{"id":9722,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9722"},"modified":"2025-12-04T01:28:17","modified_gmt":"2025-12-04T01:28:17","slug":"avant-propos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9722","title":{"rendered":"Avant-propos"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9720\">Dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41<\/a><\/h5>\n<p>Au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., Protagoras d\u00e9clarait que \u00ab\u00a0L\u2019homme est la mesure de toutes choses\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019y aurait pas de r\u00e9alit\u00e9 objective ext\u00e9rieure au sujet qui observe ; seule sa perception importe. Mais, comme le remarquait Montaigne \u00e0 la fin du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire\u00a0: pour v\u00e9rifier cet instrument, il nous y faut de la d\u00e9monstration\u00a0: pour v\u00e9rifier la d\u00e9monstration, un instrument\u00a0: nous voil\u00e0 au rouet\u2026 \u00bb (Montaigne, <em>Essais<\/em>, II, 12) Les hommes et les femmes, certes, sont la mesure de toutes choses\u00a0: mais s\u2019iels sont des instruments d\u00e9r\u00e9gl\u00e9.es? Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 la vanit\u00e9 de la sagesse et le malheur in\u00e9vitable pour celleux qui s\u2019y consacreraient, \u00c9rasme, dans l\u2019<em>\u00c9loge de la folie<\/em>, passe en revue quelques figures folles qui se donnent l\u2019apparence de sages\u00a0: grammairiens, po\u00e8tes, rh\u00e9teurs, philosophes, courtisans, th\u00e9ologiens, moines, etc. La d\u00e9mesure, d\u2019un point de vue moral, pourrait alors incarner le renversement d\u2019une valeur cardinale comme la <em>prudentia<\/em>. Et justement, nombre de po\u00e8tes et de rh\u00e9teurs \u2013 d\u2019auteurs et d\u2019autrices \u2013 ont fait feu de tout bois de la d\u00e9mesure.<\/p>\n<p>Dans <em>La promesse de l&rsquo;aube<\/em>, Romain Gary sugg\u00e8re que l\u2019image que l\u2019homme se fait de lui-m\u00eame est souvent marqu\u00e9e par des exc\u00e8s, des outrances, qui \u00e9loignent de la v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure. L\u2019homme se fabrique un personnage \u00e0 travers ces d\u00e9mesures, \u00e0 travers son envie d\u2019\u00eatre plus que soi-m\u00eame et de d\u00e9fier toutes limites qu\u2019elles soient temporelles, scientifiques ou spatiales. Dans <em>The Substance<\/em> (Coralie Fargeat, 2024), le corps f\u00e9minin est soumis \u00e0 l\u2019image de soi et au regard de l\u2019autre. Plut\u00f4t que de briser ces codes, le personnage tombe dans l\u2019exc\u00e8s de soumission et la d\u00e9pendance \u00e0 la substance, une drogue g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019une autre version de soi-m\u00eame, plus jeune, plus belle, plus parfaite : un v\u00e9ritable alter ego, une version de soi au superlatif. Cette v\u00e9n\u00e9ration de l\u2019image, que l\u2019on retrouve dans le contenu et la forme des r\u00e9seaux sociaux ainsi que dans le mouvement de l\u2019\u00e9criture de soi, n\u2019est-elle qu\u2019un jeu des apparences, un bal masqu\u00e9 o\u00f9 chacun.e rev\u00eat son plus bel apparat ou une prison du soi v\u00e9ritable enferm\u00e9 derri\u00e8re les barreaux de l\u2019exc\u00e8s?<\/p>\n<p>La d\u00e9mesure est encore une qu\u00eate de l\u2019exc\u00e8s, une volont\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0 des normes \u00e9tablies : outrepassement, d\u00e9formation, destruction des codes, du sens, du langage. Au XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le d\u00e9laissement du r\u00e9alisme sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire laisse le roman en crise : \u00ab le roman, forme particuli\u00e8re de r\u00e9cit, semblait condamn\u00e9 aux verbes \u00e0 l\u2019imparfait ou au pass\u00e9 simple, aux d\u00e9tails \u201cr\u00e9alistes\u201d, aux paysages romantiques, \u00e0 la psychologie, aux \u00e9tats d\u2019\u00e2me. \u00bb (Perec, 1963) Ainsi, quand un Jean-Paul Sartre fait le choix radical \u2013 d\u00e9mesur\u00e9 ? \u2013 de ne plus \u00e9crire de roman \u2013 le romancier \u00e9tant n\u00e9cessairement, quoi qu\u2019il fasse, bourgeois \u2013 un Alain Robbe-Grillet d\u00e9cide d\u2019\u00ab \u00e9crire \u201cpour rien\u201d : pour d\u00e9cevoir \u00bb, pensant que \u00ab si la \u201cnature\u201d est signifiante, un certain comble de la \u201cculture\u201d peut \u00eatre de la faire \u201cd\u00e9-signifier\u201d \u00bb (Barthes, 1963). Mais \u00e9crire sur rien est-il une garantie de l\u2019absence de signification ? La \u00ab culture \u00bb ne viendrait-elle pas simplement d\u00e9tr\u00f4ner la \u00ab nature \u00bb et prendre sa place, pi\u00e9g\u00e9e dans les m\u00eames conventions ? Georges Perec, tournant sa cr\u00e9ativit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la langue comme syst\u00e8me sp\u00e9cifique de communication propre \u00e0 une communaut\u00e9 ou une culture donn\u00e9e avec des r\u00e8gles et conventions pr\u00e9cises, signe enfin la destruction du roman par le roman. C\u2019est en meurtrissant et d\u00e9formant la langue d\u2019\u00e9criture qu\u2019il parvient \u00e0 faire de <em>La disparition<\/em> une \u0153uvre elle-m\u00eame autrice du meurtre de ces personnages d\u2019un trait de Smith-Corona (marque de machines \u00e0 \u00e9crire). L\u2019\u0153uvre est monstrueuse, cr\u00e9ature tiss\u00e9e de textes multiples, rapi\u00e9c\u00e9s : une \u0153uvre \u00e0 l\u2019image de la cr\u00e9ature de Frankenstein.<\/p>\n<p>Or, certains projets litt\u00e9raires, par leur d\u00e9mesure, n&rsquo;aboutissent jamais. Ainsi le mythe du Livre total, ouvrage qui contiendrait l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du monde, id\u00e9e monumentale qui a habit\u00e9, entre autres, Mallarm\u00e9 (Scherer 1957, p.22). Pourtant, le mythe perdure, notamment chez Borges, pour qui \u00ab le monde est un livre (et vice-versa) \u00bb (Lamontagne 1994, p.29). Dans sa nouvelle \u00ab La biblioth\u00e8que de Babel \u00bb, Jorge Luis Borges pr\u00e9sente une biblioth\u00e8que qui contient tous les livres, une infinit\u00e9 o\u00f9 se trouvent tous les mots possibles, incluant ceux que nous venons d\u2019\u00e9crire. Madeleine Thien, dans <em>Do Not Say We Have Nothing <\/em>(2016), met en sc\u00e8ne le \u00ab Book of Records \u00bb, objet qui renferme, \u00e0 l\u2019\u00e9crit, le destin des personnages qui y touchent. La qu\u00eate du savoir d\u00e9tenu dans et par le Livre peut mener \u00e0 l\u2019obsession, voire \u00e0 la folie. Pour s\u2019approprier ce savoir, il faut parfois en dig\u00e9rer les pages, comme le montre l\u2019Apocalypse selon Jean: \u00ab Je m\u2019avan\u00e7ai vers l\u2019ange et le priai de me donner le petit livre. Il me dit: Prends et mange-le. Il sera amer \u00e0 tes entrailles, mais dans ta bouche il aura la douceur du miel. [&#8230;] Et l\u2019on me dit: Il te faut \u00e0 nouveau proph\u00e9tiser sur des peuples, des nations, des langues et des rois en grand nombre. \u00bb (Apo 10, 9-11) Cependant, manger le livre peut aussi \u00eatre un moyen d\u2019emp\u00eacher une connaissance de circuler dans le monde, tel que le pr\u00e9sente Umberto Eco dans <em>Le nom de la rose<\/em>\u2026 Le motif du livre comestible tel un moyen de poss\u00e9der le savoir m\u00e8ne \u00e0 un glissement symbolique vers le cannibalisme \u2013 apr\u00e8s tout, les parties d\u2019un livre ont des noms tir\u00e9s de l\u2019anatomie humaine \u2013, d\u00e9sir d\u2019ingestion de l\u2019autre qui, en se r\u00e9alisant, peut autant \u00eatre une preuve de cruaut\u00e9 (Cixous, 2003) que d\u2019amour (DeAngelis, 2015). Ce qui se d\u00e9gage du livre total et de ses d\u00e9rapes est, surtout, la versatilit\u00e9 de sa d\u00e9mesure.<\/p>\n<p>La d\u00e9mesure, dans tous les cas, ne semble pas \u00eatre le propre d\u2019une \u00e9poque ou d\u2019une autre, bien que chacune puisse en proposer son it\u00e9ration. En contexte de carnaval au Moyen \u00c2ge, comme nous l\u2019explique Mikha\u00efl Bakhtine, l\u2019affranchissement provisoire de la culture officielle et des hi\u00e9rarchies sociales permettait un nouveau type de communication susceptible d\u2019exprimer de nouvelles formes et symboles. Le th\u00e8me de la d\u00e9mesure, qui s\u2019articule autour du banquet, du manger et du boire, prend le contrepied de tout ce qu\u2019il y a d\u2019officiel dans la mesure, la temp\u00e9rance, la sobri\u00e9t\u00e9 ou la chastet\u00e9 qui sont plut\u00f4t des valeurs pr\u00f4n\u00e9es par la culture officielle de l\u2019\u00c9glise. Ainsi, la tendance \u00e0 l\u2019abondance et \u00e0 l\u2019exc\u00e8s propre au banquet carnavalesque offre un pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019horizontalit\u00e9 des rapports sociaux: \u00ab Il ne s\u2019agit absolument pas du boire et du manger quotidien et faisant partie de l\u2019existence de tous les jours d\u2019individus isol\u00e9s. Il s\u2019agit du banquet qui se d\u00e9roule pendant la f\u00eate populaire, \u00e0 la limite de la grand-ch\u00e8re. La puissante tendance \u00e0 l\u2019abondance et \u00e0 l\u2019universalit\u00e9 est pr\u00e9sente dans chacune des images du boire et du manger \u00bb (Bakthine, 1970). Selon cette vision, l&rsquo;exc\u00e8s et l\u2019abondance, la d\u00e9mesure carnavalesque, hyperbolise et donne une esth\u00e9tique, dans une certaine mesure, \u00e0 l\u2019ensemble des rapports libres et \u00e9galitaires et \u00e0 une parole sans contrainte.<\/p>\n<p>Or, quelles sont les limites du carnavalesque ? Comment savoir \u00e0 quel moment on passe de la f\u00eate, comprise comme une suspension du temps, un renversement momentan\u00e9 des valeurs et un d\u00e9cha\u00eenement des passions, \u00e0 un hybris de la d\u00e9mesure ? Si, pour Hemingway, Paris \u00e9tait une f\u00eate, Hac\u00e8ne Belmessous stipule dans son livre (2024) le plus r\u00e9cent qu\u2019il n\u2019en est plus une, car d\u00e9form\u00e9e par la gestion n\u00e9olib\u00e9rale qui est, en fin de compte, peu d\u00e9mocratique. \u00c9largissons cependant le cadre : Jean-Jacques Wunenberger (1977) observe que la postmodernit\u00e9 est devenue une f\u00eate d\u00e9cha\u00een\u00e9e, sans d\u00e9but ni fin, sans r\u00e8gles ; par cons\u00e9quent \u2013 r\u00e9p\u00e9tons-le \u2013, elle n\u2019en est plus une, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de son omnipr\u00e9sence qui disperse ou efface compl\u00e8tement le sens du renversement carnavalesque. Le sujet se trouve alors \u00e9cras\u00e9 par le poids de l\u2019exc\u00e8s, incapable de sortir de l\u2019infini de la liminarit\u00e9, sur-achev\u00e9 (Scarpa, 2009). Ainsi la soci\u00e9t\u00e9 occidentale postmoderne s\u2019adonne \u00e0 une consommation effr\u00e9n\u00e9e, \u00e0 des folies \u00e9ph\u00e9m\u00e8res \u00e0 la cha\u00eene qui \u00e9puisent les ressources de notre plan\u00e8te et qui se manifestent \u00e9galement en politique, dans la volont\u00e9 imp\u00e9rialiste et colonisatrice des \u00c9tats-nations.De m\u00eame le tourisme, par exc\u00e8s de la mobilit\u00e9, est devenu un pur transport (Ingold, 2011) : fantasme postmoderne de vitesse et d\u00e9figuration du nomadisme traditionnel. Tel que le r\u00e9sume White, notre temps \u00ab manque singuli\u00e8rement d\u2019espace et de respiration \u00bb (White, 1987) : le capitalisme d\u00e9cha\u00een\u00e9 en dehors duquel on est incapable de penser (Fisher, 2009) menant \u00e0 la disparition des liens sociaux et des tiers lieux (Oldenburg, 1989), ainsi que l\u2019individualisation et toute id\u00e9ologie excessive \u2013 qui dit toujours n\u2019en \u00eatre pas une \u2013 handicapent notre capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un sens \u00e0 travers des rituels collectifs (Han, 2020). Que devient alors le r\u00eave am\u00e9ricain de <em>land of plenty<\/em> et de <em>big money <\/em>? Sur quoi la m\u00e9ritocratie (Sandel, 2020) d\u00e9bouche-t-elle ? Quelle est la <em>juste mesure <\/em>dans la qu\u00eate du savoir universitaire et de la reconnaissance, ou dans le perfectionnisme et l\u2019extr\u00eame souci de soi (Foucault, 1984) pour que tout ceci ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en schizophr\u00e9nie ou en hyst\u00e9rie ? L\u2019anarchisme est-il la d\u00e9mesure de la d\u00e9mocratie ? Peut-on encore avoir une exp\u00e9rience signifiante et structurante par les moyens des substances et des plantes aux qualit\u00e9s illuminatrices et initiatrices, telles que le cacao, l\u2019ayahuasca, le tabac et autres drogues utilis\u00e9es lors des rituels sacr\u00e9s (Castaneda, 1977) et servant \u00e0 \u00e9largir l\u2019esprit, ou n\u2019y a-t-il que l\u2019exc\u00e8s de la consommation qui nous reste ?<\/p>\n<p>Nous vous proposons deux sections : \u00ab l&rsquo;exc\u00e8s au f\u00e9minin \u00bb et \u00ab exercice d\u00e9mesur\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le premier article de la premi\u00e8re section, Carolane Clermont-De Foy s\u2019int\u00e9resse aux formes que prend la d\u00e9mesure dans trois \u0153uvres d\u2019Audr\u00e9e Wilhelmy, soit <i>Oss<\/i>, <i>Plie la rivi\u00e8re<\/i> et <i>Le corps des b\u00eates<\/i>. Par une lecture croisant Nietzsche, Bataille et Dussault Frenette, l\u2019autrice met en lumi\u00e8re la part d\u2019animalit\u00e9 constitutrice de la d\u00e9mesure des personnages f\u00e9minins dans l\u2019univers wilhelmynien. Loin d\u2019\u00eatre une r\u00e9alit\u00e9 n\u00e9gative, cette animalit\u00e9 ouvre la possibilit\u00e9 pour ces femmes d\u2019exp\u00e9rimenter un autod\u00e9passement de la morale et d\u2019en construire une mesure qui leur est propre.<\/p>\n<p>Ensuite, M\u00e9lanie Boyer analyse la mani\u00e8re dont les protagonistes f\u00e9minines de <i>Bye Bye Blondie<\/i> (Virginie Despentes) et de <i>Sujet inconnu<\/i> (Loulou Robert) se construisent \u00e0 travers la violence, la souffrance et l\u2019errance. Que ce soient \u00e0 travers leurs comportements excessifs, leur apparence extravagante, leurs relations abusives ou leurs \u00e9motions explosives, elles sont toutes deux d\u00e9peintes comme des femmes marginales et d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es, prisonni\u00e8res de leur propre d\u00e9mesure. Or, c\u2019est en revendiquant leur singularit\u00e9 et en se tournant vers l\u2019\u00e9criture qu\u2019elles r\u00e9ussiront notamment \u00e0 s\u2019en affranchir.<\/p>\n<p>Dans \u00ab <em>The Substance<\/em> de Coralie Fargeat : pour une esth\u00e9tique de l&rsquo;exc\u00e8s \u00bb, Alice Guillot-Lefeuvre analyse le <em>body horror<\/em> cher \u00e0 Fargeat en d\u00e9cortiquant les m\u00e9canismes qui le composent. Cette esth\u00e9tique choque les spectateur\u00b7rice\u00b7s dans un but pr\u00e9cis. En effet, les personnages, le d\u00e9cor, les plans de cam\u00e9ra, le sc\u00e9nario, les costumes, la disposition des acteur\u00b7ice\u00b7s, etc. : tous ces \u00e9l\u00e9ments travaillent ensemble pour offrir une critique des normes pernicieuses impos\u00e9es aux femmes.<\/p>\n<p>Vincent Cliche, quant \u00e0 lui, argumente en faveur d&rsquo;un carnavalesque au f\u00e9minin \u00e0 partir des bandes dessin\u00e9es de Julie Doucet. L&rsquo;humour noir devient un moyen de faire voir l&rsquo;envers du (d\u00e9)corps, de repr\u00e9senter ce qui est d&rsquo;habitude cach\u00e9 : d\u00e9formations, fluides, mutilations&#8230;\u00a0Le corps grotesque, chez cette autrice, est un lieu de tensions qui permet de d\u00e9noncer les conventions sociales qui r\u00e9gissent les corps f\u00e9minins.<\/p>\n<p>Le dernier article qui traite de l&rsquo;exc\u00e8s au f\u00e9minin est celui de Mia Gauthier-Gasse, qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la fa\u00e7on dont l&rsquo;hypertexte devient la condition de possibilit\u00e9 de la subjectivit\u00e9 dans <em>my body, a Wunderkammer<\/em> de Shelley Jackson. La mat\u00e9rialit\u00e9 num\u00e9rique construit un sujet queer et profond\u00e9ment incarn\u00e9, vecteur d&rsquo;un message politique aussi pertinent au moment de la publication de l&rsquo;\u0153uvre, il y a pr\u00e8s de trente ans, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>En dernier lieu, Andr\u00e9ane McNally-Gagnon s&rsquo;inspire de Pierre Bayard et se pose une question plus qu&rsquo;int\u00e9ressante : et si <em>La m\u00e9tamorphose<\/em> de Kafka avait enfin \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par Paul B. Preciado? L&rsquo;autrice propose alors une interpr\u00e9tation appuy\u00e9e sur la philosophie de Preciado, montrant \u00e0 quel point notre compr\u00e9hension de l&rsquo;\u0153uvre est influenc\u00e9e par le nom d&rsquo;auteur qui y est rattach\u00e9.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Belmessous, Hac\u00e8ne. 2024. <em>Paris n\u2019est plus une f\u00eate. <\/em>Les voix urbaines.<\/p>\n<p>Borges, Jorge Luis. 1994 [1957]. \u00ab La biblioth\u00e8que de Babel \u00bb, dans <em>Fictions<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Casta\u00f1eda, Carlos. 1977. <em>L\u2019herbe du diable et la petite fum\u00e9e, <\/em>trad. Michel Doury. Paris : 10\/18.<\/p>\n<p>Cixous, H\u00e9l\u00e8ne. 2003. <em>L\u2019amour du loup et autres remords<\/em>. Paris : Galil\u00e9e.<\/p>\n<p>DeAngelis, Camille. 2015. <em>Bones &amp; All<\/em>. New York : St. Martin\u2019s Press.<\/p>\n<p>Eco, Umberto. 2022 [1982]. <em>Le nom de la rose<\/em>, trad. Jean-No\u00ebl Schifano. Paris : Grasset.<\/p>\n<p>Fargeat, Coralie. 2024. <em>The Substance<\/em>. Paris : XYZ Productions.<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 1984. <em>Le souci de soi <\/em>(Histoire de la sexualit\u00e9, t. III). Paris : Gallimard, \u00ab Biblioth\u00e8que des Histoires).<\/p>\n<p>Fisher, Mark. 2009. <em>Capitalist Realism: Is There No Alternative<\/em>? Zero Books.<\/p>\n<p>Gary, Romain. 1960. <em>La promesse de l\u2019aube<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Han, Byung-Chul. 2020. <em>The Disappearance of Rituals: A Topology of the Present<\/em>. Cambridge: Polity Press.<\/p>\n<p>Ingold<em>, <\/em>Tim. 2011.<em> Une br\u00e8ve histoire des lignes, <\/em>trad. Sophie Renaut. Zones Sensibles.<\/p>\n<p>Lamontagne, Andr\u00e9. 1994. \u00ab Le livre et le monde: la r\u00e9f\u00e9rence intertextuelle chez Jorge Luis Borges \u00bb. <em>Tangence<\/em>, n\u00b0 44.<\/p>\n<p>Montaigne (\u00e9d. E. Naya, D. Reguig-Naya et A. Tarr\u00eate). 2009. <em>Essais II\u00a0<\/em>: Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Oldenburg, Ray. 1989. <em>The Great Good Place. <\/em>Boston: Da Capo Press.<\/p>\n<p>Morrissette, Bruce. 1963. <em>Les Romans de Robbe-Grillet<\/em>. Paris : \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>Perec, Georges. 1963. \u00ab Le myst\u00e8re Robbe-Grillet \u00bb. <em>Partisans<\/em>. n\u00b0 11.<\/p>\n<p>Perec, Georges. 1969. <em>La disparition<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Sandel, Michael J. 2020.<em> The Tyranny of Merit: What\u2019s Become of the Common Good?<\/em>. NYC: Farrar, Straus and Giroux.<\/p>\n<p>Scarpa, Maria. 2009. \u00ab Le personnage liminaire \u00bb. <em>Romantisme<\/em>, n\u00b0 3.<\/p>\n<p>Scherer, Jacques. 1978 [1957]. <em>Le \u00ab Livre \u00bb de Mallarm\u00e9<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Thien, Madeleine. 2016. <em>Do Not Say We Have Nothing<\/em>. New York : W. W. Norton &amp; Co.<\/p>\n<p><em>Traduction oecum\u00e9nique de la Bible<\/em>. 2015. Paris : Soci\u00e9t\u00e9 biblique fran\u00e7aise et \u00c9ditions du cerf.<\/p>\n<p>White, Kenneth. 1987. <em>L\u2019esprit nomade. <\/em>Paris : Grasset.<\/p>\n<p>Wunenberger, Jean-Jacques. 1977. <em>La f\u00eate, le jeu et le sacr\u00e9, <\/em>Paris : Jean-Pierre Delarge \u00e9diteur.<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Berger Soucie, Kevin, Catrina Grenier, Edwige Medioni et Mikolaj Wyrzykowski. 2025. \u00ab Avant-propos \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9722&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41 Au Ve si\u00e8cle avant J.-C., Protagoras d\u00e9clarait que \u00ab\u00a0L\u2019homme est la mesure de toutes choses\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019y aurait pas de r\u00e9alit\u00e9 objective ext\u00e9rieure au sujet qui observe ; seule sa perception importe. 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