{"id":5767,"date":"2024-06-13T19:48:39","date_gmt":"2024-06-13T19:48:39","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/ou-est-dieu-noms-de-dieu\/"},"modified":"2024-08-22T17:43:02","modified_gmt":"2024-08-22T17:43:02","slug":"ou-est-dieu-noms-de-dieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5767","title":{"rendered":"O\u00f9 est Dieu? noms de Dieu!"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6910\">Dossier\u00a0\u00a0\u00ab De la cr\u00e9ation par le verbe \u00e0 la mort de Dieu : litt\u00e9rature et spiritualit\u00e9 \u00bb, no 39<\/a><\/h5>\n<blockquote><p>Que foutait Dieu avant la cr\u00e9ation?<br \/>\n(Samuel Beckett, <em>Molloy<\/em>)<\/p>\n<p>Quand le Saint, b\u00e9ni soit-Il, voulut cr\u00e9er<br \/>\nle monde, les lettres \u00e9taient encloses. Et pendant<br \/>\nles deux mille ans qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la cr\u00e9ation,<br \/>\nIl les contemplait et jouait avec elles.<br \/>\nLe ZOHAR, <em>Pr\u00e9liminaires<\/em>, 2b<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>La Torah d\u00e9clare : C\u2019est moi qui fus l\u2019instrument<br \/>\ndu Saint b\u00e9ni soit-Il dans son oeuvre.<br \/>\nL\u2019usage en vigueur dans le monde est qu\u2019un roi<br \/>\nde chair et de sang qui b\u00e2tit un palais ne le fait pas<br \/>\nen se fiant \u00e0 son juger mais \u00e0 celui d\u2019un artisan.<br \/>\nOr l\u2019artisan ne le b\u00e2tit pas non plus en se fiant \u00e0 son propre juger<br \/>\nmais il a parchemins et tablettes pour savoir comment<br \/>\nex\u00e9cuter salles et petites portes. Il en fut ainsi du Saint b\u00e9ni soit-Il :<br \/>\nIl consulta la Torah et cr\u00e9a le monde.<br \/>\n<em>Midrach Gen\u00e8se Rabba<\/em>, 1 : 1<\/p><\/blockquote>\n<p>Que la cr\u00e9ation artistique ait un rapport avec la transcendance, cela est une \u00e9vidence que tout le monde ne voit pas. Encore faut-il se demander ce que nous entendons par transcendance. S\u2019agit-il d\u2019un rapport, voire d\u2019une relation \u00e0 Dieu, et du coup, d\u2019une exp\u00e9rience religieuse? Toute transcendance convoque-t-elle une croyance? une spiritualit\u00e9? \u00e0 moins que ce soit une mystique? ou plus simplement une m\u00e9ditation esth\u00e9tique? tous ces termes \u2014 religion, croyance, spiritualit\u00e9, mystique, m\u00e9ditation \u2014 \u00e9tant bien souvent fondus pour d\u00e9signer une sorte d\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure plus ou moins d\u00e9finie qui appellerait, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u0153uvre \u00e0 faire, un certain recueillement, peut-\u00eatre un rituel et, pourquoi pas, l\u2019attente d\u2019une r\u00e9demption ou d\u2019une r\u00e9paration, comme on le dit parfois. La notion de spiritualit\u00e9, par exemple, nous vient du latin eccl\u00e9siastique <em>spiritualitas<\/em> et se rapporte \u00e0 l\u2019esprit dans son rapport \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 la divinit\u00e9. Mais le terme s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et d\u00e9signe plus largement <em>une qu\u00eate de sens,<\/em> un lien de ferveur et d\u2019esp\u00e9rance, \u00e9ventuellement la\u00efque, de l\u2019esprit avec ce qui le rattache \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 l\u2019autre, au monde, aux vivants et aux morts.<\/p>\n<p>Mais est-ce l\u00e0 ce qui r\u00e9sume tout rapport \u00e0 la transcendance, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment celui de l\u2019artiste avec la cr\u00e9ation?<\/p>\n<h2>De la cr\u00e9ation pour commencer<\/h2>\n<p>La Torah (<em>Gen\u00e8se<\/em> 1 : 3) raconte qu\u2019au commencement est la parole, la chose parlante qui n\u2019a ni commencement ni fin et avec laquelle le monde fut cr\u00e9\u00e9 et continue de l\u2019\u00eatre, intarissablement. Les \u00e9crivains devraient davantage en prendre acte, surtout quand il leur arrive de se croire les ma\u00eetres d\u2019une langue plus ou moins apte \u00e0 exprimer leur existence, int\u00e9rieure ou pas.<\/p>\n<p>Selon les Sages du Midrach <a id=\"footnoteref1_9um32lm\" class=\"see-footnote\" title=\" Midrach (de la racine DRCH : darach \u00ab interroger \u00bb, \u00ab demander \u00bb ; pl. midrachim) \u2014 Terme h\u00e9breu d\u00e9signant un commentaire rabbinique de la Bible (Torah) ayant pour but d\u2019expliciter divers points juridiques ou de prodiguer un enseignement moral en recourant \u00e0 divers genres litt\u00e9raires : r\u00e9cits, paraboles et l\u00e9gendes. Le terme d\u00e9signe aussi un recueil de midrachim. Cette m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation repose sur la r\u00e9ponse narrative \u00e0 une question que soul\u00e8ve, chez un commentateur, un passage de la Torah.\" href=\"#footnote1_9um32lm\">[1]<\/a>, fins connaisseurs des lois qui donnent \u00e0 la langue sa puissance d\u2019engendrement, Dieu, pour cr\u00e9er le monde, lisait la Torah et en suivait le plan. Quant aux ma\u00eetres de la cabale, ils savent depuis longtemps que la combinaison des lettres h\u00e9bra\u00efques, qui permet les jeux de mots les plus riches en r\u00e9v\u00e9lations \u00e9sot\u00e9riques, occupait Dieu bien avant la cr\u00e9ation. Il aurait pu en rester l\u00e0, d\u2019ailleurs, mais voil\u00e0 qu\u2019il a eu ce d\u00e9sir de cr\u00e9er le monde avec les lettres ; d\u00e8s lors, chaque lettre se pr\u00e9senta \u00e0 lui pour avoir la pr\u00e9s\u00e9ance sur toutes les autres afin que la cr\u00e9ation commence avec elle<a id=\"footnoteref2_mlhc890\" class=\"see-footnote\" title=\" Zohar 1, 2b-3b\" href=\"#footnote2_mlhc890\">[2]<\/a>. C\u2019est le beth de <em>Berechit<\/em> (<em>au commencement<\/em>) premier mot de la Torah, qui fut choisi; lettre dont la valeur num\u00e9rique est deux<a id=\"footnoteref3_rn3z07k\" class=\"see-footnote\" title=\" En h\u00e9breu chaque lettre correspond \u00e0 un nombre.\" href=\"#footnote3_rn3z07k\">[3]<\/a>. Pourquoi le monde fut-il cr\u00e9\u00e9 avec la deuxi\u00e8me lettre de l\u2019alphabet ? Pour des tas de raisons que la tradition juive expose et qu\u2019il serait long de rappeler ici, mais c\u2019est entre autres \u00ab pour t\u2019apprendre qu\u2019il y a deux mondes : ce monde-ci et celui \u00e0 venir; et parce que le beth est le signe de la b\u00e9n\u00e9diction (<em>berakha<\/em>)<a id=\"footnoteref4_y93puha\" class=\"see-footnote\" title=\" Midrach Gen\u00e8se Rabba, 1, 1, Paris, Verdier, 1987.\" href=\"#footnote4_y93puha\">[4]<\/a>. \u00bb Et pourquoi tous les trait\u00e9s du Talmud commencent-ils \u00e0 la page deux (beth) ? Pour t\u2019apprendre que m\u00eame si tu connais parfaitement le trait\u00e9, il te manquera toujours quelque chose, dont la page un (aleph) qui repr\u00e9sente l\u2019unit\u00e9 divine cach\u00e9e derri\u00e8re chaque page et chaque mot, et que tu ne saurais atteindre.<\/p>\n<p>Le Midrach affirme aussi qu\u2019avant le n\u00f4tre, Dieu a cr\u00e9\u00e9 d\u2019autres mondes. Cette affirmation est d\u00e9duite du constat enthousiaste qui s\u2019\u00e9nonce au sixi\u00e8me jour, moment o\u00f9 le Cr\u00e9ateur contemple son \u0153uvre : \u00ab \u00c9lohim vit tout ce qu\u2019il avait fait, et voici, cela \u00e9tait <em>tr\u00e8s bon<\/em> (<em>Gen\u00e8se<\/em> 1 : 31)! \u00bb \u00ab Rabbi Abahou dit : Ainsi apprenons-nous que le Saint b\u00e9ni soit-Il cr\u00e9ait des mondes et les d\u00e9truisait, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ayant cr\u00e9\u00e9 celui-ci, Il s\u2019\u00e9crie : Celui-ci me plait, les autres ne me plaisaient pas<a id=\"footnoteref5_y0owt3o\" class=\"see-footnote\" title=\"Ibid.\" href=\"#footnote5_y0owt3o\">[5]<\/a>! \u00bb D\u2019autres rabbins avancent plut\u00f4t que ces mondes d\u2019avant le monde s\u2019effondraient sur eux-m\u00eames et qu\u2019il y en eut vingt-six, nombre qui correspond \u00e0 la valeur num\u00e9rique du t\u00e9tragramme (YHVH)<a id=\"footnoteref6_ld2yp92\" class=\"see-footnote\" title=\" Si on additionne la valeur de chacune des quatre lettres du Nom que l\u2019on traduit parfois par YaHVeH : youd\u00a0 (10) + h\u00e9 (5) + vav (6) + h\u00e9 (5) = 26. \" href=\"#footnote6_ld2yp92\">[6]<\/a>. Le vingt-septi\u00e8me, le n\u00f4tre, expuls\u00e9 hors de la matrice du Nom, semblait devoir tenir ; d\u2019o\u00f9 la satisfaction exprim\u00e9e : \u00ab Celui-ci est <em>tr\u00e8s bon<\/em>, pourvu qu\u2019il tienne! \u00bb Et ce monde qui tient, exil\u00e9 de la divinit\u00e9, est livr\u00e9 \u00e0 la responsabilit\u00e9 humaine dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Pourtant, ce monde qui plaisait \u00e0 Dieu, il a d\u00fb l\u2019an\u00e9antir par noyade, pour le recr\u00e9er. Une histoire est engloutie dans le D\u00e9luge, une autre commence apr\u00e8s lui. \u00ab Adona\u00ef voit que se multiplie le mal de l\u2019humain sur la terre. Toute formation des pens\u00e9es de son c\u0153ur n\u2019est que mal tout le jour. Il se repend de l\u2019avoir fait (<em>Gen\u00e8se<\/em> 6 : 5). \u00bb De cette g\u00e9n\u00e9ration du D\u00e9luge, le Cr\u00e9ateur ne sauvera que No\u00e9, le juste, et sa famille ; de tous les animaux cr\u00e9\u00e9s sur la terre et dans le ciel, il pr\u00e9servera un couple de chaque esp\u00e8ce avant d\u2019an\u00e9antir le monde sous les grandes eaux. L\u2019Adam qu\u2019il avait fa\u00e7onn\u00e9 m\u00e2le et femelle \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance, c\u2019est-\u00e0-dire rempli du souffle de l\u2019esprit et de la parole, lui en a fait voir de toutes les couleurs. Peut-\u00eatre est-ce pour cela que toutes les couleurs de l\u2019arc-en-ciel, celui qui apparut au-dessus de la terre enfin red\u00e9couverte, signent l\u2019alliance renouvel\u00e9e entre le Cr\u00e9ateur et sa cr\u00e9ature parlante, elle aussi cr\u00e9atrice de mondes et avec laquelle il a d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre l\u2019aventure. C\u2019est l\u00e0 mon humble proposition. La promesse faite \u00e0 No\u00e9 de ne plus jamais d\u00e9truire la Cr\u00e9ation a \u00e9t\u00e9 tenue jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui o\u00f9 la destruction du monde est plus que jamais entre les mains des \u00ab parl\u00eatres \u00bb, pour reprendre le terme de Lacan<a id=\"footnoteref7_n826kst\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab Je ne maudirai plus jamais le sol \u00e0 cause de l\u2019homme. Certes le c\u0153ur de l\u2019homme est port\u00e9 au mal d\u00e8s son enfance, mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l\u2019ai fait. [\u2026] J\u2019ai mis mon arc dans la nu\u00e9e pour qu\u2019il devienne un signe de l\u2019alliance entre moi et la terre [\u2026] Dieu dit \u00e0 No\u00e9 : C\u2019est le signe de l\u2019Alliance que j\u2019ai \u00e9tablie entre moi et toute chair qui est sur la terre. (Gen\u00e8se 9 : 21, 13, 17) \u00bb \" href=\"#footnote7_n826kst\">[7]<\/a>. De la parole, en effet, nous vient \u00e0 nous aussi, humains postadamiques, la puissance de cr\u00e9er et de d\u00e9truire. Premier enseignement de la Bible.<\/p>\n<p>Parole, en h\u00e9breu, se dit<em> davar<\/em> qui veut aussi dire \u00ab chose \u00bb, \u00ab objet. \u00bb A-t-on id\u00e9e de fondre en un seul mot ces deux mati\u00e8res dont l\u2019une est non seulement voix, cri mais aussi lettres, et l\u2019autre, substance du monde sensible soumise aux lois de la physique et aux contingences du r\u00e9el! C\u2019est pourtant l\u2019id\u00e9e que soutient le Livre des livres, une id\u00e9e de la cr\u00e9ation qu\u2019aucune th\u00e9orie plus ou moins cognitivo-psychologique ne saurait \u00e9galer. Au commencement, nous disent les Sages commentateurs du Midrach et du Zohar, n\u2019\u00e9tait pas seulement la parole, mais aussi l\u2019alphabet, l\u2019\u00e9criture en acte. En h\u00e9breu, langue de la Cr\u00e9ation, les lettres sont autant de corps parlants, vibrants, donnant \u00e0 chaque mot la densit\u00e9 d\u2019un discours potentiel, condens\u00e9, in\u00e9puisable. Ainsi<em> davar,<\/em> qui s\u2019\u00e9crit avec les trois lettres-consonnes DBR \u2014 le B se pronon\u00e7ant B ou V et les voyelles \u00e9tant, en h\u00e9breu, absentes ou r\u00e9duites \u00e0 l\u2019\u00e9tat de points en-dessous ou au-dessus de la lettre-consonne \u2014, <em>davar<\/em> signifie par ailleurs une affaire, une chronique. DBR peut se lire <em>DiBeR<\/em>, an\u00e9antir, exterminer, <em>DeBaR<\/em>, avoir l\u2019habitude, <em>d\u00e8ver<\/em>, peste, \u00e9pid\u00e9mie, <em>dover<\/em>, p\u00e2turage, <em>dabar<\/em>, chef, conducteur de radeau. DBR est aussi la racine de <em>midbar<\/em>, d\u00e9sert, lieu o\u00f9 justement le peuple d\u2019Isra\u00ebl a re\u00e7u les dix Paroles (commandements) au Sina\u00ef. Voil\u00e0 tout un roman en puissance qui s\u2019\u00e9crit sous nos yeux sans que l\u2019imagination du romancier ne soit pour le moment sollicit\u00e9e. Elle viendra bien s\u00fbr, cette imagination, mais la langue l\u2019aura depuis toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n<h2>O\u00f9 est Dieu?<\/h2>\n<p>Selon la tradition juive, Dieu joua pendant deux mille ans avec les lettres h\u00e9bra\u00efques avant de se d\u00e9cider \u00e0 cr\u00e9er le monde en les combinant. Les cabalistes vont jusqu\u2019\u00e0 dire que les 304 805 lettres qui composent le Pentateuque, si on les juxtapose en une seule cha\u00eene ininterrompue, forment un seul mot qui \u00e9pellent le Grand Nom de Dieu. Mais un mot d\u2019une telle longueur, f\u00fbt-il un nom, est illisible, et n\u2019a \u00e9videmment pas de sens. Pour lire, il importe de passer du niveau de la lettre \u00e0 celui du mot, en coupant dans cette \u00e9pellation. Un mot n\u2019existe qu\u2019\u00e0 partir d\u2019une coupure dans la suite des lettres; seules les coupures cr\u00e9ent des unit\u00e9s de sens. Et ce n\u2019est pas tout : en h\u00e9breu chaque lettre, m\u00eame cursive, est s\u00e9par\u00e9e de celle qui la pr\u00e9c\u00e8de et de celle qui la suit par un blanc, un espace vide, donnant \u00e0 chacune une sorte d\u2019autonomie qui permet les anagrammes, sources vivantes d\u2019interpr\u00e9tations talmudiques et mystiques.<\/p>\n<p>Je ne parlerai donc pas ici de spiritualit\u00e9 en tant qu\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure, mais de l\u2019esprit de la lettre, celui qui souffle au commencement de la cr\u00e9ation du ciel et de la terre. Celui qui continue de souffler chaque fois qu\u2019on ouvre la Torah \u00e9crite, mais aussi chaque fois qu\u2019un \u00e9crivain tente de cr\u00e9er du vivant dans l\u2019\u00e9crit : chaque fois que la phrase en cours l\u2019entra\u00eene sur une voie qui n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9e, chaque fois que la po\u00e9sie ram\u00e8ne dans la langue la m\u00e9moire du cri, le transpose en Dire, le sublime en rythme, en danse, en musique, et cr\u00e9e des mondes avec le tohu-bohu qui n\u2019est jamais loin, en nous, et que toute cr\u00e9ation verbale charrie pour le former, le dompter, l\u2019amener \u00e0 la lumi\u00e8re. En h\u00e9breu, <em>tohou<\/em> c\u2019est tourni, chaos, n\u00e9ant; et <em>bohou<\/em>, vide, confusion, d\u00e9solation.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 64.3pt; text-align: justify;\">La terre \u00e9tait tohou et bohou, une obscurit\u00e9 sur la face des eaux, \u00c9lohim dit : \u00ab une lumi\u00e8re sera \u00bb, et c\u2019est une lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 64.3pt; text-align: justify;\">\u00c9lohim voit la lumi\u00e8re : quel bien! \u00c9lohim s\u00e9pare la lumi\u00e8re de l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 64.3pt; text-align: justify;\">\u00c9lohim crie \u00e0 la lumi\u00e8re : \u00ab Jour! \u00bb. \u00c0 l\u2019obscurit\u00e9, il crie : \u00ab Nuit! \u00bb (<em>Gen\u00e8se<\/em> 1 : 3-5)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est ce cri qui fait retour quand on \u00e9crit. Le cri de la Cr\u00e9ation, indissociable de toute cr\u00e9ation, et qui est aussi le cri que nous avons pouss\u00e9 au commencement, pour na\u00eetre et vivre, et que l\u2019\u00e9crivain qui s\u2019embarque dans la phrase \u2014 celle qui lui arrive du dehors, qui passe, qui ne reviendra pas et l\u2019emporte \u2014 m\u00e9tamorphose en po\u00e9sie, en voix visibles, lisibles, parlantes : en personnages. Ce cri est aussi celui des dix Paroles que les enfants d\u2019Isra\u00ebl rassembl\u00e9s au pied du Sina\u00ef n\u2019ont pu supporter au-del\u00e0 du premier mot entendu : <em>Anokhi<\/em> (JE), tellement la terreur les a saisis<a id=\"footnoteref8_ko60mxo\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab Tout le peuple voit les voix. [\u2026] Ils dirent \u00e0 Mo\u00efse : Parle-nous toi-m\u00eame et nous entendrons; mais que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort! \u00bb (Exode 20 : 18-20)\" href=\"#footnote8_ko60mxo\">[8]<\/a> : \u00ab JE, Adona\u00ef, t\u2019ai fait sortir d\u2019\u00c9gypte, de la terre de servitude\u2026 (<em>Exode<\/em> 20 : 2) \u00bb Mais ce premier mot re\u00e7u en direct par le peuple, avant que Mo\u00efse ne se charge de lui transmettre l\u2019ensemble des dix commandements qu\u2019il a pu, lui, entendre jusqu\u2019au bout, ce pronom, <em>Anokhi<\/em>, qui ouvre le D\u00e9calogue, est d\u00e9j\u00e0 tout un programme, comme l\u2019enseignent les rabbins. Partant de l\u2019une des m\u00e9thodes d\u2019interpr\u00e9tation propre au Midrach et appel\u00e9e notarikon \u2014 qui consiste \u00e0 prendre chacune des lettres d\u2019un mot comme l\u2019initiale d\u2019autres mots formant une phrase \u2014, Rabbi Yohanan affirme que <em>Anokhi <\/em><a id=\"footnoteref9_95px56j\" class=\"see-footnote\" title=\" Anokhi est la forme \u00ab solennelle \u00bb de Ani (ou ana) : les deux mots d\u00e9signent la premi\u00e8re personne du singulier.\" href=\"#footnote9_95px56j\">[9]<\/a> (mot form\u00e9 des quatre lettres, aleph, noun khaf, youd\u00a0 : ANKY) est en r\u00e9alit\u00e9 le notarikon de la phrase : <em>Ana Nafchi Ktivat Yehavit, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire, mot \u00e0 mot : <em>moi, mon \u00eatre, \u00e9crit, donn\u00e9, <\/em>que l\u2019on peut traduire par<em> Moi j\u2019ai donn\u00e9 mon \u00eatre dans l\u2019\u00c9crit <\/em><a id=\"footnoteref10_nyy13po\" class=\"see-footnote\" title=\" Talmud de Babylone, trait\u00e9 \u00ab Chabbat \u00bb, 105a. Rabbi Yohanan bar Nappaha (\u00ab Rabbi Yohanan le fils du forgeron \u00bb) est l\u2019un des Amora\u00efm (docteurs du Talmud) les plus importants de la seconde g\u00e9n\u00e9ration. Il a v\u00e9cu en Isra\u00ebl au IIIe si\u00e8cle de l\u2019\u00e8re commune (Sephoris, c. 200 \u2013 Tib\u00e9riade, c. 280).\" href=\"#footnote10_nyy13po\">[10]<\/a>. Ainsi apprenons-nous que le JE divin est cach\u00e9 dans les lettres de la Torah. C\u2019est lui, ce JE, que l\u2019\u00e9tudiant poursuit et interroge, mais sans jamais pouvoir le saisir. Ce JE divin ne s\u2019impose pas en r\u00e9ponse aux questions que soul\u00e8ve l\u2019\u00e9tude. C\u2019est plut\u00f4t le d\u00e9sir qu\u2019il \u00e9veille par sa d\u00e9claration, tel un amant qui donne son \u00eatre dans la lettre qu\u2019il \u00e9crit \u00e0 l\u2019\u00e2me bien-aim\u00e9e qui l\u2019attend<a id=\"footnoteref11_hnguk8q\" class=\"see-footnote\" title=\" Franz Rosenzweig, L\u2019\u00e9toile de la R\u00e9demption, traduit de l\u2019allemand par Alexandre Derczanski et JeanLouis Schlegel, Paris, Seuil, coll. \u00ab Esprit \u00bb, 1982, p. 211.\" href=\"#footnote11_hnguk8q\">[11]<\/a>. Ce JE est le lieu d\u2019un d\u00e9sir \u2013 de ses exigences \u2013 qui cherche \u00e0 faire alliance avec l\u2019\u00eatre parlant qui le cherche.<\/p>\n<p>Constatons que la mystique juive est avant tout d\u2019ordre grammatical et linguistique. Quiconque se met \u00e0 l\u2019\u00e9tude du texte de la Torah \u2014 \u00e9tude qui ne se fait ni en solitaire ni par la seule lecture biblique, mais avec l\u2019accompagnement du bruyant concert des commentaires entourant chaque verset, voire chaque lettre \u2014, d\u00e9couvre que le mot d\u2019esprit, dont Freud \u00e9tait si friand, s\u2019il a bien des rapports \u00e9troits avec l\u2019inconscient, est au c\u0153ur de la tradition herm\u00e9neutique juive, ce qui n\u2019est pas sans nous r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 quelle logique narrative \u2014 du r\u00eave, du d\u00e9sir, du signifiant \u2014 cette tradition appartient. Quiconque lit la Torah \u00e9crite (\u00e0 savoir le Pentateuque, puis les proph\u00e8tes, allant du livre de Josu\u00e9 \u00e0 celui de Malachie, et enfin les \u00c9crits, allant des Psaumes aux Chroniques), quiconque lit la Torah \u00e9crite \u00e0 la lumi\u00e8re de cette tradition, ne saurait \u00eatre dispens\u00e9 d\u2019\u00e9tudier la Torah <em>orale<\/em> qui reprend, d\u00e9veloppe, commente l\u2019enseignement provenant \u00ab de la bouche \u00bb des Sages<a id=\"footnoteref12_wpa7677\" class=\"see-footnote\" title=\" La Torah shebe\u2019al-p\u00e9 (loi qui est dans la bouche) transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration d\u00e8s le temps de Mo\u00efse accompagne la Torah shebiktav (loi \u00e9crite) dans le voyage du peuple juif au cours de l\u2019Histoire. Cette Torah orale est constitu\u00e9e du Talmud, du Midrach, de la cabale et de tous les commentaires des rabbins qui en reprennent et en discutent les arguments herm\u00e9neutiques pour les enrichir et les d\u00e9velopper jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui o\u00f9 cette Torah orale est encore et toujours vivante.\" href=\"#footnote12_wpa7677\">[12]<\/a>, enseignement qui, \u00e0 partir des lois d\u00e9gag\u00e9es de la Torah \u00e9crite, compulse des interpr\u00e9tations contradictoires, des d\u00e9bats, des discussion, des r\u00e9cits, et dont le statut est bel et bien oral, m\u00eame si elle est r\u00e9guli\u00e8rement mise par \u00e9crit depuis la destruction du Second Temple au premier si\u00e8cle de notre \u00e8re. Henri Atlan ose ainsi soutenir, contre toute attente, que l\u2019\u00e9criture de la Bible est un langage ath\u00e9e \u00ab puisqu\u2019il renvoie toujours \u00e0 autre chose que lui-m\u00eame, de fa\u00e7on infinie et n\u00e9gativement, de telle sorte que si l\u2019on veut y localiser un centre, une origine des significations, un dieu donc, qui lui donne son sens, on ne peut l\u2019y trouver que dans le vide, le vide de langage, les blancs de l\u2019\u00e9criture<a id=\"footnoteref13_itlho25\" class=\"see-footnote\" title=\" Henri Atlan, \u00ab Niveaux de signification et ath\u00e9isme de l\u2019\u00e9criture \u00bb, dans La Bible au pr\u00e9sent, Colloque des intellectuels juifs. Donn\u00e9es et d\u00e9bats, Paris, Gallimard, \u00ab Id\u00e9es \u00bb, 1982, p. 85-86\" href=\"#footnote13_itlho25\">[13]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<h2>\u00ab Nous ferons et nous entendrons \u00bb<\/h2>\n<p>J\u2019ai comment\u00e9 ailleurs<a id=\"footnoteref14_ixewk4m\" class=\"see-footnote\" title=\" Anne \u00c9laine Cliche, Tu ne te feras pas d\u2019image. Duras, Sarraute, Guyotat, Montr\u00e9al, Le Quartanier, 2016. \" href=\"#footnote14_ixewk4m\">[14]<\/a> l\u2019\u00e9trange r\u00e9ponse que les enfants d\u2019Isra\u00ebl donnent \u00e0 Mo\u00efse venu leur rapporter en d\u00e9tails les dix Paroles qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 incapables d\u2019entendre, mais qu\u2019ils ont vues, nous dit le texte. (<em>Exode<\/em> 20 et 21). \u00ab Mo\u00efse vint raconter toutes les paroles du Seigneur et toutes les r\u00e8gles. Tout le peuple r\u00e9pondit d\u2019une seule voix : Toutes les paroles du Seigneur nous les ferons. [\u2026] <em>nous ferons et nous entendrons<\/em> [<em>Na\u2019asse ve nichma\u2019<\/em>] (<em>Exode<\/em> 24 : 8). \u00bb<\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit affirme apparemment qu\u2019avant m\u00eame de comprendre et de mesurer ce que la loi exige d\u2019eux, les enfants d\u2019Isra\u00ebl d\u00e9clarent \u00e0 Mo\u00efse qu\u2019ils sont pr\u00eats \u00e0 l\u2019accomplir. L\u00e0 n\u2019est pas l\u2019apparente \u00e9tranget\u00e9, bien s\u00fbr, mais ce qui s\u2019affirme comme une logique de r\u00e9v\u00e9lation invers\u00e9e. Cette d\u00e9claration : <em>Na\u2019ass\u00e9 ve nichma\u2019,<\/em> que l\u2019on peut aussi traduire par \u00ab nous ferons <em>et alors seulement<\/em> nous entendrons \u00bb, a suscit\u00e9 bien des interpr\u00e9tations qu\u2019il n\u2019est pas possible de rassembler ici. J\u2019en proposerai une, en conclusion de cette pr\u00e9face \u00e0 un dossier d\u00e9di\u00e9 au spirituel dans la litt\u00e9rature. Si la parole nous pr\u00e9c\u00e8de, n\u2019est-il pas judicieux de s\u2019y livrer d\u2019abord, c\u2019est-\u00e0 dire, de s\u2019embarquer sur son flot et de <em>faire<\/em> avec elle, qui parle en nous, l\u2019\u00e9preuve d\u2019une captation, d\u2019une capture, pour l\u2019entendre enfin? <em>Faire<\/em> avec cette chose parlante qui, la Torah l\u2019affirme, ne cesse de parler depuis la cr\u00e9ation du monde, c\u2019est en quelque sorte, pour un \u00e9crivain, se laisser prendre \u00e0 son courant tant\u00f4t puissant, charg\u00e9, tant\u00f4t t\u00e9nu, sans force, pour cr\u00e9er la mati\u00e8re d\u2019un Dire, r\u00e9cit, po\u00e8me, livre que nous n\u2019entendrons, voire ne comprendrons qu\u2019apr\u00e8s coup, sourds que nous sommes, au moment de cr\u00e9er, \u00e0 tout ce qui surgit et remonte de notre v\u00e9cu qui n\u2019avait jusque-l\u00e0 pas de mots, et que les mots transforment voire transfigurent en histoire vraie puisqu\u2019in\u00e9dite et jusque-l\u00e0 inaudible.<\/p>\n<p>Je ne sais si tout \u00e9crivain exp\u00e9rimente cette temporalit\u00e9 dans laquelle nous n\u2019entendons et n\u2019apprenons qu\u2019apr\u00e8s avoir dit, non pas tant ce que nous voulions dire, mais ce qui, en nous, charriait le <em>tohou va bohou<\/em> de la m\u00e9moire informe. C\u2019est l\u2019increvable d\u00e9sir de rejoindre ce Je, cet <em>Anokhi<\/em> qui est aussi le n\u00f4tre, qui lance toute \u00e9criture. Et c\u2019est seulement en assumant ce d\u00e9sir que le <em>faire<\/em>, en l\u2019occurrence le <em>Dire<\/em>, devient imp\u00e9ratif, un Dire qui ne peut dire que ce qui arrive dans l\u2019\u00e9crit et qui est ce Je en train d\u2019advenir au futur. C\u2019est le d\u00e9sir que nous avons de lui qui nous livre aux \u00e9lans de la phrase. Oui, nous <em>ferons<\/em> des phrases avec le cri du premier jour, et <em>dans<\/em> ces phrases que nous croyons n\u00f4tres, nous l\u2019entendrons qui revient de loin.<\/p>\n<p>On peut penser ainsi que le spirituel d\u00e9signe simplement l\u2019esprit, au sens d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, qui est l\u2019autre nom de l\u2019humour. Ce n\u2019est pas parce que Dieu serait mort que le sens et la transcendance se d\u00e9robent, c\u2019est parce que son Nom innommable renvoie toujours \u00e0 autre chose par le jeu des lettres avec lesquelles il n\u2019a lui-m\u00eame jamais cess\u00e9 de jouer. \u00c0 Mo\u00efse qui lui demande qui il doit annoncer \u00e0 son peuple, la tr\u00e8s spirituelle Voix du buisson ardent r\u00e9pond : \u00ab Dis-leur : Je serai, <em>\u00c8hi\u00e8<\/em>, m\u2019a envoy\u00e9 vers vous. (<em>Exode<\/em> 3 : 14) \u00bb. C\u2019est un futur (<em>Je serai ce que je serai<\/em>) qui l\u00e0 se formule et qui annonce la suite de l\u2019histoire, \u00e0 savoir que Dieu est la parole m\u00eame, celle qui, m\u00eame actuelle, est toujours \u00e0 venir, pas moyen de l\u2019an\u00e9antir ni de l\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>Comme le dit Estragon \u00e0 Vladimir : \u00ab En attendant, essayons de converser sans nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire. \u00bb \u00ab C\u2019est vrai, r\u00e9pond Vladimir, nous sommes intarissables <a id=\"footnoteref15_ci2kw86\" class=\"see-footnote\" title=\" Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris, Minuit, 1952, p. 80.\" href=\"#footnote15_ci2kw86\">[15]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><em>Le Zohar<\/em>, Tome I, traduction Bernard Maruani,, Paris, Verdier, 1981 <em>Midrach Gen\u00e8se Rabba<\/em>, 1, 1, Paris, Verdier, 1987.<\/p>\n<p>Talmud de Babylone, trait\u00e9 Chabbat: <em>TALMUD BABLI<\/em>, hebrew\/english, Brooklyn, N.Y. The Schottenstein edition, Artscroll, 2004.<\/p>\n<p>ATLAN, Henri, \u00ab Niveaux de signification et ath\u00e9isme de l\u2019\u00e9criture \u00bb, dans <em>La Bible au pr\u00e9sent,\u00a0 Colloque des intellectuels juifs. Donn\u00e9es et d\u00e9bats, <\/em>Paris, Gallimard, \u00ab Id\u00e9es \u00bb, 1982.<\/p>\n<p>CLICHE, Anne \u00c9laine, <em>Tu ne te feras pas d\u2019image. Duras, Sarraute, Guyotat<\/em>, Montr\u00e9al, Le\u00a0 Quartanier, 2016.<\/p>\n<p>ROSENZWEIG, Franz, <em>L\u2019\u00e9toile de la R\u00e9demption,<\/em> traduit de l\u2019allemand par Alexandre Derczanski\u00a0 et Jean-Louis Schlegel, Paris, Seuil, coll. \u00ab Esprit \u00bb, 1982.<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\"><a id=\"footnote1_9um32lm\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_9um32lm\">[1]<\/a> Midrach (de la racine DRCH : darach \u00ab interroger \u00bb, \u00ab demander \u00bb ; pl. midrachim) \u2014 Terme h\u00e9breu d\u00e9signant un commentaire rabbinique de la Bible (Torah) ayant pour but d\u2019expliciter divers points juridiques ou de prodiguer un enseignement moral en recourant \u00e0 divers genres litt\u00e9raires : r\u00e9cits, paraboles et l\u00e9gendes. Le terme d\u00e9signe aussi un recueil de midrachim. Cette m\u00e9thode d\u2019interpr\u00e9tation repose sur la r\u00e9ponse narrative \u00e0 une question que soul\u00e8ve, chez un commentateur, un passage de la Torah.<a id=\"footnote2_mlhc890\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_mlhc890\">[2]<\/a> <em> Zohar 1<\/em>, 2b-3b<a id=\"footnote3_rn3z07k\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_rn3z07k\">[3]<\/a> En h\u00e9breu chaque lettre correspond \u00e0 un nombre.<\/p>\n<p><a id=\"footnote4_y93puha\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_y93puha\">[4]<\/a> <em> Midrach Gen\u00e8se Rabba<\/em>, 1, 1, Paris, Verdier, 1987.<\/p>\n<p><a id=\"footnote5_y0owt3o\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_y0owt3o\">[5]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a id=\"footnote6_ld2yp92\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_ld2yp92\">[6]<\/a> Si on additionne la valeur de chacune des quatre lettres du Nom que l\u2019on traduit parfois par YaHVeH : youd\u00a0 (10) + h\u00e9 (5) + vav (6) + h\u00e9 (5) = 26.<\/p>\n<p><a id=\"footnote7_n826kst\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_n826kst\">[7]<\/a> \u00ab Je ne maudirai plus jamais le sol \u00e0 cause de l\u2019homme. Certes le c\u0153ur de l\u2019homme est port\u00e9 au mal d\u00e8s son enfance, mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l\u2019ai fait. [\u2026] J\u2019ai mis mon arc dans la nu\u00e9e pour qu\u2019il devienne un signe de l\u2019alliance entre moi et la terre [\u2026] Dieu dit \u00e0 No\u00e9 : C\u2019est le signe de l\u2019Alliance que j\u2019ai \u00e9tablie entre moi et toute chair qui est sur la terre. (<em>Gen\u00e8se<\/em> 9 : 21, 13, 17) \u00bb<\/p>\n<p><a id=\"footnote8_ko60mxo\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_ko60mxo\">[8]<\/a> \u00ab Tout le peuple voit les voix. [\u2026] Ils dirent \u00e0 Mo\u00efse : Parle-nous toi-m\u00eame et nous entendrons; mais que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort! \u00bb (<em>Exode<\/em> 20 : 18-20)<\/p>\n<p><a id=\"footnote9_95px56j\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_95px56j\">[9]<\/a> <em> Anokhi<\/em> est la forme \u00ab solennelle \u00bb de <em>Ani<\/em> (ou ana) : les deux mots d\u00e9signent la premi\u00e8re personne du singulier.<\/p>\n<p><a id=\"footnote10_nyy13po\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_nyy13po\">[10]<\/a> Talmud de Babylone, trait\u00e9 \u00ab Chabbat \u00bb, 105a. Rabbi Yohanan bar Nappaha (\u00ab Rabbi Yohanan le fils du forgeron \u00bb) est l\u2019un des <em>Amora\u00efm<\/em> (docteurs du Talmud) les plus importants de la seconde g\u00e9n\u00e9ration. Il a v\u00e9cu en Isra\u00ebl au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de l\u2019\u00e8re commune (Sephoris, c. 200 \u2013 Tib\u00e9riade, c. 280).<\/p>\n<p><a id=\"footnote11_hnguk8q\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_hnguk8q\">[11]<\/a> Franz Rosenzweig, <em>L\u2019\u00e9toile de la R\u00e9demption,<\/em> traduit de l\u2019allemand par Alexandre Derczanski et JeanLouis Schlegel, Paris, Seuil, coll. \u00ab Esprit \u00bb, 1982, p. 211.<\/p>\n<p><a id=\"footnote12_wpa7677\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_wpa7677\">[12]<\/a> La <em>Torah shebe\u2019al-p\u00e9<\/em> (loi qui est dans la bouche) transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration d\u00e8s le temps de Mo\u00efse accompagne la <em>Torah shebiktav<\/em> (loi \u00e9crite) dans le voyage du peuple juif au cours de l\u2019Histoire. Cette Torah orale est constitu\u00e9e du Talmud, du Midrach, de la cabale et de tous les commentaires des rabbins qui en reprennent et en discutent les arguments herm\u00e9neutiques pour les enrichir et les d\u00e9velopper jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui o\u00f9 cette Torah orale est encore et toujours vivante.<\/p>\n<p><a id=\"footnote13_itlho25\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_itlho25\">[13]<\/a> Henri Atlan, \u00ab Niveaux de signification et ath\u00e9isme de l\u2019\u00e9criture \u00bb, dans <em>La Bible au pr\u00e9sent, Colloque des intellectuels juifs. Donn\u00e9es et d\u00e9bats, <\/em>Paris, Gallimard, \u00ab Id\u00e9es \u00bb, 1982, p. 85-86<\/p>\n<p><a id=\"footnote14_ixewk4m\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_ixewk4m\">[14]<\/a> Anne \u00c9laine Cliche, <em>Tu ne te feras pas d\u2019image. Duras, Sarraute, Guyotat<\/em>, Montr\u00e9al, Le Quartanier, 2016.<\/p>\n<p><a id=\"footnote15_ci2kw86\" class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_ci2kw86\">[15]<\/a> Samuel Beckett, <em>En attendant Godot<\/em>, Paris, Minuit, 1952, p. 80.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Cliche, Anne \u00c9laine. 2024. \u00ab \u00ab\u00a0O\u00f9 est Dieu? noms de Dieu!\u00a0\u00bb \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier\u00a0\u00a0\u00ab De la cr\u00e9ation par le verbe \u00e0 la mort de Dieu : litt\u00e9rature et spiritualit\u00e9 \u00bb, no 39, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5767 (Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier\u00a0\u00a0\u00ab De la cr\u00e9ation par le verbe \u00e0 la mort de Dieu : litt\u00e9rature et spiritualit\u00e9 \u00bb, no 39 Que foutait Dieu avant la cr\u00e9ation? (Samuel Beckett, Molloy) Quand le Saint, b\u00e9ni soit-Il, voulut cr\u00e9er le monde, les lettres \u00e9taient encloses. Et pendant les deux mille ans qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la cr\u00e9ation, Il les contemplait et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":"[]"},"categories":[1361,1139],"tags":[76],"class_list":["post-5767","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-la-creation-par-le-verbe-a-la-mort-de-dieu-litterature-et-spiritualite","category-preface","tag-cliche-anne-elaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5767"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5767\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8978,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5767\/revisions\/8978"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}