{"id":9514,"date":"2024-11-29T16:32:54","date_gmt":"2024-11-29T16:32:54","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9514"},"modified":"2024-12-03T18:10:12","modified_gmt":"2024-12-03T18:10:12","slug":"voltaire-limposteur-eclipses-auctoriales-et-esprit-frappeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9514","title":{"rendered":"Voltaire, l\u2019imposteur\u00a0: \u00e9clipses auctoriales et esprit frappeur"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\"><strong>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019imposture chez Voltaire est comparable \u00e0 la d\u00e9marche du chercheur d\u2019or qui croit trouver une p\u00e9pite et r\u00e9alise qu\u2019il est assis sur une mine. En effet, l\u2019auteur, en raison d\u2019un contexte social \u00e9vident, n\u2019a de cesse de se cacher derri\u00e8re son \u0153uvre sulfureuse et de multiplier les masques \u00e9nonciatifs qui recouvrent d\u2019une gaze sarcastique l\u2019auteur r\u00e9el. La majorit\u00e9 de la production voltairienne a donc \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e anonymement, comme l\u2019a notamment montr\u00e9 Andr\u00e9 Magnan<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>,&nbsp;et la paternit\u00e9 n\u2019est assum\u00e9e que pour tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9crits, l\u2019auteur ne souhaitant visiblement plus go\u00fbter aux joies de l\u2019incarc\u00e9ration. On le voit parfois jouer les na\u00effs dans sa correspondance pour r\u00e9colter sans en avoir l\u2019air l\u2019avis de ses lecteurs et amis<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Le nom m\u00eame port\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain diff\u00e8re de son patronyme et il multiplie les pseudonymes (parfois m\u00eame au sein d\u2019une m\u00eame \u0153uvre) derri\u00e8re lesquels il avance masqu\u00e9. Il fut par ailleurs occasionnellement l\u2019\u00e9crivain fant\u00f4me d\u2019une jeune g\u00e9n\u00e9ration, \u00e0 laquelle il pr\u00eata sa plume en \u00e9change d\u2019un nom: le&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>&nbsp;remarque que Voltaire laissa \u00e0 MM. Linant et Lamare le b\u00e9n\u00e9fice de&nbsp;<em>l\u2019Enfant prodigue<\/em>&nbsp;en 1736, qu\u2019il ne publiera sous son nom qu\u2019\u00e0 partir de 1738.&nbsp;Ce&nbsp;grand \u00e9cran&nbsp;de&nbsp;fum\u00e9e orchestr\u00e9&nbsp;par un Voltaire&nbsp;tant\u00f4t inquiet des cons\u00e9quences&nbsp;d\u2019une trace \u00e9crite,&nbsp;tant\u00f4t plaisantin,&nbsp;g\u00e9n\u00e8re un brouillard qui l\u2019enveloppe et peine parfois&nbsp;\u00e0&nbsp;se dissiper,&nbsp;au point qu\u2019on se demande encore aujourd\u2019hui s\u2019il est ou pas&nbsp;l\u2019auteur de&nbsp;certains textes ; le fait qu\u2019il les ait d\u00e9savou\u00e9s \u00e0 cor et \u00e0 cri n\u2019est pas un gage&nbsp;de&nbsp;fiabilit\u00e9.&nbsp;Pour couronner le tout,&nbsp;le&nbsp;style&nbsp;de l\u2019auteur a \u00e9t\u00e9 abondamment imit\u00e9,&nbsp;pastich\u00e9,&nbsp;parodi\u00e9.&nbsp;La question&nbsp;\u201c<em>Qui \u00e9crit?\u201d<\/em>&nbsp;est donc incontournable, de ses fictions narratives \u00e0 sa biographie, en passant par la litt\u00e9rature d\u2019id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>I. L\u2019auteur postiche mis en sc\u00e8ne de mani\u00e8re ludique&nbsp;: Voltaire-Prot\u00e9e<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Si on commence par s\u2019int\u00e9resser \u00e0 son \u0153uvre de fiction, et plus particuli\u00e8rement aux trois contes qu\u2019affectionnent les professeurs de lyc\u00e9e (<em>Zadig, Candide et l\u2019Ing\u00e9nu)<\/em>&nbsp;et par les pages desquels on \u00ab&nbsp;entre&nbsp;\u00bb souvent dans Voltaire \u00e0 l\u2019adolescence, on voit que ce dernier ne m\u00e9nage pas sa peine pour se faire oublier. Pour&nbsp;<em>Zadig ou la Destin\u00e9e<\/em>&nbsp;(1748), on pourrait parler de narration de \u00ab&nbsp;seconde main&nbsp;\u00bb, l\u2019auteur \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 comme inconnu. L\u2019\u00e9p\u00eetre d\u00e9dicatoire est en apparence assum\u00e9e par un certain Saadi, po\u00e8te persan auteur du&nbsp;<em>Gulistan<\/em>, qui a v\u00e9cu \u00e0 la fin du XII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle et au d\u00e9but du XIII<sup>e<\/sup><em>.<\/em>&nbsp;Mais on apprend dans cette lettre \u00e9logieuse destin\u00e9e \u00e0 la sultane Sheraa qu\u2019il n\u2019est que le traducteur de l\u2019ouvrage et qu\u2019il lui offre \u00ab&nbsp;la traduction d\u2019un livre d\u2019un ancien sage [\u2026]&nbsp;\u00bb qu\u2019il ne croit pas n\u00e9cessaire de nommer. Le ton fantaisiste de l\u2019\u00e9p\u00eetre d\u00e9dicatoire, la confusion volontaire entre l\u2019auteur affich\u00e9 et le personnage \u2212 favoris\u00e9e par la paronomase Saadi\/ Zadig \u2212 et le style amphigourique pastichant celui de la Bible<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;(n\u2019apprend-on pas que&nbsp;<em>Zadig<\/em>&nbsp;fut d\u2019abord \u00e9crit en ancien chald\u00e9en?) sont autant de signaux d\u2019alerte envoy\u00e9s aux lecteurs et lectrices pour les pr\u00e9venir que la fiction commence bien avant le premier chapitre&nbsp;: le titre, qui annon\u00e7ait du reste une \u00ab&nbsp;histoire orientale&nbsp;\u00bb, l\u2019approbation et l\u2019\u00e9p\u00eetre d\u00e9dicatoire sont les portes d\u2019entr\u00e9e par lesquelles ils et elles p\u00e9n\u00e8trent dans le monde fictionnel. Au lectorat cultiv\u00e9 de les d\u00e9coder et de voir, s\u2019il le souhaite, dans cette sultane la favorite de Louis XV, madame de Pompadour, protectrice (du moins \u00e0 cette \u00e9poque) de Voltaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de traduction qu\u2019il est aussi question pour&nbsp;<em>Candide ou l\u2019Optimisme<\/em>&nbsp;(1759), comme l\u2019indique la mention \u00ab&nbsp;Traduit de l\u2019allemand de M. le docteur Ralph. Avec les additions qu\u2019on a trouv\u00e9es dans la poche du docteur, lorsqu\u2019il mourut \u00e0 Minden, l\u2019an de gr\u00e2ce 1759 \u00bb. Mais dans cette variation autour du topos du manuscrit trouv\u00e9, c\u2019est le traducteur pr\u00e9sum\u00e9, et non l\u2019auteur pr\u00e9tendu, qui est laiss\u00e9 dans l\u2019ombre. De m\u00eame, toute recherche sur le docteur Ralph s\u2019av\u00e9rera infructueuse et la co\u00efncidence entre sa mort et la date de publication du conte laisse penser que cette derni\u00e8re l\u2019a englouti&nbsp;: son existence \u00e9ventuelle est pos\u00e9e, mais pour \u00eatre curieusement an\u00e9antie dans la foul\u00e9e.&nbsp;<em>L\u2019Ing\u00e9nu<\/em>&nbsp;(1767) est quant \u00e0 lui sous-titr\u00e9 \u00ab&nbsp;histoire v\u00e9ritable, tir\u00e9e des manuscrits du p\u00e8re Quesnel&nbsp;\u00bb. L\u2019adjectif \u00ab&nbsp;v\u00e9ritable&nbsp;\u00bb, cens\u00e9 cautionner l\u2019authenticit\u00e9 de ce r\u00e9cit, suscite d\u2019embl\u00e9e le scepticisme du public ; son auteur putatif, un th\u00e9ologien jans\u00e9niste, vient confirmer cette intuition. La mention \u00ab&nbsp;tir\u00e9e des manuscrits&nbsp;\u00bb laisse le lecteur ou la lectrice dans le flou&nbsp;: tir\u00e9e par qui ? Comment la s\u00e9lection a-t-elle \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e par ce philologue inconnu ? Autant de myst\u00e8res qui planent sur la paternit\u00e9 de ces trois&nbsp;<em>contes philosophiques.<\/em>&nbsp;N\u00e9anmoins, le public ne cherche pas vraiment \u00e0 les r\u00e9soudre, car il est d\u00e9j\u00e0 emport\u00e9 dans la fiction&nbsp;: Mary Galbraith a soulign\u00e9 dans une logique hamburgerienne que \u00ab&nbsp;le lecteur ne se pose jamais la question de savoir comment un narrateur fictionnel a pu avoir connaissance des faits&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;et c\u2019est, il nous semble, ce qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette n\u00e9bulosit\u00e9 autour des auteurs esquisse donc un mouvement paradoxal qui consiste \u00e0 les mettre en sc\u00e8ne pour ensuite les faire voler en fum\u00e9e. Ce canular dont les effets se dissipent tr\u00e8s rapidement pointe nettement vers celui qui se dissimule maladroitement, l\u2019illusionniste et v\u00e9ritable auteur, qui fait retentir un nom pour en faire entendre un autre, comptant sur la sagacit\u00e9 du lectorat pour lever l\u2019imposture et le d\u00e9busquer. L\u2019objectif de ces&nbsp;<em>co\u00efonneries<\/em>, pour reprendre l\u2019expression de Voltaire,&nbsp;est clairement d\u00e9fini par le plaisantin : divertir un public cultiv\u00e9 qui n\u2019est pas dupe et qui se laisse volontairement prendre \u00e0 ce jeu inoffensif car, comme le rappelle Nathalie Kremer,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Telle est la situation id\u00e9ale devant laquelle nous place la fiction,&nbsp;en offrant \u00e0 ses lecteurs le plaisir de conna\u00eetre, toutes cartes en mains ou presque, des situations d&rsquo;impostures aussi parfaites qu&rsquo;inoffensives, puisqu&rsquo;il est bien \u00e0 l&rsquo;abri derri\u00e8re son livre des pi\u00e8ges auxquels succombent les victimes imaginaires. (Kremer, 2013).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces auteurs de papier pr\u00e9sent\u00e9s comme authentiques assurent la transition entre la r\u00e9alit\u00e9 palpable des lectrices ou lecteurs et l\u2019univers fictionnel qu\u2019ils sont invit\u00e9s \u00e0 rejoindre, dans le cadre d\u2019une narration forc\u00e9ment indigne de confiance. Le pacte de lecture de ces lignes pr\u00e9liminaires est accept\u00e9 d\u2019autant plus facilement que ces derniers pressentent que na\u00eetront de l\u2019invraisemblable des le\u00e7ons philosophiques annonc\u00e9es sans ambigu\u00eft\u00e9 par les sous-titres et par l\u2019ironie percevable dans les titres honorifiques des auteurs imaginaires. Les trois fictions narratives sont donc conformes aux horizons d\u2019attente d\u2019un public qui n\u2019est pas dupe et signe les yeux volontairement&nbsp;ferm\u00e9s le pacte de lecture. La question de l\u2019imposture auctoriale se posera a contrario d\u2019une mani\u00e8re plus pr\u00e9gnante dans la litt\u00e9rature d\u2019id\u00e9es et de combat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. Le faussaire&nbsp;: Voltaire contrebandier<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Si le lectorat instruit de ces courts r\u00e9cits n\u2019imagine \u00e0 aucun moment \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 une histoire vraie compos\u00e9e par l\u2019auteur mentionn\u00e9, il est peut-\u00eatre beaucoup plus dubitatif quant \u00e0 une \u0153uvre comme l\u2019<em>Extrait des sentiments de Jean Meslier<\/em>&nbsp;(1762)<em>.<\/em>&nbsp;Il lui apparaissait farfelu qu\u2019un p\u00e8re Quesnel, jans\u00e9niste<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, p\u00fbt composer un petit roman ; mais que Jean Meslier ait pu \u00e9crire un texte pol\u00e9mique anti-chr\u00e9tien de cette teneur \u2026 c\u2019\u00e9tait curieux, mais pas ahurissant<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. D\u2019autant que le cur\u00e9 Meslier, mort en 1729, laissa r\u00e9ellement un&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>&nbsp;volumineux \u00e0 l\u2019adresse de ses paroissiens, pour s\u2019excuser d\u2019avoir feint des sentiments religieux et pr\u00each\u00e9 la religion catholique dans sa paroisse d\u2019Etrepigny alors qu\u2019en son for int\u00e9rieur, il la d\u00e9savouait, d\u00e9non\u00e7ant les arrangements entre religion et pouvoir et les injustices sociales qui en d\u00e9coulaient. Ce&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;<\/em>avait circul\u00e9 peu apr\u00e8s la mort du cur\u00e9, sous l\u2019impulsion du comte de Caylus, et une centaine de copies<em>&nbsp;<\/em>s\u2019\u00e9taient propag\u00e9es de mani\u00e8re confidentielle et clandestine dans les cercles libertins, qu\u2019il s\u00e9duisit par son ath\u00e9isme. Voltaire s\u2019y int\u00e9resse \u00e0 partir de 1735 et on sait qu\u2019il en demande \u00e0 Thieriot un exemplaire que ce dernier lui fera parvenir \u00e0 Cirey. Sa lecture l\u2019\u00e9lectrise et il \u00e9crit dans une lettre \u00e0 Mgr le Prince de ****, dat\u00e9e de 1767 : \u00ab&nbsp;Le cur\u00e9 Meslier est le plus singulier ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019on ait vu parmi tous ces m\u00e9t\u00e9ores funestes \u00e0 la religion chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Marc Hersant \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se que ce&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;<\/em>fut un r\u00e9servoir dans lequel il put puiser de nombreux arguments pour l\u2019ensemble de ses textes antichr\u00e9tiens<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Dans la m\u00eame lettre, Voltaire qualifie l\u2019ouvrage de \u00ab&nbsp;triste et dangereux monument&nbsp;\u00bb. S\u2019il est enthousiaste face au d\u00e9mant\u00e8lement m\u00e9thodique du dogme chr\u00e9tien et aux attaques contre le sacr\u00e9, il est beaucoup plus embarrass\u00e9 par son ath\u00e9isme<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, d\u2019une part parce que cela entre en conflit avec ses propres convictions officielles, d\u2019autre part parce qu\u2019il en conteste la d\u00e9dicace aux paroissiens : \u00ab&nbsp;Pourquoi adresser ce testament \u00e0 des hommes agrestes qui ne savaient pas lire ? Et, s\u2019ils avaient pu lire, pourquoi leur \u00f4ter un joug salutaire, une crainte n\u00e9cessaire qui seule peut pr\u00e9venir les crimes secrets ?&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il \u00e0 Mgr le Prince de ****.&nbsp;Il pense \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab&nbsp;religion bien \u00e9pur\u00e9e&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>naturelle<\/em>, comme rempart face au crime, \u00ab&nbsp;un frein dont le peuple a besoin&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en 1762 qu\u2019est publi\u00e9 anonymement l\u2019<em>Extrait des sentiments de Jean Meslier, adress\u00e9s \u00e0 ses paroissiens sur une partie des abus et des erreurs en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier<\/em>, dans le contexte de l\u2019affaire Calas et de la lutte personnelle de Voltaire, d\u00e9iste, contre l\u2019Inf\u00e2me<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Il est \u00e0 noter que cette \u00e9dition et les suivantes, augment\u00e9es d\u2019un&nbsp;<em>abr\u00e9g\u00e9 de la vie de Jean Meslier<\/em>&nbsp;qui requalifie l\u2019\u0153uvre du cur\u00e9 en testament (\u00ab&nbsp;Par son testament il a donn\u00e9 tout ce qu\u2019il poss\u00e9dait\u2026&nbsp;\u00bb) assureront la notori\u00e9t\u00e9 du cur\u00e9 et serviront de r\u00e9f\u00e9rence aux publications post\u00e9rieures. Bien que pr\u00e9sent\u00e9 comme un ensemble de morceaux choisis de ce&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>&nbsp;singulier, et donc identifi\u00e9 par l\u2019\u00e9diteur et le public comme emprunt\u00e9 par bribes \u00e0 Jean Meslier, ce texte est une mystification. \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 le pr\u00e9cis exact du Testament in-fol. de Jean Meslier&nbsp;[\u2026] \u00bb&nbsp;: c\u2019est sur ces mots parfaitement mensongers qu\u2019il s\u2019ach\u00e8ve. L\u2019exactitude est toute relative, car ce pr\u00e9cis en r\u00e9alit\u00e9 relu et corrig\u00e9 par Voltaire, a subi de multiples transformations, \u00e0 commencer par le style, sur lequel nous ne nous \u00e9tendrons pas. Nous signalerons toutefois que l\u2019auteur s\u2019en justifie dans sa correspondance&nbsp;avec ce qui ressemble \u00e0 un m\u00e9pris de caste : l\u2019original est \u00e0 ses yeux \u00ab&nbsp;\u00e9crit du style d\u2019un cheval de carrosse, mais qu\u2019il rue bien \u00e0 propos&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;ou \u00ab&nbsp;le style est tr\u00e8s rebutant, tel qu\u2019on devait l\u2019attendre d\u2019un cur\u00e9 de village&nbsp;\u00bb.&nbsp;<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Mais les changements apport\u00e9s ne touchent pas tant la forme que le fond, au point de d\u00e9naturer la pens\u00e9e r\u00e9volutionnaire de Meslier, per\u00e7u aujourd\u2019hui comme un repr\u00e9sentant des Lumi\u00e8res radicales avant l\u2019heure<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;et adul\u00e9 par les r\u00e9gimes d\u2019ob\u00e9dience communiste<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. Alain Sandrier souligne que<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>[l]e Testament que Voltaire \u00e9dite trahit son v\u00e9ritable auteur, sans doute en suivant une tradition manuscrite ant\u00e9rieure : Voltaire ampute l\u2019\u0153uvre de trois \u00ab arguments \u00bb sur huit, soit les trois quarts de son volume et le cur\u00e9 ath\u00e9e communiste devient d\u00e9iste. Ne reste que l\u2019attaque anticl\u00e9ricale. (2009, 133).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>A laquelle il faut ajouter la critique virulente des textes sacr\u00e9s. Voltaire touche donc \u00e0 la structure du&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>&nbsp;et \u00e0 son organisation interne en op\u00e9rant une s\u00e9lection de morceaux choisis \u00e0 des fins personnelles<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. Les extraits des chapitres retenus tentent de d\u00e9montrer par des preuves la \u00ab&nbsp;fausset\u00e9 de la religion&nbsp;\u00bb en relevant toute une s\u00e9rie d\u2019erreurs dans la doctrine et dans les textes sacr\u00e9s. Le but \u00e9tait de donner \u00e0 entendre, en pleine affaire Calas, une autre voix que la sienne, concordante, afin de d\u00e9noncer le fanatisme religieux et d\u2019amener tout un chacun \u00e0 sa condamnation. Exhumer le&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>de Meslier, c\u2019\u00e9tait donner plus de force encore \u00e0 son propos, en montrant qu\u2019il \u00e9tait partag\u00e9 par un plus grand nombre. Marc Hersant a mis en \u00e9vidence cette strat\u00e9gie oratoire dans la construction de la litt\u00e9rature de combat du patriarche de Ferney<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Dans les ann\u00e9es 1760 et 1770, presque chacun de ses pamphlets invente un nouvel \u00e9nonciateur postiche et, dans les \u0153uvres alphab\u00e9tiques, les ruses d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019\u00e9crivain pour donner l\u2019impression d\u2019un ouvrage collectif cr\u00e9ent un effet de kal\u00e9idoscope qui ne tient pas seulement \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 des attributions (ou des absences d\u2019attribution) des articles, mais aussi \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 des styles et, dans une certaine mesure, des points de vue pr\u00e9sent\u00e9s. Contrairement \u00e0 Rousseau, homme par excellence de la signature dont chacun des \u00e9crits principaux brandit comme un flambeau l\u2019identit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque et unitaire, Voltaire essaime \u00e0 travers mille noms r\u00e9els, emprunt\u00e9s, d\u00e9tourn\u00e9s, invent\u00e9s. Il s\u2019agit, d\u2019une part, et \u00e9videmment, de se prot\u00e9ger le plus possible des attaques et de la justice, d\u2019autre part de donner l\u2019impression (\u00ab&nbsp;Je suis L\u00e9gion&nbsp;\u00bb) d\u2019une multiplicit\u00e9 combattive, d\u2019une \u00ab&nbsp;arm\u00e9e&nbsp;\u00bb lanc\u00e9e \u00e0 l\u2019assaut du vieux monde, acharn\u00e9e \u00e0 le d\u00e9truire [\u2026] (2015, 175).&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le solitaire de Ferney, par cet escamotage, donne l\u2019impression que les coups pleuvent de toute part. De plus, l\u2019emploi de ce singulier collectif, \u00ab&nbsp;Je suis L\u00e9gion&nbsp;\u00bb, est un pastiche machiav\u00e9lique de Saint Marc&nbsp;: l\u2019ap\u00f4tre rappelle en effet la r\u00e9ponse que le Diable fit au Christ quand ce dernier lui demanda son nom&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je m\u2019appelle L\u00e9gion&nbsp;\u00bb.<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>&nbsp;Il \u00e9tait impudent de reprendre ces paroles en se les attribuant. Le mot \u00ab&nbsp;testament&nbsp;\u00bb encadre le texte, puisqu\u2019on le trouve aussi dans le dernier paragraphe de&nbsp;<em>l\u2019abr\u00e9g\u00e9 de la vie de Jean Meslier<\/em>, au chapitre VI. Cette appellation n\u2019est pas choisie au hasard, comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 Alain Sandrier&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Rappelons tout d\u2019abord que le terme de \u00ab Testament \u00bb, repris par l\u2019\u00e9dition de 1822, pour d\u00e9signer la version tronqu\u00e9e du M\u00e9moire des pens\u00e9es et sentiments de Jean Meslier est une invention de Voltaire qui appara\u00eet d\u00e8s les premi\u00e8res \u00e9ditions. G\u00e9niale trouvaille publicitaire, selon l\u2019analyse de R. Desn\u00e9 : le \u00ab m\u00e9moire \u00bb volumineux, ramen\u00e9 aux proportions plus maniables d\u2019un \u00ab testament \u00bb, accuse le path\u00e9tique de l\u2019\u00e9nonciation. Voltaire \u00e9tend \u00e0 tout l\u2019ouvrage le dispositif de la lettre d\u2019envoi aux cur\u00e9s du voisinage du texte original. Meslier y dirige son discours avec l\u2019\u00e9nergie et l\u2019intensit\u00e9 des ultima verba : force ind\u00e9niable de cette adresse directe de l\u2019auteur \u00e0 ses destinataires. Le cur\u00e9 ne craint pas d\u2019arborer fi\u00e8rement cette posture \u00e0 la barbe de ses confr\u00e8res [\u2026]. (2009, 133).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voltaire a voulu th\u00e9\u00e2traliser cette voix sur le point de sombrer, qui avait, chez Meslier, un timbre aussi serein que v\u00e9h\u00e9ment. Par-l\u00e0, il d\u00e9tourne un lieu commun apolog\u00e9tique, la conversion \u00e0 l\u2019article de la mort<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. Ce dispositif \u00e9nonciatif lui tient manifestement \u00e0 c\u0153ur dans son combat contre l\u2019Inf\u00e2me. Ainsi Voltaire, non content de faire des coupes drastiques dans le&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>&nbsp;de Meslier, en subvertit \u00e9galement la pens\u00e9e. On en tient pour preuves les derniers paragraphes de&nbsp;<em>l\u2019Extrait des sentiments<\/em>, dans lesquels il fait dire \u00e0 l\u2019instance \u00e9nonciative \u00ab&nbsp;Je finirai par supplier Dieu, si outrag\u00e9 par cette secte, de daigner nous rappeler \u00e0 la religion naturelle, dont le christianisme est l\u2019ennemi d\u00e9clar\u00e9 [\u2026]&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Qu\u2019on juge de quel poids est le t\u00e9moignage d\u2019un pr\u00eatre mourant qui demande pardon \u00e0 Dieu&nbsp;\u00bb. Une conversion forc\u00e9e \u00e0 laquelle feu le cur\u00e9 Meslier ne peut s\u2019opposer. L\u2019imposture est parfaite au point que la majorit\u00e9 des \u00e9ditions du XIXe<sup>&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>&nbsp;s\u2019appuiera sur ce texte fabriqu\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9lection partisane prend le soin de gommer ce qui dans le&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;<\/em>trouble les pens\u00e9es politiques et d\u00e9istes de notre philosophe et le texte propos\u00e9 \u00e0 la lecture a \u00e9t\u00e9 expurg\u00e9 de la critique du syst\u00e8me politique &#8211; qui appelle \u00e0 une r\u00e9volution avant l\u2019heure<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>&nbsp;&#8211; et de la n\u00e9gation de l\u2019existence d\u2019un \u00eatre supr\u00eame, pilier de la religion naturelle \u00e0 laquelle croit Voltaire. Les r\u00e9flexions de Meslier \u00e9branlent Voltaire jusque dans ses positions d\u00e9istes&nbsp;; le propos radical du texte originel devait donc \u00eatre infl\u00e9chi. Marc Hersant propose une interpr\u00e9tation qui met en \u00e9vidence l\u2019auto-questionnement de Voltaire \u00e0 ce sujet, et les affres dans lesquelles il est plong\u00e9&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Dans une logique similaire, il est possible de comprendre la r\u00e9\u00e9criture en pamphlet pseudo-d\u00e9iste du m\u00e9moire de Meslier comme une activit\u00e9 dialogique o\u00f9 il s\u2019agit moins de convaincre autrui en faisant servir le cur\u00e9 d\u2019\u00c9tr\u00e9pigny \u00e0 la propagande voltairienne&nbsp;que d\u2019att\u00e9nuer pour soi-m\u00eame le choc repr\u00e9sent\u00e9 par sa lecture : la dimension strat\u00e9gique, sociale et rh\u00e9torique de cette manipulation existe, bien entendu, mais elle n\u2019est ni la plus int\u00e9ressante, ni la plus profonde. En travaillant le texte de Meslier pour \u00e9touffer sa vraie voix, Voltaire op\u00e8re une tentative de refoulement qui donne \u00e0 cette voix interdite la puissance d\u00e9vastatrice d\u2019une obsession des profondeurs. (2015, 125).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;<\/em>de Meslier revisit\u00e9 par Voltaire n\u2019est donc pas uniquement un jeu d\u2019ombre et de lumi\u00e8re projet\u00e9 sur le texte&nbsp;: c\u2019est la tentative d\u2019apaiser une crise interne et m\u00e9taphysique en remodelant la pens\u00e9e d\u2019autrui pour la vider de ses pierres d\u2019achoppement, en t\u00eate desquelles la question du Mal et la conciliation possible avec l\u2019existence d\u2019un Dieu (bon), question qui hante l\u2019auteur car il n\u2019y trouve pas une r\u00e9ponse suffisamment convaincante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est permis de se demander, en d\u00e9finitive, si un testament n\u2019en cache pas un autre. Cette prosopop\u00e9e, aussi mystificatrice soit-elle, est le r\u00e9sultat d\u2019un d\u00e9bat int\u00e9rieur clos, la voix infernale ayant \u00e9t\u00e9 musel\u00e9e et les angoisses existentielles (provisoirement) ma\u00eetris\u00e9es. Le dialogue int\u00e9rieur auquel se livrait l\u2019auteur, \u00e0 l\u2019instar des dialogues philosophiques, voit le triomphe momentan\u00e9 d\u2019une seule pens\u00e9e. L\u2019abr\u00e9g\u00e9 voltairien a une vertu th\u00e9rapeutique ; il s\u2019agissait de neutraliser le poison distill\u00e9 par l\u2019\u0153uvre originale. Il y fait d\u2019ailleurs allusion dans la lettre au prince de *** :&nbsp;\u00ab&nbsp;On en a fait plusieurs petits abr\u00e9g\u00e9s, dont quelques-uns ont \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9s&nbsp;: ils sont heureusement purg\u00e9s du poison de l\u2019ath\u00e9isme&nbsp;\u00bb. Heureusement pour les futurs lecteurs ou lectrices, pas pour le patriarche, qui se l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 inocul\u00e9 bien avant. Une \u00ab&nbsp;scie voltairienne&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00e0 associer \u00e0 une autre posture r\u00e9currente chez l\u2019auteur, celle du moribond, qui ne cesse de dire qu\u2019il est \u00e0 l\u2019article de la mort (on pourrait presque parler de topos voltairien), souvent pour se justifier ou excuser les silences de la correspondance, mais aussi pour exprimer sa m\u00e9lancolie. Le path\u00e9tique de l\u2019\u00e9nonciation relev\u00e9 par Alain Sandrier pourrait \u00eatre l\u2019\u00e9cho du vrai pathos d\u2019un auteur au bord de l\u2019ab\u00eeme, pris de nouveau de vertige en \u00e9crivant ces lignes, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019inexistence d\u2019un \u00eatre supr\u00eame, dans l\u2019esprit duquel retentissent encore les derniers mots du&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je ne prends d\u00e9j\u00e0 presque plus de part \u00e0 ce qui se fait dans le monde. Les morts, avec lesquels je suis sur le point d\u2019aller, ne s\u2019embarrassent plus de rien, ils ne se m\u00ealent plus de rien et ne se soucient plus de rien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je finirai donc ceci par le rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi ne suis-je gu\u00e8re plus qu\u2019un rien, et bient\u00f4t je ne serai rien<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>.<em><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il lui faudrait alors \u00e0 la fois admettre que le Mal est in\u00e9vitable et qu\u2019il ne peut \u00eatre ni contenu, ni entrav\u00e9 par une religion naturelle et que la destin\u00e9e humaine, sortie par hasard du n\u00e9ant, est vou\u00e9e \u00e0 y retourner. L\u2019imposture est compl\u00e8tement lev\u00e9e dans les derni\u00e8res lignes de l\u2019<em>Extrait&nbsp;<\/em>[<em>\u2026<\/em>]<em>&nbsp;<\/em>ou&nbsp;<em>Testament de Meslier<\/em>, l\u2019auteur se d\u00e9voilant dans les \u00ab&nbsp;ultima verba&nbsp;\u00bb de la prosopop\u00e9e&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je finirai par supplier Dieu, si outrag\u00e9 de cette secte, de daigner nous rappeler la religion naturelle, dont le christianisme est l\u2019ennemi d\u00e9clar\u00e9; \u00e0 cette religion sainte que Dieu a mise dans le c\u0153ur de tous les hommes, qui nous apprend de ne rien faire \u00e0 autrui que ce que nous voudrions \u00eatre fait \u00e0 nous-m\u00eames [\u2026] Dieu nous a donn\u00e9 cette religion en nous donnant la raison. Puisse le fanatisme ne la plus pervertir! Je vais mourir plus rempli de ces d\u00e9sirs que d\u2019esp\u00e9rances.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re supplique \u00e0 Dieu appara\u00eet moins risqu\u00e9e dans la bouche d\u2019un cur\u00e9, certes convaincu d\u2019ath\u00e9isme, mais \u00e0 l\u2019heure ultime (et mort au moment de la publication), que dans celle d\u2019un pourfendeur de l\u2019Inf\u00e2me et de ses rites, toujours vivant. Mais elle ne trompe pas le lectorat \u00e9rudit de l\u2019\u00e9poque et permet, en cultivant l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, d\u2019\u00e9carter \u00e0 terme les soup\u00e7ons d\u2019ath\u00e9isme pesant sur le philosophe et de r\u00e9affirmer son d\u00e9isme en exaltant la religion naturelle, \u00e0 laquelle il apporte sa propre d\u00e9finition. On retrouve les ma\u00eetres-mots qui le chevillent au corps d\u2019une mani\u00e8re encore plus pressante sur cette d\u00e9cennie&nbsp;: triomphe de la \u00ab&nbsp;raison&nbsp;\u00bb et lutte contre le \u00ab&nbsp;fanatisme&nbsp;\u00bb. L\u2019incrustation au c\u0153ur de la pens\u00e9e voltairienne d\u2019un verset c\u00e9l\u00e8bre du&nbsp;<em>Nouveau Testament<\/em>, est un subversif appel \u00e0 la tol\u00e9rance&nbsp;: \u00ab&nbsp;[au sujet de la religion naturelle] qui nous apprend de ne rien faire \u00e0 autrui que ce que nous voudrions \u00eatre fait \u00e0 nous-m\u00eames&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. Voltaire, dans une d\u00e9marche socratique, retourne magistralement contre le fanatisme les armes fourbies par le christianisme. D\u00e9marche non d\u00e9pourvue de malice puisqu\u2019il projette sur un Dieu grand horloger ses propres pens\u00e9es.&nbsp;<em>Deo erexit Voltaire<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn25\"><sup><strong><sup>[25]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>.&nbsp;En d\u00e9finitive, c\u2019est donc moins le testament de Meslier qui est donn\u00e9 \u00e0 lire que celui du patriarche de Ferney, qu\u2019il l\u00e8gue \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 et l\u2019emploi du pseudonyme, au terme de cette analyse, prend tout son sens.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, l\u2019imposture n\u2019est pas de la m\u00eame nature que dans les contes, s\u2019agissant cette fois de modeler la pens\u00e9e d\u2019autrui \u00e0 son image, ce qui entraine de facto des postures diff\u00e9rentes de lecture. Si dans les petites fictions, le public se laissait duper avec plaisir et en toute conscience, il entre dans le&nbsp;<em>Testament<\/em>&nbsp;prudemment, mais sans r\u00e9aliser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un apocryphe. Quand le lectorat \u00e9rudit en fait le constat, son horizon d\u2019attente est d\u00e9fait et il a le sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 ; mais cette impression d\u00e9sagr\u00e9able est tout de suite compens\u00e9e par la noblesse d\u2019une imposture qui sert non pas les int\u00e9r\u00eats personnels de l\u2019auteur ventriloque, mais qui se veut plut\u00f4t bienfaitrice pour l\u2019humanit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. L\u2019\u00e9nonciateur anonyme&nbsp;: Voltaire et son double<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le dernier cas de feintise que nous \u00e9tudierons est celui d\u2019une production voltairienne tardive, dont la dimension testamentaire a d\u2019autres vis\u00e9es&nbsp;: graver dans le marbre une statue litt\u00e9raire \u00e9pur\u00e9e de toutes ses scories<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. En 1776 para\u00eet, deux ans avant la mort de Voltaire, un&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de la Henriade, etc avec les pi\u00e8ces et les preuves<\/em>, unique \u00e9crit \u00e0 caract\u00e8re autobiographique publi\u00e9 du vivant de l\u2019auteur, dont il n\u2019assume cependant pas la paternit\u00e9. \u00ab&nbsp;M. de Voltaire&nbsp;\u00bb fait bonne figure dans ce r\u00e9cit factuel \u00e0 travers le portrait flatteur que dresse de lui un \u00e9nonciateur anonyme s\u2019exprimant \u00e0 la premi\u00e8re personne et dont l\u2019identit\u00e9 totalement floue s\u2019\u00e9clipse de surcro\u00eet derri\u00e8re une fonction, celle d\u2019historien ou de biographe. A priori l\u2019auteur r\u00e9el est \u00e0 \u00e9carter, puisqu\u2019<em>on&nbsp;<\/em>parle&nbsp;<em>de<\/em>&nbsp;lui \u2013 de Voltaire donc &#8211; \u00e0 la troisi\u00e8me personne.&nbsp;<em>A priori&nbsp;<\/em>seulement<em>&nbsp;<\/em>car la voix de cet historien-historiographe compl\u00e8tement d\u00e9sincarn\u00e9e, s\u2019attelant \u00e0 la biographie d\u2019un des hommes les plus c\u00e9l\u00e8bres de son \u00e9poque, appara\u00eet comme une fabrication, comme le masque \u00e9nonciatif que cette \u00ab&nbsp;biographie&nbsp;\u00bb faussement acad\u00e9mique, parfois presque scolaire dans sa forme, est en r\u00e9alit\u00e9 une autobiographie, lisible comme \u00ab le produit astucieux d\u2019un \u00e9crivain qui fut sans doute le plus prestigieux historien fran\u00e7ais du XVIII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019imposture ne leurre pas ses contemporains, habitu\u00e9s au style voltairien<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>, quelques petits rebondissements quant \u00e0 la paternit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre s\u00e8meront le doute dans l\u2019esprit du lectorat moderne. En effet, Jean-Louis Wagni\u00e8re, dernier secr\u00e9taire de Voltaire, pr\u00e9tendra apr\u00e8s la mort du philosophe \u00eatre l\u2019auteur du&nbsp;<em>Commentaire historique&nbsp;<\/em>proprement-dit et l\u2019inexistence de manuscrits pour cette premi\u00e8re partie ne permet pas, selon Nicholas Cronk, de reconstituer la gen\u00e8se de l\u2019\u0153uvre<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>. Mais pour le critique, \u00ab [\u2026] il n\u2019existe aucune preuve propre \u00e0 sugg\u00e9rer que Wagni\u00e8re est le v\u00e9ritable auteur du&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>, et le t\u00e9moignage du texte lui-m\u00eame, lorsque nous l\u2019examinons de pr\u00e8s, confirme clairement que Voltaire en est l\u2019auteur&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>. Wagni\u00e8re (l\u2019imposteur ?) \u00e9cart\u00e9, il faut donc s\u2019interroger sur l\u2019\u00e9nonciateur du&nbsp;<em>Commentaire historique&nbsp;<\/em>et le percevoir comme une construction du v\u00e9ritable auteur, qui, par biens\u00e9ance, pr\u00e9f\u00e8re se dissimuler derri\u00e8re ce masque. Le soup\u00e7on que l\u2019auteur de cette biographie se confonde avec celui dont elle pr\u00e9tend raconter l\u2019existence comme d\u2019un tiers est donc produit par le texte lui-m\u00eame. La supercherie est efficace. D\u00e8s le premier paragraphe, l\u2019\u00e9nonciateur-personnage adopte la posture du biographe mod\u00e8le et l\u2019\u00e8thos<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>&nbsp;de l\u2019historien<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>&nbsp;est d\u00e9ploy\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je t\u00e2cherai, dans ces Commentaires sur un homme de lettres, de ne rien dire que d\u2019un peu utile aux lettres, et surtout de ne rien avancer que sur des papiers originaux. Nous ne ferons aucun usage ni des satires, ni des pan\u00e9gyriques presque innombrables qui ne seront pas appuy\u00e9s sur des faits authentiques<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il multiplie les gages de fiabilit\u00e9 en ma\u00eetrisant les qualit\u00e9s d\u2019un bon rh\u00e9toricien<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>&nbsp;et produit dans ce paragraphe liminaire un discours s\u00e9rieux, dans lequel on rep\u00e8re les trois r\u00e8gles du discours s\u00e9rieux \u00e9nonc\u00e9es par John Searle : il a l\u2019intention de dire vrai (en \u00e9cartant les \u00e9lucubrations des satires et des pan\u00e9gyriques), il peut le prouver (avec des \u00ab&nbsp;papiers originaux&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;faits authentiques&nbsp;\u00bb) et il a l\u2019air sinc\u00e8re (en tout cas, il s\u2019y engage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je t\u00e2cherai&nbsp;\u00bb). L\u2019\u00e9nonciateur adh\u00e8re donc tout \u00e0 fait \u00e0 la philosophie de l\u2019histoire<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>&nbsp;de celui dont il doit \u00e9crire la biographie litt\u00e9raire&nbsp;: d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour le d\u00e9tail ou la rumeur, travail de recherche \u00e0 partir de documents, recueil de t\u00e9moignages, \u2026. Ces marques de s\u00e9rieux convainquent le public que l\u2019auteur et son biographe sont deux personnes distinctes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les certifications de v\u00e9rit\u00e9 abondent dans le d\u00e9but du texte. L\u2019\u00e9nonciateur assure par exemple pouvoir produire des preuves mat\u00e9rielles de ce qu\u2019il avance \u2013 les m\u00e9dailles &#8211; et se pr\u00e9sente comme t\u00e9moin auriculaire direct, d\u2019autant plus cr\u00e9dible qu\u2019il tient cette information de l\u2019auteur lui-m\u00eame :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les uns font na\u00eetre Fran\u00e7ois de Voltaire le 20 f\u00e9vrier 1694; les autres, le 20 novembre de la m\u00eame ann\u00e9e. Nous avons des m\u00e9dailles de lui qui portent ces deux dates; il nous a dit plusieurs fois qu\u2019\u00e0 sa naissance on d\u00e9sesp\u00e9ra de sa vie, et qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 ondoy\u00e9, la c\u00e9r\u00e9monie de son bapt\u00eame fut diff\u00e9r\u00e9e plusieurs mois<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>.&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il pr\u00e9sente par ailleurs des gages d\u2019objectivit\u00e9 puisqu\u2019il confronte les pi\u00e8ces justificatives sans imposer une conclusion personnelle quand les preuves ne permettent pas de trancher. Il semble en outre obnubil\u00e9 par la volont\u00e9 de souligner l\u2019authenticit\u00e9 de ses sources en montrant qu\u2019il en a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin auriculaire ou oculaire direct \u00e0 de nombreuses reprises&nbsp;: \u00ab&nbsp;il nous a dit plusieurs fois&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;et il nous a dit plusieurs fois que son p\u00e8re l\u2019avait cru perdu&nbsp;\u00bb,&nbsp;\u00ab&nbsp;Je lui ai entendu dire plus d\u2019une fois&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Nous avons vu une lettre de sa main&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;J\u2019ai vu une tr\u00e8s-grande quantit\u00e9 de lettres de l\u2019un et de l\u2019autre&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>. L\u2019\u00e9nonciateur renforce sa l\u00e9gitimit\u00e9 de t\u00e9moin en mettant en \u00e9vidence son degr\u00e9 d\u2019intimit\u00e9 avec l\u2019\u00e9crivain et en montrant qu\u2019il d\u00e9tient des informations de premi\u00e8re main, ce qui le rend digne de confiance aux yeux du lecteur ou de la lectrice. De plus, le pronom personnel \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, quand il d\u00e9signe l\u2019\u00e9nonciateur, est souvent associ\u00e9 aux verbes de perception \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;entendre&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il peut aussi se faire le rapporteur de faits dont il a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin indirect ou qui lui ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s : \u00ab&nbsp;C\u2019est un des associ\u00e9s qui m\u2019a certifi\u00e9 cette anecdote, dont j\u2019ai vu la preuve sur ses registres&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>. Le biographe mod\u00e8le se livre \u00e0 un travail d\u2019enqu\u00eate et ne se contente pas de recueillir les dires du t\u00e9moin&nbsp;: il les v\u00e9rifie.&nbsp;Sa cr\u00e9dibilit\u00e9 est \u00e9galement corrobor\u00e9e par le fait qu\u2019on lui ait donn\u00e9 acc\u00e8s aux \u00ab&nbsp;papiers&nbsp;\u00bb de Voltaire, un mat\u00e9riau cons\u00e9quent bien que d\u00e9sordonn\u00e9&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>M.&nbsp;de V\u2026 ne se pr\u00e9valait pas m\u00eame de tant de t\u00e9moignages authentiques; et ils seraient perdus pour sa m\u00e9moire, si nous ne les avions retrouv\u00e9s avec peine dans le chaos de ses papiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tombe encore sur une lettre du marquis d\u2019Argenson, ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est un vilain homme que cet abb\u00e9 Desfontaines; son ingratitude est encore pire que ses crimes, qui vous avaient donn\u00e9 lieu de l\u2019obliger. 7 f\u00e9vrier 1739.&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e8thos de l\u2019historien se construit \u00e9galement dans la mise en \u00e9vidence des al\u00e9as de la recherche avec ses difficult\u00e9s (\u00ab&nbsp;le chaos de ses papiers&nbsp;\u00bb) et ses heureux hasards (\u00ab&nbsp;Je tombe encore [\u2026]&nbsp;\u00bb), valorisant le travail de b\u00e9n\u00e9dictin auquel il se livre. Le s\u00e9rieux de l\u2019entreprise est rehauss\u00e9 par le fait que Voltaire lui-m\u00eame ne se serait pas embarrass\u00e9 d\u2019autant de \u00ab&nbsp;t\u00e9moignages authentiques&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>, qu\u2019il produit \u00e0 profusion, en entrecoupant sa relation de textes (le plus souvent des passages de lettres ou des extraits de po\u00e8mes) emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019abondante correspondance voltairienne ou de paroles de l\u2019auteur directement rapport\u00e9es derri\u00e8re lesquelles celle du biographe s\u2019amenuise.&nbsp;Le z\u00e8le d\u00e9ploy\u00e9 pour aveugler le public va jusqu\u2019\u00e0 contrefaire les pr\u00e9cautions oratoires de l\u2019historien, par la mise en sc\u00e8ne d\u2019h\u00e9sitations&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Comme nous n\u2019avan\u00e7ons rien que sur des preuves authentiques, nous nous bornerons \u00e0 transcrire ici une de ses lettres \u00e0 un \u00e9v\u00eaque d\u2019Annecy, dans le dioc\u00e8se duquel Ferney est situ\u00e9. Nous n\u2019avons pu retrouver la date de la lettre; mais elle doit \u00eatre de 1759.&nbsp;<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>ou par la mention des&nbsp;documents manquants car \u00e9gar\u00e9s&nbsp;:<em>&nbsp;<\/em>\u00ab On n\u2019a trouv\u00e9 de ce commerce \u00e9pistolaire qu\u2019un seul fragment, que nous transcrivons&nbsp;[\u2026]&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, certaines impr\u00e9cisions, voire incoh\u00e9rences, si\u00e9ent mal \u00e0 la figure d\u2019un biographe au-dessus de tout soup\u00e7on d\u2019imposture et viennent fragiliser l\u2019\u00e9difice savamment \u00e9chafaud\u00e9. L\u2019\u00e9nonciateur joue parfois la carte de la compl\u00e9mentarit\u00e9<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>&nbsp;en passant sous silence certains faits d\u00e9j\u00e0 connus du public, comme la fameuse lettre d\u2019invitation \u00e0 la cour de Prusse \u00e9crite par Fr\u00e9d\u00e9ric II :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Il \u00e9tait parti apr\u00e8s avoir combattu pendant plus de six mois contre toute sa famille et contre tous ses amis, qui le dissuadaient fortement de cette transplantation; mais, sans avoir pris l\u2019engagement de se fixer aupr\u00e8s du roi de Prusse, il ne put r\u00e9sister \u00e0 cette lettre que ce prince lui \u00e9crivit de son appartement \u00e0 la chambre de son nouvel h\u00f4te dans le palais de Berlin, le 23 ao\u00fbt; lettre qui a tant couru depuis, et qui a \u00e9t\u00e9 souvent imprim\u00e9e<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On comprend difficilement pourquoi il fait l\u2019\u00e9conomie de cette lettre, qu\u2019il ne reporte m\u00eame pas dans la liste des pi\u00e8ces justificatives<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>&nbsp;alors qu\u2019il la cite longuement dans ses deux autres textes autobiographiques<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>&nbsp;comme pi\u00e8ce \u00e0 charge ; elle fut pourtant d\u00e9terminante dans la carri\u00e8re de l\u2019homme de lettres, puisque l\u2019\u00e9chec de l\u2019aventure berlinoise l\u2019amena \u00e0 reconsid\u00e9rer le sens de son existence. Mais il eut \u00e9t\u00e9 ind\u00e9licat de la part du v\u00e9ritable auteur du&nbsp;<em>Commentaire historique&nbsp;<\/em>de ramener sur le devant de la sc\u00e8ne de vieilles querelles. \u00c0 un autre degr\u00e9 d\u2019inexactitude historique, il en est de m\u00eame des preuves que le biographe postiche pr\u00e9tend d\u00e9tenir sans toutefois les produire, et qu\u2019il \u00e9voque vaguement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons des preuves que cette plaisanterie fut presque compos\u00e9e tout enti\u00e8re \u00e0 Cirey&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a>. Il nous faut donc le croire sur parole&nbsp;: o\u00f9 sont les gages de s\u00e9rieux brandis au d\u00e9but du&nbsp;<em>Commentaire<\/em>?<\/p>\n\n\n\n<p>Plus r\u00e9v\u00e9latrices d\u2019un \u00e9nonciateur postiche sont les invraisemblances qui viennent discr\u00e9diter l\u2019\u00e9nonciateur-t\u00e9moin car il est peu probable qu\u2019il ait pu \u00eatre pr\u00e9sent \u2026 \u00e0 moins d\u2019\u00eatre l\u2019auteur lui-m\u00eame&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La fameuse demoiselle Clairon y jouait, et montrait d\u00e9j\u00e0 les plus grands talents.&nbsp;M<sup>me<\/sup>&nbsp;Denis, ni\u00e8ce de l\u2019auteur, femme d\u2019un commissaire ordonnateur des guerres, ancien capitaine au r\u00e9giment de Champagne, tenait un assez grand \u00e9tat dans Lille, qui \u00e9tait du d\u00e9partement de son mari.&nbsp;M<sup>me<\/sup>&nbsp;du Ch\u00e2telet logea chez elle; je fus t\u00e9moin de toutes ces f\u00eates&nbsp;: Mahomet fut tr\u00e8s-bien jou\u00e9<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette trag\u00e9die fut jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Lille en 1741, soit trente-cinq ans avant la publication du&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>. La pr\u00e9sence du biographe&nbsp;semble suspecte.&nbsp;Cette citation exclut \u00e9galement Wagni\u00e8re, n\u00e9 en 1739 dans le canton de Vaud et dont on peut douter qu\u2019il ait assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation, puisqu\u2019il \u00e9tait alors \u00e2g\u00e9 de deux ans. Il en est de m\u00eame dans la citation suivante, qui rappelle des faits datant approximativement de 1734&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Mais ce bon Nonotte, en r\u00e9glant sa cr\u00e9ance sur des injures de th\u00e9ologien et sur des raisonnements de petites-maisons, ne savait pas qu\u2019il y a plus de soixante villes en Europe o\u00f9 le peuple pr\u00e9tend qu\u2019autrefois les juifs donn\u00e8rent des coups de couteau \u00e0 des hosties qui r\u00e9pandirent du sang&nbsp;: il ne sait pas qu\u2019on fait encore aujourd\u2019hui comm\u00e9moration \u00e0 Bruxelles d\u2019une pareille aventure; et j\u2019y ai entendu, il y a quarante ans, cette belle chanson&nbsp;[\u2026]<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les t\u00e9moignages, dans leur structure et leur narration, ont parfois davantage partie li\u00e9e avec les m\u00e9canismes du souvenir qu\u2019avec la r\u00e9colte de preuves. Et le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb du biographe dispara\u00eet derri\u00e8re celui de l\u2019auteur, semant la confusion chez le public. Cela appara\u00eet d\u2019autant plus clairement lors d\u2019erreurs dans l\u2019emploi de pronoms. Le biographe rappelle une anecdote glorieuse, selon laquelle le prince de Conti aurait \u00e9crit des vers pour Voltaire. Il poursuit&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je n\u2019ai pu retrouver la r\u00e9ponse de l\u2019auteur&nbsp;d\u2019\u0152dipe. Je lui demandai un jour s\u2019il avait dit au prince en plaisantant&nbsp;: Monseigneur, vous serez un grand po\u00e8te ; il faut que je vous<em>&nbsp;fasse donner une pension par<\/em><em>&nbsp;<\/em>le roi.&nbsp;On pr\u00e9tend aussi qu\u2019\u00e0 souper il lui dit&nbsp;: Sommes-nous tous princes ou tous po\u00e8tes ? Il me r\u00e9pondit&nbsp;:&nbsp;Delicta juventutis me\u00e6 memineris, Domine<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les deux premiers \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb renvoient au pr\u00e9tendu historien, qui interroge l\u2019auteur sur la v\u00e9racit\u00e9 de la rumeur en reprenant les paroles que ce dernier aurait prononc\u00e9es ; le troisi\u00e8me \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb d\u00e9signe donc Voltaire. Il est plus difficile d\u2019identifier le \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb. La reprise pronominale d\u00e9signe Voltaire dans les deux premi\u00e8res occurrences. Mais dans la troisi\u00e8me, \u00ab&nbsp;Il me dit&nbsp;\u00bb, la construction syntaxique pose probl\u00e8me&nbsp;puisque le \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb renvoie d\u2019apr\u00e8s le contexte au prince, et non \u00e0 Voltaire. De ce fait, le pronom compl\u00e9ment \u00ab&nbsp;me&nbsp;\u00bb ne peut d\u00e9signer que l\u2019\u00e9crivain, comme si cet \u00e9clat autobiographique lui \u00e9chappait et qu\u2019il oubliait l\u2019imposture du biographe pour raconter lui-m\u00eame ce souvenir divertissant. Ces deux derniers exemples sont aussi tr\u00e8s empreints du \u00ab&nbsp;style voltairien&nbsp;\u00bb. Le biographe qui s\u2019\u00e9tait jusqu\u2019alors drap\u00e9 dignement dans les oripeaux de la neutralit\u00e9, en affectant une posture de distanciation objective, peine \u00e0 r\u00e9fr\u00e9ner le satiriste et son sourire en coin, marque de fabrique de l\u2019\u00e9crivain<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>.&nbsp;&nbsp;La dimension carnavalesque de la derni\u00e8re anecdote, qui revisite le topos du \u00ab&nbsp;monde \u00e0 l\u2019envers&nbsp;\u00bb, est d\u00e9licieusement subversive par sa chute. La r\u00e9f\u00e9rence religieuse, emprunt\u00e9e \u00e0 un psaume, rappelle le repentir du \u00ab&nbsp;singe vert&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>&nbsp;et ses frasques de jeunesse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Le public est sensible \u00e0 ces marques d\u2019humour et au dialogue inattendu avec l\u2019auteur qui se manifeste innocemment au d\u00e9tour d\u2019une phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est \u00e0 croire que d\u00e8s lors le jeune homme fut d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 suivre son penchant pour la po\u00e9sie. Mais&nbsp;<strong>je lui ai entendu dire \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;<\/strong>que [\u2026]&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn53\"><sup>[53]<\/sup><\/a><em>.&nbsp;<\/em>Quelle preuve plus tangible de cette double construction auctoriale que ce clin d\u2019\u0153il au public? Cette sc\u00e8ne doublement burlesque, par l\u2019image qu\u2019elle sugg\u00e8re d\u2019un biographe \u00e9piant un Voltaire radotant, afin de lui d\u00e9rober des informations \u00e0 son insu&nbsp;est peut-\u00eatre une cl\u00e9 de lecture du&nbsp;<em>Commentaire historique.<\/em>&nbsp;Ce mouvement de balancier entre&nbsp;auteur fictif et anonyme de fa\u00e7ade et auteur r\u00e9el r\u00e9v\u00e9lant par des signes plus ou moins t\u00e9nus sa pr\u00e9sence invite le lectorat \u00e0 ce balancement entre lecture de surface et lecture plus sagace, \u00ab&nbsp;entre les lignes&nbsp;\u00bb. Cette oscillation entre sc\u00e9nographie auctoriale et construction bancale d\u2019un \u00e9nonciateur fictif joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans l\u2019\u00e9laboration de l\u2019\u00e8thos d\u2019un \u00e9crivain qui sait \u2013 et en tout cas, il s\u2019y att\u00e8le \u2013 qu\u2019il passera \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, et le&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>&nbsp;est une tentative ultime de neutraliser les attaques acerbes et d\u00e9gradantes dont il fut la victime.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce soit pour divertir, pour instruire ou pour polir l\u2019effigie de lui-m\u00eame qu\u2019il souhaite laisser \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, Voltaire fait voltiger, au gr\u00e9 de sa malicieuse fantaisie, les masques \u00e9nonciatifs. L\u2019artiste B\u00e9at de Hennezel, qui s\u2019\u00e9tait rendu chez le patriarche en 1766, tenta d\u2019en fixer le portrait. Il retint de ses \u00e9changes avec celui qui \u00e9tait devenu une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 qu\u2019\u00ab&nbsp;il alliait \u00e0 la gravit\u00e9 de Platon les lazzi d\u2019Arlequin&nbsp;\u00bb. Et Nicholas Cronk d\u2019ajouter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il arrive d\u2019ailleurs \u00e0 Voltaire lui-m\u00eame de se d\u00e9crire comme un Arlequin. Fixer le portrait d\u2019un Arlequin en train d\u2019improviser un lazzo rel\u00e8ve \u00e9videmment de l\u2019impossible&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftn54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>. Homme de th\u00e9\u00e2tre, acteur et metteur en sc\u00e8ne, marionnettiste dans son petit th\u00e9\u00e2tre de Ferney, il est tout \u00e0 la fois&nbsp;: il tire les ficelles d\u2019une repr\u00e9sentation de soi par laquelle il se met en sc\u00e8ne sous diff\u00e9rentes facettes. L\u2019imposture ne demande qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9masqu\u00e9e et la lectrice ou le lecteur se r\u00e9jouissent et s\u2019inclinent devant la grande capacit\u00e9 qu\u2019a l\u2019auteur de se r\u00e9inventer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>1. Corpus primaire<\/p>\n\n\n\n<p>VOLTAIRE, M<em>\u00e9langes<\/em>, \u00e9d. Jacques Van Den Heuvel, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1961, p. 1259.<\/p>\n\n\n\n<p>VOLTAIRE,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de la Henriade, etc avec les pi\u00e8ces et les preuves<\/em>, sous la direction de Nicholas Cronk, OCV, volumes 78 B et C, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>VOLTAIRE,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de la Henriade, etc avec les pi\u00e8ces et les preuves<\/em>, A Basle, chez les h\u00e9ritiers de Paul Duker, 1776.<\/p>\n\n\n\n<p>MESLIER,&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>,&nbsp;&nbsp;<a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/jean-meslier-memoire-religion-2010\">https:\/\/archive.org\/details\/jean-meslier-memoire-religion-2010<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>2. Corpus critique<\/p>\n\n\n\n<p>AMOSSY Ruth,&nbsp;<em>La pr\u00e9sentation de soi : ethos et identit\u00e9 verbale,&nbsp;<\/em>Presses Universitaires de France, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>ARISTOTE,&nbsp;<em>Rh\u00e9torique,&nbsp;<\/em>pr\u00e9sentation et traduction par Pierre Chiron<em>,&nbsp;<\/em>Flammarion, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>BARTHES, Roland, \u00ab&nbsp;La Mort de l\u2019auteur&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Mant\u00e9ia<\/em>, n\u00b0 5, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p>BOOTH Wayne, Rhetoric of fiction, The university of Chicago press, 1967.<\/p>\n\n\n\n<p>CRONK, Nicholas, \u00ab&nbsp;Le pet de Voltaire&nbsp;\u00bb, Open EditionBooks.<\/p>\n\n\n\n<p>GENETTE, G\u00e9rard,&nbsp;<em>Fiction et diction<\/em>, Editions du Seuil, Points essais, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>HAMBURGER, K\u00e4te :&nbsp;<em>Logique des genres litt\u00e9raires<\/em>, Editions du Seuil, Paris, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>HERSANT, Marc, \u00ab&nbsp;Le commentaire historique des \u0153uvres de l\u2019auteur de la Henriade&nbsp;: Voltaire historien de lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb, Cahiers Voltaire, 2008, p. 73-89<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>___\u00ab&nbsp;Malheur au d\u00e9tail<em>&nbsp;\u00bb, Voltaire, l\u2019historien press\u00e9,&nbsp;<\/em>revue<em>&nbsp;<\/em>Ecrire l\u2019histoire<em>,&nbsp;<\/em>n<sup>o&nbsp;<\/sup>4, 2009, p. 15-24.<\/p>\n\n\n\n<p>___&nbsp;\u00ab&nbsp;Un patriarche en repr\u00e9sentation&nbsp;: le commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade&nbsp;\u00bb<em>,&nbsp;<\/em>Revue Voltaire, 11, 2011, p. 109-120.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>___<em>Voltaire&nbsp;: Ecriture et V\u00e9rit\u00e9<\/em>, Peeters, Leuven, 2015.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>___ \u00ab Voltaire face \u00e0 Meslier et aux \u00ab&nbsp;Lumi\u00e8res radicales&nbsp;\u00bb : entre imposture et inqui\u00e9tude&nbsp;\u00bb, La Philosophie des Lumi\u00e8res aujourd\u2019hui : bilan et perspectives; actes du colloque, Sousse, 22-24&nbsp;janvier 2015, dir. Nizar Ben Saad, Mons, \u00c9ditions du CIPA, 2015, p. 125-141.<\/p>\n\n\n\n<p>___<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;<\/em>Le conte voltairien&nbsp;: un parasite des textes sacr\u00e9s<em>&nbsp;\u00bb<\/em>, Revue F\u00e9\u00e9ries 16, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>KREMER, Nathalie, Introduction au volume&nbsp;<em>fictions de l\u2019imposture, impostures de la fiction dans les r\u00e9cits de l\u2019Ancien R\u00e9gime,&nbsp;<\/em>Actes du colloque de Paris, 12-14 juin 2013,&nbsp;sous la direction de N. Kremer, Y. Tran Gervat et J.-P. Sermain, Paris, Hermann, coll. \u00ab La R\u00e9publique des lettres \u00bb, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>MAGNAN, Andr\u00e9, \u00ab&nbsp;Pr\u00e9sence anonyme : comment nommer qui ne signe pas?&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers Voltaire<\/em>, n\u00b0 12 (2013), p. 212-225.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>MAINGUENEAU, Dominique,&nbsp;<em>Probl\u00e8mes d\u2019ethos<\/em>, article en ligne, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>___ \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e8thos&nbsp;: un articulateur, \u00e9dition en ligne&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/contextes.5772\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/contextes.5772<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>PATRON, Sylvie,&nbsp;<em>Le narrateur. Introduction \u00e0 la th\u00e9orie narrative,&nbsp;<\/em>Armand Colin, mars 2009.<\/p>\n\n\n\n<p>SANDRIER, Alain, \u00ab&nbsp;Une fraude pieuse ou comment le bon sens est revenu \u00e0 saint Meslier<em>&nbsp;\u00bb<\/em>, revue Romantisme n<sup>o&nbsp;<\/sup>144, juillet 2009.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Andr\u00e9 Magnan, in \u00ab&nbsp;Pr\u00e9sence anonyme : comment nommer qui ne signe pas?&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers Voltaire<\/em>, n\u00b0 12 (2013), p. 212-225.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Voir par exemple la lettre dat\u00e9e du 15 mars 1759 au marquis de Thibouville&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai lu enfin, mon cher marquis, ce&nbsp;<em>Candide<\/em>&nbsp;dont vous m\u2019avez parl\u00e9, et plus il m\u2019a fait rire, plus je suis f\u00e2ch\u00e9 qu\u2019on me l\u2019attribue&nbsp;\u00bb&nbsp;ou celle adress\u00e9e&nbsp;\u00e0 M. Vernes : \u00ab&nbsp;J\u2019ai lu enfin&nbsp;<em>Candide<\/em>; il faut avoir perdu le sens pour m\u2019attribuer cette co\u00efonnerie; j\u2019ai, Dieu merci, de meilleures occupations&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;Ce jeu est port\u00e9 \u00e0 son paroxysme avec le&nbsp;<em>Dictionnaire philosophique<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;Lire \u00e0 ce sujet Marc Hersant,&nbsp;<em>Le conte voltairien&nbsp;: un parasite des textes sacr\u00e9s<\/em>, Revue F\u00e9\u00e9ries 16, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Cit\u00e9e par Sylvie Patron,&nbsp;<em>Le narrateur. Introduction \u00e0 la th\u00e9orie narrative,&nbsp;<\/em>Armand Colin, mars 2009, page 249.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;Le jans\u00e9nisme est une doctrine religieuse particuli\u00e8rement rigoriste, se d\u00e9veloppant en France aux XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;et XVIII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles, sous l\u2019impulsion du Hollandais Jans\u00e9nius, qui propose une relecture de la th\u00e8se de Saint-Augustin. Le succ\u00e8s en France de cette th\u00e9orie s\u2019explique par une r\u00e9action contre certaines \u00e9volutions de l\u2019\u00c9glise catholique et de l\u2019absolutisme royal. Religion aust\u00e8re, elle est enseign\u00e9e au couvent de Port-Royal dont un des ma\u00eetres, Pierre Nicole, affirmait dans&nbsp;<em>Imaginaires<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;un faiseur de romans et un po\u00e8te de th\u00e9\u00e2tre est un empoisonneur public, non des corps, mais des \u00e2mes des fid\u00e8les, qui se doit regarder comme coupable d\u2019une infinit\u00e9 d\u2019homicides spirituels, qu\u2019il a caus\u00e9s en effet ou qu\u2019il a pu causer par ses \u00e9crits pernicieux&nbsp;\u00bb. Ses adeptes d\u00e9fendent la th\u00e8se de la pr\u00e9destination de l\u2019homme, selon laquelle le salut ne serait pas une question de m\u00e9rite mais serait accord\u00e9 aux \u00e9lus \u00e0 leur naissance. Ils entrent de ce fait en conflit avec les molinistes (ou j\u00e9suites), casuistes, tr\u00e8s influents aupr\u00e8s de Louis XIV, qui les compta parmi ses confesseurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le jans\u00e9nisme a \u00e9galement des cons\u00e9quences politiques qui s\u2019\u00e9tendront au-del\u00e0 du r\u00e8gne du roi Soleil. Or,&nbsp;<em>L\u2019Ing\u00e9nu<\/em>&nbsp;est pr\u00e9tendument \u00e9crit par un jans\u00e9niste notoire et ses premi\u00e8res p\u00e9rip\u00e9ties se d\u00e9roulent en 1689, sous le r\u00e8gne de Louis XIV et quatre ans apr\u00e8s la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes. Mais ce qui marque davantage Voltaire et ce dont il se souvient lors de l\u2019\u00e9criture du conte, c\u2019est la bulle papale publi\u00e9e en 1713, dirig\u00e9e contre le jans\u00e9nisme et plus particuli\u00e8rement contre son fervent et s\u00e9rieux d\u00e9fenseur, le p\u00e8re Quesnel et ses&nbsp;<em>R\u00e9flexions morales<\/em>. Sous Louis XV, des lettres de cachet se multiplieront pour enrayer l\u2019engouement \u00e0 l\u2019\u00e9gard du jans\u00e9nisme.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;Ce que confirme Chamfort quelques ann\u00e9es plus tard dans&nbsp;<em>ses Maximes et pens\u00e9es&nbsp;<\/em>(publi\u00e9es \u00e0 titre posthume en 1795)<em>&nbsp;<\/em>: \u00ab Il semble que, d\u2019apr\u00e8s les id\u00e9es re\u00e7ues dans le monde et la d\u00e9cence sociale, il faut qu\u2019un pr\u00eatre, un cur\u00e9 croie un peu pour n\u2019\u00eatre pas hypocrite, ne soit pas s\u00fbr de son fait pour n\u2019\u00eatre pas intol\u00e9rant. Le grand-vicaire peut sourire \u00e0 un propos contre la religion, l\u2019\u00e9v\u00eaque rire tout-\u00e0-fait, le cardinal y joindre son mot \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;Voltaire, dans ses&nbsp;<em>Lettres \u00e0 S. A. Mgr le Prince de ***** sur Rabelais et d\u2019autres auteurs accus\u00e9s d\u2019avoir mal parl\u00e9 de la Religion Chr\u00e9tienne<\/em>, de 1767, dans&nbsp;<em>Voltaire, M\u00e9langes<\/em>, \u00e9d. Jacques Van Den Heuvel, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1961, p. 1259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;Marc Hersant,<em>&nbsp;Voltaire face \u00e0 Meslier et aux \u00ab&nbsp;Lumi\u00e8res radicales&nbsp;\u00bb : entre imposture et inqui\u00e9tude<\/em>, La Philosophie des Lumi\u00e8res aujourd\u2019hui : bilan et perspectives; actes du colloque, Sousse, 22-24&nbsp;janvier 2015, dir. Nizar Ben Saad, Mons, \u00c9ditions du CIPA, 2015, p. 125-141.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;Se reporter par exemple au&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;<\/em>de Meslier, les chapitres LIX<em>,&nbsp;<\/em>LXIII et LXVI.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;Voltaire, dans ses&nbsp;<em>Lettres \u00e0 S. A. Mgr le Prince de ***** sur Rabelais et d\u2019autres auteurs accus\u00e9s d\u2019avoir mal parl\u00e9 de la Religion Chr\u00e9tienne<\/em>, de 1767, dans&nbsp;<em>Voltaire, M\u00e9langes<\/em>, \u00e9d. Jacques Van Den Heuvel, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1961, p. 1260.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;L\u2019affaire Calas, \u00e0 l\u2019origine du&nbsp;<em>Trait\u00e9 sur la Tol\u00e9rance&nbsp;<\/em>publi\u00e9 par Voltaire en 1763, se d\u00e9roula de 1761 \u00e0 1765 \u00e0 Toulouse, sur un fond de querelle religieuse. Le protestant Jean Calas fut injustement accus\u00e9 d\u2019avoir assassin\u00e9 son fils, r\u00e9cemment converti au catholicisme. Le p\u00e8re fut condamn\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9. Voltaire, horrifi\u00e9 et sensible \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9nuement auquel la famille Calas fut r\u00e9duite \u00e0 la mort de ce dernier, prit fait et cause pour Calas et mit tout en \u0153uvre pour l\u2019innocenter et le r\u00e9habiliter.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Lettre du 1<sup>er<\/sup>&nbsp;mai 1763 \u00e0 Claude Adrien Helv\u00e9tius&nbsp;: \u00ab&nbsp;On m\u2019a envoy\u00e9 ces deux extraits de Jean Melier. Il est vray que cela est \u00e9crit du stile d\u2019un cheval de carrosse, mais qu\u2019il rue bien \u00e0propos! et quel t\u00e9moignage que celuy d\u2019un pr\u00eatre qui demande pardon en mourant d\u2019avoir enseign\u00e9 des choses absurdes et horribles! Quelle r\u00e9ponse aux lieux comuns des fanatiques qui ont l\u2019audace d\u2019assurer que la philosophie n\u2019est que le fruit du libertinage !&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Correspondence and related documents, definitive edition by Theodore Besterman,&nbsp;<\/em>XXVI, February-september 1763, letter D 11183, The Voltaire Foundation, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Voltaire, dans ses&nbsp;<em>Lettres \u00e0 S. A. Mgr le Prince de ***** sur Rabelais et d\u2019autres auteurs accus\u00e9s d\u2019avoir mal parl\u00e9 de la Religion Chr\u00e9tienne<\/em>, de 1767, dans&nbsp;<em>Voltaire, M\u00e9langes<\/em>, \u00e9d. Jacques Van Den Heuvel, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1961, p. 1259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;L\u2019expression&nbsp;<em>Lumi\u00e8res radicales<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>Radical Enlightment<\/em>&nbsp;est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019historienne am\u00e9ricaine Margaret Jacob dont l\u2019ouvrage&nbsp;<em>The Radical Enlightenment : Pantheists, Freemasons and Republicans<\/em>&nbsp;(1981) a soulign\u00e9 l\u2019importance dans l\u2019av\u00e8nement de la r\u00e9volution. Elle renvoie \u00e0 une th\u00e8se port\u00e9e par Margaret Jacob et Jonathan Isra\u00ebl&nbsp;qui regroupent sous cette appellation des penseurs des XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;et XVIII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles &#8211; parmi lesquels s\u2019inscrit Jean Meslier \u2013 jug\u00e9s extr\u00eames par leur critique radicale de la monarchie absolue de droit divin et de ses m\u00e9canismes. Pour plus de pr\u00e9cisions, on peut consulter&nbsp;<em>Les Lumi\u00e8res radicales, la philosophie, Spinoza et la naissance de la modernit\u00e9 (1650-1750)<\/em>&nbsp;de Jonathan Isra\u00ebl.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;Pour comprendre l\u2019influence de la pens\u00e9e de Meslier chez les socialistes et les communistes europ\u00e9ens comme russes et leur r\u00e9appropriation \u00e0 la fin des XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;et XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles, lire l\u2019article \u00ab&nbsp;la Fortune de Jean Meslier en Russie et en Union Sovi\u00e9tique&nbsp;\u00bb de Marian Skrzypek (1971; article disponible en ligne) ou l\u2019ouvrage de Serge Deruette,&nbsp;<em>Lire Jean Meslier, cur\u00e9 ath\u00e9e et r\u00e9volutionnaire. Introduction au mesli\u00e9risme et extraits de son \u0153uvre<\/em>, Editions Aden, 2008.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00c0 titre indicatif, l\u2019\u00e9dition en ligne du&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>&nbsp;(<a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/jean-meslier-memoire-religion-2010\">https:\/\/archive.org\/details\/jean-meslier-memoire-religion-2010<\/a>) de Meslier comporte 607 pages alors que l\u2019<em>Extrait des sentiments de Jean Meslier [\u2026]<\/em>&nbsp;de Voltaire n\u2019en comporte que 47 dans l\u2019\u00e9dition de la Pl\u00e9iade,&nbsp;<em>Voltaire, M\u00e9langes<\/em>, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 1961, p. 454 \u00e0 501.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;P\u00e9riphrase consacr\u00e9e pour d\u00e9signer Voltaire, qui se retire \u00e0 Ferney \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante et pratiquement jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>&nbsp;Citation rappel\u00e9e par Voltaire lui-m\u00eame dans&nbsp;<em>la Bible enfin expliqu\u00e9e<\/em>, \u00ab&nbsp;sommaire historique des quatre \u00e9vangiles&nbsp;\u00bb, 1776.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>&nbsp;L\u2019histoire est riche de nombreuses anecdotes d\u2019ath\u00e9es convertis \u00ab&nbsp;in extremis&nbsp;\u00bb sur leur lit de mort; ces conversions sont tant\u00f4t r\u00e9elles, le mourant en faisant la demande, tant\u00f4t fabriqu\u00e9es par la famille, afin d\u2019\u00e9viter au mort l\u2019excommunication ou le refus d\u2019\u00eatre enterr\u00e9 en terre consacr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>&nbsp;Alain Sandrier, \u00ab&nbsp;Une fraude pieuse ou comment le bon sens est revenu \u00e0 saint Meslier&nbsp;\u00bb, revue Romantisme n<sup>o&nbsp;<\/sup>144, juillet 2009.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>&nbsp;Se reporter par exemple aux chapitres LIV&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tyrannie des rois de France, dont les peuples sont mis\u00e9rables et malheureux&nbsp;\u00bb, LVI (sur le despotisme de Louis XIV)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce que dit un auteur sur le gouvernement tyrannique des rois de France&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;<\/em>du&nbsp;<em>M\u00e9moire<\/em>&nbsp;de Meslier en contradiction avec&nbsp;<em>Le si\u00e8cle de Louis XIV<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>&nbsp;Pour reprendre une expression de Marc Hersant dans&nbsp;<em>Ecriture et V\u00e9rit\u00e9<\/em>,&nbsp;&nbsp;qui mettait en \u00e9vidence la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition de Voltaire, quand un sujet lui tient \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>M\u00e9moire&nbsp;<\/em>de Meslier, derni\u00e8res lignes de la<em>&nbsp;<\/em>\u00ab&nbsp;conclusion de tout cet ouvrage&nbsp;\u00bb<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>&nbsp;Paraphrase d\u2019un th\u00e8me r\u00e9current dans le&nbsp;<em>Nouveau Testament<\/em>. Voir par exemple Matthieu 7, verset 12, ou Luc 6, verset 31 ou encore l\u2019\u00e9p\u00eetre de Saint-Paul aux Galates 5, verset 14. La valorisation de l\u2019altruisme et la mise en exergue de sa g\u00e9n\u00e9rosti\u00e9 naturelle est \u00e9galement un leit-motiv voltairien, particuli\u00e8rement dans le&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>&nbsp;Litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;A Dieu a \u00e9lev\u00e9 Voltaire&nbsp;\u00bb. Inscription grav\u00e9e sous le clocher de la chapelle que Voltaire fit construire pour les paroissiens de Ferney. Elle choqua beaucoup, en partie parce que le nom de Voltaire occupait un espace plus grand que celui de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>&nbsp;Pour plus de pr\u00e9cisions sur les motivations \u00e0 l\u2019\u0153uvre, consulter l\u2019article de Marc Hersant, \u00ab&nbsp;Un patriarche en repr\u00e9sentation&nbsp;: le&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>&nbsp;<em>sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade<\/em>&nbsp;\u00bb, Revue Voltaire 11, p.109-120, 2011.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>&nbsp;Citation de Marc Hersant dans<em>&nbsp;<\/em>\u00ab&nbsp;<em>Le commentaire historique des \u0153uvres de l\u2019auteur de la Henriade<\/em>&nbsp;: Voltaire historien de lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb, Cahiers Voltaire, 2008, p. 73-89<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>&nbsp;Il suffit pour s\u2019en convaincre de lire la correspondance de madame Du Deffand ou celle de Walpole.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>&nbsp;Voir Nicholas Cronk,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade, etc.<\/em>(I). Introduction et dossier, OCV, 78B, p. 6 et 7.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>&nbsp;Nicholas Cronk,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade, etc.<\/em>(II). Texte et annotations, OCV, 78C, p.22.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>&nbsp;Nous choisissons l\u2019orthographe \u00ab&nbsp;\u00e8thos&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019instar de l\u2019hell\u00e9niste Fr\u00e9d\u00e9rique Woerther,&nbsp;<em>L\u2019\u00e8thos aristot\u00e9licien, Gen\u00e8se d\u2019une notion rh\u00e9torique,&nbsp;<\/em>librairie philosophique Vrin, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>&nbsp;En tout cas selon l\u2019id\u00e9e que s\u2019en fait Voltaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>&nbsp;M\u00eame si Voltaire a parfois eu la dent dure \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Aristote, il l\u2019a lu et son \u00e9ducation classique en est empreinte. On retrouve par exemple dans ce paragraphe les qualit\u00e9s \u00e9nonc\u00e9es par le philosophe grec dans l<em>\u2019\u00c9thique \u00e0 Nicomaque&nbsp;:&nbsp;<\/em>celles d\u2019un orateur vertueux, prudent et bienveillant.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>&nbsp;Rappelons que c\u2019est Voltaire lui-m\u00eame qui est \u00e0 l\u2019origine de cette philosophie moderne de l\u2019histoire (dont nous sommes les h\u00e9ritiers), qu\u2019il d\u00e9fend dans des ouvrages historiques tels&nbsp;<em>l<\/em>\u2019<em>Essai sur les M\u0153urs<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>le Si\u00e8cle de Louis XIV.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>&nbsp;Nicholas Cronk,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade, etc.<\/em>(II). Texte et annotations, OCV, 78C, p. 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 11, 14 et 17, 18, 57.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 20.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 25.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>&nbsp;Cette affirmation fait tiquer, et surtout l\u2019amn\u00e9sie voltairienne.&nbsp;Voltaire avait la digestion lente \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses d\u00e9tracteurs et pouvait faire montre d\u2019une m\u00e9moire sans faille; c\u2019\u00e9tait le cas pour l\u2019abb\u00e9 Desfontaines, dont il est question dans cet extrait.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>&nbsp;Nicholas Cronk,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade, etc.<\/em>(II). Texte et annotations, OCV, 78C, p. 74.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 43.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00c0 ce sujet, lire l\u2019\u00e9tude int\u00e9ressante de Marc Hersant dans le chapitre \u00ab&nbsp;Fictions historiographiques, pastiches et parodies du discours de l\u2019histoire&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Ecriture et V\u00e9rit\u00e9,&nbsp;<\/em>p. 290 et suivantes, La R\u00e9publique des Lettres 61, Peeters, Leuven, juillet 2015.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>&nbsp;Nicholas Cronk,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade, etc.<\/em>(II). Texte et annotations, OCV, 78C, p. 62.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>&nbsp;Lettre restitu\u00e9e dans l\u2019<em>OCV.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Les Lettres de Monsieur de Voltaire \u00e0 Madame Denis, de Berlin<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>Pam\u00e9la&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>Les M\u00e9moires pour servir \u00e0 la vie de M. de Voltaire, \u00e9crits par lui-m\u00eame.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref47\"><sup>[47]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 28.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 35.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 125.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>&nbsp;Ibidem, p. 16-17. La citation latine, emprunt\u00e9e au psaume 24, verset 7, signifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne vous souvenez pas de mes erreurs de jeunesse, Seigneur&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>&nbsp;Et nous ne r\u00e9sistons pas \u00e0 raconter une historiette rappel\u00e9e dans le&nbsp;<em>Commentaire historique<\/em>&nbsp;qui illustre ce mouvement contradictoire de l\u2019auteur qui s\u2019absentise ou feint de s\u2019effacer tout en se rappelant au bon souvenir du public, au point que ce dernier peut difficilement l\u2019oublier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le jeune homme, qui \u00e9tait fort dissip\u00e9 et plong\u00e9 dans les plaisirs de son \u00e2ge, ne sentit point le p\u00e9ril, et ne s\u2019embarrassait point que sa pi\u00e8ce r\u00e9uss\u00eet ou non&nbsp;:&nbsp;<strong>il badinait sur le th\u00e9\u00e2tre<\/strong>, et s\u2019avisa de porter la queue du grand pr\u00eatre, dans une sc\u00e8ne o\u00f9 ce m\u00eame grand pr\u00eatre faisait un effet tr\u00e8s-tragique.&nbsp;M<sup>me<\/sup>&nbsp;la mar\u00e9chale de Villars, qui \u00e9tait dans la premi\u00e8re loge, demanda&nbsp;<strong>quel \u00e9tait ce jeune homme<\/strong>&nbsp;qui faisait cette plaisanterie, apparemment pour faire tomber la pi\u00e8ce&nbsp;:&nbsp;<strong>on lui dit que c\u2019\u00e9tait l\u2019auteur<\/strong>&nbsp;\u00bb. Cette anecdote est \u00e0 mettre en relation avec Voltaire en Arlequin, dont nous parlerons par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>&nbsp;Le prince de Conti devait son surnom \u00e0 son physique peu avantageux. Il \u00e9tait aussi connu pour ses frasques de jeunesse&nbsp;et sa cruaut\u00e9, notamment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son \u00e9pouse, dont il \u00e9tait le mari&nbsp;&nbsp;\u00e0 la fois infid\u00e8le et jaloux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>&nbsp;Nicholas Cronk,&nbsp;<em>Commentaire historique sur les \u0153uvres de l\u2019auteur de La Henriade, etc.<\/em>(II). Texte et annotations, OCV, 78C, p. 14. C\u2019est nous qui soulignons.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/6DE3EA6F-45D6-4485-B71D-BF4D905BBDF7#_ftnref54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>&nbsp;Nicholas Cronk, \u00ab&nbsp;Le pet de Voltaire&nbsp;\u00bb, Open EditionBooks.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Pour citer cet article:<\/h5>\n\n\n\n<p>Wilmet-Duveau, Muriel. 2024. \u00ab Voltaire, l&rsquo;imposteur: \u00e9clipses auctoriales et esprit frappeur \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no. 40. En ligne, <a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9514\">revuepostures.uqam.ca\/?p=9514<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9501\"> <\/a>(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/wilmet-duveau_40.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 wilmet-duveau_40.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b6afc02b-0a20-40b0-ab93-e113c9741c1c\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/wilmet-duveau_40.pdf\">wilmet-duveau_40<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/wilmet-duveau_40.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b6afc02b-0a20-40b0-ab93-e113c9741c1c\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40 S\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019imposture chez Voltaire est comparable \u00e0 la d\u00e9marche du chercheur d\u2019or qui croit trouver une p\u00e9pite et r\u00e9alise qu\u2019il est assis sur une mine. 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