{"id":9753,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9753"},"modified":"2025-12-06T19:18:04","modified_gmt":"2025-12-06T19:18:04","slug":"un-imaginaire-ecologique-de-la-peur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9753","title":{"rendered":"Un imaginaire \u00e9cologique de la peur"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9758\">Hors s\u00e9rie, actes du colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL) 2025<\/a><\/h5>\n<p>En 2017, 2019 et 2023, l\u2019intensit\u00e9 des pr\u00e9cipitations printani\u00e8res et la vitesse anormale de la fonte des neiges ont \u00e9lev\u00e9es les crues de la rivi\u00e8re des Outaouais jusqu\u2019aux quartiers r\u00e9sidentiels de la ville de Gatineau, o\u00f9 j\u2019ai grandi; les eaux ont barr\u00e9 les routes et se sont vers\u00e9es dans les foyers, y sont rest\u00e9es des semaines et des semaines. La vall\u00e9e de l\u2019Outaouais est loin d\u2019\u00eatre la seule r\u00e9gion qui doit composer avec cette menace. Rassembl\u00e9s dans le cadre de l\u2019anthologie scientifique <i>Les inondations au Qu\u00e9bec,<\/i> publi\u00e9e en 2022, les t\u00e9moignages de sinistr\u00e9\u00b7es de part et d\u2019autre de la province rel\u00e8vent une composante importante de ces catastrophes: la peur qu\u2019iels \u00e9prouvent (Buffin-B\u00e9langer 2022, 310). Les d\u00e9bordements suscitent des r\u00e9percussions tant imm\u00e9diates que durables sur la sant\u00e9 mentale des riverain\u00b7es.\u00a0<\/p>\n<p>La peur se fait sentir avant m\u00eame que l\u2019eau monte sur les terrains: d\u00e8s l\u2019annonce d\u2019un d\u00e9bit de fonte plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne printani\u00e8re, ou encore d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de pluies torrentielles; ensuite au travers de l\u2019interruption progressive des services, tels que l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, en raison des intemp\u00e9ries (<i>Idem<\/i>). L\u2019angoisse cro\u00eet chez les riverain\u00b7es \u00ab qui constatent que l\u2019eau envahit graduellement leur terrain puis leur maison \u00bb et la peur s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00ab lorsqu\u2019[iels] sentent bouger leur demeure ou qu\u2019[iels] entendent trembler les vitres des fen\u00eatres. \u00bb (<i>Idem<\/i>) Celleux qui s\u2019attardent pour sauver leurs proches et leurs chats, leurs chiens, leurs biens, en plus de la peur de perdre ce \u00e0 quoi iels tiennent, peuvent \u00e9prouver la peur de mourir (<i>Ibid<\/i>., 311).\u00a0<\/p>\n<p>Dans bien des cas, le d\u00e9part des eaux n\u2019est pas suffisant pour r\u00e9tablir la sant\u00e9 mentale des riverain\u00b7es. Les diverses \u00e9preuves encourues pendant et suivant les inondations laissent des s\u00e9quelles psychologiques et diminuent le \u00ab sentiment de ma\u00eetrise \u00bb des sinistr\u00e9\u00b7es. Pour de nombreux\u00b7se riverain\u00b7es ayant \u00e9t\u00e9 aux prises avec des inondations par le pass\u00e9, \u00ab l\u2019arriv\u00e9e du printemps peut \u00eatre v\u00e9cue comme une forme de traumatisme \u00bb (Leblanc 2023); il pr\u00e9sage pour elleux le retour des eaux sur leurs terres.\u00a0<\/p>\n<p>Mes recherches s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019influence qu\u2019exerce la peur de la nature sur l\u2019imaginaire des communaut\u00e9s, et sp\u00e9cialement par le biais du folklore. Je cherche \u00e0 observer comment les figures folkloriques terrifiantes \u00ab\u2005\u202f\u00e9trang\u00e9isent\u202f\u00bb les paysages familiers auxquels elles sont associ\u00e9es dans l\u2019imaginaire populaire. L\u2019impuissance des riverain\u00b7es de l\u2019Outaouais dans les rapports qu\u2019iels entretiennent avec les crues peut \u00eatre mise en contraste avec la crainte respectueuse, m\u00eame r\u00e9v\u00e9rencieuse, que portaient les communaut\u00e9s des r\u00e9gions mar\u00e9cageuses du Lincolnshire, en Angleterre, pour les eaux irriguant leur paysage. Au 18e si\u00e8cle, celleux qui vivaient toujours au milieu d\u2019anciens marais de la vall\u00e9e d\u2019Ancholme croyaient qu\u2019un petit peuple de f\u00e9es contr\u00f4laient les niveaux d\u2019eau : \u00ab en p\u00e9riode d\u2019inondations, les familles [&#8230;] participaient \u00e0 un rituel pour pr\u00e9server leurs chaumi\u00e8res<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9753\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Toutes les citations de r\u00e9f\u00e9rences en anglais ont \u00e9t\u00e9 traduites par moi.<\/span> \u00bb (Horn 1987, 11); elles invoquaient Tiddy Mun, un petit esprit barbu, qui \u00e9coutait leurs chants et d\u00e8s le lendemain laissait se r\u00e9sorber les eaux.<\/p>\n<p>L\u2019anthropologue am\u00e9ricain Darwin Horn d\u00e9note la richesse du savoir \u00e9cologique traditionnel<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9753\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">C\u2019est-\u00e0-dire le savoir \u00e9cologique des r\u00e9sidents d\u2019un lieu sur celui-ci; il se distingue du savoir scientifique institutionnel. Voir, entre autres, Robin W. Kimmerer, \u00ab\u2005Weaving Traditional Ecological Knowledge into Biological Education: A Call to Action\u2005\u00bb, BioScience, 52\/5, 2002, p. 432\u2013438.<\/span> entourant le Tiddy Mun; celle-ci a notamment \u00e9t\u00e9 mise en relief lorsqu\u2019au 17e si\u00e8cle des int\u00e9r\u00eats financiers danois ont entam\u00e9 le drainage des marais (Simpson et Roud 2000, 360) au long de la rivi\u00e8re Ancholme pour les convertir en terres agricoles et tenter de contr\u00f4ler les al\u00e9as des zones inondables, et ce, contrairement \u00e0 la volont\u00e9 de la population locale dont le mode de vie \u00e9tait adapt\u00e9 aux milieux humides. La l\u00e9gende raconte que Tiddy Mun, en col\u00e8re, s\u2019est veng\u00e9 sans discriminer de l\u2019esp\u00e8ce humaine en rendant malades le b\u00e9tail et les enfants des membres de la communaut\u00e9 et en faisant c\u00e9der les murs de leurs maisons. Horn remarque que les changements au niveau de la densit\u00e9 du sol, susceptible de faire s\u2019affaisser les b\u00e2timents, sont des cons\u00e9quences scientifiquement attestables d\u2019un drainage \u00e0 grande \u00e9chelle (Horn 1987, 12-14), ce qui conf\u00e8re potentiellement un fonds de v\u00e9rit\u00e9 \u00e9cologique au folklore des milieux humides du Lincolnshire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9753\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Bien que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des \u00ab fens \u00bb ait \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 un risque accru de contracter des maladies (par exemple, la malaria), leur drainage \u00e9tait tout de m\u00eame davantage motiv\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats financiers en d\u00e9pit de la volont\u00e9 des habitants de ces milieux. Voir Eric H. Ash, The Draining of the Fens, John Hopkins University Press, 2022.<\/span>.<\/p>\n<p>Pour apaiser Tiddy Mun et lui faire comprendre qu\u2019iels restaureraient les marais si iels le pouvaient,\u00a0 les habitant\u00b7es de la vall\u00e9e d\u2019Ancholme ont fait le geste symbolique de jeter des seaux remplis d\u2019eau l\u00e0 o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e \u2014 et la f\u00e9e a mis fin \u00e0 sa mal\u00e9diction.\u00a0<\/p>\n<p>Cette fa\u00e7on de craindre autant que de respecter les cycles d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me donn\u00e9 \u2014 tel que le faisait le Lincolnshire \u00e0 travers la figure de Tiddy Mun \u2014 est selon moi \u00e0 m\u00eame d\u2019inhiber la tendance occidentale de \u00ab d\u00e9naturer \u00bb les milieux \u00e0 des fins soit d\u2019expansion r\u00e9sidentielle soit d\u2019exploitation industrielle.\u00a0<\/p>\n<p>Dans une perspective de recherche-cr\u00e9ation, je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 comment l\u2019agentivit\u00e9 du monde naturel peut \u00eatre \u00e0 la fois sond\u00e9e et repr\u00e9sent\u00e9e par le biais de l\u2019\u00e9criture de ces figures, dans l\u2019intuition que la simple suggestion de telles entit\u00e9s terrifiantes dans l\u2019horizon d\u2019un territoire peut alt\u00e9rer la fa\u00e7on de l\u2019interpr\u00e9ter et, par le fait m\u00eame, d\u2019y habiter. Dans mes recherches, je reviens toujours aux paysages surnaturels britanniques en raison de leur capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9stabiliser la perception habituelle qu&rsquo;ont les communaut\u00e9s de leur territoire par le biais de la terreur. Je travaille cette notion de terreur, d\u00e9finie comme une forme d\u2019horreur marqu\u00e9e par l\u2019obscurit\u00e9 et l\u2019ind\u00e9termination (Bibin 2011), parce qu&rsquo;elle attire notre attention sur les ambivalences des lieux, nous invitant \u00e0 repenser notre relation au monde naturel \u00e0 travers ces pr\u00e9sences imaginaires, \u00e0 la fois absentes scientifiquement et pr\u00e9sentes culturellement<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9753\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Pour consulter la source de ces intuitions de recherche qui probl\u00e9matisent les rapports entre pr\u00e9sence et absence, voir Mark Fisher, The Weird and the Eerie, Repeater Books, 2016.<\/span>.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de penser la relation humain-environnement me provient de la th\u00e9orique de l\u2019\u00ab\u2005\u00e9cologie de la peur<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9753\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Voir, par exemple, Caitlyn M. Gaynor et al., \u00ab Landscapes of Fear: Spatial Patterns of Risk Perception and Response \u00bb, Trends in Ecology &amp; Evolution, vol. 34, no. 4, 2019, p. 355-368.<\/span> \u00bb, une th\u00e9orie scientifique qui se penche sur les mani\u00e8res dont les diff\u00e9rentes esp\u00e8ces formant un m\u00eame \u00e9cosyst\u00e8me adaptent leurs comportements et leur zone d\u2019action selon les potentialit\u00e9s de pr\u00e9sence ou d\u2019absence des pr\u00e9dateurs. La peur que les proies \u00e9prouvent suffit \u00e0 influencer leurs comportements et leurs mouvements; c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019impact des pr\u00e9dateurs sur un \u00e9cosyst\u00e8me ne tient pas que dans l\u2019acte de pr\u00e9dation, mais aussi dans le \u00ab paysage de peur \u00bb qu\u2019ils \u00e9tablissent petit \u00e0 petit sur les communaut\u00e9s. Les diff\u00e9rentes composantes d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me apprennent ainsi \u00e0 se tenir en respect d\u00e8s l\u2019id\u00e9e seule d\u2019un danger \u2014 parce qu\u2019il ne faut pas attendre de voir le loup pour s\u2019en sauver, parce qu\u2019il faut esp\u00e9rer ne jamais le rencontrer. Si je fais appel \u00e0 l&rsquo; \u00ab \u00e9cologie de la peur \u00bb c\u2019est parce qu\u2019elle \u00e9claire pour moi la mani\u00e8re dont les figures folkloriques, en se substituant m\u00e9taphoriquement aux pr\u00e9dateurs r\u00e9els, cr\u00e9ent un paysage de peur dans les r\u00e9cits populaires et litt\u00e9raires. Cette dynamique permet d\u2019\u00e9tudier une sorte d\u2019\u00ab atmosph\u00e8re de l\u2019\u00e9trange \u00bb, o\u00f9 la simple \u00e9vocation d\u2019entit\u00e9s surnaturelles suffit \u00e0 transformer notre interpr\u00e9tation des territoires et \u00e0 influencer notre fa\u00e7on de les habiter.<\/p>\n<p>Comme le dit le chercheur en sciences des religions anglais Jack Hunter, \u00ab nous pourrions \u00eatre encourag\u00e9s \u00e0 pr\u00e9server certains sites et paysages naturels en raison des histoires et des traditions populaires qui y sont attach\u00e9es. \u00bb (Hunter 2020, 221) Je crois que l\u2019usage que fait l\u2019\u00eatre humain de son environnement et ressources pourrait \u00eatre influenc\u00e9e par la pr\u00e9sence ou non d\u2019une profondeur surnaturelle aux lieux qu\u2019iel habite; comme dans le cas du Tiddy Mun, qui existait pour la communaut\u00e9 des marais qui aurait pr\u00e9serv\u00e9es ceux-ci mais pas pour les int\u00e9r\u00eats financiers \u00e9trangers qui n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 les d\u00e9truire sans \u00e9gards pour les cons\u00e9quences de cette transgression.\u00a0<\/p>\n<p>Comme la vall\u00e9e d\u2019Ancholme, la vall\u00e9e de l\u2019Outaouais \u00e9tait originalement couverte de milieux humides, mais ceux-ci ont \u00e9t\u00e9, en ce qui concerne l\u2019immense majorit\u00e9, effac\u00e9s pour permettre d\u2019habiter et d\u2019exploiter les terres bordant la rivi\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9753\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9753-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Voir Rajeshwari Sriram, \u00ab Planting Priority for Forest Restoration in the Ottawa Area \u00bb, projet de recherche, Universit\u00e9 de Toronto, ma\u00eetrise en conservation foresti\u00e8re, 2021.<\/span>. Il n\u2019est donc pas si surprenant qu\u2019en 2017, 2019 et 2023, celle-ci ait pu d\u00e9border dans les terres qu\u2019elle baignait naturellement avant le tournant du 18e si\u00e8cle. Alors qu\u2019on fait face \u00e0 un risque accru d\u2019inondations d\u00fb aux changements climatiques, que faire de la peur qui s\u2019impose soudainement?<\/p>\n<p>Selon plusieurs chercheur\u00b7es autant en sciences humaines que naturelles, une meilleure gestion du risque d\u2019inondations, telles qu\u2019il y en a eu en Outaouais comme dans le reste du Qu\u00e9bec, passerait par un changement de mentalit\u00e9 vis-\u00e0-vis de la relation entre la terre et de l\u2019eau. (Jensen 2017, 224-234) Au lieu de les percevoir comme deux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9tanches, le nouveau champ d\u2019\u00e9tudes de l\u2019anthropologie amphibienne propose de prendre en consid\u00e9ration le dynamisme de leur interrelation, leurs fronti\u00e8res mouvantes \u2014 \u00e0 l\u2019image des grenouilles, des salamandres, qui vivent du recoupement des deux \u00e9l\u00e9ments. Cette r\u00e9orientation serait susceptible de mener \u00e0 une planification municipale et une construction du b\u00e2ti plus durables, notamment en pr\u00e9voyant des espaces de libert\u00e9 (Buffin-B\u00e9langer 2022, 203) o\u00f9 l\u2019eau pourrait s\u2019\u00e9couler, ou en b\u00e2tissant sur des pilotis plut\u00f4t que derri\u00e8re des digues. \u00c0 terme, cela \u00e9quivaudrait \u00e0 redonner un peu de terre \u00e0 l\u2019eau, comme les habitants du Lincolnshire ont symboliquement redonn\u00e9 de l\u2019eau \u00e0 la terre avec leurs seaux. Pour reconna\u00eetre cette agentivit\u00e9 (non seulement celle de l\u2019eau, mais aussi celle de l\u2019ensemble du milieu naturel), il importe de multiplier les histoires \u0153uvrant \u00e0 la souligner (Zhong Mengual et Morizot 2018, 87-96).<\/p>\n<p>Ainsi, pour \u00e9viter que la situation s\u2019empire davantage, on pourrait chercher \u00e0 approcher et \u00e0 recevoir les messages de ph\u00e9nom\u00e8nes et d\u2019autres formes de vie qui ne partagent pas notre langage. L\u2019autrice et traductrice indienne Nedra Rodrigo t\u00e9moigne, que quand elle \u00e9tait enfant, et qu\u2019elle observait les branches des manguiers s\u2019animer la nuit, elle croyait apercevoir le vetala se laisser pendre par les branches \u2014 un mort-vivant donneur d\u2019\u00e9nigmes, embl\u00e9matique du folklore de chez elle, en Inde. Le souvenir de cette exp\u00e9rience demeure vif: en se rem\u00e9morant sa relation particuli\u00e8re avec le manguier, Rodrigo r\u00e9alise que les cr\u00e9atures qui l\u2019habitaient, dans son esprit, la mettent au d\u00e9fi de r\u00e9sister \u00e0 instrumentaliser la nature de fa\u00e7on extractiviste dans ses travaux, l\u2019encourageant plut\u00f4t \u00e0 \u00e9crire \u00ab \u00e0 partir d\u2019un terrain v\u00e9cu \u2014 d\u2019une relation psychique signifiante avec le territoire.\u2005\u00bb (Rodrigo 2023, 66)<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait de toute \u00e9vidence pas de vampires qui se balan\u00e7aient dans les manguiers dans les lieux d\u2019enfance de Nedra Rodrigo, mais pourquoi ne pas faire comme si. Cette impression d\u2019une entit\u00e9 surnaturelle parmi les feuilles veut tout de m\u00eame dire quelque chose \u00e0 propos de comment nous nous relions \u00e0 notre environnement, comment notre exp\u00e9rience d\u2019une chose \u00ab autre \u00bb est en partie construite par l\u2019imagination. Une part d\u2019inconnaissable demeure qui nous laisse assez de place pour imaginer.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais maintenant exemplifier les id\u00e9es sous-tendant ma recherche par ma propre pratique d\u2019\u00e9criture. Comme Nedra Rodrigo, je souhaite travailler \u00e0 partir d\u2019un terrain v\u00e9cu et d\u00e9velopper des liens signifiants avec mon milieu naturel. Mais, pour ma part, je ne crois pas aux cr\u00e9atures folkloriques. Je n\u2019en ai jamais rencontr\u00e9. Dans les cours de cr\u00e9ation, on conseille souvent d\u2019\u00e9crire \u00e0 partir de ce qu\u2019on conna\u00eet. Je n\u2019\u00e9cris que des histoires de cr\u00e9atures folkloriques. Je pense que j\u2019\u00e9cris d\u2019abord \u00e0 partir de ce que j\u2019aimerais mieux conna\u00eetre. J\u2019aimerais mieux conna\u00eetre le surnaturel parce qu\u2019il m\u2019a toujours intrigu\u00e9. Il m\u2019a toujours intrigu\u00e9 parce qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9, depuis que je suis enfant, l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un fant\u00f4me suffit \u00e0 me faire peur. Je me console en me disant que d\u2019avoir peur d\u2019une chose, c\u2019est d\u00e9j\u00e0, d\u2019une certaine mani\u00e8re, la faire exister.<\/p>\n<p>Ce qui existe pour moi, ce sont les chiens. Depuis ma formation en \u00e9ducation canine, je suis heureux d\u2019en rencontrer de plus en plus souvent. Les chiens constituent mon v\u00e9ritable terrain v\u00e9cu : ils repr\u00e9sentent pour moi la mani\u00e8re la plus sinc\u00e8re, ou du moins la plus efficace, d\u2019entrer personnellement en relation avec la nature. Ils s\u2019incrustent dans mes histoires. D\u2019ailleurs, dans l\u2019imaginaire populaire, on pr\u00e9tend souvent que les chiens peuvent voir les fant\u00f4mes. Les chiens et les fant\u00f4mes auraient-ils davantage en commun qu\u2019on pourrait le penser? En tant qu\u2019\u00e9ducateur canin, je sers de m\u00e9diateur entre les humains et leurs chiens, afin de leur apprendre \u00e0 mieux se comprendre. Si les chiens, eux, seraient \u00e0 m\u00eame de voir les fant\u00f4mes, pourraient-ils m\u2019aider, semblablement, \u00e0 mieux comprendre ceux-ci? Et inversement, est-ce que de chercher \u00e0 mieux comprendre les fant\u00f4mes, avec l\u2019aide des chiens, m\u2019aiderait \u00e0 mieux comprendre le vivant?<\/p>\n<p>Le folklore anglais, notamment, regorge non seulement de l\u00e9gendes de fant\u00f4mes, mais aussi de r\u00e9cits de chiens fant\u00f4mes. Chaque r\u00e9gion des \u00eeles Britanniques a son propre \u00ab\u2005black dog\u2005\u00bb, dont les gens craignent traditionnellement l\u2019apparition. Croiser un grand chien noir sur un chemin de campagne \u00e9tait, le plus souvent, un mauvais pr\u00e9sage: ce spectre \u00e9tait la promesse d\u2019une mort imminente, soit la sienne, soit celle d\u2019un proche. Le plus redoutable d\u2019entre tous \u00e9tait, est toujours, le Black Shuck \u2014 celui-ci hante les zones mar\u00e9cageuses de l\u2019est de l\u2019Angleterre.\u00a0<\/p>\n<p>La figure me vient plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019un article de Jonathan Woolley; Woolley interpr\u00e8te le Shuck comme une cr\u00e9ature ancienne fa\u00e7onn\u00e9e par le territoire o\u00f9 il r\u00f4de, territoire dont la topographie a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le passage des glaciers(Woolley 2018, 295-309). Le Shuck incarne pour Woolley le <i>deep time<\/i>, c\u2019est-\u00e0-dire la longue dur\u00e9e, entre autres, du territoire, de la g\u00e9ologie \u2013 ce qui nous d\u00e9centre de notre courte vie humaine, ou de l\u2019humain comme mesure de toute chose, en nous confrontant \u00e0 une \u00e9chelle de temps qui nous d\u00e9passe, et surtout, \u00e0 la mort, qui comme comme le temps, nous d\u00e9passe.\u00a0<\/p>\n<p>Le rapport du Shuck \u00e0 la mort est aussi \u00e9vocateur d\u2019un point de vue environnemental, car, comme l\u2019indique Woolley : \u00ab Les cr\u00e9atures comme le Shuck \u2013 qui nous avertissent de l\u2019imminence d\u2019un d\u00e9sastre, leur pr\u00e9sence incertaine nous poursuivant \u00e0 travers des lieux sauvages \u2013 anticipent la catastrophe [\u00e9cologique] d\u2019une mani\u00e8re qui enchante la terre, ce qui peut nous motiver \u00e0 nous engager dans le monde et \u00e0 ressentir un sens de responsabilit\u00e9 renouvel\u00e9. \u00bb (<i>Ibid<\/i>., 307) Woolley t\u00e9moigne qu\u2019\u00e0 force d\u2019\u00e9couter ces histoires, dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate de terrain dans les mar\u00e9cages anglais, il redoublait d\u2019attention; sans vraiment y croire, la pr\u00e9sence de la cr\u00e9ature lui \u00e9tait tout de m\u00eame \u00e9voqu\u00e9e, il en ressentait la possibilit\u00e9. Une balade en for\u00eat n\u2019a plus la m\u00eame ambiance si on nous raconte qu\u2019un chien d\u00e9moniaque r\u00f4de dans les parages, et que si on l\u2019aper\u00e7oit, on risque de mourir en rentrant chez-soi. Cette potentialit\u00e9 a influ\u00e9 sur son usage des lieux.\u00a0<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la forme que pourrait prendre mon projet de doctorat, j\u2019\u00e9tais en Abitibi pour participer \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de recherche R\u00e9\u00e9crire la bor\u00e9ale, pilot\u00e9e par Jonathan Hope, Cassie B\u00e9rard et Catherine Cyr. C\u2019\u00e9tait l\u2019occasion d\u2019une rencontre entre des \u00e9tudiant\u00b7es en \u00e9tudes litt\u00e9raires de l\u2019UQAM et des \u00e9tudiant\u00b7es en \u00e9cologie foresti\u00e8re de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec en Abitibi-T\u00e9miscamingue, afin d\u2019explorer quelles \u00e9critures pouvaient na\u00eetre de l\u2019\u00e9change de nos savoirs. J\u2019ai, pour ma part, trouv\u00e9 particuli\u00e8rement \u00e9vocatrices les recherches de Jonathan Cazabonne, mycologue en formation. Jonathan \u00e9tudiait les r\u00e9seaux de champignons dans les eskers. Les eskers sont de longues et hautes cr\u00eates de gravier et de sable, surtout observables dans les paysages nordiques, que les glaciers ont laiss\u00e9es en se retirant. Ces champignons qui prosp\u00e8rent dans les eskers prosp\u00e8rent sous la terre, ils sont donc largement invisibles et surtout m\u00e9connus. Ils m\u2019ont rappel\u00e9 mes fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que j\u2019avais \u00e0 apporter, du point de vue de l\u2019imaginaire? Jonathan \u00e9tudie cette \u00e9cologie dans l\u2019id\u00e9e que mieux conna\u00eetre \u00e9quivaut \u00e0 mieux prot\u00e9ger \u2014 car tout l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des eskers est menac\u00e9 par l\u2019exploitation mini\u00e8re et foresti\u00e8re. L\u00e0 o\u00f9 Jonathan cherchait \u00e0 aviver notre curiosit\u00e9 pour ces vies souterraines en les d\u00e9mystifiant, j\u2019ai voulu susciter cette curiosit\u00e9 en recouvrant les eskers d\u2019une aura d\u2019imaginaire, d\u2019une atmosph\u00e8re qui correspond au myst\u00e8re de ces champignons. Les eskers de l\u2019Abitibi \u00e9tant, comme les mar\u00e9cages de l\u2019Est de l\u2019Angleterre, l\u2019h\u00e9ritage des passage des glaciers, je me suis demand\u00e9 ce que cela ferait de tirer le Black Shuck de ses mar\u00e9cages pour le faire plut\u00f4t hanter les eskers.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9crit un r\u00e9cit de prose po\u00e9tique narr\u00e9e dans la perspective de la cr\u00e9ature(C\u00f4t\u00e9-Perras 2024); elle y t\u00e9moignait de sa ronde ancestrale sur les sinuosit\u00e9s des eskers, de son lien intime avec les r\u00e9seaux de champignons qui se d\u00e9ployaient sous ses pas, de la complexit\u00e9 de cette intelligence souterraine. Ce r\u00e9cit \u00e9tait aussi celui d\u2019un mycologue, inquiet \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019apercevoir cette cr\u00e9ature dont il avait entendu parl\u00e9, cette cr\u00e9ature dont la vue lui annoncerait une mort prochaine, alors qu\u2019il cherchait \u00e0 pr\u00e9lever des \u00e9chantillons des champignons au flanc d\u2019un esker. Mais au contraire, le chien lui a sauv\u00e9 la vie : juste avant que le mycologue se fasse atteindre par la balle perdue d\u2019un chasseur, le Black Shuck, sans se montrer, a japp\u00e9, l\u2019a fait sursauter, tomber et \u00e9viter la balle, lui permettant de continuer son travail.\u00a0<\/p>\n<p>En faisant relire mon texte, j\u2019ai re\u00e7u comme commentaire que la perspective au \u00ab\u2005je\u2005\u00bb du chien \u00e9tait \u00e9tonnante. Normalement, un chien ne peut pas dire \u00ab\u2005je\u2005\u00bb, m\u00eame un chien fant\u00f4me. Mais alors, qu\u2019est-ce qu\u2019un chien peut dire, ou aurait \u00e0 nous dire? Qu\u2019est-ce qu\u2019un chien sait? Un chien sait que, dans le monde, il y a beaucoup de choses \u00e0 renifler, et que chaque chose a une odeur tr\u00e8s sp\u00e9cifique. Une chose peut m\u00eame \u00eatre cach\u00e9e, loin, ou morte depuis un moment d\u00e9j\u00e0 et toujours son odeur est l\u00e0, elle entre par les narines du chien et alors le chien la conna\u00eet. Ces champignons des eskers, mon chien-narrateur pouvait \u00eatre au fait de leur existence sans avoir besoin de les voir ou de les toucher, et \u00e0 travers son fant\u00f4me, ces champignons pouvaient peut-\u00eatre, eux aussi, un peu dire \u00ab\u2005je\u2005\u00bb .\u00a0<\/p>\n<p>Pour la seconde \u00e9dition de R\u00e9\u00e9crire la for\u00eat bor\u00e9ale, pr\u00e9sentement en cours, je collabore avec Sabrina Cloutier, qui \u00e9tudie l\u2019impact des coupes foresti\u00e8res sur les esp\u00e8ces de libellules vivant aux abords des lacs des Eskers. Je travaille sur une nouvelle qui proc\u00e8de de mes intuitions de recherche. Son narrateur, de passage en Abitibi, \u00e9gare son chien en for\u00eat. Dans sa d\u00e9tresse de retrouver son chien dans la for\u00eat de pin qui couvre l\u2019esker, les fronti\u00e8res entre l\u2019imaginaire du narrateur et sa qu\u00eate s\u2019amenuisent, il se met \u00e0 voir des signes qu\u2019un esprit malveillant hante le lac, tout pr\u00e8s, que ce spectre a peut-\u00eatre tir\u00e9 son chien vers le fond.\u00a0<\/p>\n<p>Ce spectre est une r\u00e9interpr\u00e9tation de la cr\u00e9ature folklorique Jenny Greenteeth, dont la l\u00e9gende est racont\u00e9e par les parents du Nord de l\u2019Angleterre \u00e0 leurs enfants, pour qu\u2019iels fassent bien attention au bord des rivi\u00e8res, au risque que Jenny leur attrape les chevilles et les noie (Simpson et Roud 2000, 199).En cherchant son chien autour du lac, en faisant bien attention o\u00f9 il met les pieds, mon narrateur d\u00e9couvre toutes ces vies insectes qui y grouillaient, une diversit\u00e9 de vie qui risque de dispara\u00eetre si on prend les lacs pour acquis, si on coupe tout autour et creuse des mines en-dessous.<\/p>\n<p>Mon amie P\u00e9n\u00e9lope, en s\u00e9jour en Europe, m\u2019\u00e9crit: \u00ab\u2005<i>Je pensais \u00e0 toi \u00e0 Berat, en Albanie. Il y a plein de chiens qui errent (ou est-ce que ce serait plut\u00f4t des fant\u00f4mes?). Il nous suivent parfois pour un bout de chemin.<\/i>\u2005\u00bb\u00a0 J\u2019ai rencontr\u00e9 P\u00e9n\u00e9lope dans cette \u00e9dition de R\u00e9\u00e9crire la for\u00eat bor\u00e9ale; mon amie \u00e9crit des merveilleux po\u00e8mes, port\u00e9s par une m\u00eame sensibilit\u00e9 aux myst\u00e8res du vivant, et son message m\u2019a touch\u00e9 \u2014 la longue dur\u00e9e d\u2019un doctorat me fait oublier que si on \u00e9crit, c\u2019est pour partager aux autres ce qu\u2019on \u00e9crit. Elle me rappelle qu\u2019il faut se laisser \u00eatre accompagn\u00e9\u00b7es, pas seulement de chiens ou de fant\u00f4mes, et qu\u2019on a pas besoin d\u2019avoir peur seul\u00b7es.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>ABBAS, Nuzhat (dir.). 2023. <i>River in an Ocean: Essays on Translation<\/i>, Trace press.<\/p>\n<p>ASH, Eric H. 2022. <i>The Draining of the Fens<\/i>, John Hopkins University Press.<\/p>\n<p>B\u00c9RARD et al. (dir.). 2024. <i>Bor\u00e9aliser<\/i>, Zinc.<\/p>\n<p>BUFFIN-B\u00c9LANGER, Thomas, Maltais, Danielle et Gauthier, Mario. 2022. <i>Les inondations au Qu\u00e9bec<\/i>, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>BIBIN, Dragan. 2011. \u00ab Deimos (study) Painting \u00bb, <em>Saatchi Art<\/em>, en ligne &lt;https:\/\/www.saatchiart.com\/art\/Painting-Deimos-study\/853014\/2859522\/view&gt;.<\/p>\n<p>JENSEN, Casper Bruun. 2017. \u00ab Amphibious Worlds: Environments, Infrastructures, Ontologies \u00bb, <em>Engaging Science, Technology<\/em>, and Society, vol. 3.<\/p>\n<p>FISHER, Mark. 2016. <i>The Weird and the Eerie<\/i>, Repeater Books.<\/p>\n<p>GAYNOR, Caitlyn M. et al. 2019. \u00ab Landscapes of Fear: Spatial Patterns of Risk Perception and Response \u00bb, <em>Trends in Ecology &amp; Evolution<\/em>, vol. 34, n\u00b0 4.<\/p>\n<p>HERBRECHTER, Stefan et al. (dir.). 2020. <i>Palgrave Handbook of Critical Posthumanism.<\/i><\/p>\n<p>HORN, Darwin. 1987. \u00ab Tiddy Mun&rsquo;s Curse and the Ecological Consequences of Land Reclamation \u00bb, <em>Folklore<\/em>, vol. 98, n\u00b0 1.<\/p>\n<p>HUNTER, Jack. 2020. \u00ab Folklore, Landscape and Ecology: Joining the Dots \u00bb, <i>Time and Mind<\/i>, vol. 13, n\u00b0 3.<\/p>\n<p>KIMMERER, Robin W. 2002. \u00ab\u2005Weaving Traditional Ecological Knowledge into Biological Education: A Call to Action\u2005\u00bb, <em>BioScience<\/em>, 52\/5.<\/p>\n<p>LEBLANC, \u00c9tienne. 2023. \u00ab Sommes-nous enfin pr\u00eats pour affronter le pire des inondations au Qu\u00e9bec? \u00bb,<em> Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada<\/em>, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/1972899\/inondations-quebec-gestion-climat-gouvernance\">https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/1972899\/inondations-quebec-gestion-climat-gouvernance&gt;<\/a><\/p>\n<p>Radio-Canada. 2023. \u00ab Changements climatiques : les inondations ravivent les craintes de citoyens et d\u2019\u00e9lus \u00bb, <em>ICI Ottawa-Gatineau<\/em>, en ligne, &lt;<a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/2002610\/inondations-soudaines-crainte-changement-climatique-ottawa\">https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/2002610\/inondations-soudaines-crainte-changement-climatique-ottawa&gt;<\/a><\/p>\n<p>SIMPSON, Jaqueline et Roud, Steven. 2000. <i>A Dictionary of English Folklore,<\/i> Oxford University Press.<\/p>\n<p>SRIRAM, Rajeshwari. 2021. \u00ab Planting Priority for Forest Restoration in the Ottawa Area \u00bb, projet de recherche, Universit\u00e9 de Toronto, ma\u00eetrise en conservation foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>WOOLLEY, Jonathan. 2018. \u00ab Hounded Out of Time: Black Shuck\u2019s Lesson in the Anthropocene \u00bb, <em>Environmental Humanities<\/em>, vol. 10, n\u00b0 1.<\/p>\n<p>ZHONG MENGUAL, Estelle et Morizot, Baptiste. 2018. \u00ab L\u2019illisibilit\u00e9 du paysage \u00bb, <em>Nouvelle revue d\u2019esth\u00e9tique<\/em>, vol. 22, n\u00b0 2.<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>C\u00f4t\u00e9-Perras, Alexandre. 2025. \u00ab Un imaginaire \u00e9cologique de la peur \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Actes du colloque CIEL 2025 \u00bb, hors s\u00e9rie, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9753&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/CA\u00b4tA\u00a9-Perras-Alexandre-Un-imaginaire-A\u00a9cologique-de-la-peur-CIEL_Postures.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 CA\u0303\u00b4tA\u0303\u00a9-Perras, Alexandre - Un imaginaire A\u0303\u00a9cologique de la peur (CIEL_Postures).docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a4b1f2aa-923c-42ba-b8cb-6ca7c032fcdd\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/CA\u00b4tA\u00a9-Perras-Alexandre-Un-imaginaire-A\u00a9cologique-de-la-peur-CIEL_Postures.docx.pdf\">CA\u0303\u00b4tA\u0303\u00a9-Perras, Alexandre &#8211; Un imaginaire A\u0303\u00a9cologique de la peur (CIEL_Postures).docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/CA\u00b4tA\u00a9-Perras-Alexandre-Un-imaginaire-A\u00a9cologique-de-la-peur-CIEL_Postures.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a4b1f2aa-923c-42ba-b8cb-6ca7c032fcdd\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Toutes les citations de r\u00e9f\u00e9rences en anglais ont \u00e9t\u00e9 traduites par moi.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>C\u2019est-\u00e0-dire le savoir \u00e9cologique des r\u00e9sidents d\u2019un lieu sur celui-ci; il se distingue du savoir scientifique institutionnel. Voir, entre autres, Robin W. Kimmerer, \u00ab\u2005Weaving Traditional Ecological Knowledge into Biological Education: A Call to Action\u2005\u00bb, BioScience, 52\/5, 2002, p. 432\u2013438.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Bien que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des \u00ab fens \u00bb ait \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 un risque accru de contracter des maladies (par exemple, la malaria), leur drainage \u00e9tait tout de m\u00eame davantage motiv\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats financiers en d\u00e9pit de la volont\u00e9 des habitants de ces milieux. Voir Eric H. Ash, The Draining of the Fens, John Hopkins University Press, 2022.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Pour consulter la source de ces intuitions de recherche qui probl\u00e9matisent les rapports entre pr\u00e9sence et absence, voir Mark Fisher, The Weird and the Eerie, Repeater Books, 2016.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Voir, par exemple, Caitlyn M. Gaynor et al., \u00ab Landscapes of Fear: Spatial Patterns of Risk Perception and Response \u00bb, Trends in Ecology &amp; Evolution, vol. 34, no. 4, 2019, p. 355-368.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Voir Rajeshwari Sriram, \u00ab Planting Priority for Forest Restoration in the Ottawa Area \u00bb, projet de recherche, Universit\u00e9 de Toronto, ma\u00eetrise en conservation foresti\u00e8re, 2021.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors s\u00e9rie, actes du colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL) 2025 En 2017, 2019 et 2023, l\u2019intensit\u00e9 des pr\u00e9cipitations printani\u00e8res et la vitesse anormale de la fonte des neiges ont \u00e9lev\u00e9es les crues de la rivi\u00e8re des Outaouais jusqu\u2019aux quartiers r\u00e9sidentiels de la ville de Gatineau, o\u00f9 j\u2019ai grandi; les eaux ont barr\u00e9 les routes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1446],"tags":[1449],"class_list":["post-9753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actes-du-colloque-ciel-2025","tag-perras-alexandre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9753"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9753\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10034,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9753\/revisions\/10034"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}