{"id":5747,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/un-intermediaire-le-fragment-dans-la-pratique-poetique-et-essayistique-de-louise-warren\/"},"modified":"2024-08-15T16:43:45","modified_gmt":"2024-08-15T16:43:45","slug":"un-intermediaire-le-fragment-dans-la-pratique-poetique-et-essayistique-de-louise-warren","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5747","title":{"rendered":"Un interm\u00e9diaire : le fragment dans la pratique po\u00e9tique et essayistique de Louise Warren"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6908\">Dossier\u00a0\u00ab Bribes : La litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no. 38<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>La lettre vient seule avant le mot. Signe qui invente un vocable, un rythme, une secousse venue des tombeaux. Signe qui retourne \u00e0 l\u2019univers, se trouve ainsi isol\u00e9, confront\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, tel l\u2019espace entre les lettres. \u00c9criture rompue qui va vers l\u2019indicible, qui occupe son espace. Langue secr\u00e8te, \u00e9cho de la d\u00e9chirure, qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019effacement et d\u00e9sire \u00eatre vue.<\/p>\n<p>Louise Warren, <em>La forme et le deuil\u00a0: Archives du lac<\/em><a id=\"footnoteref1_u3smsl4\" class=\"see-footnote\" title=\" Louise Warren, La forme et le deuil\u00a0: Archives du lac, Montr\u00e9al, L\u2019Hexagone, 2008, p. 79. \" href=\"#footnote1_u3smsl4\">[1]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors qu\u2019elle se penchait sur l\u2019\u0153uvre du photographe Stephen Sack, Louise Warren se permet de prendre une pause. Son \u00e9lan d\u2019\u00e9criture lui ouvre un autre chemin de pens\u00e9e, celui de la lettre. Cette derni\u00e8re est, aux yeux de l\u2019essayiste et po\u00e8te, une des plus petites unit\u00e9s de sens de l\u2019\u00e9criture; c\u2019est le point de d\u00e9part d\u2019une r\u00e9flexion, au sens de la pens\u00e9e comme au sens de l\u2019\u00e9clat. Se confronter \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 des possibles, reconna\u00eetre la force de la lettre comme celle du point, elle l\u2019a fait \u00e0 nouveau dans un po\u00e8me,\u00a0publi\u00e9 des ann\u00e9es plus tard : \u00ab\u00a0le point \/ d\u00e9marre l\u2019espace \/ monte \/ descend \/ soul\u00e8ve le mot \/ le porte ailleurs\u00a0\u00bb (Warren 2017b, 12). Sa pratique de l\u2019essai, segment\u00e9e et pourtant fluide, embrasse la tension entre le petit et le grand, entre la prose et le vers. Elle est porteuse de l\u2019\u00e9cart, d\u2019un espace de jeu pour elle-m\u00eame et pour le lectorat\u00a0: \u00ab\u00a0Tu portes en toi l\u2019instant, l\u2019intensit\u00e9, l\u2019image, la chute, l\u2019\u00e9nigme, tu ne crains pas le vide\u00a0\u00bb (Warren 1999, 166).\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je me laisse toucher par ses observations sensibles sur les espaces de cr\u00e9ation\u00a0de nombreux\u00b7ses artistes : les ateliers, les chambres, la pens\u00e9e<a id=\"footnoteref2_bjthxlb\" class=\"see-footnote\" title=\" Par exemple, dans le Livre des branches. Dans l\u2019atelier d\u2019Alexandre Hollan. 2005. Orl\u00e9ans\u00a0: Le Pli. Je souligne \u00e9galement son analyse et ses commentaires sur les ateliers et les d\u00e9marches de diff\u00e9rent\u00b7e\u00b7s artistes, tels que Sylvie Marceau (peintre), Richard-Max Tremblay (peintre et photographe), Violaine Gaudreau (sculptrice), dans Interroger l\u2019intensit\u00e9. 1999, Laval\u00a0: Trois. \" href=\"#footnote2_bjthxlb\">[2]<\/a>.Warren se <em>place<\/em> quelque part par son \u00e9criture, mais \u00e9galement dans ce bassin plus large dans lequel baignent les personnes qu\u2019elle \u00e9voque. Je me place au creux de ses observations qui me bercent et m\u2019accompagnent dans cette peur d\u2019\u00e9crire qui me tenaille.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Elle s\u2019approche des autres \u00e0 travers leurs \u0153uvres. Celles-ci lui servent non pas de pr\u00e9texte \u00e0 la r\u00e9flexion, mais de tremplin. Dans un sens, je fais comme elle, car, sans rep\u00e8res, comment sentir qu\u2019on habite son esprit, son texte\u2009? Je m\u2019ancre avec peine dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une parole qui viendrait uniquement de moi, qui serait seule dans mon corps et dans les pages. Je me penche vers les voix des autres, \u00e0 celle du territoire, attentive \u00e0 leurs \u00e9chos. Les vibrations suivent la trajectoire du corps au texte, du texte au corps. Il faut accepter l\u2019impression de s\u2019adresser au vide, tout en sachant que notre vertige n\u2019est jamais r\u00e9ellement synonyme de n\u00e9ant. Peut-\u00eatre faut-il puiser dans le gouffre, le regarder en face et saisir les \u00e9chos de celles et ceux qui l\u2019ont adress\u00e9 avant nous, comme Nietzsche\u00a0: \u00ab\u00a0Et si tu regardes au fond d\u2019un ab\u00eeme, l\u2019ab\u00eeme regarde aussi au fond de toi.\u00a0\u00bb (2000, 132). Warren adresse ce vide avec audace et curiosit\u00e9. Un intervalle de temps, de lieu qu\u2019elle convoque au sein de ses po\u00e8mes et de ses essais. Pour elle, il est toujours question d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9prouver l\u2019espace\u00a0\u00bb (Warren 2008, 78) du texte, de le saisir par ses blancs.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Ma pratique essayistique est vacillante, port\u00e9e par mes h\u00e9sitations. Elle s\u2019interrompt souvent, comme pour \u00e9viter de confronter la force fragile de ma pens\u00e9e. Des pages noircies d\u2019id\u00e9es abandonn\u00e9es, des documents redevenus blancs, brillants de tout ce que j\u2019ai pu y effacer. Je me trouve alors, malgr\u00e9 moi, devant cette b\u00e9ance que Warren semble toujours accueillir comme une vieille amie\u00a0: \u00ab\u00a0Raturer laisse des trous, des vides. Par ces interstices entrent la nuit, l\u2019attente, de nouveaux liens\u00a0\u00bb (Warren, 2015\u00a0: 119). Dans le m\u00eame ouvrage, dans un po\u00e8me d\u2019un seul vers, elle \u00e9nonce que\u00a0: \u00ab\u00a0la nuit attend la pens\u00e9e\u00a0\u00bb (40). Si j\u2019\u00e9cris en lacunes, Warren, elle, les embrasse dans sa po\u00e9sie et dans ses essais.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je glane des mots et les pose les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Des galets sur une page, traces fragiles qui marquent l\u2019immensit\u00e9. \u00ab\u00a0[U]n long pointill\u00e9, une ligne de fragments \u00bb (Warren 2015, 68). Le trac\u00e9 est incessant et pourtant s\u2019interrompt sans cesse, dans l\u2019intervalle d\u2019air, d\u2019herbe, de neige. La ligne est fluide, flottant \u00e0 la fois sur la verticalit\u00e9 d\u2019une id\u00e9e et sur l\u2019horizon d\u2019une phrase. Saisir le geste de ma main qui pianote, manipule les lettres, touche \u00e0 la mati\u00e8re solide des images, pour cr\u00e9er un espace qui lui est propre\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le paysage la pens\u00e9e respire\u00a0\u00bb (Warren 2015, 26). Elle suit la ligne jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture, jusqu\u2019\u00e0 atteindre l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Ses essais laissent une place aux po\u00e8mes au sein de leur forme. Il y a un geste et un d\u00e9placement dans son \u00e9criture, une ouverture vers ce qui se trouve en nous : \u00ab\u00a0Les po\u00e8mes sont des formes ad\u00e9quates pour accueillir les fragments du monde. Ils retiennent ce qui se d\u00e9robe ou tend \u00e0 s\u2019effacer. Par fragments le paysage m\u2019interpelle \u00bb (Warren 2015, 24). Espace m\u00e9dian entre soi et le monde, le paysage, selon le g\u00e9ographe Augustin Berque, n\u2019est pas un objet \u00e0 observer (Berque 1995, 22), comme une toile sur un mur. Il r\u00e9sulte plut\u00f4t d\u2019une relation. Il est ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0m\u00e9diance\u00a0\u00bb, car il convoque le \u00ab sens d\u2019un milieu; sens qui est simultan\u00e9ment signification, perception, sensation, orientation\u00a0\u00bb (Berque 1995, 36).<\/p>\n<p>Je pr\u00eate au fragment cette qualit\u00e9 d\u2019ouverture. Car lui aussi est habit\u00e9, pendant un temps, comme un territoire travers\u00e9, de cette rencontre du sensible et de l\u2019immensit\u00e9 du monde.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Le philosophe Henri Maldiney pense le lien entre la po\u00e9sie et l\u2019existence par la question de l\u2019Ouvert, celle de la pr\u00e9sence, mais aussi par la n\u00e9cessit\u00e9 du Vide. Le po\u00e8me, dit-il, \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9l\u00e8ve de l\u2019entre-espace, entre deux vides, entre deux blancs\u00a0\u00bb\u00a0(2012, 71). La pens\u00e9e, en se joignant \u00e0 la po\u00e9sie par la fragmentation de la forme d\u2019un texte, s\u2019ouvre-t-elle \u00e9galement? Warren joint au texte morcel\u00e9 les morceaux de r\u00e9el. Dans son ouvrage <em>R\u00e9flexion sur la po\u00e9sie<\/em>, Paul Claudel avance qu\u2019il \u00ab\u00a0est impossible [\u2026] de donner une image exacte des allures de la pens\u00e9e si l\u2019on ne tient pas compte du blanc et de l\u2019intermittence\u00a0\u00bb (1963, 8). Louise Warren manipule les notions connues autour de la po\u00e9sie; elle convoque <em>l\u2019habiter<\/em> du vide par les trous dans ses textes, mais aussi par la pr\u00e9sence de ses mots\u00a0: \u00ab\u00a0Cette fa\u00e7on de composer lib\u00e8re un autre langage, l\u2019essence m\u00eame de ces variations, de ces \u00e9tats lumineux\u00a0\u00bb (Warren 2008, 50).<\/p>\n<p>Il s\u2019agit peut-\u00eatre de voir l\u2019espace po\u00e9tique des textes comme \u00e9tant \u00e0 la fois vide et habit\u00e9, et d\u2019accueillir l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la lumi\u00e8re, qui, d\u2019un m\u00eame geste, \u00e9claire et aveugle.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je m\u2019autorise une pause. Regarder le ciel par la fen\u00eatre et souhaiter que le plafond puisse \u00eatre amovible, que je puisse le retirer. Comme si c\u2019\u00e9tait plus facile que d\u2019embrasser le mouvement de son corps qui ouvre une porte et franchisse un seuil. Je fais confiance aux nuages, car ils incarnent cette fresque rompue composant l\u2019infinitude me disant quoi \u00e9crire. Je suis \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son souffle que je m\u00eale au mien. Un paysage prend forme, dans la clart\u00e9 d\u2019une surface qu\u2019il me faudra traverser. Je m\u2019approche de cette forme par la m\u00e9taphore, pour suivre l\u2019\u00e9crivaine jusqu\u2019au bout de sa pratique.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Dans <em>La vie flottante<\/em>, Warren s\u2019interroge sur ce souffle ext\u00e9rieur qui chasse l\u2019obscurit\u00e9 en faisant bouger le ciel et les concepts parfois st\u00e9riles \u00e0 la pens\u00e9e essayistique\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Que me dit le vent, si pr\u00e9sent dans mes textes? Que repr\u00e9sente-t-il? La soudainet\u00e9 de l\u2019\u00e9criture? [\u2026] le mouvement qui s\u2019agite et tente de se disperser [\u2026]? Une mani\u00e8re de trouver dans ce qui nous aveugle quelque chose d\u2019autre, d\u2019approcher une surface in\u00e9dite? (2015, 70)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le vent, ajoute-t-elle, contient une force illimit\u00e9e, une grande tension\u00a0\u00bb (2015, 70). Je jette sur le mouvement du texte l\u2019\u00e9clairage de Georges Didi-Huberman, qui pensait, lui aussi, avec la mat\u00e9rialit\u00e9 des autres. Si Warren se penche sur l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019\u00e9lan, Didi-Huberman, dans son essai le <em>G\u00e9nie du non-lieu<\/em>, tente de saisir les contours de la \u00ab\u00a0mise en mouvement du lieu\u00a0\u00bb (2001, 34) dans les \u0153uvres de Claudi Parmiggiani. Ce dernier, en d\u00e9pla\u00e7ant des objets hors d\u2019une pi\u00e8ce dans laquelle il avait auparavant fait br\u00fbler des pneus, fait appara\u00eetre les contours de leur absence. La distance est tangible, port\u00e9e par la fum\u00e9e sur la surface des murs et, mise en mots, elle retrouve une mobilit\u00e9. En \u00ab\u00a0<em>soufflant<\/em> l\u2019espace\u00a0\u00bb (Didi-Huberman 2001, 38. L\u2019auteur souligne), il approfondit la relation du corps, du geste, du lieu. Le feu illumine et danse, mais la suie, port\u00e9e par le mouvement, parvient \u00e0 nous toucher. Ce genre d\u2019exploration ma\u00eetris\u00e9e de la mati\u00e8re, la po\u00e8te la reconna\u00eet et l\u2019honore\u00a0: \u00ab\u00a0Le souffle de la cr\u00e9ation, l\u2019esprit, le g\u00e9nie du lieu, appelons-le comme on veut, je le sens comme un \u00eatre puissant\u00a0\u00bb (Warren 2015, 70). Ce souffle, c\u2019est \u00e0 la fois le passage de l\u2019air et l\u2019inspiration, cette \u00ab\u00a0immensit\u00e9 parlante\u00a0\u00bb dont parle Blanchot (cit\u00e9 par Grossman 2008, 31), cet appel plus grand que soi, celui qui inspire les traditions po\u00e9tiques, celui qui semble pouvoir mener \u00e0 la transcendance comme \u00e0 une forme d\u2019unit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je marque une pause, avant de poursuivre l\u2019envol\u00e9e, pour laisser le temps et l\u2019espace au texte de r\u00e9fl\u00e9chir sur nous.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre aussi par crainte d\u2019\u00e9touffer la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u0153uvre.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Ainsi, interroger \u00ab\u00a0l\u2019espace du vent\u00a0\u00bb (Warren 2015, 67), c\u2019est souffler sa pens\u00e9e dans l\u2019espace, rejoindre l\u2019immensit\u00e9, puis mobiliser l\u2019\u00e9criture et pratiquer les deux \u2013 la pens\u00e9e et l\u2019\u00e9criture \u2013 par le fragment. Mais, bien s\u00fbr, l\u2019immensit\u00e9 n\u2019est pas uniquement r\u00e9serv\u00e9e au texte litt\u00e9raire. La sensation de vide traverse avant tout la perception des lieux ext\u00e9rieurs, comme faire face \u00e0 la mer, ou rencontrer la vue de la canop\u00e9e depuis le sommet d\u2019une montagne. En ces instants et en ces lieux, \u00ab\u00a0l\u2019acte de paysage s\u2019amplifie\u00a0\u00bb (Bouvet 2023, 76), ouvrant davantage la br\u00e8che, l\u2019horizon, l\u2019interstice. Warren \u00e9crit depuis le seuil, entre le dehors et l\u2019intime, entre l&rsquo;espace int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, sans les opposer, en les d\u00e9ployant. \u00ab\u00a0L\u2019immensit\u00e9 provoque une r\u00eaverie de l\u2019infini\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.). Elle se construit dans cet espace interm\u00e9diaire du texte o\u00f9 l\u2019esprit et le dehors peuvent habiter dans toutes les libert\u00e9s que l\u2019\u00e9criture permet. Une maison des possibles o\u00f9 le sujet r\u00e9side dans le mouvement\u00a0: \u00ab\u00a0Comme la maison d\u2019haleine, la maison du souffle et de la voix est une valeur qui tremble \u00e0 la limite du r\u00e9el et de l\u2019irr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (Bachelard 2020, 119). Car il \u00e9tait bien question, depuis le d\u00e9but, de parcourir cet interstice. S\u2019il m\u2019est difficile de m\u2019ancrer dans l\u2019acte de la parole, c\u2019est qu\u2019il me faut vaciller dans le lieu, dans ma voix, qui tend toujours vers celle des autres, comme celle de Warren, qui elle, virevolte.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>L\u2019air passe dans mes poumons, sort par ma bouche, parfois au risque de l\u2019essoufflement. S\u2019inscrire dans les sillons du vent, de l\u2019inspiration, du divin, c\u2019est se laisser porter jusqu\u2019au bord du vertige, et esp\u00e9rer que les mots que l\u2019on choisit puissent rester en flottement, sans risquer la chute.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Appr\u00e9hender sa pens\u00e9e et ses limites par t\u00e2tonnements ; embrasser la part d\u2019incertitude et d\u2019ind\u00e9termin\u00e9. Rien de tel qu\u2019une crainte d\u2019un vide (ou du Vide) pour faire confiance aux brides d\u2019\u00e9critures, aux fragments qui ensemble, participent \u00ab\u00a0au tressage de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb (Warren 2015, 94)\u00a0de l\u2019\u00e9crivaine : \u00ab\u00a0Ce que certains prendraient pour des notes me sert de point d\u2019appui dans cette action de regarder, d\u2019imaginer, de conclure\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.).<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Le philosophe Jean-Marc Besse a beaucoup travaill\u00e9 sur la notion d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0habiter\u00a0\u00bb, particuli\u00e8rement en lien avec le concept de paysage. Il souligne que ce dernier est un <em>espace<\/em> (Besse 2000, 121. Je souligne), et non une repr\u00e9sentation d\u2019un lieu, et qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0il n\u2019y a pas de paysage sans profondeur, une profondeur qui se donne \u00e0 voir sous la forme d&rsquo;une pr\u00e9sence aux lointains, d&rsquo;un \u00eatre au loin qui signifie l&rsquo;espace de la vie\u00a0\u00bb (2000, 140). Warren construit son propre espace de r\u00e9flexion, un paysage dans lequel ses perceptions, ses r\u00e9flexions et le lieu convergent vers un point de fuite, vers sa <em>pr\u00e9sence\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0\u00c0 ce jour, la pens\u00e9e et l\u2019\u00e9criture m\u2019ont permis de me maintenir dans cette pr\u00e9sence et de convoquer l\u2019imaginaire\u00a0\u00bb (Warren 2015, 124). Cette pr\u00e9sence est le socle de sa sensibilit\u00e9 po\u00e9tique, une posture d\u2019accueil, qui lui demande le temps et l\u2019arr\u00eat. Je m\u2019arr\u00eate avec elle \u00e0 chaque trou sur la page, devant cette absence d\u2019\u00e9criture qui encadre la pens\u00e9e et qui rythme la lecture\u00a0: \u00ab\u00a0Le fragment [\u2026] entra\u00eene avec lui une pause. Cet espace, ce liant se r\u00e9p\u00e8te, mais il est aussi le lieu de l\u2019\u00e9lan. Ancrage du recommencement\u00a0\u00bb (2017a, 64).<\/p>\n<p>L\u2019arr\u00eat appelle \u00e0 une nouveaut\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9e. Warren s\u2019arr\u00eate et savoure ces instants\u00a0: \u00ab\u00a0Immobile pendant des heures, je suis \u00e0 la trace des fourmis en constant d\u00e9placement\u00a0\u00bb (2015, 100). De cette impression, je ne garde que le sentiment o\u00f9 le regard ne sait o\u00f9 se poser sur le blanc de la page.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>La r\u00e9flexion se poursuit et se d\u00e9ploie au creux de chaque texte, gr\u00e2ce aux ouvertures entre les phrases et entre les vers. \u00c0 plusieurs reprises, dans <em>La vie flottante<\/em>, Warren convoque ces intervalles : \u00ab\u00a0La pens\u00e9e est faite d\u2019espaces et d\u2019encha\u00eenements\u00a0\u00bb (2015, 129). Je ne peux que penser \u00e0 comment le philosophe Maldiney aborde le po\u00e8me, dans ses formes m\u00e9taphysiques et textuelles, compos\u00e9es toutes les deux de ces \u00ab\u00a0vides m\u00e9dians\u00a0\u00bb. Il faut laisser une part d\u2019absence pour que la lumi\u00e8re nous traverse; pour que l\u2019entendement nous transporte loin de l\u2019opacit\u00e9. Ou pour que l\u2019opaque prenne sens. Ces vides sont constitutifs, fondamentaux, et se retrouvent \u00e9galement dans le rythme du po\u00e8me, plac\u00e9s au c\u0153ur d\u2019un essai de Warren\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab Marcher capter des ombres des fractions<a id=\"footnoteref3_ullo9pa\" class=\"see-footnote\" title=\" Il s\u2019agit d\u2019une transcription de la mise en page du po\u00e8me, qui, \u00e9crit sur une ligne, est s\u00e9par\u00e9 en trois, par ces larges espaces. \" href=\"#footnote3_ullo9pa\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb (2015, 35).<\/p>\n<p>L\u2019absence souligne ce qui persiste dans les interstices, et apporte l\u2019apaisement de la lumi\u00e8re. L\u2019\u00e9clatement multiplie le mouvement, assure l\u2019ouverture, \u00ab\u00a0parce qu\u2019en chacun [des vides] s\u2019ouvre tout l\u2019horizon d\u2019o\u00f9 tout repart de rien\u00a0\u00bb (Maldiney 2012, 77).<\/p>\n<p><em>Repartir<\/em>, <em>recommencer<\/em>, les gestes se croisent, se reconnaissent, pour d\u00e9passer les possibilit\u00e9s du po\u00e8me.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je brode ma pens\u00e9e dans les creux de son texte. J\u2019avance dans les n\u0153uds, dans les blancs, sans suivre de direction pr\u00e9cise\u00a0: l\u2019\u00e9criture de l\u2019essai se fait par \u00e9lans et par arr\u00eats. En lisant <em>Interroger l\u2019intensit\u00e9<\/em>, je me retrouve \u00e0 nouveau face \u00e0 l\u2019absence de texte sur la page\u00a0: elle devient peu \u00e0 peu un rep\u00e8re dans l\u2019\u0153uvre de Warren. Or, elle pr\u00e9cise que le \u00ab\u00a0blanc est porteur de paradoxes\u00a0\u00bb (Warren 1999, 53), et qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019a pas pour [elle] le sens du vide, ou d\u2019une absence\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.).\u00a0<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 je voyais du vide, elle voit une pr\u00e9sence. J\u2019opposais la b\u00e9ance \u00e0 la mati\u00e8re. Ma r\u00e9flexion chancelle, je m\u2019appuie sur le texte \u00e9crit et celui \u00e0 \u00e9crire. Un temps de silence o\u00f9 je dois distinguer ma voix de celle de Warren.<\/p>\n<p>Je souhaite garder pr\u00e8s de moi la lumi\u00e8re et le manque, qui composent ma d\u00e9marche et me gardent en mouvement. Une tension par laquelle ma pens\u00e9e advient.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Au sein d\u2019un m\u00eame recueil, l\u2019essayiste et po\u00e8te s\u2019installe dans les espaces ferm\u00e9s et ouverts, tous d\u2019une intimit\u00e9 touchante et famili\u00e8re. Le paysage est-il la maison de sa pens\u00e9e? Les deux m\u2019habitent, peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils ne sont pas deux, mais bien un\u00a0: \u00ab\u00a0Le fragment\u00a0: une cellule. [\u2026] Quand j\u2019entre dans cette petite chambre, je respire\u00a0\u00bb (Warren 2017a, 96). Les \u00e9chelles se flouent. L\u2019immensit\u00e9 peut \u00eatre conserv\u00e9e, int\u00e8gre, dans une phrase ou un vers\u00a0: posture d\u2019accueil par laquelle vivre\u00a0: \u00ab\u00a0La fonction d\u2019habiter fait le joint entre le plein et le vide. Un \u00eatre vivant emplit un refuge vide. Et les images habitent\u00a0\u00bb (Bachelard 2020, 210).<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>La pratique du fragment chez l\u2019essayiste est indissociable de cette sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019espace, figurant dans la structure anecdotique ou dans la forme de ses textes. Dans un essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le passage\u00a0\u00bb, Warren se plonge dans l\u2019exploration d\u2019une maison qu\u2019elle a habit\u00e9e lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant, particuli\u00e8rement dans cet espace transitoire qu\u2019est le couloir \u00e0 l\u2019\u00e9tage, qui lui servait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de chambre. Elle \u00e9tait en \u00e9l\u00e9vation vers le ciel, tout pr\u00e8s des escaliers, son lit \u00ab\u00a0coll\u00e9 aux barreaux de la rampe \u00bb (2015, 97). Alors que cet espace transitoire \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9, le jour, et \u00ab\u00a0assez bruyant le soir\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.), l\u2019enfant s\u2019y installe et y <em>demeure<\/em>. Dans \u00ab\u00a0cet espace sans lieu\u00a0\u00bb (2015, 98), elle cr\u00e9e un lieu de pens\u00e9e et de m\u00e9moire. Cet espace transitoire devient l\u2019endroit o\u00f9 elle se construit, o\u00f9 elle inscrit sa subjectivit\u00e9. Elle fait sien ce non-lieu, qui n\u2019invite pas au refuge, et qui pourtant, devient l\u2019abri de son intimit\u00e9. Elle inscrit le <em>passage<\/em> comme espace tangible et l\u00e9gitime de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je m\u2019arr\u00eate \u00e0 nouveau. Je rejoins la maison jaune de ma grande s\u0153ur dans laquelle j\u2019ai dormi de nombreuses nuits. J\u2019y adorais mes s\u00e9jours lorsque j\u2019\u00e9tais enfant. Je jouais avec sa fille, qui \u00e9tait \u00e2g\u00e9e d\u2019un an de plus que moi. La chambre de ma ni\u00e8ce, A., \u00e9tait, comme celle que d\u00e9crit Warren, dans le couloir, \u00e0 l\u2019\u00e9tage. Il fallait monter les escaliers, tourner \u00e0 droite, et continuer jusqu\u2019au bout. Le soir tomb\u00e9, je ressentais la peur du noir m\u00eal\u00e9e \u00e0 l\u2019excitation de dormir ailleurs \u2013 hors de ma ville, hors de ma maison. L\u2019essayiste d\u00e9crit sa chambre d\u2019enfance par son absence de porte et de fen\u00eatre (2015, 99), alors qu\u2019il n\u2019y avait, dans celle de A., qu\u2019une fen\u00eatre donnant sur le bureau de poste et sur le parc. Ma grande s\u0153ur avait aussi pos\u00e9 un rideau en guise de porte, pour donner \u00e0 sa fille pr\u00e9adolescente un semblant d\u2019intimit\u00e9. La nuit tomb\u00e9e, je m\u2019imaginais que le rideau allait s\u2019agiter, comme pris dans un vent inconnu, dans un mouvement invisible.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>L\u2019essayiste insiste sur la forme et sur le mouvement\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture du fragment elle-m\u00eame est transitoire. J\u2019ajoute des mots, rature, recompose\u00a0\u00bb (2015, 100).\u00a0<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas attendu de terminer ma lecture de son fragment, de son r\u00e9cit d\u2019enfance pour voir appara\u00eetre ces images de mon propre pass\u00e9. La pr\u00e9cision de sa prose m\u2019a interrompue dans le milieu d\u2019une phrase, et j\u2019ai profit\u00e9 de la pause entre deux mots pour m\u2019\u00e9garer, un temps, dans cette p\u00e9riode de plus en plus lointaine. L\u2019imaginaire de la maison est \u00e9vocateur, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019agit pas de la n\u00f4tre. Pour Bachelard, \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre abrit\u00e9 sensibilise les limites de son abri.\u00a0Il vit la maison dans sa r\u00e9alit\u00e9 et dans sa virtualit\u00e9, par la pens\u00e9e et les songes \u00bb (2020, 57). Le corridor est le \u00ab\u00a0passage\u00a0\u00bb au sens familier du terme, mais surtout au sens de circulation des images et des pens\u00e9es, qui ont berc\u00e9 l\u2019enfant et qui habitent toujours l\u2019\u00e9crivaine. J\u2019habite ce pass\u00e9 comme Warren s\u2019abrite de cet imaginaire du mouvement, \u00e0 travers le couloir de sa maison d\u2019enfance. Dans la bri\u00e8vet\u00e9 de ses descriptions, sa pr\u00e9sence rejoint la mienne, dans un lieu cr\u00e9\u00e9, imagin\u00e9, \u00e0 m\u00eame l\u2019espace du souvenir et celui du texte.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Cet espace du texte se m\u00eale \u00e0 sa vie, \u00e0 son pr\u00e9sent, \u00e0 sa pr\u00e9sence et \u00e0 sa m\u00e9moire, que j\u2019actualise par ma lecture. Fluidit\u00e9 du parcours, multiplicit\u00e9 des voix. Je sens presque que je triche, que je vole ses souvenirs. Ma culpabilit\u00e9, je l\u2019incarne dans la gr\u00e2ce d\u2019une main qui \u00e9crit, d\u2019une main qui tient un livre, qu\u2019on porte sous le menton pour reposer sa t\u00eate. Malgr\u00e9 l\u2019imposture, je me laisse porter par le geste d\u2019une autre.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Il me faut habiter le parcours de ma pens\u00e9e dans ses doutes. Le plus difficile est de se retrouver dans l\u2019\u00e9garement m\u00eame. Et pourtant, me voil\u00e0 dans l\u2019interruption, dans la coupure des phrases, des vers, des paragraphes. Le fragment permet de saisir un sens dans l\u2019\u00e9paisseur des contradictions. Chaque \u00e9lan n\u00e9cessite cette coupure pour que la pens\u00e9e se d\u00e9ploie. En t\u00eate, je conserve les mots de Warren, qui s\u2019attarde \u00e0 l\u2019espace entre les lettres. Je r\u00e9p\u00e8te sa parole pour poursuivre la pratique du fragment\u00a0: \u00ab\u00a0Langue secr\u00e8te, \u00e9cho de la d\u00e9chirure, qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019effacement et d\u00e9sire \u00eatre vue\u00a0\u00bb (2008, 179). \u00c0 chaque pause, l\u2019intervalle s\u2019agrandit, s\u2019approfondit.\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>J\u2019h\u00e9site \u00e0 poursuivre cette d\u00e9marche qui se segmente dans le temps et dans les lieux\u00a0: j\u2019\u00e9cris et je pense assise \u00e0 mon bureau, \u00e0 la biblioth\u00e8que, au parc, au Jardin botanique. Entre les p\u00e9riodes d\u2019\u00e9criture, il y a d\u2019autres temps et d\u2019autres lieux, o\u00f9 je prom\u00e8ne mon corps et ma pens\u00e9e en gardant derri\u00e8re mon front une petite porte ouverte\u00a0: mon esprit comme une fen\u00eatre qui me permet d\u2019atteindre la po\u00e9sie dans les essais de Warren. Je me retrouve \u00e0 la rencontre de l\u2019espace symbolique et du dehors. Mes lectures et ce texte m\u2019am\u00e8nent dans le mouvement des parcelles d\u2019\u00e9criture : \u00ab\u00a0La pens\u00e9e est tr\u00e8s mobile. Mall\u00e9able. Quand le fragment s\u2019arr\u00eate, quand la composition est termin\u00e9e, tout se solidifie\u00a0\u00bb (Warren 2015, 100). Est-ce seulement possible d\u2019arr\u00eater sa pens\u00e9e?\u00a0<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Je suis install\u00e9e devant une grande fen\u00eatre sale, \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019universit\u00e9 d\u00e9sert\u00e9e. J\u2019ouvre un document, je tourne une page, mon regard effleure des mots sans les saisir. Un mouvement me fait relever la t\u00eate vers le rectangle de verre. Un moineau domestique s\u2019accroche \u00e0 la paroi de brique, puis vole un peu plus haut, en tentant de rester sur place assez longtemps pour picorer une toile d\u2019araign\u00e9e au coin des murs, avant de repartir aussit\u00f4t. Bachelard dit qu\u2019\u00ab\u00a0une simple image, si elle est nouvelle, ouvre un monde.\u00a0Vu des mille fen\u00eatres de l\u2019imaginaire, le monde est changeant\u00a0\u00bb (2020, 204). Je me surprends \u00e0 avoir esp\u00e9r\u00e9 que l\u2019oiseau reste l\u00e0, encore un peu. Mais ce moment \u00e0 la fois minuscule et grandiose l\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment par son caract\u00e8re furtif. Un morceau de temps partag\u00e9, que je poursuis dans ce fragment.\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Bachelard, Gaston. 2020 [1957]. <em>La po\u00e9tique de l\u2019espace<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>Berque, Augustin. 1995<em>. Les raisons du paysage\u00a0: de la Chine antique aux environnements de synth\u00e8se<\/em>. Paris\u00a0: Hazan.<\/p>\n<p>Besse, Jean-Marc. 2000. <em>Voir la terre. Six essais sur le paysage et la g\u00e9ographie<\/em>. Arles\u00a0: Actes Sud.<\/p>\n<p>Bouvet, Rachel. 2023. \u00ab\u00a0For\u00eats et cabanes. Les figures du refuge\u00a0\u00bb, dans Chartier, Daniel et Sara B\u00e9rard-Goulet (dir.), <em>The northern forest: la for\u00eat nordique<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Imaginaire-Nord.\u00a0<\/p>\n<p>Claudel, Paul. 1963. <em>R\u00e9flexions sur la po\u00e9sie<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Didi-Huberman, Georges. 2001. <em>G\u00e9nie du non-lieu\u00a0: air, poussi\u00e8re, empreinte, hantise<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Grossman, Evelyne. 2008. <em>L\u2019angoisse de penser<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Maldiney, Henri. 2012 [1993]. <em>L\u2019art, l\u2019\u00e9clair de l\u2019\u00eatre<\/em>. Paris\u00a0: Cerf.<\/p>\n<p>Nietzsche, Friedrich. 2000 [1886]. <em>Par-del\u00e0 le bien et le mal\u00a0: pr\u00e9lude \u00e0 une philosophie de l\u2019avenir<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Warren, Louise. 1999. <em>Interroger l\u2019intensit\u00e9<\/em>. Laval\u00a0: Trois.<\/p>\n<p>______. 2008. <em>La forme et le deuil. Archives du lac<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: l\u2019Hexagone.<\/p>\n<p>______. 2015. <em>La vie flottante. Une pens\u00e9e de la cr\u00e9ation<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Noro\u00eet.<\/p>\n<p>______. 2017. <em>L\u2019enveloppe invisible<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Noro\u00eet.<\/p>\n<p>______. 2017. <em>Le plus petit espace<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Noro\u00eet.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_u3smsl4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_u3smsl4\">[1]<\/a> Louise Warren, <em>La forme et le deuil\u00a0: Archives du lac<\/em>, Montr\u00e9al, L\u2019Hexagone, 2008, p. 79.<\/p>\n<p id=\"footnote2_bjthxlb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_bjthxlb\">[2]<\/a> Par exemple, dans le <em>Livre des branches. Dans l\u2019atelier d\u2019Alexandre Hollan<\/em>. 2005. Orl\u00e9ans\u00a0: Le Pli. Je souligne \u00e9galement son analyse et ses commentaires sur les ateliers et les d\u00e9marches de diff\u00e9rent\u00b7e\u00b7s artistes, tels que Sylvie Marceau (peintre), Richard-Max Tremblay (peintre et photographe), Violaine Gaudreau (sculptrice), dans <em>Interroger l\u2019intensit\u00e9<\/em>. 1999, Laval\u00a0: Trois.<\/p>\n<p id=\"footnote3_ullo9pa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_ullo9pa\">[3]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019une transcription de la mise en page du po\u00e8me, qui, \u00e9crit sur une ligne, est s\u00e9par\u00e9 en trois, par ces larges espaces.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Henrie, Rachel. 2023.\u00a0\u00ab \u00a0Un interm\u00e9diaire : le fragment dans la pratique po\u00e9tique et essayistique de Louise Warren\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab Bribes : La litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no. 38, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/henrie-38&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/henrie_38.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 henrie_38.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-ea1c7fff-ca65-44f8-8914-399ab7810e4d\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/henrie_38.pdf\">henrie_38<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/henrie_38.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-ea1c7fff-ca65-44f8-8914-399ab7810e4d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab Bribes : La litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no. 38 La lettre vient seule avant le mot. Signe qui invente un vocable, un rythme, une secousse venue des tombeaux. Signe qui retourne \u00e0 l\u2019univers, se trouve ainsi isol\u00e9, confront\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, tel l\u2019espace entre les lettres. \u00c9criture rompue qui va vers l\u2019indicible, qui occupe son espace. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1353,1354,1131],"tags":[179],"class_list":["post-5747","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-bribes-la-litterature-en-fragments","category-fragments-dexperience","category-type","tag-henrie-rachel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5747"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5747\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8272,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5747\/revisions\/8272"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}