{"id":9575,"date":"2024-11-29T17:35:00","date_gmt":"2024-11-29T17:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9575"},"modified":"2024-12-03T18:06:35","modified_gmt":"2024-12-03T18:06:35","slug":"quand-le-langage-demasque-la-violence-une-analyse-comparee-des-politiques-de-la-litterature-dans-personne-ne-sort-les-fusils-de-sandra-lucbert-et-tomates","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9575","title":{"rendered":"Quand le langage (d\u00e9)masque la violence: une analyse compar\u00e9e des politiques de la litt\u00e9rature dans\u00a0\u00ab Personne ne sort les fusils \u00bb\u00a0de Sandra Lucbert et\u00a0\u00ab Tomates \u00bb\u00a0de Nathalie Quintane\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9502\"><strong>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire France T\u00e9l\u00e9com et l\u2019affaire Tarnac ont toutes les deux fait couler beaucoup d\u2019encre en France. L\u2019affaire France T\u00e9l\u00e9com est un proc\u00e8s in\u00e9dit&nbsp;: c\u2019est la premi\u00e8re fois que \u00ab\u2009[s]ept dirigeant[\u00b7e\u00b7]s sont accus\u00e9[\u00b7e\u00b7]s de harc\u00e8lement moral \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une entreprise<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb apr\u00e8s \u00ab\u2009une vague de suicides<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb parmi les employ\u00e9\u00b7e\u00b7s. L\u2019affaire Tarnac renvoie, quant \u00e0 elle, \u00e0 l\u2019arrestation de \u00ab\u2009plusieurs membres d\u2019une communaut\u00e9 autonome bas\u00e9e \u00e0 Tarnac<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb qui auraient \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s dans \u00ab\u2009des sabotages visant le r\u00e9seau SNCF\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 8), soit le r\u00e9seau de chemins de fer de la France. L\u2019absence de preuves concluantes et la d\u00e9tention de ces individus \u00ab\u2009sous des chefs d\u2019inculpation relevant de la l\u00e9gislation antiterroriste\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 8) ont suscit\u00e9 de vives pol\u00e9miques. Pour Sandra Lucbert et Nathalie Quintane, deux \u00e9crivaines fran\u00e7aises, ces sagas judiciaires sont l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir aux rapports qu\u2019entretient la litt\u00e9rature avec le contexte politique de la France contemporaine. En proc\u00e9dant \u00e0 une analyse compar\u00e9e des \u0153uvres&nbsp;<em>Personne ne sort les fusils<\/em>&nbsp;de Sandra Lucbert et&nbsp;<em>Tomates<\/em>&nbsp;de Nathalie Quintane, nous \u00e9tablirons les points de convergence et de divergence entre les politiques de la litt\u00e9rature propos\u00e9es par les deux autrices.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Notion plus englobante et moins pol\u00e9mique que le mod\u00e8le sartrien de l\u2019engagement<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, une politique de la litt\u00e9rature tisse, affirme Jean-Fran\u00e7ois Hamel, \u00ab\u2009un syst\u00e8me de repr\u00e9sentations, plus ou moins largement partag\u00e9, \u00e9labor\u00e9 par les acteur[\u00b7rice\u00b7]s du champ litt\u00e9raire, qui, en r\u00e9ponse \u00e0 un imp\u00e9ratif de justification, contribue \u00e0 \u00e9tablir la grandeur de la litt\u00e9rature dans le monde social<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Ce syst\u00e8me de repr\u00e9sentations tire sa coh\u00e9rence du nouage des notions \u00ab\u2009d\u2019auteur[\u00b7rice], de lecteur[\u00b7rice], de langage et de r\u00e9alit\u00e9<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, et c\u2019est autour de ces notions que gravitent les r\u00e9flexions de Lucbert et de Quintane. Les deux \u00e9crivaines s\u2019entendent pour dire que les classes dominantes voilent les rapports de domination en proc\u00e9dant \u00e0 des d\u00e9tournements lexico-s\u00e9mantiques qui reconfigurent les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e. Lucbert d\u00e9fend la souverainet\u00e9 de la parole des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s en regard de ce discours h\u00e9g\u00e9monique, tandis que Quintane accuse l\u2019\u00c9tat de b\u00e2illonner les voix dissidentes. Si la premi\u00e8re d\u00e9fend l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 de la langue litt\u00e9raire, la seconde met en relief sa perm\u00e9abilit\u00e9. Malgr\u00e9 leur d\u00e9saccord en ce qui a trait \u00e0 la posture \u00e9nonciative des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s, Lucbert et Quintane probl\u00e9matisent toutes deux l\u2019agir politique de la litt\u00e9rature en faisant appel \u00e0 la m\u00e9taphore alimentaire, qui s\u2019inscrit dans l\u2019imaginaire carnavalesque, tel que conceptualis\u00e9 par Mikha\u00efl Bakhtine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>N\u00e9ocapitalisme et fascisme&nbsp;: r\u00e9gimes de la pens\u00e9e unique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Lucbert et Quintane consid\u00e8rent que la p\u00e9rennit\u00e9 des syst\u00e8mes n\u00e9ocapitaliste et fasciste r\u00e9side dans leur facult\u00e9 \u00e0 \u00ab\u2009produi[re] un monde en m\u00eame temps qu\u2019il[s] l\u2019exprime[nt]\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 51). Dans&nbsp;<em>Personne ne sort les fusils<\/em>, Lucbert d\u00e9plore une homog\u00e9n\u00e9isation des sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9 sociale, maintenant irr\u00e9ductibles aux lois du march\u00e9, comme en t\u00e9moigne, selon David Harvey, l\u2019amoindrissement de l\u2019interventionnisme \u00e9tatique \u00e0 la suite du \u00ab\u2009retrait de l\u2019\u00c9tat de bien des domaines traditionnels de la protection sociale<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies. Lucbert d\u00e9nonce plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019influence grandissante qu\u2019exerce le syst\u00e8me \u00e9conomique sur le syst\u00e8me juridique&nbsp;: \u00ab\u2009Le nouveau tribunal est un espace hybride d\u2019a\u00e9roport, de centre commercial et de si\u00e8ge de multinationale. [\u2026] L\u2019architecture joue la transparence et la circulation, comme pour les plateformes num\u00e9riques et les plaquettes de management.\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 40) La superposition de diff\u00e9rents lieux met en relief l\u2019hybridit\u00e9 architecturale du tribunal, maintenant indissociable d\u2019autres espaces ayant, quant \u00e0 eux, une autre fonction soci\u00e9tale. Rapprocher l\u2019architecture du tribunal \u00ab\u2009[d]es plateformes num\u00e9riques et [d]es plaquettes de management\u2009\u00bb brouille la fronti\u00e8re entre la sph\u00e8re juridique et la sph\u00e8re \u00e9conomique. Si \u00ab\u2009la liquidit\u00e9 du lieu\u2009\u00bb (<em>P<\/em>,&nbsp;41) mime la fluidification du capital, le tribunal est une repr\u00e9sentation m\u00e9tonymique du syst\u00e8me n\u00e9ocapitaliste. Il adopte, comme le soulignent Richard-Alexandre Laniel et Max Silverman, \u00ab\u2009une approche manag\u00e9riale ax\u00e9e sur la gestion comptable<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Une logique qualitative qui vise \u00e0 offrir des services \u00e0 la population au nom du bien collectif a \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e par une logique quantitative ax\u00e9e sur trois crit\u00e8res, soit \u00ab\u2009l\u2019efficacit\u00e9 du r\u00e9sultat, les co\u00fbts et la dur\u00e9e<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, qui rel\u00e8vent habituellement de la sph\u00e8re \u00e9conomique. Les d\u00e9cisions judiciaires, voire le principe m\u00eame de justice, ob\u00e9issent \u00e0 une logique d\u2019accumulation et de circulation effr\u00e9n\u00e9e du capital dans une optique de rentabilisation des activit\u00e9s judiciaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour expliquer l\u2019\u00ab\u2009autor\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 de cauchemar<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb du tribunal, c\u2019est-\u00e0-dire pour r\u00e9v\u00e9ler que le syst\u00e8me juridique est de connivence avec la logique du march\u00e9, Lucbert s\u2019inspire des travaux de Victor Klemperer, qui identifie la \u00ab\u2009langue du Troisi\u00e8me Reich\u2009\u00bb sous le sigle \u00ab\u2009LTI&nbsp;:&nbsp;<em>Lingua Tertii Imperii<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn11\"><sup><strong><sup>[11]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u2009\u00bb, afin de r\u00e9v\u00e9ler l\u2019existence de \u00ab\u2009la LCN (<em>Lingua Capitalismi Neoliberalis<\/em>&nbsp;; du Capitalisme N\u00e9olib\u00e9ral)\u2009\u00bb (<em>P<\/em>,&nbsp;51). La LCN est \u00ab\u2009[c]e que Gramsci appelle la langue h\u00e9g\u00e9monique<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb&nbsp;: elle est une structure s\u00e9miotique reposant sur des \u00ab\u2009glissements lexicaux\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 31) qui masquent la violence symbolique transitant par la langue. La nosologie du&nbsp;<em>Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux<\/em>(DSM) exemplifie, selon Lucbert, ces d\u00e9tournements lexicaux&nbsp;: elle se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre, en termes bourdieusiens, un \u00ab\u2009langage de la nature<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, en ce sens qu\u2019elle invisibilise les rapports de force socio\u00e9conomiques en attribuant des sources psychologiques \u00e0 la violence n\u00e9olib\u00e9rale, ce sur quoi insiste aussi Harvey&nbsp;: \u00ab\u2009L\u2019\u00e9chec d\u2019une personne est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9 \u00e0 des d\u00e9faillances personnelles, et la victime tr\u00e8s souvent rendue responsable de son malheur<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb La d\u00e9multiplication des cas de d\u00e9tresse psychologique au travail ne r\u00e9sulterait pas de la d\u00e9r\u00e8glementation des normes du travail, de la d\u00e9syndicalisation massive, voire de \u00ab\u2009la privatisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des services publics, [de] la r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques et sociales<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb laiss\u00e9es dans le sillage des r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales, mais plut\u00f4t \u00ab\u2009d\u2019une politique de d\u00e9tection beaucoup plus fine des dysfonctionnements et des infirmit\u00e9s\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 55). C\u2019est pourquoi on ne parle jamais de \u00ab\u2009<em>subordination f\u00e9roce<\/em>\u2009\u00bb lors du proc\u00e8s de France T\u00e9l\u00e9com, mais plut\u00f4t de \u00ab\u2009<em>souffrance au travail<\/em>\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 75, l\u2019autrice souligne). Le recours \u00e0 ce glissement lexical rel\u00e8ve d\u2019une strat\u00e9gie rh\u00e9torique typique du n\u00e9olib\u00e9ralisme, l\u2019\u00ab\u2009<em>oblit\u00e9ration du sens<\/em>\u2009\u00bb, qui consiste, selon Bihr, \u00ab\u2009\u00e0 rendre inaccessible, impraticable, un sens ou un terme par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un autre qui lui fait obstacle ou \u00e9cran<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. La substitution du terme \u00ab\u2009souffrance\u2009\u00bb \u00e0 celui de \u00ab\u2009subordination\u2009\u00bb court-circuite les m\u00e9canismes de la r\u00e9flexion critique afin \u00ab\u2009d\u2019emp\u00eacher de penser selon certains termes<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb.&nbsp;Puisque le tribunal a le devoir de condamner la violence \u00e9conomique en faisant usage d\u2019une langue qui efface toute trace des rapports de domination, il a la t\u00e2che de r\u00e9v\u00e9ler une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas \u00e0 m\u00eame de s\u00e9miotiser. Cela entraine une contradiction entre l\u2019id\u00e9al d\u2019une justice d\u00e9fendant la \u00ab\u2009v\u00e9rit\u00e9 d\u2019abord<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, comme le dirait \u00c9mile Zola, et l\u2019application r\u00e9elle de la loi, qui pratique une \u00ab\u2009justice de classe\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 44), la doctrine n\u00e9olib\u00e9rale aspirant \u00e0 \u00ab\u2009restaurer le pouvoir de classe<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb pour proclamer l\u2019impunit\u00e9 des classes dirigeantes. M\u00eame les employ\u00e9\u00b7e\u00b7s \u2014 ou, devrait-on dire, les \u00ab\u2009<em>collaborateur<\/em>[\u00b7rice\u00b7]<em>s<\/em>\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 53, l\u2019autrice souligne), autre terme qui propage l\u2019illusion que les relations entretenues entre les salari\u00e9\u00b7e\u00b7s et les dirigeant\u00b7e\u00b7s sont harmonieuses et d\u00e9nu\u00e9es de toute violence \u2014 sont inaptes \u00e0 identifier les causes structurelles de leur d\u00e9tresse psychologique. Lucbert donne l\u2019exemple de Madame P., dont le souhait le plus cher n\u2019est pas que les conditions de travail s\u2019am\u00e9liorent, mais que l\u2019on rep\u00e8re plus rapidement la souffrance des salari\u00e9\u00b7e\u00b7s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 elle, Quintane insiste, dans&nbsp;<em>Tomates<\/em>, sur la multiplication des signes avant-coureurs de l\u2019installation d\u2019un r\u00e9gime politique qu\u2019elle compare au fascisme&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le fascisme, c\u2019est la d\u00e9tention administrative&nbsp;: tu rentres en prison, tu ne sais pas quand tu sortiras, tu ne sais pas si tu sortiras. Le fascisme, c\u2019est quand tu ne peux rien dire chez toi, et surtout rien au t\u00e9l\u00e9phone\u2009; si tu veux dire quelque chose, m\u00eame anodin, intime, tu ne peux pas le dire chez toi, tu dois aller loin, dans la nature, ou dans un endroit bruyant, bord d\u2019autoroute, hypermarch\u00e9 (<em>T<\/em>, 35-36).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019anaphore \u00ab\u2009Le fascisme, c\u2019est\u2026\u2009\u00bb souligne la nature prot\u00e9iforme du totalitarisme. Quintane interpelle ses lecteur\u00b7rice\u00b7s pour les mettre en garde&nbsp;contre les mille visages du fascisme, qui s\u2019immiscent subrepticement dans la banalit\u00e9 de leur quotidien. Cet appel \u00e0 la vigilance s\u2019accompagne d\u2019une d\u00e9nonciation de l\u2019infiltration de l\u2019\u00c9tat dans la sph\u00e8re priv\u00e9e. Dans son analyse du contexte sociopolitique de l\u2019affaire Tarnac, Jean-Claude Paye signale que \u00ab\u2009la lutte contre le terrorisme, le mal absolu, justifie la suppression [des] libert\u00e9s<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, ce que souligne Quintane quand elle \u00e9voque la mise sous \u00e9coute de certaines lignes t\u00e9l\u00e9phoniques. \u00c0 ce sujet, Raoul Girardet remarque que le fascisme se caract\u00e9rise par la \u00ab\u2009volont\u00e9 d\u2019instaurer un \u00c9tat fort, faisant pr\u00e9valoir son autorit\u00e9 sur les droits et sur les libert\u00e9s des personnes<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Ce&nbsp;contr\u00f4le sur la circulation des discours est soutenu par un travail d\u2019\u00e9puration s\u00e9mantique similaire aux d\u00e9tournements lexicaux op\u00e9r\u00e9s par la LCN. L\u2019\u00c9tat \u00e9vacue du terme \u00ab\u2009terrorisme\u2009\u00bb tout s\u00e8me n\u2019\u00e9tant pas au service de la fiction dominante. Le r\u00e9f\u00e9rent de ce mot est d\u00e9voy\u00e9&nbsp;: il renvoie aux dissident\u00b7e\u00b7s qui \u00ab\u2009tentent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la machine \u00e9conomique et [qui] n\u2019adoptent pas un comportement de soumission \u201cproactive\u201d aux proc\u00e9dures de contr\u00f4le<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. L\u2019\u00c9tat forge donc la repr\u00e9sentation que les locuteur\u00b7rice\u00b7s ont du r\u00e9el par la reconduction d\u2019une vision manich\u00e9enne du monde o\u00f9 le Bien \u2014 le gouvernement fran\u00e7ais \u2014 lutte contre le Mal \u2014 personnifi\u00e9 par les \u00ab\u2009\u201c<strong>islamistes<\/strong>\u201d&nbsp;des banlieues\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 47, l\u2019autrice met en gras). Girardet observe que le fascisme promeut l\u2019\u00ab\u2009exaltation\u2009\u00bb, voire la \u00ab\u2009sacralisation de la valeur nationale consid\u00e9r\u00e9e comme la valeur supr\u00eame dans l\u2019ordre politique (il s\u2019agit \u00e0 la fois de renforcer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur l\u2019unit\u00e9 et la coh\u00e9sion de la nation et de d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur sa grandeur et sa puissance)<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. \u00c9tant \u00ab\u2009raciste par d\u00e9finition<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, la rh\u00e9torique fasciste, comme Umberto Eco le soul\u00e8ve, \u00ab\u2009cherche le consensus en exploitant et exacerbant la naturelle&nbsp;<em>peur de la diff\u00e9rence<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Elle reconfigure le cadre perceptif par l\u2019interm\u00e9diaire duquel les citoyen\u00b7ne\u00b7s appr\u00e9hendent le monde social afin de l\u00e9gitimer l\u2019instauration de mesures r\u00e9pressives au nom du bien-\u00eatre national, ce que rel\u00e8ve Quintane&nbsp;: \u00ab\u2009Souvent tu frottes tes yeux, pour accommoder, car le fascisme en ses d\u00e9buts ou en sa fin n\u2019est pas s\u00fbr.\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;37) L\u2019inaction des citoyen\u00b7ne\u00b7s devant l\u2019exercice de la violence \u00e9tatique, comme le sugg\u00e8re la m\u00e9taphore visuelle, repose sur la capacit\u00e9 des classes dominantes \u00e0 camoufler la m\u00e9diation qu\u2019elles op\u00e8rent entre la r\u00e9alit\u00e9 nue et la perception fourvoy\u00e9e qu\u2019en ont les individus. Cette distorsion du r\u00e9el, nous l\u2019avons montr\u00e9, est op\u00e9r\u00e9e par le travail sur le mat\u00e9riau langagier. Selon Eco, la langue fasciste serait, en termes orwelliens, une novlangue. Elle simplifierait la sch\u00e9matisation du r\u00e9el \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u00ab\u2009un lexique pauvre et [d\u2019]une syntaxe \u00e9l\u00e9mentaire\u2009\u00bb, et ce, dans une vis\u00e9e similaire aux d\u00e9tournements lexico-s\u00e9mantiques op\u00e9r\u00e9s par le discours n\u00e9olib\u00e9ral&nbsp;: \u00ab\u2009limiter les instruments de raisonnement complexe et critique<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les (im)pouvoirs de la litt\u00e9rature<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Si elles reconnaissent que les structures linguistiques soutiennent la reconduction du statu quo, les deux autrices con\u00e7oivent diff\u00e9remment le rapport qu\u2019entretient l\u2019\u00e9crivain\u00b7e avec la langue h\u00e9g\u00e9monique. Lucbert distingue nettement la langue litt\u00e9raire de la langue h\u00e9g\u00e9monique, la LCN<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>. Insister ainsi sur le double \u00e9tat de la langue n\u2019est pas in\u00e9dit. Par exemple, St\u00e9phane Mallarm\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 s\u00e9par\u00e9 la litt\u00e9rature, qui fait un usage essentiel et intransitif de la langue, de l\u2019universel reportage, qui entretient un rapport imm\u00e9diat et transitif \u00e0 la langue<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>. La LCN est une structure s\u00e9miotique homog\u00e8ne et fixe, de telle sorte qu\u2019elle \u00ab\u2009immobilise le langage dans son sens\u2009\u00bb (<em>P<\/em>,&nbsp;33), ce que Lucbert met en relief avec des expressions fig\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de traits d\u2019union&nbsp;: \u00ab\u2009<em>On<\/em>&nbsp;dit&nbsp;<em>parce-que-la-dette<\/em>,&nbsp;<em>le-cash-flow-il-faut<\/em>,&nbsp;<em>les-salari\u00e9s-faut-pas<\/em>.\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 35, l\u2019autrice souligne) La LCN est alors monos\u00e9mique&nbsp;: elle op\u00e8re un travail d\u2019\u00e9puration s\u00e9mantique effa\u00e7ant, dans la langue, toute trace de plurivocit\u00e9 pour entraver la prise de parole de celleux qui aspirent, pour parler en termes bourdieusiens, \u00e0 \u00ab\u2009nommer l\u2019innommable<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 saisir ce qui, dans le discours, se d\u00e9robe \u00e0 la pens\u00e9e critique, ce qui se pr\u00e9sente comme le&nbsp;<em>\u00e7a-va-de-soi<\/em>. Si elle est monos\u00e9mique, la langue h\u00e9g\u00e9monique est \u00e9galement monologique, puisqu\u2019elle ne v\u00e9hicule qu\u2019une seule vision du monde, celle des classes dominant\u00b7e\u00b7s. \u00c0 l\u2019inverse, la langue litt\u00e9raire renvoie \u00e0 une structure h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne o\u00f9 foisonne \u00ab\u2009une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9tats de langage\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 19). Elle est alors dialogique, au sens bakhtinien du terme, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle r\u00e9percute diff\u00e9rentes voix qui, en v\u00e9hiculant une vision du monde sp\u00e9cifique, se nouent et s\u2019entrem\u00ealent inextricablement, comme c\u2019est le cas dans&nbsp;<em>Personne ne sort les fusils.&nbsp;<\/em>Cet ouvrage est une caisse de r\u00e9sonnance o\u00f9 dialoguent deux mondes habituellement clos&nbsp;: celui des victimes des r\u00e9formes n\u00e9ocapitalistes et celui des dirigeant\u00b7e\u00b7s de l\u2019entreprise France T\u00e9l\u00e9com. Cette convergence de diff\u00e9rents r\u00e9gimes discursifs autonomise l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e, qui est alors apte \u00e0 opposer au r\u00e9cit dominant \u00ab\u2009un \u00e9cart permanent d\u2019avec tout ce qu\u2019<em>on<\/em>&nbsp;dit\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 19, l\u2019autrice souligne). L\u2019\u00e9crivain\u00b7e est cellui qui dit&nbsp;<em>je<\/em>, qui se r\u00e9approprie sa parole, dont iel proclame haut et fort le caract\u00e8re inali\u00e9nable. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, celleux dont la voix demeure enchain\u00e9e \u00e0 la LCN ne peuvent tenir un discours critique, condamn\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 s\u2019exprimer au&nbsp;<em>on<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 \u00eatre \u00ab\u2009<em>parl\u00e9<\/em>[\u00b7e\u00b7s] par une grammaire commune\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 21, l\u2019autrice souligne). Vincent Rioux, commentant l\u2019affaire France T\u00e9l\u00e9com, prononce des mots qui ne sont pas les siens&nbsp;: il n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u2009porte-voix automatique d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 venu d\u2019ailleurs\u2009\u00bb (<em>P,<\/em>&nbsp;30), c\u2019est-\u00e0-dire que sa voix est le canal de communication par l\u2019interm\u00e9diaire duquel se r\u00e9pand le discours h\u00e9g\u00e9monique. La LCN entrave donc la mise en place d\u2019un espace de d\u00e9lib\u00e9ration collective&nbsp;: discuter en LCN, c\u2019est incessamment recycler les m\u00eames id\u00e9es et rem\u00e2cher les m\u00eames mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme r\u00e9sonne, en chaque \u00e9crivain\u00b7e, une \u00ab\u2009cacophonie int\u00e9rieure\u2009\u00bb \u00e9touffant \u00ab\u2009la langue collective\u2009\u00bb (<em>P<\/em>,&nbsp;19), la langue litt\u00e9raire se situe au carrefour de diff\u00e9rents syst\u00e8mes de repr\u00e9sentations. Pour cette raison, il agirait \u00e0 titre d\u2019\u00ab\u2009appareil optique\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 20)&nbsp;: il d\u00e9centraliserait les repr\u00e9sentations dominantes en rendant visibles les r\u00e9alit\u00e9s alternatives que l\u2019ordre \u00e9tabli occulte afin de pr\u00e9tendre, comme le dirait Leibniz, que le monde propos\u00e9 \u00ab\u2009[est] le meilleur possible\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 133), voire le seul possible. Par cons\u00e9quent, l\u2019\u00e9crivain\u00b7e serait un\u00b7e voyant\u00b7e, pour reprendre le lexique rimbaldien, car iel d\u00e9voilerait ce que les autres ne voient pas&nbsp;: la violence qui transite par la langue. Si Lucbert ne cite pas Arthur Rimbaud<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>, la m\u00e9taphore de l\u2019appareil optique fait \u00e9cho aux \u00ab\u2009Lettres dites du voyant\u2009\u00bb, o\u00f9 Rimbaud d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e selon laquelle la pratique de la po\u00e9sie transporte l\u2019\u00e9crivain\u00b7e \u00e0 la fronti\u00e8re entre le visible et l\u2019invisible, le connu et l\u2019inconnu, l\u2019endroit et l\u2019envers du monde&nbsp;: \u00ab\u2009Je veux \u00eatre po\u00e8te, et je travaille \u00e0 me rendre&nbsp;<em>Voyant<\/em>&nbsp;[\u2026]. Il s\u2019agit d\u2019arriver \u00e0 l\u2019inconnu par le d\u00e9r\u00e8glement de&nbsp;<em>tous les sens<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb Chez Lucbert, la voyance rimbaldienne s\u2019exprime dans la capacit\u00e9 des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s \u00e0 d\u00e9voiler \u00ab\u2009ce qui est invisible par trop de pr\u00e9sence\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 20). Leur regard perce la surface lisse des repr\u00e9sentations dominantes et leur parole troue la nappe<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>&nbsp;des discours pour en r\u00e9v\u00e9ler les structures id\u00e9ologiques sous-jacentes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que d\u2019insister sur l\u2019opposition entre la langue h\u00e9g\u00e9monique et la langue litt\u00e9raire, Quintane, \u00e0 la mani\u00e8re de Rabelais, \u00ab\u2009renverse les habitudes et m\u00eale ce que l\u2019usage tenait s\u00e9par\u00e9\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 34) par l\u2019imbrication de plusieurs registres de langue au sein de son ouvrage. Dans une m\u00eame phrase se c\u00f4toient l\u2019expression famili\u00e8re \u00ab\u2009rester aux gamelles\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 45) et des verbes conjugu\u00e9s au plus-que-parfait. Le terme latin \u00ab\u2009<em>circa<\/em>\u2009\u00bb est \u00e9galement juxtapos\u00e9 \u00e0 l\u2019expression populaire \u00ab\u2009en avoir plein le cul\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;45). Ces nombreuses dissonances \u00e9clatent la coh\u00e9rence stylistique de&nbsp;<em>Tomates<\/em>&nbsp;et r\u00e9cusent les canons classiques. Par la revendication d\u2019une \u00e9criture lib\u00e9r\u00e9e des conventions litt\u00e9raires qu\u2019elle consid\u00e8re comme d\u00e9su\u00e8tes, Quintane d\u00e9ploie, dans&nbsp;<em>Tomates<\/em>, un foisonnement de r\u00e9gimes discursifs&nbsp;: ainsi plusieurs visions du monde s\u2019entrechoquent-elles. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, le discours tenu par les instances gouvernementales instaure un r\u00e9gime discursif monologique et prescriptif&nbsp;: \u00ab\u2009Le fascisme [\u2026] [c]\u2009\u00bb&nbsp;est un festival de po\u00e9sie f\u00e9minine dont l\u2019inauguration est faite par une rang\u00e9e de dignitaires s\u00e9par\u00e9s du public par une rang\u00e9e de flics assis au premier rang.\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;36) La pr\u00e9sence de dignitaires et de \u00ab\u2009flics\u2009\u00bb \u00e0 un festival de po\u00e9sie f\u00e9minine est, selon Quintane, une mesure fasciste, car elle vise \u00e0 contrecarrer l\u2019instauration d\u00e9mocratique d\u2019\u00ab\u2009un espace public de d\u00e9lib\u00e9ration \u00e0 partir duquel s\u2019exprime la pluralit\u00e9, la libert\u00e9 et la r\u00e9ciprocit\u00e9<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, ce qu\u2019indique Jean-Pascal Larin en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Hannah Arendt. Selon ce dernier, le totalitarisme, dont les r\u00e9gimes fascistes, nie \u00ab\u2009la division sociale et la conflictualit\u00e9 intrins\u00e8que \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9\u2009\u00bb et \u00ab\u2009s\u2019oppose&nbsp;<em>de facto<\/em>&nbsp;\u00e0 la pluralit\u00e9 humaine<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. La mise sous surveillance d\u2019un festival de po\u00e9sie f\u00e9minine, en propageant \u00ab\u2009un monisme de pouvoir et de vision du monde<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, menace la libert\u00e9 d\u2019expression et, par le fait m\u00eame, l\u2019existence de la litt\u00e9rature. Comme nous le rappelle Jean-Paul Sartre, l\u2019\u00e9criture est \u00ab\u2009solidaire du seul r\u00e9gime o\u00f9 la prose garde un sens<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb&nbsp;: la d\u00e9mocratie. Si la litt\u00e9rature favorise la libre circulation des id\u00e9es, elle menace la coh\u00e9sion du syst\u00e8me fasciste, pour lequel, Eco l\u2019affirme, \u00ab\u2009<em>le d\u00e9saccord est&nbsp;trahison<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 Lucbert, pour qui la parole de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e est fondamentalement \u00e9mancip\u00e9e et \u00e9mancipatoire, Quintane consid\u00e8re que la relative autonomie du champ litt\u00e9raire est menac\u00e9e, car l\u2019\u00c9tat subordonne la litt\u00e9rature \u00e0 des imp\u00e9ratifs politiques&nbsp;: la position institutionnelle des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s d\u00e9pend de plus en plus de la reconnaissance non seulement de leurs pairs, mais aussi d\u2019acteur\u00b7rice\u00b7s hors champ. L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du champ litt\u00e9raire est menac\u00e9e par cette homog\u00e9n\u00e9isation de la prise de parole&nbsp;: une logique h\u00e9t\u00e9ronome qui, souligne Gis\u00e8le Sapiro, \u00e9value l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire en fonction de \u00ab\u2009crit\u00e8res moraux ou id\u00e9ologiques<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb risque de renverser l\u2019autonomie relative du champ de production restreinte. L\u2019institution litt\u00e9raire ne parvient donc pas, selon Quintane, \u00e0 remettre en question la culture dominante&nbsp;: elle est contrainte de produire une \u00ab\u2009litt\u00e9rature de f\u00eate\u2009\u00bb qui c\u00e9l\u00e8bre l\u2019h\u00e9ritage canonique. La litt\u00e9rature joue \u00ab\u2009le r\u00f4le d\u2019un conservatoire de la langue\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;42) qui d\u00e9fend \u00ab\u2009un style noble\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;41), lyrique et surann\u00e9. Si Bourdieu affirme que le langage peut subvertir \u00ab\u2009la repr\u00e9sentation [du] monde<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, Quintane se demande, dubitative&nbsp;: \u00ab\u2009Comment une prose classique fran\u00e7aise fait-elle entendre le son du canon en 2009\u2009?\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 39) La rigidit\u00e9 de la langue litt\u00e9raire la fige dans une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9cul\u00e9e. Un d\u00e9calage de plus en plus pr\u00e9gnant s\u2019op\u00e8re entre la repr\u00e9sentation du monde que la litt\u00e9rature v\u00e9hicule et les enjeux sociopolitiques qui \u00e9branlent la France contemporaine. Le souci de pr\u00e9server la puret\u00e9 de la langue de \u00ab\u2009l\u2019horrible atteinte des banlieues et du postmodernisme\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;42) cacherait un m\u00e9pris de classe entravant l\u2019acc\u00e8s de la population \u00e0 la litt\u00e9rature. Il t\u00e9moignerait \u00e9galement d\u2019une m\u00e9fiance envers les intellectuel\u00b7le\u00b7s, qui font fleurir une pens\u00e9e dont les ramifications sont \u00e9mond\u00e9es par le syst\u00e8me fasciste. Celui-ci, par la glorification de la tradition, d\u00e9daigne toute forme de (post)modernisme, voire la culture dans son ensemble, ce que nous rappelle Eco&nbsp;: \u00ab\u2009Ainsi,&nbsp;<em>la culture est suspecte<\/em>, puisqu\u2019on l\u2019identifie \u00e0 une attitude critique<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb \u00c9loigner les masses de la litt\u00e9rature anesth\u00e9sie toute pens\u00e9e transgressive qui aurait le potentiel d\u2019\u00e9branler le sens convenu du discours h\u00e9g\u00e9monique. Si les lecteur\u00b7rice\u00b7s d\u2019aujourd\u2019hui sont soit les fervent\u00b7e\u00b7s d\u00e9fenseur\u00b7euse\u00b7s d\u2019une tradition litt\u00e9raire \u00e9litiste, soit les membres d\u2019un gouvernement accus\u00e9 de fascisme, il devient presque impossible d\u2019\u00ab\u2009\u00e9crire hors cette prose la r\u00e9volte si [on] veu[t] \u00eatre entend[u\u00b7e]\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;40).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cuisiner la d\u00e9faite ou cultiver la r\u00e9volte\u2009?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le but d\u2019illustrer la fonction politique de la litt\u00e9rature, les deux autrices ont recours \u00e0 la m\u00e9taphore alimentaire, et ce, en s\u2019appropriant la culture carnavalesque, telle que d\u00e9crite par Mikha\u00efl Bakhtine. Pendant le Moyen-\u00c2ge et la Renaissance, le carnaval r\u00e9v\u00e9lait la \u00ab\u2009<em>dualit\u00e9 du monde<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb en proc\u00e9dant \u00e0 divers jeux d\u2019inversion axiologique. Le carnaval r\u00e9introduisait dans l\u2019existence humaine son ambig\u00fcit\u00e9 originelle&nbsp;: cette f\u00eate \u00ab\u2009\u00e9tait le triomphe d\u2019une sorte d\u2019affranchissement provisoire de la v\u00e9rit\u00e9 dominante et du r\u00e9gime existant, d\u2019abolition provisoire de tous les rapports hi\u00e9rarchiques, privil\u00e8ges, r\u00e8gles et tabous<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. En s\u2019inspirant de la culture carnavalesque pour b\u00e2tir leur argumentaire, Quintane et Lucbert contestent donc les rapports actuels de domination en scindant le monde en deux&nbsp;: elles opposent la rectitude au chaos, la soumission \u00e0 l\u2019insubordination, l\u2019immuabilit\u00e9 au mouvement\u2009; bref, la p\u00e9rennisation de l\u2019ordre \u00e9tabli \u00e0 son renversement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans<em>&nbsp;Personne ne sort les fusils<\/em>, la m\u00e9taphore culinaire r\u00e9v\u00e8le les strat\u00e9gies avec lesquelles les classes dirigeantes retirent \u00e0 la population toute volont\u00e9 et capacit\u00e9 de r\u00e9sistance. Pour ce faire, Lucbert brosse un portrait grotesque du corps social&nbsp;: elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 un corps non individuel, mais collectif\u2009; non ferm\u00e9 et fini, mais ouvert et inachev\u00e9, dont la forme varie \u00ab\u2009au gr\u00e9 des investisseur[\u00b7euse\u00b7]s\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 96). Ainsi Lucbert respecte-t-elle l\u2019esth\u00e9tique grotesque. Toutefois, elle en renverse le syst\u00e8me axiologique. Sous la plume de l\u2019\u00e9crivaine, la repr\u00e9sentation grotesque du corps social ne symbolise pas son perp\u00e9tuel renouvellement, mais son annihilation d\u00e9finitive. Elle retire au corps social son agentivit\u00e9, car elle sugg\u00e8re qu\u2019il est \u00ab\u2009\u00e9ternellement cr\u00e9\u00e9\u2009\u00bb par le n\u00e9ocapitalisme, mais aucunement \u00ab\u2009cr\u00e9ant<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Dans le r\u00e9alisme grotesque, la d\u00e9voration est transitive&nbsp;: en symbiose avec l\u2019univers, le corps dig\u00e8re le monde pour l\u2019expulser sous une forme renouvel\u00e9e. \u00c0 l\u2019inverse, la m\u00e9taphore culinaire montre que la d\u00e9voration \u00ab\u2009[d]es gueules du flow\u2009\u00bb (P,&nbsp;94) est intransitive&nbsp;: elle d\u00e9sarticule le corps social pour que puissent librement s\u2019enrichir les classes dominantes sans craindre de soul\u00e8vement populaire. Autrement dit, elle r\u00e9v\u00e8le la vis\u00e9e du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral, que Bourdieu r\u00e9sume par cette d\u00e9claration lapidaire&nbsp;: \u00ab\u2009Qu\u2019est-ce que le n\u00e9olib\u00e9ralisme\u2009? Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle \u00e0 la logique du march\u00e9 pur<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>D\u00e9faire voir<\/em>, Lucbert th\u00e9orise sa pratique d\u2019\u00e9criture en la rattachant \u00e0 la production de figures, ce qui \u00e9claire la port\u00e9e politique de la m\u00e9taphore culinaire&nbsp;: \u00ab\u2009Qu\u2019est-ce qu\u2019une figure\u2009? C\u2019est une autre d\u00e9coupe des \u00e9l\u00e9ments du monde et, par-dessus tout, leur agencement, leur pr\u00e9sentation dans une autre mise en rapports<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb Si la m\u00e9taphore culinaire est une figure, c\u2019est parce qu\u2019elle recadre le champ perceptif des lecteur\u00b7rice\u00b7s en r\u00e9v\u00e9lant<strong>&nbsp;<\/strong>l\u2019homologie entre les \u00e9tapes d\u2019une recette et l\u2019instauration d\u2019un syst\u00e8me n\u00e9ocapitaliste. Lucbert noue ensemble les mondes culinaire et \u00e9conomique \u00e0 l\u2019aide d\u2019un syst\u00e8me de repr\u00e9sentation binaire s\u2019appuyant&nbsp;sur certains mots polys\u00e9miques,&nbsp;comme \u00ab\u2009recette\u2009\u00bb (<em>P<\/em>,&nbsp;93) et \u00ab\u2009liquidation\u2009\u00bb (<em>P<\/em>,&nbsp;95).&nbsp;Les&nbsp;codes langagiers du monde culinaire, comme la num\u00e9rotation de phrases infinitives qui d\u00e9filent sous la forme d\u2019une liste, montrent aux salari\u00e9\u00b7e\u00b7s les strat\u00e9gies qu\u2019ont mises en place les classes dirigeantes pour les asservir. Lucbert livre alors un \u00ab\u2009discours h\u00e9r\u00e9tique\u2009\u00bb, comme le dirait Bourdieu&nbsp;: l\u2019\u00e9crivaine \u00ab\u2009brise l\u2019adh\u00e9sion au monde du sens commun<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9taphore culinaire qui, en lib\u00e9rant le sens figur\u00e9 des mots,&nbsp;\u00ab\u2009d\u00e9g\u00e8le les formules \u00e0 tirets\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 36) de la LCN et, par le fait m\u00eame, r\u00e9v\u00e8le la violence au fondement de l\u2019ordre \u00e9tabli.&nbsp;Ce r\u00e9cit m\u00e9taphorique de la gen\u00e8se du syst\u00e8me n\u00e9ocapitaliste attire l\u2019attention sur le fait qu\u2019\u00ab\u2009<em>[u]n<\/em>&nbsp;monde n\u2019est pas in\u00e9luctable&nbsp;: c\u2019est une version des rapports humains temporairement victorieuse\u2009\u00bb (<em>P<\/em>, 131, l\u2019autrice souligne).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 Lucbert, Quintane conserve l\u2019ambivalence du rabaissement carnavalesque pour mettre en sc\u00e8ne, gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9taphore maraich\u00e8re, la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du corps social dont l\u2019autrice de&nbsp;<em>Personne ne sort les fusils<\/em>&nbsp;d\u00e9plore la dissolution. Quintane souhaite \u00ab\u2009raccrocher la litt\u00e9rature au contexte\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;101) sociopolitique de la France contemporaine. La volont\u00e9 d\u2019enraciner une litt\u00e9rature \u00ab\u2009en orbite\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 101) dans le \u00ab\u2009cru du pr\u00e9sent\u2009\u00bb (<em>T<\/em>,&nbsp;27) reproduit le mouvement par lequel le rabaissement carnavalesque effectue le \u00ab\u2009transfert de tout ce qui est \u00e9lev\u00e9, spirituel, id\u00e9al et abstrait sur le plan mat\u00e9riel et corporel, celui de la terre et du corps dans leur indissoluble unit\u00e9<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. La verticalit\u00e9 de l\u2019axiologie carnavalesque, qui intervertit le haut et le bas, mime la descente des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s quittant leur tour d\u2019ivoire pour d\u00e9mocratiser l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019incipit de&nbsp;<em>Tomates<\/em>, la m\u00e9taphore maraich\u00e8re se trouve intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la logique du rabaissement carnavalesque&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Pench\u00e9e sur mes plants de tomates, d\u00e9sherbant d\u00e9licatement tout autour et sectionnant les feuilles basses pour ne garder que la t\u00eate, je me suis vue travaillant ce faisant comme \u00e0&nbsp;<strong>Tarnac<\/strong>, la culture de tomates dans une zone tr\u00e8s limit\u00e9e de mon jardin \u00e9tant l\u2019une des plus visibles figures, un extrait ou un renvoi (<em>T<\/em>, 7-8, l\u2019autrice met en gras).&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quintane se \u00ab\u2009penche\u2009\u00bb humblement vers le sol&nbsp;: l\u2019\u00e9crivaine plonge les mains dans la terre et renoue avec le monde d\u2019o\u00f9 elle vient, \u00ab\u2009[c]elui des patates\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 87), incapables, selon certain\u00b7e\u00b7s, de s\u2019organiser politiquement<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>. Compar\u00e9 \u00e0 Tarnac, son jardin devient un espace clandestin associ\u00e9 \u00e0 la transmission du savoir, au moment o\u00f9 le p\u00e8re de la narratrice lui confie \u00ab\u2009la&nbsp;<strong>recette interdite<\/strong>&nbsp;du purin d\u2019orties\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 13, l\u2019autrice met en gras). Le dialogue entre les deux individus se d\u00e9ploie au sein d\u2019un paragraphe dense et compact. Aucun saut de ligne ne s\u00e9pare les discours directs rapport\u00e9s. Les deux voix sont parfois entrem\u00eal\u00e9es, comme en t\u00e9moignent les points de suspension, ce qui sugg\u00e8re que le \u00ab\u2009<em>je\u2009\u00bb<\/em>&nbsp;et le \u00ab\u2009<em>tu\u2009\u00bb<\/em>&nbsp;ont besoin du discours de l\u2019autre pour aller au bout de leurs id\u00e9es, que la voix de l\u2019un\u00b7e est intimement nou\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019autre. La structure du texte illustre alors la coh\u00e9sion sociale d\u2019une communaut\u00e9 qui r\u00e9fl\u00e9chit par elle-m\u00eame, sans l\u2019intervention d\u2019agent\u00b7e\u00b7s ext\u00e9rieur\u00b7e\u00b7s. Si des id\u00e9es germent parmi les l\u00e9gumes, la terre devient associ\u00e9e au renouvellement de la pens\u00e9e. Contrairement \u00e0 Lucbert, pour qui la liquidit\u00e9 \u00e9voque la mort du corps social, Quintane per\u00e7oit le processus de d\u00e9composition de la mati\u00e8re organique comme un processus de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, \u00e9tant donn\u00e9 que le purin, une mati\u00e8re morte, fertilise la vie. Cette ambivalence axiologique est caract\u00e9ristique du r\u00e9alisme grotesque, qui reconnait \u00e0 la terre \u00ab\u2009une valeur destructrice, n\u00e9gative, mais encore positive, r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une perspective carnavalesque, enraciner la litt\u00e9rature dans la f\u00e9condit\u00e9 du monde social, c\u2019est l\u2019ins\u00e9rer dans une temporalit\u00e9 cyclique qui condense \u00ab\u2009<em>les deux p\u00f4les du changement&nbsp;: l\u2019ancien et le nouveau, ce qui meurt et ce qui na[i]t, le d\u00e9but et la fin de la m\u00e9tamorphose<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Plus concr\u00e8tement, c\u2019est r\u00e9inscrire la litt\u00e9rature dans la p\u00e9riodicit\u00e9 historique pour veiller \u00e0 ce que l\u2019\u00e9volution de la langue litt\u00e9raire et des repr\u00e9sentations qu\u2019elle v\u00e9hicule \u00e9pouse celle des soci\u00e9t\u00e9s. Quand la litt\u00e9rature renouera avec les \u00ab\u2009sources&nbsp;<em>populaires<\/em><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb et parlera la langue du peuple, c\u2019est-\u00e0-dire la langue du changement, elle fertilisera le monde social comme le purin fertilise le sol&nbsp;: \u00ab\u2009L\u2019insurrection ne peut pas avoir lieu dans un livre. [\u2026] Autre chose qu\u2019une insurrection aura donc lieu dans ce livre. Une grossesse, par exemple.\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 93) La m\u00e9taphore de la grossesse sugg\u00e8re que la lecture doit \u00eatre une activit\u00e9 transitive. Elle ne doit pas se contenter de d\u00e9voiler aux lecteur\u00b7rice\u00b7s, comme le fait Lucbert, les causes de leur ali\u00e9nation&nbsp;: elle doit faire germer dans leur esprit, comme l\u2019affirme Quintane dans&nbsp;<em>Les ann\u00e9es&nbsp;10<\/em>, une \u00ab\u2009\u201cconscience politique<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>\u201d\u2009\u00bb. La litt\u00e9rature doit aider les lecteur\u00b7rice\u00b7s \u00e0 appr\u00e9hender les modalit\u00e9s concr\u00e8tes de leur \u00e9mancipation et \u00e0 organiser la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats. Les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s, elleux aussi, doivent d\u2019ailleurs prendre les armes. Quintane exige que leurs gestes soient le prolongement de leurs mots&nbsp;: il faut \u00ab\u2009coupler plus \u00e9troitement une intention en forme de phrase et une intention en forme de vie\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 16).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En retra\u00e7ant les politiques de la litt\u00e9rature propos\u00e9es par Lucbert et Quintane, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 comprendre le rapport qui s\u2019\u00e9tablit entre la langue et l\u2019exercice de la violence. Nous nous sommes pench\u00e9s, comme le dirait Bourdieu, sur \u00ab\u2009le pouvoir structurant des mots\u2009\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9, propre au langage, de fa\u00e7onner la perception que les locuteur\u00b7rice\u00b7s ont du monde social. L\u2019\u00e9tude des d\u00e9voiements lexico-s\u00e9mantiques op\u00e9r\u00e9s par le discours h\u00e9g\u00e9monique en t\u00e9moigne. Face \u00e0 cette instrumentalisation de la langue \u00e0 des fins de domination, que peut la litt\u00e9rature\u2009? Lucbert r\u00e9pondra que la langue litt\u00e9raire, parce qu\u2019elle est fonci\u00e8rement polys\u00e9mique et dialogique, renverse la monos\u00e9mie et le monologisme de la LCN. Dans cette optique, les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s sont des esprits clairvoyants aptes \u00e0 diss\u00e9quer le monde social pour r\u00e9v\u00e9ler les rouages de la domination. Plus pessimiste, ou peut-\u00eatre plus r\u00e9aliste, Quintane consid\u00e8re que les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s sont plut\u00f4t \u00ab\u2009encha[i]n\u00e9[\u00b7e\u00b7]s\u2009\u00bb (<em>T<\/em>, 43) au marasme institutionnel. Les langues litt\u00e9raire et h\u00e9g\u00e9monique ne seraient pas deux structures s\u00e9miotiques closes, mais communicantes, la premi\u00e8re \u00e9tant de plus en plus subordonn\u00e9e aux lois r\u00e9gissant la seconde. Cela dit, les deux autrices optent pour la m\u00eame strat\u00e9gie rh\u00e9torique afin d\u2019exemplifier l\u2019agir politique de la litt\u00e9rature&nbsp;: le recours \u00e0 la m\u00e9taphore. Toutes deux font le pari bourdieusien que l\u2019\u00ab\u2009on peut modifier la r\u00e9alit\u00e9 sociale en modifiant la repr\u00e9sentation que s\u2019en font les agent[\u00b7e\u00b7]s<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, puisque la m\u00e9taphore introduit les lecteur\u00b7rice\u00b7s \u00e0 des cat\u00e9gories de pens\u00e9e in\u00e9dites et cr\u00e9e des images qui donnent \u00e0 voir le monde autrement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il \u00e9tend le champ perceptif des lecteur\u00b7rice\u00b7s, le recours \u00e0 la m\u00e9taphore, chez Lucbert et Quintane, fait \u00e9cho \u00e0 ce que Victor Chklovski, un formaliste russe, nomme le proc\u00e9d\u00e9 de singularisation, qui consiste en \u00ab\u2009la lib\u00e9ration de l\u2019objet de l\u2019automatisme perceptif<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. C\u2019est, en quelque sorte, ce que font Lucbert, qui pr\u00e9sente le syst\u00e8me n\u00e9ocapitaliste comme une structure anthropophage, et Quintane, qui d\u00e9montre l\u2019agir politique de la litt\u00e9rature en rattachant ensemble deux pratiques \u2014 le jardinage et l\u2019\u00e9criture \u2014 en apparences \u00e9loign\u00e9es, mais en r\u00e9alit\u00e9 intimement nou\u00e9\u00b7e\u00b7s l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. En d\u00e9ployant un foisonnement d\u2019images qui mettent en mouvement la repr\u00e9sentation h\u00e9g\u00e9monique du monde, les deux \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s sch\u00e9matisent le r\u00e9el sous des formes renouvel\u00e9es en nous pr\u00e9sentant des r\u00e9alit\u00e9s famili\u00e8res sous un regard neuf, en nous invitant \u00e0 d\u00e9poser notre regard sur le monde comme si nous le faisions pour la premi\u00e8re fois. Par ce geste esth\u00e9tique, les deux \u00e9crivaines laissent entendre que \u00ab\u2009ce qui fait (l\u2019art et) la litt\u00e9rature, c\u2019est l\u2019arrachement aux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9vidence<a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftn55\"><sup>[55]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Bakhtine, Mikha\u00efl, \u00ab\u2009Introduction\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre de Fran\u00e7ois Rabelais et la culture populaire au Moyen \u00c2ge et sous la Renaissance<\/em>, trad. Andr\u00e9e Robel, Paris, Gallimard, 1982 [1970], p.&nbsp;9-67.<\/p>\n\n\n\n<p>Barthes, Roland, \u00ab\u2009Brecht et le discours&nbsp;: contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la discursivit\u00e9\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Le bruissement de la langue. Essais critiques&nbsp;IV<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u2009Essais\u2009\u00bb, 1984, p.&nbsp;259-270.<\/p>\n\n\n\n<p>Bihr, Alain, \u00ab\u2009L\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Semen<\/em>, n\u00ba 30, 2011, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/semen\/8960\">https:\/\/journals.openedition.org\/semen\/8960<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 21 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu, Pierre, \u00ab\u2009D\u00e9crire et prescrire. Note sur les conditions de possibilit\u00e9 et les limites de l\u2019action politique\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>, n\u00ba&nbsp;38, 1981, p.&nbsp;69-73.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu, Pierre, \u00ab\u2009L\u2019essence du n\u00e9olib\u00e9ralisme\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Monde diplomatique<\/em>, mars 1998, en ligne, &lt;https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/1998\/03\/BOURDIEU\/3609&gt;, consult\u00e9 le 18 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>Chklovski, Victor, \u00ab\u2009L\u2019art comme proc\u00e9d\u00e9\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature<\/em>, \u00e9d. pr\u00e9par\u00e9e et trad. par Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u2009Tel Quel\u2009\u00bb, p.&nbsp;76-97.<\/p>\n\n\n\n<p>Eco, Umberto,&nbsp;<em>Reconna\u00eetre le fascisme<\/em>, Paris, Bernard Grasset, coll. \u00ab\u2009Les cahiers rouges\u2009\u00bb, 2024 [1997], 62 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Girardet, Raoul, \u00ab\u2009Fascisme\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/www-universalis-edu-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca\/encyclopedie\/fascisme\/\">https:\/\/www-universalis-edu-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca\/encyclopedie\/fascisme\/<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 21 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>Hamel, Jean-Fran\u00e7ois, \u00ab\u2009Qu\u2019est-ce qu\u2019une politique de la litt\u00e9rature\u2009? \u00c9l\u00e9ments pour une histoire culturelle des th\u00e9ories de l\u2019engagement\u2009\u00bb, dans Laurence C\u00f4t\u00e9-Fournier, \u00c9lyse Guay et Jean-Fran\u00e7ois Hamel (dir.),&nbsp;<em>Politiques de la litt\u00e9rature. Une travers\u00e9e du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle fran\u00e7ais<\/em>, Montr\u00e9al, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, coll. \u00ab\u2009Figura\u2009\u00bb, 2014, p.&nbsp;9-30.<\/p>\n\n\n\n<p>Harvey, David,&nbsp;<em>Br\u00e8ve histoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, coll. \u00ab\u2009Amsterdam Poches\u2009\u00bb, 2024, 414 p.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Klemperer, Victor, \u00ab\u2009LTI\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>LTI, la langue du III<sup>e&nbsp;<\/sup>Reich. Carnets d\u2019un philologue<\/em>, trad. E. Guillot, Paris, Presses Pocket, coll. \u00ab\u2009Agora\u2009\u00bb, 2002 [1947], p.&nbsp;33-41.<\/p>\n\n\n\n<p>Laniel, Richard-Alexandre et Max Silverman, \u00ab\u2009Justice n\u00e9olib\u00e9rale&nbsp;: quand la logique du march\u00e9 int\u00e8gre les institutions judiciaires\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Nouveaux cahiers du socialisme<\/em>, n\u00ba 16, automne 2016, p. 43-50.<\/p>\n\n\n\n<p>Larin, Jean-Pascal, \u00ab\u2009De la perversion de la d\u00e9mocratie\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Nouveaux cahiers du socialisme<\/em>, n\u00ba 17, hiver 2017, p. 120.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lefort, Claude,&nbsp;<em>L\u2019invention d\u00e9mocratique. Les limites de la domination totalitaire<\/em>, Paris, Fayard, 1981, cit\u00e9 dans Jean-Pascal Larin, \u00ab\u2009De la perversion de la d\u00e9mocratie\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Nouveaux cahiers du socialisme<\/em>, n\u00ba 17, hiver 2017, p. 121.<\/p>\n\n\n\n<p>Lucbert, Sandra,&nbsp;<em>Personne ne sort les fusils<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u2009Fiction et cie\u2009\u00bb, 2020, 156 p.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lucbert, Sandra, \u00ab\u2009Ce que peut \u00eatre une litt\u00e9rature politique\u2009\u00bb et \u00ab\u2009Se faire voyant\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>D\u00e9faire voir. Litt\u00e9rature et politique<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2024, p.&nbsp;9-37 et p.&nbsp;73-105.<\/p>\n\n\n\n<p>Lucbert, Sandra et Olivier Neveux, \u00ab\u2009Pour une litt\u00e9rature contre-h\u00e9g\u00e9monique. Entretien avec Sandra Lucbert\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Contretemps<\/em>, 15 f\u00e9vrier 2021, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/litterature-contre-hegemonique-sandra-lucbert\/\">https:\/\/www.contretemps.eu\/litterature-contre-hegemonique-sandra-lucbert\/<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;ao\u00fbt 2024.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Marchal, Bertrand, \u00ab\u2009Le double \u00e9tat de la parole. Fortune d\u2019une formule\u2009\u00bb, dans Bertrand Marchal, Thierry Roger et Jean-Luc Steinmetz (dir.),&nbsp;<em>Spectres de Mallarm\u00e9<\/em>, Paris, Hermann, coll. \u00ab\u2009Colloque de Cerisy\u2009\u00bb, p.&nbsp;265 \u00e0 280.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx, Karl, \u00ab\u2009Pommes de terre\u2009\u00bb, dans Olivier Fillieule, Lilian Mathieu, C\u00e9cile P\u00e9chu (dir.),&nbsp;<em>Dictionnaire des mouvements sociaux<\/em>, 2<sup>e<\/sup>&nbsp;\u00e9d., Paris, Presses de sciences po, coll. \u00ab\u2009R\u00e9f\u00e9rences\u2009\u00bb, 2020, p.&nbsp;467 \u00e0 471.<\/p>\n\n\n\n<p>Paye, Jean-Claude, \u00ab\u2009De Guantanamo \u00e0 Tarnac&nbsp;: un renversement de l\u2019ordre de droit\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Multitudes<\/em>, vol.&nbsp;4, n\u00ba&nbsp;35, 2008, p.&nbsp;13-21.<\/p>\n\n\n\n<p>Quintane, Nathalie, \u00ab\u2009Pourquoi l\u2019extr\u00eame gauche ne lit-elle pas de litt\u00e9rature\u2009?\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Les ann\u00e9es&nbsp;10<\/em>, Paris, La fabrique, 2014, p.&nbsp;175-201.<\/p>\n\n\n\n<p>Quintane, Nathalie,&nbsp;<em>Tomates<\/em>, Paris, Points, 2014 [2010], 142 p.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Rimbaud, Arthur, \u00ab\u2009Lettres dites du voyant\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Po\u00e9sies. Une saison en enfer. Illuminations<\/em>, \u00e9d. pr\u00e9par\u00e9e par Louis Forestier, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u2009Folio classique\u2009\u00bb, p.&nbsp;83-84.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert-Diard, Pascale,&nbsp;<em>Le Monde<\/em>, 30 septembre 2022, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2022\/09\/30\/proces-france-telecom-le-harcelement-moral-institutionnel-confirme-par-la-cour-d-appel_6143903_3224.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2022\/09\/30\/proces-france-telecom-le-harcelement-moral-institutionnel-confirme-par-la-cour-d-appel_6143903_3224.html<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 22 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>Sapiro, Gis\u00e8le, \u00ab\u2009Formes de politisation du champ litt\u00e9raire\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Les \u00e9crivains et la politique en France. De l\u2019affaire Dreyfus \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em>, Paris, Seuil, 2018, p.&nbsp;83-106.<\/p>\n\n\n\n<p>Sartre, Jean-Paul,&nbsp;<em>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature\u2009?<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u2009folio essais\u2009\u00bb, 319 p.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Zola, \u00c9mile, \u00ab\u2009Lettre \u00e0 F\u00e9lix Faure\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>La v\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, Paris, Eug\u00e8ne Fasquelle, 1901, p.&nbsp;71-93.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Sandra Lucbert,&nbsp;<em>Personne ne sort les fusils<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u2009Fiction et cie\u2009\u00bb, 2020, p. 15. D\u00e9sormais, toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet ouvrage sera indiqu\u00e9e par le sigle&nbsp;<em>P<\/em>, suivi du folio.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Pascale Robert-Diard,&nbsp;<em>Le Monde<\/em>, 30 septembre 2022, en ligne,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2022\/09\/30\/proces-france-telecom-le-harcelement-moral-institutionnel-confirme-par-la-cour-d-appel_6143903_3224.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2022\/09\/30\/proces-france-telecom-le-harcelement-moral-institutionnel-confirme-par-la-cour-d-appel_6143903_3224.html<\/a>, consult\u00e9 le 22 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;Nathalie Quintane,&nbsp;<em>Tomates<\/em>, Paris, Points, 2014 [2010], p. 7. D\u00e9sormais, toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet ouvrage sera indiqu\u00e9e par le sigle&nbsp;<em>T<\/em>, suivi du folio.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;Voir Jean-Paul Sartre,&nbsp;<em>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature\u2009?<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u2009folio essais\u2009\u00bb, 319 p.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p. 14-15.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p. 15.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;David Harvey,&nbsp;<em>Br\u00e8ve histoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, coll. \u00ab\u2009Amsterdam Poches\u2009\u00bb, 2024, p.&nbsp;24.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>&nbsp;Richard-Alexandre Laniel et Max Silverman, \u00ab\u2009Justice n\u00e9olib\u00e9rale&nbsp;: quand la logique du march\u00e9 int\u00e8gre les institutions judiciaires\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Nouveaux cahiers du socialisme<\/em>, n\u00ba 16, automne 2016, p. 45.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>&nbsp;Sandra Lucbert et Olivier Neveux, \u00ab\u2009Pour une litt\u00e9rature contre-h\u00e9g\u00e9monique. Entretien avec Sandra Lucbert\u2009\u00bb, Contretemps, 15 f\u00e9vrier 2021, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/litterature-contre-hegemonique-sandra-lucbert\/\">https:\/\/www.contretemps.eu\/litterature-contre-hegemonique-sandra-lucbert\/<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;ao\u00fbt 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;Victor Klemperer, \u00ab\u2009LTI\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>LTI, la langue du III<sup>e&nbsp;<\/sup>Reich. Carnets d\u2019un philologue<\/em>, trad. E. Guillot, Paris, Presses Pocket, coll. \u00ab\u2009Agora\u2009\u00bb, 2002 [1947], p. 33.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;Sandra Lucbert et Olivier Neveux,&nbsp;<em>op. cit<\/em>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu, \u00ab\u2009D\u00e9crire et prescrire. Note sur les conditions de possibilit\u00e9 et les limites de l\u2019action politique\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>, n\u00ba&nbsp;38, 1981, p. 71.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>&nbsp;David Harvey,&nbsp;<em>op. cit<\/em>., p. 162.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu, \u00ab\u2009L\u2019essence du n\u00e9olib\u00e9ralisme\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Monde diplomatique<\/em>, mars 1998, en ligne, &lt;https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/1998\/03\/BOURDIEU\/3609&gt;, consult\u00e9 le 18 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>&nbsp;Alain Bihr, \u00ab\u2009L\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Semen<\/em>, n\u00ba 30, 2011, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/semen\/8960\">https:\/\/journals.openedition.org\/semen\/8960<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 21 octobre 2024. L\u2019auteur souligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00c9mile Zola, \u00ab\u2009Lettre \u00e0 F\u00e9lix Faure\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>La v\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, Paris, Eug\u00e8ne Fasquelle, 1901, p. 74.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>&nbsp;David Harvey,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 95.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>&nbsp;Jean-Claude Paye, \u00ab\u2009De Guantanamo \u00e0 Tarnac&nbsp;: un renversement de l\u2019ordre de droit\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Multitudes<\/em>, vol. 4, n\u00ba 35, 2008, p. 20.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>&nbsp;Raoul Girardet, \u00ab\u2009Fascisme\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/www-universalis-edu-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca\/encyclopedie\/fascisme\/\">https:\/\/www-universalis-edu-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca\/encyclopedie\/fascisme\/<\/a>&gt;, consult\u00e9 le 21 octobre 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>&nbsp;Raoul Girardet,&nbsp;<em>op. cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>&nbsp;Umberto Eco,&nbsp;<em>Reconna\u00eetre le fascisme<\/em>, Paris, Bernard Grasset, coll. \u00ab\u2009Les cahiers rouges\u2009\u00bb, 2024 [1997], p. 49.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p. 49. L\u2019auteur souligne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p. 58.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>&nbsp;Dans&nbsp;<em>D\u00e9faire voir<\/em>, Lucbert nuance ses propos. Elle reconnait que les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s, voire les artistes, \u00ab\u2009comme les autres, quoique selon une grammaire particuli\u00e8re, [sont] pris[\u00b7e\u00b7s] dans des malfigurations n\u00e9cessaires \u00e0 la pers\u00e9v\u00e9rance de l\u2019ordre capitaliste\u2009\u00bb. Elle d\u00e9plore ainsi une instrumentalisation de l\u2019art qui se trouve \u00e0 r\u00e9percuter, par des \u00ab\u2009effets de ventriloquage\u2009\u00bb, le discours h\u00e9g\u00e9monique. Voir \u00ab\u2009Se faire voyant\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>D\u00e9faire voir. Litt\u00e9rature et politique<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2024, p. 73-105.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>&nbsp;Voir Bertrand Marchal, \u00ab\u2009Le double \u00e9tat de la parole. Fortune d\u2019une formule\u2009\u00bb, dans Bertrand Marchal, Thierry Roger et Jean-Luc Steinmetz (dir.),&nbsp;<em>Spectres de Mallarm\u00e9<\/em>, Paris, Hermann, coll. \u00ab\u2009Colloque de Cerisy\u2009\u00bb, p. 265 \u00e0 280.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 70.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>&nbsp;Cela dit, dans&nbsp;<em>D\u00e9faire voir<\/em>, Lucbert puise dans les r\u00e9flexions des \u00ab\u2009Lettres dites du voyant\u2009\u00bb pour \u00e9laborer son concept de figure, sur lequel nous reviendrons. Voir Sandra Lucbert, \u00ab\u2009Se faire voyant\u2009\u00bb,&nbsp;<em>op. cit<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>&nbsp;Arthur Rimbaud, \u00ab\u2009Lettres dites du voyant\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Po\u00e9sies. Une saison en enfer. Illuminations<\/em>, \u00e9d. pr\u00e9par\u00e9e par Louis Forestier, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u2009Folio classique\u2009\u00bb, p. 84. L\u2019auteur souligne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>&nbsp;Nous empruntons la m\u00e9taphore de la nappe \u00e0 Roland Barthes qui, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u0153uvre brechtienne, parle d\u2019\u00ab\u2009une pratique de la secousse\u2009\u00bb. Voir Roland Barthes, \u00ab\u2009Brecht et le discours&nbsp;: contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la discursivit\u00e9\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Le bruissement de la langue. Essais critiques IV<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab\u2009Essais\u2009\u00bb, 1984, p. 259-270.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>&nbsp;Jean-Pascal Larin, \u00ab\u2009De la perversion de la d\u00e9mocratie\u2009\u00bb,&nbsp;<em>Nouveaux cahiers du socialisme<\/em>, n\u00ba 17, hiver 2017, p. 120.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p. 121.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>&nbsp;Claude Lefort,&nbsp;<em>L\u2019invention d\u00e9mocratique. Les limites de la domination totalitaire<\/em>, Paris, Fayard, 1981, cit\u00e9 dans Jean-Pascal Larin,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 121.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>&nbsp;Jean-Paul Sartre,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 72.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>&nbsp;Umberto Eco,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 49.&nbsp;L\u2019auteur souligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>&nbsp;Gis\u00e8le Sapiro, \u00ab\u2009Formes de politisation du champ litt\u00e9raire\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Les \u00e9crivains et la politique en France. De l\u2019affaire Dreyfus \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em>, Paris, Seuil, 2018, p. 86.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu,&nbsp;<em>op. cit.,<\/em>&nbsp;p. 70.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>&nbsp;Umberto Eco,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 48.&nbsp;L\u2019auteur souligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>&nbsp;Bakhtine, Mikha\u00efl, \u00ab\u2009Introduction\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>L\u2019\u0153uvre de Fran\u00e7ois Rabelais et la culture populaire au Moyen \u00c2ge et sous la Renaissance<\/em>, trad. Andr\u00e9e Robel, Paris, Gallimard, 1982 [1970], p. 13. L\u2019auteur souligne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., p. 18.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p. 35.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu,&nbsp;<em>op. cit<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>&nbsp;Sandra Lucbert, \u00ab\u2009Ce que peut une litt\u00e9rature politique\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>D\u00e9faire voir. Litt\u00e9rature et politique<\/em>,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 18.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 70.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref47\"><sup>[47]<\/sup><\/a>&nbsp;Mikha\u00efl Bakhtine,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 29.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>&nbsp;Karl Marx, \u00ab\u2009Pommes de terre\u2009\u00bb, dans Olivier Fillieule, Lilian Mathieu, C\u00e9cile P\u00e9chu (dir.),&nbsp;<em>Dictionnaire des mouvements sociaux<\/em>, 2<sup>e<\/sup>&nbsp;\u00e9d., Paris, Presses de sciences po, coll. \u00ab\u2009R\u00e9f\u00e9rences\u2009\u00bb, 2020, p. 467 \u00e0 471.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>&nbsp;Mikha\u00efl Bakhtine,&nbsp;<em>op. cit<\/em>., p. 30.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., p. 33. L\u2019auteur souligne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>&nbsp;<em>Ibid<\/em>., p. 10. L\u2019auteur souligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>&nbsp;Nathalie Quintane, \u00ab\u2009Pourquoi l\u2019extr\u00eame gauche ne lit-elle pas de litt\u00e9rature\u2009?\u2009\u00bb, dans&nbsp;<em>Les ann\u00e9es 10<\/em>, Paris, La fabrique, 2014, p. 178.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>&nbsp;Pierre Bourdieu,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 69-70.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>&nbsp;Victor Chklovski, \u00ab\u2009L\u2019art comme proc\u00e9d\u00e9 \u00bb, dans&nbsp;<em>Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature<\/em>, \u00e9d. pr\u00e9par\u00e9e et trad. par Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, coll. \u00ab Tel Quel \u00bb, p. 84.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/91F56870-2539-4BE7-B848-F89FE5F123B1#_ftnref55\"><sup>[55]<\/sup><\/a>&nbsp;Sandra Lucbert, \u00ab\u2009Ce que peut \u00eatre une litt\u00e9rature politique\u2009\u00bb,&nbsp;<em>op. cit.<\/em>, p. 19.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Pour citer cet article : <\/h5>\n\n\n\n<p>Beauchesne, Guillaume. 2024. \u00ab Quand le langage (d\u00e9)masque la violence: une analyse compar\u00e9e des politiques de la litt\u00e9rature dans <em>Personne ne sort les fusils <\/em>de Sandra Lucbert et <em>Tomates <\/em>de Nathalie Quintane \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Impostures \u00bb, no. 40. En ligne, <a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9575\">https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9575<\/a> (Consult\u00e9 le xx \/ xx\/ xxxx).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/beauchesne_40.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 beauchesne_40.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-7e986169-6e31-4383-a010-8c9b011dbeea\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/beauchesne_40.pdf\">beauchesne_40<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/beauchesne_40.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-7e986169-6e31-4383-a010-8c9b011dbeea\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier&nbsp;&nbsp;\u00ab Impostures \u00bb, no 40 L\u2019affaire France T\u00e9l\u00e9com et l\u2019affaire Tarnac ont toutes les deux fait couler beaucoup d\u2019encre en France. L\u2019affaire France T\u00e9l\u00e9com est un proc\u00e8s in\u00e9dit&nbsp;: c\u2019est la premi\u00e8re fois que \u00ab\u2009[s]ept dirigeant[\u00b7e\u00b7]s sont accus\u00e9[\u00b7e\u00b7]s de harc\u00e8lement moral \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une entreprise[1]\u2009\u00bb apr\u00e8s \u00ab\u2009une vague de suicides[2]\u2009\u00bb parmi les employ\u00e9\u00b7e\u00b7s. L\u2019affaire Tarnac renvoie, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1432],"tags":[1435],"class_list":["post-9575","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-impostures","tag-guillaume-beauchesne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9575"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9575\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9668,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9575\/revisions\/9668"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}