{"id":9519,"date":"2024-11-29T18:04:49","date_gmt":"2024-11-29T18:04:49","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9519"},"modified":"2024-12-03T18:05:22","modified_gmt":"2024-12-03T18:05:22","slug":"le-poeme-comme-tiers-lieu-le-deuil-en-recherche-creation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9519","title":{"rendered":"Le po\u00e8me comme tiers-lieu : le deuil en recherche-cr\u00e9ation"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Actes partiels de la quinzi\u00e8me journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL : Limite, liminaire et liminarit\u00e9<\/h5>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>au pied du lit<\/p>\n\n\n\n<p>je tiens ma propre main<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>les yeux riv\u00e9s sur ce qui s\u2019est \u00e9chou\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9clats de verre &nbsp;&nbsp;&nbsp;     &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; de bois<\/p>\n\n\n\n<p>son profil<\/p>\n\n\n\n<p>gisant<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Nous connaissons l\u2019existence de la mort. Nous savons qu\u2019elle nous attend \u00e0 la fin de nos vies, mais lorsqu\u2019elle survient, son exp\u00e9rience bouleverse, marque, fait violence. Coup\u00e9\u00b7es du contact physique, des paroles et des moments v\u00e9cus avec les d\u00e9funt\u00b7es, les survivant\u00b7es subissent une perte multiple, irr\u00e9parable. Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch rappelle que la qualit\u00e9 premi\u00e8re de la temporalit\u00e9 est son caract\u00e8re d\u00e9finitif, qu\u2019\u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas de temporalit\u00e9 qui ne soit irr\u00e9versible, et pas d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 pure qui ne soit temporelle&nbsp;\u00bb (2010, 7). Mais la mort, dans de nombreux cas, loin de produire uniquement l\u2019effacement ou une absence, laisse une empreinte profonde chez celles et ceux qui restent. Certains \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s ne disparaissent pas&nbsp;: \u00e0 travers nos exp\u00e9riences et nos perceptions, des traces sont rejou\u00e9es et d\u00e9form\u00e9es, plac\u00e9es sur les visages, derri\u00e8re nos fronts, dans les lieux. Partout, le pass\u00e9 s\u2019immisce, exigeant que nous trouvions l\u2019espace o\u00f9 ressentir ces ombres et ces \u00e9chos des choses. Les faits accomplis, bien qu\u2019ils soient marqu\u00e9s par cet \u00e9tat d\u00e9finitif, peuvent d\u00e9border de leur \u00ab&nbsp;r\u00e9volu&nbsp;\u00bb pour affecter le pr\u00e9sent. L\u2019actualisation de la m\u00e9moire est ce fil fragile qui nous relie imparfaitement \u00e0 l\u2019irr\u00e9versible.<\/p>\n\n\n\n<p>La maladie a emport\u00e9 mon p\u00e8re \u00e0 l\u2019aube de l\u2019adolescence. Il s\u2019agit d\u2019un deuil port\u00e9 depuis longtemps, qui a commenc\u00e9 avant la mort, depuis les quelques mois qui se sont \u00e9coul\u00e9s entre le diagnostic et le d\u00e9c\u00e8s, et qui, depuis, n\u2019a pas cess\u00e9. L\u2019exp\u00e9rience en est une de vertige.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>il suffirait d\u2019accepter<\/p>\n\n\n\n<p>les condol\u00e9ances<\/p>\n\n\n\n<p>replacer le mur autour du cadre<\/p>\n\n\n\n<p>mais l\u2019enfant demande \u00e0<\/p>\n\n\n\n<p>savoir<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse ad\u00e9quate \u00e0 la perte. Pourtant nous cherchons son sens. Nous ressassons nos souvenirs en \u00e9vitant de regarder vers l\u2019avant, l\u00e0 o\u00f9 la personne d\u00e9funte ne peut exister. La d\u00e9marche po\u00e9tique est multiple, elle tr\u00e9buche, vacille, mais elle permet, je crois, d\u2019adresser l\u2019indicible. En \u00e9tudiant le rapport que tisse le po\u00e8me avec l\u2019espace et ce dernier avec le deuil, une question s\u2019impose&nbsp;: &nbsp;comment le po\u00e8me peut-il incarner l\u2019exp\u00e9rience spatiale, esth\u00e9tique et intime du deuil?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le deuil comme exp\u00e9rience liminaire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je parle de \u201cperte\u201d, dit le philosophe Michel Juff\u00e9, lorsque quelque chose \u00e0 soi [\u2026] dispara\u00eet de telle sorte que cela laisse un vide, qu\u2019une souffrance est ressentie, qu\u2019un sentiment de manque nous habite.&nbsp;<strong>\u00bb<\/strong> (2005, 5). Ce sentiment de manque, cette \u00ab&nbsp;perte&nbsp;\u00bb, qui affecte la vie des endeuill\u00e9\u00b7es demande, ou plut\u00f4t exige, que quelque chose s\u2019accomplisse, afin de diminuer la souffrance que l\u2019on ressent, voire, de la faire cesser. Le deuil est d\u00e9fini par le discours g\u00e9n\u00e9ral occidental comme \u00e9tant un processus adaptatif \u00e0 traverser pour que s\u2019estompe la douleur \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019un d\u00e9c\u00e8s (Thibault 2021, 1). Un consensus populaire \u00e9tablit l\u2019injonction&nbsp;: il faut \u00ab&nbsp;faire son deuil&nbsp;\u00bb, suivre son d\u00e9roulement, soit, graduellement accomplir un d\u00e9tachement de l\u2019\u00eatre ou de l\u2019objet auquel nous sommes attach\u00e9s (L\u00e9vesque 2005, 25).<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle conception du deuil restreint toutefois le v\u00e9cu des endeuill\u00e9\u00b7es. Selon la philosophe Vinciane Despret&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le terme deuil, [\u2026] parce qu\u2019il implique toute une th\u00e9orie qui guide et contraint l\u2019exp\u00e9rience qui accompagne le fait d\u2019avoir perdu quelqu\u2019un, joue non seulement le r\u00f4le [\u2026] de discipliner les diff\u00e9rences, mais \u00e9galement [\u2026] celui de discipliner l\u2019irrationalit\u00e9.&nbsp;\u00bb (2017, 60). Un tel cadre prescriptif du deuil repr\u00e9sente ce dernier comme un ind\u00e9sirable sentiment qu\u2019il faut normaliser, estomper, faire dispara\u00eetre. Mais le deuil peut-il s\u2019achever? Longtemps, j\u2019ai cru que le mien devait \u00eatre \u00e0 l\u2019image que je me faisais de la mort, c\u2019est-\u00e0-dire une exp\u00e9rience silencieuse du vide et qui, au fil du temps, comme la vie de mon p\u00e8re, prendrait fin. Je croyais au processus \u00e0 \u00ab&nbsp;accomplir&nbsp;\u00bb, celui que nous avons toutes et tous appris, \u00e0 savoir le choc, la col\u00e8re, le marchandage, la grande tristesse, puis l\u2019acceptation (Thibault, <em>op. cit<\/em>.).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019oubli de la douleur peut s\u2019accompagner du risque de l\u2019oubli du d\u00e9funt. Dans son essai <em>Au bonheur des morts&nbsp;: r\u00e9cits de ceux qui restent<\/em>, Despret cite l\u2019anthropologue Heonik Kwon&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le d\u00e9sir de se souvenir et de comm\u00e9morer [\u2026] peut \u00eatre un d\u00e9sir qui \u00e9merge entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent [\u2026] partag\u00e9 entre celui qui se souvient et celui dont on se souvient<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. \u00bb (Despret 2017, 31) Ce d\u00e9sir de m\u00e9moire, r\u00e9ciproqu\u00e9 entre le survivant et le disparu, indique que quelque chose persiste et refuse que le n\u00e9ant soit associ\u00e9 \u00e0 la mort. Cela cr\u00e9e une secousse dans l\u2019id\u00e9e st\u00e9rile que je me faisais du deuil. Car, plus de dix ans apr\u00e8s sa mort, je per\u00e7ois des traces de mon p\u00e8re \u2013 vivant, malade, mort \u2013 sur les visages de mes fr\u00e8res, dans les r\u00e9cits familiaux ou dans l\u2019immensit\u00e9 de la rivi\u00e8re Saguenay, l\u00e0 o\u00f9 son c\u00f4t\u00e9 de la famille demeure. Une pr\u00e9sence persiste \u00e0 partir de l\u2019absence, n\u00e9cessitant de trouver un support sur lequel inscrire les traces, les fragments, les d\u00e9bris. Richard Howard Stamelman, sp\u00e9cialiste de la po\u00e9sie moderne fran\u00e7aise, d\u00e9crit le besoin d\u2019\u00e9crire la perte comme une pratique de re-pr\u00e9sentation de ce qui n\u2019est plus pr\u00e9sent&nbsp;: \u00ab&nbsp;The need for figuration derives from the reality of loss. It expresses the desire to return to a past moment in order to make it once again fully present; similarly, it is the wish to preserve the intensity of a present perception so that it will not disappear.&nbsp;\u00bb (Stamelman 1990, x). L\u2019absence de l\u2019autre devient une mati\u00e8re qui laisse ses marques en soi, qui travaille le sujet, et c\u2019est aussi une mati\u00e8re que le sujet \u00e9crivant et cr\u00e9atif doit travailler. Je porte cette mort en moi, et le deuil continue de creuser des sillons dans mon exp\u00e9rience du monde. Le&nbsp;\u00ab&nbsp;processus adaptatif&nbsp;\u00bb qui compose le deuil <em>\u00e0 traverser<\/em> est pr\u00e9cis\u00e9ment celui qui <em>me traverse<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>il faut encore lever les yeux<\/p>\n\n\n\n<p>sur les murs de la chambre<\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9cup\u00e9rer ses vestiges<\/p>\n\n\n\n<p>le voir<\/p>\n\n\n\n<p>oscillant<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience du deuil exige de vivre, de vivre <em>avec<\/em> la mort. Impossible de faire dispara\u00eetre compl\u00e8tement le d\u00e9funt, qui persiste dans la m\u00e9moire des endeuill\u00e9\u00b7es, dans les objets, dans les gestes, et dans les relations que l\u2019on entretient avec certaines personnes et certains lieux. Le deuil est un \u00e9tat de tensions, comme celle entre la pr\u00e9sence et l\u2019absence, entre soi et la personne d\u00e9funte. Ces disparitions, ces disparu\u00b7es, occupent notre monde v\u00e9cu; iels se placent entre la m\u00e9moire et le regard, tra\u00e7ant sur ce qui est per\u00e7u les contours de leur absence. Le deuil, contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je me faisais de la mort, est un \u00e9tat liminaire, qui reconna\u00eet que \u00ab&nbsp;le n\u00e9ant est proprement impensable&nbsp;\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit la po\u00e9tesse Madeleine Gagnon (1998, 56).<\/p>\n\n\n\n<p>Entre la pr\u00e9sence et l\u2019absence, mais \u00e9galement dans la <em>pr\u00e9sence<\/em> de l\u2019absence, il me faut dire la part d\u2019indicible du deuil. Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est comment cette exp\u00e9rience, en apparence inachevable, peut s&rsquo;incarner dans la particularit\u00e9 de ce qu&rsquo;elle a d&rsquo;insaisissable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e9criture et l\u2019absence, l\u2019\u00e9criture de l\u2019absence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Existant sous plusieurs formes, telles que des essais, des autofictions, des recueils de po\u00e8mes, les r\u00e9cits de deuil mettent de l\u2019avant un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb confront\u00e9 \u00e0 l\u2019absence. Mais, de tels textes, plut\u00f4t que de lutter contre cette absence, \u00ab&nbsp;composent avec la pr\u00e9sence \u00bb, remarque Despret (2017, 208). La litt\u00e9rature comme objet de cr\u00e9ation permet de reconna\u00eetre cette tension paradoxale entre le fait d\u2019\u00e9noncer une pr\u00e9sence \u00e0 partir de l\u2019absence, mais elle permet \u00e9galement de la d\u00e9ployer, comme le souligne Stamelman : \u00ab&nbsp;Every work of art and of literature forces a confrontation between absence and presence. The work exists in order to make present certain formal and aesthetic realities (words, images, colors, forms), whose existence is possible only because what they designate is absent.&nbsp;\u00bb (1990, 22). Une cr\u00e9ativit\u00e9 s\u2019impose alors qu\u2019on ne peut faire autrement que demeurer dans cet entre-deux difficile \u00e0 pointer, \u00e0 dire. D\u2019autre part, l\u2019\u00e9crivain Claude Louis-Combet, dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>Du sens de l\u2019absence<\/em>, nous dit que \u00ab&nbsp;Seule nous importe l\u2019exp\u00e9rience, dans sa plus grande int\u00e9riorit\u00e9 \u2013 et, si nous en venons \u00e0 l\u2019\u00e9criture c\u2019est parce que celle-ci cr\u00e9e l\u2019espace et l\u2019instrument de l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb (1985, 51). Plut\u00f4t qu\u2019\u00e9tablir un discours sur l\u2019absence, l\u2019\u00e9criture en tant que moyen d\u2019expression artistique permet selon lui d\u2019exprimer \u00ab&nbsp;une pens\u00e9e qui proc\u00e8de de l\u2019absence&nbsp;\u00bb (<em>Ibid<\/em>.).<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Juff\u00e9 parle de la perte comme d\u2019un \u00ab&nbsp;sentiment de manque [qui] nous <em>habite<\/em> \u00bb (2005, 5. Je souligne). C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que se trouve le n\u0153ud de ma d\u00e9marche en recherche-cr\u00e9ation, puisque le sujet habit\u00e9 par le sentiment de manque doit n\u00e9cessairement <em>habiter<\/em> l\u2019espace et les lieux <em>avec<\/em> cet \u00e9tat de deuil et tout ce qu\u2019il implique dans sa relation affective, objective et r\u00e9ciproque au temps, \u00e0 l\u2019autre et \u00e0 l\u2019espace. Jank\u00e9l\u00e9vitch dit que, bien que la temporalit\u00e9 soit irr\u00e9versible, l\u2019espace est, quant \u00e0 lui, r\u00e9versible&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est \u00e0 cette possibilit\u00e9 de renversement qu\u2019on reconna\u00eet la spatialit\u00e9 fonci\u00e8re&nbsp;\u00bb (2010, 9). Une br\u00e8che s\u2019ouvre&nbsp;dans l\u2019impossibilit\u00e9 de la mort et du deuil, un espace o\u00f9 se mouvoir, o\u00f9 le sujet peut adresser l\u2019indicible, l\u2019invisible, l\u2019absence. Il est question de voir comment le langage peut marquer les contours d\u2019un lieu, mais aussi de voir comment il peut pointer vers un infigurable<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> (Collot 1989, 181).&nbsp;Le po\u00e8te Michel Deguy avance que \u00ab&nbsp;l\u2019objet du po\u00e8me est un lieu, qui plus est un lieu vide [\u2026] un rien tranchant d\u2019o\u00f9 tout advient, qui est la charni\u00e8re de toutes choses&nbsp;\u00bb (cit\u00e9 par Collot, <em>Ibid<\/em>.). Comme lui, je pense le po\u00e8me comme espace d\u2019accueil et comme un lien. Mon projet d\u2019\u00e9criture est celui de creuser ce rapport au monde d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 du p\u00e8re, ce monde marqu\u00e9 par un vide, et ce, gr\u00e2ce \u00e0 la po\u00e9sie. Pour pointer vers l\u2019exp\u00e9rience paradoxale de la pr\u00e9sence de l\u2019absence, mais aussi pour faire le \u00ab&nbsp;constat simple de la disparition \u00bb, comme le dit Catherine Mavrikakis (2006, 49), il faut affronter l\u2019entre-deux par les moyens qui permettent de le faire voir, de le dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Despret, qui reconna\u00eet une v\u00e9ritable agentivit\u00e9 aux d\u00e9funts, dit que \u00ab&nbsp;[l]es morts se soucient du chagrin [et que] [l]es vivants font honneur aux obligations. Tous, avec ce tact si particulier [\u2026] apprennent \u00e0 s\u2019adresser les uns aux autres par le milieu.&nbsp;\u00bb (2017, 113). L\u2019\u00e9criture permet d\u2019\u00e9tablir un contact, de construire les fondations de ce \u00ab&nbsp;milieu&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019espace textuel. Par sa fonction de m\u00e9diation, elle peut concevoir un espace de deuil, o\u00f9 les survivant\u00b7es peuvent fr\u00f4ler les absent\u00b7es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>M\u00e9diation&nbsp;: Le po\u00e8me comme espace d\u2019\u00e9nonciation et d\u2019exp\u00e9rience du deuil<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Une partie importante dans l\u2019\u00e9laboration de ma po\u00e9tique du deuil est de reconna\u00eetre que l\u2019intervalle entre la mort et la survivance ainsi que celui entre l\u2019exp\u00e9rience et celui de l\u2019\u00e9criture sont trop profonds pour \u00eatre adress\u00e9s frontalement. Le geste d\u2019\u00e9crire est rempli de cette perte impronon\u00e7able&nbsp;: \u00ab&nbsp;The words I write at this moment and that are present before my eyes on the paper are already invaded by loss. [\u2026] To write about loss is to acknowledge from the start that the very nature of the subject thwarts capture.&nbsp;\u00bb (Stamelman 1990, xi). La simultan\u00e9it\u00e9 par laquelle nous pouvons percevoir et ressentir certaines exp\u00e9riences est fulgurante, notamment parce qu\u2019elle nous \u00e9chappe dans ce m\u00eame imm\u00e9diat. Au moment o\u00f9 l\u2019on fait passer l\u2019exp\u00e9rience par la pens\u00e9e, l\u2019instant qui composait cette premi\u00e8re prend fin, dispara\u00eet, est remplac\u00e9 par le suivant. La dur\u00e9e est form\u00e9e de ces instants imm\u00e9diatement perdus qui, \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture \u2013 et plus largement la cr\u00e9ation&nbsp;\u2013, peuvent \u00eatre m\u00e9di\u00e9s, repr\u00e9sent\u00e9s. La litt\u00e9rature peut se pencher sur le r\u00e9solu pour exprimer quelque chose \u00e0 propos de lui \u2013 ou \u00e0 partir de lui. Sans pr\u00e9tendre saisir le r\u00e9el, le po\u00e8me sugg\u00e8re, \u00ab&nbsp;\u00e0 contre-jour, en parlant des choses&nbsp;\u00bb (Deguy 1987, 81), ne pouvant jamais combler \u00ab&nbsp;l\u2019espace infini entre le pr\u00e9sent de l\u2019absence et le pass\u00e9&nbsp;\u00bb (Mavrikakis 2006, 50), mais en pr\u00e9sentant plut\u00f4t l\u2019\u00ab&nbsp;espace d\u2019un hiatus&nbsp;\u00bb (<em>Ibid<\/em>.), l\u2019inach\u00e8vement du deuil.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>le m\u00e9tal, le drap, les rouages, le rideau, le bois noy\u00e9, la taie, un bateau, l\u2019usine<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 mar\u00e9e basse je retrouve<\/p>\n\n\n\n<p>sa silhouette sur ma r\u00e9tine aveugle<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La po\u00e9sie me semble \u00eatre un seuil sur lequel je peux me poser dans cette tension o\u00f9 mon \u00ab&nbsp;je-ici-maintenant&nbsp;\u00bb (Collot 2005, 275) ne parvient toujours qu\u2019\u00e0 effleurer les vestiges de la disparition. Je suis <em>ici maintenant<\/em>, mais mon <em>je<\/em> \u00e9tait aussi <em>l\u00e0-bas<\/em>, dans ce temps et ces lieux de la maladie et de la mort. Je crois que ces deux \u00e9tats, loin d\u2019\u00eatre oppos\u00e9s, se rejoignent dans la m\u00e9diation de l\u2019\u00e9criture, qui permet d\u2019habiter, ne serait-ce qu\u2019un instant, un paysage \u00e0 l\u2019image de notre exp\u00e9rience. Michel Collot dit que \u00ab&nbsp;la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle renvoie le po\u00e8me n\u2019est pas celle de l\u2019univers objectif, mais celle du monde per\u00e7u et v\u00e9cu&nbsp;\u00bb (Collot 1989, 7). L\u2019exp\u00e9rience se heurte aux contours du r\u00e9el, et l\u2019\u00e9criture les traverse, laissant toujours une place au vide, \u00e0 l\u2019ind\u00e9termination de laquelle elle provient.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon le po\u00e8te Pierre Ouellet, cette intensit\u00e9 qui forge notre rapport au monde et, plus sp\u00e9cifiquement, notre relation \u00e0 la spatialit\u00e9, ne peut \u00eatre approch\u00e9e que par la m\u00e9diation. D\u2019apr\u00e8s lui, il y a toujours une \u00ab&nbsp;vive et forte tension entre le lieu qu\u2019on occupe \u00e0 l\u2019instant, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019illusoire pr\u00e9sence \u00e0 lui-m\u00eame du monde, et les lieux qui nous occupent de tout temps, \u00e9tant donn\u00e9 cette fonci\u00e8re inactualit\u00e9 du monde&nbsp;\u00bb (2005, 82). Il faut retrouver, ou former des rep\u00e8res, entre l\u2019ici et le l\u00e0-bas; l\u2019enfance et le pr\u00e9sent, entre la vie et la vie depuis la mort, qui sont tous des \u00e9tats qui prennent place et affectent notre pr\u00e9sence au monde. La \u00ab&nbsp;fonci\u00e8re inactualit\u00e9 du monde&nbsp;\u00bb dont parle Ouellet devient brutalement \u00e9vidente dans l\u2019exp\u00e9rience de la mort d\u2019un\u00b7e proche. Ayant un pied de chaque c\u00f4t\u00e9 du seuil, l\u2019endeuill\u00e9\u00b7e peut essayer de traverser son deuil, mais iel peut \u00e9galement y rester, et accueillir le vacillement. J\u2019ai choisi de laisser agir ses r\u00e9percussions dans ma pratique d\u2019\u00e9criture po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>La distance est n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9crire. Par exemple, les treize ans qui s\u00e9parent la mort de mon p\u00e8re du moment o\u00f9 je trace ces lignes m\u2019ont men\u00e9 ici, dans ce projet. Ouellet avance que cette distance est non seulement n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9criture, mais elle est \u00e9galement cruciale pour \u00e9tablir notre rapport au monde&nbsp;: \u00ab&nbsp;on ne prend part au monde ou \u00e0 l\u2019ici qu\u2019\u00e0 partir d\u2019ailleurs ou d\u2019autre part, d\u2019o\u00f9 l\u2019on peut non seulement le dire et le penser, mais le vivre aussi, selon toutes les modalit\u00e9s du corps et de l\u2019esprit, m\u00e9moire et imagination comprises.&nbsp;\u00bb (2005, 82). Je n\u2019\u00e9cris qu\u2019apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements et les exp\u00e9riences et, dans le cadre de ce projet, je n\u2019\u00e9cris que depuis les lieux que j\u2019ai quitt\u00e9s, en tra\u00e7ant les contours des paysages po\u00e9tiques pour les habiter encore un peu, gr\u00e2ce au renouvellement des perceptions, mais aussi gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9moire et \u00e0 l\u2019imagination du geste d\u2019\u00e9criture. Certains lieux sont devenus physiquement inaccessibles depuis la mort du p\u00e8re, comme son appartement, ou encore le cours d\u2019eau dont je n\u2019ai jamais connu le nom, o\u00f9 il nous amenait, mon petit fr\u00e8re et moi, pour y jeter des pierres dans l\u2019eau. D\u2019autres lieux existent toujours, mais demeurent hostiles et douloureux, comme les chambres d\u2019h\u00f4pital qu\u2019il a fr\u00e9quent\u00e9 et les couloirs du centre de soins palliatifs o\u00f9 il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Les rep\u00e8res visuels de la m\u00e9moire sont insuffisants pour dire le deuil, trop \u00e9loign\u00e9s du temps et du lieu de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La m\u00e9diation de l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique propose de combler le manque, ce que Catherine Grout<em> appelle cet \u00ab&nbsp;entre<\/em> non repr\u00e9sent\u00e9 et qui est sans doute infigurable&nbsp;\u00bb (2004, 101).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour sa qualit\u00e9 de virtualit\u00e9 et de m\u00e9diation que le po\u00e8me me semble le genre litt\u00e9raire le plus juste pour accueillir mon \u00e9criture du deuil. Dans son ouvrage <em>La po\u00e9sie moderne et la structure d\u2019horizon<\/em>, Michel Collot se penche sur le rapport du po\u00e8me au temps. Il observe que la conscience po\u00e9tique croit pouvoir ressaisir l\u2019insaisissable, tout en ne parvenant jamais \u00e0 saisir le \u00ab&nbsp;maintenant&nbsp;\u00bb. Le po\u00e8me, quant \u00e0 lui, embrasse l\u2019ind\u00e9termin\u00e9. Puisqu\u2019il \u00e9tablit son sens gr\u00e2ce \u00e0 une panoplie de proc\u00e9d\u00e9s qui le d\u00e9tournent, qui le d\u00e9ploient et qui l\u2019opacifie, le po\u00e8me ne peut \u00eatre juste que par ses flottements et ses ouvertures s\u00e9miotiques. Selon Collot, la force de la po\u00e9sie existe dans sa qualit\u00e9 d\u2019horizon. Cette ligne poreuse ouvre et ferme le champ de vision, d\u00e9coupe l\u2019espace perceptif, marque notre exp\u00e9rience g\u00e9ographique, bien qu\u2019elle n\u2019existe sur aucune carte. Largement \u00e9tudi\u00e9 en ph\u00e9nom\u00e9nologie, l\u2019horizon est \u00e9galement convoqu\u00e9 dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires, particuli\u00e8rement en po\u00e9sie. En effet, Collot affirme que \u00ab&nbsp;[l]a po\u00e9sie entretient une relation essentielle avec un horizon d\u2019ind\u00e9termination absolue. En tant qu\u2019ex-p\u00e9rience [sic], c\u2019est une travers\u00e9e qui transgresse toute limite, un mouvement qui va toujours au-del\u00e0 de lui-m\u00eame. Pour s\u2019accomplir, elle doit demeurer inachevable. \u00bb (1989, 167). Paradoxal, l\u2019horizon du po\u00e8me l\u2019ouvre sur les possibilit\u00e9s de sens tout en reconnaissant l\u2019impossibilit\u00e9 de toutes les saisir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Il appartient \u00e0 l\u2019essence de la po\u00e9sie d\u2019\u00eatre ininterrompue; mais cela n\u2019exclut pas la possibilit\u00e9 de po\u00e8mes achev\u00e9s. \u00c9tant admis que le dernier mot ne sera jamais dit, et l\u2019horizon jamais atteint, le po\u00e8te s\u2019arr\u00eatera chaque fois que les mots \u00e9crits auront d\u00e9fini un espace de sens dont les lignes composent un paysage stable et coh\u00e9rent, tout en convergeant vers ce point de fuite qui seul peut leur conf\u00e9rer une secr\u00e8te mobilit\u00e9. Si bien que le point final peut devenir point de d\u00e9part pour toute lecture capable de rendre le po\u00e8me \u00e0 l\u2019inachevable. (1989, 169).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un m\u00eame geste, l\u2019horizon du po\u00e8me trace les contours d\u2019un paysage symbolique et donne une spatialit\u00e9 au texte po\u00e9tique. La virtualit\u00e9 du po\u00e8me, consid\u00e9r\u00e9e dans sa qualit\u00e9 paysag\u00e8re, me permet de le concevoir comme un \u00ab&nbsp;tiers-lieu&nbsp;\u00bb dans lequel l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du deuil peut se d\u00e9ployer dans toutes ses lacunes, dans toute sa part d\u2019absence et d\u2019inach\u00e8vement. Le deuil <em>m\u2019habite<\/em>, mais, plus encore, cet \u00e9tat de hantise d\u00e9ploie ma d\u00e9marche, fait du po\u00e8me un paysage de deuil dans lequel <em>habiter<\/em>. Ici, le mot \u00ab&nbsp;paysage&nbsp;\u00bb est entendu non pas au sens pictural, comme celui de la peinture, mais bien au sens qu\u2019entend le g\u00e9ographe Augustin Berque, c\u2019est-\u00e0-dire comme un espace de rencontre entre un sujet percevant et son environnement. Il est \u00ab&nbsp;la m\u00e9diation par laquelle notre subjectivit\u00e9 peut avoir prise sur la r\u00e9alit\u00e9 objective des choses de l&rsquo;environnement&nbsp;\u00bb (Berque 1995, 16). La r\u00e9flexion par le biais de la cr\u00e9ation m\u2019am\u00e8ne \u00e0 penser la m\u00e9diation comme un concept fondamental \u00e0 ma po\u00e9tique du deuil. Ce dernier cr\u00e9e des secousses et se r\u00e9percute sur notre \u00ab&nbsp;\u00eatre au monde&nbsp;\u00bb (Merleau-Ponty 2011 [1953], 168). \u00c0 l\u2019image des perceptions affect\u00e9es par l\u2019exp\u00e9rience du deuil, l\u2019espace peut se fragmenter, se disloquer, et ainsi cr\u00e9er des lieux signifiants. De plus, la dislocation laisse place \u00e0 la br\u00e8che, \u00e0 l\u2019entre-deux. Par la cr\u00e9ation d\u2019un paysage comme espace de rencontre, on peut peut-\u00eatre r\u00e9concilier \u00ab&nbsp;l\u2019inactualit\u00e9 du monde&nbsp;\u00bb dont parlait Pierre Ouellet, et percevoir une possibilit\u00e9 de simultan\u00e9it\u00e9 du sujet-monde en actualisant l\u2019exp\u00e9rience du deuil, en lui donnant un lieu o\u00f9 \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble impossible de circonscrire cet <em>entre<\/em>, ce \u00ab&nbsp;milieu&nbsp;\u00bb, tout comme il est impossible de saisir l\u2019horizon, mais je peux toujours pointer vers lui. Adresser conceptuellement et po\u00e9tiquement la m\u00e9diation semble forger le moyen de parler de cet infigurable. Pour parler du liminaire, il faut utiliser les moyens de l\u2019entre-deux. L\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, qui \u00ab&nbsp;poss\u00e8de les instruments d\u2019une configuration du monde&nbsp;\u00bb, comme le disait Collot, peut pr\u00e9senter, mais \u00e9galement re-pr\u00e9senter, c\u2019est-\u00e0-dire renouveler par le langage, les effets de mon deuil sur mon exp\u00e9rience du monde, et ainsi d\u00e9cloisonner ma r\u00e9flexion et mon exp\u00e9rience du deuil. L\u2019\u00e9criture me permet de croire que le deuil est un espace de possibilit\u00e9s o\u00f9 la relation au d\u00e9funt existe toujours, qu\u2019elle n\u2019est pas r\u00e9ductible au n\u00e9ant, comme on a tendance \u00e0 le penser dans le discours social occidental r\u00e9pandu. La tension entre l\u2019absence et la pr\u00e9sence poss\u00e8de une force cr\u00e9atrice qui peut prendre de nombreuses formes productrices de sens, comme les vides dans le po\u00e8me, sur lesquels le philosophe Henri Maldiney&nbsp;dit ceci : \u00ab&nbsp;La s\u00e9quence po\u00e9tique comporte des vides [\u2026]. Ces vides m\u00e9dians ne sont pas des lacunes, mais des aires ouvertes&nbsp;\u00bb (Maldiney 1987, 94). Cette tension d\u00e9ploie l\u2019horizon du po\u00e8me, qui recule, rendant ses limites encore plus vertigineuses, ce qui confronte et cr\u00e9e une exp\u00e9rience. L\u2019espace po\u00e9tique devient un lieu o\u00f9 la survivance peut coexister avec la mort de l\u2019autre. On peut d\u00e9ployer les possibilit\u00e9s de la pens\u00e9e dans et \u00e0 propos de l\u2019espace du deuil, d\u2019habitude si opaque et irr\u00e9m\u00e9diable.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>d\u2019une trajectoire<\/p>\n\n\n\n<p>les pierres rasent le sol<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9corchent nos genoux<\/p>\n\n\n\n<p>j\u2019aimerais que le ciel<\/p>\n\n\n\n<p>bleuisse autour de nos plaies<\/p>\n\n\n\n<p>que la vacuit\u00e9 se prononce<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 voix basse<\/p>\n\n\n\n<p>dans mes mains d\u2019enfant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>d\u2019autres cailloux \u00e0 d\u00e9poser sur sa m\u00e9moire &nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Berque, Augustin. 1995. <em>Les raisons du paysage: de la Chine antique aux environnements de synth\u00e8se<\/em>, Paris : Hazan.<\/p>\n\n\n\n<p>Collot, Michel. 1989. <em>La po\u00e9sie moderne et la structure d\u2019horizon<\/em>, Paris : Presses universitaires de France, coll. \u00ab&nbsp;\u00c9criture&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2005. \u00ab&nbsp;Pour une po\u00e9tique du paysage\u202f\u00bb&nbsp;\u00bb, dans Adelaide M. Russo et Simon Harel (dir.), <em>Lieux propices: l\u2019\u00e9nonciation des lieux, le lieu de l\u2019\u00e9nonciation dans les contextes francophones interculturels<\/em>, Montr\u00e9al, CELAT\u202f: Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, coll. \u00ab&nbsp;InterCultures&nbsp;\u00bb : 269\u2011280.<\/p>\n\n\n\n<p>Deguy, Michel. 1987. <em>La po\u00e9sie n\u2019est pas seule: court trait\u00e9 de po\u00e9tique<\/em>, Paris : Seuil, coll. \u00ab&nbsp;Fiction &amp; Cie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Despret, Vinciane. 2017. <em>Au bonheur des morts: r\u00e9cits de ceux qui restent<\/em>, Paris : \u00c9ditions la D\u00e9couverte, coll. \u00ab&nbsp;La D\u00e9couverte-poche&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Gagnon, Madeleine. 1998. <em>Le deuil du soleil<\/em>, Montr\u00e9al : VLB.<\/p>\n\n\n\n<p>Grout, Catherine. 2004. <em>L\u2019\u00e9motion du paysage: ouverture et d\u00e9vastation<\/em>, Bruxelles : Lettre vol\u00e9e, coll. \u00ab&nbsp;Essais&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Jank\u00e9l\u00e9vitch, Vladimir. 2010. <em>L\u2019irr\u00e9versible et la nostalgie<\/em>, Paris : Flammarion, coll. \u00ab&nbsp;Champs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Juff\u00e9, Michel (dir.). 2005. <em>Exp\u00e9riences de la perte: colloque de Cerisy-la-Salle<\/em>, Paris : Presses universitaires de France.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9vesque, Nicolas. 2005. <em>Le deuil impossible n\u00e9cessaire: essai sur la perte, la trace et la culture<\/em>, Qu\u00e9bec : \u00c9ditions Nota bene, coll. \u00ab&nbsp;Nouveaux Essais Spirale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis-Combet, Claude. 1985. <em>Du sens de l\u2019absence<\/em>, Paris, Lettres Vives, coll. \u00ab&nbsp;Nouvelle Gnose&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Maldiney, Henri. 1987. \u00ab&nbsp;Espace et po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, dans Michel Collot et Jean-Claude Mathieu (dir.), <em>Espace et po\u00e9sie: Rencontres sur la po\u00e9sie moderne: actes du colloque des 13, 14 et 15 juin 1984<\/em>, Paris : Presses de l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure, coll. \u00ab&nbsp;Litt\u00e9rature \/ PENS&nbsp;\u00bb : 83\u201197.<\/p>\n\n\n\n<p>Mavrikakis, Catherine. 2006. \u00ab&nbsp;L\u2019apparition du disparu: La disparate du po\u00e9tique dans deux recueils de Denise Desautels. Du musical au photographique&nbsp;\u00bb, <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, vol. 42, n<sup>o<\/sup> 2 : 47-60. doi: 10.7202\/013863ar (Consult\u00e9 le 13 octobre 2024)<\/p>\n\n\n\n<p>Merleau-Ponty, Maurice, Emmanuel de&nbsp;Saint Aubert et Stefan Kristensen. 2011. <em>Le monde sensible et le monde de l\u2019expression: cours au Coll\u00e8ge de France notes, 1953<\/em>, Gen\u00e8ve : M\u0113tisPresses, coll. \u00ab&nbsp;Champ contre champ&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouellet, Pierre. 2005. \u00ab&nbsp;Quelque part\u202f: Topique et po\u00e9tique&nbsp;\u00bb, dans Adelaide M. Russo et Simon Harel (dir.), <em>Lieux propices: l\u2019\u00e9nonciation des lieux, le lieu de l\u2019\u00e9nonciation dans les contextes francophones interculturels<\/em>, Montr\u00e9al, CELAT\u202f: Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, coll. \u00ab&nbsp;InterCultures&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Stamelman, Richard Howard. 1990. <em>Lost Beyond Telling: Representations of Death and Absence in Modern French Poetry<\/em>, Ithaca : Cornell University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Thibault, M\u00e9lanie et al. \u00ab&nbsp;Le deuil&nbsp;\u00bb, <em>Service de psychologie et d\u2019orientation de l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke<\/em>,&nbsp;https:\/\/www.usherbrooke.ca\/etudiants\/fileadmin\/sites\/etudiants\/documents\/Psychologie\/Brochure_deuil_2021_finale_01.pdf (Page consult\u00e9e le 13 octobre 2024)<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Elle cite Heonik Kwon, <em>Ghosts of War in Vietnam<\/em>, Cambridge University Press, Cambridge, 2008, p.106.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Michel Collot \u00e9crit d\u2019ailleurs que \u00ab Ce que le langage po\u00e9tique cherche \u00e0 dire, \u00e0 travers toutes ses figures, c&rsquo;est un infigurable [\u2026]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Pour citer<\/h6>\n\n\n\n<p>Henrie, Rachel. 2024. \u00ab&nbsp;Le po\u00e8me comme tiers-lieu : le deuil en recherche-cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab&nbsp;Actes partiels de la quinzi\u00e8me journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL : Limite, liminaire, liminarit\u00e9&nbsp;\u00bb, no 40. En ligne, <a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9519\">https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9519<\/a> (Consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/henrie_40.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 henrie_40.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-cc97f269-b056-4ea8-b3bb-f64e7c2120bc\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/henrie_40.pdf\">henrie_40<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/henrie_40.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-cc97f269-b056-4ea8-b3bb-f64e7c2120bc\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes partiels de la quinzi\u00e8me journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL : Limite, liminaire et liminarit\u00e9 au pied du lit je tiens ma propre main les yeux riv\u00e9s sur ce qui s\u2019est \u00e9chou\u00e9 \u00e9clats de verre &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; de bois son profil gisant Nous connaissons l\u2019existence de la mort. 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