{"id":5759,"date":"2024-06-13T19:48:39","date_gmt":"2024-06-13T19:48:39","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/profil-de-lorignal-dandree-maillet-ou-le-classique-oublie\/"},"modified":"2024-09-04T16:32:17","modified_gmt":"2024-09-04T16:32:17","slug":"profil-de-lorignal-dandree-maillet-ou-le-classique-oublie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5759","title":{"rendered":"\u00ab Profil de l&rsquo;orignal \u00bb d&rsquo;Andr\u00e9e Maillet ou Le \u00ab classique \u00bb oubli\u00e9"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6909\">Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Anamn\u00e8se: oubli et oubli\u00e9.e.s en litt\u00e9rature \u00bb, no. 37<\/a><\/h5>\n<p>En janvier 1953 para\u00eet un roman vif et original qui fait grand cas dans les journaux de l\u2019\u00e9poque\u00a0: <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>d\u2019Andr\u00e9e Maillet. L\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9crivaine dans le paysage litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois fait couler beaucoup d\u2019encre; le roman fait l\u2019objet de plus d\u2019une dizaine de critiques et de comptes rendus. Cette r\u00e9ception singuli\u00e8re fixe, \u00e0 cette \u00e9poque, son statut marginal.<\/p>\n<p><em>Profil de l\u2019orignal <\/em>s\u2019ouvre sur une for\u00eat du nord du Qu\u00e9bec o\u00f9 deux coureurs des bois se content une l\u00e9gende; celle de Paul Bar. Trente ans auparavant, ce dernier, infirmier interne dans un h\u00f4pital, soigne un homme nomm\u00e9 John Austin et le suit dans la for\u00eat en qu\u00eate d\u2019aventures. \u00c0 cette occasion, John Austin tire \u00e0 bout portant sur une m\u00e8re orignal qui, par le fait m\u00eame, le tue en l\u2019\u00e9crasant. Paul Bar prend donc en charge le faon d\u00e9sormais orphelin et le nomme John Austin en l\u2019honneur du \u00ab\u00a0b\u00fbcheux\u00a0\u00bb tu\u00e9. Une fois adulte, l\u2019orignal quitte Paul Bar. Le h\u00e9ros de la l\u00e9gende se trouve plong\u00e9 dans le d\u00e9sespoir en perdant sa raison de vivre. La trame narrative change radicalement avec une s\u00e9rie de neuf tableaux qui montrent l\u2019errance de Paul Bar sous diff\u00e9rentes identit\u00e9s\u00a0: galeriste \u00e0 Paris, fou furieux qui assassine les religieuses d\u2019un couvent, psychiatre aux \u00c9tats-Unis ou p\u00eacheur \u00e0 Perc\u00e9. Maillet adopte un vocabulaire diff\u00e9rent qui sied \u00e0 chaque univers d\u00e9peint dans chacun des portraits. Comme le souligne Monique Genuist, \u00ab\u00a0le langage devient satire du genre de style utilis\u00e9 et du personnage d\u00e9crit\u00a0\u00bb (1982, 826). \u00c0 la fin du roman, apr\u00e8s trente ans d\u2019errance, Paul Bar revient dans la for\u00eat o\u00f9 il meurt \u00e9cras\u00e9 par John Austin, l\u2019orignal.<\/p>\n<p>Depuis sa premi\u00e8re publication, l\u2019\u0153uvre a fait l\u2019objet de deux r\u00e9\u00e9ditions qui l\u2019ont ramen\u00e9e dans le discours populaire \u00e0 leurs parutions. Or, ces tentatives se soldent tout de m\u00eame par un \u00e9chec \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps. Plus largement, si les contemporains de Maillet, dont le travail litt\u00e9raire s\u2019\u00e9chelonne des ann\u00e9es 1940 \u00e0 1990, ont lu et appr\u00e9ci\u00e9 ses \u0153uvres, elle est d\u00e9sormais tr\u00e8s peu lue et \u00e9tudi\u00e9e. Au lendemain du d\u00e9c\u00e8s d\u2019Andr\u00e9e Maillet en 1995, Jean \u00c9thier-Blais \u00e9crit pourtant qu\u2019elle \u00ab\u00a0appartient \u00e0 la prestigieuse lign\u00e9e de femmes-\u00e9crivains dont les \u0153uvres jalonnent notre histoire litt\u00e9raire\u00a0: Madame B\u00e9gon, Fadette, Laure Conan, Germaine Gu\u00e8vremont, Gabrielle Roy, C\u00e9cile Chabot, Andr\u00e9e Maillet\u00a0\u00bb (\u00c9thier-Blais 1995, A7). Cet hommage, loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9, cr\u00e9e une filiation entre des femmes d\u00e9j\u00e0 reconnues par l\u2019institution et Maillet dans le but d\u2019int\u00e9grer l\u2019\u00e9crivaine \u00e0 l\u2019histoire litt\u00e9raire qui scelle la p\u00e9rennit\u00e9 ou l\u2019oubli de l\u2019\u0153uvre de tout auteur.ice.s. En revanche, \u00e0 l\u2019heure d\u2019\u00e9crire ces lignes, la place d\u2019Andr\u00e9e Maillet dans l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise n\u2019est pas assur\u00e9e, et ce, m\u00eame si les archives de l\u2019\u00e9crivaine, abondantes et riches, sont d\u00e9pos\u00e9es aux Archives nationales du Qu\u00e9bec et que son r\u00f4le d\u2019\u00e9crivaine et d\u2019intellectuelle d\u2019importance a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 par plusieurs.<\/p>\n<p>La r\u00e9ception du roman <em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>malgr\u00e9 des r\u00e9actions plut\u00f4t chaleureuses en 1953 et le fait que l\u2019ouvrage ait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par les critiques en 1974 et en 1990, rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9chec. L\u2019\u0153uvre ne r\u00e9ussit pas \u00e0 se tailler une place parmi les canons litt\u00e9raires qu\u00e9b\u00e9cois et montre comment les codes du texte, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les conditions d\u2019accueil li\u00e9es \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e, peuvent influer la p\u00e9rennit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre.<\/p>\n<p>Pour cette \u00e9tude, nous observerons le r\u00f4le que joue Andr\u00e9e Maillet dans le champ litt\u00e9raire au moment des trois \u00e9ditions de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et l\u2019accueil que re\u00e7oit le texte depuis sa premi\u00e8re parution. Nous souhaitons ainsi montrer comment <em>Profil de l\u2019orignal<\/em>, bien qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019entreprises de r\u00e9\u00e9dition et de canonisation, ne s\u2019est pas rendu jusqu\u2019\u00e0 nous. Cet oubli, de <em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>mais aussi plus largement de l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re d\u2019Andr\u00e9e Maillet et de son important statut d\u2019actrice au sein de la vie litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise (directrice de revue, membre d\u2019acad\u00e9mies et de comit\u00e9s, reporter, etc.), ne peut \u00eatre uniquement le signe du temps qui passe et qui efface certaines \u0153uvres et personnalit\u00e9s d\u2019importance\u00a0: l\u2019oubli dans l\u2019histoire litt\u00e9raire repose en partie sur la production constante de nouveaux objets qui retranchent certaines autres \u0153uvres. Or, qu\u2019en est-il d\u2019une \u0153uvre qui, chaque fois qu\u2019elle est publi\u00e9e (en 1953, 1974 et 1990), est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par un bon nombre de critiques litt\u00e9raires et d\u2019\u00e9crivain.e.s qu\u00e9b\u00e9cois.e.s important.e.s, mais qui demeure n\u00e9anmoins toujours dans les marges, oubli\u00e9e de l\u2019histoire? C\u2019est par l\u2019analyse des trois r\u00e9ceptions critiques distinctes qu\u2019il est possible d\u2019entrevoir, entre le texte et l\u2019institution litt\u00e9raire, les tensions qui ont contribu\u00e9 \u00e0 son oubli.<\/p>\n<h2>Le conflit de codes; premi\u00e8re \u00e9dition de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em><\/h2>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9dition de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> (Maillet 1953) para\u00eet en janvier 1953 chez Am\u00e9rique fran\u00e7aise. Si Maillet est d\u00e9j\u00e0 reconnue \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour ses livres destin\u00e9s la jeunesse<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Elle fait para\u00eetre les contes Le Marquis t\u00eatu et le mulot r\u00e9probateur en 1944 et Ristontac en 1945. Le fait qu\u2019elle ait publi\u00e9 des \u0153uvres pour la jeunesse plut\u00f4t bien accueillies a pu influer sur la r\u00e9ception de Profil de l\u2019orignal comme on ne s\u2019attendait possiblement pas \u00e0 ce qu\u2019elle publie un roman qui emprunte \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9criture automatique et au folklore canadien-fran\u00e7ais.<\/span>, pour son travail de reporter<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> Maillet, d\u00e8s l\u2019adolescence, \u00e9crit dans des quotidiens et devient, dans les ann\u00e9es\u00a01940, reporter alors qu\u2019elle voyage en Europe et \u00e0 New York. <\/span> et pour la direction de la revue <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise, <\/em>elle en est \u00e0 sa premi\u00e8re publication romanesque<em>. Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> est, \u00e0 ce moment, la propri\u00e9t\u00e9 de la m\u00e8re d\u2019Andr\u00e9e Maillet alors que cette derni\u00e8re dirige la revue. Il n\u2019y a pas de comit\u00e9 de lecture li\u00e9 \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition; c\u2019est Maillet elle-m\u00eame, en sa qualit\u00e9 de directrice, qui d\u00e9cide de ce qui est publi\u00e9 ou non. Maillet fait donc son entr\u00e9e dans le champ litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois par une forme d\u2019auto\u00e9dition. L\u2019institution que repr\u00e9sente la revue et les id\u00e9es qu\u2019elle v\u00e9hicule ont sans doute influenc\u00e9 le parcours de <em>Profil de l\u2019orignal. <\/em>La revue est fond\u00e9e en 1941 par Pierre Baillargeon et Roger Rolland. Elle se veut un lieu de cr\u00e9ation autonome<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> La premi\u00e8re \u00e9quipe d\u2019<em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise <\/em>souhaite en effet s\u2019autonomiser par rapport au clerg\u00e9.<\/span> qui souhaite \u00ab\u00a0donner \u00e0 [la] production litt\u00e9raire une valeur universelle et un march\u00e9 mondial\u00a0\u00bb (Baillargeon 1942,\u00a02). \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Corinne Dupuis-Maillet (la m\u00e8re d\u2019Andr\u00e9e Maillet) acquiert la revue, en 1948, la mission de faire briller une litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise exigeante, libre, moderne et progressiste, quitte \u00e0 encourager un \u00ab\u00a0certain snobisme litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (3), se perp\u00e9tue. Andr\u00e9e Maillet, devenue directrice de la revue \u00e0 son tour<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> Andr\u00e9e Maillet dirige la revue de 1952 \u00e0 1955.<\/span>, souhaite \u00e9galement faire rayonner l\u2019\u00e9lite intellectuelle qu\u00e9b\u00e9coise. <em>Profil de l\u2019orignal<\/em>, publi\u00e9 chez <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> r\u00e9pond tout \u00e0 fait \u00e0 la conception que la revue se fait de la litt\u00e9rature, et c\u2019est notamment par cette porte d\u2019entr\u00e9e, par ce \u00ab\u00a0seuil\u00a0\u00bb, pour reprendre l\u2019id\u00e9e de Genette, que le lectorat et les critiques litt\u00e9raires abordent le roman. <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> s\u2019adressant \u00e0 l\u2019\u00e9lite intellectuelle et artistique, l\u2019horizon d\u2019attente des lecteur.trice.s et des critiques qui se plongent dans <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> a pu \u00eatre influenc\u00e9e par l\u2019image que projette la revue.<\/p>\n<p>En 1953, deux nouveaux mouvements rallient bon nombre d\u2019auteur.trice.s et s\u00e9duisent la critique. Au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le genre romanesque au Qu\u00e9bec est marqu\u00e9 par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019urbanisation; les Canadien.ne.s fran\u00e7ais.e.s se per\u00e7oivent d\u00e9sormais comme des citadins. Ainsi, \u00ab\u00a0le roman de m\u0153urs urbaines para\u00eet le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus important de la d\u00e9cennie\u00a01940\u00a0\u00bb (Lemire 1982, XVIII). Sont alors publi\u00e9s des ouvrages comme <em>Bonheur d\u2019occasion <\/em>de Gabrielle Roy (1945)<em>, Au pied de la pente douce <\/em>de Roger Lemelin (1944) et <em>Au milieu, la montagne <\/em>de Roger Viau (1951) qui pr\u00e9sentent des citadin.e.s domin\u00e9.e.s par la force capitaliste. Ces romans remportent un fort succ\u00e8s d\u00e8s leur parution (D\u00e9carie 2016, 31), mais, fait \u00e0 noter, dans les ann\u00e9es\u00a01940, \u00ab\u00a0les principaux collaborateurs \u00e0 <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> adoptent une position radicalement oppos\u00e9e \u00e0 toute marque du \u201cpopulaire\u201d en litt\u00e9rature\u00a0\u00bb (Guay et Lacroix 2016, 81) et ne voient pas d\u2019int\u00e9r\u00eat dans les \u0153uvres urbaines de Roy ou Lemelin. Les pr\u00e9d\u00e9cesseurs de Maillet chez <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise <\/em>s\u2019opposent \u00e0 un mouvement qui rallierait l\u2019institution litt\u00e9raire et le lectorat. Ici encore, les id\u00e9es v\u00e9hicul\u00e9es dans la revue <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> ont pu influer sur la r\u00e9ception de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em>. L\u2019ouvrage rejette, sans contredit, par son cosmopolitisme et par le recours \u00e0 la l\u00e9gende, au folklore et \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-pays, un certain nombre de codes du roman de m\u0153urs urbaines.<\/p>\n<p>Le mouvement urbain dans le paysage romanesque canadien-fran\u00e7ais donne ensuite \u00ab\u00a0n\u00e9cessairement naissance au roman psychologique\u00a0\u00bb (Lemire 1982, XXI). En effet, la description ext\u00e9rieure des personnages que propose le roman de m\u0153urs invite les \u00e9crivain.e.s \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la conscience int\u00e9rieure de ces figures ali\u00e9n\u00e9es<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> Les romans embl\u00e9matiques de ce courant sont notamment <em>Ils poss\u00e9deront la terre<\/em> de Robert Charbonneau, <em>Poussi\u00e8re sur la ville<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Langevin, <em>Mathieu<\/em> de Fran\u00e7oise Loranger et <em>Au-del\u00e0 des visages <\/em>d\u2019Andr\u00e9 Giroux.<\/span>. Les romans issus de ce courant sont marqu\u00e9s par des qu\u00eates identitaires et un acc\u00e8s \u00e0 la psych\u00e9 des protagonistes. Alors que le roman de m\u0153urs urbaines repr\u00e9sente un r\u00e9alisme dur, ax\u00e9 sur la condition socio-\u00e9conomique des protagonistes, le roman psychologique, lui, donne \u00e0 lire une r\u00e9alit\u00e9 subjective qui d\u00e9bouche sur des questionnements relatifs au sens de la vie ainsi qu\u2019aux m\u0153urs et aux valeurs de la soci\u00e9t\u00e9. Autant les romans psychologiques que les romans de m\u0153urs pr\u00e9sentent des personnages en proie \u00e0 des malaises identitaires qui cherchent \u00e0 s\u2019\u00e9manciper, mais qui ne peuvent \u00e9chapper \u00e0 leur ali\u00e9nation. Quant au roman de Maillet, il est difficile de le situer dans les nouvelles mouvances du roman canadien-fran\u00e7ais puisqu\u2019il est un objet changeant, tant par son proc\u00e9d\u00e9 de galerie de portraits que par son cosmopolitisme. Sans refuser totalement ces deux nouvelles conceptions du roman \u2014 Maillet pr\u00e9sente des portraits de citadins et le personnage principal d\u2019un homme en proie \u00e0 de grands questionnements identitaires \u2014 <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>les joue et les d\u00e9joue par la satire des milieux bourgeois et artistiques de l\u2019\u00e9poque. Pour la r\u00e9ception initiale, seul le critique de <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em> a relev\u00e9 la satire comme \u00e9tant constituante du r\u00e9cit. \u00c9tait-ce parce que l\u2019horizon d\u2019attente des critiques de l\u2019\u00e9poque ne leur permettait pas d\u2019identifier le ton caract\u00e9ristique du genre satirique pourtant fort pr\u00e9gnant dans le texte de Maillet\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est en se penchant du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9ception de 1953 qu\u2019il est possible d\u2019entrevoir les rouages d\u2019une certaine c\u00e9l\u00e9bration du roman, mais aussi ceux de son \u00e9chec \u00e0 se tailler une place dans l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise. C\u2019est tout un paradigme bas\u00e9 sur le genre romanesque, tel que les critiques le con\u00e7oivent en 1953, qui se d\u00e9ploie. Notre but ici ne sera pas de cerner la valeur de nouveaut\u00e9 de <em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>mais d\u2019illustrer le d\u00e9calage entre les attentes des critiques et le r\u00e9cit qui leur est offert gr\u00e2ce aux r\u00e9f\u00e9rences utilis\u00e9es par les litt\u00e9raires pour le d\u00e9crire et le critiquer.<\/p>\n<p>D\u2019abord, il convient de souligner que la majorit\u00e9 des critiques s\u2019entendent sur les aptitudes de Maillet. Damase Potvin parlera de \u00ab\u00a0v\u00e9ritables dons d\u2019\u00e9crivains\u00a0\u00bb (1953, 5) alors que Roger Duhamel indiquera que \u00ab\u00a0le talent existe, c\u2019est indiscutable\u00a0\u00bb (1954, inconnu). Toutefois, plusieurs rel\u00e8vent des \u00ab\u00a0fautes\u00a0\u00bb (Marcotte 1953, 7), des \u00ab\u00a0impropri\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb (Blain 1953, 7) et voient dans l\u2019exploration du langage de la pr\u00e9tention et une complexification inutile de la forme romanesque. Ce type de reproches est caract\u00e9ristique d\u2019une incompr\u00e9hension ou d\u2019une m\u00e9compr\u00e9hension des critiques \u00e0 l\u2019endroit de certains types de texte. Ces derniers se r\u00e9fugient, dans le cas qui nous occupe, derri\u00e8re les codes acad\u00e9miques ou derri\u00e8re un examen pointilleux de la langue employ\u00e9e par l\u2019\u00e9crivaine.<\/p>\n<p>La question du genre litt\u00e9raire de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>soul\u00e8ve, en outre, bon nombre de r\u00e9flexions au moment de sa parution. L\u2019article qui para\u00eet dans <em>L\u2019Action universitaire<\/em> rel\u00e8ve un \u00ab\u00a0vague relent de l\u00e9gendes\u00a0\u00bb (Duhamel 1953, inconnu). Celui de <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em> est certainement le plus v\u00e9h\u00e9ment\u00a0: le critique insiste pour dire que <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>\u00ab\u00a0n\u2019est pas un roman\u00a0\u00bb puisqu\u2019il t\u00e9moigne d\u2019une \u00ab\u00a0absence totale d\u2019architecture\u00a0\u00bb et emploie un proc\u00e9d\u00e9 vou\u00e9 \u00e0 un \u00ab\u00a0\u00e9chec certain\u00a0\u00bb (Blain 1953, 7). Dans <em>Lectures<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"><em> Lectures<\/em> est fond\u00e9e d\u00e8s 1946 par les \u00e9ditions catholiques Fides. La revue a pour but d\u2019orienter (certains diraient de contr\u00f4ler) les lectures de ses lecteur.trice.s qui sont surtout des professionnels du livre comme des biblioth\u00e9caires. <\/span>, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 un \u00ab\u00a0conte fantastique\u00a0\u00bb ou \u00e0 un \u00ab\u00a0conte abracadabrant\u00a0\u00bb (Pinsonneault 1953, 294) que l\u2019on compare le roman d\u2019Andr\u00e9e Maillet. Ailleurs, on signale que <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>est un \u00ab\u00a0livre \u00e9trange, [\u2026]\u00a0comme il n\u2019en est gu\u00e8re paru au Canada fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Marcotte 1953, 7). Pourtant l\u2019\u00e9dition de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>de 1953 et les publicit\u00e9s dans les quotidiens pr\u00e9cisent que le texte est un roman. Ces all\u00e9gations diffuses concernant le genre de <em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>montrent\u00a0que la forme du texte demeure plus ou moins inconnue pour les litt\u00e9raires qui la commentent. Roger Duhamel indique, d\u2019ailleurs, que <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> est \u00ab\u00a0d\u00e9concertant\u00a0\u00bb (1953, inconnu), signe que les critiques de l\u2019\u00e9poque ont du mal \u00e0 l\u2019ins\u00e9rer dans un courant ou un genre litt\u00e9raire pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>De nombreux articles s\u2019interrogent du reste sur l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019oeuvre dans le champ litt\u00e9raire. On oppose l\u2019objet inconnu aux id\u00e9aux et \u00e0 la connaissance que l\u2019on a du genre romanesque \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La notion de \u00ab\u00a0conflit de codes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Nous appuyons notre r\u00e9flexion sur l\u2019article \u00ab\u00a0Le conflit des codes dans l\u2019institution litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb puisque Belleau y montre les tensions entre critique et cr\u00e9ation litt\u00e9raire, mais l\u2019id\u00e9e de conflit de codes est aussi d\u00e9velopp\u00e9e dans de nombreuses autres \u00e9tudes o\u00f9 la notion est \u00e9tudi\u00e9e au sein m\u00eame des \u0153uvres fictives. (Andr\u00e9 Belleau, \u00ab\u00a0Le conflit des codes dans l\u2019institution litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb, <em>Libert\u00e9,<\/em> vol.\u00a023, n<sup>o<\/sup>\u00a02, mars\u2013avril 1981, p.\u00a015\u201320.)<\/span>\u00a0\u00bb d\u2019Andr\u00e9 Belleau appara\u00eet ainsi centrale pour tenter de comprendre la premi\u00e8re r\u00e9ception de <em>Profil de l\u2019orignal. <\/em>Selon Belleau, la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise est en constante tension entre les codes socioculturels (les comportements, discours et projets sociaux proprement qu\u00e9b\u00e9cois) et le code litt\u00e9raire qui lui, se ferait le reflet des horizons d\u2019attente, des normes, des capacit\u00e9s et des go\u00fbts esth\u00e9tiques qui sont privil\u00e9gi\u00e9s par le lectorat et la critique. Or, Belleau postule que ce code litt\u00e9raire serait influenc\u00e9 par le lien qu\u2019entretient le champ litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois avec la France, et ce, notamment en raison du syst\u00e8me scolaire qui privil\u00e9gie les canons fran\u00e7ais. Ici, c\u2019est la fonction r\u00e9gulatrice de l\u2019institution litt\u00e9raire, pour reprendre les termes de Belleau, qui nous int\u00e9resse. Cette fonction de \u00ab\u00a0relais\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0m\u00e9diation oblig\u00e9e\u00a0\u00bb entre les discours et le texte, est ici occup\u00e9e par la critique litt\u00e9raire qui re\u00e7oit de mani\u00e8re mitig\u00e9e le roman de Maillet. Le d\u00e9calage entre norme fran\u00e7aise et qu\u00e9b\u00e9coise est traduit par une litt\u00e9rature qui \u00ab\u00a0arrive \u00e0 dire [la nation qu\u00e9b\u00e9coise] \u00e0 travers et malgr\u00e9 les normes de l\u2019autre\u00a0\u00bb (Belleau 1981, 18), pour reprendre les mots de Belleau. Dans le cas de la r\u00e9ception de <em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>il y a d\u00e9calage, incompr\u00e9hension, entre les normes et horizons d\u2019attente de la critique et le texte qui leur est donn\u00e9. Nous ne nous tournerons pas vers une analyse de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em>, mais bien vers une d\u00e9monstration du conflit de codes qui s\u2019op\u00e8re entre l\u2019institution litt\u00e9raire et le roman puisque \u00ab\u00a0ce qui appara\u00eet vraiment digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, ce ne sont pas les codes ou l\u2019id\u00e9ologie plus ou moins lisibles dans les textes, c\u2019est ce qui est dit gr\u00e2ce \u00e0 eux et malgr\u00e9 eux\u00a0\u00bb (20).<\/p>\n<p>Ainsi, dans <em>L\u2019Action catholique<\/em>, le critique indique que le livre de Maillet \u00ab\u00a0provoquera de l\u2019\u00e9tonnement chez les lecteurs habitu\u00e9s \u00e0 la conception traditionnelle du roman\u00a0\u00bb (Boulizon 1953, 4). Dans les pages d\u2019<em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em>, on \u00ab\u00a0n\u2019os[e] r\u00e9pondre par le oui que son \u0153uvre serait lue du plus grand nombre. Non, car en ce domaine toute notre \u00e9ducation reste \u00e0 faire\u00a0\u00bb (Collin 1953, 65). Plus loin, le m\u00eame article indique que les lecteur.trice.s cultiv\u00e9.e.s n\u2019y trouveront pas leur compte puisque \u00ab\u00a0la cro\u00fbte de [leurs] pr\u00e9jug\u00e9s sociaux et l\u2019orni\u00e8re de [leur] routine [sont] trop profondes pour s\u00fbrement l\u2019atteindre\u00a0\u00bb (65). L\u2019une des critiques les plus enthousiastes du roman, publi\u00e9e dans la revue dirig\u00e9e par Maillet de surcro\u00eet, expose d\u2019embl\u00e9e un \u00e9chec in\u00e9luctable\u00a0: les lecteur.trice.s moyen.ne.s ne sont sans doute pas assez outill\u00e9.e.s pour comprendre le texte qui leur est offert.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019\u0153uvre, lors de sa r\u00e9ception imm\u00e9diate, semble \u00eatre jug\u00e9e \u00e0 l\u2019aune d\u2019une conception traditionnelle et plut\u00f4t fran\u00e7aise du genre romanesque. De plus, plusieurs critiques semblent chercher quel type de public saura appr\u00e9cier l\u2019\u0153uvre de Maillet. Dans le journal <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>, Maurice Blain confirme\u00a0: pour formuler ses r\u00e9flexions, il \u00ab\u00a0s\u2019efforce de demeurer fid\u00e8le \u00e0 une tradition romanesque \u2014 la Fran\u00e7aise \u2014 \u00e0 qui il est arriv\u00e9 de produire des chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb (Blain 1953, 6). Or, il n\u2019est visiblement pas le seul \u00e0 percevoir <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>comme un objet \u00e9trange, voire \u00e9tranger. Bien que la critique semble reconna\u00eetre au texte des \u00e9l\u00e9ments novateurs, c\u2019est le d\u00e9calage r\u00e9f\u00e9rentiel, li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de conflit des codes de Belleau, qui est le plus pr\u00e9gnant.<\/p>\n<p>Les critiques qui commentent <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>ont abondamment recours au proc\u00e9d\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences directes afin de replacer l\u2019\u0153uvre de Maillet dans le champ litt\u00e9raire. Les r\u00e9f\u00e9rences qui reviennent le plus sont sans doute celles li\u00e9es au surr\u00e9alisme, \u00e0 Andr\u00e9 Breton et \u00e0 l\u2019\u00e9criture automatique (Robert 1953, 37; Duhamel 1953, inconnu\u00a0; Boulizon 1953, 4). Fait \u00e0 noter, le roman est \u00e9crit \u00e0 Montr\u00e9al en 1946 et \u00e0 Paris en 1947. Les ann\u00e9es parisiennes de la romanci\u00e8re ont pu l\u2019influencer; les r\u00e9seaux surr\u00e9alistes les plus forts \u00e9tant parisiens \u00e0 cette \u00e9poque. La chercheuse Pascale Ryan, dans un article sur <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em>, souligne que la romanci\u00e8re lit, dans sa jeunesse, de nombreux ouvrages sur la psychanalyse et sur le surr\u00e9alisme (2012). Plus localement, m\u00eame si les critiques de l\u2019\u00e9poque ne nomment pas ces influences, on peut penser que les textes qui gravitent autour des signataires du <em>Refus global<\/em> (1948) (Paul-\u00c9mile Borduas, Claude Gauvreau et Suzanne Meloche, par exemple) ont pu avoir une incidence sur l\u2019\u00e9criture de Maillet<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> \u00c0 noter cependant que les signataires du <em>Refus global<\/em> ne font pas partie des collaborateur.trice.s d\u2019<em>Am\u00e9rique <\/em>fran\u00e7aise; aucun.e d\u2019entre elles et eux ont publi\u00e9 de texte dans la revue. <\/span>.<\/p>\n<p>Il semble y avoir une ad\u00e9quation entre codes du texte et codes de l\u2019institution \u00a0puisque l\u2019\u0153uvre comprend une marque certaine du surr\u00e9alisme, qui se remarque \u00a0notamment par le recours \u00e0 l\u2019\u00e9criture automatique dans certains passages\u00a0: \u00ab\u00a0Anarchie des mots. R\u00e9volte du langage. Ing\u00e9rence de l\u2019\u00e2me sur le langage \u00e9crit. Mais le jeu\u2009? Le jeu, donc\u2009? On n\u2019a pas assez jou\u00e9 des mots, sur les mots, avec les mots\u00a0\u00bb (Maillet 1974, 58). Toutefois, d\u2019autres critiques convoquent des auteurs europ\u00e9ens qui paraissent d\u00e9phas\u00e9s par rapport au texte. Ces derniers sont dans l\u2019impossibilit\u00e9 de placer le texte dans un courant ou dans un autre. Sans \u00e9valuer la validit\u00e9 ou non de convoquer ces r\u00e9f\u00e9rences dans une critique de <em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>un roman dont le sens est diffus et la forme est novatrice pour son \u00e9poque, cerner les horizons d\u2019attente des critiques en place peut servir \u00e0 expliquer son oubli progressif. Dans la <em>Revue dominicaine<\/em>, le commentaire commence par une \u00e9num\u00e9ration de noms afin de replacer l\u2019\u0153uvre dans un paysage litt\u00e9raire \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable\u00a0: \u00ab\u00a0Rabelais, Freud, Sartre, Giraudoux, Jean Baptiste\u00a0\u00bb (Robillard 1953, 220). Du c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rences canadiennes-fran\u00e7aises, dans <em>L\u2019Action universitaire<\/em>, on compare la fantaisie de Maillet \u00e0 celle de Buies<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Arthur Buies est significative\u00a0: ce dernier occupe lui-m\u00eame un statut assez particulier dans le champ litt\u00e9raire de son \u00e9poque. Son \u0153uvre atypique, anticl\u00e9ricale et satirique le place comme un \u00e9crivain atypique et marginal dans le champ litt\u00e9raire de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. L\u2019analogie entre la fantaisie de Maillet et celle de Buies est parlante au sens o\u00f9 leurs postures respectives dans le champ litt\u00e9raire peuvent \u00eatre elles aussi compar\u00e9es, puis rapproch\u00e9es par la singularit\u00e9 de leurs \u00e9crits. <\/span> (Robert 1953, 4). On retrouve aussi un syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rences contemporain \u00e0 la romanci\u00e8re. On convoque Fran\u00e7ois Hertel (Duhamel 1953, 76), que Maillet a c\u00f4toy\u00e9 \u00e0 Paris lors de la r\u00e9daction de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>si l\u2019on se fie \u00e0 son journal intime<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> Andr\u00e9e Maillet, [journal intime\u00a01933-1950], 1933-1950, BAnQ, Centre d\u2019archives de Montr\u00e9al, Fonds Andr\u00e9e Maillet (P798, S3, 001).<\/span>, R\u00e9al Beno\u00eet (76) et Roger Lemelin (Robillard 1953, 221) qui sont tous des romanciers modernes ayant publi\u00e9 dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant\u00a01953. Ironiquement, ces trois romanciers issus du mouvement du roman psychologique auxquels on compare Maillet sont eux aussi, en regard des textes canoniques qui nous sont parvenus, d\u00e9laiss\u00e9s par l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise. Ailleurs, c\u2019est Poe ou Hoffman qui sont nomm\u00e9s (Valois 1953, 66) pour rappeler l\u2019esprit du conte ou encore Cocteau pour la vocation de la mort (Marcotte 1953, 7). C\u2019est dans des r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 un champ litt\u00e9raire vari\u00e9, autant fran\u00e7ais que canadien-fran\u00e7ais, que l\u2019on peut percevoir le d\u00e9calage entre la nature du roman <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et les horizons d\u2019attente des critiques. Les mod\u00e8les qui servent de comparaison \u00e0 l\u2019institution litt\u00e9raire pour \u00e9valuer le livre \u00ab\u00a0d\u00e9concertant\u00a0\u00bb de Maillet sont \u00e0 majorit\u00e9 fran\u00e7ais. Comment accueillir, dans l\u2019histoire litt\u00e9raire, une \u0153uvre re\u00e7ue avec tant \u00a0d\u2019interf\u00e9rence? Entre les attentes des critiques et ce r\u00e9cit si singulier pour le paysage litt\u00e9raire canadien-fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque\u2009 on distingue une zone trouble; un foss\u00e9 entre ce que les \u00e9crivains et \u00e9crivaines apportent de nouveau par leur cr\u00e9ation, et la capacit\u00e9 de r\u00e9ception des critiques litt\u00e9raires qui s\u2019appuie sur l\u2019existant, sur la synth\u00e8se et l\u2019analyse en fonction de ce qui est d\u00e9j\u00e0 connu.<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re r\u00e9ception critique est suivie d\u2019un silence relatif des chercheur.euse.s universitaires. Or, les travaux de ces dernier.\u00e8re.s sont n\u00e9cessaires \u00e0 la canonisation des \u0153uvres au sein d\u2019une histoire litt\u00e9raire. Comme le souligne la direction du Laboratoire de recherche sur les cultures et les litt\u00e9ratures francophones du \u00a0Canada\u00a0: \u00ab\u00a0le ph\u00e9nom\u00e8ne de la canonisation de certaines \u0153uvres et de l\u2019exclusion d\u2019autres \u0153uvres est enti\u00e8rement fond\u00e9 sur les pr\u00e9suppos\u00e9s qu\u2019entretient l\u2019institution litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la production litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (collectif, sans date). Ainsi, le conflit de codes inh\u00e9rent la r\u00e9ception critique de 1953 nous semble li\u00e9 \u00e0 l\u2019absence de mentions du roman dans les publications savantes de l\u2019\u00e9poque. Pourtant, plusieurs projets d\u2019histoire litt\u00e9raire se mettent en branle vers la fin des ann\u00e9es\u00a01950 et dans les ann\u00e9es\u00a01960 au Qu\u00e9bec\u00a0: G\u00e9rard Tougas (<em>Histoire de la litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise<\/em>), Samuel Baillargeon (<em>Litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise<\/em>), Pierre de\u00a0Grandpr\u00e9 (<em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise du Qu\u00e9bec<\/em>), pour ne nommer qu\u2019eux, r\u00e9digent des ouvrages qui visent \u00e0 circonscrire les fondements et les canons de la litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise. Roger Duhamel (<em>Manuel de litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise<\/em>) et Gilles Marcotte (<em>Une Litt\u00e9rature qui se fait, Essais critiques sur la litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise<\/em>), qui ont eux-m\u00eames \u00e9crit des critiques sur <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> font aussi para\u00eetre des essais sur la litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise. Or, tous ces ouvrages savants excluent <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et font une place majeure aux deux mouvances pr\u00e9sent\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment soit le roman de m\u0153urs urbaines et le roman psychologique. Comme le souligne Christine Plant\u00e9, \u00ab\u00a0pour figurer dans l\u2019histoire litt\u00e9raire, mieux vaut pour un auteur \u00eatre r\u00e9pertori\u00e9 comme ayant appartenu \u00e0 un mouvement, un groupe, un c\u00e9nacle, et mieux encore y avoir fait figure de chef de file\u00a0\u00bb (Plant\u00e9 2003, 665). L\u2019\u00e9chec du premier roman de Maillet \u00e0 se tailler une place dans ces \u00e9tudes sur la litt\u00e9rature canadienne-fran\u00e7aise peut s\u2019expliquer par l\u2019impossibilit\u00e9 de classer <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>dans les deux mouvements majeurs du genre romanesque des ann\u00e9es\u00a01940 et 1950. De plus, la vision de la litt\u00e9rature qui fut \u00a0celle adopt\u00e9e par <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise <\/em>a pu contaminer les positions des critiques.<\/p>\n<p>Signe de la tension entre l\u2019institution litt\u00e9raire et le roman de Maillet, la majorit\u00e9 des critiques affirment que l\u2019\u0153uvre ne saura pas trouver d\u2019\u00e9cho et que l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du livre pourrait \u00ab\u00a0rebuter maints lecteurs trop fermement attach\u00e9s \u00e0 leurs habitudes\u00a0\u00bb (Marcotte 1953, 7). Il semble que les critiques se cachent derri\u00e8re le lectorat pour masquer leur propre incompr\u00e9hension du texte. Ailleurs, on affirme que l\u2019\u0153uvre ne pourra r\u00e9sister \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps, car elle est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9e\u00a0: Duhamel indique en effet qu\u2019il \u00abcrain[t] qu&rsquo;une \u0153uvre comme <em>Profil de l&rsquo;orignal<\/em> ne soit pr\u00e9matur\u00e9ment frapp\u00e9e d&rsquo;une irr\u00e9m\u00e9diable caducit\u00e9\u00bb (1953, 77). Ainsi, le conflit des codes appara\u00eet comme sous-jacent \u00e0 la r\u00e9ception critique de 1953 et emp\u00eache son int\u00e9gration au corpus de canons litt\u00e9raires canadiens-fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque. Le roman <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>est rejet\u00e9, ou du moins, il est laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 par l\u2019institution qui aurait pu l\u2019avaliser. Le livre sombre donc dans l\u2019oubli\u00a0 pendant plus de vingt ans jusqu\u2019\u00e0 une r\u00e9\u00e9dition du titre orchestr\u00e9e par Gaston Miron \u00e0 L\u2019Hexagone.<\/p>\n<h2><em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et le nationalisme\u00a0: r\u00e9\u00e9dition de 1974<\/h2>\n<p>Gaston Miron d\u00e9cide en effet de republier le texte et de l\u2019actualiser en ajoutant une pr\u00e9face et en laissant le loisir \u00e0 la romanci\u00e8re de le modifier. La r\u00e9\u00e9dition de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> (Maillet 1974) est importante pour la maison d\u2019\u00e9dition L\u2019Hexagone puisqu\u2019elle repr\u00e9sente sa premi\u00e8re publication romanesque. Une question demeure toutefois; pour quelle raison Miron d\u00e9cide-t-il de r\u00e9\u00e9diter une \u0153uvre qui n\u2019a pas fait sa marque dans l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise de l\u2019\u00e9poque\u2009?<\/p>\n<p>Notre hypoth\u00e8se trouve ses sources dans la teneur de la relation qui unit Miron et Maillet et qui date d\u00e9j\u00e0 d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es lorsque le projet de r\u00e9\u00e9dition se met en branle. En effet, leur lien remonte \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 Maillet demande \u00e0 publier des textes de Miron dans les pages de la revue <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> (Miron 2015, 595). De plus, Maillet tient, durant les ann\u00e9es\u00a01950, des salons o\u00f9 plusieurs acteur.trice.s de la sc\u00e8ne litt\u00e9raire se rencontrent pour \u00e9changer. Miron est du lot (Tellier 2003, 191). Comme nous le verrons plus loin, ce dernier porte un int\u00e9r\u00eat ind\u00e9fectible au texte de Maillet et le r\u00e9\u00e9dite, malgr\u00e9 son \u00e9chec \u00e0 r\u00e9sister au temps.<\/p>\n<p>Nonobstant l\u2019amiti\u00e9 qui lie Maillet et Miron, des raisons commerciales ont aussi pu pousser l\u2019\u00e9diteur \u00e0 republier <em>Profil de l\u2019orignal. <\/em>En effet, la parution des romans <em>Le bois pourri <\/em>en 1971 et du <em>Doux mal <\/em>en 1972 multiplie les apparitions d\u2019Andr\u00e9e Maillet dans l\u2019espace public et contribue \u00e0 restaurer son statut d\u2019\u00e9crivaine qu\u00e9b\u00e9coise importante. Miron voit peut-\u00eatre l\u2019occasion de r\u00e9\u00e9diter le texte pour faire profiter le lectorat qu\u00e9b\u00e9cois du roman inaugural de Maillet .<\/p>\n<p>La r\u00e9\u00e9dition sera \u00e9galement l\u2019occasion de modifier le texte si l\u2019\u00e9crivaine le d\u00e9sire. Miron convainc le critique Gilles Marcotte<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> Rappelons que Gilles Marcotte avait comment\u00e9 l\u2019\u0153uvre de mani\u00e8re plut\u00f4t mitig\u00e9e \u00e0 sa parution initiale.<\/span> d\u2019\u00e9crire une pr\u00e9face au roman alors que la romanci\u00e8re ajuste le langage pour qu\u2019il soit plus caract\u00e9ristique des milieux qu\u2019elle d\u00e9peint. Elle corrige aussi les erreurs et change la mise en page. Elle n\u2019effectue que des remaniements somme toute mineurs. De plus, elle ajoute une notice o\u00f9 elle pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0Pour ce qui concerne les qu\u00e9b\u00e9cismes, le lecteur voudra bien consulter le dictionnaire B\u00e9lisle\u00a0\u00bb (Maillet 1974, 207). Cet ajout \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition pallie l\u2019incompr\u00e9hension de certaines expressions qu\u00e9b\u00e9coises qui ont \u00e9t\u00e9 not\u00e9es par la critique d\u00e8s la premi\u00e8re r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre en 1953. Le souhait de clarifier les expressions qu\u00e9b\u00e9coises plus nich\u00e9es montre une volont\u00e9, probablement pour faire suite aux critiques qui lui ont \u00e9t\u00e9 faites lors de la premi\u00e8re parution, de rendre la lecture plus digeste. Ainsi, la r\u00e9\u00e9dition de 1974, bien que d\u00e9velopp\u00e9e sous le signe de l\u2019amiti\u00e9, vise \u00e0 remettre l\u2019\u0153uvre au go\u00fbt du jour en la remaniant et en y ajoutant une pr\u00e9face et une notice.<\/p>\n<p>La r\u00e9ception critique de 1974 est marqu\u00e9e par le rapprochement entre le roman <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et le mouvement nationaliste des ann\u00e9es\u00a01970. D\u2019abord, la pr\u00e9face de Gilles Marcotte revient sur la premi\u00e8re r\u00e9ception du livre qui \u00ab\u00a0d\u00e9concerta le plus grand nombre\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0un langage d\u00e9pris du vraisemblable, [&#8230;] qui [fait] de[s] ravages dans nos convenances\u00a0\u00bb (Marcotte 1974, 8). Il indique aussi qu\u2019\u00ab\u00a0on ne l\u2019a peut-\u00eatre pas bien compris \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais cela s\u2019aper\u00e7oit clairement aujourd\u2019hui\u00a0: le r\u00e9cit d\u2019Andr\u00e9e Maillet mettait en \u0153uvre une th\u00e9matique du \u201cretour au pays\u201d qui devait avoir une longue fortune dans notre po\u00e9sie\u00a0\u00bb (10). S\u2019ensuit une convocation de l\u2019orignal de Gaston Miron et de celui de Claude Gauvreau. \u00c0 la lumi\u00e8re des \u00e9volutions id\u00e9ologiques au Qu\u00e9bec, \u00a0le <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>de Maillet, republi\u00e9 en 1974, s\u2019offre \u00e0 de nouvelles lectures. Ici, l\u2019assertion du chercheur Fernand Roy, qui stipule que \u00ab\u00a0l\u2019historien de la litt\u00e9rature travaille, comme les autres historiens, sur des documents et que ses documents sont les textes qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s au rang de \u201cvaleurs\u201d par la critique imm\u00e9diate\u00a0\u00bb (1999, 49-50) s\u2019av\u00e8re utile. Si les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb soulev\u00e9es par les critiques de 1953 sont plus difficiles \u00e0 cerner, la r\u00e9ception critique de la r\u00e9\u00e9dition de 1974 semble fortement influenc\u00e9e par la pr\u00e9face \u00e0 saveur nationaliste de Marcotte \u2014 sa critique initiale en 1953 puis sa relecture de l\u2019\u0153uvre dans la pr\u00e9face font foi de cette transformation.<\/p>\n<p>Ce devoir de r\u00e9\u00e9diter les \u0153uvres d\u2019un corpus national \u00ab\u00a0est ressent[i] comme urgen[t] avec la R\u00e9volution tranquille et en particulier avec le bapt\u00eame de la litt\u00e9rature \u201cqu\u00e9b\u00e9coise\u201d par la revue <em>Parti Pris<\/em> fond\u00e9e en 1963\u00a0\u00bb (Lafl\u00e8che 1992, 93). D\u00e8s la fin des ann\u00e9es\u00a01960, R\u00e9\u00e9dition-Qu\u00e9bec, les \u00c9ditions du Jour, les \u00c9ditions \u00c9lys\u00e9e et la collection <em>Biblioth\u00e8que des Lettres qu\u00e9b\u00e9coises<\/em> des Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval r\u00e9\u00e9ditent de nombreux textes qui participent d\u2019une tradition que les universitaires commencent tout juste \u00e0 circonscrire. Les nouvelles collections consacr\u00e9es au \u00ab\u00a0classique qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0\u00bb permettent au lectorat de revisiter des \u0153uvres litt\u00e9raires proprement qu\u00e9b\u00e9coises et qui r\u00e9pondent aux id\u00e9aux culturels de l\u2019apr\u00e8s-R\u00e9volution tranquille. <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>rena\u00eet de ses cendres \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 des intellectuel.le.s et des \u00e9diteur.rice.s travaillent \u00e0 valoriser et \u00e0 construire un corpus de classiques qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Les critiques de l\u2019\u00e9dition de 1974 r\u00e9actualisent l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Paul Bar en s\u2019appuyant sur leurs propres codes qui semblent moins tributaires de l\u2019institution fran\u00e7aise. Les codes adopt\u00e9s par l\u2019institution litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise auraient-ils fortement chang\u00e9 entre 1953 et 1974\u2009? Il devient clair, si on se fie \u00e0 la publication du texte de Fran\u00e7ois Ricard dans les pages de la revue <em>Libert\u00e9<\/em>, que le roman <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>fait \u00e9cho au nationalisme, \u00e0 l\u2019identit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise et aux balbutiements de la R\u00e9volution tranquille.<\/p>\n<p>La r\u00e9ception imm\u00e9diate de 1953 \u00a0ne souligne pas cette th\u00e9matique du retour au pays ni la qu\u00eate identitaire proprement qu\u00e9b\u00e9coise. Les quelques critiques de 1953 qui se penchent sur la question identitaire y voient plut\u00f4t des questionnements philosophiques ou bien des r\u00e9flexions sur le morcellement du sujet. La lecture de Marcotte semble ainsi marqu\u00e9e par le mouvement nationaliste qui rena\u00eet durant la vingtaine d\u2019ann\u00e9es qui s\u00e9pare sa pr\u00e9face de la premi\u00e8re parution de l\u2019\u0153uvre. Le changement de contexte sociopolitique qui s\u2019op\u00e8re entre la critique du roman en 1953, puis la pr\u00e9face en 1974, am\u00e8ne le litt\u00e9raire \u00e0 renouveler son discours.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Ricard se penche sur l\u2019oubli dont a \u00e9t\u00e9 victime <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>pendant les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Il postule que \u00ab\u00a0ce qui fait l\u2019actualit\u00e9 de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> en 1975 a fort bien pu causer son inactualit\u00e9 en 1953\u00a0\u00bb (1975, 88). Ainsi, il ne fait pas de doute pour lui que l\u2019\u0153uvre de Maillet devait \u00eatre r\u00e9\u00e9dit\u00e9e. D\u2019autant plus qu\u2019en r\u00e9fl\u00e9chissant au chemin effectu\u00e9 depuis sa parution, le roman lui para\u00eet \u00ab\u00a0pr\u00e9figur[er], dix ans avant la lettre, tout un courant de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise d\u2019apr\u00e8s 1960, \u00e0 savoir\u00a0: le mouvement du retour au pays et de la red\u00e9couverte des appartenances\u00a0\u00bb (88). Pour ce dernier, le roman porte sur les m\u00e9tamorphoses avort\u00e9es du qu\u00e9b\u00e9cois, sur le refus de son identit\u00e9 et sur \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 du retour \u00e0 l\u2019origine\u00a0\u00bb (90). Dans les pages de <em>La Presse<\/em>, Conrad Bernier souhaite 100\u2009000\u00a0lecteurs \u00e0 <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>(1977, 6)<em>. <\/em>R\u00e9ginald Martel souligne quant \u00e0 lui que \u00ab\u00a0Andr\u00e9e Maillet assortit un propos somme toute discret d\u2019un sens de l\u2019histoire qui inspire le respect\u00a0\u00bb (1975, 3). Comme si la romanci\u00e8re avait pu imaginer le vaste mouvement de retour au pays et de r\u00e9flexions identitaires qui allait marquer le Qu\u00e9bec apr\u00e8s la parution de son roman en 1953. Finalement, les r\u00e9seaux de r\u00e9f\u00e9rences des critiques des ann\u00e9es\u00a01970 sont r\u00e9solument plus qu\u00e9b\u00e9cois; pensons \u00e0 Michel Tremblay, Claude Gauvreau, Jacques Ferron, Jacques Langevin ou Antonine Maillet (Gaulin 1975, 8).<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01970, le Centre de recherche en litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise de l\u2019Universit\u00e9 Laval met sur pied le projet du <em>Dictionnaire des \u0153uvres litt\u00e9raires du Qu\u00e9bec <\/em>qui vise \u00e0 rendre compte, de mani\u00e8re exhaustive, de l\u2019ensemble du corpus qu\u00e9b\u00e9cois. En plus d\u2019offrir aux chercheur.euse.s une bibliographie exhaustive des \u0153uvres litt\u00e9raires, l\u2019\u00e9quipe cible des mouvements, des ph\u00e9nom\u00e8nes et des \u0153uvres marquantes puis leur consacre un compte-rendu plus ou moins substantiel qui les replace dans leur \u00e9poque et en montre l\u2019importance. Le troisi\u00e8me tome, paru en 1982, couvre la p\u00e9riode comprise entre 1940 et 1959 et comprend un court article sur <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> (Genuist 1982, 825-827). Pour l\u2019\u00e9quipe de ce chantier d\u2019histoire litt\u00e9raire, le premier roman d\u2019Andr\u00e9e Maillet fait sa marque surtout gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab\u00a0une structure tr\u00e8s moderne pour l\u2019\u00e9poque \u00bb (826). Toutefois, mis \u00e0 part une lecture crois\u00e9e de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et de <em>En hommage aux araign\u00e9es <\/em>d\u2019Esther Rochon dans <em>Livres et auteurs qu\u00e9b\u00e9cois 1975 <\/em>(Pelletier 1976, 104-106) ainsi qu\u2019une \u00e9tude du caract\u00e8re sensoriel de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>dans l\u2019ouvrage <em>Le Roman canadien de langue fran\u00e7aise de 1860 \u00e0 1958 <\/em>(Ducrocq-Poirier 1978, 680-690)<em>, <\/em>aucune r\u00e9flexion savante d\u2019importance ne vient renforcer, dans l\u2019histoire litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le statut du premier roman de Maillet. Bien que les r\u00e9f\u00e9rences au roman de Maillet dans les projets institutionnels soient plus nombreuses avec la r\u00e9\u00e9dition de 1974 qu\u2019avec la premi\u00e8re parution, les mentions et les courts articles sont log\u00e9s, voire noy\u00e9s, dans des \u00e9tudes savantes massives.<\/p>\n<p>Ainsi, la deuxi\u00e8me r\u00e9ception de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>nous laisse sur une impression de d\u00e9placement du sens de l\u2019\u0153uvre. En effet, le roman reprend sens pour Miron, Marcotte et Ricard notamment en faisant \u00e9cho au nationalisme ambiant. Fran\u00e7ois Ricard, lui-m\u00eame historien de la litt\u00e9rature, postule qu\u2019\u00ab\u00a0il faudra d\u00e9sormais, quand nous parlerons de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise des ann\u00e9es\u00a01945-1960, que nous en tenions compte\u00a0\u00bb (Ricard 1975, 92). Comme quoi la r\u00e9actualisation du sens de l\u2019\u0153uvre entreprise par certain.e.s intellectuel.le.s doit faire marque, selon eux. Ces tentatives de classicisation du premier roman de Maillet qui viennent avec la r\u00e9\u00e9dition de 1974 permettent, en somme, de ramener le roman dans le discours populaire. L\u2019\u0153uvre retombe tout de m\u00eame dans un oubli relatif jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re r\u00e9\u00e9dition en 1990.<\/p>\n<h2>Derniers \u00e9loges\u00a0: seconde r\u00e9\u00e9dition de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em><\/h2>\n<p>En 1990, l\u2019\u0153uvre est r\u00e9\u00e9dit\u00e9e \u00e0 L\u2019Hexagone toujours selon les souhaits de Gaston Miron. <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>(Maillet, 1990) est remis au catalogue de la maison d\u2019\u00e9dition alors qu\u2019une campagne de r\u00e9\u00e9dition de plusieurs \u0153uvres de Maillet est enclench\u00e9e<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5759\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5759-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">D\u00e8s 1987, une campagne de r\u00e9\u00e9dition de l\u2019\u0153uvre de Maillet est entam\u00e9e \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition L\u2019Hexagone (<em>Les Montr\u00e9alais <\/em>en 1987\u2009; <em>Les Remparts de Qu\u00e9bec <\/em>en 1989\u2009; <em>Le Profil de l\u2019orignal <\/em>en 1990\u2009; <em>Lettres au surhomme vol. I-II <\/em>en 1990\u2009; <em>Le doux mal <\/em>en 1991).<\/span>. Le roman est publi\u00e9 au tout d\u00e9but de 1990, et l\u2019\u00e9crivaine se voit remettre le prix Athanase-David pour l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re le 30\u00a0octobre de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est donc \u00e0 l\u2019occasion de la parution de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>et de la remise du prix Athanase-David que lecteur.trice.s et critiques (re)d\u00e9couvrent l\u2019\u0153uvre fondatrice de Maillet. Le jury du prix David ne tarit pas d\u2019\u00e9loges pour la romanci\u00e8re que l\u2019on d\u00e9signe comme la \u00ab\u00a0premi\u00e8re romanci\u00e8re de notre modernit\u00e9\u00a0\u00bb (Les Prix du Qu\u00e9bec 1990). Le jury reconna\u00eet l\u2019aspect novateur du roman et reprend une citation de Miron qui indique que <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>est le \u00ab\u00a0premier roman d\u2019imagination et des m\u00e9tamorphoses de notre litt\u00e9rature\u00a0\u00bb\u00a0(Miron 1990). L\u2019apport de Miron est fondamental pour <em>Profil de l\u2019orignal<\/em>\u00a0: sans les r\u00e9\u00e9ditions dont il est l\u2019initiateur, il est permis de douter que l\u2019\u0153uvre aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9e au-del\u00e0 de la publication initiale de 1953. Les deux r\u00e9\u00e9ditions de Miron, en dehors des vis\u00e9es commerciales, apparaissent comme de v\u00e9ritables souhaits d\u2019\u00e9lever <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>au rang de classique qu\u00e9b\u00e9cois. Apr\u00e8s une vague d\u2019hommages qui vient avec la r\u00e9\u00e9dition de 1974, la r\u00e9ception de la r\u00e9\u00e9dition de 1990 assortie du Prix David semble cristalliser le v\u0153u de faire entrer <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>au panth\u00e9on de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise. La mort de Maillet en 1995 viendra aussi avec son lot d\u2019hommages \u00e0 <em>Profil de l\u2019orignal. <\/em><\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, dans un ouvrage portant sur la nouvelle au Qu\u00e9bec, le chercheur Michel Lord a \u00e9tudi\u00e9 le proc\u00e9d\u00e9 de galerie de portraits dans <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>(Lord 2009, 67-78). Le roman est \u00e9galement inclus dans l\u2019ouvrage <em>Histoire de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise <\/em>(Biron, Dumont, Nardout-Lafarge et Lapointe 2007)<em>, <\/em>un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence important qui propose une lecture de l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise selon un corpus d\u2019auteur.trice.s et de textes canoniques. Le bref compte-rendu de l\u2019\u0153uvre r\u00e9affirme sa singularit\u00e9 et son importance dans le paysage romanesque des ann\u00e9es\u00a01950. On peut conjecturer que <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> se taille une (petite) place dans le corpus national de l\u2019<em>Histoire de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise <\/em>parce que les chercheur.euse.s qui l\u2019ont \u00e9crit \u00e9taient aptes \u00e0 recevoir ce type de texte. Cette publication, d\u2019ailleurs vou\u00e9e \u00e0 un public beaucoup plus large que le seul milieu acad\u00e9mique, a sans doute permis au roman de Maillet d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert et lu par un plus vaste public. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 du <em>Dictionnaire des \u0153uvres litt\u00e9raires du Qu\u00e9bec<\/em> qui vise \u00e0 pr\u00e9senter une bibliographie exhaustive des \u0153uvres publi\u00e9es et qui comprend des articles concernant quelques \u0153uvres et ph\u00e9nom\u00e8nes importants, l\u2019<em>Histoire de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>e couvre cinq si\u00e8cles de litt\u00e9rature en proposant une relecture des \u0153uvres et de leurs r\u00e9ceptions critiques. Si <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>se taille une place dans ce corpus, c\u2019est donc qu\u2019on a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accorder \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Maillet un espace dans le canon litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois des ann\u00e9es\u00a01950. Cette reconnaissance de l\u2019\u00e9quipe de l\u2019<em>Histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise <\/em>vient quelques ann\u00e9es apr\u00e8s le Prix Athanase-David re\u00e7u par Maillet; une l\u00e9gitimation majeure pour les \u00e9crivain.e.s r\u00e9cipiendaires, soulignons-le. Toutefois, la derni\u00e8re r\u00e9\u00e9dition datant de pr\u00e8s de 30\u00a0ans, ces inclusions dans les chantiers d\u2019histoire litt\u00e9raire n\u2019assurent pas la post\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre puisque le texte lui-m\u00eame n\u2019est plus disponible qu\u2019en biblioth\u00e8que et que toutes les \u00e9ditions sont \u00e9puis\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette relecture de l\u2019arriv\u00e9e de <em>Profil de l\u2019orignal <\/em>dans le paysage litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois, puis de son parcours marqu\u00e9 de cons\u00e9crations avort\u00e9es, nous a montr\u00e9 comment la relative absence de discours savant entourant l\u2019ouvrage a mis en p\u00e9ril sa p\u00e9rennit\u00e9. Malgr\u00e9 qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 comme marquant pour les ann\u00e9es\u00a01950 par quelques litt\u00e9raires, le premier roman de Maillet peine encore \u00e0 se rendre jusqu\u2019\u00e0 nous; il n\u2019est que peu \u00e9tudi\u00e9, et n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 ni r\u00e9imprim\u00e9 depuis 1990, et ce m\u00eame si les diff\u00e9rentes r\u00e9ceptions, bien qu\u2019elles soient impr\u00e9cises quant au sens que prend l\u2019\u0153uvre, se rejoignent pour en c\u00e9l\u00e9brer le c\u00f4t\u00e9 novateur<em>. <\/em>Paradoxalement, cette audace semble avoir nui \u00e0 sa canonisation d\u00e8s 1953. Les r\u00e9\u00e9ditions de 1974 et de 1990 permettent \u00e0 certain.e.s critiques et chercheur.euse.s d\u2019op\u00e9rer une r\u00e9actualisation de sens et une r\u00e9\u00e9valuation de la place que le roman prend dans l\u2019histoire litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise, mais le mouvement s\u2019av\u00e8re toutefois isol\u00e9 et ses retomb\u00e9es plut\u00f4t minimes. Des r\u00e9\u00e9ditions d\u2019autres \u0153uvres de Maillet (<em>\u00c0 la m\u00e9moire d\u2019un h\u00e9ros <\/em>en 2011, <em>Les Remparts de Qu\u00e9bec <\/em>en 2018, <em>Le lendemain n\u2019est pas sans amour<\/em> en 2021\u00a0montrent toutefois un int\u00e9r\u00eat renouvel\u00e9 pour le travail de l\u2019\u00e9crivaine.<\/p>\n<p>Si la r\u00e9ception critique imm\u00e9diate d\u2019une \u0153uvre est une part importante \u00e0 son processus d\u2019int\u00e9gration dans une histoire litt\u00e9raire, cette \u00e9tude a pu montrer comment, d\u00e8s 1953, les critiques c\u00e9l\u00e8brent l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un roman novateur, mais peinent \u00e0 d\u00e9crire en quoi il l\u2019est vraiment. Le double r\u00f4le de critique et d\u2019universitaire de certain.e.s des commentateur.trice.s de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> a pu nous renseigner sur les raisons derri\u00e8re l\u2019\u00e9chec du roman \u00e0 se tailler une place parmi les classiques qu\u00e9b\u00e9cois d\u00e8s sa premi\u00e8re \u00e9dition. Si une \u0153uvre complexe et comprenant une part de nouveaut\u00e9 est re\u00e7ue dans l\u2019incompr\u00e9hension, comment l\u2019int\u00e9grer dans des courants et, plus largement, dans un corpus national homog\u00e8ne? Enfin, si la trajectoire de r\u00e9ception de <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> n\u2019en est pas une de la cons\u00e9cration, il demeure que l\u2019action de l\u2019\u0153uvre \u00ab\u00a0inclut \u00e9galement ce qui s\u2019accomplit dans la conscience r\u00e9ceptrice et ce qui s\u2019accomplit en l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame. La destin\u00e9e historique de l\u2019\u0153uvre est une expression de son \u00eatre\u00a0\u00bb (Jauss 1978, 39). On peut affirmer que le roman de Maillet occupe le cr\u00e9neau fort singulier de l\u2019\u00e9pop\u00e9e identitaire canadienne-fran\u00e7aise cosmopolite pr\u00e9sent\u00e9e dans une forme et un langage exploratoires qui, \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es\u00a01950, ne semble pas trouver d\u2019\u00e9quivalent, de l\u00e0 l\u2019oubli dont il est \u00e0 la fois la proie et la cause.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3>Corpus primaire<\/h3>\n<p>Maillet, Andr\u00e9e. 1953. <em>Profil de l\u2019orignal<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Am\u00e9rique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Maillet, Andr\u00e9e. 1974. <em>Profil de l\u2019orignal. <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Hexagone.<\/p>\n<p>Maillet, Andr\u00e9e. 1990. <em>Profil de l\u2019orignal. <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Hexagone.<\/p>\n<h3>Corpus secondaire<\/h3>\n<p>Auteur inconnu. Sans date. \u00ab\u00a0Prix Athanase-David. Andr\u00e9e Maillet\u00a0\u00bb. <em>Les Prix du Qu\u00e9bec. <\/em>Qu\u00e9bec\u00a0: Gouvernement du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Baillargeon, Pierre. 1942. \u00ab\u00a0Am\u00e9rique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise <\/em>I<em>,<\/em> no.\u00a06\u00a0: 2-5.<\/p>\n<p>Belleau, Andr\u00e9. 1981. \u00ab\u00a0Le conflit des codes dans l\u2019institution litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb. <em>Libert\u00e9 <\/em>23<em>, <\/em>no.\u00a02\u00a0:\u00a015-20.<\/p>\n<p>Biron, Michel, Fran\u00e7ois Dumont et \u00c9lisabeth Nardout-Lafarge avec la collaboration de Martine-Emmanuelle Lapointe. 2007. <em>Histoire de la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise. <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al.<\/p>\n<p>Collectif. Sans date. \u00ab\u00a0La fabrication d\u2019une litt\u00e9rature\u00a0: \u00e9volution de la critique litt\u00e9raire en Ontario fran\u00e7ais (2009-2014)\u00a0\u00bb. <em>Laboratoire de recherche sur les cultures et les litt\u00e9ratures francophones du Canada<\/em>. <a href=\"http:\/\/artsites.uottawa.ca\/clfc\/fr\/fabrication-litterature-ontario-francais\/\">http:\/\/artsites.uottawa.ca\/clfc\/fr\/fabrication-litterature-ontario-francais\/<\/a> (page consult\u00e9e le 15\u00a0d\u00e9cembre 2019).<\/p>\n<p>D\u00e9carie, David. 2016. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9volution du roman urbain (1934-1945)\u00a0: du roman bourgeois au roman du peuple\u00a0\u00bb. <em>Voix et Images <\/em>41, no.\u00a02\u00a0: 21-33.<\/p>\n<p>\u00c9thier-Blais, Jean. 1995. \u00ab\u00a0Une femme de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb, <em>Le Devoir\u00a0<\/em>LXXXVI, no. 291 :\u00a0A7.<\/p>\n<p>Genuist, Monique. 1982. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal<\/em>\u00a0\u00bb. Dans<em> Dictionnaire des \u0153uvres litt\u00e9raires du Qu\u00e9bec T.\u00a03 1940-1959,<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Fides. 825-827.<\/p>\n<p>Guay, \u00c9lyse et Michel Lacroix. 2016. \u00ab\u00a0Saillies et paradoxes\u00a0: <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> et l\u2019<em>ethos<\/em> du moraliste bouffon\u00a0\u00bb. <em>Voix et Images <\/em>41, no.\u00a02\u00a0:\u00a067-81.<\/p>\n<p>Lafl\u00e8che, Guy. 1992. <em>Pol\u00e9miques. <\/em>Laval\u00a0: \u00c9ditions du Singulier.<\/p>\n<p>Lemire, Maurice, Gilles Dorion et Aur\u00e9lien Boivin (dir.). 1982. <em>Dictionnaire des \u0153uvres litt\u00e9raires du Qu\u00e9bec vol.\u00a03<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Fides.<\/p>\n<p>Lord, Michel. 2009. <em>Br\u00e8ves implosions narratives. La Nouvelle qu\u00e9b\u00e9coise 1940-2000<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Nota bene.\u00a0<\/p>\n<p>Maillet, Andr\u00e9e. 1933-1950. Journal intime, 1933-1950. BAnQ. Centre d\u2019archives de Montr\u00e9al. Fonds Andr\u00e9e Maillet. P798, S3, 001.<\/p>\n<p>Miron, Gaston. 2015. <em>Lettres, 1949-1965<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie par Mariloue Sainte-Marie, Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Hexagone.<\/p>\n<p>Miron, Gaston. Dans Filion, Pierre. 1990. \u00abAndr\u00e9e Maillet\u00bb. Les Prix du Qu\u00e9bec. <a href=\"http:\/\/www.prixduquebec.gouv.qc.ca\/prix-qc\/desclaureat.php?noLaureat=64\">http:\/\/www.prixduquebec.gouv.qc.ca\/prix-qc\/desclaureat.php?noLaureat=64<\/a> (page consult\u00e9e le 19\u00a0d\u00e9cembre 2019).<\/p>\n<p>Plant\u00e9, Christine. 2003. \u00ab\u00a0La place des femmes dans l\u2019histoire litt\u00e9raire\u00a0: annexe, ou point de d\u00e9part d\u2019une relecture critique?\u00a0\u00bb. <em>Revue d\u2019histoire litt\u00e9raire de la France <\/em>103, no.\u00a03\u00a0: 655-668.<\/p>\n<p>Roy, Fernand. 1999. \u00ab\u00a0<em>Marie Calumet<\/em> dans la litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise. Pour une s\u00e9miotique de l\u2019histoire litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. <em>Prot\u00e9e <\/em>27, no.\u00a02\u00a0:\u00a045-56.<\/p>\n<p>Ryan, Pascale. 2012. \u00ab\u00a0\u201cJe ne partage \u00e9videmment aucune de tes conceptions de ce que sera le ton de la revue\u201d. Andr\u00e9e Maillet et <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em>, 1947-1951\u00a0: un combat pour l\u2019autonomie de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. <em>M\u00e9moires du livre\/Studies in Book Culture<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/1013323ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/1013323ar<\/a> (page consult\u00e9e le 16\u00a0d\u00e9cembre 2019).<\/p>\n<p>Tellier, Christine. 2003. <em>Jeunesse et po\u00e9sie\u00a0: de l\u2019Ordre de bon temps aux \u00e9ditions de l\u2019Hexagone. <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: Fides.<\/p>\n<h3>R\u00e9ception critique du roman<\/h3>\n<p>Bernier, Conrad. 1977. \u00ab\u00a0L\u2019aristocratie qu\u00e9b\u00e9coise en mini-portraits\u00a0\u00bb. <em>La Presse <\/em>93, no. 204\u00a0:\u00a06.<\/p>\n<p>Blain, Maurice. 1953. \u00ab\u00a0\u201c<em>Profil de l\u2019orignal<\/em>\u201d de Mme\u00a0Andr\u00e9e Maillet ou Le roman est toujours le roman\u00a0\u00bb. <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em> 38, no. 32\u00a0:\u00a06-7.<\/p>\n<p>Boulizon, Guy. 1953. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal\u00a0<\/em>\u00bb. <em>L\u2019Action catholique <\/em>XVII, no. 4\u00a0: 4.<\/p>\n<p>Collin, Lucien. 1953. \u00ab\u00a0Notes sur \u201c<em>Profil de l\u2019orignal<\/em>\u201d\u00a0\u00bb. <em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em> XI, no.\u00a02\u00a0: 65-66.<\/p>\n<p>Ducrocq-Poirier, Madeleine. 1978. \u00ab\u00a0La forme romanesque devient une exp\u00e9rience sensorielle, plus pr\u00e9cis\u00e9ment visuelle, avec <em>Profil de l\u2019orignal<\/em> d\u2019Andr\u00e9e Maillet et <em>Les Chambres de bois<\/em> d\u2019Anne H\u00e9bert\u00a0\u00bb. Dans <em>Le Roman canadien de langue fran\u00e7aise de 1860 \u00e0 1958<\/em>, Paris\u00a0: A.G. Nizet. 680-690.\u00a0<\/p>\n<p>Duhamel, Roger. 1954. \u00ab\u00a0Un profil surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb. <em>L\u2019Action universitaire <\/em>XX, no. 2\u00a0: 75-77.<\/p>\n<p>Gaulin, Andr\u00e9. 1975. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal, <\/em>Andr\u00e9e Maillet\u00a0\u00bb. <em>Qu\u00e9bec fran\u00e7ais<\/em>\u00a017\u00a0:\u00a08.<\/p>\n<p>Marcotte, Gilles. 1953. \u00ab\u00a0\u201c<em>Profil de l\u2019orignal<\/em>\u201d par Andr\u00e9e Maillet\u00a0\u00bb. <em>Le Devoir <\/em>XLIV, no.\u00a013\u00a0:\u00a07.<\/p>\n<p>Martel, R\u00e9ginald. 1975. \u00ab\u00a0Le tr\u00e8s bel \u00e9lan d\u2019Andr\u00e9e Maillet\u00a0\u00bb. <em>La Presse<\/em> 91, no. 3\u00a0: E3.<\/p>\n<p>Pelletier, Jacques. 1976. \u00ab\u00a0Deux premiers romans du d\u00e9paysement\u00a0\u00bb. Dans <em>Livres et auteurs qu\u00e9b\u00e9cois\u00a01975<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval.\u00a0104-106.<\/p>\n<p>Pinssonneault, Jean-Paul. 1953. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal\u00a0<\/em>\u00bb. <em>Lectures<\/em> IX, no. 7\u00a0: 294-297.<\/p>\n<p>Potvin, Damase. 1953. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal\u00a0<\/em>\u00bb. <em>L\u2019Action catholique <\/em>XVII, no. 12\u00a0:\u00a04-5.<\/p>\n<p>Ricard, Fran\u00e7ois. 1975. \u00ab\u00a0Roman d\u2019hier, roman d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb. <em>Libert\u00e9<\/em> 17, no.\u00a05\u00a0: 86-92.<\/p>\n<p>Robert, Lucette. 1953. \u00ab\u00a0Le premier roman d\u2019Andr\u00e9e Maillet\u00a0: \u201c<em>Profil de l\u2019orignal<\/em>\u201d\u00a0\u00bb. <em>Photo-journal <\/em>XVI, no. 41\u00a0: 37.\u2009<\/p>\n<p>Robillard, Hyacinthe-Marie. 1953. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal\u00a0<\/em>\u00bb. <em>Revue dominicaine<\/em> LIX, no. 1\u00a0: 220-223.<\/p>\n<p>Valois, Marcel. 1953. \u00ab\u00a0<em>Profil de l\u2019orignal\u00a0\u00bb<\/em>. <em>La Presse<\/em> 69, no. 107\u00a0: 66.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Caron-Veilleux, Victor. 2023.\u00a0\u00ab\u00a0Profil de l&rsquo;orignal\u00a0ou Le \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb oubli\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Anamn\u00e8se: oubli et oubli\u00e9.e.s en litt\u00e9rature \u00bb, no. 37, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/caron-veilleux-37&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/caron-veilleux_37.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 caron-veilleux_37.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-58626a06-1e47-43a6-8d4e-85a2061554c3\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/caron-veilleux_37.pdf\">caron-veilleux_37<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/caron-veilleux_37.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-58626a06-1e47-43a6-8d4e-85a2061554c3\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Elle fait para\u00eetre les contes Le Marquis t\u00eatu et le mulot r\u00e9probateur en 1944 et Ristontac en 1945. Le fait qu\u2019elle ait publi\u00e9 des \u0153uvres pour la jeunesse plut\u00f4t bien accueillies a pu influer sur la r\u00e9ception de Profil de l\u2019orignal comme on ne s\u2019attendait possiblement pas \u00e0 ce qu\u2019elle publie un roman qui emprunte \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9criture automatique et au folklore canadien-fran\u00e7ais.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> Maillet, d\u00e8s l\u2019adolescence, \u00e9crit dans des quotidiens et devient, dans les ann\u00e9es\u00a01940, reporter alors qu\u2019elle voyage en Europe et \u00e0 New York. <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> La premi\u00e8re \u00e9quipe d\u2019<em>Am\u00e9rique fran\u00e7aise <\/em>souhaite en effet s\u2019autonomiser par rapport au clerg\u00e9.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> Andr\u00e9e Maillet dirige la revue de 1952 \u00e0 1955.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> Les romans embl\u00e9matiques de ce courant sont notamment <em>Ils poss\u00e9deront la terre<\/em> de Robert Charbonneau, <em>Poussi\u00e8re sur la ville<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Langevin, <em>Mathieu<\/em> de Fran\u00e7oise Loranger et <em>Au-del\u00e0 des visages <\/em>d\u2019Andr\u00e9 Giroux.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div><em> Lectures<\/em> est fond\u00e9e d\u00e8s 1946 par les \u00e9ditions catholiques Fides. La revue a pour but d\u2019orienter (certains diraient de contr\u00f4ler) les lectures de ses lecteur.trice.s qui sont surtout des professionnels du livre comme des biblioth\u00e9caires. <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Nous appuyons notre r\u00e9flexion sur l\u2019article \u00ab\u00a0Le conflit des codes dans l\u2019institution litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb puisque Belleau y montre les tensions entre critique et cr\u00e9ation litt\u00e9raire, mais l\u2019id\u00e9e de conflit de codes est aussi d\u00e9velopp\u00e9e dans de nombreuses autres \u00e9tudes o\u00f9 la notion est \u00e9tudi\u00e9e au sein m\u00eame des \u0153uvres fictives. (Andr\u00e9 Belleau, \u00ab\u00a0Le conflit des codes dans l\u2019institution litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0\u00bb, <em>Libert\u00e9,<\/em> vol.\u00a023, n<sup>o<\/sup>\u00a02, mars\u2013avril 1981, p.\u00a015\u201320.)<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> \u00c0 noter cependant que les signataires du <em>Refus global<\/em> ne font pas partie des collaborateur.trice.s d\u2019<em>Am\u00e9rique <\/em>fran\u00e7aise; aucun.e d\u2019entre elles et eux ont publi\u00e9 de texte dans la revue. <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Arthur Buies est significative\u00a0: ce dernier occupe lui-m\u00eame un statut assez particulier dans le champ litt\u00e9raire de son \u00e9poque. Son \u0153uvre atypique, anticl\u00e9ricale et satirique le place comme un \u00e9crivain atypique et marginal dans le champ litt\u00e9raire de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. L\u2019analogie entre la fantaisie de Maillet et celle de Buies est parlante au sens o\u00f9 leurs postures respectives dans le champ litt\u00e9raire peuvent \u00eatre elles aussi compar\u00e9es, puis rapproch\u00e9es par la singularit\u00e9 de leurs \u00e9crits. <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> Andr\u00e9e Maillet, [journal intime\u00a01933-1950], 1933-1950, BAnQ, Centre d\u2019archives de Montr\u00e9al, Fonds Andr\u00e9e Maillet (P798, S3, 001).<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div> Rappelons que Gilles Marcotte avait comment\u00e9 l\u2019\u0153uvre de mani\u00e8re plut\u00f4t mitig\u00e9e \u00e0 sa parution initiale.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>D\u00e8s 1987, une campagne de r\u00e9\u00e9dition de l\u2019\u0153uvre de Maillet est entam\u00e9e \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition L\u2019Hexagone (<em>Les Montr\u00e9alais <\/em>en 1987\u2009; <em>Les Remparts de Qu\u00e9bec <\/em>en 1989\u2009; <em>Le Profil de l\u2019orignal <\/em>en 1990\u2009; <em>Lettres au surhomme vol. I-II <\/em>en 1990\u2009; <em>Le doux mal <\/em>en 1991).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Anamn\u00e8se: oubli et oubli\u00e9.e.s en litt\u00e9rature \u00bb, no. 37 En janvier 1953 para\u00eet un roman vif et original qui fait grand cas dans les journaux de l\u2019\u00e9poque\u00a0: Profil de l\u2019orignal d\u2019Andr\u00e9e Maillet. L\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9crivaine dans le paysage litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois fait couler beaucoup d\u2019encre; le roman fait l\u2019objet de plus d\u2019une dizaine de critiques et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1357,1134,1359],"tags":[65],"class_list":["post-5759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anamnese-oubli-et-oubliees-en-litterature","category-article","category-les-oubliees","tag-caron-veilleux-victor"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5759"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5759\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8303,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5759\/revisions\/8303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}