{"id":5749,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-fragmentation-dans-diario-de-una-princesa-montonera-2016-de-mariana-eva-perez-de-la-brisure-au-collage\/"},"modified":"2024-08-15T16:19:38","modified_gmt":"2024-08-15T16:19:38","slug":"la-fragmentation-dans-diario-de-una-princesa-montonera-2016-de-mariana-eva-perez-de-la-brisure-au-collage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5749","title":{"rendered":"La fragmentation dans \u00ab Diario de una princesa montonera \u00bb (2016) de Mariana Eva P\u00e9rez : de la brisure au collage"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"_wp_link_placeholder\" data-wplink-edit=\"true\">Dossier\u00a0\u00ab Bribes : La litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no. 38<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0Certaines \u00e9critures se construisent sur la n\u00e9cessit\u00e9 fragmentaire\u2009; elles s\u2019alimentent du bris, elles en sacralisent le geste, elles d\u00e9bouchent, finalement, sur un \u00e9clatement\u00a0\u00bb, \u00e9crit Ricard Ripoll en conclusion de l\u2019ouvrage <em>L\u2019\u00e9criture fragmentaire : Th\u00e9ories et pratiques <\/em>(2022). L\u2019\u00e9criture de l\u2019argentine Mariana Eva P\u00e9rez dans <em>Diario de una princesa montonera <\/em>(2016) correspond pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9 fragmentaire : car comment \u00e9crire autrement que par fragments une histoire \u2014 son histoire \u2014 bris\u00e9e par la dictature militaire argentine et le terrorisme d\u2019\u00c9tat\u2009? Le 6 octobre 1978, Mariana Eva P\u00e9rez, qui n\u2019a alors que quinze mois, sa m\u00e8re enceinte et son p\u00e8re sont s\u00e9questr\u00e9s par les officiers de l\u2019ESMA (l\u2019\u00e9cole de m\u00e9canique de la Marine<a id=\"footnoteref1_wnorqs9\" class=\"see-footnote\" title=\" C\u2019est dans ce lieu qu\u2019avait lieu la majorit\u00e9 des tortures durant la dictature. \" href=\"#footnote1_wnorqs9\">[1]<\/a>). Elle sera par la suite restitu\u00e9e \u00e0 sa famille paternelle, mais elle ne reverra jamais ses parents et ne retrouvera la trace de son fr\u00e8re, n\u00e9 en captivit\u00e9, que vingt-deux ans plus tard. Dans son <em>diario<\/em> \u2014 son journal \u2014, Mariana Eva P\u00e9rez raconte sa lutte toujours constante de construire \u2014 d\u2019\u00e9crire \u2014 son histoire et celle de sa famille. La forme choisie, celle du journal intime, impose d\u00e9j\u00e0 une certaine fragmentation \u00e0 l\u2019\u00e9criture. N\u00e9anmoins, cette fragmentation est surtout li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de son histoire \u2014 une histoire li\u00e9e d\u00e8s sa naissance au terrorisme d\u2019\u00c9tat, une histoire pleine de trous et de disparus.<\/p>\n<p>Nous questionnerons ainsi cette correspondance entre \u00e9clatement du r\u00e9cit et \u00e9clatement du pass\u00e9 dans <em>Diario de una princesa montonera. <\/em>Nous nous demanderons \u00e9galement comment l\u2019\u00e9criture fragmentaire a paradoxalement permis \u00e0 Mariana Eva P\u00e9rez de recoller les fragments de son histoire et de reconstituer, morceau par morceau, l\u2019image de ses parents.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9clatement du r\u00e9cit<\/h2>\n<h3><em>Le journal intime\u00a0: un genre fragment\u00e9<\/em><\/h3>\n<p><em>Diario de una princesa montonera<\/em>, par son titre m\u00eame, s\u2019affilie au genre autobiographique du journal intime. Le journal est par d\u00e9finition un genre \u00e9clat\u00e9, fragment\u00e9, puisque, comme l\u2019\u00e9crit notamment Roland Barthes, \u00ab\u00a0son tissu est sans cesse rompu par la pression des jours, des sensations et des id\u00e9es\u00a0\u00bb (Barthes<a id=\"footnoteref2_umhzbri\" class=\"see-footnote\" title=\" Cit\u00e9 par Philippe Vercaemer. 1993. \u00ab\u00a0Roland Barthes : Le roman du fragment\u00a0\u00bb. \u00c9critures discontinues. Pessac : Presses Universitaires de Bordeaux. \" href=\"#footnote2_umhzbri\">[2]<\/a> 1962, 175). L\u2019\u00e9criture diariste se construit par une juxtaposition de sc\u00e8nes du quotidien, de moments de vie, de fragments de pens\u00e9e, qui n\u2019ont pas forc\u00e9ment de liens causals. Il y a une spontan\u00e9it\u00e9 de l\u2019\u00e9criture\u00a0: l\u2019auteur \u00e9voque des moments choisis et fragmentaires. Dans la premi\u00e8re \u00e9dition de <em>Diario de una princesa montonera<\/em>, Mariana Eva P\u00e9rez nous raconte ainsi des fragments de son quotidien, depuis son retour en Argentine apr\u00e8s ses voyages en Europe jusqu\u2019\u00e0 son mariage. En filigrane, l\u2019absence de ses parents est omnipr\u00e9sente et hante sa vie, ses r\u00eaves, et donc chaque page du livre. En effet, leur fant\u00f4me appara\u00eet dans la majorit\u00e9 des nombreux r\u00eaves qu\u2019elle nous d\u00e9crit, mais aussi de mani\u00e8re plus concr\u00e8te, notamment dans son travail de th\u00e8se sur la repr\u00e9sentation des disparus, dans les diff\u00e9rents proc\u00e8s contre les militaires de l\u2019ESMA auxquels elle assiste, ou encore dans ses recherches pour retrouver les traces de ses parents. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019un journal intime traditionnel, le texte n\u2019indique pas les diff\u00e9rentes dates d\u2019\u00e9criture\u00a0: le r\u00e9cit s\u2019organise plut\u00f4t en diff\u00e9rents fragments s\u00e9par\u00e9s par un titre en gras. Les blocs textuels sont souvent in\u00e9gaux\u00a0: ils peuvent \u00eatre constitu\u00e9s de plusieurs pages ou au contraire se r\u00e9duire \u00e0 quelques phrases, ou m\u00eame \u00e0 quelques mots. C\u2019est par exemple le cas de \u00ab Le premier dimanche sans N\u00e9stor<a id=\"footnoteref3_8jcz2en\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0el primer domingo sin N\u00e9stor\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote3_8jcz2en\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb (Eva P\u00e9rez 2016, 171, je traduis) qui se r\u00e9duit \u00e0 la simple interjection \u00ab\u00a0Ah\u00a0!<a id=\"footnoteref4_rxan9ra\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0\u00a1Ay!\u00bb \" href=\"#footnote4_rxan9ra\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb (171, je traduis), mais qui est suffisante pour traduire la peine de l\u2019auteure lors de la mort du pr\u00e9sident N\u00e9stor Kirchner en 2010. Outre la fragmentation inh\u00e9rente au genre diariste, <em>Diario de una princesa montonera<\/em> se d\u00e9marque \u00e9galement par la forte h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des composants qu\u2019il r\u00e9unit et qui participe \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de l\u2019\u0153uvre. En effet, on peut noter diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes ench\u00e2ss\u00e9s dans le journal\u00a0: reproduction de dialogues, notes, po\u00e8mes, cartes, courriels, etc. La transm\u00e9dialit\u00e9, avec l\u2019insertion de photographies, rompt un peu plus toute tentation de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ou l\u2019unit\u00e9 du journal. On note une volont\u00e9 de Mariana Eva P\u00e9rez de ne pas restreindre son \u00e9criture \u00e0 une forme homog\u00e8ne et p\u00e9trifiante mais de\u00a0 privil\u00e9gier une \u00e9criture en mouvement qui d\u00e9joue la lin\u00e9arit\u00e9 traditionnelle. Elle a l\u2019intuition que dans la fragmentation se cache une v\u00e9rit\u00e9, ce \u00ab\u00a0110% vrai\u00a0\u00bb qu\u2019elle promet ironiquement dans le paratexte de l\u2019\u0153uvre. En effet, la fragmentation permet \u00e0 son \u00e9criture de suivre r\u00e9ellement le mouvement de ses pens\u00e9es, sans avoir \u00e0 construire un tout qui serait artificiellement unifi\u00e9 et entrav\u00e9. La mise en \u00e9clats de ses pens\u00e9es lui permet de garder une certaine authenticit\u00e9 tout autant qu\u2019une grande libert\u00e9 dans son \u00e9criture.\u00a0<\/p>\n<h3><em>Du blogue au livre\u00a0: une recherche de la fragmentation<\/em><\/h3>\n<p><em>Diario de una princesa montonera<\/em> est d\u2019abord pens\u00e9 par Mariana Eva P\u00e9rez en 2009 sous la forme d\u2019un blogue. C\u2019est cette forme particuli\u00e8re qui lui a permis de trouver sa voix. Elle confie dans une interview\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>J\u2019aime beaucoup lire des romans et j\u2019aurais aim\u00e9 \u00e9crire un roman, m\u00eame quelque chose de bien traditionnel. Je n\u2019ai pas r\u00e9ussi. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9crire un r\u00e9cit et ce n\u2019\u00e9tait que des mots lourds, une chose qui ressemblait \u00e0 un expos\u00e9 dans un congr\u00e8s ou \u00e0 un discours des organismes des Droits Humains, une chose qui finit par ne rien dire<a id=\"footnoteref5_hbe4osl\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab A m\u00ed me gusta mucho leer novelas y hubiera querido escribir una novela, incluso algo bien tradicional. No me sali\u00f3. Intent\u00e9 escribir narrativa y eran todas palabras pesadas, una cosa que iba hacia la ponencia en un congreso o hacia el discurso de los organismos de Derechos Humanos, que terminan no diciendo nada\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote5_hbe4osl\">[5]<\/a>. (Eva P\u00e9rez 2021, je traduis)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le recours au blogue lui a ainsi permis de lib\u00e9rer son \u00e9criture. Contrairement au t\u00e9moignage papier ou au roman fig\u00e9 dans sa forme et imposant le plus souvent un mouvement continu et lin\u00e9aire, le blogue est un mode d\u2019expression fragmentaire\u00a0: il se d\u00e9compose en articles et rubriques, et peut toujours \u00eatre aliment\u00e9 de nouveaux articles. Cette dynamique fragmentaire permet de conserver un certain mouvement et d\u2019emp\u00eacher tout risque de figement\u00a0: le fragment devient \u00ab\u00a0un moyen de r\u00e9sister au pi\u00e8ge de l\u2019\u00e9criture qui a tendance \u00e0 se figer en syst\u00e8me, [\u2026] un moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la fixation du sens\u00a0\u00bb (Marsloff s.d).\u00a0 La disparition forc\u00e9e a \u00e9t\u00e9 une th\u00e9matique largement abord\u00e9e par les auteur.e.s de ces derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019une part, car r\u00e9pondant \u00e0 un traumatisme touchant l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 argentine et d\u2019autre part correspondant \u00e0 un besoin m\u00e9moriel vital. Mais ces \u0153uvres portent en elles le risque d\u2019un figement de l\u2019enjeu m\u00e9moriel ou le risque d\u2019un \u00ab\u00a0\u00e9puisement des formes narratives adopt\u00e9es pour raconter les faits tragiques du pass\u00e9 r\u00e9cent<a id=\"footnoteref6_6ckqosf\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0el agotamiento de las formas narrativas adoptadas para narrar los hechos tr\u00e1gicos del pasado reciente\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote6_6ckqosf\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb (Pron 2016, 8, je traduis). Le recours \u00e0 la fragmentation permet d\u2019explorer une nouvelle modalit\u00e9 d\u2019\u00e9criture capable d\u2019\u00e9chapper au figement et de renouveler le sens des narrations m\u00e9morielles. Dans la transcription papier du blogue, on retrouve l\u2019oralit\u00e9 et la fragmentation caract\u00e9ristiques de cette forme num\u00e9rique. N\u00e9anmoins, Mariana Eva P\u00e9rez regrettera une certaine perte de cette fragmentation par la mise en livre\u00a0: \u00ab\u00a0Le livre respecte une caract\u00e9ristique du blogue qui est qu\u2019il s\u2019agit de textes brefs avec un caract\u00e8re assez fragmentaire. Malheureusement, cette fragmentation qui me paraissait positive se perd et on y retrouve une certaine lin\u00e9arit\u00e9<a id=\"footnoteref7_qaonkqc\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0el libro respecta una caracter\u00edstica del blog que tiene que ver con que son textos breves y tienen un car\u00e1cter bastante fragmentario. Lamentablemente, esa fragmentaridad que me parecio algo positivo se pierde y se repone una cierta linealidad\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote7_qaonkqc\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb (2013, je traduis). En effet, le livre respecte une continuit\u00e9 chronologique qui impose une lecture lin\u00e9aire. N\u00e9anmoins, nous ne savons pas combien de temps s\u2019\u00e9coule entre chaque fragment d\u2019\u00e9criture. L\u2019effacement des donn\u00e9es temporelles, pourtant bien pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019origine dans le blogue, peut \u00eatre li\u00e9 \u00e0 une volont\u00e9 de l\u2019auteure de renouer avec un certain \u00e9clatement.\u00a0<\/p>\n<h2>La violence de l\u2019\u00e9clat<\/h2>\n<h3><em>Violence de la fragmentation et violence du r\u00e9el<\/em><\/h3>\n<p>La fragmentation en tant qu\u2019\u00e9clatement, qu\u2019explosion, implique une certaine violence. On retrouve cette violence dans l\u2019origine \u00e9tymologique du mot \u00ab\u00a0fragment\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La fragmentation est d\u2019abord une violence subie, une d\u00e9sagr\u00e9gation intol\u00e9rable. On a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que les mots latins de <em>fragmen<\/em>, de <em>fragmentum<\/em> viennent de <em>frango<\/em>\u00a0: briser, rompre, fracasser, mettre en pi\u00e8ce, en poudre, en miettes, an\u00e9antir. En grec, c\u2019est le <em>Klasma<\/em>, l\u2019<em>apoklasma<\/em>, l\u2019<em>apospasma<\/em>, de tir\u00e9 violemment. Le <em>spasmos<\/em> vient de l\u00e0\u00a0: convulsion, attaque nerveuse, qui disloque. (Montandon 1992, 77)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fragment est \u00ab\u00a0le morceau d\u2019une chose bris\u00e9e, en \u00e9clats\u00a0\u00bb (77). Il est donc signe d\u2019une d\u00e9chirure, d\u2019une b\u00e9ance\u00a0: il pr\u00e9suppose l\u2019existence pr\u00e9alable d\u2019une unit\u00e9, d\u2019un tout qui a \u00e9clat\u00e9. Mais cette d\u00e9chirure du texte, \u00e0 quoi est-elle due ? Si Mariana Eva P\u00e9rez privil\u00e9gie l\u2019\u00e9criture fragmentaire, c\u2019est parce que son histoire elle-m\u00eame est fragmentaire. La dictature militaire qui a dur\u00e9 de 1976 \u00e0 1983 reste la p\u00e9riode la plus violente de l\u2019histoire argentine, et est marqu\u00e9e par de nombreux enl\u00e8vements, tortures et assassinats des activistes et opposants politiques. La disparition massive de plus de 30 000 personnes provoque un traumatisme sans pr\u00e9c\u00e9dent. Avec la fin de la dictature, de nombreux organismes sont cr\u00e9\u00e9s pour rechercher et retrouver la trace des disparus\u00a0: les plus connus restent \u00e0 ce jour les Grands-m\u00e8res de la Plaza de Mayo, et les H.I.J.O.S. (acronyme pour Hijos por la Identidad y la Justicia contra el Olvido y el Silencio<a id=\"footnoteref8_cupthq8\" class=\"see-footnote\" title=\" Fils et filles pour l'identit\u00e9 et la justice contre l'oubli et le silence \" href=\"#footnote8_cupthq8\">[8]<\/a>). Mariana Eva P\u00e9rez travaille notamment avec H.I.J.O.S et r\u00e9ussit \u00e0 retrouver son fr\u00e8re en 2000. N\u00e9anmoins, elle ne retrouvera jamais ses parents et cette perte restera une d\u00e9chirure terrible pour elle. Orpheline, ce sont l\u2019absence et le manque qui dominent dans son \u00e9criture, tant dans la forme que dans les th\u00e9matiques abord\u00e9es. Au sujet de son p\u00e8re, elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas de photos o\u00f9 il est plus grand. Je n\u2019ai pas de photos en couleurs. Je n\u2019ai pas de photos en pied<a id=\"footnoteref9_g99n0ch\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0No tengo fotos donde est\u00e9 m\u00e1s grande. No tengo fotos a color. No tengo fotos de cuerpo entero.\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote9_g99n0ch\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb (2016, 132, je traduis). La triple n\u00e9gation accentue la d\u00e9tresse d\u2019une enfant \u00e0 qui on a enlev\u00e9 les parents, mais aussi effac\u00e9 leurs traces. Ainsi, plus encore qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 fragmentaire, Mariana Eva P\u00e9rez ne peut se soustraire \u00e0 une \u00e9criture fragment\u00e9e, morcel\u00e9e, \u00e9clat\u00e9e, car son histoire m\u00eame l\u2019est. Le t\u00e9moignage dans <em>Diario de una princesa montonera<\/em> ne peut donc se faire que sous forme d\u2019explosion.\u00a0<\/p>\n<h3><em>Le silence de la d\u00e9chirure<\/em><\/h3>\n<p>Le silence entoure l\u2019\u00e9criture fragmentaire\u00a0: \u00ab Le fragment suppose cet espace du silence, cet espacement entre deux blocs, entre deux temps du discours\u00a0: il devient une parole essentielle, d\u00e9nu\u00e9e de fioritures [\u2026]\u00a0\u00bb (Ripoll, 2002). Le texte est \u00e9clat\u00e9 et bris\u00e9 en diff\u00e9rents fragments s\u00e9par\u00e9s par le blanc typographique, s\u00e9par\u00e9s \u00e9galement par des ellipses temporelles. Le silence occupe ainsi, dans l\u2019\u00e9criture fragmentaire, une place parfois encore plus importante que le texte. Isabelle Asselin, dans<em> Le roman fragment\u00e9<\/em>, \u00e9crit\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>La fragmentation retrouve la force du mot, celui qui est dit et celui qui ne l\u2019est pas. Car la fragmentation pointe vers ce qui n\u2019est pas \u00e9crit, elle pointe la zone du blanc comme un lieu d\u2019\u00e9criture\u00a0: \u00e9criture n\u00e9gative d\u2019une d\u00e9tresse, d\u2019un silence, d\u2019une voix arr\u00eat\u00e9e, d\u2019une identit\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e. La fragmentation met en relief l\u2019espace qui d\u00e9coupe, qui taraude, qui obs\u00e8de le texte. (Asselin 2003)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 de la souffrance, l\u2019intimit\u00e9 m\u00eame du v\u00e9cu, ne peuvent \u00eatre contenues dans un langage trop g\u00e9n\u00e9rique, trop impersonnel, qui se vide peu \u00e0 peu de sens \u00e0 mesure que le temps passe. Les mots ne sont plus suffisants, les phrases se disloquent face \u00e0 la souffrance, ce qui entra\u00eene une fragmentation du texte en diff\u00e9rents \u00eelots port\u00e9s par le silence. L\u2019\u00e9clatement du texte est donc la cons\u00e9quence de l\u2019exp\u00e9rience de la limite, o\u00f9 la souffrance est telle que les mots manquent et que le silence finit par dominer\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] la fragmentation a partie li\u00e9e avec le silence\u00a0: quelque chose est tu qui fragmente le texte. L\u2019interruption nous para\u00eet d\u00e8s lors montrer du doigt, non plus la fragmentation de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle s\u2019impose \u00e0 l\u2019esprit, mais celle du langage m\u00eame\u00a0: \u00ab il y a de l\u2019impossible \u00e0 dire \u00bb. (Orace 2002)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fragment touche donc \u00e0 l\u2019indicible, \u00e0 l\u2019ineffable, \u00e0 ce qui ne peut \u00eatre dit avec des mots. Il laisse entrevoir la b\u00e9ance et les d\u00e9chirures laiss\u00e9es par la violence. C\u2019est pourquoi \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture du d\u00e9sastre\u00a0\u00bb, tel que la th\u00e9orise Maurice Blanchot dans son essai \u00e9ponyme, est n\u00e9cessairement fragmentaire. Le fragment et la violence sont intimement li\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture est d\u00e9j\u00e0 (encore) violence\u00a0: ce qu\u2019il y a de rupture, brisure, morcellement, le d\u00e9chirement du d\u00e9chir\u00e9 dans chaque fragment, singularit\u00e9 aig\u00fce, pointe ac\u00e9r\u00e9e [\u2026]\u00a0\u00bb (Blanchot 1980, 78). Les blancs typographiques disent donc ce qui manque, ce qui n\u2019est plus l\u00e0. Ces pans de texte disparus font \u00e9cho \u00e0 ce qui a disparu, \u00e0 tous ceux qui ont disparu et qu\u2019on ne retrouvera jamais :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il semble qu\u2019en allemand il y a un mot pour dire l\u2019\u00e9tat de ne pas \u00eatre l\u00e0 : <em>weg<\/em>. C\u2019est un adjectif, je crois. Quelque chose qui est <em>weg<\/em> n\u2019est pas l\u00e0. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 et maintenant ce n\u2019est plus, a expliqu\u00e9 le professeur. <em>Weg<\/em> veut aussi dire chemin. Mais quel est ce nouveau chemin de la langue allemande si l\u2019on peut dire de mani\u00e8re si ferme que <em>Paty und Jose sind weg<\/em><a id=\"footnoteref10_owsjz41\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Parece que en alem\u00e1n hay una palabra para el estado de no estar ah\u00ed:\u00a0weg. Es un adjetivo, creo. Algo que est\u00e1 weg no est\u00e1 ah\u00ed. Estaba\u00a0ah\u00ed y ahora no est\u00e1 m\u00e1s, explic\u00f3 la profe. Weg tambi\u00e9n quiere decir camino. Pero qu\u00e9 nuevo camino es este de la lengua alemana si se puede decir de manera tan contundente que Paty und Jose sind weg.\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote10_owsjz41\">[10]<\/a>. (Eva P\u00e9rez 2016, 174, je traduis)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0L\u2019\u00e9criture fragmentaire dit le <em>weg<\/em> dans sa forme m\u00eame. Le silence et la disparition structurent ainsi le journal de Mariana Eva P\u00e9rez.<\/p>\n<h2>Reconstituer, recoller, reconstruire<\/h2>\n<h3><em>Reconstituer l\u2019identit\u00e9\u00a0<\/em><\/h3>\n<p>Le fragment ne peut se comprendre que par rapport \u2013 et par opposition \u2013 au tout, \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Le fragment t\u00e9moigne d\u2019une unit\u00e9 perdue \u2014 l\u2019unit\u00e9 textuelle, mais aussi, dans le cas de la \u00ab\u00a0Princesa Montonera\u00a0\u00bb, l\u2019unit\u00e9 identitaire. En effet, l\u2019\u00e9criture fragmentaire refl\u00e8te l\u2019image d\u2019un moi bris\u00e9, d\u2019une conception fissur\u00e9e du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb (Defores, Piedimonte 2009). La fragmentation du texte peut ainsi \u00eatre pens\u00e9e comme une analogie de la fragmentation identitaire. En effet, la fragmentation affecte l\u2019auteure, r\u00e9v\u00e9lant les f\u00ealures de son \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e9lant ses lac\u00e9rations int\u00e9rieures. Son identit\u00e9 ne se con\u00e7oit et ne se construit que dans ce morcellement, dans cette fragmentation extr\u00eame, dans une repr\u00e9sentation chaotique et \u00e9clat\u00e9e de soi. Cet \u00e9clatement de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteure se voit d\u00e9j\u00e0 ne serait-ce que par un jeu de d\u00e9doublement. En effet, on note une alternance des pronoms personnels : si, le plus souvent, elle emploie la premi\u00e8re personne du singulier, comme on s\u2019y attend en lisant un journal intime, \u00e0 de nombreuses reprises, elle utilise la troisi\u00e8me personne du singulier pour parler d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est notamment le cas lorsqu\u2019elle se qualifie de \u00ab\u00a0Princesa Montonera\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0La <em>Princesa Montonera<\/em> a men\u00e9 \u00e0 bien tout ce qu\u2019indiquait le protocole<a id=\"footnoteref11_dl7tmk9\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0La Princesa Montonera cumpli\u00f3 con todo lo que indica el protocolo\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote11_dl7tmk9\">[11]<\/a>\u00a0\u00bb (2016, 35, je traduis), dit-elle ironiquement en se rappelant son pass\u00e9 de militante. Elle se met ainsi \u00e0 distance de cette figure mythifi\u00e9e et fantasm\u00e9e de r\u00e9sistante engag\u00e9e. Elle \u00e9crit par exemple avec l\u2019ironie qui caract\u00e9rise son \u00e9criture : \u00ab\u00a0je suis la <em>Princesa<\/em> <em>Montonera<\/em>, ex orpheline superstar, b\u00e9b\u00e9-\u00e9prouvette des organismes argentins des droits humains<a id=\"footnoteref12_y3b1mrk\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0soy la Princesa Montonera, ex hu\u00e9rfana superstar, hija de probeta de los organismos de derechos humanos de la Argentina\u00a0\u00bb (Je traduis). \" href=\"#footnote12_y3b1mrk\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb (2016, 139, je traduis). Du journal autobiographique, nous glissons alors dans l\u2019autofiction. Mariana Eva P\u00e9rez n\u2019est pas \u00e0 strictement parler son personnage : nous ne sommes donc pas dans le genre de l\u2019autobiographie, mais dans celui de l\u2019autofiction. Malgr\u00e9 le sous-titre proclamant un \u00ab\u00a0110% vrai\u00a0\u00bb, Mariana Eva P\u00e9rez nous rappelle \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une fiction. Par cette strat\u00e9gie narrative, elle peut ainsi se r\u00e9inventer dans ce personnage, dans cet alter ego qu\u2019est la \u00ab\u00a0Princesa Montonera\u00a0\u00bb. Le fragment permet alors la recherche, l\u2019exploration, tout autant d\u2019une \u00e9criture balbutiante que d\u2019une identit\u00e9 encore \u00e0 construire par rapport \u00e0 celle de ses parents, mais aussi ind\u00e9pendamment d\u2019elle. Il y a une volont\u00e9 de \u00ab\u00a0faire identit\u00e9\u00a0\u00bb depuis le traumatisme \u00ab\u00a0pour s\u2019approprier son h\u00e9ritage familial et politique, et pour composer, par morceaux de ce legs, sa propre identit\u00e9, en m\u00eame temps que se reconstruisent les liens avec ses parents absents<a id=\"footnoteref13_u9i37gf\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0para apropiarse de su herencia familiar y pol\u00edtica, y para componer con retazos de ese legado su propia identidad mientras reconstruyen los v\u00ednculos con sus padres ausentes.\u00a0\u00bb \u00a0 \" href=\"#footnote13_u9i37gf\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb (Carmen Novo 2016, 36, je traduis). Mariana Eva P\u00e9rez cite dans son journal cette phrase de Gabriel Gatti\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Faire identit\u00e9<\/em> depuis un lieu plein de blessures, sauvage, inconfortable, en sachant que l\u2019identit\u00e9 qui se fait l\u00e0 ne peut renoncer \u00e0 ces marques [\u2026], mais que, aussi \u00e9trange que cela soit, c\u2019est un lieu viable, pensable, cr\u00e9atif m\u00eame<a id=\"footnoteref14_7jnk78u\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Hacer identidad desde un lugar lleno de heridas, agreste, inc\u00f3modo, sabiendo que la identidad que se hace ah\u00ed no puede renunciar a esas marcas, [\u2026] pero que, por raro que sea, es un lugar vivible, pensable, creativo incluso. \u00bb \" href=\"#footnote14_7jnk78u\">[14]<\/a>\u00a0\u00bb (2011, 102, je traduis). L\u2019\u00e9criture fragmentaire, processus cr\u00e9atif, mais aussi m\u00e9moriel, se pr\u00e9sente alors comme \u00ab\u00a0la reconstitution d\u2019une identit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e.\u00a0\u00bb (Ripoll 2002) \u00ab\u00a0Dans ces \u00e9critures qui \u00e9chappent \u00e0 la totalit\u00e9 pointe une utopie. Chaque fragment est une \u00eele et constitue l\u2019archipel d\u2019un d\u00e9sir : celui de la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019une identit\u00e9 cach\u00e9e sous la dispersion des d\u00e9bris.\u00a0\u00bb (Ripoll 2002) L\u2019\u00e9criture fragmentaire devient ainsi un outil de recherche ontologique qui tend \u00e0 retrouver l\u2019unit\u00e9 du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de Mariana Eva P\u00e9rez.\u00a0 L\u2019enjeu est \u00ab [\u2026]\u00a0la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019une m\u00e9moire qui est indiscernable de l\u2019identit\u00e9, ou d\u2019une id\u00e9e d\u2019identit\u00e9<a id=\"footnoteref15_u2lzdhi\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0[\u2026] la recuperaci\u00f3n de una memoria que es indiscernible de la identidad, o de una idea de identidad \u00bb \" href=\"#footnote15_u2lzdhi\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb (Pron 2016, 8, je traduis). Mais pour reconstruire une m\u00e9moire, une identit\u00e9 propre, il faut d\u2019abord r\u00e9ussir \u00e0 recoller les fragments du pass\u00e9.\u00a0<\/p>\n<h3><em>Recoller les fragments du pass\u00e9<\/em><\/h3>\n<p>Nous l\u2019avons dit, la fragmentation de l\u2019\u00e9criture de Mariana Eva P\u00e9rez est aussi celle de son pass\u00e9. L\u2019\u00e9criture fragmentaire correspond \u00e0 une vision de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e o\u00f9 le fragment est la derni\u00e8re trace d\u2019un tout bris\u00e9. Avec peu de souvenirs de ses parents, Mariana Eva P\u00e9rez tente malgr\u00e9 tout de recomposer leur image dans<em> Diario de una princesa montonera<\/em>, avec les fragments qu\u2019elle a collect\u00e9s d\u2019eux, notamment gr\u00e2ce \u00e0 ses enqu\u00eates, son travail, les diff\u00e9rents t\u00e9moignages des membres de sa famille, ses amis et ses coll\u00e8gues. Elle utilise d\u2019ailleurs elle-m\u00eame la m\u00e9taphore de la fragmentation\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous sommes en 1995 et je t\u2019\u00e9cris : l\u2019image que j\u2019ai de toi se compose de mille morceaux de verre fragment\u00e9 \u2014 aujourd\u2019hui j\u2019\u00e9crirais morceaux de verre bris\u00e9 et qui ne forment rien. Je ne te connais que dans la torture, dans la douleur que j\u2019ai d\u2019imaginer qu\u2019ils t\u2019ont tortur\u00e9. G\u00e9g\u00e8ne coups penthotal pendu, j\u2019\u00e9cris. Les bords des \u00e9clats de verre qui forment ton image terminent toujours plant\u00e9s dans ma chair, j\u2019\u00e9cris [\u2026]<a id=\"footnoteref16_psheki6\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Es 1995 y te escribo: mi imagen de vos se compone de miles de vidrios fragmentados \u2014hoy escribir\u00eda vidrios estallados y que no compongan nada\u2014. Solo te conozco en la tortura, en el dolor de imaginar que te torturaron. Picana golpes pentotal colgado, escribo. Las aristas de los vidrios que forman tu imagen siempre terminan clavadas en mi carne, escribo [\u2026]\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote16_psheki6\">[16]<\/a>. (Eva P\u00e9rez 2016, 32, je traduis)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9criture devient un moyen de former, mot apr\u00e8s mot, difficilement, l\u2019image de son p\u00e8re. Mais ce processus n\u2019est pas sans risque ni sans douleur. C\u2019est une reconstitution forc\u00e9ment fragmentaire et lacunaire, li\u00e9e inexorablement \u00e0 la souffrance, comme on le voit avec cette asynd\u00e8te o\u00f9 chaque mot renvoie \u00e0 une torture diff\u00e9rente : \u00ab\u00a0G\u00e9g\u00e8ne coups penthotal pendu, j\u2019\u00e9cris.\u00a0\u00bb. Dans son article\u00a0\u00ab\u00a0\u00c9criture des ruines et m\u00e9tapo\u00e9tique du fragment\u00a0\u00bb (2002), Jean-Yves Laurichesse note : \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture fragmentaire pr\u00e9suppose un monde d\u00e9truit, \u00e0 partir duquel reconstruire. \u00bb Or, c\u2019est bien ce que Mariana Eva P\u00e9rez fait : elle reconstruit son monde, morceau par morceau, en ayant conscience du risque que, malgr\u00e9 tous ses efforts, l\u2019image finale, le monde reconstitu\u00e9, \u00ab\u00a0ne forment rien\u00a0\u00bb. Son travail est une recherche du pass\u00e9\u00a0: elle se d\u00e9crit elle-m\u00eame comme une \u00ab\u00a0d\u00e9tective<a id=\"footnoteref17_y2fjzob\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0como detective\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote17_y2fjzob\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb (132, je traduis) sur les traces de ses parents. Elle s\u2019appuie principalement sur des t\u00e9moignages :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous avons un projet de reconstruction des histoires de vie des disparus o\u00f9 il s\u2019agit justement de cela, de membres de la famille et d\u2019amis qui racontent pour les fils comment \u00e9taient leurs p\u00e8res, o\u00f9 ils militaient, mais aussi ce qu\u2019ils aimaient manger, s\u2019ils faisaient du sport ou s\u2019ils dansaient des danses espagnoles, et aussi comment \u00e9tait leur vie dans le camp de concentration, s\u2019ils avaient des compagnons de captivit\u00e9<a id=\"footnoteref18_wuhr6w4\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0tenemos un proyecto de reconstrucci\u00f3n de las historias de vida de los desaparecidos que se trata justamente de esto, de familiares y amigos que cuentan para los hijos c\u00f3mo eran los padres, d\u00f3nde militaban, pero tambi\u00e9n qu\u00e9 les gustaba comer, si hac\u00edan deportes o bailaban danzas espa\u00f1olas, y tambi\u00e9n c\u00f3mo fue su vida en el campo de concentraci\u00f3n, si hay compa\u00f1eros de cautiverio.\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote18_wuhr6w4\">[18]<\/a>. (166, je traduis)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit avant tout de reconstruire l\u2019image des disparus, de reconstruire le puzzle g\u00e9n\u00e9alogique, dans une volont\u00e9 d\u2019hommage, mais aussi dans un devoir de m\u00e9moire. Dans un mouvement paradoxal, l\u2019\u00e9criture fragmentaire devient ainsi une tentative de retrouver une unit\u00e9, un sens face \u00e0 la brisure et \u00e0 l\u2019\u00e9clatement. L\u2019\u00e9criture fragmentaire permet de recoller les propres fragments qui la composent. \u00ab\u00a0Le fragment assure la coh\u00e9sion du texte par-del\u00e0 les failles, il r\u00e9tablit la liaison par-del\u00e0 la discontinuit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit St\u00e9phanie Orace (2002). Le recours \u00e0 l\u2019\u00e9criture fragmentaire permet ainsi \u00e0 Mariana Eva P\u00e9rez de former des collages, de r\u00e9unir les fragments \u00e9pars du pass\u00e9, \u00e0 l\u2019image du travail que font les membres de H.I.J.O.S et que l\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le r\u00e9cit. \u00c0 ce sujet, dans une r\u00e9flexion m\u00e9talitt\u00e9raire, Mariana Eva P\u00e9rez \u00e9crit : \u00ab\u00a0Et c\u2019est ce que je fais avec tout \u00e7a : prendre ce qui me pla\u00eet, le transformer, faire de cet h\u00e9ritage quelque chose de mien. Un peu comme les collages.<a id=\"footnoteref19_2snmjzb\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Y esto es lo que hago con todo eso: tomar lo que me gusta, transformarlo, hacer de eso heredado algo propio. Un poco como los collages.\u00a0\u00bb (Je traduis) \" href=\"#footnote19_2snmjzb\">[19]<\/a> \u00bb (2016, 147) Elle cr\u00e9e par exemple un photo-collage d\u2019elle et de son p\u00e8re qu\u2019ironiquement \u2014 et tristement \u2014 elle d\u00e9crit comme la seule photo qu\u2019elle a avec lui. Ainsi, dans <em>Diario de una princesa montonera<\/em>, elle organise les fragments sauv\u00e9s de la disparition, les fragments de la m\u00e9moire, et tente de recoller ensemble tout ce qui lui a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9. Si son collage est condamn\u00e9 \u00e0 rester incomplet \u2014 puisque les disparus ne reviendront pas et que certaines traces du pass\u00e9 resteront \u00e0 jamais effac\u00e9es \u2014 il lui permet n\u00e9anmoins de cr\u00e9er une nouvelle image de son histoire o\u00f9 le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent s\u2019entrem\u00ealent et trouvent mutuellement un sens.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>Nous avons pu voir que le processus de fragmentation dans <em>Diario de una princesa montonera<\/em> est complexe, puisqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9clatement du r\u00e9cit correspond l\u2019\u00e9clatement de l\u2019Histoire, du pass\u00e9 de Mariana Eva P\u00e9rez. Cette \u00e9criture fragmentaire est la seule mani\u00e8re de repr\u00e9senter un monde qui appara\u00eet aux yeux de l\u2019auteure comme tout aussi fragment\u00e9. L\u00a0&lsquo;absence de ses parents occupe une place majeure dans chaque page de son journal, et donc une place tout aussi importante dans sa vie, quarante-cinq ans apr\u00e8s \u00ab\u00a0leur disparition forc\u00e9e\u00a0\u00bb. La mise bout \u00e0 bout de ces fragments, d\u2019abord sous la forme d\u2019un blogue, puis sous la forme d\u2019un livre papier, est peut-\u00eatre le seul \u2014 le dernier\u2009? \u2014 moyen pour Mariana Eva P\u00e9rez de redonner un sens aux fragments de sa vie et de celle de ses parents.\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3>Corpus \u00e9tudi\u00e9\u00a0<\/h3>\n<p>Eva P\u00e9rez, Mariana. 2016.<em> Diario de una princesa montonera<\/em>. Barcelone : Marbot Ediciones.\u00a0<\/p>\n<h3>Corpus th\u00e9orique<\/h3>\n<p>Asselin, Isabelle. 2003. \u00ab Le roman fragment\u00e9 \u00bb. Dans <em>Le recueil litt\u00e9raire\u00a0: pratiques et th\u00e9orie d\u2019une forme<\/em>. Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes.\u00a0<\/p>\n<p>Barthes, Roland. 1962. \u00ab Litt\u00e9rature et discontinu \u00bb. Dans<em> Essais critiques I<\/em>.\u00a0 Paris : Seuil.<\/p>\n<p>Blanchot, Maurice. 1980. <em>L\u2019\u00e9criture du d\u00e9sastre<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Carmen Novo, Mar\u00eda. 2016. \u00ab\u00a0Escrituras de la herencia y pol\u00edticas de la memoria\u00a0\u00bb. Dans <em>Memoria, pol\u00edtica y g\u00e9nero<\/em>. Universidad Nacional de R\u00edo Cuarto.<\/p>\n<p>Defores, Marie-Claude. Piedimonte, Yvan. 2009. <em>La constitution de l\u2019\u00eatre<\/em>. Paris\u00a0: Br\u00e9al.<\/p>\n<p>Garrigues, Pierre. 1995. <em>Po\u00e9tiques du fragment<\/em>. Paris : \u00e9ditions Klincksieck.<\/p>\n<p>Gatti, Gabriel. 2011. <em>El lenguaje de las v\u00edctimas: silencios (ruidosos) y parodias (serias) para hablar (sin hacerlo) de la desaparici\u00f3n forzada de personas<\/em>. Universidad del Pa\u00eds Vasco.<\/p>\n<p>Montandon, Alain. 1992<em>. Les formes br\u00e8ves<\/em>. Hachette : Paris.<\/p>\n<p>Laurichesse, Jean-Yves. 2002. \u00ab\u00a0\u00c9criture des ruines et m\u00e9tapo\u00e9tique du fragment dans Le Jardin des Plantes de Claude Simon\u00a0\u00bb. Dans<em> L\u2019\u00e9criture fragmentaire : Th\u00e9ories et pratiques<\/em>. Presses universitaires de Perpignan.<\/p>\n<p>Orace, St\u00e9phanie. 2002. \u00ab\u00a0Histoire de Claude Simon : le fragment comme espace du silence\u00a0\u00bb. Dans <em>L\u2019\u00e9criture fragmentaire : Th\u00e9ories et pratiques<\/em>. Perpignan : Presses universitaires de Perpignan.<\/p>\n<p>Pron, Patricio. 2016. \u00ab\u00a0Prologue\u00a0\u00bb. Dans <em>Diario de una princesa montonera<\/em>.\u00a0 Barcelone : Marbot Ediciones.<\/p>\n<p>Ripoll, Ricardo. 2002. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb. Dans <em>L\u2019\u00e9criture fragmentaire : Th\u00e9ories et pratiques<\/em>. Perpignan : Presses universitaires de Perpignan.\u00a0<\/p>\n<p>Susini-Anastopoulos, Fran\u00e7oise. 1997. <em>L\u2019\u00e9criture fragmentaire\u00a0: D\u00e9finitions et enjeux.<\/em>\u00a0 Paris\u00a0: Presses universitaires de France.<\/p>\n<p>Vercaemer, Philippe. 1993. \u00ab\u00a0Roland Barthes : Le roman du fragment\u00a0\u00bb. Dans <em>\u00c9critures discontinues<\/em>. Pessac : Presses universitaires de Bordeaux.<\/p>\n<h2>Sitographie<\/h2>\n<p>Eva P\u00e9rez, Mariana. 2013.\u00a0 <em>La invenci\u00f3n del padre desaparecido<\/em>. Universit\u00e9 de Cologne. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cL-ZCm0Y_LU\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cL-ZCm0Y_LU<\/a> (Page consult\u00e9e le 4 juillet 2023)<\/p>\n<p>Orosz, Demian. 2021. \u00ab\u00a0La autora de <em>Diario de una princesa montonera<\/em> : \u00ab\u00a0Me gusta desautorizar el lugar sagrado desde el cual se habla\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb <em>La Voz<\/em>. C\u00f3rdoba (Argentine) <a href=\"https:\/\/www.lavoz.com.ar\/numero-cero\/la-autora-de-diario-de-una-princesa-montonera-me-gusta-desautorizar-el-lugar-sagrado-desde-el-cual-se-habla\/\">https:\/\/www.lavoz.com.ar\/numero-cero\/la-autora-de-diario-de-una-princesa-montonera-me-gusta-desautorizar-el-lugar-sagrado-desde-el-cual-se-habla\/<\/a> (Page consult\u00e9e le 4 juillet 2023)<\/p>\n<p>Marsloff, Martine. s.d. Compte-rendu Pierre Garrigues. Lyon : Institut fran\u00e7ais de l\u2019\u00c9ducation. <a href=\"http:\/\/litterature.ens-lyon.fr\/litterature\/dossiers\/poesie\/ecritures-fragmentaires\/pierre-garrigues\">http:\/\/litterature.ens-lyon.fr\/litterature\/dossiers\/poesie\/ecritures-fragmentaires\/pierre-garrigues<\/a> (Page consult\u00e9e le 25 juillet 2023)<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<p id=\"footnote1_wnorqs9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_wnorqs9\">[1]<\/a> C\u2019est dans ce lieu qu\u2019avait lieu la majorit\u00e9 des tortures durant la dictature.<\/p>\n<p id=\"footnote2_umhzbri\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_umhzbri\">[2]<\/a> Cit\u00e9 par Philippe Vercaemer. 1993. \u00ab\u00a0Roland Barthes : Le roman du fragment\u00a0\u00bb. <em>\u00c9critures discontinues<\/em>. Pessac : Presses Universitaires de Bordeaux.<\/p>\n<p id=\"footnote3_8jcz2en\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_8jcz2en\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0el primer domingo sin N\u00e9stor\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote4_rxan9ra\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_rxan9ra\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0\u00a1Ay!\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote5_hbe4osl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_hbe4osl\">[5]<\/a> \u00ab A m\u00ed me gusta mucho leer novelas y hubiera querido escribir una novela, incluso algo bien tradicional. No me sali\u00f3. Intent\u00e9 escribir narrativa y eran todas palabras pesadas, una cosa que iba hacia la ponencia en un congreso o hacia el discurso de los organismos de Derechos Humanos, que terminan no diciendo nada\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote6_6ckqosf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_6ckqosf\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0el agotamiento de las formas narrativas adoptadas para narrar los hechos tr\u00e1gicos del pasado reciente\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote7_qaonkqc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_qaonkqc\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0el libro respecta una caracter\u00edstica del blog que tiene que ver con que son textos breves y tienen un car\u00e1cter bastante fragmentario. Lamentablemente, esa fragmentaridad que me parecio algo positivo se pierde y se repone una cierta linealidad\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote8_cupthq8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_cupthq8\">[8]<\/a> Fils et filles pour l&rsquo;identit\u00e9 et la justice contre l&rsquo;oubli et le silence<\/p>\n<p id=\"footnote9_g99n0ch\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_g99n0ch\">[9]<\/a> \u00ab\u00a0No tengo fotos donde est\u00e9 m\u00e1s grande. No tengo fotos a color. No tengo fotos de cuerpo entero.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote10_owsjz41\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_owsjz41\">[10]<\/a> \u00ab\u00a0Parece que en alem\u00e1n hay una palabra para el estado de no estar ah\u00ed:\u00a0<em>weg<\/em>. Es un adjetivo, creo. Algo que est\u00e1 <em>weg<\/em> no est\u00e1 ah\u00ed. Estaba\u00a0ah\u00ed y ahora no est\u00e1 m\u00e1s, explic\u00f3 la profe. <em>Weg<\/em> tambi\u00e9n quiere decir camino. Pero qu\u00e9 nuevo camino es este de la lengua alemana si se puede decir de manera tan contundente que <em>Paty und Jose sind<\/em> weg.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote11_dl7tmk9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_dl7tmk9\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0La Princesa Montonera cumpli\u00f3 con todo lo que indica el protocolo\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote12_y3b1mrk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_y3b1mrk\">[12]<\/a> \u00ab\u00a0soy la Princesa Montonera, ex hu\u00e9rfana superstar, hija de probeta de los organismos de derechos humanos de la Argentina\u00a0\u00bb (Je traduis).<\/p>\n<p id=\"footnote13_u9i37gf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_u9i37gf\">[13]<\/a> \u00ab\u00a0para apropiarse de su herencia familiar y pol\u00edtica, y para componer con retazos de ese legado su propia identidad mientras reconstruyen los v\u00ednculos con sus padres ausentes.\u00a0\u00bb \u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote14_7jnk78u\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_7jnk78u\">[14]<\/a> \u00ab\u00a0Hacer identidad desde un lugar lleno de heridas, agreste, inc\u00f3modo, sabiendo que la identidad que se hace ah\u00ed no puede renunciar a esas marcas, [\u2026] pero que, por raro que sea, es un lugar vivible, pensable, creativo incluso. \u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote15_u2lzdhi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_u2lzdhi\">[15]<\/a> \u00ab\u00a0[\u2026] la recuperaci\u00f3n de una memoria que es indiscernible de la identidad, o de una idea de identidad \u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote16_psheki6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_psheki6\">[16]<\/a> \u00ab\u00a0Es 1995 y te escribo: mi imagen de vos se compone de miles de vidrios fragmentados \u2014hoy escribir\u00eda vidrios estallados y que no compongan nada\u2014. Solo te conozco en la tortura, en el dolor de imaginar que te torturaron. Picana golpes pentotal colgado, escribo. Las aristas de los vidrios que forman tu imagen siempre terminan clavadas en mi carne, escribo [\u2026]\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote17_y2fjzob\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_y2fjzob\">[17]<\/a> \u00ab\u00a0como detective\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote18_wuhr6w4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref18_wuhr6w4\">[18]<\/a> \u00ab\u00a0tenemos un proyecto de reconstrucci\u00f3n de las historias de vida de los desaparecidos que se trata justamente de esto, de familiares y amigos que cuentan para los hijos c\u00f3mo eran los padres, d\u00f3nde militaban, pero tambi\u00e9n qu\u00e9 les gustaba comer, si hac\u00edan deportes o bailaban danzas espa\u00f1olas, y tambi\u00e9n c\u00f3mo fue su vida en el campo de concentraci\u00f3n, si hay compa\u00f1eros de cautiverio.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote19_2snmjzb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref19_2snmjzb\">[19]<\/a> \u00ab\u00a0Y esto es lo que hago con todo eso: tomar lo que me gusta, transformarlo, hacer de eso heredado algo propio. Un poco como los collages.\u00a0\u00bb (Je traduis)<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Torrents, C\u00e9cile. 2023.\u00a0\u00ab La fragmentation dans Diario de una princesa montonera (2016) de Mariana Eva P\u00e9rez : de la brisure au collage\u00a0\u00a0\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab Bribes : La litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no. 38, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/torrents-38&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/torrents_38.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 torrents_38.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-6aad53a6-de6a-4014-a577-aa3d0229feb7\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/torrents_38.pdf\">torrents_38<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/torrents_38.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-6aad53a6-de6a-4014-a577-aa3d0229feb7\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab Bribes : La litt\u00e9rature en fragments\u00a0\u00bb, no. 38 \u00ab\u00a0Certaines \u00e9critures se construisent sur la n\u00e9cessit\u00e9 fragmentaire\u2009; elles s\u2019alimentent du bris, elles en sacralisent le geste, elles d\u00e9bouchent, finalement, sur un \u00e9clatement\u00a0\u00bb, \u00e9crit Ricard Ripoll en conclusion de l\u2019ouvrage L\u2019\u00e9criture fragmentaire : Th\u00e9ories et pratiques (2022). L\u2019\u00e9criture de l\u2019argentine Mariana Eva P\u00e9rez dans Diario de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1353,1354],"tags":[349],"class_list":["post-5749","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-bribes-la-litterature-en-fragments","category-fragments-dexperience","tag-torrents-cecile"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5749","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5749"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5749\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8263,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5749\/revisions\/8263"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5749"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5749"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5749"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}