{"id":5755,"date":"2024-06-13T19:48:38","date_gmt":"2024-06-13T19:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/punk-is-not-dead-une-lecture-du-livre-ou-la-poule-meurt-a-la-fin\/"},"modified":"2024-08-15T18:11:00","modified_gmt":"2024-08-15T18:11:00","slug":"punk-is-not-dead-une-lecture-du-livre-ou-la-poule-meurt-a-la-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5755","title":{"rendered":"\u00ab Punk is not dead \u00bb : une lecture du  \u00ab Livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6909\">Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Anamn\u00e8se: oubli et oubli\u00e9.e.s en litt\u00e9rature \u00bb, no. 37<\/a><\/h5>\n<p>Sur le site <em>Les libraires<\/em>, la notice sous <em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em> d\u00e9clare\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[&#8230;] le duo Blais-Boivin a invent\u00e9 un nouveau genre de livre pour enfants\u00a0: l\u2019album jeunesse nihiliste<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> Pour dire comme Vladimir Biaggi, le terme nihilisme est souvent utilis\u00e9 pour d\u00e9signer avec \u00ab\u00a0une remarquable impr\u00e9cision [&#8230;] toute conception tant soit peu tragique ou d\u00e9cadente de la vie.\u00a0\u00bb (1998, 11).<\/span>! Parce qu\u2019on pourrait penser que, par le d\u00e9tour de l\u2019absurde, l\u2019auteur cherche \u00e0 enseigner quelque chose\u2026 Mais non! Pas de le\u00e7on, pas de morale.\u00a0(s. d.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le livre de Fran\u00e7ois Blais est en effet pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0[&#8230;] l&rsquo;histoire hilarante d&rsquo;une petite poule bien irr\u00e9v\u00e9rencieuse\u00a0\u00bb (<em>Les libraires<\/em> s. d.). \u00ab\u00a0J\u2019ai beaucoup ri\u00a0\u00bb, diront les internautes sur la plateforme d\u2019\u00e9changes litt\u00e9raires <em>Babelio<\/em> (s. d.). Cela dit, l\u2019album d\u00e9di\u00e9 aux enfants met en sc\u00e8ne Catherine, une poule qui attend la mort dans l\u2019anonymat d\u2019un poulailler industriel, dont le seul d\u00e9lassement consiste \u00e0 remplir compulsivement ses cartes de cr\u00e9dit en achetant mille et un objets insignifiants.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cart entre la r\u00e9ception de l\u2019ouvrage et sa trame de fond a de quoi laisser perplexe. Laurence C\u00f4t\u00e9-Fournier, dans un article paru chez <em>Nouveau Projet<\/em>, attirait l\u2019attention sur un groupe d\u2019auteurs et d\u2019autrices, dont fait partie Blais, qui privil\u00e9gierait \u00ab\u00a0le niaiseux\u00a0\u00bb (2014). En revanche, dans ces \u00e9critures de l\u2019ordinaire et du second degr\u00e9, elle souligne que \u00ab\u00a0[r]ien n\u2019est s\u00e9rieux et tout l\u2019est pourtant\u00a0\u00bb (134). Dans quel monde pourrait-on retrouver autant de cabotinages en m\u00eame temps que des relents de m\u00e9pris de la soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s nietzsch\u00e9en, une d\u00e9sillusion cioranesque de la vie, un cynisme diog\u00e9nien et un esprit de contestation de conserve? Dans le punk.<\/p>\n<p>On r\u00e9fl\u00e9chit beaucoup <em>sur<\/em> le punk, mais encore peu <em>avec<\/em> le punk. Sylvain David l\u2019a fait pour les romans de Patrick Eudeline et Virginie Despentes, mais le punk, dans ces \u0153uvres, fait partie int\u00e9grante de l\u2019univers r\u00e9f\u00e9rentiel. L\u2019auteur et l\u2019autrice \u00ab\u00a0[&#8230;] t\u00e9moignent d\u2019une forte pr\u00e9dilection pour le sous-genre du punk, lequel en vient \u00e0 informer l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de leur d\u00e9marche.\u00a0\u00bb (David 2018) Parlant de Patrick Eudeline, David confirme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9tant de la g\u00e9n\u00e9ration qui a vu le mouvement se cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces, il est conscient des origines et influences de celui-ci. Ceci se manifeste dans son \u0153uvre par un constant <em>name dropping<\/em> de musiciens des ann\u00e9es 1970 [&#8230;]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sans relever de la m\u00eame \u00e9vidence, il y a dans l\u2019ouvrage de Blais toute une s\u00e9rie d\u2019indices textuels qui pointent la cl\u00e9 de lecture que peut repr\u00e9senter une posture punk. Il s\u2019agit en outre d\u2019une belle occasion de rapprocher deux mondes en apparence \u00e9loign\u00e9s. Pour l\u2019anecdote, le batteur des <em>Sex Pistols<\/em> raconte que le groupe a donn\u00e9 son meilleur spectacle \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un concert de charit\u00e9 devant des enfants entre trois et cinq ans. Il y avait un g\u00e2teau g\u00e9ant, dit-il, et tout le monde a fini par sauter dedans (Colegrave et Sullivan 2002, 286). Ce nonobstant, les livres destin\u00e9s aux petits de m\u00eame que ceux associ\u00e9s au punk sont encore souvent mis de c\u00f4t\u00e9 par les \u00e9tudes litt\u00e9raires. Francis Marcoin fait remarquer avec clairvoyance qu\u2019\u00e0 certains \u00e9gards la litt\u00e9rature jeunesse peut \u00eatre vue comme une litt\u00e9rature sans histoire ni critique. Il constate, en effet, que rares sont les articles, comme celui de Fran\u00e7oise Balibar intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les mots, le monde, les enfants. Sur <em>Le Doudou m\u00e9chant<\/em> de Claude Ponti<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> Voir <em>Revue Critique<\/em> n\u00b0 646<em>. <\/em>2001. Paris\u00a0: \u00c9ditions de minuit.<\/span>\u00a0\u00bb, qui se retrouvent dans une revue de critique litt\u00e9raire entre un texte sur Paul Ric\u0153ur et un autre sur Raoul Ruiz (Marcoin 2005, 23). Quant \u00e0 la litt\u00e9rature qui fut associ\u00e9e pour diff\u00e9rentes raisons au mouvement punk \u2014 je pense aux polars sanglants de type <em>Sang futur<\/em> de Kriss Vil\u00e0, aux dystopies du cyberpunk, \u00e0 Charles Bukowski, \u00e0 Patrice Eudeline, aux fanzines des Riot Grrrl ou aux B.D. d\u2019Henriette Valium \u2014 on note qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e, volontairement dans la plupart des cas, en marge des sentiers proprets du champ litt\u00e9raire traditionnel. Je le rappelle au passage, le roman <em>Baise-moi<\/em> de Virginie Despentes a \u00e9t\u00e9 au d\u00e9part rejet\u00e9 par nombre de maisons d\u2019\u00e9dition et de librairies<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> Voir Florence Aubenas. 2015. \u00ab\u00a0Virginie Despentes, la fureur dans le sexe\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 29 juillet.<\/span>. L\u2019album jeunesse et l\u2019univers du punk paraissent donc figurer parmi les lieux qu\u2019il ne fait pas bon de fr\u00e9quenter lorsque l\u2019on se soucie d\u2019entretenir son capital culturel. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne. J\u2019ai vu, dans cette histoire aviaire, une esp\u00e8ce de fable qui, \u00e0 travers l\u2019all\u00e9gorie de la poule s\u2019en allant \u00e0 l\u2019abattoir, exprimerait, dans un analogue amusant, l&rsquo;ind\u00e9cence de la soci\u00e9t\u00e9 humaine et en particulier de ces syst\u00e8mes d\u2019exploitation et de domination. \u00c0 cet \u00e9gard, je me permets d\u2019utiliser le punk comme grille de lecture pour mettre en surbrillance des \u00e9l\u00e9ments qui pourrait participer, \u00e0 mon sens, d\u2019une ex\u00e9g\u00e8se fond\u00e9e qui va bien au-del\u00e0 d\u2019une complexion peut-\u00eatre l\u00e9g\u00e8re de prime abord.<\/p>\n<p>Le punk demeure un mouvement \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable qui a \u00e9norm\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 dans le temps et il est hasardeux d\u2019en parler comme d\u2019un bloc monolithique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> Ma lecture ne se veut en aucun cas, il faut le dire, une apologie du punk. Le punk est un mouvement qui a connu des \u00e9l\u00e9ments violents et qui fut, \u00e0 de nombreux \u00e9gards, extr\u00eamement misogyne, et ce, sans compter les d\u00e9rives racistes et homophobes de quelques groupuscules. En outre, certains personnages cit\u00e9s dans cet article ne sont pas exempts de tous reproches (c\u2019est un euph\u00e9misme que de le dire ainsi).<\/span>. Malgr\u00e9 tout, et bien que les composantes que j\u2019ai choisies d\u2019extraire forment le maillage d\u2019un m\u00eame tricot, on y rep\u00e8re plusieurs th\u00e8mes transversaux qui peuvent servir de structure \u00e0 l\u2019analyse. Je me propose d\u2019examiner comment l\u2019absence d\u2019espoir et l\u2019autodestruction, notamment dans le rapport particulier que la sc\u00e8ne punk a entretenu avec l\u2019usage de drogues (Marchant 2016), font \u00e9cho \u00e0 la consommation de Catherine et \u00e0 sa vision pessimiste de l\u2019avenir. Je m\u2019attarderai ensuite \u00e0 la mani\u00e8re dont la poule, dans son refus de l\u2019autorit\u00e9, reprend de fa\u00e7on convaincante le rejet du pouvoir et le comportement anarchiste mis de l\u2019avant dans l\u2019univers du punk pr\u00e9coce (Kergariou 2017, 475). Finalement, je me pencherai sur l\u2019aspect provocateur qui se pr\u00e9sente dans le r\u00e9cit, comme c\u2019est souvent le cas dans la culture punk, sous l\u2019angle d\u2019un humour \u00e0 fort potentiel subversif (Bestley 2013).<\/p>\n<h2><em>No Future<\/em><\/h2>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, exit l\u2019espoir et l\u2019optimisme du courant hippie. En 1977, aux \u00c9tats-Unis, Richard Hell et <em>The Voidoids<\/em> lance son album <em>Blank Generation<\/em>, et la m\u00eame ann\u00e9e les <em>Sex Pistols <\/em>sortent <em>No Future<\/em> (<em>God Save the Queen<\/em>), un pied de nez \u00e0 l\u2019hymne national britannique qui marquera les esprits avec ce qui deviendra l\u2019un des slogans phares du mouvement punk. Les premi\u00e8res paroles refl\u00e8tent, par ailleurs, parfaitement la r\u00e9volte latente induite par l\u2019oppression ressentie par une frange de la population impuissante face \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des pouvoirs de droite\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>God save the Queen<\/em><\/p>\n<p><em>The fascist regime<\/em><\/p>\n<p><em>They made you a moron<\/em><\/p>\n<p><em>A potential H bomb<\/em><\/p>\n<p>(<em>Sex Pistols<\/em> 1977).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, les politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales de Margaret Thatcher en Angleterre et de Ronald Reagan aux \u00c9tats-Unis continueront d\u2019alimenter le cynisme des laiss\u00e9\u00b7e\u00b7s-pour-compte. Le punk se pr\u00e9sente pour les jeunes \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 \u2014 et \u00e9ventuellement pour ceux et celles n\u00e9\u00b7e\u00b7s entre 1965 et 1980 que l\u2019on nommera la g\u00e9n\u00e9ration X<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> Sans trop conjecturer le contexte dans lequel l\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 produite ou les intentions qui auraient pu \u00eatre celles de l\u2019auteur, je souligne tout de m\u00eame que Fran\u00e7ois Blais \u00e9tait lui-m\u00eame issu de la G\u00e9n\u00e9ration X.<\/span> \u2014 comme une soupape \u00e0 la frustration, un moyen de se faire entendre, en criant haut et fort que le monde est pourri<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> Le chanteur des <em>Sex Pistols<\/em> prendra d\u2019ailleurs le nom de sc\u00e8ne de Johny Rotten, mais davantage en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa dentition pourrie.<\/span> et qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019avenir. Le mouvement fournit une fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender le dur lendemain de veille dans un univers o\u00f9 les promesses d\u2019apr\u00e8s-guerre se sont sold\u00e9es par une r\u00e9cession et o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 industrielle est devenue la pr\u00e9misse d\u2019une crise environnementale.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration X est au reste pr\u00e9sent\u00e9e, sur la quatri\u00e8me de couverture de l\u2019ouvrage <em>No Future\u00a0: une histoire du punk<\/em>, comme \u00ab\u00a0la g\u00e9n\u00e9ration vide, celle qui a toujours connu la t\u00e9l\u00e9vision, la prosp\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;abondance, mais une abondance que l&rsquo;on d\u00e9couvre quelque peu frelat\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;instar des colorants chimiques canc\u00e9rig\u00e8nes ou du \u00ab\u00a0poulet aux hormones\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (de Kergariou 2017). J\u2019observe que le symbole de l\u2019\u00e9levage de poulets a \u00e9t\u00e9 plus qu\u2019\u00e0 son tour retenu dans la repr\u00e9sentation de cette g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9caire et qui se sent condamn\u00e9e d\u2019avance\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes les premiers \u00e0 n\u2019avoir connu que les poulets au p\u00e9trole et le lait \u00e0 l\u2019insecticide [&#8230;] nos os sont fragiles et nos dents grincent&#8230;\u00a0\u00bb dit le musicien et critique Patrick Eudeline (de Kergariou 2017, 466-467). Quoi de plus vivide pour incarner le punk emprisonn\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 futile et destructrice que l\u2019image d\u2019animaux anonymes, drogu\u00e9s et captifs, \u00e9lev\u00e9s pour leur chair? La repr\u00e9sentation sera, en effet, souvent reprise sous une forme ou une autre notamment par les <em>Dead Kennedys<\/em> qui hurlent en 1985\u00a0: \u00ab\u00a0<em>We\u2019re going down to the chicken farm<\/em>\u00a0\u00bb dans un tableau apocalyptique \u00e9voquant la guerre du Vietnam. Malgr\u00e9 l\u2019incertitude de lendemains qui chantent et les d\u00e9buts du mouvement g\u00e9n\u00e9ralement moins ax\u00e9s sur le militantisme, il est \u00e0 propos de souligner que plusieurs groupes punks de partout dans le monde \u2014 de <em>Propagandhi<\/em> au Canada, \u00e0 <em>Refused<\/em> en Su\u00e8de, en passant par <em>B\u00e9rurier noir<\/em> en France \u2014 se sont fait les porte-\u00e9tendards de la cause antisp\u00e9ciste (Hein et Blake 2016, 18).<\/p>\n<p>Bien que la r\u00e9bellion pourra \u00e9ventuellement se muer chez certains individus en un processus de capacitation, on trouve particuli\u00e8rement dans la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration du punk, plus qu\u2019une acceptation, une glorification de la fatalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0On pourrait tous mourir demain, trompons donc l\u2019ennui d\u2019une existence insignifiante en faisant de nos vies une folle \u00e9pop\u00e9e\u00a0\u00bb ou plus prosa\u00efquement, tel qu\u2019on pourrait le dire dans la langue de Sid Vicious\u00a0: \u00ab\u00a0<em>let\u2019s make a f*cking mess first<\/em>.\u00a0\u00bb Dans <em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em>, la poule de Fran\u00e7ois Blais personnifie parfaitement cette figure de \u00ab\u00a0<em>rebel without a cause\u00a0<\/em>\u00bb pour reprendre le titre du film de Nicholas Ray. Que peut, en effet, attendre du futur celle qui subit un quotidien mis\u00e9rable entass\u00e9e avec la pl\u00e8be et qui se sait, qui plus est, condamn\u00e9e \u00e0 une mort atroce n\u2019ayant pour objectif que de participer \u00e0 nourrir (litt\u00e9ralement) le syst\u00e8me qui l\u2019exploite? Le personnage de Catherine \u00e9volue entre lassitude, indiff\u00e9rence, r\u00e9volte et rage de vivre. Pour combattre l\u2019ennui, la poule profite des infrastructures en place\u00a0: elle magasine \u00e0 corps perdu sans se soucier de son potentiel endettement. Quand Jean-Claude, le coq responsable du poulailler, lui demande \u00ab\u00a0[&#8230;] que feras-tu quand les compagnies de cr\u00e9dit t\u2019enverront leurs factures? Elle r\u00e9pond \u2014 rien du tout. Tu sais bien qu\u2019on m\u2019\u00e9l\u00e8ve pour ma chair. D\u2019ici une semaine, je ne serai plus ici.\u00a0\u00bb (Blais 2018, 17) Consciente de sa fin tragique imminente, Catherine est d\u2019une lucidit\u00e9 implacable. Elle confronte Jean-Claude sur sa propre complicit\u00e9 et refuse d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame un rouage en participant sottement \u00e0 l\u2019organisation qui la m\u00e8nera \u00e0 sa perte. On retrouve, en outre, dans la pulsion d\u2019intensit\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e8de, ou du moins, qui va de pair avec ce sentiment d\u2019une mort in\u00e9vitable, l\u2019un des topo\u00ef classiques du discours punk\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours eu la conviction qu\u2019il fallait que je mette le plus de vie possible dans ma vie\u00a0\u00bb dira par exemple le punk montr\u00e9alais Alan Lord interview\u00e9 par Dominic Tardif (2023).<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019image de David-Henri Thoreau, que certains ont qualifi\u00e9 de punk de son temps<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Pour exemple\u00a0: Michael Mazenko. 2022. \u00ab\u00a0Walden Pond Punk\u00a0: Henry Thoreau and the Punk Rock Aesthetic\u00a0\u00bb. Pop Matters, 22 septembre. <a href=\"https:\/\/www.popmatters.com\/henry-thoreau-walden-pond-punk\">https:\/\/www.popmatters.com\/henry-thoreau-walden-pond-punk<\/a> <\/span>, Catherine veut \u00ab\u00a0[&#8230;] vivre, intens\u00e9ment, et sucer toute la moelle de la vie. Mettre en d\u00e9route tout ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas la vie pour ne pas d\u00e9couvrir, \u00e0 l&rsquo;heure de [s]a mort [qu\u2019elle] n&rsquo;avai[t] pas v\u00e9cu[e]\u00a0\u00bb (Thoreau 1990, 131). Seulement, \u00e0 l\u2019inverse de Thoreau, Catherine n\u2019a pas le luxe ou le r\u00e9flexe de se retirer dans un chalet de Walden. L\u2019environnement punk est par ailleurs \u00e9loign\u00e9 de l\u2019imagerie idyllique des hippies. Le groupe est en r\u00e9action contre les divers mouvements qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et qui pr\u00f4naient, dans un certain rousseauisme, un retour \u00e0 la nature et la croyance en un monde meilleur (Rou\u00e9 1986, 42). Les punks se retrouvent en marge du syst\u00e8me, mais bien loin de la nature, sur le bitume, les yeux fixant l\u2019objet de leur d\u00e9go\u00fbt.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, c\u2019est la consommation de psychotropes de plusieurs punks qui sera du reste assimil\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 une d\u00e9marche d\u2019exclusion volontaire de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb (Marchant 2016, 144). Si pour vivre au maximum les <em>Ramones<\/em> se tournent vers l\u2019inhalation de colle<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> C\u2019est ce que laisse supposer leur succ\u00e8s <em>Now I Wanna Sniff Some Glue<\/em>.<\/span>, Catherine n\u2019est pas en reste\u00a0: \u00ab\u00a0[elle] \u00e9tait afflig\u00e9e d\u2019un vice tr\u00e8s grave\u00a0: elle \u00e9tait d\u00e9pensi\u00e8re. D\u00e8s qu\u2019un objet lui plaisait un tout petit peu, elle devait l\u2019acheter\u00a0\u00bb (Blais 2018, 9). Ce comportement, sans but apparent autre que la recherche d\u2019un effet euphorisant, ne manque pas d\u2019\u00e9voquer ce qu\u2019Alexandre Marchant appelle \u00ab\u00a0la d\u00e9fonce<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> Dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, le courant punk s\u2019est ins\u00e9r\u00e9 dans le paysage musical fran\u00e7ais gr\u00e2ce \u00e0 quelques groupes ou artistes phares. Mais, ces artistes recherchaient et promouvaient la \u00ab\u00a0d\u00e9fonce\u00a0\u00bb, si caract\u00e9ristique du nihilisme punk, dans la surconsommation d\u2019alcool et d\u2019amph\u00e9tamines (<em>speed<\/em>), voire d\u2019h\u00e9ro\u00efne, ce qui invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux modalit\u00e9s par lesquelles la sc\u00e8ne punk a pu transmettre son rapport particulier aux drogues \u00e0 d\u2019autres cat\u00e9gories de la population et \u00eatre \u00e0 la base d\u2019une nouvelle sous-culture appropri\u00e9e par de nombreux toxicomanes dans les ann\u00e9es 1980\u00a0\u00bb (Marchant 2016, 113).<\/span>\u00a0\u00bb (2016). Plusieurs \u00e9num\u00e9rations dans le texte mettent en \u00e9vidence cette compulsion\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle poss\u00e9dait des robes, des bijoux, des t\u00e9l\u00e9phones, des extracteurs \u00e0 jus, des bibelots, un tutu, des perceuses \u00e9lectriques, des bols \u00e0 punch, des arrosoirs, des disques, des poup\u00e9es, des horloges; elle poss\u00e9dait m\u00eame un jeu de pneus d\u2019hiver (elle qui n\u2019avait pas de voiture) ainsi que cinq paires de gants (elle qui n\u2019avait pas de mains) (Blais 2018, 10).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bon nombre de personnages imagin\u00e9s par Fran\u00e7ois Blais pourraient \u00eatre qualifi\u00e9s de perdants sympathiques. Pensons \u00e0 Tess et \u00e0 Jude du roman <em>Document 1<\/em> qui pr\u00e9parent un voyage sur Internet et qui ne quittent jamais la ville de Grand-M\u00e8re, ou encore au narrateur du <em>Livre sur M\u00e9lanie Cabay<\/em> jouant \u00ab\u00a0en bobettes au Nintendo\u00a0\u00bb pendant tout un \u00e9t\u00e9. Blais propose de coutume des repr\u00e9sentations h\u00e9ro\u00efques modestes qui se meuvent dans la vie sans grandes convictions et \u00e0 l\u2019abri des regards. La protagoniste du <em>Livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em> campe, quant \u00e0 elle, un r\u00f4le de perdante beaucoup plus flamboyant. Avec son comportement d\u2019acheteuse compulsive, elle incarne de belle mani\u00e8re la figure de la \u00ab\u00a0<em>loser<\/em> magnifique\u00a0\u00bb (Marchant 2016), cet arch\u00e9type de la <em>Blank Generation<\/em> qui performe le <em>glamour<\/em> du d\u00e9sespoir. \u00ab\u00a0[Catherine] mangeait en ville tous les soirs et prenait le taxi pour passer le temps\u00a0\u00bb (Blais 2018, 12). Le caract\u00e8re festif et mondain de la consommation de Catherine, doubl\u00e9 d\u2019un spleen dont on peut penser qu\u2019il est le sympt\u00f4me de son \u00e9tat de d\u00e9r\u00e9liction, rappelle les personnages hauts en couleur du milieu punk ou proto-punk des ann\u00e9es 1970 qui affichaient sans vergogne leurs d\u00e9pendances dans une d\u00e9ch\u00e9ance th\u00e9\u00e2trale socialement valoris\u00e9e dans le monde de la f\u00eate (Marchant, 146). Tel Lou Reed<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> Lou Reed, qui paradoxalement mourut \u00e0 un \u00e2ge qu\u2019on peut qualifier de v\u00e9n\u00e9rable, est la parfaite incarnation de ce personnage iconique de <em>loser <\/em>magnifique\u00a0: \u00ab\u00a0<em>He sang about scoring heroin in Harlem, hung out with Andy Warhol at the<\/em> Factory<em> and inspired generations of punk bands that went on to rage at <\/em>CBGB<em>. <\/em><em>Lou Reed was as New York as Yankee Stadium, and his best songs continue to inspire. But, as revealed in the new book \u201cLou Reed: A Life\u201d (Little, Brown, out now) by Anthony DeCurtis, the day-to-day of Reed, who died in 2013 at age 71, was gritty, unpredictable and sometimes tragic or beautiful \u2014 just like the narratives of his best songs<\/em>\u00a0\u00bb (Kaplan 2017).<\/span> \u00e0 la <em>Factory<\/em>, la <em>junkie<\/em> du magasinage \u00ab\u00a0<em>take[s] a walk on the wild side<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la chanson du c\u00e9l\u00e8bre proto-punk.<\/span>\u00a0\u00bb. En se vautrant dans le luxe insipide que lui offre la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, la poule rejoue \u2014 au m\u00eame titre que Patrick Eudeline ou Sid Vicious qui voyaient l\u2019utilisation de <em>speed<\/em> ou d\u2019h\u00e9ro\u00efne comme faisant partie de leur style de vie \u2014 la figure de la rebelle laquelle, dans un mode de vie alternatif, se dote d\u2019un certain statut qu\u2019elle ne pourrait obtenir autrement. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019avoir la chance de r\u00e9ussir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me, Catherine se fera reine des paum\u00e9es.<\/p>\n<h2>Ni Dieu ni ma\u00eetre<\/h2>\n<p>Tout en consid\u00e9rant une certaine variation d\u2019orientations id\u00e9ologiques au sein de la communaut\u00e9, la libert\u00e9 demeure une valeur cardinale, voire <em>sine qua non<\/em>, qui unit tous les punks. \u00ab\u00a0<em>Punk rock should mean freedom\u00a0<\/em>\u00bb, avait dit Kurt Cobain en 1991 \u00e0 la sortie de l\u2019album <em>Nevermind<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Paradoxalement, Nirvana avait choisi de signer avec le label Geffen records se faisant ainsi taxer de \u00ab\u00a0vendus\u00a0\u00bb par les fans de la premi\u00e8re heure (Taysom 2021). <\/span> (Dolan 2016). En effet, le refus de se voir subordonn\u00e9 \u00e0 une quelconque instance engage les \u00e9l\u00e9ments les plus rebelles \u00e0 ne pas se laisser berner par les sir\u00e8nes du capitalisme. Le <em>Do It Yourself\u00a0<\/em> dans le monde anglo-saxon, ou \u00ab\u00a0la d\u00e9brouille\u00a0\u00bb en France, constitue une force motrice qui permet aux punks de s\u2019accomplir en s\u2019affranchissant des diktats de la soci\u00e9t\u00e9. On s\u2019arrange avec les moyens du bord pour produire de la litt\u00e9rature, de la musique ou toute autre forme d\u2019activit\u00e9s en marge de l\u2019organisation conventionnelle. L\u2019autod\u00e9termination engendre un cercle vertueux d\u2019\u00e9mancipation et de croyance en ses propres capacit\u00e9s<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\"> Anecdote\u00a0: Sid Vicious ne savait pas jouer de la basse avant de monter sur sc\u00e8ne pour la premi\u00e8re fois avec les <em>Sex Pistols<\/em> et Tommy Ramones, le chanteur du groupe \u00e9ponyme, ne savait jouer qu\u2019un ou deux accords \u00e0 la guitare et ne pouvait pas chanter en m\u00eame temps. C\u2019est ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper leur style d\u00e9pouill\u00e9 et droit au but si caract\u00e9ristique.<\/span>. Dans l\u2019ouvrage <em>Do It Yourself! Autod\u00e9termination et culture punk<\/em>, Hein cite Ian MacKaye du groupe punk ind\u00e9pendant <em>Fugazi<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] je ne suis pas int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9 pour les besoins de quelqu\u2019un qui doit faire du fric.\u00a0\u00bb (133) dit-il en parlant de son refus de signer avec la c\u00e9l\u00e8bre compagnie de disques Atlantic. Dans la situation qui est la sienne, on peut facilement imaginer que la poule de Blais aurait aim\u00e9 pouvoir crier \u00ab\u00a0<em>We owe you nothing\/you have no control<\/em>\u00a0\u00bb (Fugazi 1990).<\/p>\n<p>Il faut lui reconna\u00eetre d\u2019entr\u00e9e de jeu une conation orient\u00e9e vers la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. \u00c0 titre de preuve, retenons le segment o\u00f9 Jean-Claude, le patron du poulailler, la convoque dans son bureau<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\"> Mentionnons au passage que la situation camp\u00e9e dans un d\u00e9cor industriel ne manque pas de rappeler les tensions ouvri\u00e8res qui ont accompagn\u00e9 la gen\u00e8se du mouvement punk en Europe comme en Am\u00e9rique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970.<\/span>. Le chef de la basse-cour saisit l\u2019occasion d\u2019affirmer sa fonction de gardien de l\u2019ordre, en adressant \u00e0 la volaille un bl\u00e2me qui rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Catherine, tu d\u00e9penses trop! Je crois que tu es ce qu\u2019il convient d\u2019appeler une acheteuse compulsive.\u00a0\u00bb La poule, ne choisissant pas la docilit\u00e9 que lui commanderait pourtant son r\u00f4le, r\u00e9torque du tac au tac\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais et alors!\u00a0\u00bb (Blais 2018, 15). L\u2019image du poulailler et du coq pr\u00e9sente une m\u00e9taphore presque trop patente\u00a0: difficile de ne pas voir en Catherine une figure de poule punk f\u00e9ministe qui tient t\u00eate au patriarcat. Quoique le milieu punk ne soit pas \u00e9pargn\u00e9 par le machisme et la misogynie, par sa nature contestataire, il permet l\u2019\u00e9mergence de voix fortes qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie masculine\u00a0: \u00ab\u00a0Les femmes, gr\u00e2ce au punk, sentaient qu\u2019elles pouvaient se battre \u00e0 armes \u00e9gales avec les hommes.\u00a0\u00bb (Savage 2002, 468) Elles n\u2019ont plus \u00e0 \u00eatre les gentilles filles polies et jolies. Viendront d\u2019ailleurs se greffer \u00e0 la devise anarchiste \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0\u00bb, bien connue et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le mouvement, d\u2019autres constituants tels que \u00ab\u00a0ni patron ni mari<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\"><em> Ni Dieu ni patron ni mari <\/em>est d\u2019ailleurs le titre d\u2019un livre consacr\u00e9 au premier journal anarchiste f\u00e9ministe publi\u00e9 \u00e0 Buenos Aires au courant de l\u2019ann\u00e9e 1896. <em>La Voz de la Mujer <\/em>avait pour mission d\u2019outiller les femmes dans le but de\u00a0combattre les oppressions religieuses, capitalistes ou patriarcales. <em>La Voz de la Mujer.<\/em> 2021. <em>Ni dieu, ni patron, ni mari<\/em>. Montreuil\u00a0: Nada.<\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son altercation frustrante avec Jean-Claude, Catherine se r\u00e9fugie encore une fois dans la consommation compulsive. \u00ab\u00a0[L]a poule quitta le bureau et, afin d\u2019oublier le d\u00e9sagr\u00e9ment caus\u00e9 par cette p\u00e9nible discussion, elle se rendit sur eBay o\u00f9 elle fit l\u2019acquisition [entre autres choses] d\u2019un raisin sec ressemblant un peu \u00e0 la reine d\u2019Angleterre\u00a0\u00bb (Blais 2018, 22). Pour m\u2019aider \u00e0 \u00e9tayer ma th\u00e8se, Fran\u00e7ois Blais ins\u00e8re sa propre r\u00e9f\u00e9rence au symbole institutionnel qui fut probablement le plus repr\u00e9sent\u00e9 et d\u00e9tourn\u00e9 par la contre-culture\u00a0: feu la souveraine britannique. Comme exemples, je pense, \u00e9videmment, \u00e0 l\u2019iconique pamphlet contre la monarchie <em>God Save the Queen <\/em>des <em>Sex Pistols<\/em> dont l\u2019image sur la pochette du <em>single<\/em> est devenue l\u2019une des plus connues du mouvement punk<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\"> On y voit le visage de la reine dont les yeux et la bouche sont cach\u00e9s sous le titre et le nom du groupe.<\/span>, sinon plus r\u00e9cemment, en France, \u00e0 Philippe Katerine qui a compos\u00e9 une chanson o\u00f9 il r\u00e9p\u00e8te en boucle \u00ab\u00a0Je suis la reine d\u2019Angleterre et je vous ch*e \u00e0 la raie<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"> Dans le vid\u00e9oclip, Katerine appara\u00eet habill\u00e9 en reine d\u2019Angleterre avec deux jeunes hommes qui tiennent l\u2019Union Jack en faisant des doigts d\u2019honneur.<\/span>\u00a0\u00bb. Pour compl\u00e9ter le tour du chapeau des figures d\u2019autorit\u00e9 bafou\u00e9es, Catherine ne manque pas de rabrouer le cur\u00e9 de la paroisse qui voudrait bien la confesser avant qu\u2019elle ne se fasse abattre\u00a0: \u00ab\u00a0Si vous ne vous repentez point, vous n\u2019irez pas au paradis.\u00a0\u00bb (Blais 2018, 30) Apr\u00e8s que l\u2019homme d\u2019\u00c9glise eut affirm\u00e9 qu\u2019on ne trouvait pas de boutique au paradis, Catherine r\u00e9pond qu\u2019elle n\u2019a \u00ab\u00a0aucune raison d\u2019y mettre les pattes\u00a0\u00bb (Blais 2018, 30).<\/p>\n<p>Tout compte fait, comment interpr\u00e9ter le comportement d\u00e9linquant de Catherine en lien avec une potentielle d\u00e9nonciation de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation? Plusieurs groupes punks, dont <em>The Clash<\/em> pour ne nommer que lui, se sont pr\u00eat\u00e9s au jeu du capitalisme contre argent et gloire. Catherine, elle, est prisonni\u00e8re et, de surcro\u00eet, condamn\u00e9e \u00e0 mort. Au-del\u00e0 de la pratique autodestructrice que peut constituer sa compulsion, l\u2019une des ressources dont elle dispose pour, sinon renverser le syst\u00e8me, du moins faire pression sur lui, est le sabotage. La poule met du sable dans l\u2019engrenage, elle d\u00e9tourne la cha\u00eene de la production standard, ce qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer d\u2019une certaine mani\u00e8re la notion de \u00ab\u00a0perruquage\u00a0\u00bb chez de Certeau (1990). Le perruquage se comprend comme le fait d\u2019utiliser les moyens d\u2019exploitation en place pour r\u00e9aliser quelque chose qui nous sert \u00e0 nous-m\u00eames. Il peut s\u2019agir de se r\u00e9approprier des biens, une langue, des espaces en employant des tactiques furtives que la culture dominante avec ses strat\u00e9gies globales peut difficilement contrer (de Certeau 1990, 51). Catherine fait un usage subversif des outils disponibles dans le but, non pas d\u2019abolir le syst\u00e8me, mais de d\u00e9ranger, ne serait-ce qu\u2019un peu, l\u2019ordre \u00e9tabli en se procurant, au passage un brin de plaisir. Cette posture de pirate rejoint le propos de Marie Rou\u00e9 qui observe dans le mode de vie punk un comportement de parasitisme doubl\u00e9, pour le punk autant que pour le dandy de l\u2019\u00e9poque baudelairienne pr\u00e9cise-t-elle, d\u2019un m\u00e9pris de l\u2019argent qui peut pousser l\u2019un comme l\u2019autre \u00e0 vivre \u00e0 cr\u00e9dit sans aucun scrupule (1986, 45).<\/p>\n<h2>La provoc<\/h2>\n<p>Catherine ne se contente pas de refuser l\u2019autorit\u00e9, elle se fait un devoir de lui tenir t\u00eate et de s\u2019en moquer activement. Au chef du poulailler qui en d\u00e9sespoir de cause lui demande ce qu\u2019elle fait de l\u2019honneur, Catherine r\u00e9pond effront\u00e9ment deux fois plut\u00f4t qu\u2019une\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019assois dessus Jean-Claude, je m\u2019assois dessus.\u00a0\u00bb On d\u00e9c\u00e8le, dans ce franc-parler de type punk, une certaine dimension performative. Il y a, en effet, dans l\u2019affirmation, une violence qui exprime une volont\u00e9 d\u2019annihilation de la valeur qu\u2019est l\u2019honneur en la passant \u00e0 l\u2019arme de la vulgarit\u00e9. C\u2019est exactement ce qui se produit dans le cas qui m\u2019occupe\u00a0: Catherine, du petit peuple des poules, renvoie au visage de Jean-Claude et de ses privil\u00e8ges de coq l\u2019ignominie et l\u2019impertinence de sa question. De toute fa\u00e7on, \u00e0 quoi servirait et \u00e0 qui profiterait donc cet honneur dont devrait faire preuve Catherine? Par cette remarque \u00e0 la limite de l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9, la poule refuse non seulement d\u2019adh\u00e9rer au principe impos\u00e9 par le coq, mais \u00e9galement de reconna\u00eetre son r\u00f4le hi\u00e9rarchique; elle le fait tomber en un claquement de doigts du pi\u00e9destal sur lequel il croit s\u2019\u00eatre hiss\u00e9. \u00ab\u00a0Ce qui est enivrant dans le mauvais go\u00fbt, c\u2019est le plaisir aristocratique de d\u00e9plaire\u00a0\u00bb disait Baudelaire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ec00000000000000000_5755\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ec00000000000000000_5755-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\"> \u00c0 l\u2019instar de Thoreau, on se plait \u00e0 qualifier Baudelaire de punk. Jean Teul\u00e9, biographe, dira en entrevue \u00e0 l\u2019\u00e9mission <em>La grande librairie\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0C\u2019est un frapadingue [&#8230;] il se baladait avec des perruques bleues, les cheveux teint en vert [&#8230;] il se baladait avec un mouton dont il avait teint la laine en rose&#8230; c\u2019\u00e9tait le premier punk sur terre.\u00a0\u00bb (2020) <\/span> en son temps. Dans cet aphorisme, n\u2019y a-t-il pas le c\u0153ur de l\u2019\u00e9thos rebelle du punk; la volont\u00e9, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019avoir en main les r\u00eanes de sa destin\u00e9e, d\u2019attaquer de front et d\u2019inqui\u00e9ter les repr\u00e9sentants du pouvoir en ne leur reconnaissant pas leur influence?<\/p>\n<p><em>Le Robert<\/em> d\u00e9finit du reste le punk comme un \u00ab\u00a0[m]ouvement de contestation regroupant des jeunes qui affichent des signes provocateurs (coiffures, ornements) par d\u00e9rision envers l&rsquo;ordre social\u00a0\u00bb (s. d.). Une apparence ext\u00e9rieure caract\u00e9ristique t\u00e9moignant \u00e0 divers degr\u00e9s de la profanation des symboles du conformisme s\u2019est effectivement d\u00e9velopp\u00e9e au fil du temps et a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par une frange du groupement. Quand on pense \u00ab\u00a0punk\u00a0\u00bb, nous vient souvent \u00e0 l\u2019esprit le paria au style inqui\u00e9tant, au linge d\u00e9chir\u00e9 et collier de chien. En opposition \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie dominante, le tour de force du punk est de faire un pied de nez \u00e0 la fois aux hippies et \u00e0 la droite conservatrice. Il \u00e9tait courant \u00e0 Londres dans les ann\u00e9es 1980 de croiser des gar\u00e7ons qui portaient la cravate sur un t-shirt ou des filles v\u00eatues d\u2019un tailleur rappelant ceux de Margaret Thatcher combin\u00e9 \u00e0 un maquillage outrancier et \u00e0 des bas r\u00e9sille. C\u2019est toutefois la cr\u00eate, cette bande de cheveux h\u00e9riss\u00e9e souvent teint\u00e9e d\u2019une couleur vive, qui demeure l\u2019une des repr\u00e9sentations les plus iconiques du mouvement punk. Ne serait-ce que par un clin d\u2019\u0153il, je fais remarquer que Catherine, la poule imagin\u00e9e par Blais, arbore sur les images qui la repr\u00e9sentent une flamboyante cr\u00eate rouge.<\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\"><!-- scald=60:sdl_editor_representation -->\n<div class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/image_pour_la_poule.jpg\" alt=\"\" width=\"451\" height=\"640\" \/><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\">\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\">\n<h3>Montage de Marie-Catherine Lapointe \u00e0 partir d&rsquo;un dessin de Val\u00e9rie Boivin. Image originale tir\u00e9e de\u00a0<em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em>\u00a0copyright Val\u00e9rie Boivin et Les \u00e9ditions Les 400 coups.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au demeurant, le mode de vie d\u00e9jant\u00e9 de Catherine, \u00ab\u00a0[a]lors que [selon le coq Jean-Claude] ce n\u2019est pas bien de d\u00e9penser autant d\u2019argent pour des frivolit\u00e9s\u00a0\u00bb (Blais 2018, 16), pourrait \u00eatre analys\u00e9 par ce que de Kergariou appelle le \u00ab\u00a0dandysme punk\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0On sait que la vie est absurde [&#8230;] le dandysme, c\u2019est la seule mani\u00e8re de donner de la dignit\u00e9 \u00e0 la vie\u00a0\u00bb, affirme Patrick Eudeline (461). La sophistication \u00e0 l\u2019extr\u00eame devient une qu\u00eate de sens et, parall\u00e8lement, une protestation politico-existentielle. Sortir du lot, cr\u00e9er une distinction, qu\u2019elle soit vestimentaire ou dans l\u2019attitude, contribue du m\u00eame souffle \u00e0 prendre ses distances par rapport au cheptel qui accepte son sort avec r\u00e9signation. \u00ab\u00a0Elle avait d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019appeler Catherine, parce que\u00a0\u00bb dira la poule au tout d\u00e9but de l\u2019histoire pour se doter d\u2019une identit\u00e9 (Blais 2018, 6). Comme si, peut-\u00eatre, cette mise en sc\u00e8ne d\u2019elle-m\u00eame allait la sauver d\u2019une mort annonc\u00e9e.<\/p>\n<p>Le tragique et le comique sont bien souvent les deux faces d\u2019une m\u00eame m\u00e9daille. C\u2019est r\u00e9guli\u00e8rement sous le couvert de l\u2019ironie ou de la satire que sont port\u00e9s \u00e0 notre attention les sujets les plus funestes. Sur le site officiel du groupe <em>Dead Kennedys<\/em> sous la rubrique \u00ab\u00a0<em>history\u00a0<\/em>\u00bb on lit par exemple\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Underpinned by an acute sense of humor, early songs such as \u00ab\u00a0Let&rsquo;s Lynch the Landlord,\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0I Kill Children\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0Chemical Warfare\u00a0\u00bb satirized the twin elements of extreme violence and conservatism that characterize much of American life<\/em>. (Dead Kennedys 2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De fa\u00e7on \u00e9quivalente, derri\u00e8re le ton guilleret du <em>Livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em>, court une isotopie que l\u2019on pourrait presque dire de l\u2019horreur. On plante le d\u00e9cor glauque du poulailler qui \u00ab\u00a0abritait des centaines de poules anonymes [auxquelles] on ne [&#8230;] donnait pas de nom\u00a0\u00bb (Blais 2018, 6). L\u2019h\u00e9ro\u00efne sombre ensuite dans l\u2019enfer de la consommation (9) et \u00ab\u00a0[q]uelques jours apr\u00e8s, un camion vi[e]nt chercher Catherine et ses camarades pour les mener \u00e0 l\u2019abattoir\u00a0\u00bb (24) o\u00f9 elles sont mises \u00ab\u00a0sur le convoyeur au bout duquel elles ser[on]t \u00e9t\u00eat\u00e9es et plum\u00e9es\u00a0\u00bb (26). Comble de l\u2019humour noir, le r\u00e9cit se termine sur le seul regret de Catherine, celui de ne pas pouvoir se consommer elle-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] j\u2019ai lu que mes amies et moi serons \u00e0 2,99$ le kilo vendredi prochain. J\u2019avoue que \u00e7a m\u2019emb\u00eate un peu de ne pas \u00eatre l\u00e0 pour profiter de l\u2019aubaine\u00a0\u00bb (34).<\/p>\n<p>Les proc\u00e9d\u00e9s humoristiques font partie int\u00e9grante de l\u2019arsenal de provocation punk. Pour Christian Morin la d\u00e9formation propre \u00e0 l\u2019humour r\u00e9siderait dans le bouleversement de la logique des encha\u00eenements syntagmatiques, tant discursifs que narratifs (Morin 2002, 91). Le d\u00e9tournement revaloriserait en quelque sorte les termes de l\u2019\u00e9quation qui se red\u00e9finiraient ensuite les uns par rapport aux autres dans une nouvelle organisation interne. Dans <em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em>, Blais d\u00e9joue d\u00e8s le d\u00e9but les codes narratifs du r\u00e9cit en annon\u00e7ant de but en blanc l\u2019issue de l\u2019histoire dans le titre. N\u2019\u00e9tant d\u00e9sormais plus \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de la r\u00e9solution de l\u2019intrigue, on peut l\u00e9gitimement concevoir que le lectorat, d\u00e9stabilis\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, sera peut-\u00eatre plus sensible \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de pens\u00e9e hors norme qui l\u2019attend. On peut aussi esp\u00e9rer qu\u2019une approche humoristique ou absurde permettrait d\u2019affaiblir les r\u00e9sistances potentielles pour ensuite proposer des pistes de r\u00e9flexion qui divergent du mod\u00e8le dominant.<\/p>\n<h2>La \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Dans son article \u00ab\u00a0Le parti pris du niaiseux\u00a0\u00bb (2014, 134), Laurence C\u00f4t\u00e9-Fournier nous met en garde contre l\u2019apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des \u0153uvres de Blais. Caroline de Kergariou fait la m\u00eame chose avec le potentiel p\u00e9dagogique du punk en nous disant que \u00ab\u00a0[b]ien masqu\u00e9 derri\u00e8re son amour de la provocation, le punk est beaucoup plus s\u00e9rieux qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet [&#8230;]\u00a0\u00bb (2017, cf. quatri\u00e8me de couverture). Nous voil\u00e0 averti\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<p>La grille de lecture qui a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Fran\u00e7ois Blais permet de d\u00e9passer le comique de fa\u00e7ade et de relier les points pour former une constellation de sens qui embrasse globalement une s\u00e9miose moins \u00e9vidente autrement. Chauvir\u00e9 et Sackur, expliquant la notion de forme de vie telle qu\u2019utilis\u00e9e chez Wittgenstein, vont dire qu\u2019\u00ab\u00a0il est dans la nature de l&rsquo;humain de cr\u00e9er des conventions qui par la suite lui paraissent naturelles\u00a0\u00bb (2015, 29). L\u2019\u00e9criture de Blais doubl\u00e9e de son interpr\u00e9tation punk, participe \u00e0 la d\u00e9sinvisibilisation de ce qui passe habituellement inaper\u00e7u. Ce qui se pr\u00e9sente comme fluide et familier n\u2019est en fait qu\u2019une affaire de r\u00e9flexes. Occup\u00e9 \u00e0 vivre, on ne se remet pas ontologiquement en question chaque fois que nous allons \u00e0 l\u2019\u00e9picerie en nous demandant si, pour souper, nous devrions faire de la photosynth\u00e8se ou de la lasagne. C\u2019est normal, mais in\u00e9vitablement, \u00e0 force de proc\u00e9der de certaines fa\u00e7ons, des sillons se creusent et il peut \u00eatre difficile de s\u2019en extirper pour changer de point de vue. Par son traitement surprenant, <em>Le livre de la poule qui meurt \u00e0 la fin<\/em> perce de nouveaux chemins de traverse. Une lecture punk de l\u2019\u0153uvre de Blais permet d\u2019accueillir avec une r\u00e9activit\u00e9 encore plus exacerb\u00e9e les occasions de questionnements philosophiques de grande envergure qui jalonnent le texte. Elle offre ainsi le luxe d\u2019une r\u00e9flexion sur le vide existentiel, la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, l\u2019\u00e9thique de l\u2019\u00e9levage industriel, mais aussi sur le dogmatisme, l\u2019exploitation, la justice, le patriarcat, la dissidence, etc. Sandra Laugier dans l\u2019article <em>L\u2019importance de l\u2019importance<\/em> affirme que \u00ab\u00a0[l]\u2019attention \u00e0 l\u2019ordinaire est le sens qu\u2019on chercherait \u00e0 conna\u00eetre, mais qui se retrouve \u00e0 \u00eatre finalement la perception des textures ou des motifs moraux\u00a0\u00bb (Laugier 2005, 153). Si <em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em> peut sembler \u00eatre d\u00e9pourvu de morale, c\u2019est plut\u00f4t parce qu\u2019il remet en jeu celle qui est \u00e9tablie et souligne son \u00e9tranget\u00e9 afin d\u2019autoriser de nouvelles connexions \u00e0 l\u2019\u00e9difice de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019en conclus que le <em>Punk is<\/em> [certainement] <em>not dead<\/em> et que, par sa valeur heuristique et op\u00e9ratoire, il peut fournir l\u2019occasion d\u2019une prise en charge d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires qui r\u00e9v\u00e8lent ainsi des enjeux insoup\u00e7onn\u00e9s. Un d\u00e9cryptage punk de cet album pourrait en outre servir \u00e0 la construction d\u2019un projet de lecture qui ferait profiter un jeune lectorat d\u2019une interpr\u00e9tation symbolique potentiellement plus riche et signifiante.<\/p>\n<p>Enfin, si on ne trouve toujours pas mati\u00e8re \u00e0 le\u00e7on dans <em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em>, c\u2019est peut-\u00eatre, pour le dire avec une citation attribu\u00e9e \u00e0 Flaubert, que \u00ab\u00a0voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3>\u0152uvre \u00e0 l\u2019\u00e9tude<\/h3>\n<p>Blais, Fran\u00e7ois. 2018. <em>Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions les 400 coups.<\/p>\n<h3>Corpus critique<\/h3>\n<p>Biaggi, Vladimir. 1998. <em>Le nihilisme<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>Certeau, Michel de. 1990. <em>L\u2019invention du quotidien 1. L\u2019art de faire<\/em>. Paris\u00a0: Folio essais.<\/p>\n<p>Chauvir\u00e9, Christiane et J\u00e9r\u00f4me Sackur. 2015. <em>Le vocabulaire de Wittgenstein<\/em>. Paris\u00a0: Ellipses.<\/p>\n<p>Cometti, Jean-Pierre. 2008. \u00ab\u00a0Un monde sans humour. Remarques sur \u201cl\u2019environnement de pens\u00e9e\u201d\u00a0\u00bb. Dans <em>Wittgenstein. \u00c9tat des lieux<\/em>, 355\u2011368. Paris\u00a0: J. Vrin\u00a0.<\/p>\n<p>Hein, Fabien. 2012. <em>Do It Yourself! Autod\u00e9termination et culture punk<\/em>. Cong\u00e9-sur-Orne\u00a0: \u00c9ditions le passager clandestin.<\/p>\n<p>Hein, Fabien et Dom Blake. 2016. <em>\u00c9copunk\u00a0: Les punks, de la cause animale \u00e0 l\u2019\u00e9cologie radicale<\/em>. Neuvy-en-Champagne\u00a0: \u00c9ditions le passager clandestin.<\/p>\n<p>Kegariou, Caroline de. 2017. <em>No Future\u00a0: une histoire du punk<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Perrin.<\/p>\n<p>Savage Jon. 2002. <em>England\u2019s dreaming. Les Sex Pistols et le punk<\/em>. Paris\u00a0: Allia.<\/p>\n<p>Thoreau, Henry David. 1990 [1854]. <em>Walden ou La vie dans les bois<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p><em>Articles<\/em><\/p>\n<p>Bestley, Russell. 2013. \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0I tried to Make Him laugh, He Didn\u2019t Get the Joke&#8230;\u00a0\u00bb \u2013 taking punk humour seriously\u00a0\u00bb. <em>Punk &amp; Post-Punk<\/em>, vol. 4, no 2\u00a0: 119-145.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9-Fournier, Laurence. 2014. \u00ab\u00a0Le parti pris du niaiseux\u00a0\u00bb. <em>Nouveau Projet<\/em>, no 6\u00a0: 132-136.<\/p>\n<p>David, Sylvain. 2018. \u00ab\u00a0M\u00e9moires d\u2019outre-punk. L\u2019\u00e9criture du rock chez Patrick Eudeline et Virginie Despentes\u00a0\u00bb. <em>Repenser le r\u00e9alisme.<\/em> Cahier ReMix, vol. 07. https:\/\/oic.uqam.ca\/fr\/remix\/memoires-doutre-punk-lecriture-du-rock-chez-patrick-eudeline-et-virginie-despentes (Page consult\u00e9e le 10 janvier 2023).<\/p>\n<p>Dolan, Jon et <em>al<\/em>. 2016. \u00ab\u00a040 Greatest Punk Albums of All Time\u00a0\u00bb. <em>Rolling Stones<\/em>, 6 avril. https:\/\/www.rollingstone.com\/music\/music-lists\/40-greatest-punk-albums-of-all-time-75659\/ (Page consult\u00e9e le 5 janvier 2023).<\/p>\n<p>Laugier, Sandra. 2005. \u00ab\u00a0L\u2019importance de l\u2019importance. Exp\u00e9rience, pragmatisme, transcendantalisme\u00a0\u00bb. <em>Multitudes<\/em>, vol. 4, no 23\u00a0: 153-167.<\/p>\n<p>Kaplan Michael. 2017. \u00ab\u00a0Inside the wild, debauched world of Lou Reed\u00a0\u00bb. <em>New York Post<\/em>, 12 octobre. https:\/\/nypost.com\/2017\/10\/12\/inside-the-wild-debauched-world-of-lou-reed\/ (Page consult\u00e9e le 23 mars 2023).<\/p>\n<p>Marchant, Alexandre. 2016. \u00ab\u00a0La sc\u00e8ne punk en France et la \u00ab\u00a0d\u00e9fonce\u00a0\u00bb \u00bb (1976-1984)\u00a0\u00bb. <em>Volume!,<\/em> no 13\u00a0: 113-121.<\/p>\n<p>Marcoin, Francis. 2005. \u00ab\u00a0Critiquer la litt\u00e9rature de jeunesse\u00a0: pistes pour un bilan et des perspectives\u00a0\u00bb. <em>Le fran\u00e7ais aujourd&rsquo;hui<\/em>, vol. 149, no 2\u00a0: 23-34.<\/p>\n<p>Mazenko, Michael. 2022. \u00ab\u00a0Walden Pond Punk\u00a0: Henry Thoreau and the Punk Rock Aesthetic\u00a0\u00bb. <em>Pop Matters<\/em>, 22 septembre. <a href=\"https:\/\/www.popmatters.com\/henry-thoreau-walden-pond-punk\">https:\/\/www.popmatters.com\/henry-thoreau-walden-pond-punk<\/a> (Page consult\u00e9e le 2 janvier 2023).<\/p>\n<p>Morin, Christian. 2002. \u00ab\u00a0Pour une d\u00e9finition s\u00e9miotique du discours humoristique\u00a0\u00bb. <em>Prot\u00e9e<\/em>, vol. 30, no 3\u00a0: 91\u201198.<\/p>\n<p>Rou\u00e9, Marie. 1986. \u00ab\u00a0La punkitude, ou un certain dandysme\u00a0\u00bb. <em>Anthropologie et<\/em><\/p>\n<p><em>Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, vol 10\u00a0: 37-55.<\/p>\n<p>Tardif, Dominic. 2023. \u00ab\u00a0Alan Lord, moiti\u00e9 nerd, moiti\u00e9 freak\u00a0\u00bb. <em>La Presse<\/em>, 4 janvier. <a href=\"https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/2023-01-04\/alan-lord-moitie-nerd-moitie-freak.php\">https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/2023-01-04\/alan-lord-moitie-nerd-moitie-freak.php<\/a> (Page consult\u00e9e le 5 janvier 2023).<\/p>\n<p>Taysom, Joe. 2021. \u00ab\u00a0Grunge goes mainstream\u00a0: 30 years on from when Nirvana signed to Geffen\u00a0\u00bb. <em>Far Out Magazine<\/em>, 30 avril. https:\/\/faroutmagazine.co.uk\/nirvana-kurt-cobain-sign-to-geffen-the-real-story\/ (Page consult\u00e9e le 10 janvier 2023).<\/p>\n<p><em>Sites Internet, vid\u00e9os et chansons<\/em><\/p>\n<p>Babelio. s. d. \u00ab\u00a0Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin\u00a0\u00bb. https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Blais-Le-livre-ou-la-poule-meurt-a-la-fin\/983727 (Page consult\u00e9e le 10 d\u00e9cembre 2022).<\/p>\n<p>Dead Kennedys. 2014. \u00ab\u00a0Band History\u00a0\u00bb. Dead Kennedys. <a href=\"http:\/\/www.deadkennedys.com\/history.html\">http:\/\/www.deadkennedys.com\/history.html<\/a> (Page consult\u00e9e le 6 janvier 2023).<\/p>\n<p>Fugazi. 1990. \u00ab\u00a0Merchandise\u00a0\u00bb. <em>Repeater<\/em>. Dischord Records.<\/p>\n<p>Le Robert. s. d. \u00ab\u00a0Punk\u00a0\u00bb. <em>Le Robert. Dico en ligne<\/em>. s. d. https:\/\/dictionnaire.lerobert.com\/definition\/punk (Page consult\u00e9e le 27 d\u00e9cembre 2022).<\/p>\n<p>Les libraires. s. d. \u00ab\u00a0Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin\u00a0\u00bb. <a href=\"https:\/\/www.leslibraires.ca\/livres\/le-livre-ou-la-poule-meurt-francois-blais-9782895406976.html\">https:\/\/www.leslibraires.ca\/livres\/le-livre-ou-la-poule-meurt-francois-blais-9782895406976.html<\/a> (Page consult\u00e9e le 6 d\u00e9cembre 2022).<\/p>\n<p>Teul\u00e9, Jean. 2020. \u00ab\u00a0Baudelaire, po\u00e8te punk\u00a0\u00bb. <em>La grande Librairie<\/em>, France.tv, 8 octobre. <a href=\"https:\/\/youtu.be\/HhrbfbzPJDM\">https:\/\/youtu.be\/HhrbfbzPJDM<\/a> (Vid\u00e9o consult\u00e9e le 15 d\u00e9cembre 2022).<\/p>\n<p>Sex Pistols. 1977. \u00ab\u00a0No future (God Save the Queen)\u00a0\u00bb. <em>Never mind de Bollocks, Here\u2019s the Sex Pistols<\/em>. A&amp;M\/Virgin.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lapointe, Marie-Catherine. 2023.\u00a0\u00ab Punk is not dead : une lecture du Livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Anamn\u00e8se: oubli et oubli\u00e9.e.s en litt\u00e9rature \u00bb, no. 37, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/lapointe-37&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lapointe_37_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lapointe_37_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-66edbd3b-1fcf-4f52-a092-d21507ef9440\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lapointe_37_0.pdf\">lapointe_37_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lapointe_37_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-66edbd3b-1fcf-4f52-a092-d21507ef9440\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div> Pour dire comme Vladimir Biaggi, le terme nihilisme est souvent utilis\u00e9 pour d\u00e9signer avec \u00ab\u00a0une remarquable impr\u00e9cision [&#8230;] toute conception tant soit peu tragique ou d\u00e9cadente de la vie.\u00a0\u00bb (1998, 11).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> Voir <em>Revue Critique<\/em> n\u00b0 646<em>. <\/em>2001. Paris\u00a0: \u00c9ditions de minuit.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> Voir Florence Aubenas. 2015. \u00ab\u00a0Virginie Despentes, la fureur dans le sexe\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 29 juillet.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> Ma lecture ne se veut en aucun cas, il faut le dire, une apologie du punk. Le punk est un mouvement qui a connu des \u00e9l\u00e9ments violents et qui fut, \u00e0 de nombreux \u00e9gards, extr\u00eamement misogyne, et ce, sans compter les d\u00e9rives racistes et homophobes de quelques groupuscules. En outre, certains personnages cit\u00e9s dans cet article ne sont pas exempts de tous reproches (c\u2019est un euph\u00e9misme que de le dire ainsi).<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> Sans trop conjecturer le contexte dans lequel l\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 produite ou les intentions qui auraient pu \u00eatre celles de l\u2019auteur, je souligne tout de m\u00eame que Fran\u00e7ois Blais \u00e9tait lui-m\u00eame issu de la G\u00e9n\u00e9ration X.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> Le chanteur des <em>Sex Pistols<\/em> prendra d\u2019ailleurs le nom de sc\u00e8ne de Johny Rotten, mais davantage en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa dentition pourrie.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Pour exemple\u00a0: Michael Mazenko. 2022. \u00ab\u00a0Walden Pond Punk\u00a0: Henry Thoreau and the Punk Rock Aesthetic\u00a0\u00bb. Pop Matters, 22 septembre. <a href=\"https:\/\/www.popmatters.com\/henry-thoreau-walden-pond-punk\">https:\/\/www.popmatters.com\/henry-thoreau-walden-pond-punk<\/a> <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> C\u2019est ce que laisse supposer leur succ\u00e8s <em>Now I Wanna Sniff Some Glue<\/em>.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> Dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, le courant punk s\u2019est ins\u00e9r\u00e9 dans le paysage musical fran\u00e7ais gr\u00e2ce \u00e0 quelques groupes ou artistes phares. Mais, ces artistes recherchaient et promouvaient la \u00ab\u00a0d\u00e9fonce\u00a0\u00bb, si caract\u00e9ristique du nihilisme punk, dans la surconsommation d\u2019alcool et d\u2019amph\u00e9tamines (<em>speed<\/em>), voire d\u2019h\u00e9ro\u00efne, ce qui invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux modalit\u00e9s par lesquelles la sc\u00e8ne punk a pu transmettre son rapport particulier aux drogues \u00e0 d\u2019autres cat\u00e9gories de la population et \u00eatre \u00e0 la base d\u2019une nouvelle sous-culture appropri\u00e9e par de nombreux toxicomanes dans les ann\u00e9es 1980\u00a0\u00bb (Marchant 2016, 113).<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> Lou Reed, qui paradoxalement mourut \u00e0 un \u00e2ge qu\u2019on peut qualifier de v\u00e9n\u00e9rable, est la parfaite incarnation de ce personnage iconique de <em>loser <\/em>magnifique\u00a0: \u00ab\u00a0<em>He sang about scoring heroin in Harlem, hung out with Andy Warhol at the<\/em> Factory<em> and inspired generations of punk bands that went on to rage at <\/em>CBGB<em>. <\/em><em>Lou Reed was as New York as Yankee Stadium, and his best songs continue to inspire. But, as revealed in the new book \u201cLou Reed: A Life\u201d (Little, Brown, out now) by Anthony DeCurtis, the day-to-day of Reed, who died in 2013 at age 71, was gritty, unpredictable and sometimes tragic or beautiful \u2014 just like the narratives of his best songs<\/em>\u00a0\u00bb (Kaplan 2017).<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div> En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la chanson du c\u00e9l\u00e8bre proto-punk.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> Paradoxalement, Nirvana avait choisi de signer avec le label Geffen records se faisant ainsi taxer de \u00ab\u00a0vendus\u00a0\u00bb par les fans de la premi\u00e8re heure (Taysom 2021). <\/div><\/li><li><span>13<\/span><div> Anecdote\u00a0: Sid Vicious ne savait pas jouer de la basse avant de monter sur sc\u00e8ne pour la premi\u00e8re fois avec les <em>Sex Pistols<\/em> et Tommy Ramones, le chanteur du groupe \u00e9ponyme, ne savait jouer qu\u2019un ou deux accords \u00e0 la guitare et ne pouvait pas chanter en m\u00eame temps. C\u2019est ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper leur style d\u00e9pouill\u00e9 et droit au but si caract\u00e9ristique.<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div> Mentionnons au passage que la situation camp\u00e9e dans un d\u00e9cor industriel ne manque pas de rappeler les tensions ouvri\u00e8res qui ont accompagn\u00e9 la gen\u00e8se du mouvement punk en Europe comme en Am\u00e9rique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div><em> Ni Dieu ni patron ni mari <\/em>est d\u2019ailleurs le titre d\u2019un livre consacr\u00e9 au premier journal anarchiste f\u00e9ministe publi\u00e9 \u00e0 Buenos Aires au courant de l\u2019ann\u00e9e 1896. <em>La Voz de la Mujer <\/em>avait pour mission d\u2019outiller les femmes dans le but de\u00a0combattre les oppressions religieuses, capitalistes ou patriarcales. <em>La Voz de la Mujer.<\/em> 2021. <em>Ni dieu, ni patron, ni mari<\/em>. Montreuil\u00a0: Nada.<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div> On y voit le visage de la reine dont les yeux et la bouche sont cach\u00e9s sous le titre et le nom du groupe.<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div> Dans le vid\u00e9oclip, Katerine appara\u00eet habill\u00e9 en reine d\u2019Angleterre avec deux jeunes hommes qui tiennent l\u2019Union Jack en faisant des doigts d\u2019honneur.<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div> \u00c0 l\u2019instar de Thoreau, on se plait \u00e0 qualifier Baudelaire de punk. Jean Teul\u00e9, biographe, dira en entrevue \u00e0 l\u2019\u00e9mission <em>La grande librairie\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0C\u2019est un frapadingue [&#8230;] il se baladait avec des perruques bleues, les cheveux teint en vert [&#8230;] il se baladait avec un mouton dont il avait teint la laine en rose&#8230; c\u2019\u00e9tait le premier punk sur terre.\u00a0\u00bb (2020) <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Anamn\u00e8se: oubli et oubli\u00e9.e.s en litt\u00e9rature \u00bb, no. 37 Sur le site Les libraires, la notice sous Le livre o\u00f9 la poule meurt \u00e0 la fin d\u00e9clare\u00a0: [&#8230;] le duo Blais-Boivin a invent\u00e9 un nouveau genre de livre pour enfants\u00a0: l\u2019album jeunesse nihiliste! Parce qu\u2019on pourrait penser que, par le d\u00e9tour de l\u2019absurde, l\u2019auteur cherche [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1357,1134,1359],"tags":[221],"class_list":["post-5755","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anamnese-oubli-et-oubliees-en-litterature","category-article","category-les-oubliees","tag-lapointe-marie-catherine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5755"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5755\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8305,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5755\/revisions\/8305"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}