{"id":5764,"date":"2024-06-13T19:48:39","date_gmt":"2024-06-13T19:48:39","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/rimbaud-le-christ-ou-postures-darthur-rimbaud-lindividuation-alchimique-dun-mystique-chretien\/"},"modified":"2024-08-15T16:55:00","modified_gmt":"2024-08-15T16:55:00","slug":"rimbaud-le-christ-ou-postures-darthur-rimbaud-lindividuation-alchimique-dun-mystique-chretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5764","title":{"rendered":"Rimbaud le Christ, ou postures d&rsquo;Arthur Rimbaud: l&rsquo;individuation alchimique d&rsquo;un mystique chr\u00e9tien"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6910\">Dossier\u00a0\u00a0\u00ab De la cr\u00e9ation par le verbe \u00e0 la mort de Dieu : litt\u00e9rature et spiritualit\u00e9 \u00bb, no 39<\/a><\/h5>\n<p>En termes de produits d\u00e9riv\u00e9s, il n&rsquo;est pas impossible qu&rsquo;Arthur Rimbaud puisse rivaliser avec J\u00e9sus Christ. En termes proph\u00e9tiques, nous allons l&rsquo;explorer. Il ne nous semble pas innocent que la biographie la plus mythique de Rimbaud, par Pierre Michon, s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0Rimbaud le Fils\u00a0\u00bb. Nous pouvons y lire la notion sacr\u00e9e, \u00e9l\u00e9ment de la Sainte Trinit\u00e9, le P\u00e8re, le Fils et le Saint Esprit. L&rsquo;id\u00e9e de cet article est alors d&rsquo;observer les processus sous-tendant la vie et l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Arthur Rimbaud, lui permettant de s&rsquo;individuer en tant que figure mystique chr\u00e9tienne. Sans grande surprise, nous passerons par une petite phase alchimique, pour reprendre les mots du po\u00e8te, qui l&rsquo;associe au Verbe, celui-l\u00e0 m\u00eame qui s&rsquo;est fait chair.<\/p>\n<h2>Posture incarn\u00e9e<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! L&rsquo;\u00c9vangile a pass\u00e9\u00a0! L&rsquo;\u00c9vangile\u00a0! L&rsquo;\u00c9vangile. J&rsquo;attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inf\u00e9rieure de toute \u00e9ternit\u00e9.\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1886, 253). Comme le savent tou.s.tes ses biographes, Arthur Rimbaud le monstre sacr\u00e9 est \u00e9lev\u00e9 par une m\u00e8re \u00e0 la foi \u00e9touffante, Vitalie Rimbaud. \u00ab\u00a0Je me fais cyniquement entretenir\u00a0[\u2026]\u00a0Stabat Mater dolorosa, dum pendet filius.\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1871, 37)\u00a0<a id=\"footnoteref1_cm2cuh8\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0trad.\u00a0Ainsi se tenait la m\u00e8re, \u00e9plor\u00e9e, face \u00e0 son fils qui pendait.\" href=\"#footnote1_cm2cuh8\">[1]<\/a>. Celle qu&rsquo;il qualifie de \u00ab\u00a0Daromphe\u00a0\u00bb \u2013 fa\u00e7on de p\u00e9jorer un terme d\u00e9j\u00e0 p\u00e9joratif, \u00ab\u00a0daronne\u00a0\u00bb, pour \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb en argot fran\u00e7ais \u2013, ou de \u00a0\u00bbBouche d&rsquo;Ombre\u00a0\u00bb se trouve d\u00e9nigr\u00e9e de diff\u00e9rentes mani\u00e8res dans l&rsquo;\u0153uvre et les lettres du po\u00e8te. Entre autres dans \u00ab\u00a0Les po\u00e8tes de sept ans\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Et la m\u00e8re, fermant le livre du devoir \/ S&rsquo;en allait, satisfaite et fi\u00e8re, sans voir \/ Dans les yeux bleus et sous le front plein d&rsquo;\u00e9minences \/\u00a0\u00a0L&rsquo;\u00e2me de son fils livr\u00e9e aux r\u00e9pugnances\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1886, 124)<\/p>\n<p>La femme est d\u00e9crite \u00e0 chaque occurrence comme bigote, glaciale, stricte, bourr\u00e9e de principes d\u00e9suets et tr\u00e8s aigrie, notamment de l&rsquo;absence de son mari, officier de marine.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00a0\u00a0Les quatre enfants font toute sa fiert\u00e9 quand, impeccables, les filles devant, les gar\u00e7ons derri\u00e8re, elle fermant la marche, ils vont \u00e0 la messe le dimanche \u00e0 onze heures. La famille Rimbaud passe ; les Carolopolitains n\u2019aboient pas, mais rient sous cape devant ce tr\u00e8s s\u00e9rieux spectacle. (Steinmetz, 1991, 35)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au sens litt\u00e9ral, sa m\u00e8re le force \u00e0 faire semblant, \u00e0 jouer \u00e0 un jeu qui ne lui convient pas. La Passion des \u00e9tapes de la vie s\u2019impose alors \u00e0 Rimbaud, incarn\u00e9 par sa g\u00e9nitrice, amen\u00e9 \u00e0 vivre dans la chair alors qu&rsquo;il aspirait \u00e0 transcender cette-derni\u00e8re. Tandis que le p\u00e8re, absent, est romantis\u00e9 et sublim\u00e9, abstrait, la m\u00e8re est celle qui, en l&rsquo;engendrant dans un corps, raccroche le fils au r\u00e9el, au tangible. Nous verrons plus tard que les comportements d\u00e9bauch\u00e9s de Rimbaud, de la boisson \u00e0 l&rsquo;homosexualit\u00e9 condamn\u00e9e comme un p\u00e9ch\u00e9, pourraient \u00eatre une tentative d&rsquo;aller vers une foi plus pure, exempte de l&rsquo;approbation de sa m\u00e8re ainsi que de sa grille de lecture scl\u00e9ros\u00e9e du Bien et du Mal. Henri Guillemin, qui a d\u00e9cortiqu\u00e9 les correspondances de Rimbaud, dresse un inventaire assez saisissant des loyaut\u00e9s rimbaldiennes envers sa m\u00e8re\u00a0: lorsqu&rsquo;il est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Paris pour voyage sans titre de transport en septembre 1870, il signe une lettre \u00e0 son professeur Georges Izambard, lui demandant de \u00ab\u00a0\u00e9crire \u00e0 ma pauvre m\u00e8re pour la consoler\u00a0\u00bb. De m\u00eame, Rimbaud revient \u00e0 la maison d&rsquo;enfance de Roche \u00e0 plusieurs reprises, pour certains travaux agricoles, ainsi qu&rsquo;\u00e0 No\u00ebl 1872 et P\u00e2ques 1873, des dates particuli\u00e8rement symboliques, en tant que f\u00eates catholiques, pour une r\u00e9union de famille, alors que le po\u00e8te m\u00e9dit sur sa m\u00e8re et les traditions dans ses lettres \u00e0 ses amis et ses po\u00e8mes. Plus encore, Rimbaud conviera sa m\u00e8re deux fois lors de ses fugues, \u00e0 Londres en 1874, et Milan en 1875. Cette posture ambigu\u00eb d\u00e9note une forme de redevance envers sa m\u00e8re, une source qu&rsquo;il fuit mais \u00e0 laquelle il revient sans cesse, entre autres pour r\u00e9diger\u00a0<em>Une Saison en Enfer\u00a0<\/em>apr\u00e8s l&rsquo;incident de Bruxelles \u2013 lorsque Verlaine lui tira deux balles dans le poignet. La m\u00e8re de Rimbaud ne pouvait pas refuser de venir en aide \u00e0 son fils, charit\u00e9 chr\u00e9tienne oblige, et leur relation amour-haine s&rsquo;\u00e9tendra jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la vie de Rimbaud, lorsqu&rsquo;il \u00e9crit ses souffrances dans des lettres \u00e0 Vitalie depuis l&rsquo;Abyssinie. Si c\u2019est bien sa m\u00e8re qui lui a transmis sa culture religieuse, c\u2019est elle aussi qui emp\u00eacha son \u00e9panouissement mystique, lui offrant une vision dogmatique et tr\u00e8s cl\u00e9ricale, protocolaire, de la Foi. Pourrait-on imaginer une Marie dans une posture similaire \u00e0 celle de Vitalie, tentant d\u2019amener \u00e0 son fils une mani\u00e8re de croire qui n\u2019est pas assez grande pour lui\u00a0?<\/p>\n<h2>Posture asc\u00e9tique<\/h2>\n<p>Si l&rsquo;incarnation oblige les deux hommes \u00e0 passer par les contraintes de la chair, pour J\u00e9sus Christ comme Rimbaud \u2013 qui aspire \u00e0 une forme d&rsquo;\u00eatre spirituel po\u00e9tique \u2013, le martyre et l&rsquo;asc\u00e8se sont une forme de r\u00e9demption pour cette condition de mortels. Alors que J\u00e9sus Christ s&rsquo;adonne au je\u00fbne quarante jours durant dans le d\u00e9sert du Sina\u00ef (Matthieu 4, 1-10), Arthur Rimbaud cultive un app\u00e9tit d\u00e9vorant pour la marche, en plein hiver comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9, sans un sou en poche, sans s&rsquo;alimenter. \u00ab\u00a0Je d\u00e9jeune toujours d&rsquo;air\u00a0[\u2026]\u00a0Mangez les cailloux qu&rsquo;on brise, les vieilles pierres d&rsquo;\u00e9glises\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1886, 175), ou l&rsquo;alimentation reni\u00e9e avec gourmandise\u00a0: \u00ab\u00a0Le soir j&rsquo;ai soup\u00e9 en humant l&rsquo;odeur des soupiraux d&rsquo;o\u00f9 s&rsquo;exhalaient les fumets des viandes et des volailles r\u00f4ties des bonnes cuisines de Charleroi\u00a0\u00bb (1870, 25). Le \u00ab\u00a0Petit Poucet r\u00eaveur\u00a0\u00bb fait de l&rsquo;errance physiquement exigeante une discipline de vie, un \u00e9crin \u00e0 visions. \u00c0 l&rsquo;instar d&rsquo;un p\u00e8lerin, il \u00e9prouve son corps \u00ab\u00a0aux cailloux des chemins\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0par les soirs bleus d&rsquo;\u00e9t\u00e9, j&rsquo;irai dans les sentiers\u00a0\u00bb, quand \u00ab\u00a0on va sous les tilleuls verts de la promenade\u00a0\u00bb (1895, 113, 77,105), la fa\u00e7on dont est d\u00e9peinte la marche dans la po\u00e9sie de Rimbaud semble bien moins forcen\u00e9e et mystique qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9prouvait dans sa propre vie. Celui que la post\u00e9rit\u00e9 a surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;Homme aux semelles de vent\u00a0\u00bb a tout de m\u00eame ralli\u00e9 la Belgique depuis les Ardennes fran\u00e7aises, s&rsquo;est rendu plusieurs fois \u00e0 Douai, le long de la Meuse, \u00e0 Paris&#8230; Ses contemporains, dont Ernest Delahaye dans\u00a0<em>Mon ami Rimbaud<\/em>, parlent de varappes de forcen\u00e9. Loin de la fl\u00e2nerie, nous pouvons voir dans ces p\u00e8lerinages une forme d\u00e9vote de qu\u00eate d&rsquo;ivresse po\u00e9tique, comme le dit Tomas Espedal, de \u00ab\u00a0percussivit\u00e9 r\u00e9flexive \u00bb (2012, 127), chaque pas faisant sortir du po\u00e8te une forme d&rsquo;\u00e9manation lyrique, une mise en transe. Rimbaud critique \u00ab\u00a0les Assis\u00a0\u00bb dans son fameux po\u00e8me, dans une vision digne de l&rsquo;Enfer dantesque\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont greff\u00e9 dans des amours \u00e9pileptiques, leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs, De leur chaise : leurs pieds aux barreaux rachitiques \u00bb (Rimbaud, 1895, 115). Celui qui n&rsquo;est pas en marche est coinc\u00e9 dans un paganisme routinier bien loin de satisfaire les vell\u00e9it\u00e9s mystiques de notre po\u00e8te maudit. Rappelons que le p\u00e8lerinage d\u00e9pouille autant qu&rsquo;il enrichit en faisant tendre le.a marcheur.euse vers un but sacr\u00e9, habit\u00e9.e par \u00ab une parole int\u00e9rieure qui incite\u00a0\u00e0\u00a0se mobiliser pour changer de posture\u00a0\u00bb (Harouni et Lalibert\u00e9, 2021).\u00a0 Il enrichit spirituellement autant qu&rsquo;il appauvrit physiquement. Exactement le m\u00eame effet qu&rsquo;eut la po\u00e9sie sur Rimbaud. Une lecture du po\u00e8me\u00a0<em>G\u00e9nie,\u00a0<\/em>dans les\u00a0<em>Illuminations<\/em>, nous pr\u00e9sente un Christ en partance, \u2013 J\u00e9sus \u00e9tait \u00e9galement relativement nomade, marchant pour enseigner, accomplir des miracles&#8230; \u2013 un clerc errant, \u2013 une errance sur Terre d\u2019autant plus significative que les deux hommes partagent l\u2019id\u00e9e que \u00ab\u00a0La vraie vie est ailleurs\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1873), et, en les termes du Christ, \u00ab\u00a0Mon Royaume n\u2019est pas de ce monde\u00a0\u00bb \u2013 comme si ne faire qu&rsquo;un avec la Nature en constituait l&rsquo;aspect d\u00e9miurgique, dans une vision tr\u00e8s proche des philosophies orientales :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il est l&rsquo;amour, mesure parfaite et r\u00e9invent\u00e9e, raison merveilleuse et impr\u00e9vue, et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0[\u2026]\u00a0passion pour lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie&#8230; Et nous nous le rappelons et il voyage&#8230; Et si l&rsquo;Adoration s&rsquo;en va, sonne, sa promesse sonne\u00a0: arri\u00e8re ces superstitions, ces anciens corps, ces m\u00e9nages et ces \u00e2ges. C&rsquo;est cette \u00e9poque-ci qui a sombr\u00e9\u00a0! Il ne s&rsquo;en ira pas, il ne redescendra pas d&rsquo;un ciel, il n&rsquo;accomplira pas la r\u00e9demption\u00a0[\u2026]\u00a0car c&rsquo;est fait, lui \u00e9tant, et \u00e9tant aim\u00e9. (1886, 281)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Christ d\u00e9peint dans cette vision ne semble pas craindre les aller-retours, les bris de confiance de la part de l&rsquo;Homme et ceux dans la tradition. La fuite perp\u00e9tuelle emp\u00eache Rimbaud de plus prendre corps, et constitue ainsi un espoir de salut, une qu\u00eate de dissolution dans cet absolu qu&rsquo;il a tant recherch\u00e9. Il dit dans\u00a0<em>Ma Boh\u00eame\u00a0<\/em>que \u00ab\u00a0Mon auberge \u00e9tait \u00e0 la Grande-Ourse \u00bb (1895, 113), cherchant une forme d\u2019animisme, et donc se rapprocher de Dieu. Un simple feuilletage des\u00a0<em>Illuminations<\/em>\u00a0permet d&rsquo;ailleurs de constater \u00e0 quel point cette partie autoproclam\u00e9e proph\u00e9tique de l&rsquo;\u0153uvre de Rimbaud est un mouvement perp\u00e9tuel, une succession de fragments d\u00e9peignant une nature vibrante, des errances et autres visions.<\/p>\n<h2>Posture proph\u00e9tique<\/h2>\n<p>Rimbaud a toujours senti en lui cette Alt\u00e9rit\u00e9, cette pr\u00e9sence d&rsquo;un Autre plus grand que soi, ce qui en un sens le rapproche encore de J\u00e9sus-Christ, ayant lui aussi cette Alt\u00e9rit\u00e9 en lui, ce G\u00e9niteur sacr\u00e9 qui l&rsquo;habite et dont il est l&rsquo;incarnation sur Terre. D&rsquo;autant plus que, si Rimbaud se reconna\u00eet po\u00e8te, J\u00e9sus a bien d\u00fb se reconna\u00eetre messie, \u00e0 trente ans. Tous deux sentaient le Grand Autre en eux, le premier en tant qu&rsquo;\u00e9lan po\u00e9tique ardent, le second en tant qu&rsquo;entit\u00e9 paternelle mystique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je veux \u00eatre po\u00e8te, et je travaille \u00e0 me rendre voyant [&#8230;] il s&rsquo;agit d&rsquo;arriver \u00e0 l&rsquo;inconnu par le d\u00e9r\u00e8glement de tous les sens. Les souffrances sont \u00e9normes, mais il faut \u00eatre fort, \u00eatre n\u00e9 po\u00e8te, et je me suis reconnu po\u00e8te. Ce n&rsquo;est pas du tout ma faute. C&rsquo;est faux de dire\u00a0: Je pense. On devrait dire\u00a0: On me pense. [&#8230;] JE est un autre. (Rimbaud, 1871, 18)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre la Suite \u00c9vang\u00e9lique de Rimbaud, trio de po\u00e8mes o\u00f9 il d\u00e9peint des \u00e9v\u00e9nements bibliques avec une pointe d&rsquo;ironie \u2013 \u00ab\u00a0Vous \u00eates proph\u00e8te, vous savez ce que j&rsquo;ai fait \u00bb (1886, 190) \u2013, Rimbaud poss\u00e8de, au sein de son \u0153uvre, un fort intertexte biblique. Nous ne nous attarderons pas dessus \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;y distinguer ce qui rel\u00e8ve d&rsquo;une simple culture g\u00e9n\u00e9rale forte, impos\u00e9e par sa m\u00e8re et l&rsquo;\u00e9cole, d&rsquo;une r\u00e9elle volont\u00e9 de parler de foi catholique. \u00c0 noter tout de m\u00eame que les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la Bible dans l&rsquo;\u0153uvre de Rimbaud sont particuli\u00e8rement nombreuses. Marc Eigeldinger a notamment entrepris de lister les termes issus de la mythique jud\u00e9o-chr\u00e9tienne dans les\u00a0<em>Illuminations,\u00a0<\/em>et l&rsquo;on se retrouve avec une liste \u00e9patante \u2013 D\u00e9luge, d\u00e9mons, Samarie, Antoine, satanique, Damas, Dieu&#8230; (1984), et Toren Orly d\u00e9montre que l&rsquo;hypotexte biblique se retrouve dans l&rsquo;\u0153uvre de Rimbaud sous forme d&rsquo;interpr\u00e9tations multiples (2012). Comme le dit bien Giranzani dans sa th\u00e8se, il faut absolument \u00e9viter l&rsquo;\u00e9cueil de \u00ab\u00a0m\u00ealer la question de l\u2019hypotexte biblique avec celle de la religiosit\u00e9 de l\u2019auteur, au d\u00e9triment d\u2019une analyse textuelle objective\u00a0\u00bb.\u00a0\u00a0Nous allons donc plut\u00f4t nous int\u00e9resser \u00e0 la notion de sacralit\u00e9 dans les \u00e9crits de Rimbaud, en ce qu&rsquo;ils le rapprochent de la condition de mystique.<\/p>\n<p>Tout au long des\u00a0<em>Illuminations<\/em>, la Nature se fait corps, dans un animisme \u00e9vident\u00a0: \u00ab\u00a0[j]&rsquo;ai embrass\u00e9 l&rsquo;aube d&rsquo;\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[d]es pr\u00e9s de flammes bondissent jusqu&rsquo;au sommet du mamelon\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[l]&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 physique am\u00e8rement rassise [&#8230;] que le monde \u00e9tait plein de fleurs cet \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[b]l\u00eames figures lunaires, feuilles, seins \u00bb (1886, 264, 263, 273, 258). Le sacr\u00e9 est partout, dans la Nature d\u00e9ifi\u00e9e et le corps, dans l&rsquo;Esprit. La s\u0153ur de Rimbaud parle en ces termes des\u00a0<em>Illuminations<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au point de vue de la doctrine catholique, bien qu&rsquo;elles rec\u00e8lent (&#8230;) d&rsquo;une perfection d&rsquo;art inou\u00efe, une pl\u00e9nitude d&rsquo;expression nulle part atteinte, les Illuminations sont encore moins inqui\u00e9tantes qu&rsquo;Une Saison en Enfer\u00a0\u00bb\u00a0<em>(sic, elle parle en termes de Salut chr\u00e9tien selon ce qui est \u00a0\u00bbp\u00e9ch\u00e9 et ce qui ne l&rsquo;est pas\u00a0\u00bb)\u00a0<\/em>\u00a0\u00bbLe caract\u00e8re mystique des Illuminations est ind\u00e9niable. Elles sont le troph\u00e9e rapport\u00e9 d&rsquo;une conqu\u00eate dans l&rsquo;au-del\u00e0. Elles poss\u00e8dent trop marqu\u00e9 le sceau de l&rsquo;infini, pour qu&rsquo;un doute subsiste sur leur origine. (Rimbaud Isabelle, 2009, 102)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que cet au-del\u00e0 consiste en des paradis artificiels, des pulsions chr\u00e9tiennes, l&rsquo;asc\u00e8se pouss\u00e9e de la marche ou encore l&rsquo;ivresse pure d&rsquo;\u00eatre en vie, soyons attentifs au sens qui voudrait que les\u00a0<em>Illuminations<\/em>\u00a0soient le fruit d&rsquo;une qu\u00eate mystique. Qu\u00eate dans laquelle \u00ab\u00a0Ils ont appris que la v\u00e9rit\u00e9 pure est tellement invraisemblable que la plupart des gens la m\u00e9langent instinctivement avec un peu de mensonge\u00a0\u00bb. Comme le dit Rimbaud\u00a0: \u00ab\u00a0Un soir, j&rsquo;ai assis la Beaut\u00e9 sur mes genoux \/ Et je l&rsquo;ai trouv\u00e9e am\u00e8re \u00bb (Rimbaud, 1895, 152). Pourrions-nous ici voir \u00e9galement qu&rsquo;il l&rsquo;a trouv\u00e9e \u00ab\u00a0a-m\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0? La r\u00e9elle beaut\u00e9 serait ainsi loin des consid\u00e9rations terrestres auxquelles sa m\u00e8re, en l&rsquo;engendrant, l&rsquo;a soumis\u00a0?<\/p>\n<p>Giranzani \u00e9voque quant \u00e0 elle une \u00ab\u00a0Apocalypse rimbaldienne\u00a0\u00bb dans\u00a0<em>Une Saison en Enfer.\u00a0<\/em>Il aurait donc effectu\u00e9 cet aller-retour, cette fuite transcendante, pour y go\u00fbter aux quintessences trop aigres pour qui est simple humain. On pourrait tisser un lien entre les \u00c9vangiles et les\u00a0<em>Illuminations<\/em>, ainsi qu&rsquo;entre l&rsquo;Apocalypse et\u00a0<em>Une Saison en Enfer.\u00a0<\/em>Les premiers \u00e9tant \u00e9clats de b\u00e9atitude, constats d&rsquo;une pr\u00e9sence sup\u00e9rieure, et les seconds plus sombres, plus ax\u00e9s vers la finitude, bien que tout aussi teint\u00e9s d&rsquo;un espoir de salvation. Alors que Verlaine qualifie ce-dernier texte d&rsquo;\u00ab\u00a0autobiographie psychologique\u00a0\u00bb (Verlaine,\u00a0<em>Les hommes d\u2019aujourd\u2019hui,\u00a0<\/em>1972), Paul Claudel y voit \u00ab\u00a0Une profession de foi marqu\u00e9e par la qu\u00eate du salut\u00a0\u00bb, (Claudel,\u00a0<em>Une Saison en Enfer, commentaire,\u00a0<\/em>1938) qu\u00eate qui n&rsquo;intervenait pas encore dans les\u00a0<em>Illuminations,\u00a0<\/em>peut-\u00eatre moins conscientes de la finitude, plus \u00ab\u00a0jeunes\u00a0\u00bb dans leur vocation. On pourrait donc parler de la premi\u00e8re mystique comme vou\u00e9e \u00e0 constater, et de la seconde comme \u00e9tant plus pr\u00e9occup\u00e9e par l&rsquo;apr\u00e8s, le d\u00e9barras des artifices, la grande fin.<\/p>\n<p>La s\u0153ur de Rimbaud, Isabelle, aura cherch\u00e9 toute sa vie \u00e0 nettoyer l&rsquo;image posthume de son fr\u00e8re de tous ses p\u00e9ch\u00e9s, pour en faire une figure chr\u00e9tienne intouchable, un \u00ab\u00a0Saint Rimbaud\u00a0\u00bb, comme se plaisent \u00e0 le dire quelques auteur.ices, de Patti Smith \u00e0 Brigitte Fontaine. Sa lecture de la po\u00e9sie d&rsquo;Arthur est par cons\u00e9quent tr\u00e8s chr\u00e9tienne mais m\u00e9rite un coup d&rsquo;\u0153il. Isabelle va jusqu&rsquo;\u00e0 proposer une hypoth\u00e8se ambitieuse, mais probable, quoi qu&rsquo;impossible \u00e0 v\u00e9rifier\u00a0: Rimbaud aurait eu pour projet de \u00ab\u00a0r\u00e9aliser la communion des Bons et des M\u00e9chants\u00a0\u00bb au moyen de sa po\u00e9sie. Il aurait finalement abandonn\u00e9 cette lubie d&rsquo;envergure, mais laiss\u00e9 dans les\u00a0<em>Illuminations<\/em>\u00a0quelques bribes de son entreprise. \u00ab\u00a0Quelques po\u00e8mes,\u00a0<em>G\u00e9nie\u00a0<\/em>et\u00a0<em>Matin\u00e9e d&rsquo;ivresse,\u00a0<\/em>ainsi qu\u2019<em>\u00c9ternit\u00e9,\u00a0<\/em>permettent cette hypoth\u00e8se\u00a0\u00bb (Rimbaud Isabelle, 2009, 103). Isabelle cite \u00e9galement comme part du projet le fameux apocryphe\u00a0<em>La Chasse spirituelle,\u00a0<\/em>finalement impossible \u00e0 certifier en tant qu&rsquo;\u00e9crit par Rimbaud, malgr\u00e9 les dires de Verlaine le qualifiant de \u00ab\u00a0chef d&rsquo;\u0153uvre\u00a0\u00bb de son amant. Si nous nous arr\u00eatons sur\u00a0<em>Matin\u00e9e d&rsquo;Ivresse<\/em>, il semblerait qu&rsquo;Isabelle ait omis que le po\u00e8me relate une s\u00e9ance de prise de haschisch \u2013 la fameuse phrase \u00ab\u00a0Voici le temps des Assassins\u00a0\u00bb (253) se r\u00e9v\u00e9lerait parler du \u00ab\u00a0temps des haschischins\u00a0\u00bb, en filigrane, de m\u00eame que la r\u00e9f\u00e9rence au Po\u00e8me du Haschisch de Baudelaire, en commen\u00e7ant par \u00ab\u00a0O mon Bien, O mon Beau\u00a0\u00bb, mis en lien avec le \u00ab\u00a0J&rsquo;ai trouv\u00e9 la d\u00e9finition du Beau, de mon Beau\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1886), -. La prise de haschisch ne me semble absolument pas incompatible avec la qu\u00eate mystique rimbaldienne, bien au contraire. Cela, dans une dimension d&rsquo;ouverture des portes de la perception, comme le disait William Blake, de mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de soi, pour un po\u00e8te qui voulait \u00e9puiser tous les poisons. Cette mystique va bien au-del\u00e0 du pur catholicisme, de la chr\u00e9tient\u00e9, mais se rapproche des sagesses monistes, comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, dans une vision tr\u00e8s spinoziste de la foi \u2013 tout ne serait qu&rsquo;une seule et m\u00eame substance, s&rsquo;exprimant \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s de puissance. On peut d&rsquo;ailleurs lire, comme preuve de cette croyance \u00ab\u00a0sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, \u00ab\u00a0On nous a promis d&rsquo;enterrer dans l&rsquo;ombre l&rsquo;arbre du Bien et du Mal, de d\u00e9porter les honn\u00eatet\u00e9s tyranniques, afin que nous amenions notre tr\u00e8s pur amour\u00a0\u00bb. Rimbaud veut aller, comme Nietzsche, par-del\u00e0 le Bien et le Mal, ce qui, ironiquement, rappelle son hypoth\u00e9tique projet d\u00e9miurgique, cit\u00e9 par sa s\u0153ur. Alors que Nietzsche critiquait la faiblesse des chr\u00e9tiens, Rimbaud en critiquait la tyrannie, et tous deux aboutissent \u00e0 une autre forme de religion.<\/p>\n<p>Un autre des po\u00e8mes nomm\u00e9s par Isabelle, \u00ab\u00a0\u00c9ternit\u00e9\u00a0\u00bb, contient un pan de la mystique rimbaldienne\u00a0: \u00ab\u00a0Elle est retrouv\u00e9e\u00a0! \/ Quoi\u00a0? L&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 \/ [&#8230;] Donc tu te d\u00e9gages \/ Des humains suffrages \/ Des communs \u00e9lans\u00a0! \/ [&#8230;] Jamais l&rsquo;esp\u00e9rance \/ Pas d&rsquo;<em>orietur<\/em>.\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1886, 216) L&rsquo;id\u00e9e transpara\u00eet de t\u00e2ter l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 tout autour de soi, abandonnant la conception trop cl\u00e9ricale d&rsquo;un Salut posthume, mais par la vie terrestre, d&rsquo;une esp\u00e9rance n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation de celle-ci. Selon Saint-Augustin, il existe une cit\u00e9 terrestre et une autre c\u00e9leste, comme si la Cit\u00e9 de Dieu \u00e9tait en exil sur Terre, pr\u00e9sente mais enfouie sous les basseries humaines (Saint Augustin, 426) et J\u00e9sus voulait instaurer le Royaume du ciel sur Terre, soit transcender la condition humaine en y instillant la Pr\u00e9sence divine. Selon la n\u00e9gation du terme\u00a0<em>orietur<\/em>, rien ne na\u00eetra, rien ne se l\u00e8vera. Tout est l\u00e0, \u00e9ternel, mystique et charg\u00e9 de sacr\u00e9. \u00ab\u00a0Votre ardeur \/ Est le devoir\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>), am\u00e8ne-t-il ensuite. Chacun.e se doit de se faire \u00e9galement voyant, de percevoir l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 dans le soleil se m\u00ealant \u00e0 la mer, plut\u00f4t qu&rsquo;en r\u00e9citant des litanies et en attendant le Jugement Dernier. \u00ab\u00a0C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un po\u00e8te catholique [&#8230;] sentait et voyait dans\u00a0<em>G\u00e9nie\u00a0<\/em>une des plus fortes images du Christ et de la R\u00e9demption.\u00a0\u00bb, dit encore Isabelle Rimbaud (2009, 104).\u00a0<em>G\u00e9nie<\/em>, cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, \u00e9voque ce fameux d\u00e9miurge en fuite, mais pr\u00e9sent partout. Le nombre de n\u00e9gations d&rsquo;un Dieu interventionniste descendu pour sauver les Hommes est \u00e9loquent\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne redescendra pas d&rsquo;un ciel, il n&rsquo;accomplira pas la r\u00e9demption [&#8230;] de tout ce p\u00e9ch\u00e9\u00a0: car c&rsquo;est fait, lui \u00e9tant, et \u00e9tant aim\u00e9.\u00a0[&#8230;] Sachons le h\u00e9ler et le voir \u00bb (Rimbaud, 1886, 281). La responsabilit\u00e9 de la foi est bien humaine, et non dans cette passive attente de la transcendance selon des normes eccl\u00e9siastiques que lui a transmises sa m\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 vrai dire, je soup\u00e7onne Rimbaud de s&rsquo;\u00eatre livr\u00e9 sur son lit de malade, \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 par la mort, \u00e0 une nouvelle exp\u00e9rience d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e en tout point semblable \u00e0 celle qu&rsquo;il tenta nagu\u00e8re avec sa th\u00e9orie du\u00a0<em>Voyant.\u00a0<\/em>Encore une fois il va essayer, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, de voir si la forme ne porte pas en elle l&rsquo;esprit, si le signe n&rsquo;entra\u00eene pas le r\u00e9el, si la libert\u00e9 n&rsquo;est pas dans la soumission, si on ne peut pas forcer la gr\u00e2ce\u00a0: il travaille \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 se rendre catholique. (Berrichon, 1990, 65-66)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Posture alchimique<\/h2>\n<p>Cette asc\u00e8se pourrait, selon notre lecture, constituer une des \u00e9tapes de la transformation alchimique de Rimbaud en mystique. Nous pouvons lire dans\u00a0<em>Alchimie du Verbe,\u00a0<\/em>ainsi que dans les \u00e9l\u00e9ments notoires de la vie de Rimbaud, une suite alchimique claire et \u00e9loquente, qui ouvre la porte au mystique et au sacr\u00e9 dans ce num\u00e9ro. Bri\u00e8vement, les trois \u00e9tapes principales de la transformation, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de changer le plomb en or ou de purifier son \u00e2me, sont l&rsquo;\u0152uvre au Noir, l&rsquo;\u0152uvre au Blanc et l&rsquo;\u0152uvre au Rouge. La premi\u00e8re consiste en une sorte de travers\u00e9e des Enfers visant \u00e0 brasser la mati\u00e8re pour la d\u00e9barrasser des impuret\u00e9s. La seconde op\u00e8re une s\u00e9paration entre les principes purs, et les remet ensemble. La derni\u00e8re scelle le tout par le feu, la s\u00e9cheresse, la coagulation. On peut lire l&rsquo;asc\u00e8se de Rimbaud et ses marches insens\u00e9es comme des \u00e9tapes de l&rsquo;\u0152uvre au Blanc, tentant de s\u00e9parer entre elles les essences le constituant afin de mieux les r\u00e9unir ensuite\u00a0: le corps, l&rsquo;esprit, la Voix qui lui est donn\u00e9e. Aussi trivialement que par la coh\u00e9rence cardiaque et l&rsquo;oxyg\u00e9nation c\u00e9r\u00e9brale que lui apportaient la marche, le corps de Rimbaud devait se re-souder avec ses pens\u00e9es. La parabole biblique du \u00ab\u00a0Bon grain et l&rsquo;ivraie\u00a0\u00bb sera cit\u00e9e plus tard, non sans rappeler la fonction purificatrice du p\u00e8lerinage, \u2013 puisque \u00ab\u00a0Tout marcheur est un gardien qui veille pour prot\u00e9ger l\u2019ineffable.\u00a0\u00bb (Solnit, 2002), \u2013 \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. L&rsquo;\u0152uvre au Blanc s\u00e9pare et r\u00e9unit, \u00e0 l&rsquo;instar de la marche, o\u00f9 le corps avance alors que l&rsquo;esprit vagabonde, dans un mouvement orient\u00e9 vers la transcendance, (Rousseau, 1782) les deux \u00e9tant pourtant parfaitement synchrones et li\u00e9s, les pens\u00e9es prenant le rythme des pas. Le p\u00e8lerin laisse derri\u00e8re lui ce qui le rattache au monde mat\u00e9riel pour embrasser son int\u00e9riorit\u00e9, sa d\u00e9votion envers sa foi. Le d\u00e9passement de soi, la m\u00e9ditation et le retour \u00e0 la pure locomotion archa\u00efque poussent Rimbaud sur un chemin de grand mystique.<\/p>\n<p>Si nous prenons les \u00e9tapes dans l&rsquo;ordre, Rimbaud passe par le mat\u00e9riau brut dans son po\u00e8me alchimique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J&rsquo;aimais les peintures idiotes\u00a0[\u2026]\u00a0la litt\u00e9rature d\u00e9mod\u00e9e, le latin d&rsquo;\u00e9glise, livres \u00e9rotiques sans orthographe\u00a0[\u2026]Ce fut d&rsquo;abord une \u00e9tude. J&rsquo;\u00e9crivais des silences\u00a0[\u2026]\u00a0Je fixais des vertiges\u00a0[\u2026]\u00a0Pleurant, je voyais de l&rsquo;or, et ne pus boire.\u00a0[\u2026]\u00a0La vieillerie po\u00e9tique avait une bonne part dans mon alchimie du Verbe.(1886, 211)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vision de l&rsquo;or inaccessible renvoie au fait d&rsquo;\u00eatre en d\u00e9but de processus de transformation. L&rsquo;or est bien l\u00e0, puisque pr\u00e9sent en puissance apr\u00e8s transformation, mais encore hors de port\u00e9e tant que la transformation n&rsquo;a pas eu lieu. Ce rapport au r\u00e9el est similaire \u00e0 une volont\u00e9 de trier, de ressasser, de secouer le r\u00e9el et le retourner pour en retirer l&rsquo;impur. On pourrait \u00e9galement associer le processus de l&rsquo;\u0152uvre au Noir aux d\u00e9rives comportementales d&rsquo;Arthur Rimbaud, lorsque celui-ci s&rsquo;adonne \u00e0 des activit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es en son temps comme inf\u00e2mes (homosexualit\u00e9 avec Verlaine, alors plus \u00e2g\u00e9 que lui, consommation intense d&rsquo;absinthe, moqueries des po\u00e8tes parnassiens\u2026), il entame un processus d&rsquo;individuation alchimique, de d\u00e9grossissement. La th\u00e8se de Stanislas Fumet \u00e0 ce sujet consiste \u00e0 dire que Rimbaud aurait d\u00fb r\u00e9primer sa foi \u00e0 cause de son d\u00e9go\u00fbt envers la d\u00e9votion bigote de sa m\u00e8re, faisant de lui un anticl\u00e9rical. (2005, 176-177) Proc\u00e9der \u00e0 cette s\u00e9paration de l&rsquo;ivraie \u2013 l&rsquo;\u00c9glise vis-\u00e0-vis de la religion \u2013, permettrait donc \u00e0 Rimbaud de se rapprocher de sa foi int\u00e9rieure, de son mysticisme brut. D&rsquo;ailleurs, les \u00c9vangiles eux-m\u00eames comportent une parabole traitant du \u00ab\u00a0Bon grain et l&rsquo;ivraie\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Enlevez d\u2019abord l\u2019ivraie, liez-la en bottes pour la br\u00fbler, quant au bl\u00e9, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier\u00a0\u00bb (Matthieu, 13, 30). \u00ab\u00a0Je finis par trouver sacr\u00e9 le d\u00e9sordre de mon esprit\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1886, 213). Quant \u00e0 l&rsquo;\u0152uvre au Blanc, il consiste selon nous, dans un premier temps, en la r\u00e9alisation du travail litt\u00e9raire de Rimbaud, \u2013 coupl\u00e9 avec la marche, et ses nombreuses fuites \u2013, puis dans le rejet total de celle-ci, comme si la v\u00e9ritable asc\u00e8se, priv\u00e9e des artifices po\u00e9tiques, pouvait commencer apr\u00e8s ce d\u00e9pouillement. La s\u00e9paration advient \u00e0 plusieurs niveaux, \u00e0 commencer par celle, cit\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, qui s&rsquo;op\u00e8re entre les dogmes religieux et les comportements de Rimbaud. Selon le recteur du coll\u00e8ge de Charleville, \u00ab\u00a0Rien de banal ne germe dans cette t\u00eate, ce sera le g\u00e9nie du Mal ou le g\u00e9nie du Bien\u00a0\u00bb, et le gar\u00e7on devra alors trancher. Nombreux sont les penseurs ayant attribu\u00e9 \u00e0 Rimbaud des traits d\u00e9moniaques, dont Jacques Maritain, disant de lui qu&rsquo;il a \u00ab\u00a0men\u00e9 la po\u00e9sie jusqu\u2019aux fronti\u00e8res de l\u2019\u00eatre, ayant v\u00e9cu la pr\u00e9somption lucif\u00e9rienne de se faire Dieu. \u00bb (1966, 174) La s\u00e9paration alchimique de l&rsquo;\u0152uvre au Blanc viendrait donc le lib\u00e9rer de cette possession diabolique. \u00ab\u00a0Le Po\u00e8te \u00e9puise en lui tous les poisons pour n&rsquo;en garder que les quintessences\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1870, 49), dit-il dans sa fameuse lettre du Voyant \u00e0 son ami Paul Demeny. Le Grand \u0152uvre po\u00e9tique aura donc eu cette fonction de purifier Rimbaud, de le rendre apte \u00e0 la vie de l&rsquo;apr\u00e8s, autant spirituelle que mat\u00e9rielle \u2013 en vendant des armes au Harar, s&rsquo;\u00e9tant fait tr\u00e8s croyant, dans un p\u00e8lerinage int\u00e9rieur laissant en Soi la place \u00e0 l&rsquo;Autre. On peut \u00e9galement noter une scission qui s&rsquo;op\u00e8re entre l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte, entre le terrien et l&rsquo;homme en fuite, et entre les po\u00e8mes s\u00e9rieux et rigolards. Dans le premier cas, Rimbaud tente \u00e0 plusieurs reprises de s&rsquo;\u00e9vader pour percer \u00e0 Paris, lass\u00e9 des heures de travail scolaire impos\u00e9es par sa m\u00e8re et des multiples pris d&rsquo;excellence obtenus. L&rsquo;adolescent des Ardennes veut se faire po\u00e8te, Voleur de Feu, ce qui en termes alchimiques consisterait \u00e0 subtiliser l&rsquo;\u00e9tape ultime de la transformation du plomb en or, le passage aux flammes. Il aspire fort, oscillant entre motifs r\u00e9gressifs de retours \u00e0 la maison et grandes qu\u00eates de gloire et de salut. Dans le second, l&rsquo;Homme en devenir cherche \u00e0 s&rsquo;extraire de sa condition par d&rsquo;interminables marches, tout en revenant fr\u00e9quemment aider aux champs, lire les ouvrages de la biblioth\u00e8que de Charleville, informer son professeur Georges Izambard de ses avanc\u00e9es&#8230; Le concret et l&rsquo;abstrait vont ici se scinder, encore une fois. Dans le dernier cas, Rimbaud r\u00e9dige en parall\u00e8le \u00e0 son \u0153uvre l&rsquo;Album Zutique, grand recueil l\u00e9ger et satirique.\u00a0L&rsquo;\u0152uvre au Rouge enfin, consiste selon moi en l&rsquo;ultime fuite de Rimbaud, au Harar, lorsqu&rsquo;\u00e0 vingt ans il d\u00e9laisse la po\u00e9sie \u00e0 jamais, comme pour laisser d\u00e9canter, pour solidifier le travail accompli. \u00ab\u00a0Mon caract\u00e8re s&rsquo;aigrissait. Je disais adieu au monde dans d&rsquo;esp\u00e8ces de romances [&#8230;] j&rsquo;aimai le d\u00e9sert, les vergers br\u00fbl\u00e9s \u00bb (Rimbaud, 1886, 213). On peut lire dans ses suites po\u00e9tiques des amorces de son grand d\u00e9part pour le Harar\u00a0: \u00ab\u00a0Je dus voyager, distraire les enchantements assembl\u00e9s sur mon cerveau.\u00a0\u00bb (1886, 217) La po\u00e9sie est laiss\u00e9e derri\u00e8re, tel l&rsquo;or trouv\u00e9, brut, mat\u00e9riau parfait qu&rsquo;il se refuse \u00e0 regarder \u00e0 nouveau. Il est tentant d&rsquo;\u00e9tablir un parall\u00e8le avec la crucifixion, dans le sens o\u00f9 tout le travail de Rimbaud a commenc\u00e9 \u00e0 int\u00e9resser le public d\u00e8s lors qu&rsquo;il a cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire, comme le Christ a appel\u00e9 aux r\u00e9cits, \u00e9crits et interpr\u00e9tations apr\u00e8s sa mort \u2013 \u00ab\u00a0Cette bonne nouvelle du Royaume sera propag\u00e9e dans le monde entier [\u2026]\u00a0\u00bb (Matthieu, 24). C&rsquo;est la mort de l&rsquo;homme qui permet sa mise en r\u00e9cit, le fait qu&rsquo;il verse dans le domaine du symbolique, du sacr\u00e9, de la repr\u00e9sentation. Il aura fallu se d\u00e9pouiller des artifices \u2013 le corps pour le Christ, les vell\u00e9it\u00e9s po\u00e9tiques pour Rimbaud -, pour se lib\u00e9rer vers la vie \u00e9ternelle, qui est pour Rimbaud sa reconnaissance posthume et sa condition de Voyant. Sa s\u0153ur affirme que, sur son lit de mort, \u00ab\u00a0Je lui faisais [&#8230;] la lecture. Quand arrivait un vers, un seul, il me suppliait de passer. Il avait horreur de la po\u00e9sie.\u00a0\u00bb (Berrichon, 1933, 19). Rimbaud se fait alors ultimement homme, puisque ses lettres d&rsquo;Abyssinie d\u00e9notent une pr\u00e9occupation accrue pour la subsistance, les biens mat\u00e9riels et l&rsquo;apprentissage de techniques manuelles, comme le Christ charpentier. La boucle est boucl\u00e9e en termes alchimiques, le mat\u00e9riau brut, soit un adolescent des Ardennes au don inn\u00e9 pour la po\u00e9sie, mais parasit\u00e9 par la foi d\u00e9vorante de sa m\u00e8re, des vell\u00e9it\u00e9s mystiques et des pulsions destructrices, se fait Homme lui-m\u00eame, laissant derri\u00e8re lui l&rsquo;or brut d&rsquo;une \u0153uvre litt\u00e9raire flamboyante.<\/p>\n<h2>Posture christique<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Quand on lit les\u00a0<em>Illuminations<\/em>, il ne faudrait jamais oublier, comme nous le recommande Paterne Berrichon, que Rimbaud n&rsquo;est pas seulement un homme, mais l&rsquo;Homme.\u00a0\u00bb (Rimbaud Isabelle, 2009, 104). On aurait presque envie de rajouter\u00a0<em>ecce homo,\u00a0<\/em>voici l&rsquo;Homme qui descend nous livrer quelque Parole transcendante avant de se laisser mourir sur terre. Ce n&rsquo;est pas sans rappeler le destin de Nietzsche, dont le dernier texte avant qu&rsquo;il ne sombre dans la folie s&rsquo;intitulait justement \u00ab\u00a0Ecce homo\u00a0\u00bb. La reconnaissance fut bien plus grande \u00e0 titre posthume pour les deux hommes, en rupture avec leur \u00e9poque. Nos deux penseurs-po\u00e8tes en fuite apr\u00e8s la fin de leur \u0153uvre partagent donc ce destin de s&rsquo;\u00e9vanouir dans la nature apr\u00e8s le paroxysme de leur art. Une fuite majestueuse pour Rimbaud, et plus d\u00e9gradante pour Nietzsche. Rimbaud reste dans les annales comme martyre, autant par son destin tragique \u2013 travers\u00e9e du d\u00e9sert gangr\u00e9n\u00e9 sur une civi\u00e8re, amputation du genou \u2013, que par l&rsquo;asc\u00e8se qu&rsquo;il s&rsquo;imposait, et surtout les \u00e9tats par lesquels il est pass\u00e9 pour nous livrer son \u0153uvre po\u00e9tique, une v\u00e9ritable guerre psychique. \u00ab\u00a0Les souffrances sont \u00e9normes, mais il faut \u00eatre fort, \u00eatre n\u00e9 po\u00e8te\u00a0\u00bb (Rimbaud, 1871, 45). Notre Rimbaud ayant accompli les trois \u0152uvres est donc parfaitement mystifi\u00e9, d\u00e9barrass\u00e9 de ce qui faisait de lui autre chose que l&rsquo;Homme.<\/p>\n<p>Quand on pense \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, le lien est facile \u00e9galement entre l&rsquo;homme aux semelles de vent et le Christ, tous deux charriant un nombre incalculable de fid\u00e8les. Pensons \u00e0 Patti Smith, Jim Morrison, Brigitte Fontaine, tous les adolescent.es et auteurices qui ont travaill\u00e9 et fantasm\u00e9 sur Rimbaud. De v\u00e9ritables disciples, adeptes du long et d\u00e9raisonn\u00e9 d\u00e9r\u00e8glement de tous les sens. Le mythe posthume est immense, on a tant plus \u00e9crit sur Rimbaud apr\u00e8s sa mort que de son vivant. Tous deux d\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans la trentaine, le culte n&rsquo;en est que plus intense, tant le myst\u00e8re est grand. Que seraient-ils devenus\u00a0? Ils ont quelque part retrouv\u00e9 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. La qu\u00eate de purification \u00e0 laquelle s&rsquo;adonne Rimbaud est proche du miracle. Toute l&rsquo;exp\u00e9rience rimbaldienne pourrait \u00eatre lue comme une interpr\u00e9tation de la vie christique, comme une nouvelle incarnation du messie \u2013 c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il est per\u00e7u par ses plus grand.es lecteur.ices, en bon\u00a0\u00a0mystique. Il en va de notre tendance humaine \u00e0 apposer des grands r\u00e9cits fondateurs sur des personnages plus contemporains, et ce parall\u00e8le \u00e9tait profond\u00e9ment tentant. \u00c0 noter qu\u2019il existe un \u00ab\u00a0complexe du Christ\u00a0\u00bb, dont les personnes qui en souffrent sont persuad\u00e9es d\u2019\u00eatre des sauveur.euses du monde, d\u2019\u00eatre pourvu.es d\u2019une mission, et on pourrait questionner le fait que Rimbaud en avait peut-\u00eatre quelques traits, de par ses aspirations grandioses et son impression de lire l\u2019univers au-del\u00e0 de ce que percevaient ses contemporain.es. Surtout, il est en qu\u00eate, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 amener quelque chose sur cette terre, et \u00e0 fuir une fois son destin accompli. On pourrait comparer la fugue ultime de Rimbaud en Abyssinie avec la mort du Christ, se laissant mourir, prouvant son immortalit\u00e9 \u00e0 travers sa reconnaissance posthume, puis effectuant une v\u00e9ritable ascension au rang de po\u00e8te mystique dans l\u2019imaginaire collectif. En d\u00e9sertant la Terre. Rimbaud a accompli son labeur, il ne lui reste plus qu&rsquo;\u00e0 se faire pleinement Homme, loin de tous, et \u00e0 se laisser dispara\u00eetre, pour vivre \u00e9ternellement apr\u00e8s sa mort, par et dans le Verbe.<\/p>\n<hr \/>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BERRICHON, Paterne. 1933.\u00a0<em>Rimbaud le Voyou<\/em>, Paris\u00a0: \u00c9ditions Complexe, p.65-66.<\/p>\n<p>CAUSSE. 1822.\u00a0<em>De la connoissance de Jesus-Christ, consid\u00e9r\u00e9 dans ses myst\u00e8res<\/em>. Paris\u00a0: Chez Jean-Thomas Herissant, p. 57.<\/p>\n<p>DELAHAYE, Ernest. 2010.\u00a0<em>Mon Ami Rimbaud<\/em>, Paris\u00a0: Na\u00efve.<\/p>\n<p>ESPEDAL, Tomas. 2012.\u00a0<em>Marcher,\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Actes Sud.<\/p>\n<p>EIGELDINGER, Marc. 1984.\u00a0<em>L&rsquo;intertextualit\u00e9 mythique dans les \u00ab\u00a0Illuminations\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>Article, Cahiers de l&rsquo;AIEF, Neuch\u00e2tel, p.253-272.<\/p>\n<p>FOWLIE, Wallace. 2007.\u00a0<em>Rimbaud et Morrison, Portrait du po\u00e8te en rebelle.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: HC<em>.<\/em><\/p>\n<p>FUMET, Stanislas. 2005.\u00a0<em>Rimbaud mystique contrari\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: du F\u00e9lin, p. 176-177<\/p>\n<p>GIRANZANI, Sara Lucia. 2014.\u00a0<em>Apocalypse de la Parole : l\u2019hypotexte biblique dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Arthur Rimbaud,\u00a0<\/em>Th\u00e8se. Milan\u00a0: Semantic Scholar.<\/p>\n<p>GUILLEMIN, Henri. 2022. Rimbaud, \u00ab\u00a0Voyant ou Voyou\u00a0\u00bb, Youtube,\u00a0<a href=\"https:\/\/youtu.be\/IFeJ2_nS3j0\">https:\/\/youtu.be\/IFeJ2_nS3j0<\/a>.<\/p>\n<p>HAROUNI, Brigitte et LALIBERT\u00c9, \u00c9ric. 2021. \u00ab\u00a0P\u00e8lerin, une spiritualit\u00e9 de la marge\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Spiritualit\u00e9sant\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>LEFR\u00c8RE, Jean-Jacques. 2022.\u00a0<em>Rimbaud.\u00a0<\/em>Paris\u00a0:\u00a0Bouquins.<\/p>\n<p>MARITAIN, Jacques. 1966. L\u2019Intuition cr\u00e9atrice dans l\u2019art et dans la po\u00e9sie. Paris\u00a0: Descl\u00e9e de Brouwer, p. 174.<\/p>\n<p>ORLY, Toren. 2011.\u00a0\u00ab\u00a0La Bible comme hypertexte de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire<em>\u00a0\u00bb, Les \u00e9crivains face \u00e0 la Bible<\/em><em>.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: \u00c9ditions du Cerf.<\/p>\n<p>RIMBAUD, Arthur. 1990.\u00a0\u00ab\u00a0Lettre du 13 mai 1871 \u00e0 Georges Izambard\u00a0\u00bb,<em>\u00a0Lettres de la vie litt\u00e9raire d&rsquo;Arthur Rimbaud.\u00a0<\/em>Paris\u00a0:\u00a0L&rsquo;Imaginaire Gallimard.<\/p>\n<p>\u2014\u00a01870, Lettre \u00e0 L\u00e9on Billuart, 8 octobre.<\/p>\n<p>\u2014\u00a01990, Lettre de Rimbaud \u00e0 Georges Izambard,<em>\u00a0Lettres de la vie litt\u00e9raire d&rsquo;Arthur Rimbaud.\u00a0<\/em>L&rsquo;Imaginaire Gallimard.<\/p>\n<p><em>\u2014<\/em>\u00a02010,\u00a0\u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mystique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vingt ans\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Nocturne vulgaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mauvais Sang\u00a0\u00bb,\u00a0dans<em>\u00a0Illuminations, \u0152uvres<\/em>. Paris\u00a0: Pocket.<\/p>\n<p><em>\u2014<\/em>\u00a02010,<em>\u00a0\u00ab\u00a0\u00c9ternit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Faim\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Alchimie du Verbe\u00a0\u00bb,<\/em>Une Saison en Enfer. Paris\u00a0:\u00a0Pocket<em>.<\/em><\/p>\n<p>RIMBAUD, Isabelle. 2009.\u00a0<em>Rimbaud Mourant.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Manucius.<\/p>\n<p>ROUSSEAU, Jean-Jacques. 2001.\u00a0<em>Les r\u00eaveries du promeneur solitaire.\u00a0<\/em>Paris\u00a0:\u00a0Le livre de poche.<\/p>\n<p>SOLNIT, Rebecca. 2002.\u00a0<em>L\u2019art de marcher.\u00a0<\/em>Paris\u00a0:\u00a0Actes Sud.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_cm2cuh8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_cm2cuh8\">[1]<\/a> \u00a0trad.\u00a0<em>Ainsi se tenait la m\u00e8re, \u00e9plor\u00e9e, face \u00e0 son fils qui pendait.<\/em><\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Pellegrino, Nina. 2024. \u00ab Rimbaud le Christ, ou postures d&rsquo;Arthur Rimbaud: l&rsquo;individuation alchimique d&rsquo;un mystique chr\u00e9tien \u00bb, Postures, Dossier \u00ab De la cr\u00e9ation par le verbe \u00e0 la mort de Dieu : Litt\u00e9rature et spiritualit\u00e9 \u00bb, no. 39, En ligne https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5764\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pellegrino_39.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 pellegrino_39.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a1700b55-3322-4515-9a51-fd4f7737eaea\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pellegrino_39.pdf\">pellegrino_39<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pellegrino_39.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a1700b55-3322-4515-9a51-fd4f7737eaea\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00a0\u00ab De la cr\u00e9ation par le verbe \u00e0 la mort de Dieu : litt\u00e9rature et spiritualit\u00e9 \u00bb, no 39 En termes de produits d\u00e9riv\u00e9s, il n&rsquo;est pas impossible qu&rsquo;Arthur Rimbaud puisse rivaliser avec J\u00e9sus Christ. En termes proph\u00e9tiques, nous allons l&rsquo;explorer. Il ne nous semble pas innocent que la biographie la plus mythique de Rimbaud, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1361,1363],"tags":[476],"class_list":["post-5764","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-de-la-creation-par-le-verbe-a-la-mort-de-dieu-litterature-et-spiritualite","category-paroles-alchimiques","tag-pellegrino-nina"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5764","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5764"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5764\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8279,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5764\/revisions\/8279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5764"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5764"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5764"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}