{"id":5760,"date":"2024-06-13T19:48:39","date_gmt":"2024-06-13T19:48:39","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/reception-de-victor-segalen-de-loubli-a-lexhumation\/"},"modified":"2024-08-15T18:02:55","modified_gmt":"2024-08-15T18:02:55","slug":"reception-de-victor-segalen-de-loubli-a-lexhumation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5760","title":{"rendered":"R\u00e9ception de Victor Segalen : de l\u2019oubli \u00e0 l\u2019exhumation"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6909\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6909\">Dossier\u00a0\u00ab Anamn\u00e8se : oubli et oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s en litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, no 37<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>En restant en dehors de la vie litt\u00e9raire officielle par n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9dicale et par go\u00fbt personnel, Segalen avait choisi de rester dans l\u2019ombre pour mieux servir les valeurs esth\u00e9tiques qu\u2019il devait bient\u00f4t mettre au rang des plus hautes<a id=\"footnoteref1_flkclzj\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Henri Bouillier,\u00a0Victor Segalen. Paris, Mercure de France, 1986, p. 12.\" href=\"#footnote1_flkclzj\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Henri Bouillier,\u00a0<em>Victor Segalen<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le th\u00e8me propos\u00e9 par ce num\u00e9ro de la revue\u00a0<em>Postures\u00a0<\/em>permet de s\u2019int\u00e9resser plus particuli\u00e8rement \u00e0 la r\u00e9ception des \u0153uvres litt\u00e9raires oubli\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019une perspective critique souvent ignor\u00e9e, ou moins trait\u00e9e par les travaux de r\u00e9ception qui se concentrent sur l\u2019examination des diff\u00e9rentes lectures d\u2019un livre au fil des ann\u00e9es. Or, c\u2019est la reconnaissance d\u2019une \u0153uvre ou, \u00e0 l\u2019inverse, son oubli, c\u2019est-\u00e0-dire son \u00e9loignement de la cons\u00e9cration publique et institutionnelle, qui permettent de mieux saisir la r\u00e9ception d\u2019une production dans sa complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi il semble int\u00e9ressant d\u2019analyser comment la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre de Segalen s\u2019est transform\u00e9e au fil des ann\u00e9es. L\u2019examen de la r\u00e9ception de l\u2019auteur \u00e0 partir de la notion de l\u2019oubli permet d\u2019identifier deux phases: la premi\u00e8re concerne la r\u00e9ception imm\u00e9diate de l\u2019auteur, caract\u00e9ris\u00e9e par un relatif silence; la deuxi\u00e8me, se situant au cours de sa r\u00e9ception relativement tardive, annonce la cons\u00e9cration d\u2019une \u0153uvre dont l\u2019apport litt\u00e9raire et id\u00e9ologique est important parce qu\u2019elle illustre une nouvelle conception de l\u2019exotisme et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Elle consiste \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019Autre selon une posture qui fait l\u2019\u00e9loge de la diff\u00e9rence.\u00a0<\/p>\n<h2>I \u2014 Chronique d\u2019un relatif silence<\/h2>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Segalen a fait l\u2019objet d\u2019une occultation au moment de sa production. Elle n\u2019\u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9e que par de rares personnalit\u00e9s intellectuelles avec lesquelles l\u2019auteur entretenait des relations d\u2019amiti\u00e9. Les trois livres qu\u2019il a publi\u00e9s de son vivant,\u00a0<em>Les<\/em>\u00a0<em>i<\/em><em>mm\u00e9moriaux<\/em>,\u00a0<em>St\u00e8les\u00a0<\/em>et\u00a0<em>Peintures<\/em>, se sont content\u00e9s de quelques propos<a id=\"footnoteref2_i0pzttn\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Gr\u00e2ce \u00e0 quelques lecteurs de go\u00fbt, l\u2019\u0153uvre a pu sortir de l\u2019obscurit\u00e9. On \u00e9voque ici Claude Farr\u00e8re, Remy de Gourmont et Jules de Gaultier qui ont ouvert leur intimit\u00e9 litt\u00e9raire \u00e0 Segalen. En contrepartie, ce dernier n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 leur envoyer ses \u0153uvres pour lecture. Comme premier acte de r\u00e9ception, leurs remarques et encouragements \u00e9taient pour lui une source d\u2019inspiration. En 1944, Jean Loize organise une exposition sur l\u2019auteur, c\u00e9l\u00e9brant son vingt-cinqui\u00e8me anniversaire. Peu de temps apr\u00e8s, la revue\u00a0Les Cahiers du Sud\u00a0consacre, en hommage au po\u00e8te, tout un num\u00e9ro intitul\u00e9 \u00ab\u00a0D\u00e9part avec Victor Segalen\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote2_i0pzttn\">[2]<\/a>, certes \u00e9logieux, mais insuffisants pour que l\u2019\u00e9crivain puisse \u00eatre connu et reconnu.\u00a0<em>Les imm\u00e9moriaux<\/em>, publi\u00e9 en 1907 au Mercure de France, raconte l\u2019histoire du d\u00e9clin de la civilisation d\u2019un peuple oublieux de sa culture et de son savoir. Ce drame se joue \u00e0 l\u2019aube de l\u2019arriv\u00e9e des missionnaires europ\u00e9ens. Pr\u00e9sent\u00e9 sous une forme romanc\u00e9e, le texte int\u00e8gre des \u00e9l\u00e9ments ethnographiques. \u00c0 travers ce monde en pleine d\u00e9sagr\u00e9gation, Segalen d\u00e9nonce les effets d\u00e9vastateurs du colonialisme, ennemi de ce qu\u2019il appelle\u00a0le \u00ab\u00a0Divers\u00a0\u00bb.\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>, consacr\u00e9\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre par la critique, est n\u00e9 de son voyage en Chine. Publi\u00e9 en 1912, ce recueil de po\u00e8mes lapidaires pr\u00e9sente les monuments de l\u2019Empire du Milieu sous un nouveau jour. L\u2019\u0153uvre est divis\u00e9e en parties dont chacune correspond \u00e0 un certain type de st\u00e8le chinoise et aborde une th\u00e9matique diff\u00e9rente. Quant \u00e0\u00a0<em>Peintures<\/em>, il s\u2019agit d\u2019un recueil de po\u00e8mes en prose publi\u00e9 en 1916 chez l\u2019\u00e9diteur Cr\u00e8s. Loin d\u2019\u00eatre un r\u00e9cit \u00e0 l\u2019image des\u00a0<em>Imm\u00e9moriaux<\/em>, ni des po\u00e8mes \u00e0 proprement parler tels que ceux de\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>,\u00a0<em>Peintures<\/em>\u00a0invente des peintures chinoises dans une \u00e9criture mouvante qui remonte aux premiers \u00e2ges.<\/p>\n<p>Bien des raisons peuvent expliquer ce d\u00e9ficit de reconnaissance\u00a0: d\u2019abord, le contexte historique et politique caract\u00e9ris\u00e9 par le colonialisme; ensuite, le caract\u00e8re novateur des textes de Segalen sur le plan aussi bien po\u00e9tique qu\u2019id\u00e9ologique; enfin, la conspiration de certains \u00e9crivains qui ont choisi de garder le silence sur ses \u00e9crits.<\/p>\n<h3>1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Consid\u00e9rations historiques et litt\u00e9raires<\/h3>\n<p>Le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat accord\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Segalen ne peut pas s\u2019expliquer seulement par sa profession de m\u00e9decin qui a port\u00e9, dans une certaine mesure, atteinte \u00e0 sa vocation d\u2019\u00e9crivain et brouilla son image. Ayant voyag\u00e9 pour des raisons professionnelles, le public n\u2019attendait de lui que des r\u00e9cits pittoresques sans qualit\u00e9\u00a0esth\u00e9tique aucune. Certes, sa profession de m\u00e9decin laissait planer des doutes sur le s\u00e9rieux de ses \u00e9crits, mais il faut dire que le po\u00e8te t\u00e9moignait de certains penchants litt\u00e9raires depuis son jeune \u00e2ge. De ce point de vue, le contexte historique et politique met davantage en lumi\u00e8re le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son \u0153uvre. En effet, le d\u00e9but du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle est marqu\u00e9 au sceau de l\u2019id\u00e9ologie coloniale. Dans ce contexte o\u00f9 la majeure partie de\u00a0la litt\u00e9rature fran\u00e7aise se veut le vecteur de cette politique, les \u00e9crits de Segalen font exception. En effet, leur ouverture sur d\u2019autres cultures que les cultures europ\u00e9ennes est sans doute une des causes de cette rencontre diff\u00e9r\u00e9e avec le lectorat. En ce sens, Laurence Cachot \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le contexte litt\u00e9raire de l\u2019\u00e9poque de V. Segalen (1878-1919) explique, sans aucun doute, le manque d\u2019enthousiasme de ses contemporains pour cet auteur qui exalte la diversit\u00e9 du monde. Sa sensibilit\u00e9 qui le fait s\u2019\u00e9merveiller devant la Diff\u00e9rence, est en profonde discordance avec l\u2019id\u00e9ologie ambiante. En effet, de 1880, jusqu\u2019aux ind\u00e9pendances, la colonisation europ\u00e9enne est \u00e0\u00a0son apog\u00e9e. Une grande partie de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise est alors impr\u00e9gn\u00e9e du complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 lors de cette p\u00e9riode brillante de l\u2019imp\u00e9rialisme. (1999, 7)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On comprend bien que Segalen refusait de soumettre son \u0153uvre aux carcans du complexe europ\u00e9en de sup\u00e9riorit\u00e9. Pour cette raison, il critique, dans son\u00a0<em>Essai sur l\u2019exotisme,<\/em>\u00a0les \u00e9crivains qu\u2019il appelle les touristes, les pseudo-exotes et prox\u00e9n\u00e8tes de la sensation<a id=\"footnoteref3_7jn7lko\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Il fait allusion \u00e0 Claude Farr\u00e8re, mais surtout \u00e0 Pierre Loti dont les \u00e9crits traduisent de simples impressions fugitives. Ces \u00e9crivains soumettent, selon Segalen, les \u00eatres et les objets aux imp\u00e9ratifs de leur subjectivit\u00e9 et \u00e0 leur syst\u00e8me de valeurs.\" href=\"#footnote3_7jn7lko\">[3]<\/a>,\u2009 ceux dont il juge le regard superficiel, voire r\u00e9ducteur. Or, l\u2019exotisme, dans la perspective de Segalen, est fond\u00e9 sur toute autre chose. Il n\u2019est pas un simple go\u00fbt pour les us et coutumes des peuples lointains. Il n\u2019est pas une fa\u00e7on de consid\u00e9rer les autres civilisations \u00e0 l\u2019aune de la civilisation occidentale. Il n\u2019est pas non plus une adaptation ou une compr\u00e9hension parfaite d\u2019une autre culture. Pour lui, l\u2019exotisme est fond\u00e9 sur le principe de l\u2019incompr\u00e9hensibilit\u00e9 \u00e9ternelle de l\u2019Autre. C\u2019est de cette impossibilit\u00e9 de comprendre ce dernier que d\u00e9coule le plaisir de l\u2019exp\u00e9rience exotique. Ainsi, en reprenant \u00e0 son usage le terme \u00ab\u00a0exotisme\u00a0\u00bb, Segalen s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature coloniale de son \u00e9poque, ce qui lui a certainement valu des ann\u00e9es d\u2019oubli. Il ne retiendra l\u2019attention du public europ\u00e9en qu\u2019apr\u00e8s le d\u00e9mant\u00e8lement des empires coloniaux. Il s\u2019ensuivit un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les r\u00e9cits de voyage. En effet, un regard neuf est port\u00e9 sur la repr\u00e9sentation de l\u2019Autre dans ce genre d\u2019\u00e9crits. Les textes de Segalen, en particulier l\u2019<em>Essai sur l\u2019exotisme<\/em>, pr\u00e9sentent une base importante pour cette nouvelle r\u00e9flexion initi\u00e9e en grande partie par les \u00e9tudes postcoloniales.\u00a0<\/p>\n<p>Aux conditions historiques peu propices \u00e0\u00a0la r\u00e9ception de Segalen s\u2019ajoute une contrainte li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Elle a cr\u00e9\u00e9 une sorte d\u2019\u00e9cart esth\u00e9tique au sens o\u00f9\u00a0l\u2019entend Hans-Robert Jauss quand il note que les \u00ab\u00a0bestsellers\u00a0\u00bb\u00a0ont du succ\u00e8s parce qu\u2019ils r\u00e9pondent\u00a0\u00e0 un \u00ab\u00a0horizon d\u2019attente\u00a0\u00bb\u00a0fait d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues, de clich\u00e9s g\u00e9n\u00e9riques, lourds de tout un intertexte sans \u00e2ge et sans surprises. Le th\u00e9oricien cite le cas de\u00a0<em>Fanny<\/em>\u00a0de\u00a0Feydeau, paru en 1857, qui r\u00e9pond\u00a0\u00e0 tous ces crit\u00e8res (Yves Ansel, 98). Il en r\u00e9sulte treize\u00a0\u00e9ditions en un an. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, les \u0153uvres innovantes et d\u00e9routantes ont du mal \u00e0 trouver leur public en raison d\u2019une certaine\u00a0illisibilit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, Henri Bouillier n\u2019a-t-il pas avanc\u00e9 que les textes du po\u00e8te ont quelque chose d\u2019aristocratique et de moderne, et qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas, de ce fait, destin\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0attirer l\u2019admiration des foules\u00a0\u00bb\u00a0(Henri Bouillier\u00a01986, 9)? Ils sont en effet nourris de secrets et d\u2019allusions auxquels le lectorat de l\u2019\u00e9poque n\u2019est pas habitu\u00e9. De son c\u00f4t\u00e9, Segalen n\u2019a pas pu r\u00e9duire la distance entre le public et son \u0153uvre en raison de sa mort pr\u00e9matur\u00e9e. Pour cette raison, il a laiss\u00e9\u00a0un vide,\u00a0\u00ab\u00a0un atopos entre l\u2019\u00e9crivain et tout lecteur.\u00a0\u00bb\u00a0(Abdelk\u00e9bir Khatibi\u00a01987, 21)<\/p>\n<p>Tout bien consid\u00e9r\u00e9, il semble que ce soit en raison de son refus constant d\u2019une quelconque ob\u00e9dience politique ou litt\u00e9raire que Segalen s\u2019est p\u00e9nalis\u00e9 par rapport aux canaux officiels de cons\u00e9cration de son \u00e9poque. Il affirm\u00e9, sur un ton ferme, qu\u2019il ne se r\u00e9clamait d\u2019aucune filiation litt\u00e9raire\u00a0: \u00ab\u00a0Pas d\u2019\u00e9coles, pas de principes, pas de normes, mais l\u2019\u00e9veil par tous les moyens possibles\u00a0\u00bb\u00a0(cit\u00e9 dans Henri Bouillier\u00a01986, 35). Tout comme dans le champ du politique, l\u2019auteur voulait faire l\u2019exception dans celui de l\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire. Il s\u2019insurgeait contre les r\u00e8gles commun\u00e9ment accept\u00e9es pour forger sa r\u00e8gle\u00a0\u00e0 lui, plus propice \u00e0 ses partis pris id\u00e9ologiques,\u00a0\u00ab\u00a0plus vigoureuse peut-\u00eatre, convenable \u00e0 son objet et choisie.\u00a0\u00bb\u00a0(Gilbert de Voisin\u00a02019, 125)<\/p>\n<p>Un autre avis pointe du doigt la faiblesse esth\u00e9tique des ouvrages. Ainsi, Michel Le Bris identifie chez Segalen un refus du lectorat, voire une absence d\u2019\u0153uvre. Bien qu\u2019ils t\u00e9moignent d\u2019une certaine \u00e9rudition, ses premiers textes \u00e9taient n\u00e9anmoins encombr\u00e9s de maintes influences. Par exemple, ses nouvelles prennent la forme de simples essais dans la mesure o\u00f9\u00a0l\u2019auteur n\u2019arrive pas \u00e0 donner \u00e2me et corps \u00e0 ses personnages. Les po\u00e8mes ne d\u00e9rogent pas \u00e0 cette consid\u00e9ration puisqu\u2019ils prouvent un manque d\u2019imagination. En r\u00e9alit\u00e9, Segalen s\u2019est fortement inspir\u00e9 des st\u00e8les chinoises qui non seulement nourrissent le syst\u00e8me textuel, mais aussi le mode d\u2019organisation du livre en entier (Marc Gontard 1993). Tout compte fait, Segalen donne \u00e0 voir une incapacit\u00e9 \u00e0 nouer des intrigues, \u00e0 faire vivre des personnages et \u00e0 respecter les normes de l\u2019\u00e9criture romanesque\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La difficult\u00e9 manifeste de l\u2019auteur \u00e0 conduire un r\u00e9cit. Des \u0153uvres trop rares pour dessiner une trajectoire, sugg\u00e9rer un projet esth\u00e9tique clairement identifiable\u00a0: minimes \u00e9taient les chances de le voir reconnu, acclam\u00e9 de son vivant. (Michel Le Bris 1995, 8)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce que certains voient comme une faiblesse esth\u00e9tique, d\u2019autres le consid\u00e8rent comme le signe d\u2019une \u00e9criture originale qui a, paradoxalement, retard\u00e9 sa r\u00e9ception. Le silence qui a frapp\u00e9\u00a0son\u00a0\u0153uvre serait alors d\u00fb \u00e0 ce qu\u2019elle apporte en termes de nouveaut\u00e9s\u00a0esth\u00e9tique et th\u00e9matique. Dans\u00a0<em>Les<\/em>\u00a0<em>i<\/em><em>mm\u00e9moriaux<\/em>, Segalen pr\u00f4ne une nouvelle conception du voyage\u00a0: il donne \u00e0 lire une exp\u00e9rience exotique sous-tendue par une approche compr\u00e9hensive de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. De m\u00eame, la perspective narrative adopt\u00e9e et ses implications sur le plan de l\u2019\u00e9criture indiquent que le narrateur est d\u2019origine maorie. Il s\u2019agit, dans les faits, d\u2019un choix narratif absent des r\u00e9cits de voyage. En cela aussi, les \u00e9crits de l\u2019auteur semblent \u00eatre en avance sur leur temps. Pour cette raison, son \u00e9tonnante rigueur ne sera appr\u00e9ci\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s \u00ab\u00a0des temps d\u2019inflations lyrico-m\u00e9taphoriques\u00a0\u00bb\u00a0(Claude Courtot\u00a01984, 10). Gilles Manceron pr\u00e9cise\u00a0\u00e0 cet \u00e9gard\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>On est oblig\u00e9 d\u2019admettre que l\u2019\u0153uvre de Segalen est l\u2019une des rares \u00e0 avoir vu le jour \u00e0 un moment o\u00f9 le public susceptible de l\u2019appr\u00e9cier n\u2019existait pas encore et qu\u2019elle appartient, en r\u00e9alit\u00e9, davantage \u00e0 la litt\u00e9rature de la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle qu\u2019\u00e0 celle de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite. (1991, 13)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Une coalition du silence<\/h3>\n<p>Outre les consid\u00e9rations historiques et litt\u00e9raires, le mutisme bien volontaire d\u2019\u00e9crivains ayant connu Segalen a \u00e9galement d\u00e9termin\u00e9 le destin de ses \u00e9crits pour un moment. Il \u00e9tait victime d\u2019une forme un peu particuli\u00e8re de \u00ab\u00a0sournoise coalition du silence\u00a0\u00bb selon l\u2019expression de Val\u00e9rie Bucheli<a id=\"footnoteref4_6ip9ypb\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Docteure en lettres, Val\u00e9rie Bucheli a consacr\u00e9 sa th\u00e8se \u00e0 Victor Segalen. Elle a notamment analys\u00e9 le rapport entre les \u0153uvres litt\u00e9raires de l\u2019auteur et sa th\u00e9orie de l\u2019exotisme.\" href=\"#footnote4_6ip9ypb\">[4]<\/a>\u00a0(2020). Cette conspiration du silence s\u2019additionne \u00e0 la mort pr\u00e9coce de l\u2019auteur, laquelle l\u2019a emp\u00each\u00e9 d\u2019achever ses projets, laiss\u00e9s en chantier.<\/p>\n<p>Paul Claudel (1868-1955), po\u00e8te, dramaturge et essayiste fran\u00e7ais, n\u2019a entrepris aucune action pour rendre justice \u00e0 Segalen et, par cons\u00e9quent, respecter le devoir mutuel de fid\u00e9lit\u00e9<a id=\"footnoteref5_6qgb3qd\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0Cher Ma\u00eetre, ma libert\u00e9 de vous d\u00e9dier\u00a0St\u00e8lesserait inexcusable si je ne l\u2019avais depuis longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un devoir de fid\u00e9lit\u00e9 envers vous. J\u2019ai m\u00eame recul\u00e9 de jour en jour l\u2019aveu que je voulais vous en faire, et ceci, qui me justifie \u00e0 peine, vous parviendra m\u00eame apr\u00e8s l\u2019envoi. [\u2026] L\u2019\u00e9dition [originale] en est strictement limit\u00e9e.\u00a0\u00bb (Correspondance\u00a0II, 97)\" href=\"#footnote5_6qgb3qd\">[5]<\/a>. Malgr\u00e9 l\u2019admiration de Segalen envers lui, le Ma\u00eetre a choisi de maintenir une distance avec son admirateur plut\u00f4t que de se porter t\u00e9moin d\u2019une production litt\u00e9raire et po\u00e9tique qui allait sombrer dans l\u2019oubli<a id=\"footnoteref6_egnng5c\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Inutile de rappeler que Segalen voit en lui le plus grand po\u00e8te de son temps. Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 exprimer son admiration pour\u00a0La connaissance de l\u2019Est,\u00a0La ville\u00a0et\u00a0T\u00eate d\u2019or. Il lui a m\u00eame envoy\u00e9 un exemplaire du recueil\u00a0St\u00e8les.\" href=\"#footnote6_egnng5c\">[6]<\/a>. Une telle attitude s\u2019explique par l\u2019\u00e9chec de Claudel \u00e0 convertir le voyageur au christianisme, puisque leurs id\u00e9es sur cette religion \u00e9taient diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. Bien qu\u2019ils furent proches \u00e0 certains \u00e9gards, notamment par l\u2019h\u00e9ritage symboliste qu\u2019ils ont accueilli puis d\u00e9pass\u00e9, il y eut chez eux une pr\u00e9f\u00e9rence pour une \u00e9criture exotique, courte et lapidaire, qu\u2019on retrouve aussi bien dans\u00a0<em>La connaissance de l\u2019<\/em><em>Est<\/em>\u00a0que dans\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>. Mieux encore, ils \u00e9taient tous deux fascin\u00e9s par l\u2019Empire du Milieu. En somme, cette connivence se trouve \u00e9branl\u00e9e par un d\u00e9saccord relatif \u00e0\u00a0la religion. L\u2019adh\u00e9sion de Claudel au catholicisme irritait Segalen. Il y voyait un pros\u00e9lytisme obsessionnel\u00a0:<\/p>\n<p>Si Claudel a subi une forte impr\u00e9gnation de\u00a0<em>La<\/em>\u00a0<em>Somme Th\u00e9ologique<\/em>\u00a0de Saint Thomas d\u2019Aquin, fond\u00e9e sur les notions d\u2019\u00e9ternit\u00e9, d\u2019immuabilit\u00e9 et de perfection de l\u2019essence et de la volont\u00e9 divines, Segalen, lui, est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d\u2019un sentiment tr\u00e8s h\u00e9raclit\u00e9en de l\u2019universelle mouvance, du th\u00e9\u00e2tre toujours renouvel\u00e9 qu\u2019est le monde. (Marie-Josette Le Han 2001, 58)<\/p>\n<p>Plus tardivement, l\u2019indiff\u00e9rence de Claudel s\u2019est poursuivie. En 1937, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une conf\u00e9rence sur \u00ab\u00a0La po\u00e9sie fran\u00e7aise et l\u2019Extr\u00eame-Orient\u00a0\u00bb, dont le sujet ne pouvait que rappeler l\u2019importance, voire l\u2019urgence d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019exp\u00e9rience chinoise de Segalen, Claudel n\u2019a fait aucune allusion \u00e0\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>, \u0153uvre qu\u2019il a pourtant lue. Il \u00ab\u00a0r\u00e9ussit le tour de force de ne pas citer\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>\u00a0et de ne nommer Segalen qu\u2019incidemment.\u00a0\u00bb\u00a0(Gilles Manceron\u00a01991, 481)<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019indiff\u00e9rence de Paul Claudel s\u2019ajoute le d\u00e9dain affich\u00e9\u00a0de Saint-John Perse (1887-1975)<a id=\"footnoteref7_1nqxy5s\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Prix Nobel de litt\u00e9rature en 1960, Perse est un \u00e9crivain et diplomate fran\u00e7ais.\" href=\"#footnote7_1nqxy5s\">[7]<\/a>. En raison de son hostilit\u00e9 qui ne s\u2019est jamais d\u00e9mentie, il a refus\u00e9 de citer le nom de Segalen, son soi-disant adversaire dans le monde de la po\u00e9sie. Bien que Paul Claudel les ait pr\u00e9sent\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u00e0 Bordeaux, Perse a compl\u00e9tement ni\u00e9 cette rencontre. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, aucun n\u2019a avanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e que Saint-John Perse, par une telle attitude, voulait dissimuler toute forme d\u2019inspiration. \u00c0 cet \u00e9gard, Perse a veill\u00e9 \u00e0 ce que personne ne soup\u00e7onne l\u2019influence de\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>\u00a0sur\u00a0<em>Anabase<\/em>\u00a0afin de ne pas compromettre sa candidature au prix Nobel de litt\u00e9rature. Tout rapprochement entre les deux \u0153uvres ne devait donc pas avoir lieu. C\u2019est pourquoi il a laiss\u00e9 entendre que sa lecture du recueil de Segalen \u00e9tait post\u00e9rieure \u00e0\u00a0la r\u00e9daction de son propre texte. N\u00e9anmoins, l\u2019expression \u00ab\u00a0gens de poussi\u00e8res\u00a0\u00bb dans\u00a0<em>Anabase<\/em>, fait remarquer Gilles Manceron, rappelle celle qu\u2019on trouve dans la pr\u00e9face de\u00a0<em>St\u00e8les,<\/em>\u00a0soit \u00ab\u00a0hommes de poussi\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Saint-John Perse maintient sa position hostile vis-\u00e0-vis de l\u2019\u0153uvre de Segalen. Dans sa lettre \u00e0 l\u2019\u00e9diteur Alain Bosquet, le po\u00e8te sugg\u00e8re \u00e0 son destinataire de supprimer toutes les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Segalen du chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Affinit\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0qui revient sur ses amiti\u00e9s intellectuelles<a id=\"footnoteref8_0e95no4\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0C\u2019est vous suivre, cependant, selon vous-m\u00eame que de vous conseiller la suppression de toute votre page de citations de V. Segalen, \u2013 lequel n\u2019intervient d\u2019ailleurs, hors du cadre ou de l\u2019encha\u00eenement de votre propre d\u00e9veloppement, que tr\u00e8s incidemment et tr\u00e8s \u00e9pisodiquement, dans un rapport des plus anachroniques.\u00a0\u00bb (Saint-John Perse 1972, 810-812)\" href=\"#footnote8_0e95no4\">[8]<\/a>. Si Perse a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9carter les citations de Segalen de la pr\u00e9sentation de ses\u00a0<em>\u0152uvres<\/em>\u00a0<em>compl\u00e8tes<\/em>, c\u2019est parce qu\u2019il ne voulait laisser aucune trace montrant un lien \u00e9troit entre les deux productions. Or, l\u2019influence de Segalen est av\u00e9r\u00e9e, notamment lorsque l\u2019on pense \u00e0 l\u2019un des po\u00e8mes de Perse,\u00a0\u00e0 savoir \u00ab\u00a0L\u2019animal\u00a0\u00bb, inspir\u00e9 par un tableau de Paul Gauguin. Dans ce po\u00e8me, il y a effectivement des termes qui font \u00e9cho\u00a0\u00e0 un article de Segalen paru quelques ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes au Mercure de France<a id=\"footnoteref9_b558kb0\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0Gauguin dans son dernier d\u00e9cor\u00a0\u00bb (1904).\" href=\"#footnote9_b558kb0\">[9]<\/a>. Tout bien consid\u00e9r\u00e9, depuis les ann\u00e9es\u00a01980, l\u2019osculation par Saint-John Perse de ses rapports avec Segalen est devenue un fait, comme l\u2019a bien montr\u00e9 Mireille Sacotte. Pour s\u2019assurer des ressemblances entre les \u00e9crits de Segalen et les textes ult\u00e9rieurs de Saint-John Perse, Mireille Sacotte revient sur la r\u00e9action de ce dernier \u00e0 une question portant sur ce sujet\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>Saint-John Perse, visiblement agac\u00e9 par le sujet, a imm\u00e9diatement d\u00e9vi\u00e9 vers autre chose et ceci m\u2019a confirm\u00e9 dans l\u2019opinion que les deux hommes se connaissent et que Saint-John Perse voulait qu\u2019on \u00e9vite de chercher dans ce sens, ce qui prouve qu\u2019il y a quelque chose \u00e0 trouver. En tout cas, la rivalit\u00e9 est \u00e9vidente. (1988)<\/p>\n<h2>II \u2014 Le moment de la cons\u00e9cration<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit de ces conditions d\u00e9favorables et de cette conspiration du silence, l\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9\u00a0exhum\u00e9e et mise en valeur. \u00c0 cette renaissance ont particip\u00e9 des \u00e9crivain.es, des universitaires ainsi que des \u00e9diteur.rices. Au cours de la p\u00e9riode durant laquelle l\u2019\u0153uvre de Segalen s\u2019est heurt\u00e9e \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence, quelques r\u00e9actions ont toutefois ouvert la voie \u00e0 sa cons\u00e9cration ult\u00e9rieure. Les trois textes qu\u2019il a publi\u00e9s de son vivant ont trouv\u00e9 une place dans les lettres de ses correspondants.es et dans quelques \u00e9tudes auxquelles nous nous int\u00e9resserons dans le point suivant.<\/p>\n<h3>1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Premier.\u00e8res d\u00e9fricheur.ses de l\u2019\u0153uvre\u00a0<\/h3>\n<p>Claude Farr\u00e8re (1876-1957) a livr\u00e9 \u00e0 Segalen des remarques sur\u00a0<em>Les<\/em>\u00a0<em>i<\/em><em>mm\u00e9moriaux<\/em><a id=\"footnoteref10_drdiyqw\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Officier de Marine et \u00e9crivain fran\u00e7ais, prix Goncourt avec\u00a0Les civilis\u00e9s, Claude Farr\u00e8re fait partie des amis de Victor Segalen. Leur correspondance montre le r\u00f4le jou\u00e9 par Farr\u00e8re dans les d\u00e9buts litt\u00e9raires de Segalen.\" href=\"#footnote10_drdiyqw\">[10]<\/a>. Elles concernent en grande partie les personnages, l\u2019emploi inappropri\u00e9 de certaines expressions maories et l\u2019influence de\u00a0<em>Salammb\u00f4<\/em>\u00a0de Gustave Flaubert sur la fiction<a id=\"footnoteref11_5kzuzfh\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Farr\u00e8re cite notamment le mot \u00ab entrailles \u00bb dans la phrase \u00ab [I]l (maori) se r\u00e9jouit dans ses entrailles \u00bb. Segalen justifie un tel choix par des consid\u00e9rations culturelles en arguant que le Maori ne croit point penser avec son cerveau, mais avec son ventre.\" href=\"#footnote11_5kzuzfh\">[11]<\/a>. Par ailleurs, Remy de\u00a0Gourmont a beaucoup apport\u00e9 \u00e0 Segalen pendant ses d\u00e9buts litt\u00e9raires ainsi qu\u2019apr\u00e8s sa mort. S\u2019il est rest\u00e9 silencieux \u00e0 la parution des\u00a0<em>Imm\u00e9moriaux<\/em>, il n\u2019a cependant pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 exprimer son admiration pour Segalen \u00e0 la sortie de\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>. Il ne pouvait \u00eatre indiff\u00e9rent \u00e0 une \u0153uvre qui t\u00e9moigne d\u2019une belle plume et d\u2019une rigueur po\u00e9tique\u00a0: \u00ab\u00a0quel beau livre vous avez fait avec ces\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>! Rien que la litanie de ces po\u00e8mes est une merveille. On se sent en un autre monde. Quel livre que celui dont la table des mati\u00e8res ouvre de tels r\u00eaves\u00a0\u00bb\u00a0(<em>Correspondance\u00a0II<\/em>\u00a02004, 145).\u00a0<\/p>\n<p>Gilbert de\u00a0Voisins fait \u00e9galement partie des d\u00e9fenseur.ses de Segalen. Il lui a d\u00e9di\u00e9 son livre\u00a0<em>\u00c9crit de Chine<\/em>, en plus de lui avoir consacr\u00e9 quatre articles perp\u00e9tuant la m\u00e9moire d\u2019une longue amiti\u00e9. L\u2019article\u00a0\u00ab\u00a0Le souvenir de Victor Segalen\u00a0\u00bb\u00a0est celui qui expose en d\u00e9tail les contours d\u2019une amiti\u00e9 intellectuelle. Gilbert de\u00a0Voisins s\u2019est montr\u00e9 int\u00e9ress\u00e9 moins par l\u2019\u0153uvre que par l\u2019homme. Enfin, le philosophe Jules de Gaultier a d\u00e9fendu\u00a0<em>Les<\/em>\u00a0<em>i<\/em><em>mm\u00e9moriaux<\/em>\u00a0au moment de sa parution\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouvrage, dont la documentation a \u00e9t\u00e9 recueillie en partie \u00e0 Tahiti, au cours d\u2019un s\u00e9jour de plusieurs mois, m\u2019a paru compos\u00e9 avec le plus grand souci d\u2019exactitude du d\u00e9tail ethnographique.\u00a0\u00bb\u00a0(1908, 584) Cette reconnaissance s\u2019est trouv\u00e9e d\u2019autant plus mise en \u00e9vidence dans un article portant sur la th\u00e9orie de l\u2019exotisme, \u00ab\u00a0Victor Segalen et le sens du Divers\u00a0\u00bb. Jules de\u00a0Gaultier y\u00a0\u00e9tudie l\u2019\u00e9volution de l\u2019exotisme s\u00e9gal\u00e9nien\u00a0\u00e0 travers ses trois livres\u00a0:<em>Les imm\u00e9moriaux<\/em>,\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Peintures<\/em>,\u00a0ce qui a pour effet de mettre, pour la premi\u00e8re fois, les textes narratifs et po\u00e9tiques de l\u2019auteur \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de sa th\u00e9orie de l\u2019exotisme.<\/p>\n<p>Ces efforts, quoique timides, sont accompagn\u00e9s d\u2019initiatives \u00e9ditoriales. En effet, de nombreux in\u00e9dits ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s et d\u2019autres textes r\u00e9\u00e9dit\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0, notamment, la fille du po\u00e8te, Annie Joly-Segalen. Des maisons d\u2019\u00e9dition sp\u00e9cialis\u00e9es ont d\u2019abord pris le relais \u2015 Plon \u00ab\u00a0Terre humaine\u00a0\u00bb, Club du Meilleur Livre \u2015, ensuite il y a eu un glissement vers des maisons d\u2019\u00e9dition de grande valeur \u2015\u00a0Fata Morgana, Rougerie\u00a0\u2015; enfin, l\u2019\u0153uvre a atterrit chez Gallimard, Le Seuil, Robert Laffont et Honor\u00e9\u00a0Champion. Apr\u00e8s la sortie de ses\u00a0<em>\u0152uvres<\/em>\u00a0<em>compl\u00e8tes<\/em>\u00a0en 1995, Segalen entre en 2021 dans \u00ab\u00a0La Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, cons\u00e9cration qui conf\u00e8re l\u2019immortalit\u00e9 selon les propos de Jean d\u2019Ormesson\u00a0(cit\u00e9 dans Noel Cordonier 2017).<\/p>\n<h3>2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Cons\u00e9cration universitaire<\/h3>\n<p>Cette r\u00e9ception \u00e9ditoriale, qui a permis de rendre justice \u00e0 une \u0153uvre longtemps malmen\u00e9e, se double d\u2019une cons\u00e9cration universitaire. Henri Bouillier a soutenu en 1961 la premi\u00e8re th\u00e8se sur Segalen. Son \u00e9tude est fond\u00e9e sur les manuscrits que lui avait confi\u00e9s Annie Joly-Segalen. Le m\u00e9rite principal de cette r\u00e9flexion r\u00e9side dans le fait que Bouillier aborde l\u2019\u0153uvre dans sa totalit\u00e9. L\u2019analyse du corpus est jointe \u00e0 un examen fin de l\u2019auteur qu\u2019\u00e9tait Segalen. Jean-Louis B\u00e9douin remarque la pertinence d\u2019une telle th\u00e8se publi\u00e9e au Mercure de France\u00a0: \u00ab\u00a0Son livre\u00a0<em>Victor<\/em>\u00a0<em>Segalen<\/em>[\u2026] est et restera indispensable \u00e0 quiconque voudra conna\u00eetre en profondeur l\u2019\u0153uvre et la personne du po\u00e8te, l\u2019une et l\u2019autre \u00e9galement singuli\u00e8res, complexes, entour\u00e9es d\u2019un l\u00e9ger halo de myst\u00e8re.\u00a0\u00bb\u00a0(1963, 7) Se pr\u00e9sentant sous la forme d\u2019une biographie, le livre de Bouillier a inspir\u00e9 deux autres\u00a0ouvrages\u00a0: celui de Gilles Manceron (1991) et celui de Marie Doll\u00e9 (2008). Ces textes enrichissent et compl\u00e8tent celui de Bouillier et l\u2019\u0153uvre de Segalen.<\/p>\n<p>Le travail d\u2019Henri Bouillier a donc donn\u00e9 un nouvel \u00e9lan \u00e0\u00a0la r\u00e9ception de Segalen. Bien des lecteur.rices ont progressivement relay\u00e9 et presque \u00e9pous\u00e9 les analyses du chercheur qui a r\u00e9ussi \u00e0 n\u00e9gocier le premier acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Maintenant que cette derni\u00e8re est apprivois\u00e9e, elle donne naissance \u00e0 un nombre foisonnant d\u2019articles et de monographies qui s\u2019ajoutent aux rares articles du d\u00e9but\u00a0du si\u00e8cle. L\u2019ensemble des r\u00e9flexions s\u2019inscrit dans le cadre de deux lignes de lecture. Les critiques ayant choisi de travailler sur l\u2019\u0153uvre chinoise ont pr\u00e9sent\u00e9\u00a0un Segalen spiritualiste. Plut\u00f4t interpell\u00e9e par ses \u00e9crits polyn\u00e9siens, une autre communaut\u00e9 de lecteur.rices a pr\u00e9sent\u00e9 un Segalen anticolonialiste et sensible \u00e0\u00a0la d\u00e9sagr\u00e9gation de la culture maorie.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quemment, des ouvrages collectifs, des colloques, des th\u00e8ses et des articles de revues se font plus nombreux.ses. En 1978, \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de sa naissance, un premier colloque consacr\u00e9 enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019auteur est organis\u00e9 au Mus\u00e9e Guimet, suivi d\u2019un autre, en 1985, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Pau. Segalen entre ensuite \u00e0 l\u2019Herne. Centr\u00e9e sur la th\u00e9matique de la tension entre le r\u00e9el et l\u2019imaginaire, cette \u00e9dition pr\u00e9sente des textes in\u00e9dits et des \u00e9tudes approfondies. En 1987, la cr\u00e9ation de l\u2019Association Victor Segalen affirme l\u2019actualit\u00e9 et la renomm\u00e9e grandissante de l\u2019auteur. Pour aider la recherche sur l\u2019\u0153uvre de Segalen, l\u2019Association a lanc\u00e9 la premi\u00e8re version des\u00a0<em>Cahiers<\/em>\u00a0de l\u2019auteur. De son c\u00f4t\u00e9, la Biblioth\u00e8que nationale de France rend hommage au po\u00e8te en 1999. Un catalogue d\u2019exposition des photographies, des manuscrits et de nombreuses contributions d\u2019\u00e9crivain.es, de chercheur.ses et de sp\u00e9cialistes d\u2019histoire de l\u2019art est organis\u00e9 par Mauricette Berne.<\/p>\n<p>Actuellement, l\u2019\u0153uvre de Segalen continue \u00e0 alimenter les d\u00e9bats sur les questions relatives \u00e0 l\u2019interculturalit\u00e9, \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0et\u00a0\u00e0 l\u2019exotisme, notions \u00e0 l\u2019aune desquelles ses textes sont lus et interpr\u00e9t\u00e9s. Aussi, quoique nombreuses, les recherches acad\u00e9miques n\u2019arrivent pas \u00e0 s\u2019affranchir des deux cadres g\u00e9n\u00e9raux de r\u00e9ception qui coexistent depuis des d\u00e9cennies. On se rappelle que l\u2019\u0153uvre clive son lectorat qui balance entre deux p\u00f4les antith\u00e9tiques. D\u2019une part, une communaut\u00e9 de lecteur.rices qui consacre l\u2019image d\u2019un \u00e9crivain dot\u00e9 d\u2019une approche compr\u00e9hensive de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, d\u00e9tach\u00e9e des relents coloniaux, puisqu\u2019il n\u2019a jamais tent\u00e9 de r\u00e9duire les \u00eatres et les objets aux imp\u00e9ratifs de sa subjectivit\u00e9. D\u2019autre part, celle qui donne \u00e0 voir un Segalen colonialiste dont les fictions rappellent\u00a0<em>mutatis mutandis<\/em>\u00a0les r\u00e9cits de Pierre Loti. Bien qu\u2019il fut passionn\u00e9 des contr\u00e9es lointaines, Segalen se comportait en ethnocentriste, impr\u00e9gn\u00e9 par la sup\u00e9riorit\u00e9\u00a0de la culture occidentale.\u00a0\u00c0 cet \u00e9gard, Khatibi met l\u2019accent sur le d\u00e9phasage entre la th\u00e9orie de l\u2019exotisme et les textes po\u00e9tiques et litt\u00e9raires de l\u2019auteur\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>La loi de l\u2019exotisme, telle que l\u2019avait imagin\u00e9e et pens\u00e9e Segalen, est ici tr\u00e8s d\u00e9faillante, sinon inconsistante[.] [&#8230;] [L]a d\u00e9gradation du syst\u00e8me s\u00e9gal\u00e9nien s\u2019acc\u00e9l\u00e8re lorsqu\u2019il \u00e9crit sur les hommes de b\u00e2t qui l\u2019accompagnent. Il le fait avec un ton hautain, m\u00e9prisant, frapp\u00e9 d\u2019indignit\u00e9[.] [&#8230;] Dans ce sens, cet exote est un ethnocentriste, un aristocrate atavique et qui fait retour sur lui-m\u00eame dans le m\u00eame cercle des valeurs et des pr\u00e9jug\u00e9s, la m\u00eame tradition de la m\u00e9connaissance et de la d\u00e9n\u00e9gation. (1987, 50-52)<\/p>\n<p>En somme, l\u2019\u0153uvre de Segalen a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 occuper une position de marge pendant un demi-si\u00e8cle. Apr\u00e8s une travers\u00e9e du d\u00e9sert, elle a pris du galon pour faire l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes avanc\u00e9es.\u00a0Cependant, sa survie litt\u00e9raire demeure relative. Ce passage de l\u2019oubli \u00e0 l\u2019exhumation a-t-il vraiment permis \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Segalen de se faire une place sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire? Il s\u2019agit d\u2019une interrogation bien l\u00e9gitime si l\u2019on consid\u00e8re que l\u2019\u0153uvre ne figure pas aux programmes scolaires, alors que d\u2019autres th\u00e9oriciens qu\u2019il a inspir\u00e9s \u2014 Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Abdelk\u00e9bir Khatibi \u2014 y figurent. Peut-on parler, \u00e0 l\u2019instar de Val\u00e9rie Bucheli, d\u2019un \u00e9chec de la critique s\u00e9gal\u00e9nienne? (2020) Il y a l\u00e0 de quoi avancer que les d\u00e9fenseur.ses de Segalen ne sont pas arriv\u00e9.es \u00e0 prot\u00e9ger son \u0153uvre contre des lectures r\u00e9ductrices. \u00c9chec bien av\u00e9r\u00e9 quand on pense, par exemple, au m\u00e9susage dont la th\u00e9orie de l\u2019exotisme du voyageur a \u00e9t\u00e9 victime. \u00c0 l\u2019origine de cette sorte de manipulation se trouve la Fondation pour \u00ab\u00a0le dialogue des cultures fran\u00e7aise et chinoise<a id=\"footnoteref12_ma2le1g\" class=\"see-footnote\" title=\"La Fondation a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 2008 pour favoriser la compr\u00e9hension et l\u2019\u00e9change mutuel entre la France et la Chine. \u00c0 l\u2019objectif du renforcement des liens culturels entre les deux pays s\u2019est ajout\u00e9 ensuite un autre objectif\u00a0: le d\u00e9veloppement des relations \u00e9conomiques. Derri\u00e8re ce glissement se trouve le soutien d\u2019une institution,\u00a0Development Research Center, rattach\u00e9e au Conseil des affaires d\u2019\u00e9tat chinois.\" href=\"#footnote12_ma2le1g\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb, pour laquelle l\u2019auteur a donn\u00e9\u00a0son nom. Noel Cordonier, sp\u00e9cialiste de l\u2019\u0153uvre de Segalen, a bien mis en avant ce d\u00e9rapage: \u00ab\u00a0\u00c0 des fins de \u201crenforcement des relations culturelles\u2019\u2019, nous sont en fait servis sans distance le dogme et les vis\u00e9es du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique\u00a0: \u201cLes entreprises sont au c\u0153ur de ce projet\u201d[,] [\u2026] \u201cpriorit\u00e9 strat\u00e9gique\u201d[,] [\u2026] \u201cr\u00e9ussite\u201d, \u201cresponsabilit\u00e9 sociale, environnementale et culturelle\u201d. \u00d4, Segalen!\u00a0\u00bb\u00a0(2017, 88-89)<\/p>\n<p>Il semble, enfin, que les premiers signes de reconnaissance de l\u2019\u0153uvre se soient \u00e9puis\u00e9s en route. Cet \u00e9chec de la critique \u00e0 maintenir la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019auteur est similaire \u00e0 l\u2019\u00e9chec de Segalen \u00e0 se faire conna\u00eetre au d\u00e9but du si\u00e8cle. Tout compte fait, malgr\u00e9 les efforts consentis, Segalen se tient encore \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire comme le confirme Marie \u00c9tienne\u00a0: \u00ab\u00a0Un perdant? Si l\u2019on peut dire. Pas encore install\u00e9, et de mani\u00e8re irr\u00e9futable, au panth\u00e9on des grandes gloires qu\u2019on n\u2019ose plus toucher, sujet \u00e0\u00a0controverse, ignor\u00e9 des programmes scolaires\u2026 N\u2019est-ce pas tant mieux pour lui?\u00a0\u00bb\u00a0(2021).<\/p>\n<p>Semi-clandestin du monde litt\u00e9raire, non parce qu\u2019il \u00e9tait inconnu, mais parce qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9glig\u00e9, telle est la trajectoire de Segalen jusqu\u2019\u00e0\u00a01961, date\u00a0\u00e0 laquelle la th\u00e8se d\u2019Henri Bouillier a sonn\u00e9 le glas du mutisme universitaire sur le voyageur. Depuis, ses textes principaux sont \u00e9dit\u00e9s par sa fille, avec l\u2019aide de ses d\u00e9fenseur.ses.\u00a0\u00c0 des intervalles plus ou moins longs, d\u2019autres in\u00e9dits viennent les enrichir. En parall\u00e8le, les recherches consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019auteur se font de plus en plus nombreuses. Segalen acc\u00e8de certes \u00e0 une certaine notori\u00e9t\u00e9, mais il ne faut pas dissimuler que, dans les faits, il n\u2019est lu, aujourd\u2019hui, que par un\u00a0nombre limit\u00e9 de chercheur.ses membres de l\u2019Association Victor Segalen.<\/p>\n<h2>Bibliographie\u00a0<\/h2>\n<p>Ansel, Yves. 2010. \u00ab\u2009Pour une socio-politique de la r\u00e9ception\u2009\u00bb.\u00a0<em>Litt\u00e9rature<\/em>, no.\u00a0157\u00a0: 93-105.<\/p>\n<p>Bedouin, Jean-Louis. 1961.\u00a0<em>Victor<\/em>\u00a0<em>Segalen<\/em>. Paris\u00a0: Seghers, Paris.<\/p>\n<p>Bouillier, Henri. 1986.\u00a0<em>Victor<\/em>\u00a0<em>Segalen<\/em>. Paris\u00a0: Mercure de France.<\/p>\n<p>Bucheli, Val\u00e9rie. 2020. \u00ab\u2009Le cas Victor Segalen. \u00c0 propos de deux mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart successives\u2009\u00bb.\u00a0<em>COnTEXTES<\/em>, 12 juillet.\u00a0<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/9112\">http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/9112<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 28 janvier 2023).<\/p>\n<p>Cachot, Laurence.\u00a0<em>La femme et son image dans l\u2019\u0153uvre de Victor Segalen<\/em>. Paris\u00a0: Presse Universitaire Franc-Comtoises.<\/p>\n<p>Cordonier, Noel. 2017.\u00a0\u00ab\u2009Victor Segalen. La St\u00e8le\u2009\u00bb.\u00a0<em>M\u00e9dium<\/em>\u00a050, no.\u00a01\u00a0: 76-89.<\/p>\n<p>Courtot, Claude. 1984.\u00a0<em>Victor Segalen<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Henri Veyrier.<\/p>\n<p>Doll\u00e9, Marie. 2008.\u00a0<em>Victor<\/em>\u00a0<em>Segalen.<\/em>\u00a0<em>Le<\/em>\u00a0<em>voyageur<\/em>\u00a0<em>incertain<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9d. Aden. 2008.<\/p>\n<p>\u00c9tienne, Marie. 2021. \u00ab\u2009Segalen, le perdant magnifique\u2009\u00bb.\u00a0<em>En attendant Nadeau<\/em>,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/2021\/02\/10\/segalen-perdant-magnifique\/\">https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/2021\/02\/10\/segalen-perdant-magnifique\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 27 janvier 2023).<\/p>\n<p>Gaultier, (de) Jules. 1908.\u00a0\u00ab\u2009Le bovarysme de l\u2019histoire\u2009\u00bb.\u00a0<em>Mercure de France<\/em>\u00a072, no.\u00a0260\u00a0: 577-593.<\/p>\n<p>Gontard, Marc. 1993. \u00ab\u2009Le leurre comm\u00e9moratif des St\u00e8les de Victor Segalen\u2009\u00bb. Dans\u00a0<em>Tombeaux et monument<\/em>. Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes.\u00a0<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/pur\/33348\">http:\/\/books.openedition.org\/pur\/33348<\/a>\u00a0(Consult\u00e9\u00a0le 12 f\u00e9vrier 2023).<\/p>\n<p>Khatibi, Abdelk\u00e9bir. 1987.\u00a0<em>Figures de l\u2019\u00e9tranger dans la litt\u00e9rature fran<\/em><em>\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Deno\u00ebl.\u00a0<\/p>\n<p>Le Han, Marie-Josette. 2001. \u00ab\u2009Victor Segalen et Paul Claudel\u00a0: le probl\u00e8me religieux\u2009\u00bb.\u00a0<em>\u00c9crivains, peintres, musiciens\u00a0: Victor Segalen et ceux de son temps<\/em>.\u00a0<em>Cahiers Victor Segalen<\/em>\u00a0no.\u00a07\u00a0: 53-65.<\/p>\n<p>Manceron, Gilles. 1991.\u00a0<em>Segalen<\/em>. Paris\u00a0: JC Latt\u00e8s.<\/p>\n<p>Quella-Vill\u00e9ger, Alain. 2001. \u00ab\u2009Victor Segalen, Pierre Loti et Claude Farr\u00e8re\u2009\u00bb.\u00a0<em>\u00c9crivains, peintres, musiciens\u00a0: Victor Segalen et ceux de son temps.<\/em>\u00a0<em>Cahiers Victor Segalen<\/em>\u00a0no.\u00a07\u00a0: 19-33.<\/p>\n<p>Segalen, Victor. 1995.\u00a0<em>Voyage au pays du r\u00e9el. \u0152uvres litt\u00e9raires<\/em>. Paris\u00a0: Complexe,\u00a0\u00e9dition pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Michel Le bris.<\/p>\n<p>Segalen, Victor. 2004.\u00a0<em>Correspondance I<\/em>. Paris\u00a0: Fayard, \u00e9dition pr\u00e9sent\u00e9e par Henri Bouillier.\u00a0<\/p>\n<p>Voisins, (de) Gilbert. 2019. \u00ab\u2009Le souvenir de Victor Segalen\u2009\u00bb. Dans\u00a0<em>Segalen<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Herne\u00a0: 123-131.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_flkclzj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_flkclzj\">[1]<\/a> \u00a0Henri Bouillier,\u00a0<em>Victor Segalen<\/em>. Paris, Mercure de France, 1986, p. 12.<\/p>\n<p id=\"footnote2_i0pzttn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_i0pzttn\">[2]<\/a> \u00a0Gr\u00e2ce \u00e0 quelques lecteurs de go\u00fbt, l\u2019\u0153uvre a pu sortir de l\u2019obscurit\u00e9. On \u00e9voque ici Claude Farr\u00e8re, Remy de Gourmont et Jules de Gaultier qui ont ouvert leur intimit\u00e9 litt\u00e9raire \u00e0 Segalen. En contrepartie, ce dernier n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 leur envoyer ses \u0153uvres pour lecture. Comme premier acte de r\u00e9ception, leurs remarques et encouragements \u00e9taient pour lui une source d\u2019inspiration. En 1944, Jean Loize organise une exposition sur l\u2019auteur, c\u00e9l\u00e9brant son vingt-cinqui\u00e8me anniversaire. Peu de temps apr\u00e8s, la revue\u00a0<em>Les Cahiers du Sud<\/em>\u00a0consacre, en hommage au po\u00e8te, tout un num\u00e9ro intitul\u00e9 \u00ab\u00a0D\u00e9part avec Victor Segalen\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote3_7jn7lko\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_7jn7lko\">[3]<\/a> \u00a0Il fait allusion \u00e0 Claude Farr\u00e8re, mais surtout \u00e0 Pierre Loti dont les \u00e9crits traduisent de simples impressions fugitives. Ces \u00e9crivains soumettent, selon Segalen, les \u00eatres et les objets aux imp\u00e9ratifs de leur subjectivit\u00e9 et \u00e0 leur syst\u00e8me de valeurs.<\/p>\n<p id=\"footnote4_6ip9ypb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_6ip9ypb\">[4]<\/a> \u00a0Docteure en lettres, Val\u00e9rie Bucheli a consacr\u00e9 sa th\u00e8se \u00e0 Victor Segalen. Elle a notamment analys\u00e9 le rapport entre les \u0153uvres litt\u00e9raires de l\u2019auteur et sa th\u00e9orie de l\u2019exotisme.<\/p>\n<p id=\"footnote5_6qgb3qd\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_6qgb3qd\">[5]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0Cher Ma\u00eetre, ma libert\u00e9 de vous d\u00e9dier\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>serait inexcusable si je ne l\u2019avais depuis longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un devoir de fid\u00e9lit\u00e9 envers vous. J\u2019ai m\u00eame recul\u00e9 de jour en jour l\u2019aveu que je voulais vous en faire, et ceci, qui me justifie \u00e0 peine, vous parviendra m\u00eame apr\u00e8s l\u2019envoi. [\u2026] L\u2019\u00e9dition [originale] en est strictement limit\u00e9e.\u00a0\u00bb (<em>Correspondance<\/em>\u00a0II, 97)<\/p>\n<p id=\"footnote6_egnng5c\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_egnng5c\">[6]<\/a> \u00a0Inutile de rappeler que Segalen voit en lui le plus grand po\u00e8te de son temps. Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 exprimer son admiration pour\u00a0<em>La connaissance de l\u2019Est<\/em>,\u00a0<em>La ville<\/em>\u00a0et\u00a0<em>T\u00eate d\u2019or<\/em>. Il lui a m\u00eame envoy\u00e9 un exemplaire du recueil\u00a0<em>St\u00e8les<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote7_1nqxy5s\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_1nqxy5s\">[7]<\/a> \u00a0Prix Nobel de litt\u00e9rature en 1960, Perse est un \u00e9crivain et diplomate fran\u00e7ais.<\/p>\n<p id=\"footnote8_0e95no4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_0e95no4\">[8]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0C\u2019est vous suivre, cependant, selon vous-m\u00eame que de vous conseiller la suppression de toute votre page de citations de V. Segalen, \u2013 lequel n\u2019intervient d\u2019ailleurs, hors du cadre ou de l\u2019encha\u00eenement de votre propre d\u00e9veloppement, que tr\u00e8s incidemment et tr\u00e8s \u00e9pisodiquement, dans un rapport des plus anachroniques.\u00a0\u00bb (Saint-John Perse 1972, 810-812)<\/p>\n<p id=\"footnote9_b558kb0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_b558kb0\">[9]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0Gauguin dans son dernier d\u00e9cor\u00a0\u00bb (1904).<\/p>\n<p id=\"footnote10_drdiyqw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_drdiyqw\">[10]<\/a> \u00a0Officier de Marine et \u00e9crivain fran\u00e7ais, prix Goncourt avec\u00a0<em>Les civilis\u00e9s<\/em>, Claude Farr\u00e8re fait partie des amis de Victor Segalen. Leur correspondance montre le r\u00f4le jou\u00e9 par Farr\u00e8re dans les d\u00e9buts litt\u00e9raires de Segalen.<\/p>\n<p id=\"footnote11_5kzuzfh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_5kzuzfh\">[11]<\/a> \u00a0Farr\u00e8re cite notamment le mot \u00ab entrailles \u00bb dans la phrase \u00ab [I]l (maori) se r\u00e9jouit dans ses entrailles \u00bb. Segalen justifie un tel choix par des consid\u00e9rations culturelles en arguant que le Maori ne croit point penser avec son cerveau, mais avec son ventre.<\/p>\n<p id=\"footnote12_ma2le1g\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_ma2le1g\">[12]<\/a> La Fondation a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 2008 pour favoriser la compr\u00e9hension et l\u2019\u00e9change mutuel entre la France et la Chine. \u00c0 l\u2019objectif du renforcement des liens culturels entre les deux pays s\u2019est ajout\u00e9 ensuite un autre objectif\u00a0: le d\u00e9veloppement des relations \u00e9conomiques. Derri\u00e8re ce glissement se trouve le soutien d\u2019une institution,\u00a0<em>Development Research Center<\/em>, rattach\u00e9e au Conseil des affaires d\u2019\u00e9tat chinois.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Ouchari, Said. 2023.\u00a0\u00ab\u00a0R\u00e9ception de Victor Segalen : de l\u2019oubli \u00e0 l\u2019exhumation\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00ab Anamn\u00e8se : oubli et oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s en litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, no 37, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/ouchari-37&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ouchari_37.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ouchari_37.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3b30c5d3-da05-4a96-9c80-e210aead8677\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ouchari_37.pdf\">ouchari_37<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ouchari_37.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3b30c5d3-da05-4a96-9c80-e210aead8677\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00ab Anamn\u00e8se : oubli et oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s en litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, no 37 En restant en dehors de la vie litt\u00e9raire officielle par n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9dicale et par go\u00fbt personnel, Segalen avait choisi de rester dans l\u2019ombre pour mieux servir les valeurs esth\u00e9tiques qu\u2019il devait bient\u00f4t mettre au rang des plus hautes[1]. Henri Bouillier,\u00a0Victor Segalen Le th\u00e8me propos\u00e9 par [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1357,1134,1359],"tags":[286],"class_list":["post-5760","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anamnese-oubli-et-oubliees-en-litterature","category-article","category-les-oubliees","tag-ouchari-said"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5760","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5760"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5760\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8301,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5760\/revisions\/8301"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5760"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5760"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5760"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}