{"id":9765,"date":"2025-12-11T12:00:00","date_gmt":"2025-12-11T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9765"},"modified":"2025-12-06T19:00:43","modified_gmt":"2025-12-06T19:00:43","slug":"tendre-la-main-penser-et-ecrire-lamitie-feminine-en-litterature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9765","title":{"rendered":"Tendre la main: penser et \u00e9crire l&rsquo;amiti\u00e9 f\u00e9minine en litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9758\">Hors s\u00e9rie, actes du colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL) 2025<\/a><\/h5>\n<p>\u00c9laine Audet, dans <i>Courtepointe de l\u2019amiti\u00e9 entre femmes<\/i>, explique que \u00ab\u00a0les femmes sont amies depuis des mill\u00e9naires. [\u2026] S\u2019il n\u2019en avait pas \u00e9t\u00e9 ainsi, elles n\u2019auraient pas pu survivre dans un monde o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 si d\u00e9valoris\u00e9es. Mais il n\u2019existe \u00e0 peu pr\u00e8s pas de documentation sur ce sujet\u00a0\u00bb (2000, 23). Je propose alors une r\u00e9flexion sur les amiti\u00e9s f\u00e9minines, sur ce que ces relations peuvent apporter et surtout sur la fa\u00e7on dont celles-ci peuvent \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9es dans un contexte litt\u00e9raire.\u00a0<\/p>\n<p>Mon point de d\u00e9part quant \u00e0 cette r\u00e9flexion est la citation suivante d\u2019Iris Brey, d\u00e9couverte lors de la r\u00e9daction de mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise en recherche-cr\u00e9ation : \u00ab\u00a0ce geste-l\u00e0, je ne l\u2019ai quasiment pas vu. La main d\u2019une femme rencontrant celle d\u2019une autre. Je creuse ma m\u00e9moire, les femmes prenaient rarement soin les unes des autres, ni autour de moi, ni sur le petit \u00e9cran\u00a0\u00bb (2021, 111). Ces mots m\u2019ont intrigu\u00e9 et ils m\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les mani\u00e8res dont on repr\u00e9sente les gestes, les mots et la bienveillance de l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine en litt\u00e9rature. J\u2019en suis alors venue \u00e0 me questionner sur la signification et sur l\u2019importance de ces gestes, tout en constatant qu\u2019effectivement, la mise en r\u00e9cit d\u2019une amiti\u00e9 f\u00e9minine sinc\u00e8re est particuli\u00e8rement rare. Mon fil conducteur est donc ce geste, cette main tendue, que je cherche \u00e0 saisir et \u00e0 d\u00e9plier.\u00a0<\/p>\n<p>Mon id\u00e9e initiale \u00e9tait d\u2019enti\u00e8rement s\u00e9parer ma d\u00e9marche de recherche de ma d\u00e9marche de cr\u00e9ation. Mais, \u00e9tant donn\u00e9 que la r\u00e9flexion th\u00e9orique nourrit le geste de l\u2019\u00e9criture, et vice versa, ces deux d\u00e9marches sont particuli\u00e8rement entrem\u00eal\u00e9es dans le cadre de ce projet. Je propose alors une structure hybride qui me permet de r\u00e9ellement repr\u00e9senter cet entrem\u00ealement cr\u00e9atif et th\u00e9orique. Je vais d\u00e9velopper, en premi\u00e8re partie, une courte analyse des structures dominantes, pr\u00e9supposant qu\u2019il est difficile d\u2019imaginer les relations entre femmes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9765\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9765-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9765-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Je pr\u00e9cise ici que j\u2019englobe sous le terme femme toute personne s\u2019identifiant au genre f\u00e9minin, qu\u2019importe le genre attribu\u00e9 \u00e0 la naissance. <\/span> caract\u00e9ris\u00e9es par autre chose que par un sentiment de rivalit\u00e9. Tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la raret\u00e9 des mod\u00e8les d\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine dans la fiction, je ferai des \u00e9chos avec ma propre d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture, en r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise. En deuxi\u00e8me partie, je vais aborder la litt\u00e9rature contemporaine en pr\u00e9supposant que des espaces litt\u00e9raires peuvent \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s de certaines contraintes nomm\u00e9es en premi\u00e8re partie. Je reviendrais ensuite sur le geste de l\u2019\u00e9criture qui m\u2019appara\u00eet comme \u00e9tant une r\u00e9ponse \u00e0 certains manques constat\u00e9s, comme \u00e9tant une mani\u00e8re de r\u00e9\u00e9crire ce geste de main tendue qui m\u2019int\u00e9resse et qui m\u2019interpelle particuli\u00e8rement.<\/p>\n<h3><b>H\u00e9riter de la rivalit\u00e9<\/b><\/h3>\n<p>Lori Saint-Martin, qui a travaill\u00e9 sur les rapports amicaux entre femmes dans les romans qu\u00e9b\u00e9cois, explique que \u00ab\u00a0les traces des grandes amiti\u00e9s f\u00e9minines ont \u00e9t\u00e9 gomm\u00e9es de l\u2019histoire. [&#8230;] L\u2019amiti\u00e9 entre les femmes est donc la grande sacrifi\u00e9e de l\u2019ordre patriarcal\u00a0\u00bb (2011, 77). Cela \u00e9voque que les amiti\u00e9s entre femmes existent, qu\u2019elles ont toujours exist\u00e9es, mais uniquement de mani\u00e8re sous-jacente. Ces amiti\u00e9s passent inaper\u00e7ues parce qu\u2019elles sont estim\u00e9es pas ou peu importantes \u2013 du moins, moins importantes que des relations amicales entre hommes ou que des relations amoureuses h\u00e9t\u00e9rosexuelles, par exemple.\u00a0<\/p>\n<p>Je reviens vers ma citation initiale, la citation d\u2019Iris Brey\u00a0: \u00ab\u00a0ce geste-l\u00e0, je ne l\u2019ai quasiment pas vu. La main d\u2019une femme rencontrant celle d\u2019une autre \u00bb (2021, 111). Je pars de cette absence du geste pour me questionner sur les raisons de la raret\u00e9 de celui-ci ; est-ce que ce geste est rare parce que peu repr\u00e9sent\u00e9 dans les r\u00e9cits ou est-ce que ce geste est invisible parce que volontairement emp\u00each\u00e9 par diff\u00e9rentes structures?\u00a0<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0Sisterhood\u00a0: Political Solidarity Between Women \u00bb, bell hooks \u00e9crit :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>we are taught that our relationship with one another diminish rather than enrich our experience. We are taught that women are \u2018natural\u2019 enemies, that solidarity will never exist between us because we cannot, should not and do not bond with one another. We have learned these lessons well. (1986, 127)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>hooks sugg\u00e8re que les femmes sont naturellement, voire instinctivement, ennemies les unes des autres, qu\u2019elles sont appel\u00e9es \u00e0 se positionner en tant qu\u2019adversaires, plut\u00f4t que comme alli\u00e9es. Selon hooks, la rivalit\u00e9 est construite, elle est apprise ou transmise par des structures dominantes \u2013 notamment par des structures patriarcales \u2013 et elle n\u2019est pas forc\u00e9ment naturelle. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de rivalit\u00e9 est certainement nourri par la socialisation des jeunes filles et des jeunes femmes, qui dans des contextes familiaux, scolaires ou sociaux, sont encourag\u00e9es \u00e0 se comparer et \u00e0 s\u2019\u00e9valuer les unes en fonction des autres. On peut apercevoir une banalisation de certains comportements, de certaines paroles, de certaines actions\u00a0; il n\u2019est pas rare, par exemple, d\u2019entendre une femme critiquant une autre par rapport \u00e0 son apparence ou de voir des femmes se m\u00e9fier des autres, pr\u00e9f\u00e9rant alors la compagnie des hommes. Ces phrases, ces commentaires, qui sont encore tr\u00e8s courants dans les discours sociaux, dans les m\u00e9dias, dans les conversations quotidiennes nourrissent l\u2019id\u00e9e ou la pr\u00e9supposition que l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine est difficile \u00e0 atteindre, voire compl\u00e8tement impensable.\u00a0<\/p>\n<p>\u0152uvrant dans le domaine litt\u00e9raire, je me demande certainement\u00a0: qu\u2019en est-il des relations platoniques entre femmes en litt\u00e9rature? La fiction faisant tr\u00e8s souvent \u00e9cho \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, il est in\u00e9vitable que ce st\u00e9r\u00e9otype de la rivalit\u00e9 entre femmes, au d\u00e9pit des autres facettes de relations possibles, pr\u00e9domine \u00e9galement dans les r\u00e9cits litt\u00e9raires. La mise en r\u00e9cit d\u2019une amiti\u00e9 f\u00e9minine sinc\u00e8re, solide, qui n\u2019est pas bas\u00e9e sur une jalousie ou sur une comp\u00e9titivit\u00e9 est donc particuli\u00e8rement rare. Dans <i>Une chambre \u00e0 soi<\/i>, Virginia Woolf explique pourquoi la simple phrase \u00ab\u00a0Chlo\u00e9 aime Olivia\u00a0\u00bb la bouleverse :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois peut-\u00eatre en litt\u00e9rature, Chlo\u00e9 aime Olivia. Cl\u00e9op\u00e2tre n\u2019aimait pas Octavie. [\u2026] Le seul sentiment que Cl\u00e9op\u00e2tre \u00e9prouve envers Octavie est de la jalousie. Est-elle plus grande que moi? Comment arrange-t-elle ses cheveux? [\u2026] Les rapports entre femmes imaginaires sont par trop simples. Et je tentais de me souvenir de mes lectures, o\u00f9 deux femmes soient pr\u00e9sent\u00e9es comme amies. [\u2026] Mais presque sans exception, les femmes nous sommes donn\u00e9es dans leurs rapports avec les hommes. Il est \u00e9trange de penser que, jusqu\u2019aux jours de Jane Austen, toutes les femmes importantes de la fiction furent, non seulement vues uniquement par des hommes, mais encore uniquement dans leurs rapports avec les hommes. (1992 [1929], 124-125)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les femmes en litt\u00e9rature ont longtemps \u00e9t\u00e9 valoris\u00e9es principalement dans leurs rapports avec les hommes, notamment dans leurs relations amoureuses, comme si aucune autre relation ne valait la peine d\u2019\u00eatre mise de l\u2019avant ou d\u2019\u00eatre racont\u00e9e. Lori Saint-Martin souligne \u00e9galement ce point en expliquant que \u00ab\u00a0en litt\u00e9rature, la romance h\u00e9t\u00e9rosexuelle \u2013 la qu\u00eate, pour la protagoniste, d\u2019un mari qui assurera son ascension sociale \u2013 a longtemps domin\u00e9 les romans centr\u00e9s sur une h\u00e9ro\u00efne\u00a0\u00bb (2011, 76). Ceci implique que l\u2019intrigue des textes litt\u00e9raires tourne principalement autour de la romance entre un homme et une femme, faisant en sorte que toute autre histoire, et par cons\u00e9quent toute autre relation, existe seulement en p\u00e9riph\u00e9rie ou en marge de cette trame de romance h\u00e9t\u00e9rosexuelle \u2013 rendant ces relations amicales moins importantes, moins cruciales, moins d\u00e9terminantes que les relations amoureuses.\u00a0<\/p>\n<p>Mais, si Virginia Woolf souligne les limites des personnages litt\u00e9raires f\u00e9minins, l\u2019autrice met surtout l\u2019emphase sur la raret\u00e9 de la repr\u00e9sentation de deux femmes vivant une amiti\u00e9 solide et sinc\u00e8re, bas\u00e9e sur des fondations autres que sur la rivalit\u00e9 ou la jalousie. Il est certain que la litt\u00e9rature dite classique est victime d\u2019une certaine \u00e9poque o\u00f9 les discours patriarcaux pr\u00e9dominent et elle nous propose donc presque uniquement des mod\u00e8les de relations entre femmes limit\u00e9es et influenc\u00e9es par des normes sociales patriarcales, prolongeant alors l\u2019absence ou la fragilit\u00e9 de l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine, de ce geste de main tendue.\u00a0<\/p>\n<p>Ceci m\u2019am\u00e8ne vers ma propre pratique d\u2019\u00e9criture. Dans la partie cr\u00e9ation de mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise, r\u00e9dig\u00e9e avant que je ne r\u00e9fl\u00e9chisse et que je me questionne plus volontairement sur la place que j\u2019accorde aux relations d\u2019amiti\u00e9s entre femmes, j\u2019arrive \u00e0 apercevoir dans ma propre mise en r\u00e9cit la trace de certains des h\u00e9ritages nomm\u00e9s plus haut. Le volet cr\u00e9ation de mon m\u00e9moire est un r\u00e9cit autofictif inspir\u00e9 par le d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re o\u00f9 une centaine de fragments, narr\u00e9s par une jeune femme dans la vingtaine, s\u2019encha\u00eenent et alternent entre souvenirs et moment pr\u00e9sent. Le deuxi\u00e8me chapitre de cette cr\u00e9ation se concentre principalement sur une relation amoureuse qui ne fonctionne pas entre la narratrice et un homme ; c\u2019est une relation qui lui sert surtout de pansement alors qu\u2019elle navigue dans cette p\u00e9riode de deuil, mais c\u2019est aussi une relation qu\u2019elle place sur un pi\u00e9destal, ignorant toutes ses amies qui tentent de la rejoindre, de lui tendre une main dans cette p\u00e9riode de deuil. J\u2019inclus un court passage, que je vais ensuite d\u00e9plier \u00e0 la lumi\u00e8re de certains \u00e9l\u00e9ments th\u00e9oriques soulign\u00e9s\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mon amie Sarah insiste pour qu\u2019on aille diner ensemble. Apre\u0300s avoir essay\u00e9 de l\u2019e\u0301viter plusieurs fois, j\u2019ai fini par accepter. Je ne me souviens me\u0302me pas de la dernie\u0300re fois ou\u0300 je l\u2019ai vue. J\u2019ai peur qu\u2019elle soit fa\u0302che\u0301e parce que je ne re\u0301ponds presque jamais a\u0300 ses messages, parce que je ne prends jamais le temps de la voir, parce que je ne suis pas venue a\u0300 son <i>party <\/i>d\u2019anniversaire. Et j\u2019ai peur qu\u2019elle soit fa\u0302che\u0301e parce que j\u2019ai de\u0301ja\u0300 quinze minutes de retard alors qu\u2019elle a choisi un restaurant dans mon quartier.<\/p>\n<p>De\u0300s que j\u2019arrive, elle se jette dans mes bras. <i>Je suis tellement contente de te voir<\/i>, qu\u2019elle me dit en souriant. Elle me demande comment je vais et semble vouloir une re\u0301ponse since\u0300re. Je ne sais pas quoi re\u0301pondre a\u0300 cette question. Je lui dis que tout va bien, que c\u0327a va mieux. Elle semble soulage\u0301e de l\u2019entendre. On parle pendant longtemps, on a plein de choses a\u0300 se dire. Elle ne me bla\u0302me pas pour toutes les fois ou\u0300 je ne lui ai pas re\u0301pondu. Elle me dit qu\u2019elle comprend, qu\u2019elle est contente de me voir ce soir, qu\u2019elle aimerait qu\u2019on se voie plus souvent.<\/p>\n<p>Mon te\u0301le\u0301phone pose\u0301 sur la table vibre plusieurs fois. <i>Je suis au bar, viens <\/i>suivi de <i>j\u2019ai envie de te voir maintenant<\/i>. J\u2019ai juste mange\u0301 trois bouche\u0301es de mes pa\u0302tes au pesto, mais je n\u2019ai plus faim. Je dis a\u0300 Sarah que je dois partir, que je vais lui faire un virement pour la facture, qu\u2019on se revoit biento\u0302t. Je ne lui laisse pas le temps de me re\u0301pondre.<\/p>\n<p><i>Je suis en chemin, j\u2019arrive<\/i>. (Dakka 2024, 45)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cet extrait, tout comme dans le reste de mon m\u00e9moire, il n\u2019y a pas de traces de la rivalit\u00e9 entre femmes parce que ce n\u2019est pas cet aspect que j\u2019ai voulu mettre en r\u00e9cit. Par contre, dans cet extrait et dans plusieurs autres passages de ma cr\u00e9ation, je mets en valeur une relation amoureuse h\u00e9t\u00e9rosexuelle, sacrifiant les amiti\u00e9s f\u00e9minines, les pla\u00e7ant en p\u00e9riph\u00e9rie ou en marge de cette relation amoureuse, signifiant alors, malgr\u00e9 moi, leur non-importance. Dans l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de ce deuxi\u00e8me chapitre, la narratrice ignore les appels et les messages de ses amies, ne prend jamais des nouvelles d\u2019elles et les abandonne lorsque cet homme la contacte \u2013 comme dans le passage cit\u00e9. Lorsque je relis d\u00e9sormais cette cr\u00e9ation avec un peu de recul, j\u2019estime que cette distance dans l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine que j\u2019ai mise en r\u00e9cit porte certainement les traces de certains discours sociaux et patriarcaux, de certains exemples litt\u00e9raires o\u00f9 les femmes ne se tendent pas la main spontan\u00e9ment et privil\u00e9gient des relations amoureuses \u00e0 des relations amicales.\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est certainement par l\u00e0 qu\u2019il faut commencer, par d\u00e9faire cette m\u00e9moire de certains st\u00e9r\u00e9otypes qui persistent et qui sont profond\u00e9ment ancr\u00e9es \u00e0 m\u00eame nos r\u00e9flexes narratifs, nos mises en r\u00e9cit, nos imaginaires. Je porte la conviction que nous pouvons nous d\u00e9tacher des rapports entre femmes qui sont centr\u00e9s autour de la jalousie ou de la rivalit\u00e9 et que c\u2019est notamment par l\u2019\u00e9criture qu\u2019on peut r\u00e9inventer les liens entre femmes et finalement \u00e9crire les gestes de l\u2019amiti\u00e9.\u00a0<\/p>\n<h3><b>R\u00e9inventer le lien\u00a0: \u00e9crire le geste de l\u2019amiti\u00e9<\/b><\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0Chercher, sous l\u2019intrigue h\u00e9t\u00e9rosexuelle ou lov\u00e9e en elle, une <i>autre <\/i>histoire, celle de l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine, s\u2019interroger sur l\u2019importance qu\u2019elle a pour les femmes, c\u2019est lire \u00e0 contre-courant\u00a0\u00bb\u00a0 (Saint-Martin 2011, 76). Dans une optique de r\u00e9inventer le lien et d\u2019enfin \u00e9crire le geste de l\u2019amiti\u00e9, il faut alors aller \u00e0 contre-courant et r\u00e9fl\u00e9chir volontairement \u00e0 la mani\u00e8re dont nous mettons en r\u00e9cit les relations d\u2019amiti\u00e9 entre femmes.\u00a0<\/p>\n<p>Si, comme on l\u2019a vu plus haut, la litt\u00e9rature dite classique nous propose des mod\u00e8les de femmes limit\u00e9es ou influenc\u00e9es par certaines normes sociales et patriarcales, la litt\u00e9rature contemporaine peut \u00e0 son tour nous proposer des espaces textuels o\u00f9 ces normes sont remises en question et critiqu\u00e9es et o\u00f9 plusieurs st\u00e9r\u00e9otypes qui teintent les relations entre femmes peuvent \u00eatre d\u00e9construits. Rachel Blau Duplessis pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0by centering relationships between women, contemporary novels create space for exploring identity, solidarity and agency outside of male-defined contexts\u00a0\u00bb (1985, 108). La litt\u00e9rature contemporaine appara\u00eet alors comme \u00e9tant un espace litt\u00e9raire lib\u00e9r\u00e9, o\u00f9 plusieurs autrices, en r\u00e9action aux r\u00e9cits traditionnels, proposent de plus en plus de r\u00e9cits o\u00f9 les femmes ne sont plus rivales ou jalouses ou d\u00e9pendantes de relations amoureuses h\u00e9t\u00e9rosexuelles, mais o\u00f9 elles sont libres de ramener les relations amicales entre femmes au c\u0153ur du r\u00e9cit, plut\u00f4t que de les laisser exister en p\u00e9riph\u00e9rie ou en marge d\u2019une autre histoire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9765\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9765-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9765-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Par souci de temps lors de la communication, je ne me suis pas \u00e9tendue sur tous les textes contemporains possibles qui mettent de l\u2019avant une ou plusieurs amiti\u00e9s f\u00e9minines r\u00e9elles et sinc\u00e8res, mais j\u2019ai partag\u00e9 quelques exemples de romans qu\u00e9b\u00e9cois o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine est particuli\u00e8rement importante : Maryse (1983) de Francine No\u00ebl, Les filles bleues de l\u2019\u00e9t\u00e9 (2014) de Mikaella Nicol, Des femmes savantes (2016) de Chlo\u00e9 Savoie-Bernard, L\u2019imparfaite amiti\u00e9 (2017) de Myl\u00e8ne Bouchard ou encore \u00c9pines et pierres pr\u00e9cieuses (2023) de Chlo\u00e9 Savoie-Bernard, Alice Michaud-Lapointe et Val\u00e9rie Lebrun. Chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, ces \u0153uvres ouvrent un espace o\u00f9 les relations entre femmes peuvent \u00eatre pens\u00e9es autrement.<\/span>.\u00a0<\/p>\n<p>Dans <i>all about love<\/i>, bell hooks \u00e9crit :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Since we choose our friends, many of us, from childhood and into our adulthood, have looked to friends for the care, respect, knowledge and all-around nurturance of our growth that we did not find in the family. [\u2026] Many of us learn as children that friendship should never be seen as just as important as family ties. However, friendship is the place in which a great majority of us have our first glimpse of redemptive love and caring community. (2000, 133)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est par l\u00e0 que je reviens \u00e0 ma propre d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture\u00a0: si la litt\u00e9rature a longtemps n\u00e9glig\u00e9e les relations amicales entre femmes, hooks sugg\u00e8re que ces amiti\u00e9s sont souvent le point de d\u00e9part d\u2019une communaut\u00e9 sensible, tendre et solidaire. Ceci m\u2019a men\u00e9 \u00e0 vouloir mettre en r\u00e9cit et placer au c\u0153ur de mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise le soin, la consolation et l\u2019amiti\u00e9. Le point de d\u00e9part de l\u2019\u00e9criture a donc \u00e9t\u00e9 d\u2019envisager cette communaut\u00e9 amicale, cette sororit\u00e9 consolatrice, comme \u00e9tant une mani\u00e8re de se sortir, de se tirer de la douleur du deuil auquel la narratrice est confront\u00e9e.\u00a0<\/p>\n<p>Dans le troisi\u00e8me et dernier chapitre de ma cr\u00e9ation, la narratrice met finalement un terme \u00e0 la relation amoureuse qu\u2019elle entretient, r\u00e9alisant que celle-ci n\u2019est pas saine. Tout au long du chapitre, elle fait d\u00e9sormais l\u2019effort conscient de renouer avec ses amiti\u00e9s f\u00e9minines, amiti\u00e9s qu\u2019elle d\u00e9laissait et ignorait dans le deuxi\u00e8me chapitre, en comprenant que ses amies sont effectivement l\u00e0 pour lui tendre la main et pour l\u2019accompagner dans cette p\u00e9riode de deuil \u2013 autant le deuil de son p\u00e8re, que le deuil amoureux.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je pense \u00e0 ma meilleure amie d\u2019enfance, \u00e0 qui je n\u2019ai pas parl\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Je me souviens de la fois o\u00f9 on a toutes les deux perdue une dent en m\u00eame temps, je me souviens de nos <i>sleepovers<\/i> o\u00f9 on ne dormait pas parce qu\u2019on parlait trop, je me souviens de nos paquets de bonbons qu\u2019on partageait de mani\u00e8re \u00e9gale pour \u00e9viter de se disputer. Je me demande si on ne se parle plus \u00e0 cause de moi ou \u00e0 cause d\u2019elle, ou parce qu\u2019en quittant l\u2019enfance, notre amiti\u00e9 s\u2019est \u00e9puis\u00e9e.<\/p>\n<p><i>All\u00f4, juste te dire que tu me manques et que je pense \u00e0 toi<\/i>, je lui \u00e9cris. <i>Tu me manques aussi, on se voit demain soir?<\/i> qu\u2019elle me r\u00e9pond aussit\u00f4t.\u00a0(Dakka 2024, 94)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 travers ce court extrait du troisi\u00e8me chapitre de ma cr\u00e9ation, on peut voir que l\u2019\u00e9criture peut permettre de mettre en r\u00e9cit une amiti\u00e9 f\u00e9minine qui, malgr\u00e9 la distance, le silence ou l\u2019\u00e9loignement, est remplie d\u2019affection et n\u2019est pas teint\u00e9e par la jalousie ou le jugement. Ce moment d\u2019\u00e9criture, o\u00f9 deux jeunes femmes s\u2019interpellent et se retrouvent, me semble porteur d\u2019un d\u00e9placement important\u00a0: il inscrit dans le texte un lien fort et partag\u00e9 o\u00f9 un espace de bienveillance est cr\u00e9\u00e9. Et c\u2019est peut-\u00eatre dans la r\u00e9daction de ce genre de micro-gestes narratifs que r\u00e9side un v\u00e9ritable potentiel de transformation dans la mani\u00e8re dont les femmes peuvent se rencontrer dans la fiction.<\/p>\n<h3><b>Conclusion<\/b><\/h3>\n<p>Alice Michaud-Lapointe \u00e9crit \u00ab\u00a0qu\u2019il est possible de s\u2019enraciner dans l\u2019amiti\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 en faire sa loi. Je crois, depuis toujours, et peut-\u00eatre na\u00efvement en la puissance douce et acharn\u00e9e de l\u2019ind\u00e9fectibilit\u00e9 des liens\u00a0\u00bb (2023, 43). On pourrait dire que je partage la m\u00eame na\u00efvet\u00e9 lorsque j\u2019envisage la puissance des amiti\u00e9s f\u00e9minines et je suis persuad\u00e9e qu\u2019il faut creuser cet espace o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 entre femmes se cr\u00e9e, o\u00f9 elle est libre d\u2019exister et surtout, o\u00f9 elle peut \u00eatre mise en r\u00e9cit \u00e0 sa juste valeur.\u00a0<\/p>\n<p>Je reviens une derni\u00e8re fois vers les mots d\u2019Iris Brey : \u00ab\u00a0les femmes prenaient rarement soin les unes des autres, ni autour de moi, ni sur le petit \u00e9cran\u00a0\u00bb (2021, 111). Le geste de la main tendue entre femmes, ou plut\u00f4t l\u2019absence de ce geste, m\u2019appara\u00eet comme \u00e9tant un point de d\u00e9part important afin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la fa\u00e7on dont les femmes prennent soin les unes des autres dans nos imaginaires collectifs.\u00a0 En explorant comment certains st\u00e9r\u00e9otypes des relations entre femmes sont construits, j\u2019ai voulu montrer que l\u2019amiti\u00e9 entre femmes n\u2019est pas une \u00e9vidence, mais bien un espace \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 inventer, notamment par nos mises en r\u00e9cit. La litt\u00e9rature offre certainement la possibilit\u00e9 de r\u00e9\u00e9crire ces liens d\u2019amiti\u00e9 en permettant \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019attachement d\u2019exister. Ma propre d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture s\u2019inscrit \u00e9galement dans ce mouvement ; je cherche surtout \u00e0 donner corps \u00e0 des gestes de soin, de consolation et de complicit\u00e9 entre femmes.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>AUDET, \u00c9laine. 2000. <i>Le c\u0153ur pensant\u00a0: courtepointe de l\u2019amiti\u00e9 entre femmes<\/i>. Qu\u00e9bec\u00a0: Le Loup de Goutti\u00e8re.\u00a0<\/p>\n<p>BREY, Iris. 2021. \u00ab Nos mains nues \u00bb dans Chlo\u00e9 Delaume <i>et al.<\/i>, <i>Sororit\u00e9\u00a0: In\u00e9dit<\/i>. Paris\u00a0: Points.\u00a0<\/p>\n<p>DAKKA, Elena. 2024. \u00ab Arracher les faux-cils suivi de J\u2019ai un trou dans le c\u0153ur que je r\u00eave de colmater \u00bb, m\u00e9moire de ma\u00eetrise, D\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.\u00a0<\/p>\n<p>DUPLESSIS, Rachel Blau. 1985. <i>Writing Beyond the Ending : Narrative Strategies of Twentieth-Century Women Writers<\/i>. Indiana : Bloomington Indiana University Press.\u00a0<\/p>\n<p>HOOKS, bell. 1986. \u00ab Sisterhood : Political Solidarity Between Women \u00bb. <i>Feminist Review<\/i>, no. 23 : 125-138.\u00a0<\/p>\n<p>______. 2000. <i>All about love<\/i>. London : Women\u2019s. <i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p>LEBRUN, Val\u00e9rie, Alice Michaud-Lapointe et Chlo\u00e9 Savoie-Bernard. 2023. <i>\u00c9pines et pierres pr\u00e9cieuses\u00a0: \u00e9crits d\u2019amiti\u00e9<\/i>. Montr\u00e9al\u00a0: Lem\u00e9ac.\u00a0<\/p>\n<p>SAINT-MARTIN, Lori. 2011. \u00ab L\u2019amiti\u00e9 c\u2019est mieux que la famille \u2013 Rapports amicaux entre femmes dans le roman qu\u00e9b\u00e9cois \u00bb. <i>Nouvelles Questions F\u00e9ministes <\/i>30. no. 2\u00a0: 76-92.<\/p>\n<p>WOOLF, Virginia. 1992 [1929]. <i>Une chambre \u00e0 soi<\/i>. Paris\u00a0: Deno\u00ebl.<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Dakka, Elena. 2025. \u00ab Tendre la main: penser et \u00e9crire l&rsquo;amiti\u00e9 f\u00e9minine en litt\u00e9rature \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Actes du colloque CIEL 2025 \u00bb, hors s\u00e9rie, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9765&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/ColloqueCIEL_Postures_Version1_ED.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ColloqueCIEL_Postures_Version1_ED.docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-5ed1ffa3-2fbf-4bd0-87f9-c95c8e1e1ed1\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/ColloqueCIEL_Postures_Version1_ED.docx.pdf\">ColloqueCIEL_Postures_Version1_ED.docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/ColloqueCIEL_Postures_Version1_ED.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-5ed1ffa3-2fbf-4bd0-87f9-c95c8e1e1ed1\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Je pr\u00e9cise ici que j\u2019englobe sous le terme femme toute personne s\u2019identifiant au genre f\u00e9minin, qu\u2019importe le genre attribu\u00e9 \u00e0 la naissance. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Par souci de temps lors de la communication, je ne me suis pas \u00e9tendue sur tous les textes contemporains possibles qui mettent de l\u2019avant une ou plusieurs amiti\u00e9s f\u00e9minines r\u00e9elles et sinc\u00e8res, mais j\u2019ai partag\u00e9 quelques exemples de romans qu\u00e9b\u00e9cois o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 f\u00e9minine est particuli\u00e8rement importante : Maryse (1983) de Francine No\u00ebl, Les filles bleues de l\u2019\u00e9t\u00e9 (2014) de Mikaella Nicol, Des femmes savantes (2016) de Chlo\u00e9 Savoie-Bernard, L\u2019imparfaite amiti\u00e9 (2017) de Myl\u00e8ne Bouchard ou encore \u00c9pines et pierres pr\u00e9cieuses (2023) de Chlo\u00e9 Savoie-Bernard, Alice Michaud-Lapointe et Val\u00e9rie Lebrun. Chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, ces \u0153uvres ouvrent un espace o\u00f9 les relations entre femmes peuvent \u00eatre pens\u00e9es autrement.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors s\u00e9rie, actes du colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL) 2025 \u00c9laine Audet, dans Courtepointe de l\u2019amiti\u00e9 entre femmes, explique que \u00ab\u00a0les femmes sont amies depuis des mill\u00e9naires. [\u2026] S\u2019il n\u2019en avait pas \u00e9t\u00e9 ainsi, elles n\u2019auraient pas pu survivre dans un monde o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 si d\u00e9valoris\u00e9es. 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