{"id":9504,"date":"2024-11-29T16:20:02","date_gmt":"2024-11-29T16:20:02","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9504"},"modified":"2024-12-03T18:10:39","modified_gmt":"2024-12-03T18:10:39","slug":"ils-ont-oublie-quils-etaient-des-hommes-lapparent-discours-anticulturel-au-prisme-du-conflit-nature-culture-dans-maryse-de-francine-noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9504","title":{"rendered":"Ils ont oubli\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient des hommes. L\u2019apparent discours anticulturel au prisme du conflit nature\/culture dans Maryse de Francine No\u00ebl"},"content":{"rendered":"<h5>Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no 40<\/h5>\n\n\n<p>Lors de sa parution en 1983, le premier roman de Francine No\u00ebl \u00ab&nbsp;a cr\u00e9\u00e9 un profond remous dans le milieu litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois&nbsp;\u00bb, rappelle Lucie Joubert (1993, 273). M\u00eame si le roman devint rapidement un succ\u00e8s de librairie, en plus d\u2019\u00eatre finaliste au Prix du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, sa r\u00e9ception critique ne fut pas unanimement positive. Bien que plusieurs aient c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l\u2019\u00e9criture neuve de son autrice, qui amalgame avec brio les diff\u00e9rents niveaux de langages, et sa transcription relativement fid\u00e8le de la vie litt\u00e9raire au Qu\u00e9bec, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Montr\u00e9al, de 1968 \u00e0 1975&nbsp;; d\u2019autres n\u2019ont pas su appr\u00e9cier \u00ab&nbsp;le miroir social d\u00e9formant de <em>Maryse<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;(279), dans lequel l\u2019humour est omnipr\u00e9sent, et ont jug\u00e9 \u00ab&nbsp;froissant, voire insultant&nbsp;\u00bb (278) la caricature que fait l\u2019autrice des hommes de lettres au sortir de la R\u00e9volution tranquille. D\u2019ailleurs, dans la r\u00e9\u00e9dition de 1994, Gilles Marcotte, qui en signe la pr\u00e9face, prend la peine d\u2019indiquer que \u00ab&nbsp;la romanci\u00e8re invente beaucoup, elle exag\u00e8re, elle en remet. On fera bien de ne pas lire comme un portrait absolument fid\u00e8le la description qu\u2019elle fait des \u00e9tudes litt\u00e9raires.&nbsp;\u00bb (9) Dans un article paru la m\u00eame ann\u00e9e, Andr\u00e9 Lamontagne d\u00e9fend l\u2019hypoth\u00e8se que <em>Maryse<\/em>, \u00e0 l\u2019instar de <em>Prochain \u00e9pisode <\/em>d\u2019Hubert Aquin, consacre le passage du modernisme au postmodernisme en litt\u00e9rature qu\u00e9b\u00e9coise. Selon Lamontagne, \u00ab&nbsp;[p]lut\u00f4t que d\u2019\u00eatre uniquement r\u00e9gies par le conflit des codes [litt\u00e9raire fran\u00e7ais et socioculturel qu\u00e9b\u00e9cois, tel que d\u00e9fini par Andr\u00e9 Belleau], ces deux \u0153uvres en font l\u2019objet d\u2019une repr\u00e9sentation destin\u00e9e \u00e0 le transcender&nbsp;\u00bb (164) en modifiant la fonction de l\u2019intertexte fran\u00e7ais et en opposant \u00ab&nbsp;la langue qu\u00e9b\u00e9coise au langage emprunt\u00e9 des intellectuels, c\u2019est-\u00e0-dire le \u201cfran\u00e7ais de France\u201d.&nbsp;\u00bb (172)<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019int\u00e9resserai toutefois \u00e0 un autre conflit. Pr\u00e9sent\u00e9 depuis la r\u00e9\u00e9dition de 1994 comme une \u00ab&nbsp;satire sociale&nbsp;\u00bb sur la quatri\u00e8me de couverture, <em>Maryse <\/em>semble \u00eatre, selon l\u2019expression d\u2019Anne \u00c9laine Cliche, \u00ab le lieu d\u2019une d\u00e9nonciation des cultures et des contre-cultures [\u2026], le moment du rire qui devient le dire d\u2019une anti-culture&nbsp;\u00bb (1987, 434). Je m\u2019arr\u00eaterai sur cette appellation g\u00e9n\u00e9rique, celle de \u00ab&nbsp;satire sociale&nbsp;\u00bb, pour me demander comment la subversion du discours de l\u2019intelligentsia qu\u00e9b\u00e9coise rend compte, non pas d\u2019un discours anticulturel, comme cela a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par certain\u00b7es, mais plut\u00f4t d\u2019un conflit entre nature et culture en tant que conflit entre culture populaire et culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb. L\u2019hypoth\u00e8se que je d\u00e9fendrai est que <em>Maryse<\/em>, en satirisant le discours po\u00e9tique, r\u00e9volutionnaire et savant, critique l\u2019\u00e9litisme et l\u2019imposture de ces discours. Pour le formuler autrement, <em>Maryse <\/em>condamne le fait que certains po\u00e8tes, r\u00e9volutionnaires et universitaires ont oubli\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient des hommes<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> avant d\u2019\u00eatre des hommes de lettres, pour rependre et adapter l\u2019expression de Mille Milles (Ducharme 1967, 8). Avant d\u2019analyser ces trois figures que sont celle du po\u00e8te, de l\u2019intellectuel engag\u00e9 et du professeur d\u2019universit\u00e9, qui ont en commun l\u2019emploi d\u2019un langage sp\u00e9cialis\u00e9 et technique, leur immobilit\u00e9 ainsi que leur d\u00e9tachement de l\u2019exp\u00e9rience et de la vie ordinaire, ce qui les isole du reste de la soci\u00e9t\u00e9, je d\u00e9finirai la satire et le conflit nature\/culture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La satire et le conflit nature\/culture<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Selon la d\u00e9finition qu\u2019en donnent Sophie Duval et Marc Martinez, la satire est un \u00ab&nbsp;\u201cmode\u201d de repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb &nbsp;(2000, 180) \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire une mani\u00e8re de percevoir le monde \u2013, qui est dot\u00e9 d\u2019une \u00ab vis\u00e9e correctrice&nbsp;\u00bb (186). Ce mode met en place trois actants&nbsp;: le satiriste, le satiris\u00e9 (la cible) et le destinataire (les lecteur\u00b7rices \u00e0 convaincre). La cible de la satire est extratextuelle, \u00e0 l\u2019inverse de la parodie qui est toujours intertextuelle&nbsp;; la satire \u00ab&nbsp;d\u00e9borde le cadre litt\u00e9raire pour se projeter vers des cibles r\u00e9elles&nbsp;\u00bb (185). Duval et Martinez poursuivent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>L\u2019engagement satirique se mobilise contre une apparente multiplicit\u00e9 de cibles. Parmi les plus traditionnelles figurent les institutions [\u2026]&nbsp;; les professions&nbsp;; les travers sociaux [\u2026]. Mais en r\u00e9alit\u00e9, dans tous les cas, la satire vise deux principaux travers, la dissimulation et la d\u00e9mesure. D\u2019une part, la satire attaque le vice et la folie, mais, comme dans son optique le vice et la folie se cachent, c\u2019est l\u2019hypocrisie que le satiriste s\u2019acharne \u00e0 d\u00e9masquer. [\u2026] La satire consiste donc toujours \u00e0 d\u00e9noncer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 creuser l\u2019\u00e9cart entre apparence et r\u00e9alit\u00e9. (184)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le pseudo-r\u00e9alisme et le traitement d\u00e9gradant du personnage sont la marque d\u2019\u00ab&nbsp;une strat\u00e9gie rh\u00e9torique de persuasion&nbsp;: pour rabaisser sa cible, [le satiriste] en d\u00e9forme la repr\u00e9sentation par le biais du comique et la condamne&nbsp;\u00bb (184). Le r\u00e9el est alors grossi, d\u00e9compos\u00e9, caricatur\u00e9, et devient, par cons\u00e9quent, ridicule, ce qui \u00ab&nbsp;permet de mettre au jour l\u2019imposture&nbsp;\u00bb (55) d\u00e9cri\u00e9e par le satiriste.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce fait, la satire, dans <em>Maryse<\/em>,fait du conflit nature\/culture un conflit burlesque o\u00f9 les travers de la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb sont repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 leur paroxysme et de mani\u00e8re grossi\u00e8re afin d\u2019\u00eatre tourn\u00e9s en d\u00e9rision. Le roman rend ainsi compte du constat pos\u00e9 par Andr\u00e9 Belleau \u2013 grand lecteur des travaux de Mikha\u00efl Bakhtine, dont il a consid\u00e9rablement contribu\u00e9 \u00e0 leur diffusion et \u00e0 leur compr\u00e9hension ici \u2013, soit que \u00ab&nbsp;[l]a litt\u00e9rature (et la mentalit\u00e9) au Qu\u00e9bec sont travers\u00e9es par un conflit jamais r\u00e9solu entre la nature et la culture&nbsp;\u00bb ([1986], 157) et que \u00ab&nbsp;[l]e romancier qu\u00e9b\u00e9cois int\u00e9riorise la culture populaire comme nature et recherche ou r\u00e9cuse la culture \u201cs\u00e9rieuse\u201d dans la distance, comme ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019une autre classe, d\u2019un autre pays, etc., selon le cas.&nbsp;\u00bb (161) \u00c9nonc\u00e9 de cette fa\u00e7on, le conflit nature\/culture est \u00e0 entendre ici au sens m\u00e9taphorique o\u00f9 la \u00ab&nbsp;nature&nbsp;\u00bb repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;le M\u00eame&nbsp;\u00bb, soit la familiarit\u00e9 de la culture populaire qu\u00e9b\u00e9coise, l\u2019esprit de communaut\u00e9, l\u2019identification inconsciente des sujets \u00e0 leurs parents et, par extension, \u00e0 leur famille et \u00e0 leur nation, le \u00ab \u00e7a va de soi&nbsp;\u00bb et l\u2019impression que les mani\u00e8res de faire de leurs proches sont \u00e9videntes, naturelles, inn\u00e9es, qu\u2019elles ne peuvent pas \u00eatre autrement et qu\u2019elles n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre questionn\u00e9es&nbsp;; alors que la \u00ab&nbsp;culture&nbsp;\u00bb repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;l\u2019Autre&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb (fran\u00e7aise \u2013 surtout en contexte qu\u00e9b\u00e9cois \u2013, bourgeoise, savante, entre autres), les codes sociaux que le sujet a conscience d\u2019acqu\u00e9rir (\u00e0 l\u2019\u00e9cole, dans les livres, dans les interactions sociales) et dont il sait qu\u2019il s\u2019agit de constructions sociales arbitraires et superficielles qui ne servent qu\u2019\u00e0 hi\u00e9rarchiser les individus, \u00e0 signifier le pouvoir de certains sur d\u2019autres et \u00e0 limiter leurs expressions subjectives. Comme le formule l\u2019historien Pascal Ory, la culture populaire, \u00e0 l\u2019inverse de ce que Belleau nomme la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb, se caract\u00e9rise par \u00ab&nbsp;la recherche d\u2019adh\u00e9sion du groupe [\u2026] et [\u2026] la communication maximale&nbsp;\u00bb (2011, 290). Ces deux caract\u00e9ristiques, Belleau les place du c\u00f4t\u00e9 de la nature (culture populaire) lorsqu\u2019il tente de d\u00e9finir le conflit qui l\u2019oppose \u00e0 la culture (culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>D\u2019une part, le langage unilat\u00e9ral du pouvoir, de l\u2019ordre, des salons, du snobisme&nbsp;; de l\u2019autre, le langage comique, ambivalent du juron, du <em>sacre<\/em>, de la fac\u00e9tie, de la parodie, de la \u00ab&nbsp;grossi\u00e8ret\u00e9&nbsp;\u00bb. [\u2026] Il est ais\u00e9 de prolonger le paradigme&nbsp;: la s\u00e9paration des classes sociales dans le monde s\u00e9rieux du travail versus suppression des barri\u00e8res dans la f\u00eate et le carnaval&nbsp;; individualisme, isolement de la personne \u00ab&nbsp;priv\u00e9e&nbsp;\u00bb contrastant avec l\u2019exigence universelle de participation&nbsp;; dignit\u00e9 du chef, de l\u2019autorit\u00e9\/renversement burlesque des r\u00f4les&nbsp;; appropriation des langages par telle classe, tel groupe\/libre circulation des langages&nbsp;: c\u2019est le \u00ab&nbsp;toulmonde parle&nbsp;\u00bb de Duguay et de Chamberland. ([1986], 159)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Par la satire, <em>Maryse <\/em>d\u00e9noncerait donc \u00ab&nbsp;la territorialisation linguistique&nbsp;\u00bb (160) qu\u2019op\u00e8re la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb, ce qui emp\u00eache la libre circulation des langages. La professionnalisation du discours fait en sorte que le pouvoir de parler (<em>i.e. <\/em>le langage) devientla pr\u00e9rogative exclusive d\u2019une \u00e9lite culturelle, pour paraphraser Belleau (160). C\u2019est de cette fa\u00e7on que j\u2019en viens \u00e0 consid\u00e9rer <em>Maryse<\/em>, non pas comme le dire d\u2019une anticulture, mais comme une mise en garde rieuse contre les dangers d\u2019une culture trop culturelle, c\u2019est-\u00e0-dire qui serait d\u00e9connect\u00e9e du r\u00e9el, de l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te des sujets sociaux et des \u00e9v\u00e8nements historiques qui leur sont contemporains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le po\u00e8te professionnel<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019au d\u00e9but du roman Maryse O\u2019Sullivan rencontre le po\u00e8te Adrien Oubedon, qui jouit d\u2019une certaine renomm\u00e9e dans le paysage po\u00e9tique de l\u2019\u00e9poque, = elle a encore des pr\u00e9jug\u00e9s na\u00effs et positifs envers la po\u00e9sie. De cette fa\u00e7on, dans cette sc\u00e8ne qui repr\u00e9sente bien les d\u00e9boires de la culture dite \u00ab s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb, on peut lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Maryse avait toujours imagin\u00e9 Oubedon sous les traits d\u2019\u00c9milie Nelligan, mais il \u00e9tait gros et tr\u00e8s quelconque. \u00c7a ne faisait rien&nbsp;; il \u00e9tait tout de m\u00eame po\u00e8te, vivant, et assis en face d\u2019elle<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.&nbsp;\u00bb Elle est alors impressionn\u00e9e par celui que tous ceux et celles de son entourage respectent et admirent. Cela ne durera toutefois pas longtemps&nbsp;: rapidement, Maryse est \u00ab&nbsp;assaillie par les difficult\u00e9s multiples que pr\u00e9sente la conversation avec un po\u00e8te en semi-transes&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;90). Oubedon sera par la suite d\u00e9peint de mani\u00e8re grotesque comme un po\u00e8te vaniteux, pr\u00e9tentieux, snob, vulgaire et p\u00e9dant. Par exemple, cette sc\u00e8ne o\u00f9 le po\u00e8te s\u2019\u00e9crit&nbsp;: \u00ab Kriss-d\u2019hostie-de-tabarnak-d\u2019enfant-d\u2019chienne-de-saint-ciboire-de-kalis-de-kriss, [\u2026] qu\u2019est-ce qui vous prend de venir faire craquer mon plancher&nbsp;? J\u2019vas d\u00e9bander ben raide, moi l\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;252) La caricature du po\u00e8te est d\u00e9gradante et particuli\u00e8rement appuy\u00e9e, d\u2019autant plus que la repr\u00e9sentation satirique fait de celui-ci un \u00eatre \u00ab&nbsp;d\u00e9pouill\u00e9 de toute dimension historique, per\u00e7ue de l\u2019ext\u00e9rieur et r\u00e9duite \u00e0 quelques traits, [il] est enferm\u00e9 dans une permanence et ne se r\u00e9alise que dans un masque social&nbsp;\u00bb (Duval et Martinez 2000, 194), celui du po\u00e8te qui n\u2019est que po\u00e8te et qui fait de son art un m\u00e9tier. Sa muse dit m\u00eame, pour expliquer le fait qu\u2019il ne travaille pas, malgr\u00e9 leurs difficult\u00e9s financi\u00e8res, qu\u2019\u00ab&nbsp;Adrien est beaucoup trop fragile pour la vie ext\u00e9rieure.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;329) Lorsque Fran\u00e7ois, qui aide \u00e0 l\u2019occasion Oubedon \u00e0 retravailler ses po\u00e8mes, lui demande de se calmer, et lui fait remarquer qu\u2019il est d\u2019humeur rev\u00eache, le po\u00e8te r\u00e9torque&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai pas mauvais caract\u00e8re, je <em>cr\u00e9e<\/em>, c\u2019est tout&nbsp;! Pis \u00e0 part de t\u2019\u00e7a, appelle-moi ma\u00eetre comme tout le monde.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;252, l\u2019autrice souligne) Il semblerait qu\u2019Oubedon incarne ce que Michel Biron consid\u00e8re \u00eatre le bouc \u00e9missaire de la modernit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise, soit \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9crivain qui ne serait qu\u2019\u00e9crivain, qui menacerait ainsi de rompre le lien social en se rangeant corps et \u00e2me du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une litt\u00e9rature close sur elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb (2000, 36), d\u00e9tach\u00e9e de la r\u00e9ciprocit\u00e9 et du dialogue chers \u00e0 la culture populaire. Biron se rappelle alors \u00ab&nbsp;des remarques d\u2019Andr\u00e9 Belleau, d\u00e9non\u00e7ant l\u2019inconfort que l\u2019\u00e9crivain qu\u00e9b\u00e9cois \u00e9prouve devant une culture s\u00e9rieuse qui s\u2019exhiberait comme telle [\u2026]&nbsp;[:] livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, trop voyante, elle devient une marque infamante.&nbsp;\u00bb (36) Ainsi, \u00e0 travers la repr\u00e9sentation grotesque du po\u00e8te, ce qui est vis\u00e9, comme le relevait Gilles Marcotte \u2013 sans toutefois l\u2019associer \u00e0 un rapport conflictuel avec la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb \u2013 c\u2019est la d\u00e9naturalisation de la po\u00e9sie, ce qui passe par sa \u00ab&nbsp;professionnalisation&nbsp;[\u2026] [et] l\u2019id\u00e9e m\u00eame de la cr\u00e9ation [\u2026] qui voudrait soustraire la po\u00e9sie aux n\u00e9cessit\u00e9s communes, \u00e0 la parole de tous, \u00e0 l\u2019usage quotidien&nbsp;\u00bb (1990, 71).<\/p>\n\n\n\n<p>Le tort d\u2019Oubedon, selon la narratrice n\u2019est pas d\u2019\u00eatre po\u00e8te, mais bien d\u2019\u00eatre un po\u00e8te professionnel. \u00c0 la mani\u00e8re des auteurs et autrices liminaires, c\u2019est-\u00e0-dire de ceux et celles qui restent en marge des institutions et de la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb, s\u2019inscrivant dans une soci\u00e9t\u00e9 de compagnonnage, la narratrice s\u2019oppose \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019intention li\u00e9 au m\u00e9tier, \u00e0 la ma\u00eetrise d\u2019une technique, \u00e0 la valorisation de la forme, \u00e0 la victoire d\u2019un rationalisme ass\u00e9chant, bref \u00e0 une structure.&nbsp;\u00bb (Biron 2000, 24) Comme de fait, si la narratrice int\u00e8gre dans son r\u00e9cit des po\u00e8mes d\u2019Oubedon, ceux-ci ne sont jamais comment\u00e9s, ils ne sont pas appr\u00e9ci\u00e9s ou d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9s, ils sont simplement pos\u00e9s-l\u00e0. Ce qui fait l\u2019objet de sa d\u00e9sapprobation, c\u2019est le processus cr\u00e9ateur du po\u00e8te professionnel, qui est coup\u00e9 de toute spontan\u00e9it\u00e9, qui n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 l\u2019instinct ou \u00e0 l\u2019improvisation. Pour \u00e9crire, Oubedon \u00ab&nbsp;pren[d] des amph\u00e9tamines&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;252), ce qui le rend \u00ab&nbsp;passablement ding-ding&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;252), il \u00ab&nbsp;n\u2019\u00e9cri[t] que sur du papier rose, les autres couleurs l\u2019incommodant&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;252) et il a besoin d\u2019\u00eatre inspir\u00e9 par sa muse, qui demeure immobile \u00ab&nbsp;dans la position du cobra \u00e0 double menton&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;252). Celle-ci doit dactylographier les po\u00e8mes de l\u2019artiste pour qu\u2019il puisse les \u00ab&nbsp;d\u00e9chir[er] ensuite dans de rageurs acc\u00e8s d\u2019autodestruction&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;329). Interrog\u00e9e par Maryse, Elvire, la muse du po\u00e8te, explique que \u00ab&nbsp;le po\u00e8me ne prend toute sa force, tout son sens, son suc, son tremblement, que lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 recopi\u00e9 en caract\u00e8res standards par la muse. C\u2019est une \u00e9tape d\u00e9cisive dans le processus cr\u00e9ateur car c\u2019est alors seulement que le ma\u00eetre, voyant enfin son \u0153uvre sortie de lui, ext\u00e9rioris\u00e9e, peut la juger, la d\u00e9barrasser de ses scories, l\u2019\u00e9monder ou m\u00eame la d\u00e9truire.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;329) Ce processus rel\u00e8ve d\u2019un savoir-faire, d\u2019une technique, qui est ici pr\u00e9sent\u00e9 non seulement comme exag\u00e9r\u00e9, mais \u00e9galement comme un caprice qui, par sa d\u00e9mesure, porte \u00e0 rire. Maryse dira m\u00eame \u00e0 Elvire&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est&nbsp;absurde[\u2026]. \/ \u2013 Mais non, ch\u00e8re, c\u2019est pa\u00e9tique&nbsp;!&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;329) lui r\u00e9pondra-t-elle. \u00c0 travers le prisme d\u00e9formant de la satire, le roman de Francine No\u00eblcritique ici la professionnalisation du discours po\u00e9tique qui le pervertit. En devenant une pratique sociale fond\u00e9e sur l\u2019individualisme, la ma\u00eetrise d\u2019une technique et d\u2019un savoir-faire, la po\u00e9sie cesse d\u2019\u00eatre pourvoyeuse de sens pour le lecteur ou la lectrice.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, Oubedon n\u2019est pas un personnage m\u00e9tonymique qui repr\u00e9senterait l\u2019ensemble des po\u00e8tes de la modernit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. Il est plut\u00f4t une sorte de Parnassien moderne \u00e0 qui ses contemporain\u00b7es vouent un culte, ce que tiennent en horreur les \u00e9crivain\u00b7es liminaires, tel que Coco M\u00e9nard, un personnage insaisissable qui n\u2019a aucun respect pour les figures d\u2019autorit\u00e9 et les hi\u00e9rarchies&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8212; Ma\u00eetre, j\u2019me pr\u00e9sente&nbsp;: Coco M\u00e9nard-Laflamme. J\u2019aimerais bien entrer dans vot\u2019fan-club. Je vous admire en silence depuis si longtemps&nbsp;! Je connais tous vos vers, m\u00eame ceux que vous n\u2019avez pas encore \u00e9crits. Bien s\u00fbr, je sais qu\u2019il y a pow\u00e8te et pa\u00e8te, et je ne suis moi-m\u00eame qu\u2019un humble petit pouet, mais permettez, \u00f4 sublime, que je m\u2019assise au ras de vous. <br>&#8212; C\u2019est \u00e7a, dit Adrien, assis-toi mon jeune. Mais j\u2019t pr\u00e9viens&nbsp;; je donne pas de consultation \u00e0 soir. Je suis off. (<em>M<\/em>,&nbsp;96)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Coco M\u00e9nard se moque-il&nbsp;? Use-t-il d\u2019ironie&nbsp;? Cela semble possible, d\u2019autant plus que le personnage est particuli\u00e8rement critique envers toute forme de pouvoir, m\u00eame symbolique. Si le respect moqueur de M\u00e9nard est remarquable, le s\u00e9rieux avec lequel r\u00e9pond Adrien l\u2019est d\u2019autant plus. \u00c0 la mani\u00e8re des po\u00e8tes du Parnasse, qui incarnaient l\u2019ennemi id\u00e9al-typique pour les membres de la revue <em>La Rel\u00e8ve<\/em> (Biron 2000, 55), la po\u00e9sie d\u2019Oubedon se donne pour savante, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9rudition, r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite culturelle et d\u00e9tach\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience du monde, de la \u00ab&nbsp;vraie vie&nbsp;\u00bb. La voix narrative est d\u2019ailleurs cinglante envers les pr\u00e9tentions du po\u00e8te. Son ton sarcastique, que l\u2019on peut observer dans le passage suivant, rend bien compte de sa d\u00e9sapprobation envers les cr\u00e9ateurs et cr\u00e9atrices qui r\u00e9duisent la po\u00e9sie \u00e0 un jeu formel&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Oubedon [\u2026] retomba dans sa torpeur o\u00f9 se promenait toute nue l\u2019id\u00e9e que le m\u00e9tier de po\u00e8te est aussi exigeant que celui de politicien, bien qu\u2019il rapporte beaucoup moins. \u00ab&nbsp;Vous \u00eates un homme de parole, Adrien Oubedon, dit l\u2019id\u00e9e, c\u2019est pourquoi, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un ministre, vous devez surveiller constamment le niveau de votre langage et, surtout, le sens apparent de votre discours. Quant \u00e0 sa signification occulte, les ex\u00e9g\u00e8tes s\u2019en chargeront.&nbsp;\u00bb Adrien examina l\u2019id\u00e9e qui, d\u00e9finitivement \u00e9tait s\u00e9duisante. Mais pernicieuse. Et retorse. Et d\u00e9mobilisatrice. Et assoiff\u00e9e de pouvoir. Et prosa\u00efque. Et m\u00eame pas nouvelle&nbsp;! [\u2026] Il chassa bien vite la mauvaise id\u00e9e de son c\u0153ur mou de po\u00e8te et la rempla\u00e7a par celle \u2013 combien plus f\u00e9conde&nbsp;! \u2013 que la po\u00e9sie et la r\u00e9volution sont les deux mamelles de l\u2019intelligentsia. (<em>M<\/em>,&nbsp;93)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le ton vil de la narratrice, accentu\u00e9 par l\u2019anaphore en <em>et<\/em>, qui rythme la surench\u00e8re d\u2019adjectifs p\u00e9joratifs tout en insistant sur les vices, qu\u2019il peine \u00e0 dissimuler, du po\u00e8te, est port\u00e9 par un certain jugement qui consid\u00e8re, \u00e0 la mani\u00e8re des \u00e9crivains et \u00e9crivaines liminaires, que l\u2019art autot\u00e9lique devient illisible \u00e0 cause de sa surench\u00e8re technique&nbsp;; il n\u2019interpelle donc plus les lecteur\u00b7rices et conduit, par cons\u00e9quent, \u00e0 l\u2019inaction du po\u00e8te. Au contraire, la narratrice est cl\u00e9mente envers les pr\u00e9tentions po\u00e9tiques de Maryse, car, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019Oubedon, celle-ci refuse de rendre publics ses \u00e9crits tant qu\u2019elle les jugera \u00ab&nbsp;insignifiant[s]&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;195) et d\u00e9pourvus de \u00ab&nbsp;r\u00e9flexion[s] et d\u2019analyse[s]&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;195).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019hypocrisie des intellectuels-r\u00e9volutionnaires<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les po\u00e8tes professionnels, le deuxi\u00e8me groupe qui est satiris\u00e9 dans <em>Maryse<\/em> est celui des intellectuels-r\u00e9volutionnaires de gauche. Michel Paradis, le conjoint de Maryse O\u2019Sullivan, est le point focal de la d\u00e9nonciation de l\u2019hypocrisie de ce groupe, autour de qui gravitent \u00ab&nbsp;un certain Lemire, grand h\u00e2bleur \u00e0 la moustache agressive, [u]ne fille appel\u00e9e Francine Fauch\u00e9e, tellement fagot\u00e9e qu\u2019elle semblait le faire expr\u00e8s, [u]ne autre fille, Elvire L\u00e9gar\u00e9e, belle celle-l\u00e0 et secr\u00e8te, et [u]n couple, [\u2026] [l]es Cr\u00eate \u2013 c\u2019\u00e9tait leur nom et ils n\u2019en voulaient qu\u2019un&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;74). L\u2019onomastique risible et la pr\u00e9sentation d\u00e9sobligeante de ces personnages suffisent \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler la d\u00e9valuation que subissent les intellectuels dans le discours de la narratrice. Si au d\u00e9but du roman Michel Paradis repr\u00e9sente, aux yeux de Maryse, l\u2019aventure et la libert\u00e9, \u00e0 l\u2019instar de Fran\u00e7ois Paradis dans <em>Maria Chapdelaine <\/em>(valeurs qu\u2019Andr\u00e9 Belleau place du c\u00f4t\u00e9 de la nature lorsqu\u2019il l\u2019oppose \u00e0 la culture), celle-ci le d\u00e9laissera lorsqu\u2019elle r\u00e9alisera qu\u2019il a perdu son chemin, comme le personnage d\u2019H\u00e9mon, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9garement moral et non g\u00e9ographique. De plus, \u00ab&nbsp;Maryse ne les aimait pas beaucoup&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;74) les amis de Michel, leur trouvant un air pr\u00e9tentieux et sournois. Usant d\u2019ironie, figure de style qui \u00ab&nbsp;tient une place de choix dans l\u2019\u00e9criture satirique&nbsp;\u00bb (Duval et Martinez 2000, 187), la narratrice reproche \u00e0 ces fils et filles de petits-bourgeois, qui ont \u00ab&nbsp;\u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans l\u2019ignorance du manque et ne soup\u00e7onnant pas ce qu\u2019\u00e9tait la pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>, 306), principalement deux choses&nbsp;: d\u2019abord, leur jargon de \u00ab&nbsp;logologie radicale&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;59) qui obscurcit leur discours, faisant perdre aux questions politiques tout leur sens (<em>M<\/em>,&nbsp;77) et emp\u00eachant la participation universelle aux discussions et aux d\u00e9bats&nbsp;; ensuite, comme le remarquait Lori Saint-Martin, que leurs \u00ab&nbsp;\u00e9ternels d\u00e9bats th\u00e9oriques court-circuitent l\u2019action plus qu\u2019ils ne l\u2019annoncent.&nbsp;\u00bb (1993, 241)<\/p>\n\n\n\n<p>Tous dans le groupe d\u2019amis de Michel \u00ab&nbsp;travaill[ent] fort \u00e0 lib\u00e9rer le prol\u00e9tariat de ses cha\u00eenes&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;91). Si l\u2019intention est bonne \u2013 la narratrice ne s\u2019y oppose d\u2019ailleurs pas \u2013, c\u2019est la mani\u00e8re dont Michel et ses amis reproduisent le syst\u00e8me qu\u2019ils pr\u00e9tendent vouloir abolir qui fait l\u2019objet de sa d\u00e9nonciation. En effet, pendant que ceux-ci discutent de la meilleure mani\u00e8re de changer la soci\u00e9t\u00e9, ils continuent de profiter de la s\u00e9paration des classes sociales, \u00e9tant servis par des prol\u00e9taires qui ne sont pas invit\u00e9s \u00e0 participer \u00e0 leurs discussions. De toute fa\u00e7on, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient convi\u00e9s \u00e0 le faire, ils en seraient incapables, n\u2019ayant pas \u00ab&nbsp;le vocabulaire idoin[e]&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;39) et ne ma\u00eetrisant pas les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques qui pullulent dans le discours des intellectuels de gauche. Maryse dira \u00e0 ses ami\u00b7es Fran\u00e7ois et Marit\u00e9, qui partagent son avis&nbsp;: \u00ab&nbsp;On est des privil\u00e9gi\u00e9s. Je pourrais \u00eatre \u00e0 la place d\u2019un man\u0153uvre, d\u2019un waiteur, de Manolo, par exemple, et lui \u00e0 la mienne. En th\u00e9orie&nbsp;! Mais dans les faits, personne ne change jamais de r\u00f4le. On l\u2019aime bien Manolo, mais on ne penserait pas \u00e0 l\u2019inviter chez nous&nbsp;: \u00e7a serait d\u00e9plac\u00e9.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;214) Comme le constate Marit\u00e9 avec d\u00e9pit, il \u00ab&nbsp;est rigoureusement impossible de penser soulever la question des places\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;214) C\u2019est ainsi qu\u2019on en arrive au paradoxe suivant&nbsp;: si Michel aime \u00ab&nbsp;penser que sa blonde, n\u00e9e d\u00e9favoris\u00e9e, [est] maintenant de sa classe&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;237), il serait \u00ab&nbsp;incapable de vivre avec elle et de l\u2019afficher comme sa femme&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;214) si elle ne s\u2019\u00e9tait pas fabriqu\u00e9 un personnage de petite-bourgeoise, c\u2019est-\u00e0-dire si elle n\u2019avait pas refoul\u00e9 ses origines culturelles, sa \u00ab nature&nbsp;\u00bb, pour le dire avec les mots de Belleau. Ce paradoxe souligne l\u2019hypocrisie de Michel, qui ne peut r\u00e9ellement supporter la pr\u00e9sence de ceux qu\u2019il affirme vouloir lib\u00e9rer. Lorsqu\u2019elle cessera de l\u2019idol\u00e2trer, Maryse le verra pour ce qu\u2019il est vraiment&nbsp;: un \u00ab&nbsp;petit Qu\u00e9b\u00e9cois imbu de lui-m\u00eame, minoritaire et bafou\u00e9 dans son propre pays et, de surcro\u00eet arrogant envers les autres ethnies&nbsp;: au fond de lui, il y avait un profond d\u00e9dain de tous ceux qu\u2019il jugeait inf\u00e9rieurs.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;317)<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, au lieu d\u2019essayer d\u2019\u00e9tablir un dialogue avec ceux qu\u2019ils d\u00e9clarent vouloir d\u00e9livrer des cha\u00eenes du capitalisme, les intellectuels-r\u00e9volutionnaires id\u00e9alisent le prol\u00e9taire qui est alors d\u00e9peint comme un \u00eatre \u00ab&nbsp;laborieux-mais-malchanceux, plein de bon sens, d\u2019allure et d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;483), un \u00eatre d\u00e9pourvu d\u2019\u00ab&nbsp;une vie personnelle&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;306) et r\u00e9duit \u00e0 \u00ab&nbsp;une pure fonction&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;214). D\u2019o\u00f9 le constat drastique que pose la narratrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le monde se divis[e] in\u00e9galement en deux&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ceux qui mange[nt] en parlant du prol\u00e9tariat, et de l\u2019autre, ceux qui n\u2019[ont] pas le temps de parler.&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>, 95) Comme de fait, les vrais opprim\u00e9s ne prennent que tr\u00e8s peu la parole dans le roman. Outre celle de Maryse O\u2019Sullivan qui d\u00e9fend leur point de vue, les prol\u00e9taires n\u2019ont pas r\u00e9ellement de voix. En caricaturant le discours de la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb, en le rendant plus jargonneux qu\u2019il ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, la narratrice critique la mani\u00e8re qu\u2019ont certains intellectuels d\u2019usurper le discours de la classe domin\u00e9e et montre comment le langage peut devenir une fa\u00e7on d\u2019affirmer le pouvoir d\u2019une raison univoque&nbsp;; comment le langage philologique, par sa complexit\u00e9, reproduit l\u2019ordre \u00e9tabli au lieu de le bouleverser. Par la satire, qui d\u00e9forme la repr\u00e9sentation du r\u00e9el en la faisant notamment passer \u00e0 travers un filtre grossissant, la narratrice s\u2019attaque \u00e0 la surcodification du discours r\u00e9volutionnaire. Comme l\u2019\u00e9crit Biron&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au lieu d\u2019ouvrir un espace de communication, la culture joue le r\u00f4le inverse&nbsp;: elle abolit le plaisir de l\u2019\u00e9change et produit un discours inauthentique, un bout plastifi\u00e9 de \u201cfleurs de rh\u00e9torique\u201d&nbsp;\u00bb (Biron 2000, 108).<\/p>\n\n\n\n<p>Pris dans d\u2019\u00e9ternels d\u00e9bats th\u00e9oriques, le groupe de Michel ne passera jamais \u00e0 l\u2019acte. Ils sont des \u00eatres fondamentalement immobiles qui se satisfont de la seule dimension \u00ab&nbsp;universitaire, th\u00e9orique et ludique&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;91) de leurs \u00ab&nbsp;discussions [qui] tourn[ent] autour de questions internationales, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9trang\u00e8res&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;91). S\u2019ils se plaisent \u00e0 d\u00e9cortiquer les probl\u00e8mes des autres nations et leurs politiques, ils r\u00e9pugnent tout ce qui rel\u00e8ve de la \u00ab&nbsp;dimension triviale&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;408), de leur r\u00e9alit\u00e9 et du syst\u00e8me in\u00e9galitaire dans lequel ils s\u2019\u00e9panouissent. Par exemple, ce passage, vers la fin du roman, o\u00f9 Maryse dit \u00e0 Michel, qui a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au f\u00e9minisme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Laisse faire les femmes du tiers monde [\u2026] Si tu rangeais seulement tes tra\u00eeneries [\u2026], tu ferais d\u00e9j\u00e0 beaucoup pour les femmes du Qu\u00e9bec.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;408) Ce \u00e0 quoi il r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;T\u2019es vraiment colonis\u00e9-domin\u00e9e, [\u2026] tu ne peux pas parler d\u2019un sujet sans t\u2019impliquer personnellement&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>, 408). Justement, \u00e0 l\u2019inverse de Michel, Maryse, qui a pris pour naturelle la culture populaire, valorise davantage la r\u00e9solution des maux de sa soci\u00e9t\u00e9 que ceux \u00ab&nbsp;de l\u2019univers&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;91). Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, Michel, homme de lettres enlis\u00e9 dans des d\u00e9bats id\u00e9ologiques et philologiques, s\u2019opposent aux actions citoyennes qui, par d\u00e9finition, ne peuvent pas changer de fond en comble le syst\u00e8me, mais simplement le modifier, le faire quelque peu bouger. C\u2019est ainsi que Michel d\u00e9clara \u00ab&nbsp;que Marie-Lyre \u00e9tait une vraie folle&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;75). La narratrice explique que<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>[c]e qui lui avait faire dire \u00e7a, c\u2019est qu\u2019elle [Marie-Lyre] leur avait avou\u00e9 [\u00e0 Michel et Maryse] faire souvent des t\u00e9l\u00e9phones \u00e0 certains minist\u00e8res, dans les banques, aux postes de radio et dans les grands magasins pour se plaindre de l\u2019absence du fran\u00e7ais dans les services, du racisme et de bien d\u2019autres choses encore. Il lui arrivait aussi d\u2019\u00e9crire aux journaux et ses lettres \u00e9taient parfois publi\u00e9es. Michel trouvait cela inutile, et qu\u2019elle faisait preuve, en agissant ainsi, de son manque de pouvoir et d\u2019envergure. (<em>M<\/em>,&nbsp;75)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Maryse, \u00e0 l\u2019inverse, est tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re envers ceux qui ne font que \u00ab&nbsp;placot[er] sur les appareils d\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;213). Elle dira&nbsp;: \u00ab&nbsp;On est rien que des intellectuels [\u2026] On est inutiles.&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;214) Si cela peut sembler \u00eatre le dire d\u2019une anticulture, il est \u00e9galement possible d\u2019interpr\u00e9ter cette affirmation, au prisme du conflit \u00e9tudi\u00e9 ici, comme une critique de la superficialit\u00e9 des discours lorsqu\u2019ils ne d\u00e9bouchent sur aucun mouvement, autrement dit, lorsqu\u2019ils ne servent pas \u00e0 l\u2019\u00e9laboration concr\u00e8te de changements sociaux b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 tous et \u00e0 toutes, principe de la culture populaire que les romancier\u00b7es qu\u00e9b\u00e9cois\u00b7es ont int\u00e9rioris\u00e9 comme nature (Belleau [1986], 161). Car <em>Maryse <\/em>ne se moque pas du discours intellectuel en soi, mais seulement de celui qui court-circuite l\u2019action, qui maintient le <em>statu quo<\/em>, enlisant la th\u00e9orie dans la n\u00e9gation des exp\u00e9riences individuelles,et l\u2019imposture des constructions sociales bourgeoises. Tout compte fait, Maryse aurait pu faire siens les mots d\u2019Eliza Doolittle, personnage principal du film qu\u2019elle \u00e9coutait avec son p\u00e8re lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Words, words, words, words. <\/em><em>I\u2019m so sick of words. Is that all you bards can do&nbsp;? [\u2026] Tell me no dreams feel with desir, if you\u2019re in fire, show me! <\/em><em>[\u2026] Show me&nbsp;!<\/em><a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb (Warner 1964, 2h09m45)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les litt\u00e9rologues conformistes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Finalement, le troisi\u00e8me groupe d\u2019intellectuels qui s\u2019attire les foudres de la narratrice sont ceux qu\u2019elle nomme, non sans ironie, les litt\u00e9rologues, autrement dit les universitaires qui font des \u00e9tudes litt\u00e9raires une v\u00e9ritable science. La sp\u00e9cialisation du langage des savants devient, \u00e0 travers \u00ab&nbsp;le miroir d\u00e9formant de l\u2019exag\u00e9ration comique&nbsp;\u00bb (Duval et Martinez 2000, 185), qui est le propre de la satire, compl\u00e8tement absurde, car insignifiante. \u00ab&nbsp;[A]ffol\u00e9e par l\u2019immensit\u00e9 de sa propre ignorance&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;82), Maryse \u00e9prouve une certaine aversion \u00ab&nbsp;envers les teneurs particuli\u00e8res de la culture, dans la mesure o\u00f9 [elle] ne r\u00e9ussi[t] pas \u00e0 d\u00e9couvrir le b\u00e9n\u00e9fice que repr\u00e9sent[e] cette hypersp\u00e9cialisation pour le progr\u00e8s de la personnalit\u00e9 globale&nbsp;\u00bb, pour le dire avec les mots de Georg Simmel r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la trag\u00e9die de la culture ([1911], 192). Les titres des livres,&nbsp;\u00ab&nbsp;seulement leurs titres, la rebutaient et l\u2019attiraient \u00e0 la fois&nbsp;: ils lui semblaient, en quelque sorte, \u00eatre permutables et se r\u00e9pondre les uns les autres en une combinatoire aussi vide de sens que mince. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 de certains termes, qui revenaient comme en \u00e9cho d\u2019une couverture \u00e0 l\u2019autre, ne laissait pas de l\u2019\u00e9tonner.&nbsp;\u00bb&nbsp;(<em>M<\/em>,&nbsp;82) Par le rire, <em>Maryse <\/em>questionne l\u2019utilit\u00e9 \u00ab&nbsp;de tout le fatras litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>, 219) et montre comment la m\u00e9thode d\u2019analyse des textes peut se d\u00e9velopper de mani\u00e8re \u00e0 atteindre une libert\u00e9 insurpassable qui, telle que d\u00e9crite par Simmel, se mue \u00ab&nbsp;en p\u00e9dantisme et en travail sur l\u2019inessentiel \u2013 comme une m\u00e9thode qui tourne \u00e0 vide, une norme objective continuant de fonctionner sur une voie ind\u00e9pendante qui ne rencontre plus celle de la culture comme accomplissement de la vie.&nbsp;\u00bb ([1911], 208) Autrement dit, <em>Maryse <\/em>montre comment le d\u00e9veloppement technique des \u00e9tudes litt\u00e9raires peut en venir \u00e0 leur faire perdre leur sens, puisque le savoir que ces techniques permettent d\u2019acqu\u00e9rir est inop\u00e9rant, pour ne pas dire banal. Le passage suivant montre bien l\u2019ironie de la narratrice et la d\u00e9formation qu\u2019elle fait subir au discours litt\u00e9raire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>[E]lle partait pour l\u2019universit\u00e9 o\u00f9 elle avait l\u2019occasion d\u2019apprendre des tas de choses fort utiles \u00e0 son \u00e9panouissement personnel. Mais la petite malheureuse n\u2019en profitait pas pleinement&nbsp;! (<em>M<\/em>,&nbsp;102) <br>Maryse entrait, fi\u00e8re comme d\u2019Artagnane, dans l\u2019amphi K13-OOPi pour y subir sans l\u2019entendre un cours sur l\u2019instance r\u00e9cursivo-narrative dans le discours de Dumas-p\u00e8re alias Eug\u00e8ne Sue. Car il \u00e9tait maintenant prouv\u00e9, et reconnu par tousles litt\u00e9rologues s\u00e9rieux, que les d\u00e9licats textes d\u2019Alexandre Dumas ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par Eug\u00e8ne Sue [\u2026]. [S]i on \u00e9tudie la trame du texte \u00e0 l\u2019aide de la m\u00e9thode chomskienne combin\u00e9e dans un certain ordre avec celle du carbone 14, on voit clairement, au fin fond de la matrice narrativo-motrice, un s\u00e9diment eug\u00e8nesuesque dont l\u2019authenticit\u00e9 ne laisse aucun doute.&nbsp;(<em>M<\/em>, 104)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En parodiant ainsi le langage savant, qui para\u00eet d\u00e9mesur\u00e9ment sophistiqu\u00e9, la narratrice ternit l\u2019image des universitaires, qui apparaissent comme des \u00eatres \u00e0 part, pr\u00e9tentieux et isol\u00e9s du reste de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 qui ne parvient pas \u00e0 comprendre leur jargon et l\u2019int\u00e9r\u00eat de leurs recherches \u2013 et montre par le fait m\u00eame qu\u2019elle r\u00e9cuse la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce qui lui est naturel, c\u2019est-\u00e0-dire la culture populaire avec son langage familier, ambivalent, simple, limpide et compr\u00e9hensible par tous et toutes. N\u00e9anmoins, le v\u00e9ritable tort des professeurs d\u2019universit\u00e9, c\u2019est leur conformisme et leur inertie.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il est possible de le remarquer dans le passage cit\u00e9, la narratrice est s\u00e9v\u00e8re envers cet ensemble ind\u00e9fini que constituent <em>tous ces litt\u00e9rologues s\u00e9rieux<\/em>. Les professeurs d\u2019universit\u00e9 sont vus par la narratrice comme des agents du conformisme qui \u00e9touffent les expressions singuli\u00e8res, individuelles et particuli\u00e8res au profit d\u2019une uniformisation des discours, qui se voient d\u00e8s lors hi\u00e9rarchis\u00e9s. C\u2019est ainsi que le professeur T\u00e9l\u00e9maque Surprenant, qui avait demand\u00e9 \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9diger un pastiche, sans \u00ab&nbsp;sp\u00e9cifier <em>qui <\/em>les \u00e9tudiants devaient pasticher. Dans son id\u00e9e \u00e0 lui, il s\u2019agissait d\u2019auteurs comme Ronsard, Rabelais, Racine, Rimbaud, Rutebeuf, Robbe-Grillet, voire le grand Rhugo&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;81, l\u2019autrice souligne), dira du travail de Maryse, qui a pastich\u00e9 des titres \u2013 n\u2019ayant pas compris le sens du travail \u2013, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un \u00ab torchon&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;84). Il lui demandera alors de citer Proust, ce \u00e0 quoi elle r\u00e9pondra en citant Christine de Pisan (<em>M<\/em>, 84). La narratrice d\u00e9crit en ces mots la r\u00e9action de Surprenant&nbsp;: \u00ab&nbsp;[I]l la regarda d\u2019un \u0153il morne. Il lui avait consacr\u00e9 assez de temps. Il \u00e9tait un sp\u00e9cialiste de la maudernit\u00e9 qui avait commenc\u00e9 avec Proust, <em>comme tout le monde le sait<\/em>, alors Christine de Pisan-quinzi\u00e8me si\u00e8cle\u2026 \u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;84, je souligne). Le ton ironique de la narratrice \u2013 dont rendent compte la d\u00e9formation de l\u2019orthographe de \u00ab&nbsp;modernit\u00e9&nbsp;\u00bb, le passage mis en italique et les points de suspension \u2013 critique les pr\u00e9tentions des universitaires qui d\u00e9pr\u00e9cient tous types de discours ne provenant pas des \u00ab&nbsp;ma\u00eetres&nbsp;\u00bb qu\u2019ils ont eux-m\u00eames \u00e9rig\u00e9s comme tels selon des crit\u00e8res subjectifs. Maryse l\u2019apprendra \u00e0 ses d\u00e9pens&nbsp;: l\u2019universit\u00e9 n\u2019est pas un lieu d\u2019\u00e9mancipation mais d\u2019uniformisation o\u00f9 les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes apprennent \u00e0 ne produire que \u00ab&nbsp;d\u2019excellents devoirs bien sages, bien l\u00e9ch\u00e9s et tr\u00e8s haut not\u00e9s.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;85) Autrement dit, un lieu o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 se conformer au dogme \u00e9tablit par ceux qui d\u00e9tiennent l\u2019autorit\u00e9 et \u00e0 penser la m\u00eame chose qu\u2019eux et non \u00e0 penser par soi-m\u00eame. De la m\u00eame mani\u00e8re, Maryse, apr\u00e8s avoir propos\u00e9 \u00e0 son directeur de ma\u00eetrise d\u2019\u00e9tudier l\u2019influence des muses en litt\u00e9rature, se verra dire par celui-ci, qui \u00e9clatera ensuite de rire&nbsp;: \u00ab&nbsp;De tels errements m\u2019\u00e9tonnent de vous, [\u2026] ressaisissez-vous grands dieux.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;355) La narratrice ajoutera&nbsp;: \u00ab Elle devrait [\u2026] garder en r\u00e9serve ce sujet jug\u00e9 hors-programme et il lui faudrait, t\u00f4t ou tard, revenir aux ma\u00eetres.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;365) Dans son roman, Francine No\u00ebl se bat contre une culture \u00ab s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb qui met en p\u00e9ril la l\u00e9gitimit\u00e9 de la situation liminaire en abolissant la libre circulation des discours, ce qui est essentiel \u00e0 la remise en question de ce qui est \u00ab reconnu par tous&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;134). Biron \u00e9crivait ceci \u00e0 propos de l\u2019auteur du <em>Ciel de Qu\u00e9bec<\/em>, qui semble \u00eatre tout aussi valable pour No\u00ebl&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les quolibets de Ferron \u00e0 l\u2019endroit d\u2019individus symbolisant l\u2019institution litt\u00e9raire ou artistique [\u2026] proc\u00e8dent [\u2026] d\u2019une m\u00e9fiance plus g\u00e9n\u00e9rale envers les signes d\u2019une culture exclusive, coup\u00e9e de la communitas [<em>i.e.<\/em> soci\u00e9t\u00e9 de compagnonnage non-hi\u00e9rarchique]&nbsp;\u00bb (2000, 107-108).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9coulant de la premi\u00e8re tare que d\u00e9nonce la narratrice \u2013 le dogmatisme des \u00e9tudes litt\u00e9raires, qui n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 condition de respecter l\u2019autorit\u00e9 des ma\u00eetres \u2013, le deuxi\u00e8me est l\u2019immobilit\u00e9 des tenants de la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019elle r\u00e9v\u00e9lera aux lecteur\u00b7rices ce qu\u2019il y a de curieux au sujet de l\u2019embauche de Fran\u00e7ois au d\u00e9partement de signologie de l\u2019universit\u00e9&nbsp;: celui-ci \u00ab&nbsp;penchait de plus en plus vers l\u2019\u00e9cole dynamique&nbsp;[\u2026] \u2013 or, tous les signologues du d\u00e9partement \u2013 \u00e0 l\u2019exception de Tibodo \u2013 \u00e9taient statiques!&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;209) La narratrice poursuit avec ironie \u2013 invitent \u00e0 une telle interpr\u00e9tation les points d\u2019exclamation, la question rh\u00e9torique, les mots \u00e0 connotation p\u00e9joratifs, les syntagmes emphatiques et l\u2019\u00e9num\u00e9ration&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Qui e\u00fbt pu soup\u00e7onner une telle infamie et qu\u2019il f\u00fbt un transfuge&nbsp;? Le dossier du candidat Ladouceur \u00e9tait garni des trois excellentes lettres de recommandation des plus grands de l\u2019\u00e9cole statique&nbsp;! Fran\u00e7ois \u00e9tait jeune, brillant, prometteur, mall\u00e9able peut-\u00eatre, pensaient quelques-uns. On l\u2019avait donc engag\u00e9, \u00e0 l\u2019essai, \u00e0 la condition qu\u2019il devienne docteur patent\u00e9 avant septembre 72. (<em>M<\/em>,&nbsp;209-210)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>De cette inertie, propre aux tenants de l\u2019\u00e9cole statique, s\u2019ensuit un manque d\u2019ancrage dans la r\u00e9alit\u00e9 qui fait en sorte que le discours litt\u00e9raire et s\u00e9miotique n\u2019interpelle nul autre que ceux qui le produisent. Ce discours, totalement insignifiant pour certain\u00b7es, ne donne pas acc\u00e8s \u00e0 diff\u00e9rents points de vue, il n\u2019est pas incarn\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, le sujet liminaire, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui est en dehors des institutions et qui refuse de parler le jargon des \u00e9lites culturelles, et dont se r\u00e9clame la narratrice, valorise les discours qui r\u00e9pondent \u00e0 une demande de sens populaire. Si la culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb ne permet pas \u00ab&nbsp;le passage de l\u2019unit\u00e9 close \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e, en passant par le d\u00e9ploiement de la multiplicit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 comme dirait Simmel ([1911], 192) \u2013, c\u2019est dire qu\u2019elle n\u2019est pas pourvoyeuse de sens et qu\u2019elle est donc st\u00e9rile. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e formul\u00e9e par la narratrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y avait quelque chose d\u2019insens\u00e9 dans une telle pl\u00e9thore de textes inutiles, de mots, d\u2019id\u00e9es qui ne pouvaient rien changer \u00e0 la mis\u00e8re de Rose Trembl\u00e9e [sa femme de m\u00e9nage], qui ne calmerait jamais les angoisses de Fran\u00e7ois ou son propre d\u00e9sarroi. Et lui qui voulait \u00e9crire un livre, un de plus&nbsp;! C\u2019\u00e9tait absurde.&nbsp;\u00bb (<em>M<\/em>,&nbsp;360)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, il est possible de consid\u00e9rer que <em>Maryse <\/em>n\u2019est pas le dire d\u2019une anticulture, puisque la culture et la contre-culture n\u2019y sont pas r\u00e9ellement repr\u00e9sent\u00e9es. \u00c0 travers l\u2019enqu\u00eate satirique, qui comporte toujours deux \u00e9l\u00e9ments \u2013 l\u2019esprit critique, qui porte sur un r\u00e9f\u00e9rent r\u00e9el, et la fantaisie, qui d\u00e9forme la repr\u00e9sentation du r\u00e9el (Duval et Martinez 2000, 192) \u2013 <em>Maryse <\/em>oppose de mani\u00e8re conflictuelle culture populaire (prise comme nature par le sujet liminaire<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>) et culture \u00ab&nbsp;s\u00e9rieuse&nbsp;\u00bb (qui territorialise le langage). En adoptant le discours de l\u2019autre et en le caricaturant de fa\u00e7on \u00e0 le disqualifier, \u00e0 rendre \u00e9vidente son imposture, <em>Maryse <\/em>rappelle aux hommes de lettres qu\u00e9b\u00e9cois qu\u2019ils sont d\u2019abord et avant tout des hommes et les met en garde contre les discours qui ne produisent que des fleurs de rh\u00e9torique. Ainsi, s\u2019adressant \u00e0 Oubedon, \u00e0 Michel ou au professeur Surprenant, Maryse aurait pu s\u2019approprier les mots qu\u2019adresse Eliza Doolittle \u00e0 son mentor&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>What a fool I was&nbsp;! <\/em><em>What a dominated fool&nbsp;! To think you were the earth and sky [\u2026] No, my reverberating friend, you are not the beginning and the end&nbsp;! [\u2026] Art and music will thrive without you [\u2026]. You, dear friends, who talk so well, [\u2026] I can do bloody well without you&nbsp;!<\/em><a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;\u00bb (Warner 1964, 2h40m40)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Belleau, Andr\u00e9. 2016 [1986]. <em>Surprendre les voix.<\/em> Montr\u00e9al&nbsp;: Bor\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Biron, Michel. 2000. <em>L\u2019absence du ma\u00eetre. Saint-Denys Garneau, Ferron, Ducharme<\/em>, Montr\u00e9al&nbsp;: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Cliche, Anne \u00c9laine. 1987. \u00ab&nbsp;Paradigme, palimpseste, pastiche, parodie dans <em>Maryse <\/em>de Francine No\u00ebl&nbsp;\u00bb. <em>Voix et images<\/em>&nbsp;12, no.&nbsp;36&nbsp;: 430\u2013438.<\/p>\n\n\n\n<p>Ducharme, R\u00e9jean. 1967.<em> Le Nez qui voque<\/em>. Paris&nbsp;: Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Duval, Sophie, et Marc Martinez. 2000. <em>La satire (litt\u00e9ratures fran\u00e7aise et anglaises).<\/em> Paris&nbsp;: Armand Colin\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Joubert, Lucie. \u00ab&nbsp;La lecture de <em>Maryse<\/em>&nbsp;: du portait social \u00e0 la prise de parole&nbsp;\u00bb. <em>Voix et images<\/em> 18, no. 53&nbsp;:&nbsp;273\u2013286.<\/p>\n\n\n\n<p>Lamontagne, Andr\u00e9. 1994. \u00ab&nbsp;Du modernisme au postmodernisme&nbsp;: le sort de l\u2019intertexte fran\u00e7ais dans le roman qu\u00e9b\u00e9cois contemporain&nbsp;\u00bb. <em>Voix et images<\/em> 20, no&nbsp;58&nbsp;:&nbsp;162-175.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcotte, Gilles. 19990. \u00ab&nbsp;La po\u00e9sie Oubedon&nbsp;\u00bb. <em>Urgences<\/em>, no 28&nbsp;:&nbsp;68\u201378.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014. 1994. \u00ab&nbsp;La vue fragile&nbsp;\u00bb, dans Francine No\u00ebl. <em>Maryse<\/em>. Montr\u00e9al&nbsp;: Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise&nbsp;: 7-14.<\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl, Francine. 1994 [1983] <em>Maryse. <\/em>Montr\u00e9al&nbsp;: Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise.<\/p>\n\n\n\n<p>Ory, Pascal. 2011. \u00ab&nbsp;\u201cCulture populaire\u201d, \u201cculture de masse\u201d&nbsp;: une d\u00e9finition ou un pr\u00e9alable&nbsp;?&nbsp;\u00bb, dans \u00c9velyne Cohen <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Dix ans d\u2019histoire culturelle<\/em>. Villeurbanne&nbsp;: Presses de l\u2019enssib&nbsp;: 282-293.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint-Martin, Lori. 1993. \u00ab&nbsp;Histoire(s) de femme(s) chez Francine No\u00ebl&nbsp;\u00bb. <em>Voix et images<\/em>&nbsp;18, no&nbsp;53&nbsp;: 239\u2013252.<\/p>\n\n\n\n<p>Simmel, Georg. 1988 [1911]. \u00ab&nbsp;Le concept et la trag\u00e9die de la culture&nbsp;\u00bb [1911], dans <em>La Trag\u00e9die de la culture<\/em>, trad. de l\u2019allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel. Paris&nbsp;: Rivages&nbsp;: 179-217.<\/p>\n\n\n\n<p>Warner, Jack (producteur), George Cukor (r\u00e9alisateur) et Alan Jay Lerner (sc\u00e9nariste). 1964. <em>My Fair Lady<\/em> [film], Burbank, Warner Bros.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le masculin est utilis\u00e9 \u00e0 bon escient. De fait, ce ne sont que des hommes, \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s, qui s\u2019attirent les foudres de la narratrice. Les seules femmes qui sont sujettes \u00e0 d\u00e9risions sont celles qui oublient qu\u2019elles sont des femmes pour \u00eatre desintellectu<em>els<\/em>, et celles qui, comme Elvire L\u00e9gar\u00e9e, s\u2019effacent derri\u00e8re leur r\u00f4le de muse au profit d\u2019<em>un <\/em>artiste.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Francine No\u00ebl, <em>Maryse&nbsp;<\/em>[1983], Montr\u00e9al, Biblioth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise, 1994, p.&nbsp;90. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par le sigle <em>M<\/em>, suivi du folio, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le texte.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> \u00ab&nbsp;Des mots, des mots, des mots, des mots. J\u2019en ai assez des mots. Est-ce tout ce que vous, po\u00e8tes, savez faire&nbsp;? [\u2026] Ne me racontez pas de r\u00eaves remplis de d\u00e9sir, si vous \u00eates en feu, montrez-le-moi&nbsp;! Montrez-le-moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; je traduis.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il consid\u00e8re comme \u00ab allant de soi&nbsp;\u00bb, comme \u00e9tant \u00e9vidents, naturels et \u00e9thiques les principes de la culture populaire (circulation horizontale des paroles, des savoirs et des cr\u00e9ations ; usages, utilit\u00e9s et b\u00e9n\u00e9fices populaires de ces savoirs et cr\u00e9ations&nbsp;; libert\u00e9 d\u2019expression&nbsp;; spontan\u00e9it\u00e9 et mouvement&nbsp;; langage comique, ambivalent et grossier ne respectant pas les r\u00e8gles de grammaire ; m\u00e9pris des hi\u00e9rarchies, des normes sociales bourgeoises et de la professionnalisation des arts&nbsp;; esprit de communaut\u00e9 et entraide, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00ab&nbsp;Quelle imb\u00e9cile j\u2019\u00e9tais&nbsp;! Quelle imb\u00e9cile domin\u00e9e&nbsp;! Penser que vous \u00e9tiez la terre et le ciel [\u2026]. Non, mon r\u00e9verb\u00e9rant ami, vous n\u2019\u00eates pas le d\u00e9but et la fin&nbsp;! [\u2026] L\u2019art et la musique prosp\u00e9reront sans vous [\u2026]. Vous, cher ami, qui parlez si bien, [\u2026] je peux tr\u00e8s bien me passer de vous&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; je traduis.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Pour citer:<\/h6>\n\n\n\n<p>Brick, Maryline. 2024. \u00ab Ils ont oubli\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient des hommes. L&rsquo;apparent discours anticulturel au prisme du conflit nature\/culture dans <em>Maryse<\/em>&nbsp;de Francine No\u00ebl \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no. 40. En ligne, <a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9504\">https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9504<\/a> (Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/brick_40.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 brick_40.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3f515f08-dae4-44b1-89a4-ffca9bd15762\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/brick_40.pdf\">brick_40<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/brick_40.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3f515f08-dae4-44b1-89a4-ffca9bd15762\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no 40 Lors de sa parution en 1983, le premier roman de Francine No\u00ebl \u00ab&nbsp;a cr\u00e9\u00e9 un profond remous dans le milieu litt\u00e9raire qu\u00e9b\u00e9cois&nbsp;\u00bb, rappelle Lucie Joubert (1993, 273). 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