{"id":9543,"date":"2024-11-29T17:02:47","date_gmt":"2024-11-29T17:02:47","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9543"},"modified":"2025-12-27T00:22:10","modified_gmt":"2025-12-27T00:22:10","slug":"au-regard-feminin-dune-rencontre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9543","title":{"rendered":"Au regard (f\u00e9minin) d\u2019une rencontre"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\"><strong>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une impression de d\u00e9j\u00e0-vu, un peu comme le sens d\u2019un r\u00eave qui s\u2019\u00e9clipse de la conscience au r\u00e9veil, dispara\u00eet aussi vite que battent les paupi\u00e8res. Ne reste, apr\u00e8s, que le sentiment que quelque chose est \u00e0 retracer, \u00e0 rattacher. Comme si un rapprochement s\u2019\u00e9tait profil\u00e9 entre la vie telle qu\u2019on se l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 imagin\u00e9e (dans un livre, dans un film) et cette m\u00eame vie telle qu\u2019on la vit, l\u00e0 maintenant, mais que la distance demeurait trop grande pour qu\u2019on puisse jeter un pont entre les deux. On faillit sans doute \u00e0 saisir, comme l\u2019\u00e9crit Marielle Mac\u00e9, \u00ab&nbsp;une piste \u00e0 suivre, un phras\u00e9 dans l\u2019existant&nbsp;\u00bb (2011, 15), en ce sens que \u00ab&nbsp;notre vie mentale, notre vie sociale est en effet tiss\u00e9e de \u201ctraces\u201d d\u2019art [\u2026], de souvenirs efficaces et de d\u00e9sirs&nbsp;\u00bb (16). Ce lien qui pointait \u2013 celui qu\u2019on aurait pu tisser entre l\u2019imaginaire et la vie \u2013 on peut pr\u00e9sumer qu\u2019il adviendra plus tard, sinon qu\u2019il ne devait pas r\u00e9ellement se concr\u00e9tiser. Mais pour le moment, une chose est s\u00fbre&nbsp;: plus on le pourchasse, plus il nous file entre les neurones.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a s\u2019est pass\u00e9 comme \u00e7a dans ma t\u00eate ce soir-l\u00e0, celui de notre premi\u00e8re&nbsp;<em>date<\/em>. J\u2019\u00e9tais assis devant elle dans le parc \u00e0 l\u2019\u00e9couter avec attention, nos corps \u00e0 distance. \u00c0 deux m\u00e8tres de distance. C\u2019est-\u00e0-dire aussi rapproch\u00e9s que possible, par les temps qui couraient. Et c\u2019\u00e9tait&nbsp;<em>tant mieux<\/em>, j\u2019avais pens\u00e9, avant de me rendre jusqu\u2019\u00e0 elle. La distance impos\u00e9e par l\u2019invisibilit\u00e9 du virus allait apaiser ma peur de la masculinit\u00e9 telle qu\u2019elle est v\u00e9cue, et d\u00e9sir\u00e9e, par bien des hommes qui m\u2019entourent. Ces hommes \u00e0 qui il arrive de parler d\u2019un moment d\u2019intimit\u00e9 comme d\u2019un troph\u00e9e, et dont certains allaient immanquablement me demander un compte-rendu de ma soir\u00e9e.&nbsp;\u00ab&nbsp;This is the big secret we all keep together\u2014the fear of patriarchal maleness that binds everyone in our culture&nbsp;\u00bb (2004, 23),&nbsp;\u00e9crit bell hooks.&nbsp;Moi-m\u00eame, je n\u2019en parlais \u00e0 personne, de cette peur. En r\u00e9alit\u00e9, je n\u2019en \u00e9tais pas tout \u00e0 fait conscient (la peur \u00e9tant une \u00e9motion dont la performativit\u00e9 masculine doit faire l\u2019\u00e9conomie). C\u2019est le propre de la&nbsp;<em>psychologie patriarcale<\/em>&nbsp;dont parle hooks, un concept qu\u2019elle emprunte \u00e0 Terrence Real, et qui souligne une propension \u00e0 masquer int\u00e9rieurement les qualit\u00e9s qu\u2019on suppose \u00ab&nbsp;masculines&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;f\u00e9minines&nbsp;\u00bb, pour n\u2019en faire ressortir qu\u2019une seule moiti\u00e9 par la d\u00e9valorisation de l\u2019autre. Une perversion de la dynamique relationnelle qui&nbsp;\u00ab&nbsp;replaces true intimacy with complex, covert layers of dominance and submission, collusion and manipulation&nbsp;\u00bb (34). C\u2019est la non-reconnaissance<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;de ce r\u00e9flexe psychologique omnipr\u00e9sent, selon Real, qui \u00ab&nbsp;deform[s] both sexes, and destroy[s] the passionate bond between them&nbsp;\u00bb (34)<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Et c\u2019\u00e9tait bien pourquoi, sans me l\u2019expliquer, j\u2019avais repouss\u00e9 depuis longtemps la possibilit\u00e9 d\u2019un rendez-vous comme celui que j\u2019allais vivre ce soir-l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0 que je faisais une v\u00e9ritable rencontre ; une rencontre qui allait me donner, \u00e0 un moment, l\u2019impression d\u2019en avoir d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019exp\u00e9rience. Je me souviens&nbsp;qu\u2019elle \u00e9tait en train de me raconter son parcours d\u2019\u00e9tudes en psychologie. Elle passait en revue les passions intellectuelles qui l\u2019animaient, alors qu\u2019elle terminait la r\u00e9daction de son m\u00e9moire. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle en vienne \u00e0 un de ses livres f\u00e9tiches&nbsp;: \u00ab&nbsp;It\u2019s called&nbsp;<em>To Bless the Space Between Us<\/em>, and it\u2019s by John O\u2019Donohue, a Celtic philosopher I love.&nbsp;\u00bb Elle me disait avoir un faible pour cette id\u00e9e d\u2019un entre-deux \u00e0 cultiver et \u00e0 ch\u00e9rir entre les corps, un intermonde d\u2019o\u00f9 s\u2019articulent les possibles des relations humaines. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 vu (v\u00e9cu?) la sc\u00e8ne. Et plus tard, marchant seul vers mon appartement sous la lumi\u00e8re des lampadaires \u2013 quelques minutes apr\u00e8s avoir os\u00e9 lui demander, toujours \u00e0 distance, \u00ab&nbsp;Would you like to do this again, sometime?&nbsp;\u00bb \u2013 j\u2019ai repens\u00e9 aux deux personnages principaux de&nbsp;<em>Before Sunrise<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, C\u00e9line (Julie Delpy) et Jesse (Ethan Hawke). J\u2019ai eu envie de refaire l\u2019exp\u00e9rience de ce film.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Au regard (f\u00e9minin) d\u2019une rencontre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne d\u2019ouverture est aussi simple que se r\u00e9v\u00e8le aussit\u00f4t l\u2019intrigue tout enti\u00e8re&nbsp;: une femme fran\u00e7aise, d\u00e9but vingtaine, lit \u00e0 bord d\u2019un train, assise \u00e0 quelques rang\u00e9es seulement d\u2019un homme am\u00e9ricain d\u2019un \u00e2ge comparable, qui s\u2019adonne \u00e0 la m\u00eame conduite<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 faire sa rencontre, et \u00e0 accepter de descendre avec lui pour passer le reste de la journ\u00e9e \u00e0 parcourir les rues de Vienne, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ensemble iels blanchissent la nuit, et enfin se disent adieu au matin (il prend l\u2019avion pour les \u00c9tats-Unis; elle rentre finalement \u00e0 Paris). Voil\u00e0 l\u2019essentiel du r\u00e9cit, qui tourne et s\u2019articule autour de l\u2019intimit\u00e9 croissante de leur conversation, avant toute autre \u00ab&nbsp;action&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le train pr\u00e8s de C\u00e9line, un couple d\u2019un certain \u00e2ge discute, puis commence \u00e0 s\u2019irriter de part et d\u2019autre. Ils parlent l\u2019allemand. Leurs voix saccad\u00e9es s\u2019\u00e9l\u00e8vent peu \u00e0 peu. Plus le crescendo de leurs \u00e9changes s\u2019accentue, plus je ressens le malaise de cette dispute conjugale ayant lieu devant public; un ressenti que je partage avec C\u00e9line, qui, \u00e0 quelques reprises, est d\u00e9rang\u00e9e dans sa lecture. Cette r\u00e9ciprocit\u00e9 affective, d\u00e8s le d\u00e9but du film, repr\u00e9sente la premi\u00e8re occurrence de ce que Iris Brey nomme, par une reprise ph\u00e9nom\u00e9nologique et f\u00e9ministe de la pens\u00e9e de Laura Mulvey, le&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>: une configuration audiovisuelle qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 ressentir l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un personnage, faisant de celui-ci un sujet sensible plut\u00f4t qu\u2019un objet \u00e0 lorgner. Alors que \u00ab&nbsp;la cam\u00e9ra rend le corps du sujet vivant par la mise en sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb (Brey 2019, 47) \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire en me pr\u00e9sentant un plan large qui donne \u00e0 voir, \u00e0 la fois, l\u2019agitation rampante de ce couple et la qui\u00e9tude de plus en plus d\u00e9rang\u00e9e de C\u00e9line \u2013, je suis ramen\u00e9, comme spectateur, \u00e0 mon propre corps. Je me trouve, \u00e0 l\u2019image de cette derni\u00e8re, agac\u00e9. \u00c0 les regarder, je peux aussi me faire une id\u00e9e de l\u2019amertume qui doit planer entre ces deux individus pour qu\u2019iels en arrivent l\u00e0, \u00e0 s\u2019emporter au grand jour. Rapidement, je les imagine mari\u00e9s depuis des ann\u00e9es, devenus inattentifs \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019autre et sans doute aigris, voire d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur lien amoureux<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Puis, lorsque la dame frappe de la main le journal que son partenaire tient devant lui, C\u00e9line sursaute et d\u00e9cide que c\u2019en est assez&nbsp;: elle se l\u00e8ve et va s\u2019asseoir \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de Jesse. Les bras et la t\u00eate de la jeune femme apparaissent bri\u00e8vement \u00e0 l\u2019\u00e9cran, alors qu\u2019elle range son sac dans le compartiment sup\u00e9rieur, puis la cam\u00e9ra montre Jesse en plan large, qui la remarque distraitement pour la premi\u00e8re fois, avant de reposer les yeux sur son livre. Le m\u00eame plan revient ensuite sur C\u00e9line, maintenant assise \u2013 et \u00e0 son tour, elle le voit. Quant \u00e0 moi, j\u2019observe que la mise en sc\u00e8ne, ici, installe un dualisme&nbsp;narratif qui d\u00e9joue mes attentes&nbsp;spectatorielles. Basculant \u00e0 plusieurs reprises d\u2019un plan et d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre (champ\/contrechamp), je suis appel\u00e9, au premier visionnement, \u00e0 me demander lequel des deux est cens\u00e9 \u00eatre le ou la protagoniste de ce r\u00e9cit. La structure du film, cependant, \u00e9teint mon d\u00e9sir conditionn\u00e9 de m\u2019identifier \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Jesse l\u00e8ve les yeux \u00e0 nouveau, cette fois-ci d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, pour regarder vers C\u00e9line. Aussit\u00f4t, la cam\u00e9ra revient sur elle, qui s\u2019est replong\u00e9e dans sa lecture. Mais \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019angle de la prise de vue et la largeur du plan, il est \u00e9vident que \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb ne regarde pas du point de vue de Jesse. Ce contraste entre le regard dont je fais l\u2019exp\u00e9rience et le&nbsp;<em>gaze<\/em>&nbsp;de Jesse (que je ne peux qu\u2019imaginer) marie \u00e0 mon sens le style prosa\u00efque de la mise en sc\u00e8ne \u00e0 une optique, \u00e0 nouveau, du&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>: non seulement il me para\u00eet r\u00e9aliste que je puisse \u00eatre assis dans ce m\u00eame train, \u00e9piant le pr\u00e9lude d\u2019une rencontre, mais en regardant Jesse examiner momentan\u00e9ment C\u00e9line \u2013 avant de se demander, de toute \u00e9vidence, s\u2019il ose ou non l\u2019approcher (je le vois se frotter les tempes le temps d\u2019un soupir anxieux) \u2013,&nbsp;je sens monter le suspense qu\u2019il vit \u00e0 l\u2019id\u00e9e de se risquer. Le r\u00e9cit est visiblement en attente d\u2019un \u00e9v\u00e8nement charni\u00e8re. Ce n\u2019est que quelques secondes plus tard, lorsque la dame d\u2019avant, agit\u00e9e de plus belle, se l\u00e8ve pour quitter bruyamment le wagon, avec son mari \u00e0 ses trousses, que les regards de C\u00e9line et Jesse se croisent pour la premi\u00e8re fois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les regards qui se croisent =&nbsp;eine Art der Reflexion&nbsp;[une forme de r\u00e9flexion]&nbsp;\u00bb (1964, 243), a not\u00e9 quelque part Maurice Merleau-Ponty, figure de proue de l\u2019approche ph\u00e9nom\u00e9nologique dont se r\u00e9clame aujourd\u2019hui Iris Brey, elle qui explique que le \u00ab&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>est avant tout une esth\u00e9tique&nbsp;du d\u00e9sir \u00bb (2019, 64); une optique filmique qui, je le rappelle, cherche \u00e0 provoquer le ressenti de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par les personnages chez les spectateur\u00b7trice\u00b7s. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019aurore d\u2019un d\u00e9sir \u2013 dans les regards d\u2019une attraction naissante \u2013 qui appara\u00eet maintenant de mani\u00e8re palpable \u00e0 l\u2019\u00e9cran et en moi. Dans la s\u00e9quence qui suit, la cam\u00e9ra montre C\u00e9line et Jesse \u2013 tour \u00e0 tour en plan rapproch\u00e9, leurs r\u00e9alit\u00e9s se refl\u00e9tant l\u2019une l\u2019autre \u2013 qui suivent des yeux ce couple enflamm\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa sortie, pour qu\u2019enfin leurs pleins visages en arrivent \u00e0 se faire face. Jesse la fixe, et sourit b\u00e9atement. C\u00e9line, qui partage maintenant l\u2019absurdit\u00e9 de ce spectacle avec quelqu\u2019un d\u2019autre, exprime son amusement en lui pr\u00e9sentant un sourire \u00e0 son tour, puis elle repose les yeux sur les pages de son livre. La cam\u00e9ra montre \u00e0 nouveau Jesse, et zoome lentement vers son visage. Il h\u00e9site un moment.&nbsp;Puis, inspirant une bouff\u00e9e d\u2019air, il se lance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Do you have any idea what they were arguing about?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019intimit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong>Apr\u00e8s le tournant de la rencontre, le style minimaliste et prosa\u00efque de&nbsp;<em>Before Sunrise&nbsp;<\/em>se d\u00e9finit davantage<em>.<\/em>Minimaliste<em>,<\/em>&nbsp;car le r\u00e9cit table sur de longues sc\u00e8nes conversationnelles, parfois form\u00e9es d\u2019un seul plan s\u00e9quence, et o\u00f9 \u00e0 chaque nouvelle prise la cam\u00e9ra saisit le rapport vibrant, voire excitant \u2013 sinon par moment chaotique, ou d\u2019\u00e9vidence malaisante \u2013 qui compose une pareille aventure interpersonnelle<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.&nbsp;<em>Prosa\u00efque<\/em>&nbsp;parce que la cam\u00e9ra donne \u00e0 voir, bien souvent, les deux personnages dans un seul et m\u00eame plan (un plan en g\u00e9n\u00e9ral assez large pour que je per\u00e7oive ais\u00e9ment les affects que communiquent leurs gestes), et aussi parce que le texte de leur conversation se r\u00e9v\u00e8le ponctu\u00e9 d\u2019autant d\u2019h\u00e9sitations que de tics langagiers (\u00ab&nbsp;you know\u2026&nbsp;\u00bb), ce qui, \u00e0 mes oreilles comme \u00e0 mes yeux, fa\u00e7onne toute la vraisemblance du r\u00e9cit<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019en arriver \u00e0 la prochaine sc\u00e8ne sur laquelle je veux me pencher, iels se rendent jusqu\u2019\u00e0 la voiture-salon du train, o\u00f9 iels s\u2019installent autour d\u2019une table et apprennent \u00e0 se conna\u00eetre. Plus tard, lorsqu\u2019iels montent dans un tramway, je suis toujours l\u00e0 \u00e0 les observer, alors que leur proximit\u00e9 physique amplifie peu \u00e0 peu l\u2019intimit\u00e9 de leurs&nbsp;<em>\u00e9changes<\/em>. Que je sois t\u00e9moin des quelques d\u00e9voilements personnels qui s\u2019op\u00e8rent par la conversation, ou alors de ces regards de plus en plus p\u00e9tillants qu\u2019iels s\u2019offrent, il me semble que je partage ces \u00e9changes avec elleux (du moins, \u00e0 en croire mon sourire, et la fixit\u00e9 de mon propre regard). Une exp\u00e9rience spectatorielle qui rel\u00e8ve encore, ici, de ce que \u00ab&nbsp;fait&nbsp;\u00bb le&nbsp;<em>female gaze.&nbsp;<\/em>Plut\u00f4t que de reconduire une scopophilie masculine et voyeuse, ce film m\u2019invite \u00e0 voir des \u00ab&nbsp;\u00e9changes de regards entre des personnages&nbsp;\u00bb (Brey 2019, 36) afin que je me \u00ab&nbsp;plonge dans la mat\u00e9rialit\u00e9 du film&nbsp;\u00bb (46). Autrement dit, que je fasse moi-m\u00eame l\u2019\u00e9preuve d\u2019une&nbsp;<em>exp\u00e9rience&nbsp;<\/em>(celle que forment ces regards que se renvoient les personnages) en tant qu\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9chantillons d\u2019existence&nbsp;\u00bb (Mac\u00e9 2011, 95). Et c\u2019est l\u00e0, pendant que j\u2019\u00e9prouve le sens filmique qui s\u2019offre \u00e0 moi, que se densifie toute la teneur ph\u00e9nom\u00e9nologique et stylistique de cette&nbsp;<em>fa\u00e7on de regarder<\/em>&nbsp;l\u2019autre. Une fa\u00e7on, aussi, d\u2019<em>entrer en relation&nbsp;<\/em>avec l\u2019autre. Autant de \u00ab&nbsp;proposition[s] de conduite&nbsp;\u00bb (49)&nbsp;que&nbsp;<em>Before Sunrise<\/em>&nbsp;grave \u2013 plan apr\u00e8s plan, sc\u00e8ne apr\u00e8s sc\u00e8ne \u2013 dans ma m\u00e9moire, et d\u00e8s lors dans la grammaire des formes que peut prendre ma vie<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en reviens \u00e0 la densit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique&nbsp;: dans la philosophie de Merleau-Ponty, la&nbsp;<em>chair&nbsp;<\/em>est ce concept qui d\u00e9signe la part invisible et sensorielle de notre exp\u00e9rience du monde; une sorte de \u00ab&nbsp;tissu conjonctif des horizons ext\u00e9rieurs et int\u00e9rieurs&nbsp;\u00bb (Merleau-Ponty 1964, 171) qui se noue entre les \u00eatres et qui innerve les perceptions de chacun\u00b7e, rattachant celles de l\u2019une \u00e0 celles de l\u2019autre. Par l\u2019entrelacs de cette chair commune, la r\u00e9ciprocit\u00e9 se manifeste comme un pan de notre exp\u00e9rience sensorielle. Cette terminologie sert \u00e0 d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui se produit dans nos corps \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire dans nos terminaisons nerveuses \u2013 quand on se sent vu par un\u00b7e autre, et ce, qu\u2019on puisse ou non confirmer que cet\u00b7te autre nous regarde r\u00e9ellement. (Je pense ici, par exemple, \u00e0 la sensation parfois tangible qu\u2019on est \u00e9pi\u00e9.) C\u2019est dans cet espace transpersonnel, l\u2019\u00ab&nbsp;intermonde o\u00f9 se croisent nos regards et se recoupent nos perceptions&nbsp;\u00bb (72), que se joue la prochaine sc\u00e8ne marquante du film. En apparence tr\u00e8s simple, elle ne comprend aucun dialogue. Toutefois, si elle s\u2019est taill\u00e9 une place dans mon imaginaire<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>, c\u2019est qu\u2019elle regorge de subtilit\u00e9s perceptuelles. Une complexit\u00e9 affective que la mise en sc\u00e8ne m\u2019engage en tous points \u00e0 saisir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9s dans un magasin de vinyles, C\u00e9line et Jesse choisissent bient\u00f4t de se planter dans une cabine d\u2019\u00e9coute, le temps de d\u00e9couvrir ensemble une chanson. Une main appara\u00eet d\u2019abord en gros plan, sans que je sache \u00e0 qui elle appartient, et installe le vinyle choisi dans le tourne-disque. Puis, la cam\u00e9ra se fixe \u00e0 nouveau sur les deux protagonistes, en plan poitrine, avec une l\u00e9g\u00e8re contre-plong\u00e9e; un angle de prise de vue qui me donne manifestement le sentiment que je suis entr\u00e9 dans la pi\u00e8ce avec elleux. Iels se retrouvent (se d\u00e9couvrent?) d\u00e8s lors plus coll\u00e9.es que jamais, alors que commencent \u00e0 r\u00e9sonner les notes de \u00ab&nbsp;Come Here&nbsp;\u00bb, une pi\u00e8ce jou\u00e9e et chant\u00e9e par l\u2019autrice-compositrice folk Kath Bloom. Des arp\u00e8ges langoureux et apaisants s\u2019amorcent. C\u00e9line regarde un instant vers le visage de Jesse. Aussit\u00f4t qu\u2019il la rejoint, elle sourit timidement et tourne la t\u00eate. Il l\u00e8ve les yeux vers le plafond et se pince la bouche, comme pour masquer une petite g\u00eane. Elle se retourne \u00e0 nouveau l\u00e9g\u00e8rement vers lui. Jesse sent bien qu\u2019elle recommence \u00e0 le regarder, puis il sourit quelque peu. La trajectoire de leurs yeux se croise encore une fois, momentan\u00e9ment. Elle d\u00e9tourne encore le regard vers le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9, puis elle ouvre un peu la bouche le temps d\u2019une inspiration. Il la regarde de profil et baisse ses yeux vers sa nuque. C\u00e9line sent qu\u2019il la regarde et sourit \u00e0 nouveau, cette fois avec un peu plus de c\u0153ur.&nbsp;Enfin, la voix m\u00e9lodieuse de Bloom emplit la sc\u00e8ne&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;There\u2019s wind that blows in from the north \/ And it says that loving takes this course \/ Come here, come here \/ No I\u2019m not impossible to touch \/ I have never wanted you so much \/ Come here, come here<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.&nbsp;Se m\u00ealant maintenant aux couplets lyriques autant qu\u2019\u00e0 la langueur de la guitare, ce chass\u00e9-crois\u00e9 de regards recoup\u00e9s et de perceptions partag\u00e9es dure, en tout et pour tout, soixante-douze longues secondes charg\u00e9es de \u00ab&nbsp;silence&nbsp;\u00bb. Pendant ce temps, je per\u00e7ois \u00e0 l\u2019\u00e9cran le ph\u00e9nom\u00e8ne sensible et \u00e9mergent qu\u2019est l\u2019intimit\u00e9 d\u00e9sireuse qui traverse maintenant C\u00e9line et Jesse. La sc\u00e8ne met l\u2019accent \u2013 par l\u2019insistance de son point de vue \u2013 sur les moindres mouvements de la chair (au sens merleau-pontien), chair qui se manifeste ici comme \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>, exempte du masque que lui procure habituellement la parole. Par ce va-et-vient suggestif des corps, rendu visible par le point de vue unique et fixe de la cam\u00e9ra, je peux capter la mouvance de leur exp\u00e9rience&nbsp;sensorielle&nbsp;: je ressens une g\u00eane latente et une s\u00e9rie de titillations tues, dans un tout qui s\u2019entrecroise. \u00c0 un moment, lors de mon premier visionnement, je me souviens avoir d\u00e9tourn\u00e9 moi-m\u00eame le regard, comme pour me \u00ab&nbsp;remarquer&nbsp;\u00bb en train de regarder la sc\u00e8ne, seul dans le r\u00e9el de mon appartement. Un geste qui, \u00e0 en croire Marielle Mac\u00e9, n\u2019est pas anodin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 l\u2019on l\u00e8ve les yeux, on essaie en effet des attitudes mentales, on pr\u00e9pare des souvenirs, on r\u00e9pond au [film] en nouant dans un va-et-vient exemplaire un nouveau lien avec le monde, ce monde auquel on n\u2019a pas fait que tourner le dos; c\u2019est la chance de rejouer dans [le film] et apr\u00e8s [lui] l\u2019acc\u00e8s au r\u00e9el, mais aussi l\u2019acc\u00e8s \u00e0 soi-m\u00eame. (2011, 41)<\/p>\n\n\n\n<p>Revenant vers l\u2019\u00e9cran, je vois le film transitionner vers le prochain plan, o\u00f9 je retrouve les personnages se promenant dans la rue. Puis, quelque chose d\u2019inhabituel attire mon attention&nbsp;: la chanson s\u2019est fondue dans la sc\u00e8ne suivante, passant du r\u00e9alisme di\u00e9g\u00e9tique de la cabine d\u2019\u00e9coute \u00e0 la trame sonore du montage qui suit. Je prends alors conscience d\u2019une autre de mes attentes spectatorielles, d\u00e9jou\u00e9e cette fois \u00e0 mon insu&nbsp;: le r\u00e9cit, jusqu\u2019\u00e0 la prise actuelle, ne s\u2019\u00e9tait appuy\u00e9 sur aucun fond musical. Mis \u00e0 part les pi\u00e8ces classiques qui ouvrent et ferment le long-m\u00e9trage et ce d\u00e9bordement de \u00ab&nbsp;Come Here&nbsp;\u00bb, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 au montage. Un autre choix de la r\u00e9alisation qui participe \u00e0 produire le&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>de l\u2019\u0153uvre&nbsp;: le film refuse de nous indiquer quoi ressentir par l\u2019accompagnement sonore. C\u2019est l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ce qui est donn\u00e9 \u00e0&nbsp;<em>voir<\/em>&nbsp;et de ce que cette vue seule peut provoquer en nous qui prime<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Apr\u00e8s l\u2019attachement, la reconnaissance<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Quand je pense \u00e0 la facilit\u00e9 avec laquelle les quelques sc\u00e8nes que j\u2019ai d\u00e9crites ici peuvent, par des retours cognitifs spontan\u00e9s, me revenir \u00e0 l\u2019esprit, il m\u2019appara\u00eet ind\u00e9niable que je suis attach\u00e9 \u00e0 quelque chose de&nbsp;<em>Before Sunrise<\/em>. Mais m\u2019attarder \u00e0 ce qui me lie au film (ou alors \u00e0 ce qui, dans le film, s\u2019est \u00ab&nbsp;attach\u00e9 \u00e0 moi&nbsp;\u00bb), ce n\u2019est pas seulement, comme le veut le sens commun, parler d\u2019une appr\u00e9ciation. Rita Felski, dans son ouvrage&nbsp;<em>Hooked: Art and Attachment<\/em>, propose de repenser notre rapport aux \u0153uvres d\u2019art \u00e0 travers le prisme de la th\u00e9orie de l\u2019acteur-r\u00e9seau (TAR), une approche sociologique qui examine comment les relations entre humains et non-humains (objets, \u0153uvres, concepts) forment des r\u00e9seaux d\u2019influence mutuelle.&nbsp;Pour Felski, les gens s\u2019attachent aux \u0153uvres d\u2019art avant tout \u00ab because of how they are made to think or feel, because their sensibility is reattuned or their mental coordinates are shifted \u00bb (2020, 144).&nbsp;Cette conception de l\u2019attachement comme force active qui transforme la personne faisant l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u0153uvre \u00e9largit les horizons de l\u2019interpr\u00e9tation filmique au-del\u00e0 d\u2019une simple analyse de contenu. Elle me donne ainsi les moyens de traverser les fronti\u00e8res signifiantes de l\u2019\u0153uvre pour aborder le sens de&nbsp;<em>Before Sunrise&nbsp;<\/em>dans sa mouvance, dans le pouvoir de r\u00e9v\u00e9lation, voire de transformation, qu\u2019il a eu sur moi. En r\u00e9sonance directe avec la pens\u00e9e de Marielle Mac\u00e9 (que Felski convoque d\u2019ailleurs aussi), le sociologue et sp\u00e9cialiste de la TAR Antoine Hennion pr\u00e9cise que&nbsp;\u00ab&nbsp;les attachements, c\u2019est ce qui est \u00e9prouv\u00e9&nbsp;\u00bb (2010, 184). Cela m\u2019indique que, pour tenter de retracer le sens de mon attachement au film, je dois d\u2019abord me poser la question&nbsp;: qu\u2019ai-je \u00e9prouv\u00e9, au regard de cette rencontre humaine?<\/p>\n\n\n\n<p>Je le disais en d\u00e9but de r\u00e9flexion&nbsp;: l\u2019\u00e9quilibre narratif entre les personnages principaux ainsi que le&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>de la cam\u00e9ra ont rapidement contr\u00e9 quelconque tentation de m\u2019identifier \u00e0 un personnage. En revanche, quand le film est \u00ab&nbsp;revenu vers moi&nbsp;\u00bb en pens\u00e9e, j\u2019ai vu que j\u2019\u00e9prouvais tout de m\u00eame une forme d\u2019identification&nbsp;: un attachement s\u2019\u00e9tait tiss\u00e9 non pas entre moi et Jesse ou C\u00e9line, mais plut\u00f4t entre moi et les nombreuses \u00ab&nbsp;conduites attentionnelles&nbsp;\u00bb (Mac\u00e9 2011, 28) que l\u2019\u00e9volution de leur relation m\u2019avait sugg\u00e9r\u00e9es. Autrement dit, si je me suis attach\u00e9 \u00e0 quelque chose de&nbsp;<em>Before Sunrise<\/em>, c\u2019est \u00e0 la rencontre elle-m\u00eame&nbsp;\u2013 \u00e0 son ambiance, sa texture, son rythme, son atmosph\u00e8re. Enfin&nbsp;: \u00e0 sa&nbsp;<em>possibilit\u00e9<\/em>. Possibilit\u00e9 d\u2019entrer en relation avec l\u2019autre de mani\u00e8re aussi sensible, attentionn\u00e9e,&nbsp;<em>vraie<\/em>. Et comme je le d\u00e9crivais d\u2019entr\u00e9e de jeu, cette possibilit\u00e9 s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 moi. Quelques semaines apr\u00e8s notre premi\u00e8re&nbsp;<em>date<\/em>, celle dont j\u2019avais fait la rencontre et moi avons regard\u00e9 le film ensemble.&nbsp;\u00ab&nbsp;I watched it a while back,&nbsp;je me souviens lui avoir dit avant qu\u2019on s\u2019installe tous les deux devant l\u2019\u00e9cran, but I\u2019ve been reminded of it lately, and I think it\u2019s because there\u2019s something of us in there&nbsp;\u00bb.&nbsp;Dans une sc\u00e8ne vers les deux tiers du film, on assiste \u00e0 une conversation entre C\u00e9line et Jesse, maintenant assis en pleine ruelle, conversation pendant laquelle elle se laisse emporter par le flot de sa pens\u00e9e pour lui dire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>You know, I believe, if there\u2019s any kind of God, it wouldn\u2019t be in any of us. Not you, or me. But just: this little space in between. If there\u2019s any kind of magic in this world, it must be in the attempt of understanding someone, sharing something. I know, it\u2019s almost impossible to succeed, but\u2026 who cares, really. The answer must be in the attempt.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><em>This little space in between.&nbsp;<\/em>Il \u00e9tait bien l\u00e0, apr\u00e8s tout, le fondement de mon sentiment de d\u00e9j\u00e0-vu, ce pont que j\u2019avais failli jeter, ce soir-l\u00e0, entre l\u2019imaginaire et la vie. L\u2019envie que ce pont se r\u00e9v\u00e8le davantage m\u2019a pouss\u00e9, apr\u00e8s, \u00e0 entreprendre l\u2019interpr\u00e9tation de ce film. Voil\u00e0 pourquoi j\u2019ai voulu r\u00e9fl\u00e9chir, dans une perspective tant ph\u00e9nom\u00e9nologique que pragmatique, \u00e0 ce que l\u2019\u0153uvre a r\u00e9veill\u00e9 en moi \u2013 \u00e0 cette fa\u00e7on qu\u2019elle a eu de \u00ab&nbsp;r\u00e9clame[r] que [je] transforme l\u2019\u00e9preuve du sens en attitude, le style tout court en style de vie&nbsp;\u00bb (40).<\/p>\n\n\n\n<p>La forme d\u2019interpr\u00e9tation que j\u2019ai pr\u00e9conis\u00e9e ici, celle qui se donne comme organe l\u2019attachement, c\u2019est celle que Toril Moi nomme la&nbsp;<em>reconnaissance<\/em>&nbsp;\u2013 \u00ab&nbsp;a practice of acknowledgment&nbsp;\u00bb (2017, 196-221). Une approche que je d\u00e9crirais comme le croisement d\u2019une compr\u00e9hension (de l\u2019\u0153uvre, de soi) et d\u2019une acceptation&nbsp;(<em>idem<\/em>). Je&nbsp;<em>reconnais mon rapport \u00e0 un film<\/em>, donc, en tentant de comprendre ce qu\u2019il m\u2019offre comme sens \u00e0 \u00e9prouver, puis en acceptant de r\u00e9fl\u00e9chir \u2013 et par cons\u00e9quent de m\u2019ouvrir \u2013 \u00e0 ce que ce sens a \u00ab&nbsp;fait&nbsp;\u00bb, en et pour moi<a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Pour ce faire, j\u2019ai choisi de faire confiance \u00e0 cette posture que je devais r\u00e9v\u00e9ler&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>if we dare to trust our experience, dare to develop our response, dare to figure out where we stand in relation to the [film]\u2014dare to acknowledge it\u2014then [interpretation] will become a discovery of the unexpected and the new.&nbsp;It will become an adventure. (217)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019aventure interpr\u00e9tative qu\u2019est la reconnaissance \u2013 \u00e0 la mani\u00e8re du&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>\u2013 n\u2019est donc pas une analyse scrupuleuse qu\u2019un sujet effectue sur un objet (litt\u00e9raire, filmique, etc.). Elle ne me demande pas non plus de pr\u00e9tendre \u00ab&nbsp;cerner&nbsp;\u00bb l\u2019\u0153uvre sur laquelle je focalise. Elle m\u2019invite plut\u00f4t \u00e0 accepter que mon interpr\u00e9tation en arrive, \u00e0 la fin, \u00e0 une (re)connaissance de soi face \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;: une r\u00e9v\u00e9lation autant de mes d\u00e9sirs (une telle rencontre !) que de mes&nbsp;<em>masques<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>bell hooks explique qu\u2019apprendre \u00e0 endosser un masque \u2013 un mot qui, elle nous le rappelle, se renferme dans le terme&nbsp;<em>masculinit\u00e9<\/em>&nbsp;\u2013 est une des premi\u00e8res le\u00e7ons qu\u2019inculque aux gar\u00e7ons la masculinit\u00e9 patriarcale. Tr\u00e8s jeune, on saisit vite que, comme certains de nos temp\u00e9raments et sentiments les plus profonds ne se conforment pas \u00e0 ce que le sexisme suppose \u00ab&nbsp;masculin&nbsp;\u00bb (et donc acceptable), ceux-ci ne peuvent \u00eatre exprim\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Asked to give up the true self in order to realize the patriarchal ideal, boys learn self-betrayal early and are rewarded for these acts of soul murder&nbsp;\u00bb (hooks, 2004, 153). C\u2019est bien ce qui faisait en sorte que j\u2019avais peur de ne pas savoir comment m\u2019y prendre ; c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas savoir performer le r\u00f4le que j\u2019<em>imaginais<\/em>&nbsp;que l\u2019autre allait vouloir de moi. Voil\u00e0 le c\u0153ur de cet imaginaire qu\u2019a permis d\u2019ouvrir, pour un homme qui parvenait difficilement \u00e0 se reconnaitre pleinement, la repr\u00e9sentation filmique d\u2019une intimit\u00e9 humaine, offerte dans l\u2019optique du&nbsp;<em>female gaze&nbsp;<\/em>: ressentir la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre vu, sans masque, entier. Ressentir la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre ainsi compris, accept\u00e9,&nbsp;<em>reconnu<\/em>. \u00ab&nbsp;Acknowledgment requires attention, which Iris Murdoch defines as a \u201cjust and loving gaze\u201d \u00bb (2017, 227), souligne Toril Moi. Il m\u2019apparait juste de dire que c\u2019est l\u00e0, avant tout, l\u2019essentiel de ce que&nbsp;<em>Before Sunrise&nbsp;<\/em>m\u2019a&nbsp;<em>montr\u00e9<\/em>&nbsp;(rien de plus juste, ici, que le double sens du mot)&nbsp;: comment je pouvais regarder l\u2019autre, mais aussi me regarder moi-m\u00eame, au grand complet, avec attention, m\u00eame avec amour. Paul Val\u00e9ry \u00e9crit dans&nbsp;<em>Tel quel&nbsp;<\/em>que \u00ab l\u2019amour na\u00eet d\u2019un regard \u00bb (1943, 36) et je me rappelle avoir trouv\u00e9 l\u2019id\u00e9e s\u00e9duisante, au moment o\u00f9 je l\u2019ai not\u00e9e. Mais quand je pense \u00e0 C\u00e9line et Jesse, ou \u00e0 ces regards que je partage avec celle qui m\u2019a tant fait r\u00e9fl\u00e9chir avec ce film, je me dis que l\u2019inverse doit \u00eatre tout aussi vrai : que le vrai regard commence par un mouvement d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Brey, Iris. 2019.&nbsp;<em>Le regard f\u00e9minin. Une r\u00e9volution \u00e0 l\u2019\u00e9cran<\/em>. Paris : L\u2019Olivier.<\/p>\n\n\n\n<p>Felski, Rita. 2020.&nbsp;<em>Hooked: Art and Attachment.&nbsp;<\/em>Chicago: University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Hennion, Antoine. 2010. \u00ab Vous avez dit attachements ?&#8230; \u00bb.&nbsp;<em>Dans D\u00e9bordements. M\u00e9langes offerts \u00e0 Michel Callon<\/em>, 179-190.&nbsp;Paris: Presses des Mines.<\/p>\n\n\n\n<p>hooks, bell. 2004.&nbsp;<em>The Will to Change<\/em>. New York: Atria Books.<\/p>\n\n\n\n<p>Mac\u00e9, Marielle.&nbsp;2011.&nbsp;<em>Fa\u00e7ons de lire, mani\u00e8res d\u2019\u00eatre<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Merleau-Ponty, Maurice. 1964.&nbsp;<em>Le visible et l\u2019invisible<\/em>&nbsp;suivi de&nbsp;<em>Notes de travail<\/em>.&nbsp;Paris : Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, Toril. 2017.&nbsp;\u00ab&nbsp;Reading as a Practice of Acknowledgment&nbsp;\u00bb. Dans&nbsp;<em>Revolution of the Ordinary: Literary Studies after Wittgenstein, Austin, and Cavell<\/em>, 196-221.&nbsp;Chicago : University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint Aubert, Emmanuel de. 2006. \u00ab La \u201cpromiscuit\u00e9\u201d : Merleau-Ponty \u00e0 la recherche d\u2019une psychanalyse ontologique \u00bb.&nbsp;<em>Archives de philosophie<\/em>&nbsp;69 : 11-35.<\/p>\n\n\n\n<p>Val\u00e9ry, Paul. 1943.&nbsp;<em>Tel quel<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Wood, Robin.&nbsp;1998. \u00ab&nbsp;Rethinking Romantic Love: Before Sunrise&nbsp;\u00bb. Dans&nbsp;<em>Sexual Politics and Narrative Film: Hollywood and Beyond<\/em>, 352. New York: Columbia University Press.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Notes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;J\u2019entends le mot \u00ab&nbsp;reconnaissance&nbsp;\u00bb, ici et partout ailleurs, au sens du mot anglais&nbsp;<em>acknowledgment<\/em>, qui n\u2019est selon moi pas parfaitement traduisible vers le fran\u00e7ais. Je reviens sur ce point important en fin de r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Il rel\u00e8ve de la po\u00e9tique de l\u2019article que d\u2019entrem\u00ealer de l\u2019anglais avec du fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;R\u00e9alis\u00e9 par Richard Linklater et co\u00e9crit par ce dernier et Kim Krizan (sans oublier les nombreuses r\u00e9\u00e9critures effectu\u00e9es pendant le tournage, en collaboration avec les acteur\u00b7trice\u00b7s), le film est arriv\u00e9 en salle en 1995.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Le terme \u00ab&nbsp;conduite&nbsp;\u00bb, dans la pens\u00e9e de Marielle Mac\u00e9, s\u2019inscrit dans \u00ab&nbsp;une ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019exp\u00e9rience des \u0153uvres et une pragmatique du rapport \u00e0 soi&nbsp;\u00bb, une approche th\u00e9orique qui veut que \u00ab&nbsp;tout ce qui a lieu dans la lecture&nbsp;\u00bb peut en effet avoir \u00ab&nbsp;un avenir en dehors d\u2019elle&nbsp;\u00bb. Je tiendrai pour acquis, au courant de ma r\u00e9flexion, que c\u2019est pareil pour tout ce qui a lieu dans les&nbsp;<em>films<\/em>, et sans doute aussi pour certains personnages qui vivent dans les films, lorsque que ceux-ci s\u2019adonnent \u00e0 la lecture&nbsp;: je note ici, dans cette premi\u00e8re sc\u00e8ne, que Jesse lit le r\u00e9cit autobiographique de l\u2019acteur allemand Klaus Kinski,&nbsp;<em>All I Need Is Love<\/em>, tandis que C\u00e9line a sous les yeux un recueil de nouvelles \u00e9rotiques sign\u00e9 Georges Bataille. Ces livres font bri\u00e8vement l\u2019objet de leurs premiers \u00e9changes, alors qu\u2019iels se montrent tour \u00e0 tour le titre de leur lecture. Je comprends, par leur silence r\u00e9ciproque \u00e0 la vue des premi\u00e8res de couverture, et par l\u2019\u00e9volution de leur conversation, que tous deux ne connaissent pas le livre de l\u2019autre. Je suppose par contre qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re de cette information, un lien de nature&nbsp;<em>attentionnelle&nbsp;<\/em>commence alors \u00e0 s\u2019articuler entre eux, lien qui participera \u00e0 \u00e9lever leur dynamique relationnelle. Voir Mac\u00e9, 2011, pp. 15, 28, 55, 101.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;Dans son analyse aussi approfondie qu\u2019\u00e9logieuse de&nbsp;<em>Before Sunrise<\/em>, Robin Wood note que ce couple repr\u00e9sente le miroir invers\u00e9 de ce que s\u2019appr\u00eatent \u00e0 vivre C\u00e9line et Jesse. En faisant de lui le catalyseur du r\u00e9cit, le film pose ainsi la question&nbsp;:&nbsp;<em>est-ce possible d\u2019\u00eatre en relation&nbsp;<\/em>autrement? Voir Wood 1998, 325.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;C\u00e9line et Jesse se r\u00e9v\u00e8lent, apr\u00e8s tout, comme deux demies d\u2019une seule et unique performance.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00ab&nbsp;This is kind of weird&nbsp;\u00bb, r\u00e9pond C\u00e9line en ricanant, quelques minutes apr\u00e8s \u00eatre descendue du train avec Jesse, alors qu\u2019iels peinent \u00e0 se regarder dans les yeux et que Jesse vient de remplir un silence en affirmant, \u00ab&nbsp;This is a nice bridge.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;La vraisemblance des dialogues constituait d\u2019ailleurs, pour Linklater, un \u00e9l\u00e9ment fondateur du film, \u00e9l\u00e9ment pour lequel il a convoqu\u00e9 Kim Krizan et les acteur\u00b7trice\u00b7s \u00e0 collaborer \u00e0 la r\u00e9daction du sc\u00e9nario avec lui. Ethan Hawke explique d\u2019ailleurs en entrevue que par cette collaboration, iels cherchaient \u00e0 rendre les dialogues entre C\u00e9line et Jesse \u00ab&nbsp;as genderless as possible&nbsp;\u00bb, un travail de r\u00e9\u00e9criture qui visait \u00e0 minimiser la reconduction de st\u00e9r\u00e9otypes de genre.&nbsp;Voir \u00ab&nbsp;Richard Linklater, Ethan Hawke and Julie Delpy On Writing&nbsp;\u00bb sur&nbsp;<em>YouTube<\/em>, &lt;youtube.com\/watch?v=OrR7Sx5c8bk&gt;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;Pour l\u2019exprimer succinctement avec les mots de Marielle Mac\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;La forme m\u00eame de l\u2019\u00e9preuve esth\u00e9tique s\u2019y reverse en extension de la grammaire des formes de vie, et la ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019exp\u00e9rience [filmique] ouvre \u00e0 une pragmatique du rapport \u00e0 soi&nbsp;\u00bb (2011, 95).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;Dans un sens tout \u00e0 fait pragmatique, on peut dire que les films (et les \u0153uvres d\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral) importent, ou sont signifiants, lorsque leur r\u00e9ception tisse des liens \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire des&nbsp;<em>attachements&nbsp;<\/em>\u2013 qui peuvent ensuite donner lieu \u00e0 de nouvelles actualisations par les spectateur\u00b7trice\u00b7s. Cette sc\u00e8ne, selon mes recherches, semble \u00eatre celle qui a le plus marqu\u00e9 l\u2019imaginaire, car nombre de critiques et commentaires trouv\u00e9.es sur le web la mentionnent. Un fan en a d\u2019ailleurs r\u00e9cemment reconstitu\u00e9 l\u2019atmosph\u00e8re en effectuant un montage \u00e0 partir de bribes d\u2019entrevues par vid\u00e9oconf\u00e9rence auxquelles ont particip\u00e9 Ethan Hawke et Julie Delpy, en y ajoutant la chanson de Kath Bloom. Le r\u00e9sultat est frappant. Voir&nbsp;\u00ab&nbsp;Before the End&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Vimeo<\/em>, &lt; https:\/\/vimeo.com\/422175814&gt;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;Dans une entrevue, Linklater mentionne qu\u2019il avait omis de mentionner quelle chanson le duo d\u2019acteur\u00b7trices allait \u00e9couter dans la sc\u00e8ne de la cabine. Il \u00e9tait important, de son point de vue de r\u00e9alisateur, que l\u2019\u00e9motivit\u00e9 de la pi\u00e8ce soit nouvelle aux oreilles de Delpy et Hawke, pour que leur r\u00e9action soit aussi vraisemblable que possible.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Dans une note de cours au Coll\u00e8ge de France, Merleau-Ponty \u00e9crit que c\u2019est \u00ab&nbsp;la relation \u00e0 l\u2019\u00c9ros qui a plusieurs paires de bras et grappes de visages&nbsp;\u00bb. Ailleurs, dans une note de travail pour&nbsp;<em>\u00catre et Monde<\/em>, un ouvrage inachev\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;La philosophie est savoir de la promiscuit\u00e9, non du \u201cpur\u201d&nbsp;\u00bb (Saint Aubert, 2006, 11).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Robin Wood souligne que cette absence de musique met l\u2019accent sur la gestualit\u00e9 et l\u2019expressivit\u00e9 (verbale, faciale) des acteur\u00b7trice\u00b7s, dimensions du jeu sur lesquelles s\u2019appuie l\u2019affectivit\u00e9 que peut (ou non) stimuler le film.&nbsp;Voir Wood 1998, 329-334.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/DC8C95EA-2FDE-44A1-9FEB-0764E3A14515#_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;Comme l\u2019\u00e9crit Toril Moi&nbsp;:&nbsp;\u00ab Acknowledgment also requires self-revelation: my actions and expressions reveal my position in relation to the [film] \u00bb&nbsp;&nbsp;(208).<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Pour citer cet article : <\/h5>\n\n\n\n<p>Fecteau, Maxime. 2024. \u00ab Au regard (f\u00e9minin) d&rsquo;une rencontre \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no. 40. En ligne, <a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9543\">https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9543<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5767\"> <\/a>(Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Au-regard-feminin-dune-rencontre.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Au regard fe\u0301minin d&apos;une rencontre.docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-f22aebcd-29f6-4f42-928f-8127ddcd9216\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Au-regard-feminin-dune-rencontre.docx.pdf\">Au regard fe\u0301minin d&rsquo;une rencontre.docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Au-regard-feminin-dune-rencontre.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-f22aebcd-29f6-4f42-928f-8127ddcd9216\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40 Une impression de d\u00e9j\u00e0-vu, un peu comme le sens d\u2019un r\u00eave qui s\u2019\u00e9clipse de la conscience au r\u00e9veil, dispara\u00eet aussi vite que battent les paupi\u00e8res. 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