{"id":9501,"date":"2024-11-29T16:01:50","date_gmt":"2024-11-29T16:01:50","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9501"},"modified":"2024-12-03T18:11:06","modified_gmt":"2024-12-03T18:11:06","slug":"creuser-encore-et-toujours-les-multiples-lectures-de-loeuvre-posthume-de-thomas-pilaster","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9501","title":{"rendered":"Creuser encore et toujours\u00a0: les multiples lectures de \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre posthume de Thomas Pilaster\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\"><strong>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la condamnation des po\u00e8tes par Platon dans&nbsp;<em>La R\u00e9publique<\/em>, la litt\u00e9rature et le faux sont \u2014 \u00e0 tort ou \u00e0 raison&nbsp;\u2014 intrins\u00e8quement li\u00e9s dans les esprits : le second est \u00e0 ce point constitutif de la premi\u00e8re qu\u2019il en est m\u00eame difficile d\u2019affirmer que la litt\u00e9rature a la capacit\u00e9 de mentir<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. De fait, en signalant sa nature fictionnelle, la litt\u00e9rature se rend, par d\u00e9finition, incapable de tromper son lecteur et, d\u00e8s lors, de mentir. \u00c0 d\u00e9faut, celle-ci s\u2019est donc mu\u00e9e en un \u00ab&nbsp;observatoire des mensonges&nbsp;\u00bb (Decout et Mecke 2021) assouvissant un int\u00e9r\u00eat ininterrompu au fil des si\u00e8cles pour la tromperie. Mais, \u00e0 compter de l\u2019\u00e9poque moderne, \u00e9mergent progressivement des tentatives de faire mentir le litt\u00e9raire, que ce soit au travers de subterfuges extradi\u00e9g\u00e9tiques tels que la pseudonymie ou la production d\u2019apocryphes, ou au sein de la fiction, par l\u2019exploration de diverses variations autour du narrateur non&nbsp;fiable, qui permet l\u2019introduction d\u2019un mensonge dans la tromperie avou\u00e9e qu\u2019est celle-ci. Si ce jeu sur les conventions&nbsp;du roman afin d\u2019y introduire du mensonge est \u00e0 distinguer de la volont\u00e9 du Nouveau Roman de \u00ab&nbsp;romp[re] avec [d]es conventions jug\u00e9es fallacieuses et mensong\u00e8res&nbsp;\u00bb (Decout et Mecke 2021), c\u2019est bien ce dernier qui fera avancer la r\u00e9flexion sur le mensonge en litt\u00e9rature. En mettant en lumi\u00e8re l\u2019inauthenticit\u00e9 constitutive des formes adopt\u00e9es par le roman traditionnel et en appelant \u00e0 couper avec celles-ci au nom d\u2019une innovation totale, plusieurs auteurs du Nouveau Roman, \u00e0 l\u2019image de Nathalie Sarraute, entendent amener leurs textes au plus pr\u00e8s du r\u00e9el. Cependant, au fil des ann\u00e9es, exp\u00e9rimentation apr\u00e8s exp\u00e9rimentation, cette exigence absolue de nouveaut\u00e9 conduit \u00e0 un essoufflement de la litt\u00e9rature, d\u00e9sormais confront\u00e9e \u00e0 une impasse&nbsp;: il devient \u00e0 ce point difficile d\u2019innover que l\u2019auteur est, par d\u00e9faut, condamn\u00e9 au mensonge.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour s\u2019en sortir, la litt\u00e9rature contemporaine a op\u00e9r\u00e9, depuis plusieurs ann\u00e9es, un \u00ab&nbsp;retour du r\u00e9el&nbsp;\u00bb (Decout et Mecke 2021) comme&nbsp;moyen d\u2019\u00e0 nouveau rendre l\u2019authenticit\u00e9 possible. Du recueil de voix dans&nbsp;<em>Cinq mains coup\u00e9es<\/em>&nbsp;de Sophie Divry<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, construit \u00e0 partir d\u2019extraits d\u2019entretiens r\u00e9alis\u00e9s aupr\u00e8s de manifestants mutil\u00e9s, aux r\u00e9cits personnels&nbsp;quasi sociologiques d\u2019Ernaux<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, si elle n\u2019a pas la pr\u00e9tention de dire le vrai, cette litt\u00e9rature de l\u2019authentique entend tout du moins transmettre une v\u00e9rit\u00e9, aussi subjective et partiale puisse-t-elle \u00eatre. En cela, cette nouvelle \u00ab&nbsp;\u00e8re du r\u00e9el&nbsp;\u00bb marque dans le m\u00eame temps l\u2019ouverture d\u2019\u00ab&nbsp;[u]ne nouvelle \u201c\u00e8re du mensonge\u201d&nbsp;\u00bb (Decout et Mecke 2021), car l\u00e0 o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 est d\u00e9sormais possible, le mensonge l\u2019est tout autant, comme en t\u00e9moignent les nombreuses affaires remettant en cause des r\u00e9cits se voulant authentiques. Dans le m\u00eame temps une autre possibilit\u00e9 de sortir de l\u2019impasse cr\u00e9\u00e9e par le Nouveau Roman&nbsp;se fait jour&nbsp;: la \u00ab&nbsp;revendi[cation] d\u2019une esth\u00e9tique du faux&nbsp;\u00bb (Decout et Mecke 2021). Celle-ci consiste \u00e0 afficher ouvertement, par toute une s\u00e9rie de moyens (narrateur non fiable, ironie constante, mobilisation massive de clich\u00e9s identifi\u00e9s comme tels, etc.), le caract\u00e8re inauthentique&nbsp;du texte, emp\u00eachant de cette fa\u00e7on toute accusation de mensonge. Bien qu\u2019on puisse y lire une voie alternative de retour \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 la revendication de la falsification appara\u00eet elle-m\u00eame comme authentique, il s\u2019agirait plut\u00f4t selon Maxime Decout et Jochen Mecke d\u2019un moyen de signaler l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019authentique en litt\u00e9rature d\u00e9sormais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les auteurs ayant ainsi pris le contrepied du paradigme de l\u2019authentique, \u00c9ric Chevillard se d\u00e9marque par la place importante que prend le refus de l\u2019authenticit\u00e9 dans sa posture et dans son \u0153uvre, \u00e0 l\u2019image de l\u2019imposture qui se faisait d\u00e9j\u00e0 jour dans&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume de Thomas Pilaster<\/em>. L\u2019imposture rev\u00eat de nombreuses formes, telles que la mauvaise foi, le vol, la manipulation, le plagiat, l\u2019usurpation, la tromperie et m\u00eame la fabrication de faux. Couche apr\u00e8s couche, au fil des lectures, la tromperie est \u00e0 ce point g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e que le roman lui-m\u00eame pourrait s\u2019av\u00e9rer en \u00eatre une \u00e0 plus d\u2019un titre, car, plus que jamais dans celui-ci, \u00ab&nbsp;les pistes les plus visiblement balis\u00e9es sont celles qu\u2019on a le plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 emprunter avec circonspection, et plus encore quand ce balisage d\u00e9signe ouvertement le chemin d\u2019un pr\u00e9tendu secret&nbsp;\u00bb (Michelucci 2008, 55).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Premi\u00e8re lecture&nbsp;: une relation duplicitaire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paru en 1999,&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume de Thomas Pilaster<\/em>&nbsp;prend la forme d\u2019une \u00e9dition comment\u00e9e des \u0153uvres posthumes du c\u00e9l\u00e8bre auteur Thomas Pilaster (y sont rassembl\u00e9s un journal de jeunesse, une nouvelle mise au placard, la partie non conserv\u00e9e d\u2019un recueil d\u2019aphorismes, un r\u00e9cit court constituant la seule trace d\u2019un grand projet avort\u00e9, une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre jamais jou\u00e9e, un carnet de notes in\u00e9dit et un recueil de ha\u00efkus en phase d\u2019ach\u00e8vement) par celui qui se pr\u00e9sente comme son ami de longue date, Marc-Antoine Marson. Cependant, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de la pr\u00e9face sign\u00e9e par Marson, le ton est donn\u00e9 : il ne s\u2019agira pas d\u2019une \u00e9dition comment\u00e9e classique. Faisant mine de s\u2019interroger sur le bien-fond\u00e9 de la publication d\u2019\u0153uvres \u00e0 titre posthume, il \u00e9crit : \u00ab [D]oit-on ou non publier apr\u00e8s sa mort les \u0153uvres in\u00e9dites d\u2019un \u00e9crivain \u00e0 tort ou \u00e0 raison tenu pour important ? \u00bb (Chevillard 1999, 7), tandis que s\u2019en suit l\u2019\u00e9num\u00e9ration d\u2019hypoth\u00e8ses farfelues justifiant la publication de telles \u00e9ditions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si d\u2019embl\u00e9e l\u2019entreprise appara\u00eet \u00e9trange, elle ne tarde pas \u00e0 devenir tout bonnement suspecte d\u00e8s lors que Marson, loin de la neutralit\u00e9 exig\u00e9e par le genre, semble entamer un travail de sape de l\u2019autorit\u00e9 et du prestige de son pr\u00e9tendu ami, qu\u2019il poursuivra ensuite tout au long du roman. Dans son projet de d\u00e9boulonnage de statue ou plut\u00f4t de mise en pi\u00e8ce du pilastre \u2014&nbsp;tant Pilaster, comme le sugg\u00e8re son nom, est pr\u00e9sent\u00e9 comme un auteur solidement ancr\u00e9 \u2014 le commentateur multiplie les attaques \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019encontre du physique et de la personnalit\u00e9 de Pilaster. Affichant, sans m\u00eame sembler chercher \u00e0 la dissimuler aux yeux du lecteur, sa mauvaise foi sans limites, Marson insiste d\u2019entr\u00e9e sur \u00ab&nbsp;l\u2019aversion presque physique qu\u2019[\u2026]inspirait&nbsp;\u00bb (12) cet avorton acn\u00e9ique aux airs de \u00ab&nbsp;pauvre poulet \u00e0 vif&nbsp;\u00bb (11) dont les \u00ab&nbsp;gros genoux cont[enaient] aussi la cuisse et le mollet&nbsp;\u00bb (181) et ne souhaite pas taire,<em>&nbsp;<\/em>par souci d\u2019honn\u00eatet\u00e9, les plus grands d\u00e9fauts de l\u2019auteur aveugl\u00e9ment ador\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019estimerais coupable de trahison si je dissimulais au lecteur le trait le plus saillant de la personnalit\u00e9 de mon vieil ami&nbsp;: non point sa l\u00e2chet\u00e9 physique mainte fois av\u00e9r\u00e9e, non sa cupidit\u00e9 inou\u00efe, non sa s\u00e9cheresse de c\u0153ur, mais sa vanit\u00e9, Pilaster \u00e9tait avant tout un \u00eatre \u00e9minemment vaniteux \u2013 et je m\u2019arrache cet aveu, je le r\u00e9p\u00e8te, avec la conviction que ce portrait touchant servira mieux la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9crivain, et plus fid\u00e8lement, que sa r\u00e9putation infond\u00e9e d\u2019ironiste subtil et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, g\u00e9n\u00e9reux au fond et excellent homme, colport\u00e9 par quelques thurif\u00e9raires imb\u00e9ciles. (111)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais un tel travail de sape semble incomplet, voire anecdotique tant qu\u2019il ne s\u2019attaque qu\u2019\u00e0 la personne de Pilaster. D\u00e8s lors, bien plus nombreux encore sont les commentaires \u00e0 propos de l\u2019\u0153uvre publi\u00e9e du vivant de celui-ci&nbsp;: le premier recueil de l\u2019auteur est tax\u00e9 de \u00ab&nbsp;projet pu\u00e9ril&nbsp;\u00bb qui ne doit sa bonne r\u00e9ception qu\u2019\u00ab&nbsp;au comique involontaire qui s\u2019en d\u00e9gag[e]&nbsp;\u00bb (14), tandis que le succ\u00e8s de ses \u00ab&nbsp;deux premiers livres&nbsp;\u00bb est jug\u00e9 \u00ab&nbsp;tr\u00e8s surfait&nbsp;\u00bb (57). De la m\u00eame fa\u00e7on, mais avec plus de mesquinerie encore \u2014&nbsp;rappelons que plusieurs de ces textes semblaient \u00eatre envisag\u00e9s par leur auteur comme des scories \u2014 Marson ne manque pas de critiquer les in\u00e9dits pr\u00e9sent\u00e9s dans le volume. Allant jusqu\u2019\u00e0 mandater un scientifique pour parvenir \u00e0 d\u00e9chiffrer un \u00ab&nbsp;mauvais jeu de mots, barr\u00e9, gratt\u00e9 sur le manuscrit&nbsp;\u00bb (51), gr\u00e2ce \u00e0 un laser cr\u00e9\u00e9 pour l\u2019occasion, et \u00e0 cacher un livre dont Pilaster a fait chercher et d\u00e9truire les copies, Marson ne m\u00e9nage pas ses efforts pour \u00ab&nbsp;d\u00e9figurer le portrait transmis \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, dans une r\u00e9\u00e9valuation critique de l\u2019histoire litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb (Demanze 2015, 84).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Effectivement, il entend bien y mettre de l\u2019ordre&nbsp;: entendez par l\u00e0 en \u00e9vincer Pilaster, id\u00e9alement pour lui prendre sa place. Apr\u00e8s tout n\u2019est-ce pas Marson qui a inspir\u00e9 le second livre de l\u2019auteur \u00e0 succ\u00e8s, paru pr\u00e9cis\u00e9ment apr\u00e8s que celui-ci \u00ab&nbsp;[a eu] l\u2019occasion de lire sur manuscrit&nbsp;<em>Le chant des astres<\/em>&nbsp;[le] premier roman [de son ami], dont la publication retard\u00e9e suivit de quelques mois celle de [\u2026]&nbsp;<em>Bapst, ou l\u2019expansion de l\u2019Univers<\/em>&nbsp;\u00bb (Chevillard 1999,&nbsp;15)&nbsp;?&nbsp;En plus d\u2019\u00eatre un plagiaire qui aurait notamment copi\u00e9 des d\u00e9finitions dans le dictionnaire sans le signaler et repris telle quelle l\u2019inscription d\u2019une fa\u00e7ade pour en faire l\u2019un de ses titres, Pilaster n\u2019est-il pas \u00e9galement un imposteur et un faussaire qui, non content de tromper son lectorat sur sa personne et sur ses v\u00e9ritables inspirations litt\u00e9raires (il \u00ab&nbsp;citait plus volontiers Swift ou Sterne parmi ses ma\u00eetres&nbsp;\u00bb (30) que la comtesse de S\u00e9gur), aurait manipul\u00e9 son&nbsp;<em>Journal 1952<\/em>&nbsp;en y ajoutant des dates \u00ab&nbsp;pour la plupart fictives&nbsp;\u00bb (24) afin de faire croire \u00e0 un v\u00e9ritable journal&nbsp;? Voil\u00e0 qui est commode&nbsp;: pour Marson, qui embarque le lecteur dans une entreprise dont celui-ci n\u2019est pourtant pas dupe, \u00ab&nbsp;[l]e temps du posthume [devient] [\u2026] celui de la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019imposture&nbsp;\u00bb (Demanze 2015, 86)<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 un tout autre pillage que le lecteur assiste, \u00ab&nbsp;un rapt dont la motivation est le rehaussement d\u2019une carri\u00e8re litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb (Audet 2008, 115), celle de Marc-Antoine Marson. Outre le projet manifeste qu\u2019a celui-ci de ferrer le lectorat de Pilaster en alimentant sa curiosit\u00e9 (si le volume des&nbsp;<em>\u0152uvres posthumes\u2026&nbsp;<\/em>a du succ\u00e8s, il promet la publication d\u2019une tout aussi \u00e9clairante&nbsp;<em>Correspondance<\/em>), c\u2019est de la plume m\u00eame de l\u2019auteur qu\u2019il semble tenter de s\u2019emparer. Ainsi que cela a souvent \u00e9t\u00e9 not\u00e9, les deux hommes partagent en effet \u00ab&nbsp;les m\u00eames traits stylistiques, les m\u00eames obsessions th\u00e9matiques [:] l\u2019analogie d\u00e9valorisante, la pr\u00e9sence du bestiaire, le go\u00fbt du mot d\u2019esprit&nbsp;\u00bb (Demanze 2015, 87). Mais l\u00e0 o\u00f9, chez Pilaster, ce style joueur et inattendu est signe d\u2019originalit\u00e9, en se figeant en un ensemble de recettes \u00e0 appliquer, il devient m\u00e9canique chez son plagiaire et finit par perdre tout int\u00e9r\u00eat d\u00e8s lors qu\u2019il devient ais\u00e9ment reproductible<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Si Marson fait, sous certains aspects figure de double de Pilaster comme le signale Chevillard (Chevillard 2007) \u2014 Thomas est d\u2019ailleurs issu de l\u2019aram\u00e9en T\u02be\u014dm\u0101 (\u05ea\u05b0\u05bc\u05d0\u05d5\u05b9\u05de\u05b8\u05d0) signifiant \u00ab&nbsp;jumeau&nbsp;\u00bb \u2014, il appara\u00eet avant tout comme la p\u00e2le copie de l\u2019\u00e9crivain \u00e0 succ\u00e8s. Et le roman de d\u00e9passer le th\u00e8me omnipr\u00e9sent du double<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;pour poser la question de la valeur de l\u2019original et de la place de la copie.<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais il ne s\u2019agit pas l\u00e0 du seul d\u00e9doublement observable concernant ces personnages, Marson et Pilaster apparaissant eux-m\u00eames dans une certaine mesure comme des doubles d\u2019\u00c9ric Chevillard. Outre le fait que plusieurs textes publi\u00e9s par Pilaster partagent en tout ou en partie leur titre avec des textes de Chevillard parus tant\u00f4t avant, tant\u00f4t apr\u00e8s la publication de&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume\u2026<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a><em>&nbsp;<\/em>et que les deux hommes ont des styles semblables, ils ont surtout en commun leur pratique de la note et du journal. Styles et pratiques sont si proches qu\u2019il ne serait pas \u00e9tonnant que le&nbsp;<em>Journal 1952<\/em>&nbsp;et le&nbsp;<em>Carnet 1991<\/em>&nbsp;soient partiellement ou compl\u00e8tement tir\u00e9s des carnets de notes de l\u2019auteur, qui a lui-m\u00eame signal\u00e9 que sa pratique de la note a toujours \u00e9t\u00e9 abondante et est de loin ant\u00e9rieure au d\u00e9but de&nbsp;<em>L\u2019Autofictif<\/em>&nbsp;(Chevillard 2018, 7-13). \u00c0 l\u2019inverse, Marson, dans son opposition avec Pilaster qu\u2019il d\u00e9nigre, \u00e9voque la dynamique d\u2019invalidation de sa propre pratique si fr\u00e9quente chez Chevillard<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, de sorte que, par un jeu de doubles, la pr\u00e9sence de l\u2019auteur flotte en permanence sur le roman, ce qui pourrait ne pas \u00eatre sans cons\u00e9quence sur l\u2019appr\u00e9hension du texte par le lecteur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Deuxi\u00e8me lecture&nbsp;: meurtre entre les lignes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a cependant pas que les personnages qui se d\u00e9doublent et entrent en concurrence, le livre lui-m\u00eame se r\u00e9v\u00e8le rapidement avoir plus d\u2019une facette. Si le lecteur comprend vite qu\u2019il est face \u00e0 un narrateur suspect qui, par jalousie envers Pilaster, redouble de mauvaise foi pour tenter de prendre sa place dans l\u2019histoire, ce n\u2019est que progressivement qu\u2019il r\u00e9alise \u00e0 quel point celui-ci lui ment ou du moins lui dissimule des informations dans ce but&nbsp;et que le p\u00e9ritexte en est la cl\u00e9. Car, sous couvert d\u2019une \u00e9dition comment\u00e9e d\u2019\u0153uvres posthumes, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 un tout autre objet qui se construit \u2014 par un d\u00e9tournement des normes du genre caract\u00e9ristique du roman chevillardien \u2014 au fil du dialogue qui s\u2019\u00e9tablit entre les textes de Pilaster et la pr\u00e9face, les notes de bas de page et les notices de son commentateur : le r\u00e9cit d\u2019une rivalit\u00e9 professionnelle et amoureuse qui a conduit au meurtre de Pilaster par Marson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De page en page, en comblant les lacunes intentionnellement laiss\u00e9es par Marson, qui feint l\u2019ignorance de passages qui lui sont consacr\u00e9s ou qui trouve divers pr\u00e9textes pour dissimuler les endroits o\u00f9 son nom est mentionn\u00e9 (illisibilit\u00e9, respect de l\u2019anonymat, etc.), se dessine une amiti\u00e9 complexe. Au travers des \u0153uvres posthumes de celui-ci apparaissent le peu de consid\u00e9ration et l\u2019agacement que ressentait Pilaster pour ce \u00ab&nbsp;peti[t] gros chauv[e]&nbsp;\u00bb (Chevillard 1999, 32) un peu fleur bleue, auteur d\u2019\u00ab&nbsp;ex\u00e9crables po\u00e8mes&nbsp;\u00bb (48), qui s\u2019accrochait \u00e0 lui aussi solidement qu\u2019un \u00ab&nbsp;crampon&nbsp;\u00bb (143). Dans le m\u00eame temps,&nbsp;les commentaires de Marson mettent en lumi\u00e8re une amiti\u00e9 int\u00e9ress\u00e9e (d\u2019abord par les sucreries du petit Pilaster, puis par le succ\u00e8s de l\u2019auteur largement reconnu) et marqu\u00e9e par une jalousie sans borne envers celui qui a s\u00e9duit la femme aim\u00e9e et qui aurait tir\u00e9 grand profit de celle qui est devenue son inspiratrice. Progressivement les textes des deux hommes versent des pi\u00e8ces au dossier de l\u2019enqu\u00eate dans laquelle le lecteur est embarqu\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pilaster \u00e9crit qu\u2019une pi\u00e8ce manque dans le jeu d\u2019\u00e9checs : le tra\u00eetre&nbsp;\u00bb (53)&nbsp;et donne \u00e0 l\u2019un des personnages de sa nouvelle polici\u00e8re le nom de son \u00ab&nbsp;ami&nbsp;\u00bb, tandis que \u00ab&nbsp;Marson fait l\u2019apologie des facult\u00e9s n\u00e9cessaires au meurtrier&nbsp;\u00bb (58), \u00ab&nbsp;vante la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019enqu\u00eate&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;74) (Michelucci 2008, 59) et souligne la maniabilit\u00e9 du \u00ab&nbsp;petit poignard espagnol&nbsp;\u00bb retrouv\u00e9 \u00ab&nbsp;enfonc\u00e9 dans la gorge&nbsp;\u00bb (Chevillard 1999, 187) de l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est ainsi g\u00e9n\u00e9ralement admis par la critique que le \u00ab&nbsp;roman chiffr\u00e9&nbsp;\u00bb et les r\u00e9cits \u00ab&nbsp;dissimulant en r\u00e9alit\u00e9 des choses compromettantes&nbsp;\u00bb (8), dont Marson suppose que rel\u00e8vent les textes de Pilaster, d\u00e9signent en r\u00e9alit\u00e9 le livre que le lecteur a entre les mains, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre l\u2019aveu de la culpabilit\u00e9 du premier dans le meurtre du second. Mais s\u2019agit-il l\u00e0 du vrai secret \u00e0 d\u00e9couvrir&nbsp;? Bien que cette lecture soit tout \u00e0 fait vraisemblable et acceptable, elle pose quand m\u00eame question&nbsp;: si Marson a bien pour objectif de prendre la place de Pilaster dans l\u2019histoire, pourquoi avouer son crime au risque de se disqualifier&nbsp;? L\u00e0 o\u00f9 un aveu est souvent la cons\u00e9quence d\u2019une importante culpabilit\u00e9, rien de tel ne transpara\u00eet dans ses propos \u2014 c\u2019est m\u00eame tout l\u2019inverse. Ou bien serait-il si arrogant qu\u2019il se croit intouchable ou si stupide qu\u2019il n\u2019a pas conscience de d\u00e9voiler sa culpabilit\u00e9&nbsp;?&nbsp;Le lecteur ne peut que se demander s\u2019il s\u2019agit vraiment l\u00e0 de la v\u00e9rit\u00e9 (\u00e0 peine) cach\u00e9e dans le texte\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3.&nbsp;Troisi\u00e8me lecture&nbsp;:&nbsp;un roman sans fond, un mensonge sans fin<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par un nouveau d\u00e9doublement du texte et \u00e0 partir des \u00e9l\u00e9ments dont nous avons d\u00e9j\u00e0 connaissance, une autre lecture est possible, qui tient compte du flou entourant le narrateur et lui donne du sens. Un passage en particulier, jusque-l\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un indice de la culpabilit\u00e9 de Marson, permet de l\u2019envisager. Celui-ci \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[L]a litt\u00e9rature polici\u00e8re jouit d\u2019une faveur sans \u00e9gale aupr\u00e8s du public et nombreux sont les \u00e9crivains en qu\u00eate de lecteurs qui s\u2019y adonnent avec plus ou moins de brio. Un \u00e9crivain aussi imbu de son talent et confiant en ses possibilit\u00e9s que Pilaster imaginait certainement devenir un ma\u00eetre de ce genre r\u00e9put\u00e9 facile sans effort [\u2026]. En v\u00e9rit\u00e9 on ne s\u2019improvise pas davantage auteur de romans policiers que meurtrier&nbsp;: si le geste de tuer peut para\u00eetre simple \u00e0 ex\u00e9cuter, presser la d\u00e9tente, verser le poison, abattre le poignard, il exige n\u00e9anmoins quelques qualit\u00e9s autres rarement r\u00e9unies chez un m\u00eame individu. Il arrive pourtant que l\u2019on devienne meurtrier par hasard par accident, sous le coup d\u2019une \u00e9motion inhabituelle ou pour d\u00e9fendre des int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs, alors que rien ne nous y pr\u00e9disposait \u2013&nbsp;<em>en revanche, un r\u00e9cit policier doit de toute fa\u00e7on \u00eatre m\u00e9dit\u00e9, m\u00fbri, il ne sera jamais dict\u00e9 ni par les circonstances ni par les dieux ou les muses qui ne sauraient pousser au crime et r\u00e9servent leurs secours aux po\u00e8tes<\/em>. [Nous soulignons] \u00bb (58-59)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tandis que la critique s\u2019\u00e9tait concentr\u00e9e sur la mise en avant des qualit\u00e9s n\u00e9cessaires pour tuer ou sur le passage \u00e9voquant la possibilit\u00e9 de devenir meurtrier sans calcul pr\u00e9alable, sous le coup de l\u2019\u00e9motion, comme autant d\u2019aveux, c\u2019est l\u2019incise en fin de paragraphe qui nous semble devoir faire l\u2019objet d\u2019une lecture plus \u00e9troite. Marson y pr\u00e9sente le r\u00e9cit policier comme un genre complexe que Pilaster aurait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 investir et d\u00e9fend dans le m\u00eame temps que les \u00e9crivains sous la protection des muses et des dieux \u2014 cela ne d\u00e9signe-t-il pas uniquement les vrais \u00e9crivains, autrement dit ces auteurs de son calibre, voire Marson lui-m\u00eame&nbsp;? \u2014 ne seraient jamais pouss\u00e9s au crime par ces derniers. A-t-il d\u00e8s lors pu \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 commettre un meurtre, lui qui n\u2019a eu de cesse de vouloir convaincre le lecteur de son talent litt\u00e9raire&nbsp;? Pourquoi ce r\u00e9cit policier, qui semble si maladroit dans l\u2019art de dissimuler un meurtre, b\u00e9n\u00e9ficie-t-il d\u2019une telle estime&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la lumi\u00e8re de ce passage, une autre lecture devient selon nous possible, qui consisterait \u00e0 envisager l\u2019ensemble de&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume\u2026<\/em>&nbsp;comme un roman policier \u00e9crit par Marc-Antoine Marson. Outre l\u2019extrait mentionn\u00e9, plusieurs \u00e9l\u00e9ments du texte nous semblent accr\u00e9diter cette lecture. De fait, en signant la pr\u00e9face de son nom, Marson se d\u00e9signe d\u2019embl\u00e9e comme l\u2019auteur du volume, ce qui n\u2019a a priori rien de surprenant pour une \u00e9dition comment\u00e9e classique; or il appara\u00eet bien vite que le texte ne rel\u00e8ve pas exactement du genre. S\u2019il peut l\u00e9gitimement \u00eatre envisag\u00e9 comme un d\u00e9tournement \u00e0 des fins de r\u00e8glement de compte \u2014&nbsp;comme le sugg\u00e8re la lecture la plus r\u00e9pandue du texte&nbsp;\u2014, la m\u00e9canique tr\u00e8s caract\u00e9ristique qu\u2019il adopte le rend \u00e9galement lisible comme un roman policier dont la narration \u2014&nbsp;de type homodi\u00e9g\u00e9tique&nbsp;\u2014 est assum\u00e9e par le coupable du crime, \u00e0 la fa\u00e7on&nbsp;<em>Du meurtre de Roger Ackroyd<\/em>&nbsp;d\u2019Agatha Christie. Par ailleurs, la nature m\u00eame de roman de&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume\u2026<\/em>&nbsp;est \u00e0 la fois point\u00e9e par le patronyme de notre auteur pr\u00e9sum\u00e9, qui acquerrait d\u00e8s lors valeur d\u2019indice<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;et par une organisation tr\u00e8s classique de la di\u00e9g\u00e8se, qui place le meurtre de Pilaster \u00e0 la fin du volume<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;Cependant, dans un dispositif qui n\u2019a eu de cesse de r\u00e9affirmer la non-fiabilit\u00e9 du narrateur<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;(marques de mauvaise foi, traces de dissimulation, suspicion de tromperie, etc.), il devient difficile, voire presque impossible au lecteur de cerner les contours du mensonge avec certitude. Cela est d\u2019autant plus vrai que le pr\u00e9nom de Pilaster, qui \u2014 outre le sens que nous avons mentionn\u00e9 \u2014 \u00e9voque forc\u00e9ment saint Thomas, cet ap\u00f4tre symbole de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9, invite \u00e0 la m\u00e9fiance. La question se pose alors&nbsp;: le roman que nous avons lu est-il bien un simulacre d\u2019\u0153uvre posthume dans lequel Marson avoue \u00e0 demi-mot avoir tuer son rival&nbsp;? S\u2019agit-il d\u2019un roman policier \u00e9crit par Marson, \u00e0 partir des \u0153uvres posthumes de Pilaster, dans le cadre de sa rivalit\u00e9 avec ce dernier&nbsp;? Les \u0153uvres en question sont-elles des apocryphes mis au service de ce roman&nbsp;? Enfin, Pilaster pourrait-il \u00eatre un personnage du roman policier de Marson, lui-m\u00eame personnage de Chevillard \u2014 dont, comme nous l\u2019avons vu, la pr\u00e9sence flotte sur le roman \u2014, dans un dispositif t\u00e9lescopique&nbsp;?<a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que, par un savant m\u00e9lange de pillage, de d\u00e9doublement, d\u2019usage de faux, d\u2019imposture ou encore de dissimulation, infus\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s dans le r\u00e9cit,&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume\u2026<\/em>&nbsp;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lourdement marqu\u00e9e par le soup\u00e7on, le troisi\u00e8me niveau de lecture possible et les nouveaux doutes qu\u2019il distille poussent le texte \u00e0 saturation&nbsp;: apparemment sans fond, le mensonge semble sortir du r\u00e9cit et faire du lecteur sa dupe, changeant sans cesse la nature du livre que celui-ci a entre les mains et rendant toute certitude impossible. Cela ne valait finalement pas la peine de creuser en qu\u00eate d\u2019authentique, la r\u00e9ponse de Chevillard est l\u00e0, il n\u2019y a rien \u00e0 trouver.&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume de Thomas Pilaster&nbsp;<\/em>appara\u00eet ainsi comme un exemple particuli\u00e8rement abouti de cette veine, rep\u00e9r\u00e9e par Decout et Mecke, qui, ayant pris acte de l\u2019impasse du Nouveau Roman et des tentatives qui ont suivi, affirme le caract\u00e8re vain de la recherche d\u2019authenticit\u00e9 en litt\u00e9rature aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Audet, Ren\u00e9. 2008. \u00ab \u00c9ric Chevillard et l\u2019\u00e9criture du d\u00e9placement : pour une narrativit\u00e9 pragmatique \u00bb. Mura-Brunel, Aline.&nbsp;<em>Chevillard<\/em>,&nbsp;<em>Echenoz. Filiations insolites<\/em>. Amsterdam-New-York&nbsp;: Rodopi. 105-116.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B\u00e9rard, Cassie. 2018. \u00ab&nbsp;Lire en mode conflictuel. Non-fiabilit\u00e9 et ind\u00e9cidabilit\u00e9, l\u2019exemple du Black Note de Tanguy Viel&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>Captures<\/em>&nbsp;3, no.&nbsp;2.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/captures\/2018-v3-n2-captures04269\/1055826ar\/\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/captures\/2018-v3-n2-captures04269\/1055826ar\/<\/a>&nbsp;(consult\u00e9 le 11&nbsp;novembre&nbsp;2024).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Charpentier, Isabelle. 2006. \u00ab&nbsp;\u201cQuelque part entre la litt\u00e9rature, la sociologie et l\u2019histoire\u2026\u201d. L\u2019\u0153uvre auto-sociobiogaphique d\u2019Annie Ernaux ou les incertitudes d\u2019une posture improbable&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>COnTEXTES<\/em>, no.&nbsp;1.&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/74\">http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/74<\/a>&nbsp;(consult\u00e9 le 29&nbsp;aout&nbsp;2024).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chevillard, \u00c9ric. 1999.&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre posthume de Thomas Pilaster<\/em>. Paris&nbsp;: Minuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014&nbsp;2007. \u00ab&nbsp;Des crabes, des anges et des monstres&nbsp;\u00bb. Entretien avec Mathieu Larnaudie.&nbsp;<em>Devenirs du roman<\/em>&nbsp;Paris&nbsp;: \u00c9ditions Inculte\/Na\u00efve. 95-108.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014&nbsp;2013.&nbsp;<em>L\u2019Autofictif croque un piment<\/em>. Talence&nbsp;: \u00c9ditions de l\u2019Arbre Vengeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u2014\u2014&nbsp;2018. \u00ab&nbsp;Notes pour une pr\u00e9face&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>L\u2019Autofictif ultraconfidentiel. Journal 2007-2017<\/em>, Talence&nbsp;: \u00c9ditions de l\u2019Arbre Vengeur.&nbsp;7-13.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Decout, Maxime&nbsp;et&nbsp;Mecke, Jochen. 2021.&nbsp;\u00ab&nbsp;La litt\u00e9rature contemporaine aux prises avec le mensonge et la mauvaise foi&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>Revue critique de fixxion fran\u00e7aise contemporaine<\/em>, no.&nbsp;22.&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/fixxion\/295\">http:\/\/journals.openedition.org\/fixxion\/295<\/a>&nbsp;(consult\u00e9 le 17&nbsp;f\u00e9vrier&nbsp;2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Demanze, Laurent. 2015. \u00ab&nbsp;Meurtre en bas de page&nbsp;\u00bb.&nbsp;Bessard-Banquy, Olivier&nbsp;et&nbsp;Jourde, Pierre.&nbsp;<em>\u00c9ric Chevillard dans tous ses \u00e9tats<\/em>. Paris&nbsp;: Classiques Garnier (Rencontres). 83-91.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Divry, Sophie. 2020.&nbsp;<em>Cinq mains coup\u00e9es<\/em>. Paris&nbsp;: Seuil.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hugueny-L\u00e9ger, Elise. 2009.<em>&nbsp;Annie Ernaux, une po\u00e9tique de la transgression<\/em>. Lausanne&nbsp;: Peter Lang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Michelucci, Pascal. 2008. \u00ab&nbsp;D\u00e9molir la m\u00e9tafiction\u2009?&nbsp;<em>L\u2019\u0152uvre posthume de Thomas Pilaster<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>Roman 20-50<\/em>, no.&nbsp;46. 55-66.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tilkens, L\u00e9a. 2020. \u00ab&nbsp;\u201c\u00catre invendu ou \u00eatre un vendu\u201d, du chiffre \u00e0 la valeur litt\u00e9raire selon \u00c9ric Chevillard&nbsp;\u00bb.<em>COnTEXTES<\/em>, no.&nbsp;27.&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/9166\">http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/9166<\/a>&nbsp;(consult\u00e9 le 30&nbsp;aout&nbsp;2024).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Zbaeren, Mathilde. 2023.&nbsp;<em>Paroles tenues. Recueils de voix et dette litt\u00e9raire dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine (1993-2023)<\/em>. Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Pour un <span style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\">examen plus fouill\u00e9 du rapport entre litt\u00e9rature et mensonge, voir entre autres le dossier de&nbsp;<\/span><em style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\">Fixxion<\/em><span style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\">&nbsp;intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Figures du mensonge et de la mauvaise foi dans le roman contemporain \u00bb, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment le texte d\u2019ouverture de Maxime Decout et Jochen Mecke, dont notre introduction fait la synth\u00e8se&nbsp;:&nbsp;Decout, Maxime&nbsp;et&nbsp;Mecke, Jochen. 2021.&nbsp;\u00ab&nbsp;La litt\u00e9rature contemporaine aux prises avec le mensonge et la mauvaise foi&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/span><em style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\">Revue critique de fixxion fran\u00e7aise contemporaine<\/em><span style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\">, no.&nbsp;22.&nbsp;<\/span><a style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/fixxion\/295\">http:\/\/journals.openedition.org\/fixxion\/295<\/a><span style=\"font-size: revert; font-family: var(--wp--preset--font-family--albura);\">&nbsp;(consult\u00e9 le 17&nbsp;f\u00e9vrier&nbsp;2022).<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Divry, Sophie. 2020.&nbsp;<em>Cinq mains coup\u00e9es<\/em>. Paris&nbsp;: Seuil.&nbsp;&nbsp;Au sujet des recueils de voix, et notamment du cas de&nbsp;<em>Cinq mains coup\u00e9es<\/em>, voir&nbsp;:&nbsp;Zbaeren, Mathilde. 2023.&nbsp;<em>Paroles tenues. Recueils de voix et dette litt\u00e9raire dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine (1993-2023)<\/em>. Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00c0 ce propos, voir notamment&nbsp;:&nbsp;Charpentier, Isabelle. 2006. \u00ab&nbsp;\u201cQuelque part entre la litt\u00e9rature, la sociologie et l\u2019histoire\u2026\u201d. L\u2019\u0153uvre auto-sociobiogaphique d\u2019Annie Ernaux ou les incertitudes d\u2019une posture improbable&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>COnTEXTES<\/em>, no.&nbsp;1.&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/74\">http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/74<\/a>&nbsp;(consult\u00e9 le 29&nbsp;aout&nbsp;2024)&nbsp;; Hugueny-L\u00e9ger, Elise. 2009.<em>&nbsp;Annie Ernaux, une po\u00e9tique de la transgression<\/em>. Lausanne&nbsp;: Peter Lang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Marson ne s\u2019en cache d\u2019ailleurs pas, lui qui esp\u00e8re que \u00ab&nbsp;ce recueil posthume dont les faiblesses \u00e9videntes et les grossi\u00e8res maladresses m\u00eames ne sont pas indignes de l\u2019\u0153uvre singuli\u00e8re de Thomas Pilaster permett[e] \u00e0 celui-ci d\u2019occuper enfin la place qui lui revient dans notre litt\u00e9rature.&nbsp;\u00bb (Chevillard 1999, 15-16)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;Marson invite d\u2019ailleurs le lecteur \u00e0 s\u2019y essayer. \u00c0 propos de la \u00ab&nbsp;recette&nbsp;\u00bb de l\u2019aphorisme, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous pourrions ais\u00e9ment multiplier les exemples sur ce mod\u00e8le ou d\u2019autres, du m\u00eame type, dont la structure inoxydable n\u2019est pas sans rappeler celle du gaufrier \u2014 on y verse la p\u00e2te&nbsp;: on ne peut pas rater. [\u2026] Nous exhortons le lecteur \u00e0 s\u2019y essayer, c\u2019est sans danger. Choisissez pour commencer un objet ou un animal suffisamment caract\u00e9ristique, dont l\u2019aspect en soi d\u00e9j\u00e0 \u00e9trange ou incongru excite l\u2019imagination, appelle les comparaisons : le homard, le castor, l\u2019espadon sont d\u2019excellents sujets pour un d\u00e9butant. Aussi bien, le recours au bestiaire \u2014 \u00e9largi souvent au r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal \u2014 est une autre constante de ce genre d\u2019aphorismes dont, ayons la franchise de le reconna\u00eetre, la port\u00e9e philosophique est nulle et la port\u00e9e po\u00e9tique presque aussi courte.&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;80-81).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;Ainsi que nous y reviendrons, le double, le miroir (p. 38, 45, 47) ou encore le sosie (au centre de la nouvelle polici\u00e8re&nbsp;<em>La Vander Fils Compagnie<\/em>)<em>&nbsp;<\/em>sont omnipr\u00e9sents dans le roman. Voir&nbsp;<em>infra<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00c0 ce propos, voir&nbsp;Michelucci, Pascal. 2008. \u00ab&nbsp;D\u00e9molir la m\u00e9tafiction\u2009?&nbsp;<em>L\u2019\u0152uvre posthume de Thomas Pilaster<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;Le grand projet avort\u00e9 de Pilaster,&nbsp;<em>Les Tigres<\/em>, aboutit chez Chevillard sous la forme de la nouvelle<em>&nbsp;<\/em><em>Trois tentatives pour r\u00e9introduire le tigre mangeur d\u2019hommes dans le Lot-et-Garonne<\/em>&nbsp;qui parait en 1995, tandis que le recueil de ha\u00efkus du premier,&nbsp;<em>Capacit\u00e9s r\u00e9duites<\/em>, fait \u00e9cho au texte&nbsp;<em>Mes capacit\u00e9s r\u00e9duites<\/em>&nbsp;publi\u00e9 par le second en 1996. Enfin&nbsp;<em>Mots confits, mots contus<\/em>, titre d\u2019un texte publi\u00e9 par Chevillard en 2004, est \u00e9galement le nom du premier recueil de Pilaster (moyennant le retrait de la virgule).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, souvent \u00e9pingl\u00e9 par la critique, est aussi r\u00e9guli\u00e8rement mis en \u00e9vidence par Chevillard lui \u2014 m\u00eame, comme c\u2019est le cas dans cette note du cinqui\u00e8me autofictif: \u00ab&nbsp;J\u2019inventai alors un nouveau concept et, pourquoi ne pas le dire, un nouveau genre litt\u00e9raire&nbsp;: l\u2019autocrucifiction, consistant \u00e0 feindre la haine de soi puis \u00e0 expier par l\u2019aveu public cette abjection pr\u00e9tendue afin, en r\u00e9alit\u00e9, de b\u00e9n\u00e9ficier dustatut litt\u00e9rairement gratifiant de r\u00e9prouv\u00e9, de maudit, et de se d\u00e9lecter ainsi, dans le confort et le succ\u00e8s, de son petit moi ador\u00e9.&nbsp;\u00bb. (Chevillard2013.&nbsp;69). Pour une \u00e9tude de cette dynamique d\u2019autol\u00e9gitimation par la posture du maudit, voir&nbsp;: Tilkens, L\u00e9a. 2020. \u00ab&nbsp;\u201c\u00catre invendu ou \u00eatre un vendu\u201d, du chiffre \u00e0 la valeur litt\u00e9raire selon \u00c9ric Chevillard&nbsp;\u00bb.&nbsp;<em>COnTEXTES<\/em>, no.&nbsp;27.&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/9166\">http:\/\/journals.openedition.org\/contextes\/9166<\/a>&nbsp;(consult\u00e9 le 30&nbsp;aout&nbsp;2024).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;Ainsi que de nombreux critiques l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, \u00ab&nbsp;Marson&nbsp;\u00bb a pour anagramme \u00ab&nbsp;romans&nbsp;\u00bb, ce qui pourrait non seulement pointer la nature du texte que le lecteur a sous les yeux, mais aussi signaler le fait que le livre que celui-ci a entre les mains renferme plusieurs romans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;Michelucci notait tr\u00e8s justement que Pilaster \u00ab meurt \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9dition comme un des&nbsp;<em>[sic]<\/em>&nbsp;ses propres personnages \u00bb. (Michelucci 2008.&nbsp;59)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Le concept de narrateur non fiable, d\u2019abord introduit dans la critique par Wayne Booth, a connu plusieurs tentatives de d\u00e9finitions selon diverses approches (rh\u00e9torique, cognitiviste, narratologique, etc.). Nous nous contenterons pour notre propos de consid\u00e9rer qu\u2019on peut \u00ab&nbsp;soup\u00e7onne[r] un narrateur de faire preuve de non-fiabilit\u00e9 lorsque s\u2019additionnent dans son discours des inconsistances, des maladresses, des contradictions, ou encore, lorsque la version des \u00e9v\u00e9nements donn\u00e9e par un autre personnage de la fiction le contredit.&nbsp;\u00bb. (B\u00e9rard 2018)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"applewebdata:\/\/F0F871CE-2249-4654-B8BF-6E439B866B30#_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Si rien au sein de la di\u00e9g\u00e8se ne permet de trancher en faveur des deux derni\u00e8res hypoth\u00e8ses, elles n\u2019en sont pas moins rendues possibles par la r\u00e9currence, dans les romans chevillardiens, de m\u00e9canismes m\u00e9talitt\u00e9raires visant \u00e0 proposer \u00ab une r\u00e9flexion sur le statut de la fiction ou sa pr\u00e9tention \u00e0 faire vrai, [\u00e0] d\u00e9nuder les artifices et proc\u00e9d\u00e9s qui composent sa narrativit\u00e9 ou m\u00eame, [\u00e0] se mettre sur sc\u00e8ne et cr\u00e9er l\u2019intrigue \u00bb. (Michelucci 2008.&nbsp;56)<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Pour citer: <\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cabu, Coralie. 2024. \u00ab Creuser encore et toujours: les multiples lectures de <em>L&rsquo;oeuvre posthume de Thomas Pilaster<\/em> \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no. 40. En ligne, <a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9501\">https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9501 <\/a>(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).)\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/cabu_40.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 cabu_40.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c00efc17-0395-43b5-a1e8-88c558937650\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/cabu_40.pdf\">cabu_40<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/cabu_40.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c00efc17-0395-43b5-a1e8-88c558937650\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40 Depuis la condamnation des po\u00e8tes par Platon dans&nbsp;La R\u00e9publique, la litt\u00e9rature et le faux sont \u2014 \u00e0 tort ou \u00e0 raison&nbsp;\u2014 intrins\u00e8quement li\u00e9s dans les esprits : le second est \u00e0 ce point constitutif de la premi\u00e8re qu\u2019il en est m\u00eame difficile d\u2019affirmer que la litt\u00e9rature a la capacit\u00e9 de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1432],"tags":[1437],"class_list":["post-9501","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-impostures","tag-coralie-cabu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9501","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9501"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9501\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9685,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9501\/revisions\/9685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9501"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9501"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9501"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}