{"id":5746,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/ce-nest-pas-moi-qui-ai-pense-ca-delire-infantile-et-poetique-de-la-separation-dans-enfance-de-nathalie-sarraute\/"},"modified":"2024-08-15T17:01:24","modified_gmt":"2024-08-15T17:01:24","slug":"ce-nest-pas-moi-qui-ai-pense-ca-delire-infantile-et-poetique-de-la-separation-dans-enfance-de-nathalie-sarraute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5746","title":{"rendered":"\u00ab\u2009Ce n\u2019est pas moi qui ai pens\u00e9 \u00e7a\u2009\u00bb : d\u00e9lire infantile et po\u00e9tique de la s\u00e9paration dans Enfance de Nathalie Sarraute"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\">Dossier\u00a0\u00ab Bribes: la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no 38<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>[T]out \u00e0 coup en moi un diablotin, un petit esprit malicieux, comme les \u00ab\u2009domovo\u00ef\u2009\u00bb qui jouent toutes sortes de farces dans les maisons, m\u2019envoie cette gicl\u00e9e, cette id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u2009Maman a la peau d\u2019un singe.\u2009\u00bb Je veux essuyer \u00e7a, l\u2019effacer\u2026 ce n\u2019est pas vrai, je ne le crois pas\u2026 ce n\u2019est pas moi qui ai pens\u00e9 \u00e7a.\u00a0<a id=\"footnoteref1_4wlspuh\" class=\"see-footnote\" title=\" Nathalie Sarraute,\u00a0Enfance, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 1983, p.99. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par le sigle \u00ab\u00a0E\u00a0\u00bb, suivi du folio. \" href=\"#footnote1_4wlspuh\">[1]<\/a><\/p>\n<p><em>Enfance<\/em>, Nathalie Sarraute<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi se d\u00e9fend la petite Natacha de\u00a0<em>Enfance<\/em>, \u00ab\u2009livr\u00e9e sans d\u00e9fense aux \u201cid\u00e9es\u201d\u2009\u00bb (<em>E<\/em>, 100) qui assaillent de toutes parts l\u2019image d\u2019une m\u00e8re jusqu\u2019alors sans faille\u00a0: \u00ab\u2009Ce n\u2019est pas moi qui ai pens\u00e9 \u00e7a\u2009\u00bb. Terrifi\u00e9e, l\u2019enfant \u00e9prouve ses propres pens\u00e9es comme des \u00ab\u2009gicl\u00e9es\u2009\u00bb venues du dehors, des id\u00e9es qui l\u2019envahissent malgr\u00e9 elle, auxquelles elle ne peut se soustraire et qui menacent de la plonger dans une \u00ab\u2009v\u00e9ritable folie\u2009\u00bb (<em>E<\/em>, 101). Seulement, l\u2019enfant a raison de dire \u00ab\u2009ce n\u2019est pas\u00a0<em>moi<\/em>\u2009\u00bb, car aussit\u00f4t que surgissent les id\u00e9es hostiles, c\u2019est l\u2019image m\u00eame du \u00ab\u2009moi\u2009\u00bb qui se fissure \u2014 image primordiale que j\u2019entends mobiliser dans cet article depuis l\u2019acception qu\u2019en donne Jacques Lacan, et qui suppose que le \u00ab\u2009moi\u2009\u00bb est l\u2019image par laquelle le sujet \u00ab\u2009se repr\u00e9sente son identit\u00e9\u2009\u00bb (Lacan,\u00a02001,\u00a042). Or, s\u2019il est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019\u00eatre qui \u00e9choue \u00e0 se reconna\u00eetre dans sa propre image bascule dans la folie \u2014 ce serait le cas, par exemple, d\u2019une personne en \u00e9tat de psychose qui ne se reconna\u00eet pas dans le miroir \u2014, le roman de Sarraute a ceci de commun avec la psychanalyse qu\u2019il fait de l\u2019identification premi\u00e8re entre le corps v\u00e9cu et la r\u00e9alit\u00e9 per\u00e7ue \u00ab\u2009la formule la plus g\u00e9n\u00e9rale de la folie\u2009\u00bb (Lacan, 1966, 99). Folie donc, que celle de se reconna\u00eetre dans l\u2019image du moi, mais folie \u00ab\u2009g\u00e9n\u00e9rale\u2009\u00bb, en ce qu\u2019elle permet \u00e0 l\u2019\u00eatre de se constituer comme sujet, de s\u2019\u00e9prouver distinct des autres et du monde.\u00a0<\/p>\n<p>Entre \u00ab\u2009folie\u2009\u00bb et \u00ab\u2009folie g\u00e9n\u00e9rale\u2009\u00bb,\u00a0<em>Enfance<\/em>\u00a0raconte le tourment de la jeune Natacha, envahie d\u2019id\u00e9es qui entra\u00eenent la chute de l\u2019image du moi et, avec elle, l\u2019image maternelle \u00e9rig\u00e9e par la petite fille d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 d\u00e9vote envers la m\u00e8re, une enfant qui, en recevant un ordre de sa m\u00e8re, affirme\u00a0: \u00ab\u2009elle me l\u2019a donn\u00e9 \u00e0 garder [cet ordre], je dois le conserver\u00a0<em>pieusement<\/em>, le pr\u00e9server de toute atteinte\u2026\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a017, je souligne). Se retrouve l\u00e0 toute l\u2019angoisse d\u2019un\u00a0<em>moi, enfant aimante, je suis envahie d\u2019id\u00e9es qui te destituent toi, objet de ma pi\u00e9t\u00e9<\/em>. L\u2019image maternelle chancelle, se l\u00e9zarde, lan\u00e7ant la porteuse de cette image dans l\u2019\u00e9preuve du doute\u00a0: \u00e9preuve du leurre de l\u2019image \u2014 du moi et de l\u2019autre \u2014 et du langage qui la fait tenir, \u00e9preuve de leur inad\u00e9quation constitutive avec le r\u00e9el.\u00a0<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1983, soit bien apr\u00e8s\u00a0<em>Tropismes<\/em>\u00a0(1939) et\u00a0<em>L\u2019\u00e8re du soup\u00e7on\u00a0<\/em>(1956),\u00a0<em>Enfance<\/em>\u00a0est le r\u00e9cit de la reconstruction de cette \u00e9preuve du leurre\u00a0\u2014 sur laquelle\u00a0je\u00a0reviendrai \u2014 \u00e0 m\u00eame le langage. Une \u00e9preuve que le titre de l\u2019\u0153uvre annonce, puisqu\u2019\u00ab\u2009enfance\u2009\u00bb, du latin\u00a0<em>infans<\/em>, renvoie au temps, \u00e0 \u00ab\u2009l\u2019\u00e9tape\u2009\u00bb, \u00e9crivait Jacques Lacan, \u00ab\u2009d\u2019avant la parole\u2009\u00bb (1966, 114)\u00a0:\u00a0<em>in<\/em>, pr\u00e9fixe privatif (\u00ab\u2009sans\u2009\u00bb) et\u00a0<em>fans<\/em>, du verbe\u00a0<em>fari<\/em>, \u00ab\u2009parler <a id=\"footnoteref2_def9pmp\" class=\"see-footnote\" title=\" Cf. Keiling Wei,\u00a0\u00ab\u00a0Pluralit\u00e9 des voix et repentirs autobiographiques\u00a0: une lecture d\u2019Enfance\u00a0de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb,\u00a0\u00c9tudes fran\u00e7aises, vol. 40, no. 2, 2004, pp.\u00a0101\u2013114. Je remercie l\u2019auteur de cet article, par qui j\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019\u00e9tymologie de \u00ab\u00a0enfance\u00a0\u00bb ainsi que l\u2019analyse lacanienne de celle-ci. \" href=\"#footnote2_def9pmp\">[2]<\/a>\u2009\u00bb. C\u2019est donc l\u2019enfance comprise en tant qu\u2019\u00e9tape, passage\u00a0<em>vers<\/em>\u00a0la parole que Sarraute reconstruit dans un r\u00e9cit d\u2019entr\u00e9e de jeu cliv\u00e9 par une narration \u00ab\u2009autodialogale\u2009\u00bb. En d\u2019autres termes, la voix narrative se scinde elle-m\u00eame entre le \u00ab\u2009Je\u2009\u00bb et le \u00ab\u2009Tu\u2009\u00bb, entre deux voix internes donc, qui, par le dialogue, n\u00e9gocient la r\u00e9collection des sensations, des affects, des fragments de l\u2019enfance. Cette part dialogique du langage, mise en sc\u00e8ne \u00e0 m\u00eame le dispositif textuel de\u00a0<em>Enfance<\/em>, fait d\u2019embl\u00e9e intervenir l\u2019<em>autre<\/em>\u00a0dans le champ de la parole. La premi\u00e8re phrase du texte\u00a0\u2014 \u00ab\u2009Alors tu vas vraiment faire \u00e7a?\u2009\u00bb \u2014 fait du \u00ab\u2009Tu\u2009\u00bb la d\u00e9signation inaugurale du \u00ab\u2009Je\u2009\u00bb \u00e9nonciateur. C\u2019est qu\u2019avant d\u2019entrer dans la parole, dans ce temps mythique d\u2019avant la subjectivation, nous sommes d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sign\u00e9\u00b7e\u00b7s, interpell\u00e9\u00b7e\u00b7s\u2009; objet de la parole de l\u2019autre avant d\u2019\u00eatre parlant. En cela, si Lacan \u00e9crit que \u00ab\u2009l\u2019ali\u00e9nation [e]st le fait du sujet\u2009\u00bb (1966, 840), c\u2019est bien parce que l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019Autre, \u00e0 cette parole qui arrive du dehors et que l\u2019<em>infans<\/em>\u00a0re\u00e7oit comme du pur vocable, est la structure fondamentale de toute subjectivation\u2009; une structure que l\u2019\u00e9criture sarrautienne travaille \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler comme ce leurre primordial, source d\u2019angoisse et de jouissance.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Par le r\u00e9cit d\u2019une folie infantile, celle des mots qui saisissent le corps de la petite fille \u2014 \u00ab\u2009les paroles m\u2019entourent, m\u2019enserrent, me ligotent\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a012) \u2014, l\u2019\u00e9criture sarrautienne met en sc\u00e8ne la violence de l\u2019\u00e9clatement de l\u2019image. De l\u00e0, l\u2019\u00e9criture imprime dans son corps textuel, jusqu\u2019\u00e0 sa typographie m\u00eame, les marques d\u2019une coupure, comme si une po\u00e9tique de la s\u00e9paration \u2014 entre l\u2019enfant et la langue de l\u2019autre \u2014 devenait le rempart contre la folie qui pointe dans le r\u00e9cit de l\u2019enfance. Il s\u2019agira ici d\u2019analyser en quoi le d\u00e9lire infantile montre \u00e0 la fois la charge totalisante du langage, avec ses mots durs, lisses et rigides, autant qu\u2019il inaugure la tentative po\u00e9tique de crever la surface des mots pour en laisser couler le sens irrepr\u00e9sentable par le langage\u00a0: ces \u00ab\u2009mouvements ind\u00e9finissables [qui forment]\u00a0la source secr\u00e8te de notre existence\u2009\u00bb (Sarraute\u00a02012 [1957], 8) et que Sarraute aura tr\u00e8s t\u00f4t nomm\u00e9s dans son \u0153uvre les \u00ab\u2009tropismes\u2009\u00bb. \u00a0<\/p>\n<h2>\u00ab\u2009Un pauvre enfant fou\u2009\u00bb\u00a0: folie infantile et ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019autre<\/h2>\n<blockquote>\n<p>Comment est-il possible que j\u2019aie pu \u00e9prouver cela il y a si peu de temps, il y a \u00e0 peine un an quand elles arrivaient, s\u2019introduisaient en moi, m\u2019occupaient enti\u00e8rement\u2026 \u00ab\u2009mes id\u00e9es\u2009\u00bb que j\u2019\u00e9tais seule \u00e0 avoir, qui faisaient tout chavirer, je sentais parfois que j\u2019allais sombrer\u2026 un pauvre enfant fou, un b\u00e9b\u00e9 d\u00e9ment, appelant \u00e0 l\u2019aide\u2026 (<em>E<\/em>,\u00a0135)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les id\u00e9es de la petite Natacha font effectivement tout \u00ab\u2009chavirer\u2009\u00bb. Sous l\u2019\u00e9gide du d\u00e9lire, l\u2019enfant \u00ab\u2009sombre\u2009\u00bb, \u00ab\u2009occup[\u00e9e] enti\u00e8rement\u2009\u00bb par des id\u00e9es qui, parce qu\u2019elles sont \u00e0 la fois reconnues comme siennes (\u00ab\u2009mes id\u00e9es\u2009\u00bb) et comme \u00e9trang\u00e8res (elles s\u2019\u00ab\u2009introduis[ent]\u2009\u00bb), instillent un doute dans la sensation de s\u00e9paration entre le moi et le dehors. Mais les id\u00e9es agissent aussi en creux, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles fissurent la certitude de l\u2019enfant de correspondre au moi, comme image d\u2019une enfant absolument admirative envers son parent, enti\u00e8rement loyale \u00e0 sa figure. Le dilemme est p\u00e9rilleux\u00a0:\u00a0<em>ou bien les id\u00e9es ne \u00ab\u2009collent\u2009\u00bb pas, ne sont pas \u00ab\u2009moi\u2009\u00bb, et \u00ab\u2009mon\u2009\u00bb image est sauve, ou bien les id\u00e9es collent et l\u2019image de \u00ab\u2009maman\u2009\u00bb s\u2019en trouve irr\u00e9m\u00e9diablement profan\u00e9e<\/em>. L\u2019image maternelle, corollaire de l\u2019image du moi de l\u2019enfant, en est pareillement \u00ab\u2009chavir\u00e9e\u2009\u00bb. Voil\u00e0 pourquoi, si les id\u00e9es visent la destitution de la figure maternelle \u2014 \u00ab\u2009\u201cMaman est avare.\u201d\u00a0\u201cMaman n\u2019est pas reconnaissante.\u201d\u00a0\u00a0\u201cMaman est mesquine\u2026\u201d\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a0102) \u2014, elles suscitent d\u2019abord chez la petite fille un \u00ab\u2009[appel] \u00e0 l\u2019aide\u2009\u00bb (qui sera ignor\u00e9). En un refus de s\u00e9paration, la petite fille \u00e9labore le sc\u00e9nario id\u00e9al de sa confession\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[J]e ne peux pas \u00e0 ce point m\u2019\u00e9carter d\u2019elle\u00a0[\u2026]\u00a0[,] c\u2019est \u00e0 nous deux que \u00e7a appartient\u00a0[\u2026]\u00a0\u00a0[,] je dois absolument m\u2019ouvrir \u00e0 elle, je vais le lui montrer\u2026 comme je lui montre une \u00e9corchure, une \u00e9charde, une bosse\u2026 Regarde, maman, ce que j\u2019ai l\u00e0, ce que je me suis fait\u2026 \u00ab\u2009Je trouve qu\u2019elle est plus belle que toi\u2009\u00bb\u2026 et elle va se pencher, souffler dessus, tapoter, ce n\u2019est rien du tout, voyons, comme elle extrait d\u00e9licatement une \u00e9pine [\u2026]. (<em>E<\/em>,\u00a094-95)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0\u00ab\u2009Je vais le lui montrer\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Elle va se pencher\u2009\u00bb\u00a0: conjugu\u00e9es au futur simple, ces assertions inscrivent les attentes de la petite dans le registre du fantasme, celui d\u2019une fusion (\u00ab\u2009c\u2019est \u00e0 nous deux que \u00e7a appartient\u2009\u00bb) entre une m\u00e8re et son enfant, toutes deux indubitablement exemplaires. Fantasme, oui, que l\u2019usage du discours direct libre signale \u00e0 son tour en abolissant la distinction des voix. Si m\u00e8re et enfant semblent parler ensemble, sur un m\u00eame plan d\u2019\u00e9nonciation, c\u2019est bien parce que la voix du moi de l\u2019enfant fantasme la voix, non de la m\u00e8re r\u00e9elle, mais bien de celle de l\u2019image maternelle. Mais davantage qu\u2019un simple r\u00e9cit fantasmatique, la typographie de l\u2019extrait ci-dessus rend compte d\u2019une po\u00e9tique de la s\u00e9paration\u2009; elle met en sc\u00e8ne le surgissement des id\u00e9es et la s\u00e9paration des voix qu\u2019elle induit. La phrase intruse, soit \u00ab\u2009Je trouve qu\u2019elle est plus belle que toi\u2009\u00bb, surgit dans l\u2019aposiop\u00e8se sarrautienne, entre deux s\u00e9ries de points de suspension. Pire, seule phrase \u00e0 appara\u00eetre sous la forme du discours direct, elle fait irruption encadr\u00e9e de guillemets et casse du m\u00eame coup le discours direct libre par lequel les voix se confondaient. \u00c0 elle seule, la typographie suffit \u00e0 faire de l\u2019id\u00e9e d\u00e9lirante un v\u00e9ritable corps \u00e9tranger apte \u00e0 heurter le sc\u00e9nario fantasmatique, et illusoire, d\u2019une pure ad\u00e9quation \u00e0 l\u2019image.\u00a0<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir de l\u2019enfant de s\u2019ouvrir et d\u2019exposer ses id\u00e9es-blessures va en outre se heurter \u00e0 la fermeture de la m\u00e8re r\u00e9elle, qui, aussit\u00f4t la \u00ab\u2009faute\u2009\u00bb avou\u00e9e, \u00ab\u2009l\u00e2che [l]a main\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a095) de sa fille et lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u2009Un enfant qui aime sa m\u00e8re trouve que personne n\u2019est plus beau qu\u2019elle.\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a095) La r\u00e9ponse maternelle inscrit sa loi dans le corps de l\u2019enfant. La coupure physique (l\u00e2cher la main) est une sanction, doubl\u00e9e par l\u2019\u00e9nonciation de la loi enfreinte\u2009; celle d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 envers la figure maternelle qui, parce qu\u2019elle est \u00e9nonc\u00e9e comme une sentence ou un axiome, expulse l\u2019enfant de sa propre sc\u00e8ne, la confinant dans son d\u00e9lire. C\u2019est que \u00ab\u2009<em>Un<\/em>\u00a0enfant\u2009\u00bb renvoie la parole de la petite fille \u00e0 la violence de l\u2019ind\u00e9fini, une violence dont l\u2019effet fait retour dans la narration\u00a0: \u00ab\u2009Et ce sont ces mots qui ressortaient, ce sont eux qui m\u2019occupaient\u2026 Un enfant. Un. Un. Oui, un enfant parmi tous les autres, un enfant comme tous les autres enfants.\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a096) Plus qu\u2019une loi, l\u2019assertion maternelle op\u00e8re une coupure. Ce lien \u00e0 l\u2019autre, que la confession de l\u2019enfant tentait d\u2019affirmer, la parole maternelle le tranche dans l\u2019exacte mesure o\u00f9, et c\u2019est ce que le linguiste et psychanalyste Laurent Danon-Boileau rappelle, \u00ab\u2009il n\u2019y a \u00e9change que si, face \u00e0 \u201cje\u201d, \u201ctu\u201d\u00a0se distingue de \u201cil\u201d. Et cette diff\u00e9rence fonci\u00e8re entre \u201ctu\u201d\u00a0et \u201cil\u201d\u00a0tient au fait que \u201ctu\u201d\u00a0peut s\u2019\u00e9changer avec\u00a0\u201cje\u201d, ce qui n\u2019est pas vrai de\u00a0\u201cil\u201d.\u2009\u00bb (2007, 25) Ainsi la r\u00e9ponse de la m\u00e8re, par un d\u00e9placement pronominal, op\u00e8re-t-elle une rupture de l\u2019interlocution entre le couple je-tu, une rupture qui n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019enfant d\u00e9sormais \u00ab\u2009occup\u00e9e\u2009\u00bb par cette d\u00e9signation \u00e0 la troisi\u00e8me personne (\u00ab\u2009Un enfant. Un. Un.\u2009\u00bb) dans laquelle elle ne parvient pas \u00e0 se rep\u00e9rer.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est bien ce rep\u00e9rage du sujet que la narration en fragments de\u00a0<em>Enfance<\/em>\u00a0interroge, et d\u2019abord en reconstituant la trame temporelle du temps de l\u2019<em>infans<\/em>. Car si\u00a0<em>infans<\/em>\u00a0d\u00e9signe le temps d\u2019avant la parole, l\u2019enfance sarrautienne appara\u00eet bien plut\u00f4t comme le temps d\u2019entr\u00e9e dans la parole, un temps d\u00e8s lors rythm\u00e9 par la langue maternelle et par la dimension d\u2019agression qu\u2019elle suppose. Dans son essai\u00a0<em>Tu ne te feras pas d\u2019image<\/em>, Anne \u00c9laine Cliche rend compte de l\u2019\u00e9cart insoluble, \u00ab\u2009hiatus\u2009\u00bb, \u00e9crit l\u2019autrice, entre le d\u00e9sir de la m\u00e8re<\/p>\n<blockquote>\n<p>r\u00e9serv\u00e9, d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant, et l\u2019implacable d\u2019une demande qui prend la force d\u2019un discours anonyme dont elle se fait le porte-voix. \u00ab\u2009Les mots qu\u2019elles avaient employ\u00e9s la masquaient.\u2009\u00bb (<em>E<\/em>, p.\u00a096) On d\u00e9couvre, si on ne l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9duit, que chez Sarraute, les mots sont\u00a0<em>rest\u00e9s<\/em>\u00a0des incisions, des br\u00fblures, des traumas ou des pi\u00e8ges, des ensorcellements. (2016, 268, l\u2019autrice souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aussi les paroles de la m\u00e8re ont-elles une force de frappe in\u00e9gal\u00e9e pour la narratrice\u00a0: \u00ab\u2009Jamais aucune parole, si puissamment lanc\u00e9e qu\u2019elle f\u00fbt, n\u2019a eu en tombant\u00a0<em>en moi<\/em>\u00a0la force de percussion de certaines des siennes.\u2009\u00bb (<em>E<\/em>, 27, je souligne) Cette emprise des mots sur le corps force l\u2019\u00e9chec de la jeune Natacha \u00e0 se rep\u00e9rer dans la parole maternelle, dont le d\u00e9sir demeure irrep\u00e9rable (Cliche\u00a02016, 268). De fait, cette liaison entre le sujet et le d\u00e9sir de l\u2019Autre \u2014 \u00e0 l\u2019aune de laquelle la relation entre Natacha et la m\u00e8re s\u2019envisage \u2014 est travaill\u00e9e en psychanalyse depuis un rapport d\u2019ali\u00e9nation du premier au second. Dire que le nourrisson, aux premiers battements de sa vie, est objet de la parole de l\u2019Autre avant d\u2019entrer lui-m\u00eame dans la parole, c\u2019est dire aussi qu\u2019en l\u2019<em>infans<\/em>\u00a0s\u2019imprime la demande et le d\u00e9sir que la parole de l\u2019Autre charrie. Que veut-elle donc, cette m\u00e8re qui ignore la plaie ouverte par les id\u00e9es de son enfant\u2009? Par quel lieu, quelle parole, l\u2019enfant peut-elle atteindre cette m\u00e8re qui, \u00e0 en croire les voix narratives du r\u00e9cit, se tient \u00ab\u2009au-dehors, au-del\u00e0\u2009\u00bb, refuse d\u2019\u00eatre compar\u00e9e et situ\u00e9e, qui ne veut \u00ab\u2009avoir sa place nulle part\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a0p.96)\u2009? Tout se passe comme si le d\u00e9sir de la m\u00e8re n\u2019apparaissait qu\u2019en n\u00e9gatif, ne s\u2019\u00e9non\u00e7ait que sous le signe de l\u2019interdit. En cela, comme l\u2019\u00e9crit Cliche,<\/p>\n<blockquote>\n<p>la parole de la m\u00e8re est une demande qui exige l\u2019adh\u00e9sion. La m\u00e8re n\u2019entend pas la parole sous les mots, et entra\u00eene par sa r\u00e9ponse toute faite une folie chez la petite fille, une sorte de s\u00e9rialisation des id\u00e9es dans laquelle la perception que l\u2019enfant a de sa m\u00e8re est emport\u00e9e. S\u00e9rialisation d\u2019id\u00e9es-appels devant lesquelles la m\u00e8re n\u2019a pas la force de rire, de tenir, livrant Natacha \u00e0 leur toute-puissance. Sans rempart, les id\u00e9es parviennent \u00e0 destituer la m\u00e8re. (2016, 270)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elles y parviennent, ces id\u00e9es, oui, et aussi parce qu\u2019elles transgressent la demande de la m\u00e8re d\u2019\u00eatre inassignable, incomparable\u2009; une demande dont rend compte ce \u00ab\u2009Un enfant\u2009\u00bb, qui, en tombant sur Natacha, d\u00e9voile toute sa puissance d\u2019inassignement. Seulement, voil\u00e0 qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse les id\u00e9es situent la figure maternelle, tant corporellement (\u00ab\u2009Maman a la peau d\u2019un singe\u2009\u00bb [<em>E<\/em>,\u00a099]) que moralement (\u00ab\u2009Maman est avare [\u2026] \u00a0[,]\u00a0n\u2019est pas reconnaissante [\u2026] [,] est mesquine\u2009\u00bb [<em>E<\/em>,\u00a0102]). Par l\u00e0, c\u2019est \u00e0 toute l\u2019emprise injonctive de la parole maternelle que le d\u00e9lire infantile attente.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode de la folie infantile r\u00e9v\u00e8le bien cette part du d\u00e9lire paraphr\u00e9nique qui, ainsi que Freud l\u2019a avanc\u00e9, correspond \u00e0 une tentative de gu\u00e9rison\u00a0: \u00ab\u2009Ce que nous consid\u00e9rons comme la production de la maladie, la formation du d\u00e9lire, est en r\u00e9alit\u00e9 la tentative de gu\u00e9rison, la reconstruction\u2009\u00bb (2018, 139). Suivant l\u2019intuition freudienne, le \u00ab\u2009travail [du] d\u00e9lire\u2009\u00bb (139) op\u00e8re \u00e0 la fois comme une coupure de la r\u00e9alit\u00e9 <a id=\"footnoteref3_r6rikjx\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Je propose ici d\u2019entendre la notion de \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb depuis la d\u00e9finition qu\u2019en donne Vassilis Kapsambelis\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 (la r\u00e9alit\u00e9 dite ext\u00e9rieure) est avant tout, psychiquement parlant, la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019objet qui nous prend pour objet, c\u2019est-\u00e0-dire qui nous investit et nous adresse ses d\u00e9sirs ; [la] r\u00e9alit\u00e9 est donc le d\u00e9sir de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u00a0(2013, 755) \" href=\"#footnote3_r6rikjx\">[3]<\/a>\u00a0et comme une reconstruction de celle-ci, reconstruction \u00ab\u2009certes pas plus splendide\u2009\u00bb (139), conc\u00e8de Freud, mais qui n\u00e9anmoins ouvre pour le sujet en souffrance la possibilit\u00e9 d\u2019habiter sa r\u00e9alit\u00e9 <a id=\"footnoteref4_8b8zydd\" class=\"see-footnote\" title=\" Voir la d\u00e9finition fort \u00e9clairante de Philippe Fontaine\u00a0: \u00ab\u00a0Mais le d\u00e9lire est une r\u00e9alit\u00e9 biface\u00a0: \u00e0 la fois perception d\u00e9form\u00e9e, pseudo-perception d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue comme pers\u00e9cutrice, et r\u00e9ponse \u00e0 cette perception, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense permettant de s\u2019en prot\u00e9ger, et qui consiste en la substitution d\u2019une\u00a0\u201cautre r\u00e9alit\u00e9\u201d \u00e0 celle qui est per\u00e7ue comme insupportable. Le d\u00e9lire n\u2019est rien d\u2019autre que cette \u00e9laboration secondaire ayant pour fonction de procurer au sujet un monde redevenu habitable.\u00a0\u00bb (2014, 15) \" href=\"#footnote4_8b8zydd\">[4]<\/a>. Pour peu que l\u2019on accepte de lire le r\u00e9cit sarrautien de la folie infantile \u00e0 l\u2019aune de la th\u00e9orie freudienne, le d\u00e9lire projette effectivement la petite Natacha dans une r\u00e9alit\u00e9 au sein de laquelle la m\u00e8re, au d\u00e9sir\u00a0<em>irrep\u00e9rable<\/em>\u00a0et \u00e0 la demande insoluble, est rep\u00e9r\u00e9e, assign\u00e9e et d\u00e8s lors destitu\u00e9e. En d\u2019autres termes, le travail du d\u00e9lire parvient \u00e0 situer et \u00e0 fendre l\u2019image lisse, insaisissable et insituable de la m\u00e8re\u2009; il\u00a0<em>fonction<\/em>ne <a id=\"footnoteref5_mz7fkiz\" class=\"see-footnote\" title=\" C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il occupe une fonction dans le dispositif textuel. \" href=\"#footnote5_mz7fkiz\">[5]<\/a>, tr\u00e8s litt\u00e9ralement. En s\u00e9parant symboliquement et figurativement l\u2019enfant de la m\u00e8re, le d\u00e9lire devance la s\u00e9paration r\u00e9elle qui sera racont\u00e9e dans un second temps du r\u00e9cit (c\u2019est-\u00e0-dire que la m\u00e8re abandonne la jeune Natacha \u00e0 la garde exclusive du p\u00e8re). Une s\u00e9paration, affirme la narratrice, \u00ab\u2009qui [met] fin brutalement \u00e0 ce qui en se d\u00e9veloppant [la s\u00e9rialisation d\u2019id\u00e9es] risquait de devenir une v\u00e9ritable folie\u2026\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a0101) et que le r\u00e9cit sarrautien reconvoque et rejoue dans l\u2019\u00e9criture, de telle sorte que les images appel\u00e9es par le langage semblent elles-m\u00eames porter la marque de cette coupure. \u00a0\u00a0<\/p>\n<h2>Des ciseaux et de la soie\u00a0: po\u00e9tique de la s\u00e9paration\u00a0<\/h2>\n<p>Les premi\u00e8res pages d\u0153uvre sarrautienne l\u2019annoncent\u2009; la reconstruction du temps de l\u2019enfance sera fragmentaire, comme si l\u2019espace m\u00eame entre les fragments attestait des conditions d\u2019apparition de la fuite du r\u00e9el entre les mailles du langage\u00a0:\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u2013\u00a0Mais justement, ce que je crains, cette fois, c\u2019est que \u00e7a ne tremble pas\u2026 pas assez\u2026 que ce soit fix\u00e9 une fois pour toutes, du \u00ab\u2009tout cuit\u2009\u00bb, donn\u00e9 d\u2019avance\u2026<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Rassure-toi pour ce qui est d\u2019\u00eatre donn\u00e9\u2026 c\u2019est encore tout vacillant, aucun mot \u00e9crit, aucune parole ne l\u2019ont encore touch\u00e9, il me semble que \u00e7a palpite faiblement\u2026 hors des mots\u2026 comme toujours\u2026 des petits bouts de quelque chose d\u2019encore vivant\u2026 (<em>E<\/em>, 9)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre ces \u00ab\u2009petits bouts de quelque chose\u2009\u00bb s\u2019\u00e9nonce un irrepr\u00e9sentable dont seuls les points de suspension indiquent la pr\u00e9sence et le mouvement\u00a0: c\u2019est le registre des tropismes, \u00ab\u2009palpitant[s]\u2009\u00bb, \u00ab\u2009vacillant[s]\u2009\u00bb et \u00ab\u2009vivant[s]\u2009\u00bb, autour duquel l\u2019\u00e9criture sarrautienne tisse son r\u00e9cit. Contre le \u00ab\u2009tout cuit\u2009\u00bb, le \u00ab\u2009donn\u00e9 d\u2019avance\u2009\u00bb et le \u00ab\u2009fix\u00e9\u2009\u00bb, l\u2019\u00e9criture s\u2019emploie \u00e0 fendre ces mots \u00ab\u2009qui s\u2019abattent sur vous et vous enferment\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a0122). D\u00e9chirer \u00ab\u2009leurs surfaces glissantes\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a088) vise bien \u00e0 rendre visible (par la graphie) et sensible (par les signifiants) le point d\u2019achoppement du langage, l\u00e0 o\u00f9 ce dernier choit dans l\u2019impossible totalisation du r\u00e9el <a id=\"footnoteref6_14759c3\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans la terminologie lacanienne, le r\u00e9el se comprend comme ce \u00ab\u00a0quelque chose devant quoi tous les mots s\u2019arr\u00eatent et toutes les cat\u00e9gories \u00e9chouent, l\u2019objet d\u2019angoisse par excellence.\u00a0\u00bb\u00a0(Lacan 1978, 227). \" href=\"#footnote6_14759c3\">[6]<\/a> Mais plus encore, cette \u00ab\u2009d\u00e9chirure\u2009\u00bb des mots op\u00e8re comme le d\u00e9lire de Natacha\u00a0: par s\u00e9paration, par d\u00e9collement du langage et de l\u2019image qu\u2019il \u00e9choue \u00e0 repr\u00e9senter.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 ce sujet, l\u2019image de la soie en est une des plus exemplaires pour rendre compte du retour des signifiants de la m\u00e8re dans l\u2019\u00e9criture du r\u00e9cit. Depuis le regard de la jeune Natacha, c\u2019est la soie qui donne son nom \u00e0 la surface du corps de la m\u00e8re, aux cheveux \u00ab\u2009lisses et soyeux\u2009\u00bb et \u00e0 la \u00ab\u2009peau dor\u00e9e, ros\u00e9e, douce et soyeuse au toucher, plus soyeuse que la soie, plus ti\u00e8de et tendre que les plumes d\u2019un oiselet, que son duvet\u2026\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a093) Ce signifiant \u00ab\u2009soie\u2009\u00bb insiste, et fait \u00e9galement retour vers la fin du r\u00e9cit\u00a0: \u00ab\u2009je ne connais pas d\u2019autre peau semblable, plus soyeuse et plus douce que tout ce qui est soyeux et doux au monde\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a0251). Or, voil\u00e0 que dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne du r\u00e9cit, Natacha, en r\u00e9ponse \u00e0 des paroles qui l\u2019\u00ab\u2009enserrent\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a012), enfonce la pointe d\u2019une paire de ciseaux dans un \u00ab\u2009canap\u00e9 recouvert d\u2019une d\u00e9licieuse soie \u00e0 ramages\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a011)\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u2009Si, je le ferai.\u2009\u00bb \u00ab\u2009Non, tu ne feras pas \u00e7a\u2026\u2009\u00bb les paroles m\u2019entourent, m\u2019enserrent, me ligotent, je me d\u00e9bats\u2026 \u00ab\u2009Si, je le ferai\u2009\u00bb\u2026 Voil\u00e0, je me lib\u00e8re, l\u2019excitation, l\u2019exaltation tend mon bras, j\u2019enfonce la pointe des ciseaux de toutes mes forces,\u00a0<em>la soie c\u00e8de, se d\u00e9chire<\/em>, je fends le dossier de haut en bas et je regarde ce qui en sort\u2026 quelque chose de mou, de gris\u00e2tre s\u2019\u00e9chappe par la fente\u2026 (<em>E<\/em>,\u00a011, je souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Se retrouvent dans cette sc\u00e8ne la puissance des paroles injonctives (dont l\u2019enfoncement est \u00e9galement un signifiant important et r\u00e9current) et une lib\u00e9ration jouissive de leur emprise. L\u2019association entre la m\u00e8re-soie et le canap\u00e9 d\u00e9chir\u00e9 n\u2019est que plus manifeste du fait que c\u2019est d\u2019abord la soie qui est attaqu\u00e9e, et non le canap\u00e9 en tant que tel. L\u2019acte de coupure est une \u00ab\u2009atteinte\u2026 un attentat\u2026 criminel\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a011) en cela qu\u2019il attente \u00e0 l\u2019image qui repr\u00e9sente la m\u00e8re. Fendre la soie lisse du canap\u00e9 appara\u00eet ici comme une jouissance qui surplombe l\u2019angoisse de l\u2019emprise du langage sur le corps de l\u2019enfant, une jouissance qui se nourrit \u00e9galement de ce qui s\u2019\u00e9chappe de la d\u00e9chirure\u2009; ce \u00ab\u2009mou\u2009\u00bb qui, d\u00e9lest\u00e9 de son enveloppe lisse, remue, fuit. De fait, cette opposition entre le lisse, cl\u00f4t, et ce mou pr\u00e9hensile, voire crevable, taraude l\u2019\u00e9criture de\u00a0<em>Enfance\u00a0<\/em>: l\u2019enfant pr\u00e9f\u00e8re les \u00ab\u2009vieilles poup\u00e9es [\u2026] un peu flasques, d\u00e9sarticul\u00e9[e]s\u2009\u00bb \u00e0 la (<em>E<\/em>,\u00a049) poup\u00e9e \u00ab\u2009toute dure, trop lisse\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a049)\u2009; d\u00e9sire \u00ab\u2009palper\u2009\u00bb et \u00ab\u2009caresser\u2009\u00bb l\u2019image \u00ab\u2009immuable\u2009\u00bb d\u2019un souvenir d\u2019enfance (<em>E<\/em>,\u00a042)\u2009; \u00e9choue \u00e0 \u00ab\u2009t\u00e2ter, [\u00e0] manier [des mots] rigides et lisses, glac\u00e9s\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a088)\u2009; collectionne des flacons d\u2019une \u00ab\u2009\u00e9clatante puret\u00e9\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a037) qu\u2019elle prot\u00e8ge jalousement de l\u2019atteinte des \u00ab\u2009regards, des paroles frivoles\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a037)\u2009; \u00ab\u2009d\u00e9chire, [a]rrache ce carcan\u2009\u00bb dans lequel les mots de sa m\u00e8re l\u2019ont \u00ab\u2009enferm\u00e9e\u2009\u00bb (<em>E<\/em>,\u00a0121), etc. Depuis ces r\u00e9seaux de signifiants du cl\u00f4t et du crevable se dessine une tension entre la fascination et la crainte de Natacha pour la charge totalisante du langage \u2014 dont les mots font cl\u00f4ture \u2014 et sa coupure, qui s\u00e9pare la jeune fille de l\u2019illusion de co\u00efncidence entre le langage et le r\u00e9el et, plus encore, de l\u2019illusion d\u2019une ad\u00e9quation entre l\u2019image et le r\u00e9el de la m\u00e8re. Si donc j\u2019ai parl\u00e9 d\u2019une po\u00e9tique de la \u00ab\u2009s\u00e9paration\u2009\u00bb, c\u2019est justement pour insister sur la coh\u00e9rence entre le dispositif textuel et l\u2019\u00e9pisode du d\u00e9lire infantile. Par ses signifiants,\u00a0<em>Enfance<\/em>\u00a0met son lectorat sur la piste d\u2019une s\u00e9paration douloureuse, d\u2019un \u00e9pisode d\u00e9lirant dont les traces perdurent jusque dans l\u2019\u00e9criture, et qui plonge la petite fille dans l\u2019\u00e9preuve du doute, du leurre du langage et de ses images.\u00a0<\/p>\n<p>En psychanalyse, ce leurre de l\u2019image est la condition par laquelle advient le sujet. Ce que Jacques Lacan a th\u00e9oris\u00e9 comme le stade du miroir, c\u2019est cela\u2009; l\u2019exp\u00e9rience ontologique inaugurale et mythique lors de laquelle l\u2019enfant, alors \u00e0 un stade de son d\u00e9veloppement qui ignore les fronti\u00e8res de son corps, voit sa propre image dans le miroir. L\u2019image embrasse le corps propre, le recouvre et le capte comme unit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est que la forme totale du corps par quoi le sujet devance dans un mirage la maturation de sa puissance, ne lui est donn\u00e9e que comme Gestalt, c\u2019est-\u00e0-dire dans une ext\u00e9riorit\u00e9 o\u00f9 certes cette forme est-elle plus constituante que constitu\u00e9e, mais o\u00f9 surtout elle lui appara\u00eet dans un relief de stature qui la fige et sous une sym\u00e9trie qui l\u2019inverse, en opposition \u00e0 la turbulence de mouvements dont il s\u2019\u00e9prouve l\u2019animer. (Lacan\u00a01966, 94-95)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au corps livr\u00e9 \u00e0 la turbulence motrice, l\u2019image du \u00ab\u2009moi\u2009\u00bb surgit en tant que captation du corps par l\u2019imaginaire\u2009; \u00ab\u2009assomption jubilatoire\u2009\u00bb, \u00e9crit Lacan (1966, 94), de se percevoir \u2014 et par l\u00e0 de se croire \u2014 constitu\u00e9 alors m\u00eame que le moi s\u2019\u00e9prouve morcel\u00e9.\u00a0Le r\u00e9cit lacanien de l\u2019apparition du moi, par la m\u00e9diatisation du miroir, suppose en somme que le moi est vu avant d\u2019\u00eatre v\u00e9cu\u2009; que l\u2019unit\u00e9 corporelle est repr\u00e9sent\u00e9e d\u2019abord, \u00e9prouv\u00e9e ensuite\u2009; qu\u2019en cela l\u2019image ali\u00e8ne le sujet autant qu\u2019elle lui permet de se dire, de dire \u00ab\u2009moi\u2009\u00bb comme condition n\u00e9cessaire au remplissement du signifiant trou et irrepr\u00e9sentable qu\u2019est le \u00ab\u2009je\u2009\u00bb.\u00a0Par l\u00e0 s\u2019ouvre le registre du symbolique\u2009; dire \u00ab\u2009je\u2009\u00bb, nommer ce qui n\u2019appara\u00eet pas dans le miroir, tient, justement, sur la supposition qu\u2019il correspond au moi. Il n\u2019y a de possibilit\u00e9 de\u00a0<em>se<\/em>\u00a0dire que parce que l\u2019\u00eatre se per\u00e7oit unifi\u00e9, autrement dit comme\u00a0<em>sujet<\/em>\u00a0de ce\u00a0<em>moi<\/em>\u00a0que lui renvoie l\u2019image sp\u00e9culaire. En ce sens, tant l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019image que l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019Autre marquent le temps de l\u2019<em>infans\u00a0<\/em>et forment ses conditions de possibilit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Le d\u00e9lire, je l\u2019ai dit,\u00a0<em>fonction<\/em>ne dans l\u2019\u00e9criture sarrautienne comme une r\u00e9v\u00e9lation du leurre\u00a0de l\u2019image sp\u00e9culaire, de l\u2019image maternelle et du langage.\u00a0Laurent Danon-Boileau le rappelle \u00e0 juste titre\u00a0: la racine grecque du langage,\u00a0<em>logos<\/em>, \u00ab\u2009d\u00e9signe [dans le langage] cette fonction essentielle de\u00a0\u201cliaison\u201d.\u2009\u00bb (2022, 11)\u00a0La logorrh\u00e9e int\u00e9rieure que vit la petite fille se fait d\u00e9lirante pr\u00e9cis\u00e9ment parce que son principe est celui d\u2019une d\u00e9liaison, d\u2019une s\u00e9paration d\u2019avec la m\u00e8re. Or, cette d\u00e9liaison rend manifeste du m\u00eame coup toute la charge ali\u00e9nante de la relation infantile avec la m\u00e8re. Voil\u00e0 bien la logique d\u2019attaque qui op\u00e8re\u00a0: le \u00ab\u2009sujet en proie aux puissances de cette langue maternelle\u2009\u00bb (Cliche\u00a02016, 270) devient un sujet qui attaque la figure de pr\u00e9dation qui l\u2019ali\u00e8ne. Devant l\u2019inqui\u00e9tant d\u00e9sir maternel, c\u2019est une gicl\u00e9e de mots qui vient s\u00e9parer l\u2019enfant de l\u2019image angoissante de la m\u00e8re lisse. Les \u00ab\u2009id\u00e9es\u2009\u00bb viennent effectivement crever la surface de l\u2019image, au m\u00eame titre qu\u2019il s\u2019agira dans l\u2019\u00e9criture sarrautienne cette fois de crever la surface des mots en tant qu\u2019ils font image. En cela, l\u2019\u00e9pisode des id\u00e9es met en sc\u00e8ne une folie productrice qui, parce qu\u2019elle brise\u00a0le d\u00e9sir de fid\u00e9lit\u00e9 envers la figure de la m\u00e8re, parce qu\u2019il y a s\u00e9paration fracassante, pro-jette la petite fille hors de l\u2019ali\u00e9nation originaire \u00e0 la langue de l\u2019Autre dont l\u2019\u00e9criture sarrautienne\u00a0expose les d\u00e9chirures, les cicatrices, les fragments. Ce sont ces s\u00e9parations incarn\u00e9es de corps et de mots qui forment la trame d\u2019une po\u00e9tique de la s\u00e9paration au sein de laquelle circulent les tropismes, ces \u00ab\u2009mouvements\u00a0ind\u00e9finissables\u2009\u00bb qui fissurent le \u00ab\u2009tout-cuit\u2009\u00bb, le \u00ab\u2009donn\u00e9 d\u2019avance\u2009\u00bb, d\u2019une totalit\u00e9 originaire et fantasm\u00e9e dont il s\u2019agit de briser l\u2019illusion.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Je ne pourrais plus m\u2019efforcer de faire surgir quelques moments, quelques mouvements qui me semblent encore intacts, assez forts pour se d\u00e9gager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces \u00e9paisseurs blanch\u00e2tres, molles, ouat\u00e9es qui se d\u00e9font, qui disparaissent avec l\u2019enfance\u2026\u00a0<\/em>(<em>E<\/em>,\u00a0277)<\/p>\n<\/blockquote>\n<hr \/>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><u>Corpus primaire<\/u><\/h3>\n<p>Sarraute, Nathalie. 1983.\u00a0<em>Enfance<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, Coll. \u00ab\u2009Folio\u2009\u00bb.<\/p>\n<h3><u>Corpus secondaire<\/u><\/h3>\n<p>Cliche, Anne \u00c9laine. 2016.\u00a0<em>Tu ne te feras pas d\u2019image<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Le Quartanier, Coll. \u00ab\u2009S\u00e9rie QR\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Sarraute, Nathalie. 1983.\u00a0<em>Enfance<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, Coll. \u00ab\u2009Folio\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Danon-Boileau, Laurent. 2007.\u00a0<em>Le sujet de l\u2019\u00e9nonciation. Psychanalyse et linguistique<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys, Coll. \u00ab\u2009L\u2019homme dans la langue\u2009\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2022.\u00a0<em>Dans les plis du langage. Raisons et d\u00e9raisons de la parole<\/em>. Paris\u00a0: Odile Jacob.\u00a0<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 2018.\u00a0<em>Le Pr\u00e9sident Schreber<\/em>. Trad. de l\u2019allemand par Olivier Mannoni. Paris\u00a0: Payot et Rivages, Coll. \u00ab\u2009Petite biblio Payot. Classiques\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Fontaine, Philippe. 2014. \u00ab\u2009La psychose et les fronti\u00e8res de la folie\u2009\u00bb. Recherche en soins infirmiers, vol. 117, no.\u00a02\u00a0: 8-20.<\/p>\n<p>Kapsambelis, Vassilis. 2013. \u00ab\u2009Interpr\u00e9ter le d\u00e9lire\u202f: sens et contre-sens\u2009\u00bb,\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, vol. 77, no.\u00a03\u00a0: 748-761.<\/p>\n<p>Lacan, Jacques. 1966.\u00a0<em>\u00c9crits<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.\u00a0<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 1978.\u00a0<em>Livre\u00a0II. Le Moi dans la th\u00e9orie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. 1954-1955<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, Coll. \u00ab\u2009Essais\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2001.\u00a0<em>Autres \u00e9crits<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<br \/>Sarraute, Nathalie. 2012 [1957].\u00a0<em>Tropismes<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_4wlspuh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_4wlspuh\">[1]<\/a> Nathalie Sarraute,\u00a0<em>Enfance<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 1983, p.99. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par le sigle \u00ab\u00a0<em>E<\/em>\u00a0\u00bb, suivi du folio.<\/p>\n<p id=\"footnote2_def9pmp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_def9pmp\">[2]<\/a> Cf. Keiling Wei,\u00a0\u00ab\u00a0Pluralit\u00e9 des voix et repentirs autobiographiques\u00a0: une lecture d\u2019<em>Enfance<\/em>\u00a0de Nathalie Sarraute\u00a0\u00bb,\u00a0<em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, vol. 40, no. 2, 2004, pp.\u00a0101\u2013114. Je remercie l\u2019auteur de cet article, par qui j\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019\u00e9tymologie de \u00ab\u00a0enfance\u00a0\u00bb ainsi que l\u2019analyse lacanienne de celle-ci.<\/p>\n<p id=\"footnote3_r6rikjx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_r6rikjx\">[3]<\/a> \u00a0Je propose ici d\u2019entendre la notion de \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb depuis la d\u00e9finition qu\u2019en donne Vassilis Kapsambelis\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 (la r\u00e9alit\u00e9 dite ext\u00e9rieure) est avant tout, psychiquement parlant, la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019objet qui nous prend pour objet, c\u2019est-\u00e0-dire qui nous investit et nous adresse ses d\u00e9sirs ; [la] r\u00e9alit\u00e9 est donc le d\u00e9sir de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u00a0(2013, 755)<\/p>\n<p id=\"footnote4_8b8zydd\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_8b8zydd\">[4]<\/a> Voir la d\u00e9finition fort \u00e9clairante de Philippe Fontaine\u00a0: \u00ab\u00a0Mais le d\u00e9lire est une r\u00e9alit\u00e9 biface\u00a0: \u00e0 la fois perception d\u00e9form\u00e9e, pseudo-perception d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue comme pers\u00e9cutrice, et r\u00e9ponse \u00e0 cette perception, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense permettant de s\u2019en prot\u00e9ger, et qui consiste en la substitution d\u2019une\u00a0\u201cautre r\u00e9alit\u00e9\u201d \u00e0 celle qui est per\u00e7ue comme insupportable. Le d\u00e9lire n\u2019est rien d\u2019autre que cette \u00e9laboration secondaire ayant pour fonction de procurer au sujet un monde redevenu habitable.\u00a0\u00bb (2014, 15)<\/p>\n<p id=\"footnote5_mz7fkiz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_mz7fkiz\">[5]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il occupe une fonction dans le dispositif textuel.<\/p>\n<p id=\"footnote6_14759c3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_14759c3\">[6]<\/a> Dans la terminologie lacanienne, le r\u00e9el se comprend comme ce \u00ab\u00a0quelque chose devant quoi tous les mots s\u2019arr\u00eatent et toutes les cat\u00e9gories \u00e9chouent, l\u2019objet d\u2019angoisse par excellence.\u00a0\u00bb\u00a0(Lacan 1978, 227).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dub\u00e9, Marie-\u00c8ve. 2023.\u00a0\u00a0\u00ab\u2009Ce n\u2019est pas moi qui ai pens\u00e9 \u00e7a\u2009\u00bb : d\u00e9lire infantile et po\u00e9tique de la s\u00e9paration dans Enfance de Nathalie Sarraute,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab Bribes: la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no 38, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/dube-38&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dube_38.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dube_38.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-11e165cb-79f9-4dac-ba91-4a87966b1bdf\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dube_38.pdf\">dube_38<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dube_38.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-11e165cb-79f9-4dac-ba91-4a87966b1bdf\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab Bribes: la litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no 38 [T]out \u00e0 coup en moi un diablotin, un petit esprit malicieux, comme les \u00ab\u2009domovo\u00ef\u2009\u00bb qui jouent toutes sortes de farces dans les maisons, m\u2019envoie cette gicl\u00e9e, cette id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u2009Maman a la peau d\u2019un singe.\u2009\u00bb Je veux essuyer \u00e7a, l\u2019effacer\u2026 ce n\u2019est pas vrai, je ne le crois [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1353,1356],"tags":[115],"class_list":["post-5746","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-bribes-la-litterature-en-fragments","category-fragments-didentite","tag-dube-marie-eve"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5746","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5746"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5746\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8285,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5746\/revisions\/8285"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5746"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5746"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5746"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}