{"id":5751,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/ecrire-le-degout-detre-heritier-dans-nom-de-constance-debre\/"},"modified":"2024-08-15T18:15:34","modified_gmt":"2024-08-15T18:15:34","slug":"ecrire-le-degout-detre-heritier-dans-nom-de-constance-debre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5751","title":{"rendered":"\u00c9crire le d\u00e9go\u00fbt d\u2019\u00eatre h\u00e9ritier dans \u00ab Nom \u00bb de Constance Debr\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6909\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6909\">Dossier\u00a0\u00ab Anamn\u00e8se : oubli et oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s en litt\u00e9rature \u00bb, no 37<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p><em>Car un ali\u00e9n\u00e9 est aussi un homme que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas voulu entendre et qu\u2019elle a voulu emp\u00eacher d\u2019\u00e9mettre d\u2019insupportables v\u00e9rit\u00e9s.<\/em><a id=\"footnoteref1_reat06r\" class=\"see-footnote\" title=\"Antonin Artaud,\u00a0Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9. 2001 [1974]. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0L\u2019imaginaire\u00a0\u00bb\u00a0: 31.\" href=\"#footnote1_reat06r\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Antonin Artaud,\u00a0<em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em><\/p>\n<p><em>Le probl\u00e8me n\u2019est r\u00e9solu que lorsqu\u2019on supprime et le probl\u00e8me et la solution.<\/em><a id=\"footnoteref2_k7qontx\" class=\"see-footnote\" title=\"Gilles Deleuze &amp; F\u00e9lix Guattari. 1972.\u00a0Capitalisme et Schizophr\u00e9nie. L\u2019Anti-\u0152dipe.\u00a0Paris\u00a0: Minuit\u00a0: 97.\" href=\"#footnote2_k7qontx\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Deleuze &amp; Guattari,<em>\u00a0L\u2019Anti-\u0152dipe<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Un romantisme d\u00e9glingu\u00e9\u00a0<\/h2>\n<p>Il y a un d\u00e9sir qui domine chez certaines \u00e9critures (je voudrais dire chez certains \u00eatres qui \u00e9crivent, mais c\u2019est qu\u2019il y a des \u00e9critures comme il y a des temps de la vie), un d\u00e9sir donc, celui de vouloir n\u2019\u00eatre pas de son temps, ou pire, se hisser hors temps. On pourrait appeler cela un probl\u00e8me d\u2019\u00e9ternit\u00e9, ou encore d\u2019immortalit\u00e9, mais si l\u2019on se fie \u00e0 la th\u00e9orie bourdieusienne du champ litt\u00e9raire (1991), il s\u2019agirait surtout d\u2019un refus assez romantique chez certains individus de l\u2019intrication in\u00e9vitable entre le social, le sujet et les institutions. C\u2019est qu\u2019on \u00e9crit toujours depuis quelque part (localisation g\u00e9ographique, milieu d\u2019\u00e9mergence), \u00e0 partir de certaines ressources (\u00e9conomiques, sociales, culturelles), et en vue de quelque chose (recherche, reconnaissance, pouvoir, biens symboliques ou mat\u00e9riels). Or chez les pr\u00e9tendants \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, les tenants de\u00a0<em>l\u2019absolu litt\u00e9raire<\/em>\u00a0\u2014\u00ab\u00a0po\u00e9tique o\u00f9 le sujet se confond avec sa propre production\u00a0\u00bb (Lacoue-Labarthe et Nancy 1978)\u00a0\u2014, l\u2019\u00e9criture s\u2019offrirait comme ce\u00a0<em>pas au-del\u00e0<\/em>\u00a0blanchotien, cette sortie en marge du social dans un espace litt\u00e9raire o\u00f9 le sujet se fondrait dans l\u2019\u0153uvre. Tout se passe comme si le sujet \u00e9crivant se sacrifiait \u00e0 l\u2019\u0153uvre du fait de la survenue d\u2019une rencontre avec cet \u00e9l\u00e9ment qui viendrait perturber l\u2019\u00e9tat normal des choses, \u00e9l\u00e9ment rendu, chez Blanchot, par un incipit aussi lyrique que laconique, qui a au moins la qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre sans ambages\u00a0: \u00ab\u00a0[l]a mort, nous n\u2019y sommes pas habitu\u00e9s\u00a0\u00bb (1973, 7). Il y aurait de \u00e7a, entre les pages du dernier livre de Constance Debr\u00e9 paru en 2022,\u00a0<em>Nom<\/em>, roman autobiographique qui s\u2019ouvre sur la mort du p\u00e8re. Se dessine, par la main de l\u2019infirmi\u00e8re qui \u00ab\u00a0passe le gant sur le sexe mort de [s]on p\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0(9), une impossibilit\u00e9 \u00e0 s\u2019habituer, moins \u00e0 la mort qu\u2019\u00e0 la fa\u00e7on dont elle exhibe la facticit\u00e9 des normes sociales, levant l\u2019interdit de voir ce que la fille du p\u00e8re ne peut (ne doit) voir. La disparition naturelle d\u2019un \u00eatre cher appara\u00eet comme plus tol\u00e9rable que la vue de cette habitude mortif\u00e8re qu\u2019ont pris tout un chacun \u00e0 ce que Debr\u00e9 appelle \u00ab\u00a0la vie lamentable\u00a0\u00bb (2022, 61), c\u2019est-\u00e0-dire le pli du quotidien, l\u2019habitude de\u00a0ces habitudes qui seront arbor\u00e9es comme une seconde peau, confondues avec l\u2019identit\u00e9 et ainsi incorpor\u00e9es, port\u00e9es comme un tissu de gestes h\u00e9rit\u00e9s inconsciemment ou construits d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, habitudes desquelles ressentir honte ou fiert\u00e9, en somme, un peu ce que Pierre Bourdieu aura appel\u00e9\u00a0<em>habitus<\/em><a id=\"footnoteref3_cbj8m9r\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Les conditionnements associ\u00e9s \u00e0 une classe particuli\u00e8re de conditions d\u2019existence produisent des\u00a0habitus, syst\u00e8mes de dispositions durables et transposables, structures structur\u00e9es pr\u00e9dispos\u00e9es \u00e0 fonctionner comme structures structurantes [\u2026]\u00a0\u00bb,\u00a0Cf.\u00a0Pierre Bourdieu. 1980. \u00ab\u00a0Chapitre 3\u00a0: structures, habitus, pratiques\u00a0\u00bb. Dans\u00a0Le sens pratique. Paris\u00a0: Minuit\u00a0: 88.\" href=\"#footnote3_cbj8m9r\">[3]<\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>Le livre de Debr\u00e9 serait un projet de remise en cause\u00a0: remise en cause de l\u2019h\u00e9ritage, de toutes ces sortes de mani\u00e8res, bonnes ou mauvaises, d\u2019un pass\u00e9 familial, d\u2019un nom propre. Mais plus encore, remise en cause du concept de croyance, du fait de croire en ces r\u00e9cits que nous construisons collectivement de toutes pi\u00e8ces\u00a0: la famille, l\u2019enfance, la propri\u00e9t\u00e9. Autrement dit, remise en cause des actes de nomination et de filiation. Le projet de Debr\u00e9, depuis son exp\u00e9rience v\u00e9cue du privil\u00e8ge, de l\u2019\u00e9tiquette et de la \u00ab\u00a0haute culture\u00a0\u00bb, vise \u00e0 d\u00e9senchanter le r\u00e9cit de la r\u00e9ussite aux yeux de tous et de toutes afin de d\u00e9boulonner le mythe d\u2019un bonheur bourgeois. Plus vite l\u2019id\u00e9al sera d\u00e9s\u00e9rotis\u00e9, plus vite les gens pourront diriger leurs d\u00e9sirs vers une fin qui soit v\u00e9ritablement souhaitable ayant peu de choses \u00e0 voir avec la reconnaissance sociale et la r\u00e9ussite \u00e9conomique selon Debr\u00e9. Cette remise en cause s\u2019applique donc aussi \u00e0 la mort, \u00e0 cette peine surjou\u00e9e, path\u00e9tique ou ridicule que la perte d\u2019autrui suscite. Par l\u00e0 m\u00eame, remise en cause de la peur de la mort et des v\u00e9rit\u00e9s consternantes. Plus encore, il s\u2019agirait de la remise en cause d\u2019une litt\u00e9rature qui s\u2019ing\u00e9nierait \u00e0 cacher ou \u00e0 embellir ces v\u00e9rit\u00e9s consternantes. En cela, l\u2019\u00e9criture chez Debr\u00e9 serait un geste de retrait, un d\u00e9calage, une contre-plong\u00e9e; ce vers quoi le sujet qui \u00e9crit se tourne comme d\u2019une pr\u00e9sence devant un rien. Ce livre s\u2019offrirait comme un travail de d\u00e9construction cherchant \u00e0 dire un rien n\u00e9cessaire, une sorte de mise \u00e0 mort d\u2019une litt\u00e9rature bourgeoise qui ne serait que factice, complaisante, voire grotesque, ou comme elle le dit \u00ab\u00a0impuissante, m\u00e9lancolique, pr\u00e9tentieuse, moribonde, mortif\u00e8re\u00a0\u00bb (2022, 64). Son projet politique, qui est un projet litt\u00e9raire,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] depuis qu\u2019il n\u2019y a plus de r\u00e9volution, depuis qu\u2019on nous dit qu\u2019il faut accepter le monde tel qu\u2019il est, ne plus prendre les armes, ne plus tuer p\u00e8re et m\u00e8re, ne plus renverser les pouvoirs, assassiner les puissants, depuis qu\u2019on nous dit que la guerre n\u2019est pas raisonnable, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019ennemis, qu\u2019il faut rester chez soi, attendre la mort, ne plus se d\u00e9battre, \u00eatre content [\u2026] (65),<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>ce projet, oui, aurait quelque chose de romantique, un romantisme d\u00e9glingu\u00e9.<\/p>\n<p><em>Nom<\/em>\u00a0porte plut\u00f4t sur le pouvoir que pourrait avoir (le temps le d\u00e9montrera) la litt\u00e9rature quant au fait de se lib\u00e9rer du r\u00e9cit familial, mais il importe de v\u00e9rifier comment ce livre s\u2019y prend, et aussi si ce projet litt\u00e9raire tient la route, en regard de consid\u00e9rations th\u00e9oriques, qu\u2019elles soient philosophiques (Deleuze &amp; Guattari), ou bien sociologiques (Bourdieu). C\u2019est que si la litt\u00e9rature semble chez Debr\u00e9 \u00eatre un moyen politique de lib\u00e9ration, une activit\u00e9\u00a0transitive, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle fait de ce moyen un mode d\u2019existence, et que ce mode d\u2019existence se d\u00e9ploie dans un espace social donn\u00e9\u00a0: la France d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h2>Le go\u00fbt \u00e2cre de l\u2019enfance \u00a0<\/h2>\n<p>Constance Debr\u00e9 (1972-) est un \u00e9crivain qui a su, au fil de la derni\u00e8re d\u00e9cennie en France, attirer sur elle une attention m\u00e9diatique marqu\u00e9e. Ayant publi\u00e9 cinq livres depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, oscillant entre plusieurs maisons d\u2019\u00e9dition (Le Rocher, Stock, Flammarion), c\u2019est surtout avec son troisi\u00e8me livre,\u00a0<em>Play Boy\u00a0<\/em>(r\u00e9cit d\u2019une conversion homosexuelle tardive, paru en 2018), et son quatri\u00e8me livre,\u00a0<em>Love me tender<\/em>\u00a0(r\u00e9cit de l\u2019abandon d\u2019un enfant par sa m\u00e8re, paru en 2020), qu\u2019elle a su se tailler une place \u2014 aussi remarqu\u00e9e que remarquable \u2014 dans le champ litt\u00e9raire fran\u00e7ais contemporain. C\u2019est qu\u2019avant d\u2019\u00eatre \u00e9crivain, Constance Debr\u00e9 est avocat p\u00e9naliste bien qu\u2019elle ne pratique plus aujourd\u2019hui, mais ce pass\u00e9 juridique sera omnipr\u00e9sent dans ses livres. C\u2019est qu\u2019avant d\u2019\u00eatre\u00a0<em>Constance<\/em>, elle est\u00a0<em>Debr\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire fille de Fran\u00e7ois Debr\u00e9, \u00e9crivain et journaliste de renom, qui lui, \u00e9tait fils de Michel Debr\u00e9, l\u2019ancien Premier ministre du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Sachant cela, il n\u2019est pas inutile de se demander si les romans de Constance, qui se pr\u00e9sentent \u00e0 la mani\u00e8re de r\u00e9cits autobiographiques, auraient \u00e9t\u00e9 re\u00e7us comme ils l\u2019ont \u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire avec un retentissement aussi grand, un int\u00e9r\u00eat aussi vif que polarisant, n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritage social duquel est charg\u00e9 son patronyme\u00a0: Debr\u00e9.<\/p>\n<p>De ce fait, l\u2019on ne s\u2019\u00e9tonne pas que son dernier livre porte sur le r\u00e9cit familial, mais ce serait mal dit, il ne porte pas\u00a0<em>sur<\/em>\u00a0le r\u00e9cit familial, il est port\u00e9\u00a0<em>par<\/em>\u00a0le r\u00e9cit familial comme de l\u2019\u00e9chelle qu\u2019on jette au sol une fois l\u2019ascension accomplie afin que personne ne puisse nous suivre (pas en haut d\u2019une tour d\u2019ivoire, mais plut\u00f4t sur le toit de l\u2019\u00e9difice social), car comme elle le dit elle-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Avec n\u2019importe quels parents j\u2019aurais \u00e9crit le m\u00eame livre. Avec n\u2019importe quelle enfance. Avec n\u2019importe quel nom. Je raconterai toujours la m\u00eame chose. Qu\u2019il faut se barrer.\u00a0\u00bb (2022, 155) Selon une lecture bourdieusienne, on pourrait effectivement douter que l\u2019\u00e9crivain ait pu \u00e9crire \u00ab\u00a0le m\u00eame livre\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire par-del\u00e0 les faits d\u2019une histoire subjective singuli\u00e8re qu\u2019elle ait pu \u00e9crire un livre qui repose sur une certaine \u00e9tendue des possibles. En effet, Bourdieu caract\u00e9rise cette \u00e9tendue par \u00ab\u00a0la corr\u00e9lation tr\u00e8s \u00e9troite entre les\u00a0<em>probabilit\u00e9s objectives<\/em>\u00a0[\u2026] et les\u00a0<em>esp\u00e9rances subjectives<\/em>\u00a0\u00bb (1980, 90), c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019horizon de possibilit\u00e9s auquel un sujet peut vraisemblablement aspirer en fonction de ce qui lui a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 ou formul\u00e9 comme possible. En ce sens, il \u00e9tait sans doute plausible dans l\u2019esprit de Constance Debr\u00e9 lorsqu\u2019enfant de formuler le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre \u00e9crivain son p\u00e8re l\u2019\u00e9tant lui-m\u00eame, ou encore de se voir passer par les grandes universit\u00e9s \u00e9lectives, ayant d\u00e8s son tout jeune \u00e2ge fr\u00e9quent\u00e9 le lyc\u00e9e \u00ab\u00a0Henri IV\u00a0\u00bb (2022, 77) qui est reconnu \u00ab\u00a0pour son \u00e9litisme et pour avoir form\u00e9 de nombreux intellectuels, hommes politiques, scientifiques et personnalit\u00e9s fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, nous informe la page Wikip\u00e9dia de l\u2019institution. C\u2019est que pour certains individus, ce n\u2019est m\u00eame pas de l\u2019ordre du pensable que d\u2019\u00e9crire, d\u2019en faire une profession, de publier chez Stock ou Flammarion. Pour certains individus, ce n\u2019est m\u00eame pas de l\u2019ordre du dicible que de parler de leur \u00ab\u00a0<em>Nom<\/em>\u00a0\u00bb, car leur nom n\u2019en est pas un, il ne porte rien sinon la condamnation de ne renvoyer qu\u2019\u00e0 leur absence de l\u00e9gitimit\u00e9, il ne permet pas de\u00a0<em>se\u00a0<\/em>raconter comme a pu le faire Constance Debr\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 raconter, aucun lectorat \u00e0 s\u00e9duire, \u00e0 \u00e9duquer, \u00e0 moraliser, aucune famille aristocrate \u00e0 mettre en sc\u00e8ne. Plus encore, ces individus sans nom ne pourront que le faire, ce nom, \u00e0 la mani\u00e8re du Rumbempr\u00e9 de Balzac dans\u00a0<em>Illusions perdues<\/em>, depuis la narration d\u2019une enfance pr\u00e9caire, violente, \u00e0 la mani\u00e8re de ces r\u00e9cits de transfuges qui ont la cote ces derni\u00e8res ann\u00e9es (pensons aux livres d\u2019\u00c9douard Louis, d\u2019Annie Ernaux ou encore \u00e0 ceux de Nicolas Mathieu).\u00a0<\/p>\n<h2>Porter le flambeau familial ou mettre le feu \u00e0 la maison<\/h2>\n<p>Le livre s\u2019ouvre sur un exergue tir\u00e9 de ce texte des ann\u00e9es 80 qui aura marqu\u00e9 durablement les esprits de l\u2019apr\u00e8s mai 68\u00a0:\u00a0<em>Mille plateaux<\/em>\u00a0de Gilles Deleuze &amp; F\u00e9lix Guattari. Pour m\u00e9moire, il s\u2019agit d\u2019un pav\u00e9 \u00e9crit \u00e0 quatre mains qui est le deuxi\u00e8me tome d\u2019une dyade conceptuelle que les auteurs auront intitul\u00e9e\u00a0<em>Capitalisme et Schizophr\u00e9nie<\/em>. Ce livre s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9, mais de fa\u00e7on plus morcel\u00e9e, du projet tr\u00e8s joueur et d\u00e9complex\u00e9 du premier tome qui tentait de remettre en cause l\u2019usage outrancier du cadre d\u2019analyse psychanalytique en faisant un proc\u00e8s au triangle \u0153dipien du\u00a0<em>papa-maman-moi<\/em>. En r\u00e9sum\u00e9 un peu grossier, il s\u2019agit d\u2019une invitation th\u00e9orique \u00e0 d\u00e9passer pour de bon la manie de penser tous les rapports d\u00e9sirants \u00e0 l\u2019aune des figures parentales. L\u2019amour ou le d\u00e9saveu d\u2019amour de papa ou de maman n\u2019y serait pas toujours pour quelque chose dans la constitution du sujet. Or,\u00a0<em>Nom<\/em>\u00a0s\u2019ouvre sur cet \u00e9nonc\u00e9\u00a0deleuzo-guattarien :<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 la psychanalyse dit\u00a0: Arr\u00eatez, retrouvez votre moi, il faudrait dire\u00a0: Allons encore plus loin, nous n\u2019avons pas encore trouv\u00e9 notre corps sans organes, pas assez d\u00e9fait notre moi. Remplacez l\u2019anamn\u00e8se par l\u2019oubli, l\u2019interpr\u00e9tation par l\u2019exp\u00e9rimentation. Trouvez votre corps sans organes, sachez le faire, c\u2019est question de vie ou de mort, de jeunesse et de vieillesse, de tristesse et de gaiet\u00e9. Et c\u2019est l\u00e0 que tout se joue (2022, 7).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cela, il faudrait savoir d\u00e9passer l\u2019obsession de la formation du moi, au profit de ce concept devenu mythique qu\u2019est le \u00ab\u00a0corps sans organes\u00a0\u00bb, ce corps \u00ab\u00a0intense, intensif\u00a0\u00bb qui serait constitu\u00e9 non pas \u00ab\u00a0d\u2019organes, mais [de] seuils ou [de] niveaux\u00a0\u00bb (Zourabichvili 2003, 15). Cette conceptualisation corporelle tir\u00e9e d\u2019un vers d\u2019Antonin Artaud permet ainsi de saboter la pens\u00e9e du sujet comme int\u00e9riorit\u00e9, organisme, noyau, comme tout coh\u00e9rent appr\u00e9hendable depuis les cat\u00e9gories normatives de l\u2019identit\u00e9. Il est important de se pencher sur le choix de cet exergue, car on l\u2019a mobilis\u00e9, dans une critique \u00e9crite par St\u00e9phanie Polack dans le magazine\u00a0<em>Diacritik<\/em>, afin de signaler une incoh\u00e9rence entre le projet du livre de Debr\u00e9 et son contenu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Deleuze affirme en exergue de \u00ab Nom \u00bb\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0La o\u00f9 la psychanalyse dit\u00a0: Arr\u00eatez retrouvez votre moi, il faudrait dire (\u2026), nous n\u2019avons pas encore assez d\u00e9fait notre moi\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0D\u2019accord. Mais si Deleuze remet en question la psychanalyse, c\u2019est parce que, pour lui, l\u2019inconscient n\u2019est pas un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 l\u2019on d\u00e9lire sur \u00ab\u00a0Papa-Maman\u00a0\u00bb justement. C\u2019est le c\u0153ur de l\u2019Anti-\u0152dipe. Alors sur ce point, l\u2019auteure n\u2019est pas cons\u00e9quente car c\u2019est bien cette pi\u00e8ce qu\u2019elle rejoue, et ce, peut-\u00eatre pour une raison \u00e9mouvante qui appara\u00eet \u00e0 la lecture\u00a0: elle est ivre d\u2019une col\u00e8re mythique (2022).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon Polack, qui rappelons-le est \u00e9crivaine et directrice chez Fayard, Constance Debr\u00e9 ne serait pas parvenue \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de la triade \u0153dipienne du\u00a0<em>papa-maman-moi<\/em>\u00a0: son livre s\u2019offrirait comme un \u00ab\u00a0d\u00e9lire\u00a0\u00bb, une longue tirade proclam\u00e9e haut et fort contre la famille de son p\u00e8re, p\u00e8re qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0le fils mal-aim\u00e9, le d\u00e9viant, l\u2019aventurier, le cam\u00e9 d\u2019une famille au service de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (2022). La critique de Polack est mitig\u00e9e\u00a0: on y souligne \u00e0 la fois ce qu\u2019on pourrait nommer l\u2019angle mort du livre \u2014 le fait de parler de la famille tout en voulant s\u2019en \u00e9manciper (si tant est qu\u2019on puisse r\u00e9ellement parler de soi sans parler de l\u00e0 d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient) \u2014 et, d\u2019une mani\u00e8re un peu retorse, le travail d\u2019\u00e9criture en rappelant que Debr\u00e9 est, a \u00e9t\u00e9 et sera \u00ab\u00a0salu\u00e9e pour les raisons qu\u2019elle m\u00e9prise\u00a0\u00bb (2022) dans le champ litt\u00e9raire en France comme ailleurs. Polack soutient que \u00ab\u00a0le symbole qu\u2019elle devient, elle le doit aussi \u00e0 son patronyme\u00a0\u00bb (2022). Autrement dit, si Polack daigne parler d\u2019un livre autobiographique dont la pr\u00e9misse est erron\u00e9e, ce serait moins pour souligner l\u2019envergure du projet litt\u00e9raire, l\u2019efficace de la plume ou la n\u00e9cessit\u00e9 du propos, que parce qu\u2019il faut bien parler de cette Debr\u00e9 qui n\u2019a de cesse de revenir \u00e0 la charge dans les m\u00e9dias, de cet h\u00e9ritier qui\u00a0<em>crache<\/em>, crache sur le nom, crache sur l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9, crache sur l\u2019enfance, crache sur la \u00ab\u00a0grande\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb litt\u00e9rature, crache sur les institutions, sur les jeux de classement, de canonisation, crache sans doute un peu sur la critique de Polack \u00e9galement.<\/p>\n<h2>De la distinction du go\u00fbt au d\u00e9go\u00fbt de cette distinction<\/h2>\n<p>Il y a, entre les pages de\u00a0<em>Nom<\/em>, une mise \u00e0 mal des tensions id\u00e9ologiques communes, des id\u00e9es re\u00e7ues quant \u00e0 la logique des classes, voire \u00e0 la logique du classement. C\u2019est sans doute ce projet de mise \u00e0 mal qu\u2019elle appelle son \u00ab\u00a0sale boulot\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je suis n\u00e9e pour terminer un sale boulot, je dis sale mais je pense beau, un beau boulot, le plus juste, le plus moral, celui de d\u00e9truire, de finir, je dis \u00e7a calmement, simplement, juste comme ce qui doit \u00eatre fait, ce qu\u2019on a tous \u00e0 faire, pas r\u00e9parer comme ils disent toujours, il n\u2019y a rien \u00e0 r\u00e9parer, mais au contraire rompre, partir, participer \u00e0 la grande entreprise de perte, l\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, achever les choses (2022, 14).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00catre \u00ab\u00a0n\u00e9e pour\u00a0\u00bb, comme on parle d\u2019\u00eatre bien n\u00e9, provenant d\u2019une bonne famille. C\u2019est que quoi qu\u2019en dise Debr\u00e9, elle est \u00ab\u00a0n\u00e9e haut\u00a0\u00bb, elle a\u00a0<em>\u00e7a<\/em>\u00a0en elle, ce quelque chose \u00e0 la fois \u00ab\u00a0conforme et sublime\u00a0\u00bb (2022, 19) qu\u2019elle rel\u00e8ve chez sa m\u00e8re, ce magn\u00e9tisme princier, cette royaut\u00e9 qu\u2019elle ne se g\u00eane pas d\u2019associer \u00e0 la \u00ab\u00a0Duchesse de Parme dans la Recherche\u00a0\u00bb (19). Elle convoque m\u00eame son latin pour caract\u00e9riser le lien d\u00e9sirant qu\u2019elle entretient avec sa m\u00e8re, depuis une hauteur aristocratique de laquelle son \u00e9criture n\u2019a pas su se d\u00e9faire. Malgr\u00e9 une po\u00e9tique assez d\u00e9pouill\u00e9e au registre conversationnel, elle affirmera\u00a0: \u00ab\u00a0je suis t\u00e9moin ou complice, je regarde par ses yeux les autres tomber, je suis le fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ou la fille, je suis le prince h\u00e9ritier, tu quoque mi fili je me d\u00e9lecte et j\u2019enrage, j\u2019attends mon heure\u00a0\u00bb (20).\u00a0<em>Tu quoque mi fili\u00a0<\/em>: toi aussi mon fils, toi aussi tu porteras cette aura bien malgr\u00e9 toi, jusque sur les plateaux t\u00e9l\u00e9 ou radio, jusque dans tes livres farouches qui voudraient se d\u00e9faire de tant de signes de\u00a0<em>distinction<\/em>. Mais les \u00ab\u00a0bien-n\u00e9s\u00a0\u00bb respirent comme ils se distinguent, et Constance Debr\u00e9 le sait trop bien\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Toutes ces mani\u00e8res, ces bonnes mani\u00e8res que je connais par c\u0153ur, je les d\u00e9teste. Je les d\u00e9teste parce qu\u2019elles sont en moi, incrust\u00e9es bien plus que le sang, elles sont plus qu\u2019une langue, elles sont un corps, elles sont mon corps qui fait que je reconnais les autres corps comme le mien et que je rep\u00e8re les autres, ceux qui ne savent pas, ceux qui vont me faire chier avec leurs angoisses de pauvres, avec leurs complexes de pauvres, avec leur maladresse de pauvres, leur vulgarit\u00e9 de pauvres \u00e0 \u00eatre obs\u00e9d\u00e9s par les classes [\u2026]. (104)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chose certaine, Debr\u00e9 aurait class\u00e9 Bourdieu parmi les pauvres, avec cette obsession de dire les m\u00e9caniques du social, de cat\u00e9goriser les \u00eatres en fonction de leurs inclinations. Cependant, ce passage, pour le moins violent, t\u00e9moigne malgr\u00e9 tout d\u2019un ras-le-bol,\u00a0<em>et<\/em>\u00a0de ces mani\u00e8res distinctives h\u00e9rit\u00e9es,\u00a0<em>et\u00a0<\/em>de la performance des pauvres de\u00a0<em>l\u2019\u00eatre-pauvre<\/em>. En somme, elle ne veut plus de cette obsession des \u00ab\u00a0mani\u00e8res de classes\u00a0\u00bb qui font qu\u2019on classe les gens d\u2019apr\u00e8s leurs mani\u00e8res. Elle n\u2019en veut plus du f\u00e9tiche des pauvres \u00e0 vouloir \u00e0 tout prix obtenir de l\u2019argent ou devenir quelqu\u2019un, parce qu\u2019elle sent qu\u2019elle sait, pour l\u2019avoir v\u00e9cu, que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 non pas\u00a0<em>de chez Swann<\/em>,\u00a0mais des \u00e9lus, il n\u2019est pas de sursis. Si d\u2019autres formes de violences ont cours, on y retrouve la m\u00eame mascarade sociale.<\/p>\n<p>Debr\u00e9 r\u00eave de \u00ab\u00a0gens qui ne soient d\u2019aucun milieu\u00a0\u00bb, mais elle ne pr\u00e9tend pas l\u2019incarner, seulement y tendre, car elle souligne qu\u2019elle peut \u00ab\u00a0toujours [s]\u2019agiter mais que cette saloperie de bourgeoisie, c\u2019est du ferme, ferme, ferme\u00a0\u00bb (105). C\u2019est assez explicitement du \u00ab\u00a0ferme\u00a0\u00bb, m\u00eame entre les pages d\u2019un livre qui tente de d\u00e9noncer le f\u00e9tichisme de la grande litt\u00e9rature, car par-del\u00e0 ses critiques acerbes, sa biblioth\u00e8que trahit le projet d\u2019un autod\u00e9classement par les traces de son h\u00e9ritage culturel tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, \u00e9tal\u00e9 de part en part du livre\u00a0: en 170 pages, on croise les noms de \u00ab\u00a0Rimbaud\u00a0\u00bb (37), \u00ab\u00a0Bach\u00a0\u00bb (38), \u00ab\u00a0Bacon, Proust\u00a0\u00bb (39), Hom\u00e8re en mentionnant \u00ab\u00a0l\u2019Iliade et l\u2019Odyss\u00e9e\u00a0\u00bb (55), \u00ab\u00a0Barthes\u00a0\u00bb (64), \u00ab\u00a0Burroughs\u00a0\u00bb (74), \u00ab\u00a0Joyce\u00a0\u00bb (74), \u00ab\u00a0Rutebeuf, Villon\u00a0\u00bb (95), Lautr\u00e9amont en parlant des \u00ab\u00a0Chants de Maldoror\u00a0\u00bb (96), \u00ab\u00a0Soupault, Gracq\u00a0\u00bb (96), \u00ab\u00a0Nabokov\u00a0\u00bb (145), \u00ab\u00a0Michaux\u00a0\u00bb (154), et j\u2019en passe\u2026 Quoi de plus distinctif que de mobiliser ces r\u00e9f\u00e9rences en les r\u00e9duisant ou les moquant? En cela, on peut comprendre que Polack pressentait qu\u2019on puisse saluer dans le champ litt\u00e9raire le livre de Constance Debr\u00e9 au nom de ce qu\u2019elle m\u00e9prise\u00a0: les initi\u00e9s, les \u00e9lus, ceux qui lisent les livres sans que cela n\u2019infl\u00e9chisse en rien leur rapport au monde, ceux-l\u00e0 \u00e9prouveront un plaisir immense (et pas vraiment coupable) \u00e0 retrouver ces r\u00e9f\u00e9rences qu\u2019ils sauront attraper, d\u00e9chiffrer, se sentant par-l\u00e0 m\u00eame complices d\u2019un haut savoir, que Debr\u00e9 les critique ou pas\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est sans doute \u00e0 cette impossibilit\u00e9 de se d\u00e9faire de son milieu d\u2019\u00e9mergence, milieu per\u00e7u par la soci\u00e9t\u00e9 comme une chance, qu\u2019on pourrait reconna\u00eetre \u00ab\u00a0la souffrance du dominant\u00a0\u00bb comme le disait Pierre Bourdieu dans le documentaire\u00a0<em>La sociologie est un sport de combat\u00a0<\/em>(2001). Il y aurait une forme d\u2019ali\u00e9nation chez la personne \u00ab\u00a0bien-n\u00e9e\u00a0\u00bb s\u2019op\u00e9rant d\u2019abord au sein de la famille r\u00e9put\u00e9e, et ensuite par le fait du regard ext\u00e9rieur envieux qui lui intime d\u2019\u00eatre fi\u00e8re, de se compter chanceuse, de se taire aussi, de ne pas se plaindre de ses privil\u00e8ges, qu\u2019elle mesurerait mal, du fait qu\u2019elle en jouit, n\u2019ayant pas v\u00e9cu la\u00a0<em>vraie<\/em>\u00a0mis\u00e8re, la\u00a0<em>vraie<\/em>\u00a0violence.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019il y a, comme le dit Bernard Lahire, une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0sociologie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle individuelle\u00a0\u00bb qui ne sombre pas dans le psychologisme, mais qui donne \u00e0 penser la nature du sujet dans ses interactions avec le social et les institutions (la famille \u00e9tant aussi une institution). Lahire d\u00e9fend la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019examiner le monde social \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des individus\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que le social serait \u00e0 appr\u00e9hender et \u00e0 interpr\u00e9ter en tant qu\u2019il est incorpor\u00e9 \u00ab\u00a0sous la forme de dispositions \u00e0 agir, \u00e0 croire, \u00e0 sentir\u00a0\u00bb (2013, 11). Partant de ce pr\u00e9suppos\u00e9, on peut mesurer toute la pertinence qu\u2019il y a \u00e0 partir d\u2019un livre, d\u2019un r\u00e9cit fictif ou autobiographique, afin d\u2019observer ce social incorpor\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre, ce social livr\u00e9\u00a0<em>textuellement<\/em>. C\u2019est en cela que l\u2019on peut questionner la critique de Polack au sujet du livre de Debr\u00e9, en ce qu\u2019il ne s\u2019agirait pas de produire des livres qui sauraient donner \u00e0 voir ou \u00e0 penser le social par-del\u00e0 les individus, leur subjectivit\u00e9, leur histoire, mais bien\u00a0<em>\u00e0 partir<\/em>\u00a0de ces \u00e9l\u00e9ments, en ce qu\u2019ils portent en eux, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une boule de papier froiss\u00e9, ce que Lahire appelle la m\u00e9taphore du \u00ab\u00a0social \u00e0 l\u2019\u00e9tat pli\u00e9\u00a0\u00bb (2013, 14), voulant que le social s\u2019inscrive dans le sujet \u00e0 la mani\u00e8re de plissements, et qu\u2019il serait possible, selon une d\u00e9marche sociologique, d\u2019en \u00e9tudier les plis, la mani\u00e8re dont l\u2019ext\u00e9rieur se plie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019individu, un social incrust\u00e9 \u00ab\u00a0bien plus que le sang\u00a0\u00bb disait Debr\u00e9 (104).<\/p>\n<p>Debr\u00e9 dira entre les pages de\u00a0<em>Nom<\/em>\u00a0que \u00ab\u00a0la violence de classe [est] pass\u00e9e de mode\u00a0\u00bb (47), que \u00ab\u00a0la lutte des classes, [elle s\u2019]en fou[t] (49), simplement car, ayant pratiqu\u00e9 le droit p\u00e9nal, elle a bien compris que la machine sociale \u00e9tait bris\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au d\u00e9but, on croit qu\u2019\u00eatre avocat c\u2019est d\u00e9fendre, c\u2019est s\u2019opposer, et puis on comprend que c\u2019est permettre, permettre aux juges de faire leur sale boulot \u00e0 eux, permettre \u00e0 la justice d\u2019\u00e9craser tranquille, que c\u2019est \u00e0 \u00e7a qu\u2019on sert, les avocats, \u00e0 l\u00e9gitimer la violence, la violence de la classe de haut en bas. (48)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Or, s\u2019inscrivant dans la mouvance de la th\u00e9orie sociale de Lahire, cette id\u00e9e selon laquelle\u00a0<em>la lutte des classes serait pass\u00e9e de mode<\/em>\u00a0comporte une pertinence \u00e9pist\u00e9mologique plus grande qu\u2019on ne pourrait le pr\u00e9sumer. En effet, par-del\u00e0 les violences entre les classes, que l\u2019on reconna\u00eet \u00e0 ce que Bourdieu a appel\u00e9 \u00ab\u00a0le m\u00e9pris de classe\u00a0\u00bb, concept indissociable de celui de \u00ab\u00a0respectabilit\u00e9\u00a0\u00bb<a id=\"footnoteref4_be1ner1\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Respectabilit\u00e9 et m\u00e9pris de classe sont des cat\u00e9gories qui permettent de fabriquer une analyse complexe des interactions entre groupes, proche des perceptions subjectives des enqu\u00eat\u00e9s et rendant intelligibles de nombreux aspects de la vie de ceux qui subissent le m\u00e9pris. Elle fait donc sens aussi bien pour les agents que pour le chercheur qui retranscrit leur exp\u00e9rience. C\u2019est un terme central dans la perception qu\u2019ils ont de leur propre valeur sociale. Le m\u00e9pris survient parfois de fa\u00e7on d\u2019autant plus brutale que tant d\u2019efforts de la vie quotidienne tendent vers la respectabilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u00a0Cf.\u00a0Renahy, Nicolas, et Pierre-Emmanuel\u00a0Sorignet. 2020. \u00ab\u00a0Introduction. Pour une sociologie du m\u00e9pris de classe. L'\u00e9conomie des affects au c\u0153ur de la domination\u00a0\u00bb.\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, vol. 119, no. 3\u00a0: 10.\" href=\"#footnote4_be1ner1\">[4]<\/a>, il y aurait raison de se pencher sur la violence symbolique qui op\u00e8re entre les individus eux-m\u00eames, dans une m\u00eame classe, comme expression subjective du social en eux.<\/p>\n<p>\u00c0 titre d\u2019exemple, il me semble plausible de soutenir qu\u2019entre les pages de\u00a0<em>Nom<\/em>, la violence symbolique des institutions s\u2019exprime\/s\u2019incarne dans la violence domestique dont a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin et victime Debr\u00e9, grandissant aupr\u00e8s de parents \u00ab\u00a0cam\u00e9s\u00a0\u00bb, entre qui r\u00e9gnaient des sc\u00e8nes de violence conjugale o\u00f9 se m\u00e9langeaient l\u2019opium, l\u2019h\u00e9ro\u00efne et les coups. Et pourtant, Debr\u00e9 dira que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est moral un drogu\u00e9. Des parents drogu\u00e9s \u00e7a fait grandir sous la loi morale. Ma chance ce n\u2019est pas ma famille de ministres, ma vraie chance, celle vraiment que tout le monde devrait m\u2019envier, c\u2019est les parents cam\u00e9s et la mort de ma m\u00e8re. (89)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa chance, en somme, ce serait l\u2019inculcation du s\u00e9rieux qui vient avec l\u2019exp\u00e9rience de la difficult\u00e9, pas celle de la mis\u00e8re des pauvres, mais la compr\u00e9hension qu\u2019il y avait pour son p\u00e8re une impossibilit\u00e9 \u00e0 porter le flambeau familial, un d\u00e9sir de ne pas \u00eatre le fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du p\u00e8re ministre, une mani\u00e8re d\u2019existence passant par l\u2019\u00e9criture et la drogue qui saurait trahir ces r\u00e9cits sociaux qui font la vie dure \u00e0 tous les individus, peu importe la classe de laquelle ils proviennent ou dans laquelle ils sont parvenus.\u00a0<\/p>\n<p>Debr\u00e9 trace \u00e0 gros traits ces r\u00e9cits sociaux, ces id\u00e9es toutes faites auxquelles la majorit\u00e9 ressent le besoin de croire, elle les trace et les condamne dans un geste ostentatoire qui, s\u2019il ne lui permet pas de nier son h\u00e9ritage distinctif, lui permet au moins de consacrer son d\u00e9go\u00fbt \u00e0 une finalit\u00e9 qu\u2019elle consid\u00e8re morale\u00a0: la fin de ces \u00e9tats ab\u00eatissants, de la carc\u00e9ralit\u00e9 de l\u2019enfance, de la relation h\u00e9t\u00e9ronormative, de la propri\u00e9t\u00e9, de la reconnaissance sociale, de la logique capitaliste\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Si les choses \u00e9taient bien faites, \u00e0 dix-huit ans on oublierait tout, on ne reverrait jamais ses parents, et on changerait de nom. Papa-maman est un cri d\u2019esclave. Dix-huit ans pour en sortir. Dix-huit ans c\u2019est les peines qu\u2019on prend quand on assassine (111).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si l\u2019on en croit ce qu\u2019elle dit, il faudrait savoir mourir \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 la famille, avant que la croyance en ces r\u00e9cits ne nous tue.<\/p>\n<h2>Une morale obscure nomm\u00e9e litt\u00e9rature<\/h2>\n<p>Il est un paradoxe sociologique immense entre les pages de ce livre qui se pr\u00e9sente sur la quatri\u00e8me de couverture \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00ab\u00a0programme politique\u00a0\u00bb, dans une intention moralisatrice \u00e0 peine cach\u00e9e. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un projet litt\u00e9raire ayant une port\u00e9e politique ind\u00e9niable, il ne s\u2019extirpe pas pour autant du champ litt\u00e9raire fran\u00e7ais contemporain \u2014 du jeu des ventes, des prix, de la mise en march\u00e9. Ce livre est port\u00e9 par une politique de refus, de rupture, par la remise en cause de l\u2019origine, qu\u2019elle soit familiale ou m\u00eame ontologique. L\u2019\u00e9criture, chez Debr\u00e9, devient le moyen d\u2019un grand m\u00e9nage, d\u2019un d\u00e9pouillement, d\u2019une d\u00e9construction, mais aussi d\u2019un proc\u00e8s total et cat\u00e9gorique fait \u00e0 la litt\u00e9rature. Son d\u00e9go\u00fbt de la distinction s\u2019\u00e9tale \u00e0 tout ce qui est, m\u00eame la litt\u00e9rature, m\u00eame son activit\u00e9 propre qui lui permet le pas de c\u00f4t\u00e9, le\u00a0<em>pas au-del\u00e0<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>M\u00eame les livres parfois. \u00c0 un point inimaginable. Au point o\u00f9 les livres semblent r\u00e9sumer l\u2019ensemble de mes d\u00e9go\u00fbts. Incarner ce qui me d\u00e9go\u00fbte dans tout. Dans les appartements que je traverse, je vois les livres, les bons livres, je ne peux pas les toucher, je fais en sorte que mon regard ne les accroche pas. Je commencerais par l\u00e0 si j\u2019\u00e9tais terroriste, je commencerais par les livres,\u00a0\u00a0je les d\u00e9truirais, je les d\u00e9chirerais, je les br\u00fblerais, tous les livres bien rang\u00e9s, les petits murs de livres, les petits appartements de livres, les petites villes de livres, l\u2019arrogance des livres, la mollesse des livres, la bourgeoisie des livres, la putasserie des livres, toute cette d\u00e9coration, ce faux pl\u00e2tre, la peur, la l\u00e2chet\u00e9, la b\u00eatise, la b\u00eatise des livres, l\u2019immense b\u00eatise des livres, celle de ceux qui lisent, celle de ceux qui \u00e9crivent (2022, 114-115).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est qu\u2019on est en droit de se demander s\u2019il ne s\u2019agirait pas de la distinction port\u00e9e \u00e0 son paroxysme que de mener une vie \u00e0 rebours, une vie d\u2019\u00e9criture pol\u00e9mique fond\u00e9e sur une moralisation des masses, du pauvre \u00e0 l\u2019aristocrate? N\u2019y aurait-il pas l\u00e0 le privil\u00e8ge ultime, que d\u2019\u00e9crire ainsi, depuis un nom comme le sien \u2014 retourn\u00e9 comme un gant, en ayant une tribune m\u00e9diatique immense, en publiant dans les plus grandes maisons (Stock, Flammarion), en faisant sensation (et le\u00e7on) sur les couvertures des\u00a0<em>Inrockuptibles<\/em>\u00a0(obtenant le prix \u00e9ponyme pour son avant-dernier roman)?<\/p>\n<p>Constance Debr\u00e9 avait h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une image sociale, celle d\u2019\u00eatre la petite-fille d\u2019un ministre, celle d\u2019\u00eatre la fille d\u2019une m\u00e8re mannequin aristocrate et d\u2019un p\u00e8re \u00e9crivain et journaliste de renom. Afin de s\u2019emparer de cette image sociale, elle a fa\u00e7onn\u00e9, par l\u2019entremise du m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain, une image d\u2019auteur qui exprime de fa\u00e7on assez caricaturale l\u2019opposition, la r\u00e9volte. Pensons seulement \u00e0 la repr\u00e9sentation de son corps dans l\u2019espace, \u00e0 ces photos d\u2019auteur \u00e0 la t\u00eate ras\u00e9e, aux nombreux tatouages d\u00e9corant son corps, aux v\u00eatements unisexes de teintes neutres, au veston en cuir. De l\u2019ethos narratif \u00e0 l\u2019ethos auctorial, un mouvement s\u2019op\u00e8re, car l\u2019\u00e9criture am\u00e9nage un espace de libert\u00e9 qui conf\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9crivaine une impression de sans-cons\u00e9quence\u00a0: on peut sur la page cracher sur tout, sans vergogne, sans remords. En cela, si Constance Debr\u00e9 joue au pol\u00e9miste entre les pages de ses livres, il est assez curieux de l\u2019\u00e9couter donner ses entretiens radiophoniques aupr\u00e8s d\u2019immenses cha\u00eenes fran\u00e7aises comme\u00a0<em>France Inter<\/em>\u00a0(Garcin 20 f\u00e9vrier 2022) ou\u00a0<em>France culture<\/em>(Laporte 24 f\u00e9vrier 2022)<em>.\u00a0<\/em>C\u2019est que soudainement l\u2019\u00e9crivain, s\u00fbr de lui-m\u00eame sur la page, cafouille, pour ne pas dire bafouille, invit\u00e9 \u00e0 jouer le jeu du partage, de l\u2019explication, de la confession sur les cha\u00eenes radio. Ainsi s\u2019actualise la\u00a0\u00a0<em>popstarisation<\/em>\u00a0tant ex\u00e9cr\u00e9e par Debr\u00e9, cons\u00e9cration qui est l\u2019apanage de la grande litt\u00e9rature. Arnaud Laporte se moquera ainsi de l\u2019\u00e9crivaine et de son projet d\u2019\u00e9criture en mettant l\u2019accent sur son obsession pour les morceaux de l\u2019immense compositeur allemand Johann Sebastian Bach, intitulant son \u00e9mission \u00ab\u00a0Bach existe donc il y a une solution dans le monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si Constance Debr\u00e9 \u00e9chappe \u00e0 la cat\u00e9gorisation tr\u00e8s r\u00e9ductrice des \u00e9critures \u00ab\u00a0autobiographiques\u00a0\u00bb \u00e0 la Christine Angot, Camille Laurens ou encore Chlo\u00e9 Delaume, elle est sans doute rang\u00e9e dans la cat\u00e9gorie bic\u00e9phale d\u2019esth\u00e8te pol\u00e9mique. \u00c0 la jonction de deux postures selon le mod\u00e8le d\u2019analyse du champ litt\u00e9raire fran\u00e7ais de Gis\u00e8le Sapiro (2018, 88), on peut la situer aupr\u00e8s de noms masculins assez r\u00e9actionnaires comme celui de Michel Houellebecq (qui publie aussi chez Flammarion) ou encore celui de Yann Moix, grand ami de Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder ou de Bernard-Henri L\u00e9vy\u2026 On se rappellera, pour la petite histoire, que Moix a rafl\u00e9 le Renaudot en 2013 avec son livre\u00a0<em>Naissance<\/em>\u00a0dont l\u2019inscription sur la quatri\u00e8me ne peut que faire penser au projet litt\u00e9raire du livre qui nous int\u00e9resse\u00a0: \u00ab\u00a0Non pas tuer le p\u00e8re, mais tuer en nous le fils. [\u2026] Toute naissance est devant soi. C\u2019est la mort qui est derri\u00e8re. Les parents nous ont donn\u00e9 la vie? \u00c0 nous de la leur reprendre. Le plus t\u00f4t possible.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 passer aux m\u00eames \u00e9missions que ces hommes-l\u00e0, \u00e0 concourir aux m\u00eames prix prestigieux aupr\u00e8s de ces figures troubles et richissimes de la litt\u00e9rature bourgeoise, on se demande comment\u00a0<em>le d\u00e9go\u00fbt d\u2019\u00eatre h\u00e9ritier<\/em>\u00a0ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de s\u2019y pr\u00e9senter, aux entretiens comme aux concours\u2026\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Blanchot, Maurice. 1973.\u00a0<em>Le pas au-del\u00e0<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Bourdieu, Pierre. 1979.\u00a0<em>La Distinction. Critique sociale du jugement de go\u00fbt.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>___. 1980. \u00ab\u00a0Chapitre 3\u00a0: structures, habitus, pratiques\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Le sens pratique<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>___. 1991. \u00ab\u00a0Le champ litt\u00e9raire\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>, vol. 89\u00a0: 3-46.<\/p>\n<p>Carles, Pierre. 2001.\u00a0<em>La sociologie est un sport de combat.\u00a0<\/em>France\u00a0: C-P Productions et VF Films.<\/p>\n<p>Debr\u00e9, Constance. 2022.\u00a0<em>Nom<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>___. 2020.\u00a0<em>Love me tender<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>___. 2018.\u00a0<em>Play Boy<\/em>.\u00a0Paris : Stock.<\/p>\n<p>Deleuze, Gilles et F\u00e9lix Guattari. 1980.\u00a0<em>Capitalisme et Schizophr\u00e9nie<\/em>.\u00a0<em>Mille Plateaux<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Garcin, J\u00e9r\u00f4me. 2022. \u00ab\u00a0Que valent les nouveaux livres de Le\u00efla Slimani, Constance Debr\u00e9, Joy Sorman, Jean-Jacques Schuhl?\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Le masque et la plume<\/em>. France Inter, 20 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>___. 2022. \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Nom\u00a0\u00bb de Constance Debr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Un manuel de survie et d\u2019art de vivre\u00a0\u00bb \u00e0 ne pas manquer selon Le Masque\u00a0\u00bb.\u00a0France Inter, 15 mars.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.franceinter.fr\/livres\/nom-de-constance-debre-un-manuel-de-survie-et-d-art-de-vivre-a-ne-pas-manquer-selon-le-masque\">https:\/\/www.franceinter.fr\/livres\/nom-de-constance-debre-un-manuel-de-survie-et-d-art-de-vivre-a-ne-pas-manquer-selon-le-masque<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 mars 2022)<\/p>\n<p>Kapri\u00e8lian, Nelly et Yann Perreau. 2022. \u00ab\u00a0Maggie Nelson, Constance Debr\u00e9 et Paul B. Preciado en conversation libre\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Les Inrockuptibles,\u00a0<\/em>25 janvier.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/livres\/maggie-nelson-constance-debre-et-paul-b-preciado-en-conversation-libre-435598-25-01-2022\/\">https:\/\/www.lesinrocks.com\/livres\/maggie-nelson-constance-debre-et-paul-b-preciado-en-conversation-libre-435598-25-01-2022\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 mars 2022)<\/p>\n<p>Lacoue-Labarthe, Philippe et Jean-Luc Nancy. 1978.\u00a0<em>L\u2019absolu litt\u00e9raire. Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature du romantisme allemand<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.\u00a0<\/p>\n<p>Lahire, Bernard. 2013.\u00a0<em>Dans les plis singuliers du social. Individus, institutions, socialisations<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Laporte, Arnaud. 2022. \u00ab\u00a0Constance Debr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Bach existe donc il y a une solution dans le monde\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Affaires culturelles<\/em>. France Culture, 24 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Laurens, Camille. 2022. \u00ab\u00a0\u201cNom\u201d, de Constance Debr\u00e9 : le feuilleton litt\u00e9raire de Camille Laurens\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Le Monde<\/em>, 17 f\u00e9vrier.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/livres\/article\/2022\/02\/17\/nom-de-constance-debre-le-feuilleton-litteraire-de-camille-laurens_6114079_3260.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/livres\/article\/2022\/02\/17\/nom-de-constance-debre-le-feuilleton-litteraire-de-camille-laurens_6114079_3260.html<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 mars 2022)<\/p>\n<p>Lefort, G\u00e9rard. 2022. \u00ab\u00a0Constance Debr\u00e9 : \u201cOn vit dans une \u00e9poque endormie et endormante\u201d\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Les Inrockuptibles,\u00a0<\/em>4 f\u00e9vrier.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/livres\/constance-debre-on-vit-dans-une-epoque-endormie-et-endormante-441365-04-02-2022\/\">https:\/\/www.lesinrocks.com\/livres\/constance-debre-on-vit-dans-une-epoque-endormie-et-endormante-441365-04-02-2022\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 mars 2022)<\/p>\n<p>Meizoz, J\u00e9r\u00f4me. 2007.\u00a0<em>Postures litt\u00e9raires. Mises en sc\u00e8ne modernes de l&rsquo;auteur.\u00a0<\/em>Gen\u00e8ve\u00a0: Slatkine \u00c9rudition.<\/p>\n<p>Moix, Yann. 2013.\u00a0<em>Naissance<\/em>. Paris\u00a0: Grasset.<\/p>\n<p>Polack, St\u00e9phanie. 2022. \u00ab\u00a0Constance Debr\u00e9, L\u2019anti-Rubempr\u00e9 (<em>Nom<\/em>)\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Diacritik<\/em>, 18 mars.\u00a0<a href=\"https:\/\/diacritik.com\/2022\/03\/18\/constance-debre-lanti-rubempre-nom\/\">https:\/\/diacritik.com\/2022\/03\/18\/constance-debre-lanti-rubempre-nom\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 mars 2022)<\/p>\n<p>St\u00e9landre, Thomas. 2022. \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e7a marche. \u00ab\u00a0Nom\u00a0\u00bb\u00a0: Constance Debr\u00e9, au dernier Debr\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Lib\u00e9ration,\u00a0<\/em>11 f\u00e9vrier.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/livres\/nom-constance-debre-au-dernier-debre-20220211_2DVW464MGRBILL5AQ2S4FQV7XI\/\">https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/livres\/nom-constance-debre-au-dernier-debre-20220211_2DVW464MGRBILL5AQ2S4FQV7XI\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 25 mars 2022)<\/p>\n<p>Renahy, Nicolas et Pierre-Emmanuel Sorignet. 2020. \u00ab\u00a0Introduction. Pour une sociologie du m\u00e9pris de classe. L&rsquo;\u00e9conomie des affects au c\u0153ur de la domination\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines<\/em>, vol. 119, no. 3\u00a0: 5-32.<\/p>\n<p>Renard, Fanny. 2022. \u00ab\u00a0Constance Debr\u00e9, \u00e9crire constamment et sans concession\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Litt\u00e9rature sans fronti\u00e8res<\/em>, RFI, 5 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Sapiro, Gis\u00e8le. 2018. \u00ab\u00a0Formes de politisation du champ litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Les \u00e9crivains et la politique en France. De l\u2019affaire Dreyfus \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9r<\/em>ie. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Trapenard, Augustin. 2022. \u00ab\u00a0Au nom de Constance Debr\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Boomerang<\/em>. France Inter, 3 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Zourabichvili, Fran\u00e7ois. 2003. \u00ab\u00a0Corps sans organes\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Le vocabulaire de Deleuze<\/em>. Paris\u00a0: Ellipses.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_reat06r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_reat06r\">[1]<\/a> Antonin Artaud,\u00a0<em>Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. 2001 [1974]. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0L\u2019imaginaire\u00a0\u00bb\u00a0: 31.<\/p>\n<p id=\"footnote2_k7qontx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_k7qontx\">[2]<\/a> Gilles Deleuze &amp; F\u00e9lix Guattari. 1972.\u00a0<em>Capitalisme et Schizophr\u00e9nie. L\u2019Anti-\u0152dipe.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Minuit\u00a0: 97.<\/p>\n<p id=\"footnote3_cbj8m9r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_cbj8m9r\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Les conditionnements associ\u00e9s \u00e0 une classe particuli\u00e8re de conditions d\u2019existence produisent des\u00a0<em>habitus<\/em>, syst\u00e8mes de dispositions durables et transposables, structures structur\u00e9es pr\u00e9dispos\u00e9es \u00e0 fonctionner comme structures structurantes [\u2026]\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Cf.<\/em>\u00a0Pierre Bourdieu. 1980. \u00ab\u00a0Chapitre 3\u00a0: structures, habitus, pratiques\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Le sens pratique<\/em>. Paris\u00a0: Minuit\u00a0: 88.<\/p>\n<p id=\"footnote4_be1ner1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_be1ner1\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0Respectabilit\u00e9 et m\u00e9pris de classe sont des cat\u00e9gories qui permettent de fabriquer une analyse complexe des interactions entre groupes, proche des perceptions subjectives des enqu\u00eat\u00e9s et rendant intelligibles de nombreux aspects de la vie de ceux qui subissent le m\u00e9pris. Elle fait donc sens aussi bien pour les agents que pour le chercheur qui retranscrit leur exp\u00e9rience. C\u2019est un terme central dans la perception qu\u2019ils ont de leur propre valeur sociale. Le m\u00e9pris survient parfois de fa\u00e7on d\u2019autant plus brutale que tant d\u2019efforts de la vie quotidienne tendent vers la respectabilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u00a0<em>Cf.\u00a0<\/em>Renahy, Nicolas, et Pierre-Emmanuel\u00a0Sorignet. 2020. \u00ab\u00a0Introduction. Pour une sociologie du m\u00e9pris de classe. L&rsquo;\u00e9conomie des affects au c\u0153ur de la domination\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines<\/em>, vol. 119, no. 3\u00a0: 10.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>lamoureux, rachel. 2023. \u00a0\u00ab\u00a0\u00c9crire le d\u00e9go\u00fbt d\u2019\u00eatre h\u00e9ritier dans Nom de Constance Debr\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab Anamn\u00e8se : oubli et oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s en litt\u00e9rature \u00bb, no 37, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/lamoureux-37&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lamoureux_37.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lamoureux_37.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-8744368c-c5b2-427f-ae3d-da3b8172743b\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lamoureux_37.pdf\">lamoureux_37<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lamoureux_37.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-8744368c-c5b2-427f-ae3d-da3b8172743b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab Anamn\u00e8se : oubli et oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s en litt\u00e9rature \u00bb, no 37 Car un ali\u00e9n\u00e9 est aussi un homme que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas voulu entendre et qu\u2019elle a voulu emp\u00eacher d\u2019\u00e9mettre d\u2019insupportables v\u00e9rit\u00e9s.[1] Antonin Artaud,\u00a0Van Gogh le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 Le probl\u00e8me n\u2019est r\u00e9solu que lorsqu\u2019on supprime et le probl\u00e8me et la solution.[2] Deleuze [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1357,1134,1358],"tags":[211],"class_list":["post-5751","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anamnese-oubli-et-oubliees-en-litterature","category-article","category-hors-dossier-anamnese-oubli-et-oubliees-en-litterature","tag-lamoureux-rachel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5751"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5751\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8309,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5751\/revisions\/8309"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}