{"id":9772,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9772"},"modified":"2025-12-06T19:15:18","modified_gmt":"2025-12-06T19:15:18","slug":"representations-du-vegetal-en-milieu-urbain-dans-lalbum-jeunesse-contemporain-lemergence-de-nouvelles-relations-entre-enfants-et-plantes-dans-le-dernier-arbre-dingrid-chabbert-et-raul-nieto-gu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9772","title":{"rendered":"Repr\u00e9sentations du v\u00e9g\u00e9tal en milieu urbain dans l&rsquo;album jeunesse contemporain : l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles relations entre enfants et plantes dans le Dernier arbre d&rsquo;Ingrid Chabbert et Raul Nieto Guridi ainsi que du Petit jardinier extraordinaire de Sam Boughton"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9758\">Hors s\u00e9rie, actes du colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL) 2025<\/a><\/h5>\n<p>La litt\u00e9rature jeunesse, tirant avantage de la curiosit\u00e9 r\u00e9currente des enfants pour la nature, a toujours manifest\u00e9 un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour les th\u00e9matiques \u00e9cologiques. Toutefois, depuis quelques ann\u00e9es, cette nature repr\u00e9sent\u00e9e dans les albums pour enfants est travers\u00e9e par une inqui\u00e9tude croissante relevant d\u2019une \u00ab\u00a0pr\u00e9occupation environnementale, voire [d\u2019]une angoisse, qui na\u00eet du constat que l\u2019activit\u00e9 humaine trouble \u2013 peut-\u00eatre irr\u00e9m\u00e9diablement \u2013 l\u2019\u00e9quilibre des \u00e9cosyst\u00e8mes \u00bb (Thiltges 2018, 79). Cette pr\u00e9occupation se manifeste particuli\u00e8rement dans les r\u00e9cits situ\u00e9s en milieu urbain, o\u00f9 les tensions entre nature et humains sont mises en relief. Si de nombreux albums abordent la question de l\u2019extinction des esp\u00e8ces animales ou de l\u2019augmentation de la pollution, un nombre tout aussi significatif d\u2019albums interroge la fragilit\u00e9 et, du m\u00eame coup, l\u2019importance de la pr\u00e9sence v\u00e9g\u00e9tale dans la ville.\u00a0<\/p>\n<p>De ce fait, une question se pose : comment les albums jeunesse contemporains n\u00e9gocient-ils la coexistence de la ville et du v\u00e9g\u00e9tal, questionnant du m\u00eame coup la nature des relations que les protagonistes enfants entretiennent avec les plantes? Cet article se propose ainsi d\u2019examiner les repr\u00e9sentations du v\u00e9g\u00e9tal en milieu urbain dans deux albums jeunesse, soit <i>Le dernier arbre <\/i>d\u2019Ingrid Chabbert et Raul Nieto Guridi ainsi que <i>Le petit jardinier extraordinaire <\/i>de Sam Boughton, publi\u00e9s respectivement en 2015 et 2019, afin de comprendre comment ces \u0153uvres participent \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019avenir de la cohabitation entre la ville et les plantes, conscientisant par le fait m\u00eame les\u00a0\u00ab\u00a0futures g\u00e9n\u00e9rations qu\u2019il convient de prot\u00e9ger, de mettre en garde afin d\u2019en faire des adultes plus responsables que leurs a\u00een\u00e9s\u00a0\u00bb (Thiltges 2018, 79). Le choix de cette p\u00e9riode n\u2019est pas anodin, car, longtemps rel\u00e9gu\u00e9es au domaine du myst\u00e8re ou du d\u00e9coratif, les plantes sont depuis le XXIe si\u00e8cle d\u00e9sormais per\u00e7ues comme des \u00eatres \u00e0 part enti\u00e8re, sensibles, dot\u00e9s de modes d\u2019existence et de communication propres (Marder 2021). Ce d\u00e9placement du regard ouvre ainsi la voie \u00e0 une red\u00e9finition du v\u00e9g\u00e9tal dans les sciences et les arts, comme cela semble \u00eatre le cas dans la sph\u00e8re de la litt\u00e9rature jeunesse. En ce sens, notre corpus invite \u00e0 la fois les personnages et le lecteur \u00e0 questionner les a priori que nous nourrissons \u00e0 l\u2019\u00e9gard du v\u00e9g\u00e9tal, tout en nous incitant \u00e0 reconsid\u00e9rer les liens que nous tissons avec les plantes.<\/p>\n<h3><b>Habiter la ville\u00a0: entre r\u00e9sistance enfantine et espoir \u00e9cologique<\/b><\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9talement urbain, \u00ab\u00a0qui peut \u00eatre d\u00e9fini comme \u00e9tant l\u2019expansion d\u00e9mesur\u00e9e des villes, et la surconsommation de ressources qui y est associ\u00e9e, situation r\u00e9sultant de la multiplication des espaces urbains \u00bb (Simard 2014, 332), est abord\u00e9 de front par <i>Le dernier arbre<\/i> et <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i>. Dans les deux cas, le lecteur suit la vie d\u2019un petit gar\u00e7on qui \u00e9volue dans une ville grise et industrialis\u00e9e faite uniquement de \u00ab\u00a0routes, d[e] murs et tout plein de trucs laids\u00a0\u00bb (DA, s.p). D\u2019ailleurs, dans <i>Le dernier arbre<\/i>, le protagoniste, triste et inquiet de la disparition du v\u00e9g\u00e9tal dans sa ville, trouve un jour une pousse d\u2019arbre que celle-ci menace de d\u00e9truire, inspirant le gar\u00e7on \u00e0 agir pour la prot\u00e9ger. Si <i>Le dernier arbre<\/i> s\u2019int\u00e9resse visiblement \u00e0 ce qui met en opposition les plantes et l\u2019urbanit\u00e9, <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i>, lui, explore plut\u00f4t les points de convergence entre les deux, et la mani\u00e8re dont ce rapprochement peut s\u2019av\u00e9rer b\u00e9n\u00e9fique, tant pour les plantes que pour les humains. Dans cet album, on retrouve Joe, un petit gar\u00e7on sans parents, qui d\u00e9cide un jour de faire pousser un jardin sur son balcon. Ce projet, au d\u00e9part modeste, d\u00e9clenche toutefois peu \u00e0 peu la transformation de son appartement, puis de son immeuble, et finalement de toute la ville et de ses habitants, jusqu\u2019\u00e0 faire de l\u2019urbanit\u00e9 un espace verdoyant et regorgeant de vie. Ces albums montrent donc \u00e0 leur mani\u00e8re des fa\u00e7ons d\u2019occuper l\u2019urbanit\u00e9 \u00e0 travers un regard sensible sur la notion de cohabitation avec les autres qu\u2019humains, s\u2019\u00e9loignant ainsi \u00ab de la seule perspective humaine pour mettre en lumi\u00e8re ce qui fonde l\u2019habiter de tout \u00eatre vivant, \u00e0 savoir l\u2019adaptation et la n\u00e9gociation\u00a0\u00bb (Bouvet et <i>al<\/i>. 2024, 108). Nous avons ici \u00e0 faire \u00e0 des protagonistes qui rel\u00e8vent tous deux de ce que Anna de Vits appelle la figure de <i>l\u2019enfant sauveur<\/i>, soit des h\u00e9ros qui \u00ab sont les seuls \u00e0 pouvoir pr\u00e9server leurs mondes de la catastrophe, en tant qu\u2019enfants et parce qu\u2019ils sont enfants ; ils sont l\u2019avenir et l\u2019espoir du monde.\u00a0\u00bb (2019, 68)\u00a0 Cela est d\u2019autant plus accentu\u00e9 dans <i>Le dernier arbre<\/i> par la repr\u00e9sentation d\u2019une ville presque vide, dans laquelle ne semblent vivre que le petit gar\u00e7on, son ami Gus et, de mani\u00e8re plus diffuse, le p\u00e8re du protagoniste, qui prend la parole de fa\u00e7on indirecte. Ce d\u00e9cor quasi d\u00e9sert\u00e9 renforce l\u2019id\u00e9e que l\u2019enfant est le seul porteur d\u2019un possible renouveau, car il est le seul habitant de la ville, cr\u00e9ant un pont entre les choix esth\u00e9tiques dystopiques de l\u2019album et l\u2019engagement \u00e9cologique du personnage. En effet, si ce n\u2019est pas lui qui sauve le v\u00e9g\u00e9tal de la ville, qui le fera?<\/p>\n<h3><b>Ensemencer l\u2019imaginaire<\/b><\/h3>\n<p>L\u2019album <i>Le dernier arbre <\/i>met bien en \u00e9vidence le fait que le v\u00e9g\u00e9tal s\u2019amenuise progressivement, jusqu\u2019\u00e0 devenir un \u00e9l\u00e9ment de raret\u00e9 qui dispara\u00eet peu \u00e0 peu sous les yeux du petit gar\u00e7on : \u00ab\u00a0Je peux juste compter les brins d\u2019herbe. 1. 2. 3. 4\u202613. Il n\u2019en reste plus que 13. La semaine derni\u00e8re, il en restait 17.\u00a0\u00bb (DA, s.p) Ce d\u00e9compte des brins d\u2019herbe semble aller \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019exp\u00e9rience que l&rsquo;on fait normalement de ceux-ci, car, comme l\u2019affirme Denise Le Dantec, \u00ab\u00a0[l\u2019]herbe est innombrable\u00a0\/\u00a0nul ne saurait la d\u00e9nombrer.\u00a0\u00bb (2000) Cet \u00e9vident \u00e9puisement du v\u00e9g\u00e9tal en ville provoque donc un sentiment d\u2019urgence \u00e9cologique chez le protagoniste, et le pousse \u00e9galement \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux plantes de plus pr\u00e8s, r\u00e9v\u00e9lant ainsi que la perte anticip\u00e9e \u2013\u00a0mais bien r\u00e9elle\u00a0\u2013 des \u00eatres v\u00e9g\u00e9taux s\u2019accompagne d\u2019un vif d\u00e9sir de renouer avec eux.\u00a0<\/p>\n<p>En effet, le gar\u00e7on confie au lecteur que \u00ab pour voir du vert [et] des feuilles \u00bb (DA, s.p.), il se plonge r\u00e9guli\u00e8rement dans des livres qui lui donnent \u00e0 voir des images de for\u00eats luxuriantes, bien diff\u00e9rentes de la ville grise qu\u2019il habite. Ces paysages sylvestres, que le lecteur peut lui aussi observer lors d\u2019une double page en plong\u00e9e, semblent v\u00e9ritablement, pour reprendre les mots de Rachel Bouvet, le faire \u00ab vibrer face aux beaut\u00e9s du monde\u00a0\u00bb (2015, 53), puisqu\u2019il en retire un profond sentiment de \u00ab\u00a0bonheur \u00bb (DA, s.p) qui nourrit la sensibilit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9veloppe de plus en plus face au v\u00e9g\u00e9tal et lui permet momentan\u00e9ment de s\u2019\u00e9vader de sa morne r\u00e9alit\u00e9. Si l\u2019on suit la pens\u00e9e d\u2019Augustin Berque, pour qui le paysage n\u2019est pas seulement une portion d\u2019environnement, mais une entit\u00e9 relationnelle \u00ab qui n&rsquo;existe pas en dehors de nous, qui non plus n\u2019existons pas en dehors de <i>notre<\/i> paysage \u00bb (1994, \u00a022, l\u2019auteur souligne), on comprend que les images dans lesquelles se plonge le protagoniste ne sont pas que de simples repr\u00e9sentations picturales objectives. Elles portent en elles une part du gar\u00e7on, car elles traduisent avant tout une \u00e9motion qui l\u2019habite profond\u00e9ment, soit la nostalgie d\u2019un monde plus vert et en sant\u00e9, tel qu\u2019il existait autrefois \u00e0 l\u2019\u00e9poque de son p\u00e8re, qui lui raconte souvent \u00ab\u00a0comment \u00e9tait le monde quand il avait [s]on \u00e2ge \u00bb (DA, s.p). On voit d\u2019ailleurs comment cette nostalgie transforme l\u2019imaginaire du gar\u00e7on dans une double page o\u00f9 il voit en r\u00eave un pr\u00e9 que lui d\u00e9crit son p\u00e8re, nous donnant ainsi \u00e0 voir l\u2019image d\u2019une vaste \u00e9tendue d\u2019herbe qui occupe presque tout l\u2019espace de la double page. Le gris monotone de la ville, associ\u00e9 \u00e0 la tristesse et \u00e0 l&rsquo;ennui, c\u00e8de ainsi pour un instant la place au vert \u00e9clatant de la pelouse. N\u2019ayant r\u00e9ellement acc\u00e8s, comme nous l\u2019avons vu plus t\u00f4t, qu\u2019aux brins d\u2019herbe dans leur individualit\u00e9, le gar\u00e7on transforme alors, par la r\u00eaverie d\u2019un pass\u00e9 plus vert, cette singularit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale en point d\u2019entr\u00e9e vers un imaginaire de l\u2019immense, faisant de en ce sens de \u00ab la miniature [\u2026] un [\u2026] g\u00eetes de la grandeur.\u00a0\u00bb\u00a0(Bachelard 1957,\u00a0146) En s\u2019ouvrant \u00e0 des paysages picturaux et imaginaires \u00e0 partir de la nostalgie qui l\u2019habite, le gar\u00e7on embrasse peu \u00e0 peu les perspectives qu\u2019il imagine en eux, celles, notamment, de pr\u00e9server ce qu\u2019il reste du v\u00e9g\u00e9tal face \u00e0 l\u2019expansion urbaine en ensemen\u00e7ant son imaginaire.<\/p>\n<p>Dans <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i>, Joe aussi \u00e0 une imagination d\u00e9bordante, et semble m\u00eame avoir une pens\u00e9e que l\u2019on pourrait litt\u00e9ralement qualifier de v\u00e9g\u00e9tale. Le r\u00e9cit explique en effet que \u00ab les id\u00e9es germent dans son esprit\u00a0\u00bb (PJE, s.p\u202f), m\u00e9taphore soulignant la synergie qui s\u2019installe entre les plantes et le petit gar\u00e7on. Par ce rapprochement effectu\u00e9 entre la pens\u00e9e et la germination, l\u2019imaginaire de l\u2019enfant est d\u2019autant plus repr\u00e9sent\u00e9 comme un r\u00e9servoir de potentialit\u00e9s, ce qui le diff\u00e9rencie du protagoniste du <i>Dernier arbre<\/i> qui utilise l\u2019imagination plut\u00f4t pour pallier une nostalgie d\u2019un pass\u00e9 plus vert. Quentin Hiernaux \u00e9crit d\u2019ailleurs \u00e0 ce propos que \u00ab\u00a0c\u2019est condens\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de graine [&#8230;] que se concentre le plus le potentiel cr\u00e9ateur des processus virtuellement \u00e0 venir. \u00bb (2018, 26) En ce sens, l\u2019iconotexte semble v\u00e9ritablement sugg\u00e9rer que l\u2019imagination de Joe, \u00e0 l\u2019instar de la graine, figure une force de transformation latente.\u00a0<\/p>\n<h3><b>R\u00eaver pour mieux agir<\/b><\/h3>\n<p>Ce potentiel cr\u00e9ateur se manifeste pleinement lorsque Joe d\u00e9cide de faire pousser un jardin sur son balcon, \u00e9tablissant un parall\u00e8le s\u00e9mantique entre la germination de son esprit et celle de la graine plant\u00e9e, la premi\u00e8re apparaissant comme une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la concr\u00e9tisation de la seconde. Pour cr\u00e9er son jardin, Joe doit toutefois sortir du domaine de la r\u00eaverie pour s\u2019engager dans des gestes concrets, propres \u00e0 tout bon jardinier, tels qu\u2019\u00ab arros[er], [&#8230;] nettoyer, tailler, b\u00eacher \u00bb (PJE, s.p). Ainsi, par ces actes qui t\u00e9moignent des soins quotidiens apport\u00e9s aux plantes, l\u2019album traduit surtout une \u00ab\u00a0attention port\u00e9e \u00e0 ce qui rend notre vie possible et que pour cela m\u00eame nous ne voyons pas\u00a0\u00bb (Laugier 2015, 142-143). <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i> reconduit en ce sens les fondements du <i>care <\/i>environnemental, th\u00e9orie pour laquelle, \u00ab s\u2019il y a une articulation possible entre <i>care<\/i> et environnement, ce sera de fa\u00e7on pragmatique et non m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb (Laugier 2015, 130). En effet, c\u2019est \u00e0 travers ces gestes concrets que Joe apprend \u00e0 porter attention \u00e0 l\u2019un des vivants les plus discrets de son monde : les plantes. \u00c0 cet \u00e9gard, plusieurs images de l\u2019album soulignent \u00e0 quel point celles-ci peuvent facilement \u00eatre invisibilis\u00e9es \u2013\u00a0ce que plusieurs chercheurs appellent <i>plant blindness<\/i>\u00a0\u2013, en prenant soin de montrer des sc\u00e8nes o\u00f9 le lecteur ne distingue m\u00eame pas ce que Joe arrose ou observe. Affinant progressivement le regard du lecteur et l\u2019entra\u00eenant \u00e0 pr\u00eater attention \u00e0 ce qui ne se voit pas d\u2019embl\u00e9e, l&rsquo;iconotexte montre ainsi que la petitesse n\u2019est pas synonyme d\u2019inexistence, mais qu\u2019au contraire, \u00ab\u00a0une perception des plantes bas\u00e9e sur une connaissance intime de leur fonctionnement\u00a0\u00bb (Bouvet et <i>al<\/i>. 2024, 11) peut finir par transformer le monde, comme le prouve Joe dans <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i>. S\u2019inscrivant dans une tradition de la litt\u00e9rature jeunesse qui octroie \u00e0 l\u2019enfant une connexion intuitive \u00e0 la nature<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ecb0000000000000000_9772\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9772-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ecb0000000000000000_9772-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">On peut m\u00eame se demander si ce type d\u2019album, o\u00f9 les enfants apparaissent en contraste avec les adultes responsables de l\u2019appauvrissement \u00e9cologique du monde, ne constitue pas une actualisation contemporaine de l\u2019id\u00e9e rousseauiste selon laquelle \u00ab l\u2019enfance est l\u2019\u00e2ge de la nature \u00bb (Rousseau 1762, \u202f6), c\u2019est-\u00e0-dire une p\u00e9riode de puret\u00e9, de sensibilit\u00e9 et d\u2019harmonie spontan\u00e9e avec le vivant, encore \u00e9pargn\u00e9e par la contamination de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/span>, cet album met effectivement en sc\u00e8ne un gar\u00e7on plus responsable et allum\u00e9 que tous les adultes de la ville en ce qui concerne l\u2019\u00e9cologie. Il incarne ainsi ce que serait l\u2019humain lib\u00e9r\u00e9e du regard anthropocentr\u00e9, et plut\u00f4t enti\u00e8rement connect\u00e9 aux rythmes, aux besoins et au fonctionnement du monde v\u00e9g\u00e9tal, initiant ainsi un renouveau \u00e9cologique, voire \u00e9cosyst\u00e9mique, au c\u0153ur de la ville.<\/p>\n<p>Le protagoniste <i>du Dernier arbre<\/i> enclenchera lui aussi ce basculement fondamental du r\u00eave \u00e0 l\u2019action concr\u00e8te lorsque Gus, son ami, l\u2019am\u00e8ne \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la ville afin de lui montrer sa plus r\u00e9cente d\u00e9couverte, une minuscule pousse d\u2019arbre, rare vestige d\u2019une nature presque disparue\u00a0: \u00ab\u00a0\u2013\u00a0Qu\u2019il est beau, je murmure. \u2013\u00a0C\u2019est le premier que je vois. \u2013\u00a0Tu penses que c\u2019est le dernier arbre? \u2013\u00a0Oui, sans doute.\u00a0\u00bb (DA, s.p) L\u2019antith\u00e8se ici cr\u00e9\u00e9e par l\u2019opposition des termes \u00ab\u00a0premier\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0dernier\u00a0\u00bb agit comme la preuve irr\u00e9futable d\u2019un effondrement \u00e9cologique imminent, mais inscrit \u00e9galement la rencontre du gar\u00e7on avec l\u2019arbre sous le signe de \u00ab l\u2019\u00e9co-\u00e9piphanie \u00bb (Desrochers 2019, 52), au sens o\u00f9 le petit gar\u00e7on prend soudainement conscience de la raret\u00e9 et de la fragilit\u00e9 du vivant :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>l\u2019\u00e9piphanie litt\u00e9raire qui exploite le topos de la r\u00e9v\u00e9lation [\u2026] a attir\u00e9 l\u2019attention de la critique litt\u00e9raire environnementale, qui a vu dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne un prisme au travers duquel se probl\u00e9matise, sur les plans th\u00e9matique et esth\u00e9tique, le rapport de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 la nature [&#8230;]. En effet, si l\u2019\u00e9piphanie repr\u00e9sente un outil d\u2019analyse pr\u00e9cieux pour approcher le texte de fiction dans une telle perspective, c\u2019est bien parce qu\u2019elle ouvre in\u00e9vitablement la voie \u00e0 une lecture analytique qui accorde une place de choix \u00e0 des \u00eatres ou des \u00e9l\u00e9ments autres qu\u2019humains. Ce recentrement entra\u00eene la mise en valeur de la puissance d\u2019agir de ces \u00eatres et \u00e9l\u00e9ments. (Desrochers 2019, 52)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que les images de paysages l\u2019avaient progressivement sensibilis\u00e9 aux enjeux environnementaux, c\u2019est cette rencontre \u00e9co-\u00e9piphanique avec le dernier arbre de sa ville qui provoque chez le gar\u00e7on une v\u00e9ritable prise de conscience de son lien intime avec le monde vivant qui l\u2019environne. Cette rencontre choc r\u00e9v\u00e8le par le fait m\u00eame l\u2019agentivit\u00e9 du v\u00e9g\u00e9tal. Mettant en lumi\u00e8re sa \u00ab\u00a0puissance d\u2019agir, ou plut\u00f4t de faire agir, [&#8230;] traduis[ant] l\u2019effectivit\u00e9 de [sa] pr\u00e9sence\u00a0\u00bb (Despret 2015, 17), la seule existence de l\u2019arbre permet de transformer la perception qu\u2019a le protagoniste de son propre r\u00f4le dans la pr\u00e9servation de la nature. En effet, si le gar\u00e7on r\u00eavait le monde v\u00e9g\u00e9tal, c\u2019\u00e9tait pour son propre bonheur, et pas pour le bien-\u00eatre des plantes en elles-m\u00eames. Or, ce renversement du regard \u2013 o\u00f9 le v\u00e9g\u00e9tal cesse d\u2019\u00eatre un d\u00e9cor ou un objet de contemplation\/r\u00eaverie pour devenir un sujet vuln\u00e9rable, renversant les assises anthropologiques sur lesquelles se basait l\u2019iconotexte \u2013 marque une inflexion d\u00e9cisive dans la narration, car cette r\u00e9v\u00e9lation engage d\u00e8s lors le gar\u00e7on dans une posture de responsabilit\u00e9 \u00e9cologique. Ce moment agit comme un d\u00e9clencheur, le faisant passer de la r\u00eaverie <i>sur<\/i> le v\u00e9g\u00e9tal \u00e0 l\u2019action concr\u00e8te <i>pour<\/i> le v\u00e9g\u00e9tal.\u00a0<\/p>\n<p>Touch\u00e9 par la situation critique dans laquelle se trouve l\u2019arbre, le protagoniste d\u00e9cide effectivement de faire tout ce qui est en son pouvoir pour le sauver d\u2019une ville tentaculaire qui avale tout sur son passage. Un article de journal, int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019iconotexte, indique \u00e0 cet effet qu\u2019un futur immeuble de 247 \u00e9tages sera construit exactement \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 va pousser l\u2019arbre. Accentuant le caract\u00e8re d\u00e9mesur\u00e9 d\u2019un tel projet, cette hyperbole souligne non seulement l\u2019avidit\u00e9 sans limite de l\u2019\u00e9talement urbain, mais \u00e9galement la relation antith\u00e9tique qu\u2019entretiennent la ville et la plante, cette derni\u00e8re, minuscule, ne pouvant rivaliser avec une urbanit\u00e9 \u00e9crasante. Ce contraste semble en ce sens renforcer l\u2019opposition entre deux logiques de croissance : l\u2019une rapide et pr\u00e9datrice, l\u2019autre lente et fragile.<\/p>\n<p>Refusant de laisser dispara\u00eetre ce qu\u2019il reste de v\u00e9g\u00e9tation, l\u2019enfant d\u00e9terre alors la pousse, la glisse dans son sac \u00e0 dos et quitte la ville en v\u00e9lo \u00e0 la recherche d\u2019un lieu plus s\u00fbr o\u00f9 la replanter. C\u2019est \u00e0 ce moment du r\u00e9cit qu\u2019une double page illustre alors les \u00e9tapes de croissance de l\u2019arbre. Ce sch\u00e9ma botanique, habituellement centr\u00e9 sur la seule croissance du v\u00e9g\u00e9tal, int\u00e8gre pourtant le gar\u00e7on \u00e0 v\u00e9lo, comme si celui-ci devenait une \u00e9tape indispensable au d\u00e9veloppement de l\u2019arbre. Ce choix visuel sugg\u00e8re au lecteur que l\u2019action humaine est d\u00e9sormais indissociable du devenir du v\u00e9g\u00e9tal, que leur existence respective sont intriqu\u00e9es l\u2019une dans l\u2019autre. <i>Le dernier arbre<\/i> donne ainsi \u00e0 voir un monde o\u00f9 la survie des plantes repose enti\u00e8rement sur l\u2019acquisition, par l\u2019humain, d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0savoir-\u00eatre, une fa\u00e7on d\u2019entrer en relation avec le vivant \u00bb (Bouvet et <i>al<\/i>. 2024,\u00a049) fond\u00e9 sur la reconnaissance de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ce dernier. Dans cette ville toute en grisaille, la croissance de l\u2019arbre n\u2019est plus possible sans l\u2019intervention humaine. D\u00e9sormais, c\u2019est la pr\u00e9sence active de l\u2019enfant, d\u00e9coulant d\u2019une sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde v\u00e9g\u00e9tal, qui conditionne la possibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019un avenir pour celui-ci et pour lui-m\u00eame, loin de l\u2019urbanit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<h3><b>V\u00e9g\u00e9taliser\u00a0: cohabiter, faire-avec<\/b><\/h3>\n<p>Si, dans <i>Le dernier arbre<\/i>, la ville et les plantes apparaissent comme des entit\u00e9s irr\u00e9conciliables, laissant entendre que la sauvegarde des v\u00e9g\u00e9taux ne peut se faire qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019urbanit\u00e9, <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i> propose au contraire un mod\u00e8le o\u00f9 un changement de paradigme \u00e9cologique na\u00eet de l\u2019int\u00e9rieur de la ville. \u00c0 cet effet, les soins que Joe prodigue \u00e0 son jardin font grandir ce dernier peu \u00e0 peu, incitant progressivement les habitants de son immeuble \u00e0 sortir de leur isolement pour aller \u00e0 son contact. En d\u00e9couvrant que son jardin leur procure du bonheur, Joe choisit de partager ses plantes avec chacun des r\u00e9sidents. L\u2019immeuble, puis la ville tout enti\u00e8re, se transforment alors graduellement, engendrant une symbiose entre le gris industriel et le vert v\u00e9g\u00e9tal. L\u2019iconotexte mobilise \u00e0 cet effet la mise en page pour renforcer cette id\u00e9e de diffusion v\u00e9g\u00e9tale au sein de la ville. Pour d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9tendue compl\u00e8te de la derni\u00e8re double page, le lecteur doit en effet d\u00e9plier la page finale. \u00c0 cet effet, si l\u2019album jeunesse poss\u00e8de avant tout, pour l\u2019enfant, une \u00ab\u00a0valeur d\u2019objet, puisque pouvant \u00eatre manipul\u00e9\u00a0\u00bb (Thollon-Behar et Ignacchiti 2019, 42), cette composante interactive pr\u00e9sente dans <i>Le petit jardinier extraordinaire<\/i> engage le jeune lecteur non seulement corporellement, mais aussi sensiblement et \u00e9motionnellement dans le processus de v\u00e9g\u00e9talisation de la ville. En d\u00e9pliant la page, il voit une ville transform\u00e9e par son propre geste ; verte, mais aussi inond\u00e9e de bonheur et d&rsquo;interactions, laissant sous-entendre qu\u2019il peut par lui-m\u00eame changer le monde. \u00c0 travers cette manipulation, l\u2019album met alors en lumi\u00e8re une \u00ab\u00a0po\u00e9tique de l\u2019habitation du monde qui cherche non pas \u00e0 instruire ni \u00e0 faire peur [comme c\u2019\u00e9tait davantage le cas dans le <i>Denier arbre<\/i>], mais \u00e0 d\u00e9couvrir le lien qui unit l\u2019\u00eatre humain \u00e0 son environnement \u00e0 travers une d\u00e9marche [&#8230;] sensible.\u00a0\u00bb (Thiltges 2018, \u202f83). Cette manipulation devient alors une mani\u00e8re d\u2019ouvrir \u00e0 la fois la page et l\u2019espace urbain, mais aussi et surtout la conscience du lecteur \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale, lui montrant l\u2019\u00e9tendue litt\u00e9rale et figur\u00e9e des bienfaits de la (co)habitation avec l\u2019autre qu\u2019humain.<\/p>\n<p>Le jardin, en s\u2019\u00e9tendant au sein de l\u2019espace urbain, rend d\u2019autant plus perm\u00e9ables les fronti\u00e8res entre les habitants de l\u2019immeuble. Celles-ci sont d\u2019ailleurs mises en lumi\u00e8res, au d\u00e9but du r\u00e9cit, par des murs aux allures de lignes qui confinent chaque citadin dans des cases repr\u00e9sentant des appartements. En ce sens, le v\u00e9g\u00e9tal agit comme un agent de d\u00e9cloisonnement, r\u00e9organisant l\u2019espace de mani\u00e8re \u00e0 permettre l\u2019\u00e9mergence d\u2019un v\u00e9ritable vivre-ensemble en \u00ab\u00a0d\u00e9samor\u00e7ant les tensions li\u00e9es [aux] fronti\u00e8re[s] \u00bb (Bouvet 2017, 23). L\u00e0 o\u00f9, dans les premi\u00e8res pages, les habitants, isol\u00e9s dans leur appartement, arborent des visages au mieux ferm\u00e9s, au pire empreints de tristesse, la fin de l\u2019album montre, gr\u00e2ce \u00e0 une soudaine porosit\u00e9 des murs de l\u2019immeuble, des citadins souriants, rieurs, engag\u00e9s dans des interactions joyeuses. L\u2019espace reconfigur\u00e9 par le v\u00e9g\u00e9tal devient ainsi le lieu d\u2019une reconnexion au monde qui entoure les habitants, \u00ab\u00a0le jardin s\u2019av\u00e9rant fortement d\u00e9fini par le soin autant des plantes que de soi [et des autres]\u00a0\u00bb (2024, 130), selon Rachel Bouvet.\u00a0<\/p>\n<p>Cette transformation de la ville para\u00eet en ce sens instaurer une continuit\u00e9 entre les ontologies humaine et v\u00e9g\u00e9tale. En effet, le r\u00e9cit tend \u00e0 sugg\u00e9rer que ces derni\u00e8res partagent un mode d\u2019existence relationnel\u00a0: les humains prennent soin du jardin autant que ce dernier prend soin d\u2019eux. En effet, alors que les v\u00e9g\u00e9taux sont d\u2019abord introduits dans la ville par Joe et ensuite entretenus par l\u2019ensemble des habitants, il n\u2019en demeure pas moins que, dans cet iconotexte, \u00ab ce sont les plantes qui font [\u2026] de l\u2019espace qui [&#8230;] entourent [les citadins] un monde, qui r\u00e9organisent et r\u00e9am\u00e9nagent la r\u00e9alit\u00e9 dans un lieu habitable et vivable \u00bb, (2018, 134) pour reprendre les mots d\u2019Emanuele Coccia. En d\u2019autres termes, les plantes ne se contentent pas d\u2019accompagner le r\u00eave de l\u2019enfant, mais le concr\u00e9tisent jusqu\u2019\u00e0 faire (re)na\u00eetre la ville elle-m\u00eame. Leur pouvoir d\u2019agir est ainsi aussi grand que ceux des habitants qui, en prenant soin du jardin, l\u2019aide \u00e0 grandir et \u00e0 semer la joie autour de lui; c\u2019est une v\u00e9ritable dialectique qui se met en place. D\u00e8s lors, le titre de l\u2019album devient v\u00e9ritablement polys\u00e9mique. Qui est ce jardinier extraordinaire? Joe, qui amorce le mouvement de transformation urbain en m\u00e9nageant un espace pour son jardin sur son balcon, ou le v\u00e9g\u00e9tal, qui mat\u00e9rialise l\u2019id\u00e9e du gar\u00e7on dans le monde? \u00c0 cet effet, Emanuele Coccia \u00e9crit que<\/p>\n<blockquote>\n<p>si le monde est jardin, ce n\u2019est pas parce que les plantes en constituent le contenu privil\u00e9gi\u00e9 : c\u2019est, au contraire, parce que ce monde est fait, fabriqu\u00e9 par les plantes. Elles en sont donc les jardini\u00e8res\u00a0:\u00a0ce sont elles qui font ce monde, elles qui maintiennent ce monde en vie. Nous, les hommes, ainsi que tous les autres animaux, sommes l\u2019objet du jardinage cosmique des plantes. (2018, 134)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est ainsi peut-\u00eatre dans une dynamique de co-cr\u00e9ation et du faire-avec qu\u2019il faut envisager cet album, puisque l\u2019urbanit\u00e9 devient ultimement\u00a0\u00ab un lieu de rencontre privil\u00e9gi\u00e9 entre les modes d\u2019habiter v\u00e9g\u00e9tal et humain, un endroit propice au d\u00e9veloppement de relations intersp\u00e9cifiques ax\u00e9es sur la protection et l\u2019\u00e9panouissement de toutes les formes de vivant. \u00bb (Bouvet et <i>al<\/i>. 2024, 108)\u00a0Dans cette perspective<i>, Le petit jardinier extraordinaire<\/i> invite ainsi \u00e0 valoriser une nouvelle ontologie relationnelle o\u00f9 les \u00eatres vivants, qu\u2019ils soient humains ou v\u00e9g\u00e9taux, participent collectivement \u00e0 la transformation du monde. C\u2019est ainsi et ainsi seulement que peut se r\u00e9aliser le r\u00eave de Joe, que son monde peut enfin passer de l\u2019ordinaire \u00e0 l\u2019extraordinaire.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>\u00c0 travers l\u2019\u00e9tude du <i>Dernier arbre<\/i> et du <i>Petit jardinier extraordinaire<\/i>, il appara\u00eet que la litt\u00e9rature pour enfants ne se contente plus de repr\u00e9senter les \u00eatres v\u00e9g\u00e9taux comme de simples d\u00e9cors ou des \u00eatres enti\u00e8rement passifs. Elle les r\u00e9investit, les fait agir, r\u00e9sister et fait germer les imaginaires \u00e0 la fois des personnages et du lecteur. Mais plus encore, chacun de ces albums trace les contours d\u2019un monde o\u00f9 le v\u00e9g\u00e9tal appelle un d\u00e9centrement du regard, une r\u00e9orientation de notre mani\u00e8re de cohabiter avec l\u2019autre qu\u2019humain.\u00a0<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature jeunesse devient alors un outil de r\u00e9enchantement des plantes, certes, mais surtout de reconfiguration de notre savoir-\u00eatre face \u00e0 ces derni\u00e8res : en se tenant \u00e0 l\u2019intersection du sensible et du politique, du po\u00e9tique et de l\u2019\u00e9thique, les albums pour les enfants r\u00e9ussissent \u00e0 cr\u00e9er des espaces ludiques qui ne dictent pas une conduite \u00e0 suivre, mais proposent plut\u00f4t des chemins possibles que le lecteur peut se r\u00e9approprier. Ces \u0153uvres donnent \u00e0 voir un monde fragile, mais d\u00e9finitivement habitable, o\u00f9 l\u2019espoir d\u2019un avenir commun repose sur une attention renouvel\u00e9e \u00e0 ce qui pousse, germe, respire autour de nous, car, comme le rappelle Quentin Hiernaux, les v\u00e9g\u00e9taux sont la condition \u00ab de possibilit\u00e9 absolues de la vie et de l\u2019existence humaine sur terre \u00bb (2018,\u00a017). Si l\u2019urbanit\u00e9 tend parfois \u00e0 effacer les plantes, ces albums rappellent aux jeunes et moins jeunes lecteurs que celles-ci, malgr\u00e9 leur silence et leur immobilit\u00e9 apparente, savent (re)cr\u00e9er du lien et nous incitent \u00e0 habiter le monde en cohabitant. Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0, justement, la plus grande force de ces r\u00e9cits : nous inviter \u00e0 <i>bien<\/i> vivre avec ce qui, nous, nous fait vivre.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><b>Corpus \u00e9tudi\u00e9<\/b><\/h3>\n<p>BOUGHTON, Sam. 2019. <i>Le petit jardinier extraordinaire, <\/i>Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>CHABBERT, Ingrid et Raul Nieto Guridi. 2015. <i>Le dernier arbre, <\/i>Paris, Frimousse.<\/p>\n<h3><b>Ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence<\/b><\/h3>\n<p>BACHELARD, Gaston. 1957. <i>Po\u00e9tique de l\u2019espace<\/i>, Paris, Presses universitaires de France.<\/p>\n<p>BERQUE, Augustin. 1994. <i>Cinq propositions pour une th\u00e9orie du paysage<\/i>, Seyssel, Champ Vallon.<\/p>\n<p>BOUVET, Rachel. 2015. <i>Vers une approche g\u00e9opo\u00e9tique. Lectures de Kenneth White, Victor <\/i> <i>Segalen, J.-M. G. Le Cl\u00e9zio<\/i>, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-. 2017. \u00ab L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 des fronti\u00e8res \u00bb, dans Daniel Chartier et <i>al<\/i>., (dir.), <i>Fronti\u00e8res<\/i>, Montr\u00e9al, Imaginaire | Nord et Bergen, D\u00e9partement des langues \u00e9trang\u00e8res, Universit\u00e9 de Bergen, coll. \u00ab Isberg \u00bb.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;- et <i>al<\/i>. 2024.<i> Entre les feuilles. Exploration de l\u2019imaginaire botanique <\/i> <i>contemporain<\/i>, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>DESPRET, Vinciane. 2015. <i>Au bonheur des morts : r\u00e9cits de ceux qui restent<\/i>, Paris, La d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>DESROCHERS, Julien. 2019. \u00ab \u201c Cette gr\u00e2ce enti\u00e8re, insaisissable et myst\u00e9rieuse \u201d : forme et enjeu de l\u2019\u00e9co-\u00e9piphanie dans trois romans qu\u00e9b\u00e9cois contemporains \u00bb, <i>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/i>, vol. 48, n\u00b0 3.<\/p>\n<p>LAUGIER, Sandra. 2015. \u00ab Care, environnement et \u00e9thique globale \u00bb, <i>Cahiers du genre<\/i>, vol. 59, n\u00b0 2.<\/p>\n<p>LE DANTEC, Denise. 2000. <i>Encyclop\u00e9die po\u00e9tiques et raisonn\u00e9es des herbes<\/i>, Paris, Bartillat.<\/p>\n<p>HIERNAUX, Quentin. 2018. \u00ab Pourquoi et comment philosopher sur le v\u00e9g\u00e9tal? \u00bb, dans Quentin Hiernaux et Beno\u00eet Timmermans (dir.), <i>Philosophie du v\u00e9g\u00e9tal<\/i>, Paris, Librairie philosophique J. Vrin.<\/p>\n<p>MARDER, Michael. 2013. <i>La pens\u00e9e v\u00e9g\u00e9tale. Une philosophie de la vie des plantes<\/i>, Dijon, Les presses du r\u00e9el.<\/p>\n<p>ROUSSEAU, Jean-Jacques. 1762. <i>\u00c9mile ou De l\u2019\u00e9ducation<\/i>, Paris, Biblioth\u00e8que nationale.<\/p>\n<p>SIMARD, Martin. 2014. \u00ab \u00c9talement urbain, empreinte \u00e9cologique et ville durable. Y a-t-il une solution de rechange \u00e0 la densification? \u00bb, <i>Cahiers de g\u00e9ographie du Qu\u00e9bec<\/i>, vol. 58, n\u00b0 165.<\/p>\n<p>THILTGES, S\u00e9bastian. 2018. \u00ab L\u2019\u00e9cologie dans la litt\u00e9rature de jeunesse au Luxembourg : pour une \u00e9cocritique compar\u00e9e intralitt\u00e9raire \u00bb, <i>Les Cahiers luxembourgeois<\/i>, vol. 2.<\/p>\n<p>VITS, Anna. 2019. \u00ab La probl\u00e9matique environnementale dans les romans francophones pour la jeunesse (2018-2019). Vers une conscientisation \u00e9cologique \u00bb, master en langues et lettres fran\u00e7aises et romanes, Facult\u00e9 de Philosophie et Lettres, Universit\u00e9 de Li\u00e8ge.<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Archambault, Sophie. 2025. \u00ab Repr\u00e9sentations du v\u00e9g\u00e9tal en milieu urbain dans l&rsquo;album jeunesse contemporain : l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles relations entre enfants et plantes dans le <em>Dernier arbre<\/em> d&rsquo;Ingrid Chabbert et Raul Nieto Guridi ainsi que du <em>Petit jardinier extraordinaire<\/em> de Sam Boughton \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Actes du colloque CIEL 2025 \u00bb, hors s\u00e9rie, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9772&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Copie-de-ReprA\u00a9sentations-du-vA\u00a9gA\u00a9tal-en-milieu-urbain-dans-lalbum-jeunesse-contemporain.docx-1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Copie de ReprA\u0303\u00a9sentations du vA\u0303\u00a9gA\u0303\u00a9tal en milieu urbain dans l&apos;album jeunesse contemporain.docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-71dd8474-673d-460e-87f7-3f1248f0887d\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Copie-de-ReprA\u00a9sentations-du-vA\u00a9gA\u00a9tal-en-milieu-urbain-dans-lalbum-jeunesse-contemporain.docx-1.pdf\">Copie de ReprA\u0303\u00a9sentations du vA\u0303\u00a9gA\u0303\u00a9tal en milieu urbain dans l&rsquo;album jeunesse contemporain.docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Copie-de-ReprA\u00a9sentations-du-vA\u00a9gA\u00a9tal-en-milieu-urbain-dans-lalbum-jeunesse-contemporain.docx-1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-71dd8474-673d-460e-87f7-3f1248f0887d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>On peut m\u00eame se demander si ce type d\u2019album, o\u00f9 les enfants apparaissent en contraste avec les adultes responsables de l\u2019appauvrissement \u00e9cologique du monde, ne constitue pas une actualisation contemporaine de l\u2019id\u00e9e rousseauiste selon laquelle \u00ab l\u2019enfance est l\u2019\u00e2ge de la nature \u00bb (Rousseau 1762, \u202f6), c\u2019est-\u00e0-dire une p\u00e9riode de puret\u00e9, de sensibilit\u00e9 et d\u2019harmonie spontan\u00e9e avec le vivant, encore \u00e9pargn\u00e9e par la contamination de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors s\u00e9rie, actes du colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL) 2025 La litt\u00e9rature jeunesse, tirant avantage de la curiosit\u00e9 r\u00e9currente des enfants pour la nature, a toujours manifest\u00e9 un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour les th\u00e9matiques \u00e9cologiques. Toutefois, depuis quelques ann\u00e9es, cette nature repr\u00e9sent\u00e9e dans les albums pour enfants est travers\u00e9e par une inqui\u00e9tude croissante relevant d\u2019une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1446],"tags":[7],"class_list":["post-9772","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actes-du-colloque-ciel-2025","tag-archambault-sophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9772","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9772"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9772\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10032,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9772\/revisions\/10032"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9772"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9772"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9772"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}