00e9t\u00e9rotopies\u00a0\u00bb (Foucault 2004, 15).<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>\u00a0La gen\u00e8se de\u00a0<em>McGlue<\/em>\u00a0est racont\u00e9e dans un profil d\u2019auteur r\u00e9dig\u00e9 par Ariel Levy, rapportant les paroles d\u2019Ottessa Moshfegh\u00a0\u00e0 ce propos : \u00ab one day she came upon something in the library that shifted her course.\u00a0\u201cI read an article in a periodical from 1851, in Boston or Salem. It was just the name \u2018McGlue\u2019 as the title[.] [&#8230;] All it said was : \u2018Mr. McGlue has been acquitted of the murder of Mr. Johnson in Zanzibar due to having been blackout drunk at the time of the murder and having sustained grave injury to the head from jumping off a train several months earlier.\u2019 And that was it. That was the whole book. It was just handed to me\u201d \u00bb (Levy 2018).<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> \u00ab She described how, while writing\u00a0<em>McGlue<\/em>, she kept a mirror behind her computer screen.\u00a0\u201cIf I needed to test out what a line would feel like when McGlue delivered it, I could try it in different ways,\u201d she said. How does he walk? How does he squint? Spit? Moshfegh invents people by studying herself \u00bb (Billington 2022).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Bribes: la litt\u00e9rature en fragments \u00bb, no 38 \u00ab\u2009I wake up\u2009\u00bb. Ainsi d\u00e9bute,\u00a0in medias res, l\u2019histoire de\u00a0McGlue, une novella, publi\u00e9e en 2014, de l\u2019autrice am\u00e9ricaine Ottessa Moshfegh. S\u2019ensuivent des cris \u2014 \u00ab\u2009McGlue!\u2009\u00bb \u2014 tirant brutalement le personnage de sa torpeur. Le r\u00e9cit se d\u00e9roule au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01850\u00a0: McGlue se r\u00e9veille dans la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1353,1356],"tags":[316],"class_list":["post-5745","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-bribes-la-litterature-en-fragments","category-fragments-didentite","tag-queille-alwena"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5745","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5745"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5745\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8287,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5745\/revisions\/8287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5745"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5745"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5745"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}