{"id":9831,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9831"},"modified":"2025-12-05T23:52:20","modified_gmt":"2025-12-05T23:52:20","slug":"le-cas-des-memoires-fictifs-lhistoire-manipulee-par-la-litterature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9831","title":{"rendered":"Le cas des M\u00e9moires fictifs : l&rsquo;Histoire manipul\u00e9e par la litt\u00e9rature?"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9797\">Hors s\u00e9rie, actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL 2025<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0Je n\u2019\u00e9cris pas l\u2019histoire, c\u2019est assez bien de raconter la mienne\u00a0\u00bb (1984, 68) professait la marquise de la Rochejaquelein. Pendant longtemps en effet, les r\u00e9cits m\u00e9moriaux jouaient le r\u00f4le de documents historiques. Progressivement, l\u2019Histoire s\u2019est impos\u00e9e comme une discipline \u00e0 part et les M\u00e9moires sont tomb\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">cf. les travaux de Jean-Louis Jeannelle.<\/span>. Cependant, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, on constate une r\u00e9surgence non seulement du genre m\u00e9morial mais aussi de ce que j\u2019appelle \u00ab M\u00e9moires fictifs \u00bb \u2014 une forme litt\u00e9raire populaire aux XVII\u1d49-XVIII\u1d49 si\u00e8cles, revisit\u00e9e par les auteurs du XX\u1d49. Dans ces romans, les protagonistes racontent des \u00e9v\u00e9nements marquants de l\u2019Histoire auxquels ils ont pris part mais selon le prisme de l\u2019intime. De telles \u0153uvres ont un grand degr\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">C&rsquo;est-\u00e0-dire le lien d\u2019un texte avec ce qui est hors de lui, une r\u00e9alit\u00e9, un contexte social, un autre texte, un v\u00e9cu, etc.<\/span> mais, en tant que r\u00e9cits de fiction, elles ne sont pas tenues \u00e0 l\u2019exactitude historique. C\u2019est ainsi que dans <i>Earthly Powers<\/i> (Anthony Burgess) on peut trouver \u00e0 la fois des r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements de la Seconde Guerre mondiale et des \u00e9v\u00e9nements purement fictifs tels la rencontre entre le protagoniste principal et Himmler ou encore l\u2019invention d\u2019un Prix Nobel de litt\u00e9rature. Parfois, le lecteur est tellement pris par l\u2019intrigue qu\u2019il n\u2019arrive plus \u00e0 s\u00e9parer faits et fiction, Histoire et roman. Cela a notamment \u00e9t\u00e9 le cas pour <i>Les Bienveillantes <\/i>(Jonathan Littell) au point de cr\u00e9er des pol\u00e9miques et controverses apr\u00e8s la parution du livre<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">On peut notamment penser aux critiques faites par Philippe Breton qui voit dans ce roman une fascination ambigu\u00eb envers le nazisme, qui pourrait d\u00e9tourner l\u2019attention d\u2019une compr\u00e9hension r\u00e9aliste et scientifique de l\u2019Histoire. En Allemagne, des critiques comme Thomas Steinfeld qualifient l\u2019ouvrage de \u00ab pornographique \u00bb et de \u00ab monstrueux \u00bb, tandis que Micha Brumlik le consid\u00e9rait comme un \u00ab tas d\u2019ordures \u00bb pour son style et son traitement du sujet. Des historiens allemands et fran\u00e7ais (comme Peter Sch\u00f6ttler) ont d\u00e9nonc\u00e9 des erreurs factuelles, un profil de narrateur trop \u00e9loign\u00e9 du nazi moyen, et une vision trop psychologisante du nazisme, le qualifiant m\u00eame de \u00ab dangereux \u00bb si per\u00e7u comme un faux t\u00e9moignage.<\/span>.<\/p>\n<p>Cet exemple nous am\u00e8ne \u00e0 nous pencher sur les liens qu\u2019entretiennent litt\u00e9rature et Histoire, et au sujet canonique des pouvoirs de la fiction. Il faut nous demander dans quelle mesure la litt\u00e9rature peut s\u2019affranchir de toute obligation par rapport \u00e0 l\u2019Histoire et, \u00e0 l&rsquo;inverse, comment cette derni\u00e8re est n\u00e9cessairement fictionnalis\u00e9e \u2013 m\u00eame dans le roman le mieux document\u00e9 et le plus fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Je vais me concentrer sur l\u2019objet paradoxal que sont les M\u00e9moires fictifs afin de montrer comment il se situe au croisement de ces deux interrogations et dans quelle mesure le r\u00e9cit qui y est orchestr\u00e9 est une machine \u00e0 fictionaliser le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, je vais revenir sur le rapport \u00e0 l\u2019Histoire qui est constitutif des M\u00e9moires avant de voir comment dans un corpus pr\u00e9cis (<i>Earthly Powers<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Ce roman met en sc\u00e8ne Kenneth Marchal\u202f Toomey, un \u00e9crivain britannique homosexuel \u00e0 l\u2019aube de ses 81 ans. Il est invit\u00e9 par l\u2019archev\u00eaque de Malte \u00e0 attester un miracle attribu\u00e9 \u00e0 son ancien beau-fr\u00e8re, le pape Carlo Campanati, en vue de sa canonisation ce qui d\u00e9clenche son r\u00e9cit. Ce dernier traverse pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et propose une exploration de la m\u00e9moire, de la sexualit\u00e9, de la foi, de la corruption et de l\u2019irr\u00e9ductible question du mal dans un monde moderne troubl\u00e9. On y suit en parall\u00e8le deux figures contrast\u00e9es\u202f: le cynique et libre Toomey, et le pieux Campanati devenu pape r\u00e9formateur. Le roman m\u00eale histoire fictive, satire religieuse et r\u00e9flexion sur le pouvoir de la foi et de l\u2019\u00e9criture.<\/span><\/i>, <i>Les Bienveillantes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Maximilien Aue, officier SS cultiv\u00e9, revient sur le r\u00f4le qu\u2019il a jou\u00e9 dans les ann\u00e9es 1941\u20131945 : des exactions des Einsatzgruppen en Ukraine \u00e0 la bureaucratie meurtri\u00e8re des camps d\u2019extermination, en passant par la bataille de Stalingrad et la chute de Berlin il a pris une part active \u00e0 la Seconde Guerre mondiale du c\u00f4t\u00e9 des nazis. Ce roman \u00e0 la premi\u00e8re personne est troublant par son volume, les d\u00e9tails minutieux de la violence et des passages sexuels explicites. Plus encore, il donne la parole au bourreau ce qui est encore un tabou pour un grand nombre de lecteurs.<\/span><\/i>, <i>Augustus<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Allan Massie donne \u00e0 lire les M\u00e9moires d\u2019Octave (futur empereur Auguste), qui revient sur sa vie depuis l\u2019assassinat de Jules C\u00e9sar jusqu\u2019\u00e0 ses derni\u00e8res ann\u00e9es. Il retrace sa mont\u00e9e au pouvoir, la guerre contre Marc Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre, puis son r\u00e8gne fondateur de la Pax Romana. Le roman explore comment ce \u00ab virtuose du pouvoir \u00bb b\u00e2tit un empire tout en restant hant\u00e9 par ses actes \u2014 notamment les proscriptions et les exc\u00e8s de la jeunesse \u2014 et interroge la solitude et le regret \u00e0 la fin de vie.<\/span><\/i> d\u2019Allan Massie et <i>Le Lieutenant-colonel de Maumort<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Bertrand de Maumort, officier n\u00e9 en 1870, revient sur sa vie dans ce r\u00e9cit entam\u00e9 en 1940 alors que son ch\u00e2teau est occup\u00e9 pendant la Seconde Guerre mondiale. Il raconte son enfance dans le Perche, ses ann\u00e9es parisiennes aupr\u00e8s d\u2019un oncle \u00e9rudit, son engagement militaire au Maroc et durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, puis son r\u00f4le dans la R\u00e9sistance dans le Lot. Fragmentaire et inachev\u00e9, le r\u00e9cit m\u00eale journal intime, carnets et m\u00e9moires : il explore la sexualit\u00e9, les engagements moraux et l\u2019id\u00e9e que tout homme m\u00e8ne une vie sociale et une vie secr\u00e8te.<\/span><\/i> de Roger Martin du Gard) la litt\u00e9rature utilise le mat\u00e9riau historique. Ensuite j\u2019analyserai les cons\u00e9quences de ce brouillage des fronti\u00e8res en terme de r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h3>I. Histoire et M\u00e9moires\u00a0<\/h3>\n<p>Longtemps l\u2019Histoire a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une discipline litt\u00e9raire. En effet, d\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9tude de John Burrow, (2009) les historiens n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 faire figurer des discours fictifs prononc\u00e9s par des personnages historiques dans leurs ouvrages. L\u2019historienne Jill Lepore va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 dire que \u00ab\u00a0d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 ne pas \u00eatre confondus avec les arch\u00e9ologues et les simples chroniqueurs, m\u00eame les empiristes en herbe avouaient une certaine d\u00e9contraction \u00e0 l\u2019\u00e9gard des faits\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0<i>eager not to be confused with antiquarians and mere chroniclers, even budding empiricists confessed a certain lack of fussiness about facts<\/i>\u00a0\u00bb]. (2008) \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les romans-M\u00e9moires fleurissent (xviie &#8211; xviiie si\u00e8cles), litt\u00e9rature et Histoire ne sont pas encore deux disciplines distinctes et tant les romanciers que les historiens ont recours \u00e0 l\u2019anecdote, \u00e0 l\u2019intrigue voire au suspense. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il est d\u2019autant plus difficile de tracer une fronti\u00e8re nette entre les r\u00e9cits historiques et les \u00e9crits de fiction que souvent les romanciers sont aussi historiens et inversement. On peut ainsi penser \u00e0 Daniel Defoe, William Godwin, Mary Wollstonecraft ou encore Voltaire. Apr\u00e8s avoir \u00e9crit <i>Le Si\u00e8cle de Louis <\/i><i>xiv<\/i>, ce dernier envoya son manuscrit au Pr\u00e9sident H\u00e9nault en lui demandant d\u2019en faire la critique (qu\u2019il voulait \u00e9logieuse). Cependant, son correspondant lui ayant fait remarquer que ses propos \u00e9taient trop g\u00e9n\u00e9raux, Voltaire reprit la plume pour se justifier en pr\u00e9cisant qu\u2019il avait \u00ab\u00a0pr\u00e9tendu faire un grand tableau des \u00e9v\u00e9nements qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre peints, et tenir continuellement les yeux du lecteur attach\u00e9s sur les principaux personnages. Il faut une exposition, un n\u0153ud et un d\u00e9nouement dans une histoire, comme dans une trag\u00e9die \u00bb. (1956 [1752], 171) La conception de l\u2019histoire qu\u2019il d\u00e9fend ici est celle que partagent la plupart de ses contemporains.\u00a0<\/p>\n<p>La question de savoir si l\u2019Histoire devait simplement rapporter des faits ou si elle pouvait le faire en empruntant \u00e0 la rh\u00e9torique litt\u00e9raire traverse le xviiie si\u00e8cle\u00a0; il en r\u00e9sulte qu\u2019en pratique les r\u00e9cits historiques avaient une tournure litt\u00e9raire et les romans pr\u00e9tendaient exposer une certaine v\u00e9rit\u00e9. Nous retrouvons ici la distinction aristot\u00e9licienne, (Aristote 1980, 65) selon laquelle les historiens \u00e9crivent ce qui s\u2019est pass\u00e9 et les po\u00e8tes ce qui aurait pu se passer, qui permettait de distinguer les deux types de r\u00e9cits. \u00c0 la fin du xviiie si\u00e8cle cependant, lorsque la discipline de l\u2019Histoire appara\u00eet, se d\u00e9finissant en partie en tant qu\u2019anti-roman, la diff\u00e9rence entre litt\u00e9rature et Histoire ne se joue plus seulement autour du d\u00e9bat \u00ab\u00a0fait <i>vs<\/i> invention\u00a0\u00bb mais elle acquiert une dimension sociologique\u00a0: les romans sont des histoires \u00e9crites par les femmes, pour les femmes, avec des h\u00e9ro\u00efnes f\u00e9minines tandis que l\u2019Histoire est l\u2019affaire des hommes, pour les hommes, avec des protagonistes masculins<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Selon l\u2019analyse propos\u00e9e par Jill Lepore dans son article : \u00ab les historiens ont quasi tout repris aux romanciers \u00e0 l\u2019exception du droit \u00e0 l\u2019invention \u2026 et du lectorat f\u00e9minin. Aujourd\u2019hui, les maisons d\u2019\u00e9ditions estiment que les hommes ach\u00e8tent la vaste majorit\u00e9 des livres d\u2019Histoire \u00e0 succ\u00e8s tandis que la plupart des consommateurs de fiction sont des femmes \u00bb [\u00ab historians have reclaimed from novelists nearly everything except the license to invent . . . and women readers. Today, publishers figure that men buy the great majority of popular history books; most fiction buyers are women \u00bb].<\/span>. Certains critiques analysent \u00e9galement l\u2019essor de la micro-Histoire et l\u2019engouement des historiens pour les personnes ou sujets oubli\u00e9s que l\u2019on constate depuis les ann\u00e9es 1970 (on peut penser aux travaux d\u2019Alain Corbin notamment) comme une tentative de regagner le terrain perdu au xixe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le genre des M\u00e9moires tient une place \u00e0 part car il a une mani\u00e8re particuli\u00e8re de traiter les \u00e9v\u00e8nements historiques. C\u2019est d\u2019ailleurs en partie sur ce point qu\u2019il se distingue des autres genres. Leila\u00a0Dounia Mimouni d\u00e9finit ainsi les M\u00e9moires comme \u00e9tant\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>un t\u00e9moignage critique sous forme d\u2019un r\u00e9cit r\u00e9trospectif en prose qu\u2019une personne r\u00e9elle, d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 publique ou non, fait des \u00e9v\u00e9nements historiques auxquels elle aurait particip\u00e9 ou assist\u00e9, garantissant un r\u00e9cit tr\u00e8s proche de la r\u00e9alit\u00e9 sans pour autant pr\u00e9tendre faire \u0153uvre d\u2019historien, n\u2019incluant des \u00e9l\u00e9ments de sa vie priv\u00e9e que dans le cadre o\u00f9 ils sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 ces m\u00eames \u00e9v\u00e9nements historiques. (2005, 29-30)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ancrage historique, inh\u00e9rent \u00e0 la nature m\u00eame des M\u00e9moires, fait d\u00e9bat\u00a0: quelle est la capacit\u00e9 de la litt\u00e9rature \u00e0 dire\/ faire l\u2019Histoire\u00a0? Et <i>a fortiori<\/i> quand il s\u2019agit de litt\u00e9rature de fiction, comme dans le cas de M\u00e9moires fictifs. Notre objet d\u2019\u00e9tude \u00ab\u00a0[p]os\u00e9 de telle fa\u00e7on, dans la triple perspective de l\u2019histoire v\u00e9cue, de l\u2019histoire recr\u00e9\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre d\u2019art et de la vision philosophique qu\u2019exprime celle-ci, [\u2026] vient s\u2019ins\u00e9rer dans la discussion th\u00e9orique sur la litt\u00e9rature qui prend l\u2019histoire comme sujet, discussion d\u00e9j\u00e0 vive parmi les \u00e9crivains des ann\u00e9es 1930 et qui a \u00e9t\u00e9 reprise il y a quelques ann\u00e9es\u00a0\u00bb. (Schlobach 1982, 774) Parmi notre corpus, une \u0153uvre se distingue en particulier sur ce point\u00a0: <i>Les Bienveillantes<\/i>. En effet, dans ce roman, le protagoniste est un ancien dignitaire nazi qui couche par \u00e9crit son exp\u00e9rience de la Seconde Guerre mondiale. Cette derni\u00e8re n\u2019est pas simplement une toile de fond\u00a0: elle procure la mati\u00e8re premi\u00e8re du r\u00e9cit. Le romancier pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne voulais surtout pas \u00e9crire ce qu\u2019on appelle un roman historique, faire de ces \u00e9v\u00e9nements un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre devant lequel faire \u00e9voluer mes personnages\u00a0\u00bb (Littell 2006). Il n\u2019est pas surprenant que le traitement de l\u2019Histoire propos\u00e9 par Littell ait s\u00e9par\u00e9 les lecteurs et les critiques en deux camps. Parmi ceux qui ont d\u00e9fendu <i>Les Bienveillantes<\/i>, Jean-Louis Jeannelle souligne le travail minutieux de recherche men\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain, ainsi que son attitude proprement historienne\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le statut particulier d\u2019Aue, pr\u00e9sent aux moments les plus d\u00e9terminants de la politique d\u2019extermination, mais toujours en position de tiers, et sans avoir \u00e0 prendre lui-m\u00eame de d\u00e9cisions (m\u00eame s\u2019il multiplie les recommandations par ses rapports) le situe clairement \u00e0 l\u2019interm\u00e9diaire des deux grands mod\u00e8les d\u2019interpr\u00e9tation du IIIe Reich : l\u2019option fonctionnaliste (pour laquelle les circonstances r\u00e9sultent des tensions au sein de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat) et l\u2019option intentionnaliste (qui met l\u2019accent sur le programme fix\u00e9 puis men\u00e9 \u00e0 bien par les id\u00e9ologues du Parti). (2020, 189-190)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9anmoins, tous les critiques ne voient pas l\u2019\u0153uvre d\u2019un m\u00eame \u0153il, Eric Sandberg \u00e9crit ainsi que\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>comme si offrir le point de vue pervers d\u2019un criminel de guerre n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas assez grave, Aue est lui-m\u00eame pervers, et non un meurtrier de masse \u00ab normal \u00bb : dans l\u2019intrigue personnelle qui se d\u00e9roule parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019intrigue historique publique du roman, il se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un matricide incestueux, masturbatoire et homosexuel : \u00ab trop monstrueux\u2026 pour que nous le prenions au s\u00e9rieux \u00bb. Comme l\u2019a soulign\u00e9 Margaret Atwood, dans la fiction litt\u00e9raire r\u00e9aliste, les protagonistes sont g\u00e9n\u00e9ralement maintenus \u00ab dans les normes souhaitables \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 dont ils sont issus. Aue est l\u2019une de ces \u00ab variations grotesques \u00bb qui apparaissent parfois, mais il est clairement trop grotesque pour de nombreux lecteurs, m\u00eame selon les normes de l&rsquo;Allemagne nazie. (2014, 237)\u00a0<\/p>\n<p><i>as if it were not bad enough to offer the perverse viewpoint of a war criminal, Aue is himself perverse, not even a &lsquo;normal&rsquo; mass murderer: in the parallel personal plot that runs alongside the novel&rsquo;s public historical plot he is revealed as an incestuous, masturbatory, homosexual matricide: \u00ab too much \u00bb, in the words of one reviewer \u00ab of a freak &#8230; for us to take him seriously\u00bb [Gates 2009]. As Margaret Atwood has pointed out, in realistic, literary fiction protagonists are usually kept \u00ab within the desirable norms \u00bb of the society from which they emerge. Aue is one of the \u00ab grotesque variations \u00bb [Atwood 2012, 58-59] that at times appear, but he is clearly too grotesque to many readers, even by the standards of Nazi Germany.<\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout ceci nous offre un bon aper\u00e7u de la mesure dans laquelle les M\u00e9moires en g\u00e9n\u00e9ral, et les M\u00e9moires fictifs en particulier, sont un genre litt\u00e9raire qui remet en question l\u2019objectivit\u00e9 et la neutralit\u00e9 absolues des faits pour souligner au contraire la plasticit\u00e9 des pouvoirs de la fiction.<\/p>\n<h3>II. Le mat\u00e9riau historique nourrit la fiction<\/h3>\n<h3>A. Comment ?<\/h3>\n<p>L\u2019approche la plus r\u00e9pandue parmi les \u00e9crivains du corpus est celle que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019archiviste. Les auteurs m\u00e8nent d\u2019amples recherches en amont, prennent des notes et s\u2019en servent \u2013 avec plus ou moins de libert\u00e9 \u2013 dans la di\u00e9g\u00e8se. Autrement dit, le mat\u00e9riau historique accumul\u00e9 pr\u00e9alablement \u00e0 l\u2019\u00e9criture est incorpor\u00e9 au r\u00e9cit et procure des \u00e9l\u00e9ments de contexte voire la mati\u00e8re premi\u00e8re de l\u2019intrigue. Ainsi, selon les mots m\u00eames de son auteur, <i>Le Lieutenant-colonel de Maumort <\/i>est \u00ab\u00a0[u]n livre-somme : le total d\u2019une vie et d\u2019une exp\u00e9rience. L\u2019utilisation d\u2019un millier de notes accumul\u00e9es depuis quarante ans. Le testament d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, \u00e0 la veille d\u2019une scission compl\u00e8te entre deux \u00e2ges de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb. (1993, 486)\u00a0Roger Martin du Gard a r\u00e9guli\u00e8rement pris des notes au cours de sa vie et a tenu un journal, tout cela est r\u00e9inject\u00e9 dans son roman. Les critiques qui ont \u00e9tudi\u00e9 <i>Les Bienveillantes<\/i>. dressent un constat similaire, \u00e0 savoir que Jonathan Littell s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 un travail d\u2019archiviste monumental. Parmi eux, Annick Jauer \u00e9crit que\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] le roman de Littell est un livre extr\u00eamement s\u00e9rieux quant \u00e0 sa conception, s\u2019il faut en croire les nombreux t\u00e9moignages de l\u2019auteur lui-m\u00eame, qui a insist\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sur les multiples lectures et voyages qui ont \u00e9t\u00e9 les siens en amont de l\u2019\u00e9criture. Les d\u00e9tracteurs de l\u2019ouvrage insistent m\u00eame sur l\u2019impression que l\u2019on a parfois de fiches de travail mal dig\u00e9r\u00e9es et comme pass\u00e9es telles quelles dans le roman. L\u2019auteur s\u2019est document\u00e9 dans les archives \u00e9crites, sonores ou film\u00e9es, les actes des proc\u00e8s, les organigrammes administratifs et militaires, les \u00e9tudes historiques et interpr\u00e9tatives\u00a0; il s\u2019est aussi rendu \u00e0 Kiev, Kharkov, Piatigorsk, Stalingrad sur les traces de la Wehrmacht s\u2019enfon\u00e7ant en URSS \u00e0 partir de juin 1941\u2026 (2008)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les deux ouvrages britanniques, les auteurs fonctionnent davantage sur le mode de la r\u00e9f\u00e9rence, l\u2019aspect \u00ab\u00a0fiche de lecture\u00a0\u00bb est beaucoup moins perceptible. Chez Massie, le narrateur-personnage, l\u2019empereur Auguste, se rapporte fr\u00e9quemment de mani\u00e8re allusive et r\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 un fait historique, cette mention produit un effet de r\u00e9el qui vient accr\u00e9diter la v\u00e9racit\u00e9 historique du reste du r\u00e9cit. Il en va ainsi, par exemple, de la mort de Cic\u00e9ron mentionn\u00e9e en passant\u00a0: \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont il mourut, qui fait honneur \u00e0 sa vertu, est trop connue pour \u00eatre rappel\u00e9e ici\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0<i>The manner of his death, which did credit to his virtue, is too well known to repeat here<\/i>\u00a0\u00bb] (<i>Augustus, <\/i>86 [85]) ou aussi du testament que l\u2019empereur r\u00e9f\u00e9rentiel a laiss\u00e9, ses <i>Res<\/i> <i>Gestae<\/i>. En effet, le narrateur-personnage dresse un parall\u00e8le entre ses M\u00e9moires officieux (le roman) et le texte que l\u2019empereur Auguste a r\u00e9ellement \u00e9crit et qui nous est parvenu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J\u2019\u00e9prouve pourtant le besoin de laisser quelque chose de plus explicite ; non pas ces M\u00e9moires, qui sont un testament personnel, mais une proclamation publique qui d\u00e9taillera mes r\u00e9alisations. J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 de faire faire leur inscription sur deux colonnes de bronze qui s\u2019\u00e9l\u00e8veront de part et d\u2019autre de mon tombeau. Ces inscriptions seront un d\u00e9fi lanc\u00e9 aux d\u00e9formations des historiens de l\u2019avenir, car je sais trop bien comment les historiens peuvent interpr\u00e9ter les \u00e9v\u00e9nements de la vie d\u2019un homme et leur \u00f4ter leur v\u00e9ritable signification.\u00a0<i>(Augustus, 212 [208]) <\/i><\/p>\n<p><i>Yet I feel the need for something more explicit; not this memoir, which is a personal testament, but a public statement which will spell out my achievement. I am therefore causing to be prepared a record of what I have done and this will be inscribed on two bronze pillars to be set up before my tomb. It will be a statement to challenge the corruption of future historians, for I know only too well how historians can distort a man\u2019s life and deprive it of its true significance<\/i>.\u00a0(<i>Augustus, <\/i>212 [208])<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans <i>Earthly Powers <\/i>de Burgess, le protagoniste est un personnage enti\u00e8rement fictif mais qui \u00e9volue parmi les plus grands noms de son \u00e9poque (Ashley 2002, 42). <i>Earthly Powers <\/i>se lit comme un livre somme. Le roman reprend et fictionnalise la quasi int\u00e9gralit\u00e9 des exp\u00e9riences et connaissances de l\u2019auteur\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lire l\u2019\u0153uvre de Burgess dans son int\u00e9gralit\u00e9 [\u2026] c\u2019est faire une d\u00e9couverte saisissante. Tout est pareil. [\u2026] Les p\u00e9rip\u00e9ties dans les romans malais des ann\u00e9es cinquante, les d\u00e9bats th\u00e9ologiques, les conceptions de la fid\u00e9lit\u00e9, le comportement de la communaut\u00e9 expatri\u00e9e, les attitudes des tribus et factions en guerre, les op\u00e9rations rapides du langage, les tentacules du destin nous introduisent \u00e0 des th\u00e8mes repris dans <i>Earthly Powers<\/i>, ce qui sugg\u00e8re que Burgess r\u00e9ussit l\u2019exploit singulier d\u2019utiliser une vari\u00e9t\u00e9 de lieux, un lexique ph\u00e9nom\u00e9nal, une multitude de p\u00e9riodes historiques, ant\u00e9rieures et post\u00e9rieures au pr\u00e9sent, afin de montrer que la particularit\u00e9 de son mode de penser est d\u2019avoir toujours \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 <i>a<\/i> <i>priori<\/i>.<\/p>\n<p><i>To read one\u2019s way through all of Burgess\u2019s work [\u2026] is to make a startling discovery. It\u2019s all the same. [\u2026] Incidents in the Malaya novels, of the fifties, theological debate, conceptions of fidelity, the behaviour of the expatriate community, the attitudes of warring tribes and factions, the quicksilver operations of language, the tentacles of fate, introduce us to themes duplicated in <\/i>Earthly Powers<i>, and this suggests that Burgess achieves the singular feat of using a variety of locations, a thesaurus of words, a host of historical periods both fore and aft of the present, in order to show that the distinguishing quality of his mind is that it had always been made up.\u00a0 <\/i>(Lewis, 2002, 91)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>B. Pourquoi ?\u00a0<\/h3>\n<p>Pour rappel, jusqu\u2019en 1809, \u00ab\u00a0une \u0153uvre d\u2019imagination qui pr\u00e9tend mettre en sc\u00e8ne des \u00e9v\u00e9nements historiques est loin d\u2019aller de soi\u00a0\u00bb (Lachat 2023, 91). Jusqu\u2019au xixe si\u00e8cle, on opposait Histoire et po\u00e9sie selon le principe d\u2019Aristote\u00a0: \u00ab\u00a0la po\u00e9sie, mim\u00e9tique, plus philosophique, vise le g\u00e9n\u00e9ral, alors que l\u2019histoire vise le particulier\u00a0\u00bb. (Aristote <i>Po\u00e9tique, <\/i>51a36-51b11) On pourrait presque aller jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019aujourd\u2019hui c\u2019est l\u2019inverse qui est vrai tant les \u0153uvres de fiction contemporaines m\u00ealent Histoire et fiction, \u00e9v\u00e9nements av\u00e9r\u00e9s et p\u00e9rip\u00e9ties invent\u00e9es. Pour les quatre romans de notre corpus, <i>M\u00e9moires<\/i> <i>d\u2019Hadrien<\/i> de Marguerite Yourcenar est le mod\u00e8le absolu, que la r\u00e9f\u00e9rence soit assum\u00e9e ou non. Dans cette \u0153uvre en effet, l\u2019autrice<\/p>\n<blockquote>\n<p>op\u00e8re [\u2026] une mise en intrigue du mat\u00e9riau historique, un traitement romanesque de l\u2019histoire qui fait de la reconstitution historique une v\u00e9ritable cr\u00e9ation narrative. [\u2026] Chez Yourcenar, le romanesque l\u2019emporte sur l\u2019historique, mais il n&rsquo;y a pas pour autant fuite de la r\u00e9alit\u00e9 et, encore moins, d\u00e9formation de cette r\u00e9alit\u00e9. [\u2026] L\u2019histoire doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, dans ce cas, comme strat\u00e9gie narrative, comme moyen de d\u00e9paysement, de distanciation, comme possibilit\u00e9 pour la fiction de se d\u00e9ployer. [\u2026] La qualit\u00e9 principale de cette reconstitution historique est moins la restitution d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 que l\u2019actualisation d\u2019un projet romanesque, une revalorisation de la fonction esth\u00e9tique de l\u2019art, qui ne veut pas perdre sa fonction d&rsquo;illustrer la vie humaine. (Chiapparo 2004, 80-81)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut reprendre cette analyse pour les quatre romans \u00e9tudi\u00e9s ici\u00a0; mais en plus de cet usage du mat\u00e9riau historique dans la fiction, on peut en relever quelques autres. Chez Martin du Gard<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9831\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9831-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Martin du Gard d\u00e9veloppe \u00e0 nouveau ce point dans une lettre \u00e0 Gide du 1er novembre 1942 : \u00ab Il m\u2019est indispensable, avant de passer la plume \u00e0 mon bonhomme, et de le laisser puiser dans ses souvenirs et penser tout haut, de le conna\u00eetre, lui et sa vie, comme on conna\u00eet le caract\u00e8re et l\u2019existence d\u2019un \u00eatre r\u00e9el, qui a exist\u00e9 historiquement [\u2026] Il faut que je me sente tenu, limit\u00e9, par des \u2018v\u00e9rit\u00e9s historiques\u2019 qu\u2019il ne m\u2019est pas permis de d\u00e9figurer. \u00bb, Correspondance Gide\/Roger Martin du Gard, II, Gallimard, coll. \u00ab Pl\u00e9iade \u00bb, p. 277.<\/span> comme chez Burgess, par exemple, tisser le mat\u00e9riau fictif avec l\u2019historique permet de ne pas se laisser emporter par son imagination et de donner davantage de vraisemblance au personnage et \u00e0 l\u2019intrigue. Roger Martin du Gard admet ainsi qu\u2019\u00ab en l\u2019enracinant dans une stricte v\u00e9rit\u00e9 historique, [il] conf\u00e8re \u00e0 Maumort une r\u00e9alit\u00e9 plus pr\u00e9cise, une sorte de consistance concr\u00e8te, et, en m\u00eame temps, une plus grande v\u00e9rit\u00e9 humaine. L\u2019exactitude historique de la biographie [qu\u2019il] lui constitue en ce moment, [lui] facilite la mise au point de sa v\u00e9rit\u00e9 psychologique \u00bb. (1942, CIX\/CX) Dans l\u2019extrait suivant de <i>Earthly Powers<\/i>, on remarque un traitement similaire de l\u2019Histoire, puisque chez Burgess, la r\u00e9ception de la pi\u00e8ce \u00e9crite par le protagoniste est li\u00e9e au d\u00e9roulement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je l\u2019ai termin\u00e9e le 1er f\u00e9vrier, le jour o\u00f9 fut d\u00e9clench\u00e9e la guerre sous-marine \u00e0 outrance. La grande premi\u00e8re eu lieu le 11 mars, jour de l\u2019entr\u00e9e des troupes britanniques \u00e0 Bagdad. Les repr\u00e9sentations publiques commenc\u00e8rent avec la r\u00e9volution russe, le 12 mars. Le 6 avril, quand les \u00c9tats-Unis d\u00e9clar\u00e8rent la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne, on applaudit \u00e0 tout rompre les bons mots pro-am\u00e9ricains ajout\u00e9s pour la circonstance. Le 13 avril, la qu\u00eate du point sensible de la femme du patron devint un symbole de la bataille d\u2019Arras et de la prise de la cr\u00eate de Vimy. Lorsque la troisi\u00e8me bataille d\u2019Ypres commen\u00e7a, dans les premiers jours d\u2019un mois de juillet torride, la pi\u00e8ce semblait partie pour durer aussi longtemps que des succ\u00e8s \u00e9prouv\u00e9s comme de <i>The Bing Boys <\/i>ou m\u00eame <i>Chu Chin Chow<\/i>.<\/p>\n<p><i>I finished it on February 1, the day when unrestricted submarine warfare began. The full dress rehearsal was held on March 11, when British troops occupied Baghdad. The play opened, along with the Russian Revolution, on March 12. When, on April 6, the United States declared war on Germany, much applause was accorded the specially inserted pro-American gags. On April 13, the search for the patron\u2019s wife\u2019s trigger-point was presented in terms of the Battle of Arras and the taking of Vimy Ridge. When the Third Battle of Ypres began at the beginning of that hot July, the play seemed likely to run as long as The Bing Boys if not Chu Chin Chow. <\/i>(1980, 145-146 [199-120])<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le cas des <i>Bienveillantes<\/i>, on pourrait \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que la masse d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements historiques et m\u00eame l\u2019attitude historienne du narrateur permettent \u00e0 l\u2019auteur de proposer sa propre analyse historique de la Seconde Guerre mondiale\u00a0:\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 Jitomir, depuis la fin ao\u00fbt, on avait cess\u00e9 de tuer les Juifs, et les survivants avaient \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s dans un ghetto [\u2026] D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, comme me le fit remarquer Hennicke, les bolcheviques gardaient un silence remarquable sur nos ex\u00e9cutions : dans leurs \u00e9missions radio, ils nous accusaient d\u2019atrocit\u00e9s monstrueuses, exag\u00e9r\u00e9es, mais sans jamais mentionner les Juifs; peut-\u00eatre, d\u2019apr\u00e8s nos experts, craignaient-ils d\u2019\u00e9branler l\u2019unit\u00e9 sacr\u00e9 du peuple sovi\u00e9tique. (Littell 2006, 60-66)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ici, le recours au mode hypoth\u00e9tique permet au narrateur-personnage d\u2019avancer des explications sur l\u2019attitude socio-politique de l\u2019URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, propos \u00e0 travers lesquels transpara\u00eet l\u2019opinion de Jonathan Littell.<\/p>\n<p>Enfin, une autre modalit\u00e9 que l\u2019on peut relever est celle du jeu litt\u00e9raire. Il est fr\u00e9quent de trouver dans les M\u00e9moires fictifs des r\u00e9f\u00e9rences au hors-texte en renversant le rapport de v\u00e9racit\u00e9. Alors que dans les cas pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9s le narrateur-personnage cite des sources connues du publiques et av\u00e9r\u00e9es r\u00e9f\u00e9rentiellement, on trouve ponctuellement dans le corpus des occurrences o\u00f9 c\u2019est le roman qui devient le r\u00e9cit officiel et accr\u00e9dite la r\u00e9alit\u00e9 du hors-texte dans un renversement baroque. C\u2019est typiquement le cas dans <i>Augustus<\/i>\u00a0o\u00f9 le narrateur intervient \u00e0 plusieurs reprises pour commenter de mani\u00e8re m\u00e9ta-litt\u00e9raire le r\u00e9cit qu\u2019il met par \u00e9crit. On peut ainsi lire, au sujet d\u2019une lettre \u00e9crite par Marc-Antoine, qu\u2019Octave \u00ab\u00a0ne la publie que maintenant, pour les archives, afin que les historiens ne se fourvoient pas\u00a0\u00bb [\u00ab <i>I publish it now merely for the record, that historians be not deceived<\/i>\u00a0\u00bb]. (<i>Augustus, <\/i>193 [189])<\/p>\n<p>Dans cette partie, nous avons vu que le mat\u00e9riau historique \u00e9tait pr\u00e9sent dans nos romans, soit de mani\u00e8re allusive, pour poser un cadre, soit en d\u00e9tail et en profondeur avec des passages entiers d\u00e9di\u00e9s \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements historiques attest\u00e9s. Cela nous permet d\u2019affirmer que l\u2019Histoire est bien intimement m\u00eal\u00e9e \u00e0 l\u2019intrigue dans les M\u00e9moires fictifs. C\u2019est \u00e9galement une mani\u00e8re pour l\u2019auteur d\u2019approfondir tel ou tel point historique en laissant transpara\u00eetre ses hypoth\u00e8ses dans le r\u00e9cit ou simplement de donner plus d\u2019\u00e9paisseur au personnage. Si le critique a le loisir d\u2019aller v\u00e9rifier chaque r\u00e9f\u00e9rence, d\u2019\u00e9tudier les paratextes et ainsi de s\u00e9parer inventions de l\u2019auteur et faits historiques afin d\u2019\u00e9tudier le roman pour en montrer la richesse, qu\u2019en est-il du point de vue de la r\u00e9ception plus g\u00e9n\u00e9rale de ces \u0153uvres\u00a0? Autrement dit, quels effets produit cette incorporation du mat\u00e9riau historique \u00e0 la fiction\u00a0?\u00a0<\/p>\n<h3>III. Variations de points de vue sur ces \u0153uvres<\/h3>\n<p>Quand la fiction se saisit de l\u2019Histoire, elle interroge le rapport que les \u0153uvres entretiennent avec le politique, ce qui ne va pas sans susciter diverses r\u00e9actions chez les lecteurs. D\u00e8s le xviiie si\u00e8cle,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[c]ette fusion de la v\u00e9rit\u00e9 et de la fiction au sein des romans-m\u00e9moires est donc per\u00e7ue par de nombreux critiques comme d\u00e9stabilisante et inqui\u00e9tante. [\u2026] le m\u00e9lange entre histoire et fable est inacceptable pour ceux que pr\u00e9occupe le souci d\u00e9ontologique de d\u00e9partager nettement les auteurs de fictions et les historiens, et qui ne cessent de vilipender de telles productions au statut incertain dans la mesure o\u00f9 il provoque un profond sentiment d\u2019inconfort chez le lecteur. (Bernier et Hakim 2023, 9)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que l\u2019on pourrait \u00eatre tent\u00e9 de penser que cette interrogation g\u00e9n\u00e9rique est propre \u00e0 notre \u00e9poque, il est int\u00e9ressant de noter que les proc\u00e8s intent\u00e9s \u00e0 la litt\u00e9rature sont nombreux et se succ\u00e8dent au cours des si\u00e8cles. L\u2019objet \u00ab\u00a0M\u00e9moires fictifs\u00a0\u00bb suscite un d\u00e9bat autour de l\u2019\u00e9thique de la fiction. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, certains critiques regrettent par exemple que Littell s\u2019adonne \u00e0 une forme de banalisation des \u00e9v\u00e9nements de la Seconde Guerre mondiale, de d\u00e9gradation de cette m\u00e9moire\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ainsi, l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re aux t\u00e9moins v\u00e9ritables le h\u00e9ros inconsistant des Bienveillantes, pourtant difficile \u00e0 prendre au s\u00e9rieux : en bon personnage de feuilleton, le voici tout \u00e0 la fois circoncis-SS-scatophage-hypocondre-homosexuel-incestueux-matricide-exterminateur-sauveur-ubiquiste-ommiscient. Certes, Littell multiplie les noms propres et les d\u00e9tails puis\u00e9s dans les livres d\u2019histoire, mais il met sur le m\u00eame plan les massacres et les difficult\u00e9s intestinales du narrateur : il s\u2019ensuit une extraordinaire d\u00e9r\u00e9alisation de l\u2019histoire, simple d\u00e9cor pour les clich\u00e9s d\u2019une sous-litt\u00e9rature sadique relev\u00e9e \u010f\u0153illades culturelles. (Rastier 2010, 112)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour aller plus loin, on pourrait dire que donner \u00e0 lire le r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne d\u2019un tel personnage nous conduit \u00e0 \u00e9prouver de l\u2019empathie pour lui voire \u00e0 lui trouver des excuses. Max reconna\u00eet ses faiblesses, sa part d\u2019humanit\u00e9, et le lecteur peut alors s\u2019identifier \u00e0 ses sentiments\u00a0: \u00ab\u00a0Mon angoisse montait\u00a0\u00bb (Littell 2006, 25) plus loin il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Nos actions contre les Juifs devront dor\u00e9navant inclure l\u2019ensemble de la population. Il n\u2019y aura pas d\u2019exceptions. [\u2026] Je me sentais envahi par une horreur sans bornes, mais je restais calme, rien ne se voyait, ma respiration demeurait \u00e9gale. [\u2026]\u00a0J\u2019avais le vertige, je voulais pleurer\u00a0\u00bb. (54-59)<\/p>\n<p>Cependant, dans la plupart des romans qui m\u00ealent Histoire et fiction, de nombreux indices textuels permettent au lecteur de prendre de la distance par rapport aux \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s et d\u2019appr\u00e9cier la virtuosit\u00e9 litt\u00e9raire de l\u2019auteur. L\u2019\u0153uvre de Massie permet ainsi de repopulariser l\u2019histoire antique, elle le fait avec beaucoup d\u2019ironie, de prise de distance par rapport aux \u00e9v\u00e9nements\u00a0; le narrateur-personnage ne se prend gu\u00e8re au s\u00e9rieux et fait preuve d\u2019humour, ce qui nous permet de comprendre que nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 un texte r\u00e9f\u00e9rentiel. L\u2019empereur se demande ainsi \u00ab\u00a0[q]ui a jamais entendu parler d&rsquo;un dieu afflig\u00e9 de la goutte et d\u2019un refroidissement\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0<i>Who ever heard of a God with gout and a cold in the head?<\/i>\u00a0\u00bb]. (<i>Augustus<\/i>, 210 [206])<\/p>\n<p><i>Earthly Powers<\/i>\u00a0partage avec le roman de Massie un c\u00f4t\u00e9 satirique, \u00e0 l\u2019instar des M\u00e9moires du XVII\u1d49\u00a0si\u00e8cle dont les auteurs n\u2019\u00e9pargnaient aucun de leurs contemporains. On y retrouve aussi le plaisir du jeu m\u00e9ta-litt\u00e9raire, comme l\u2019illustre cet extrait situ\u00e9 au d\u00e9but du roman :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est arriv\u00e9 il y a bien longtemps, r\u00e9pondis-je. Et je ne sais si vous-m\u00eame, Monseigneur, comprendrez ce que je veux dire, mais le fait est que les auteurs de fiction ont souvent du mal \u00e0 d\u00e9cider de ce qui s\u2019est r\u00e9ellement produit et de ce qu\u2019ils imaginent s\u2019\u00eatre pass\u00e9. C&rsquo;est pourquoi, dans mon triste m\u00e9tier, nous ne pouvons jamais \u00eatre v\u00e9ritablement d\u00e9vot ni pieux. Nous mentons pour gagner notre vie. Et tout cela, comme vous pouvez le concevoir, fait de nous des bons croyants\u2026 De bons cr\u00e9dules en tout cas. Mais quant \u00e0 avoir un rapport avec la <i>foi<\/i>, non.<\/p>\n<p><i>\u00ab It happened a long time ago, \u00bb I said. \u00ab And I don\u2019t know whether you, Your Grace, would understand this, but writers of fiction often have difficulty in deciding between what really happened and what they imagine as having happened. That is why, in my sad trade, we can never be really devout or pious. We lie for a living. This, as you can imagine, makes us good believers\u2014credulous, anyway. But it has nothing to do with faith<\/i>. \u00bb\u00a0 (Burgess 1980, 23 [26])<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un tel usage de l\u2019Histoire dans la fiction flatte le lecteur \u00e9rudit qui peut reconna\u00eetre les \u00e9v\u00e9nements mentionn\u00e9s, fait sourire ceux qui sont sensibles \u00e0 l\u2019humour et \u00e0 l\u2019ironie, et ne semble pas porter pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019approche historienne puisque justement ces romans prennent soin de souligner qu\u2019ils sont \u0153uvres litt\u00e9raires. D\u2019ailleurs, le roman qui soigne le plus l\u2019aspect litt\u00e9raire est <i>Le Lieutenant-colonel de Maumort<\/i> \u2013 aux accents autobiographiques, voire autofictionnels avant l\u2019heure \u2013 o\u00f9 introspection, mises en sc\u00e8ne du narrateur \u00e0 sa table d\u2019\u00e9crivain et th\u00e9orie de la litt\u00e9rature abondent. Le narrateur-personnage s\u2019analyse ainsi\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mais je ne <b>me<\/b> raconte pas ma propre histoire pour me faire valoir \u00e0 mes yeux. Je cherche \u00e0 \u00eatre vrai, et \u00e0 me comprendre. Si j\u2019insiste sur ce premier amour, sans m\u00e9nagement, c\u2019est parce que quelque chose me dit que mon cas doit \u00eatre assimilable \u00e0 d\u2019autres, et que cette incroyable m\u00e9prise d\u2019un adolescent qui n\u2019\u00e9tait pas un imb\u00e9cile ne doit pas \u00eatre un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019exception. (Martin du Gard 1958, 529)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour achever cette partie, je ferai miens les propos d\u2019Alain Trouv\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>les \u00e9crits \u00e0 dimension testimoniale ou \u00e0 vis\u00e9e historique directe (t\u00e9moignage litt\u00e9raire, m\u00e9moires, voire po\u00e9sie, autobiographie ou r\u00e9cit, quand l&rsquo;auteur prend le soin de d\u00e9marquer ces formes narratives du roman) rel\u00e8vent de la fiction-figuration, et \u00e0 ce titre tombent peu ou prou sous l&rsquo;exigence \u00e9thique de v\u00e9rit\u00e9 historique. Les fictions romanesques ne sauraient sans doute s\u2019y soustraire totalement mais n\u00e9cessitent un mode de confrontation plus complexe, le jeu litt\u00e9raire avec l&rsquo;histoire (dans les deux sens du terme) d\u00e9pendant \u00e0 la fois de la qualit\u00e9 de la voix d&rsquo;auteur et de celle du lecteur, dans son aptitude \u00e0 d\u00e9jouer les m\u00e9canismes de manipulation mais \u00e0 entendre aussi, par la voix fictionnelle d\u2019autrui, ce qui peut bousculer son propre rapport au monde et \u00e0 l\u2019Histoire. (2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3><b>Conclusion<\/b><\/h3>\n<p>Quand on se penche sur les fronti\u00e8res de la fiction, il y a le risque de tomber dans le panfictionalisme, c\u2019est-\u00e0-dire consid\u00e9rer toute \u0153uvre litt\u00e9raire comme \u00e9tant fictive. Or, la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 ce que l\u2019on appelle, au sens g\u00e9n\u00e9rique, par contamination de l\u2019anglais, <i>la fiction<\/i>. Personne ne veut exclure l\u2019essai, la biographie, l\u2019autobiographie, les m\u00e9moires etc. du domaine de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb (Gefen et Perez 2019). L&rsquo;objet \u00ab\u00a0M\u00e9moires fictifs\u00a0\u00bb, qui m\u2019int\u00e9resse tout particuli\u00e8rement, m\u00eale intimement r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 et fictionnalit\u00e9 par une appellation oxymorique qui, \u00e0 mon sens, invite imm\u00e9diatement le lecteur \u00e0 adopter une posture critique par rapport au contenu historique incorpor\u00e9 \u00e0 la fiction\u00a0: les fronti\u00e8res sont floues et, sans chercher \u00e0 les restaurer, il faut faire preuve de vigilance et recourir aux romans pour nourrir notre r\u00e9flexion et non pour y chercher des r\u00e9ponses d\u00e9finitives.<\/p>\n<p>En outre, c\u2019est aussi la question du mensonge qui est abord\u00e9e, directement ou non, quand on se penche sur le sujet de la fiction. Pour ma part, je rejoins sur ce dernier point les propos d\u2019Anne-Sophie Donnarieix qui affirme qu\u2019\u00ab\u00a0on peut envisager que le mensonge n\u2019engage pas tant le contenu du discours (vrai <i>vs<\/i>. faux, fiction <i>vs<\/i>. non-fiction) qu\u2019une particularit\u00e9 de l\u2019<i>ethos<\/i> discursif fond\u00e9 sur une pratique <i>d\u00e9ceptive<\/i>, li\u00e9e \u00e0 la duplicit\u00e9, \u00e0 la dissimulation, \u00e0 la tromperie, \u00e0 la mystification\u00a0\u00bb. (2021) Cela revient \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019importance de la place du narrateur dans un texte, mais il n\u2019est plus temps d\u2019entamer des consid\u00e9rations narratologiques.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Les citations des \u0153uvres du corpus proviennent toutes des \u00e9ditions ci-dessous. Dans le cas de traduction, on a mis en notes de bas de page la r\u00e9f\u00e9rence en langue originale puis, entre parenth\u00e8ses, la page \u00e0 laquelle on peut trouver la traduction dans l\u2019\u00e9dition en fran\u00e7ais mentionn\u00e9e ici.<\/p>\n<p>Burgess, Anthony. 1980. <i>Earthly Powers<\/i>, London, Hutchinson.<\/p>\n<p><i>\u2014&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-. <\/i>2012. <i>Les puissances des t\u00e9n\u00e8bres<\/i>, trad. Georges Belmont et Hortense Chabrier, Paris, \u00c9ditions Robert Laffont, Pavillons poche.<\/p>\n<p>Littell, Jonathan. 2006. <i>Les Bienveillantes<\/i>, Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>Martin du Gard, Roger. 1958. <i>Le Lieutenant-colonel de Maumort<\/i>, Paris, \u00c9ditions Gallimard, coll. \u00ab Pl\u00e9iade \u00bb.<\/p>\n<p>Massie, Allan. 1993 [1986]. <i>Augustus<\/i>, London, Sceptre edition, Ninth impression.<\/p>\n<p>\u2014&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;. 1987. <i>Auguste. M\u00e9moires d\u2019un empereur<\/i>. trad. William Desmond, Paris, Flammarion, 1987.<\/p>\n<p><strong>Ouvrages critiques<\/strong>\u00a0<\/p>\n<p><i>M\u00e9moires de la marquise de La Rochejaquelein<\/i>. 1984. Paris, Mercure de France.<\/p>\n<p>Ashley, Leonard R. N. 2002. \u00ab\u00a0\u201cUnhappy All the Time\u201d: Religion in Anthony Burgess\u2019s \u201cEarthly Powers\u201d\u00a0\u00bb, <i>Christianity and Literature<\/i>, vol. 52, n\u00b0 1, 42.<\/p>\n<p>Bernier, Marc-Andr\u00e9 et Hakim Zeina. 2013. \u00a0<i>M\u00e9moires et roman.\u00a0Les rapports entre v\u00e9rit\u00e9 et fiction au XVIII<\/i><i>e<\/i><i>\u00a0si\u00e8cle<\/i>,<i>\u00a0<\/i>Paris, Hermann, \u00ab\u00a0Les collections de la R\u00e9publique des Lettres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Burrow, John. 2009. <i>A History of Histories : Epics, Chronicles, Romances and Inquiries from Herodotus and Thucydides to the Twentieth Century<\/i>, London, Penguin Books.<\/p>\n<p>Chiapparo, Maria Rosa. 2004. \u00ab\u00a0De la d\u00e9finition d&rsquo;un genre : la r\u00e9ception de <i>M\u00e9moires d&rsquo;Hadrien<\/i> \u00e0 sa parution et la question de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, <i>Francofonia<\/i>, n\u00b0 47, 80-81.\u00a0<\/p>\n<p>Donnarieix, Anne-Sophie. 2021. \u00ab\u00a0Le \u201cje\u201d en porte-\u00e0-faux. Pratiques d\u00e9ceptives de l\u2019\u00e9criture de soi chez Marie NDiaye et Camille Laurens\u00a0\u00bb, <i>Fixxion <\/i>22.<\/p>\n<p>Gefen, Alexandre et Perez Claude. 2019.\u00a0 \u00ab\u00a0Extension du domaine de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb,\u00a0<i>Elfe XX-XXI<\/i> [En ligne], vol. 8, mis en ligne le 10 septembre 2019, consult\u00e9 le 25 octobre 2019. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/elfe\/1701\">http:\/\/journals.openedition.org\/elfe\/1701<\/a>\u00a0<\/p>\n<p>Jauer, Annick. \u00ab\u00a0Ironie et g\u00e9nocide dans <i>Les Bienveillantes<\/i> de Jonathan Littell\u00a0\u00bb, <i>Fabula \/ Les colloques,\u00a0H\u00e9g\u00e9monie de l\u2019ironie ?<\/i>\u00a0(dir. Claude Perez, Jo\u00eblle Gleize, Michel Bertrand), URL : http:\/\/www.fabula.org\/colloques\/document982.php, page consult\u00e9e le 10 juin 2024.\u00a0<\/p>\n<p>Jeannelle, Jean-Louis. 2020. \u00ab\u00a0Fr\u00e8res du bourreau\u2009: <i>Les\u00a0Bienveillantes <\/i>de Jonathan Littell comme M\u00e9moires\u00a0feints\u00a0\u00bb, <i>Incidence<\/i>, n\u00b015.<\/p>\n<p>Lachat, Jacob. 2023. <i>Le pass\u00e9 sous les yeux: Chateaubriand et l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire<\/i>, Paris, Vrin \u00c9ditions de l\u2019EHESS, coll. \u00ab\u00a0Contextes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lepore, Jill. 2008. \u00ab\u202fJust the Facts, Ma\u2019am\u202f\u00bb, <i>The New Yorker<\/i>, 17 mars, https:\/\/www.newyorker.com\/magazine\/2008\/03\/24\/just-the-facts-maam, consult\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 2023.\u00a0<\/p>\n<p>Lewis, Roger. 2002. <i>Anthony<\/i> <i>Burgess<\/i>, London, Faber and Faber.<\/p>\n<p>Littell, Jonathan. 2006. <i>T\u00e9l\u00e9rama<\/i>, n\u00b0 2954, 26 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Martin du Gard, Roger. 1993. <i>Journal III 1937-1949. Textes autobiographiques 1950-1958<\/i>, \u00e9dition \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Claude Sicard, Paris, Gallimard.<\/p>\n<p>Mimouni, Leila\u00a0Dounia. 2005. \u00ab\u00a0M\u00e9moires r\u00e9els et m\u00e9moires apocryphes. Approche th\u00e9orique et analyse de cas\u00a0: Raymond Aron, Andr\u00e9 Malraux et Amin Maalouf\u00a0\u00bb,\u00a0<i>Insaniyat \/ <\/i>\u0625\u0646\u0633\u0627\u0646\u064a\u0627\u062a [En ligne], 29-30.\u00a0<\/p>\n<p>Rastier, Fran\u00e7ois. 2010. \u00ab\u00a0T\u00e9moignages inadmissibles\u00a0\u00bb, <i>Litt\u00e9rature<\/i>, n\u00b0 159, <i>Ecrire l\u2019Histoire<\/i>.<\/p>\n<p>Schlobach, Jochen. 1982. \u00ab\u00a0Roger Martin Du Gard Et L\u2019histoire\u00a0\u00bb, <i>Revue D\u2019Histoire Litt\u00e9raire De La France<\/i>, vol. 82, n\u00b0 5\/6.<\/p>\n<p>Trouv\u00e9, Alain. 2019. \u00ab\u00a0Du t\u00e9moignage litt\u00e9raire au roman historique: r\u00e9gimes de fiction et relation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, Universit\u00e9 de Reims, R\u00e9flexions sur <i>Exterminations et litt\u00e9rature. Les t\u00e9moignages inconcevables<\/i> de Fran\u00e7ois Rastier, PUF.<\/p>\n<p>Voltaire. 1956. \u00ab Lettre \u00e0 H\u00e9nault du 8\u00a0janvier\u00a01752 \u00bb, <i>Correspondance<\/i>, \u00e9d. Besterman, Gen\u00e8ve, Institut et Mus\u00e9e Voltaire, t.\u00a0XX.<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Darlison, B\u00e9reng\u00e8re. 2025. \u00ab Le cas des M\u00e9moires fictifs : l&rsquo;Histoire manipul\u00e9e par la litt\u00e9rature? \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes AECSEL 2025 \u00bb, hors s\u00e9rie, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9831&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Darlison-Berengere_Le-cas-des-Memoires-fictifs-.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Darlison, Be\u0301renge\u0300re_Le cas des Me\u0301moires fictifs .docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a3710617-268d-4788-bb62-f4cc3d82c120\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Darlison-Berengere_Le-cas-des-Memoires-fictifs-.docx.pdf\">Darlison, Be\u0301renge\u0300re_Le cas des Me\u0301moires fictifs .docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Darlison-Berengere_Le-cas-des-Memoires-fictifs-.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a3710617-268d-4788-bb62-f4cc3d82c120\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>cf. les travaux de Jean-Louis Jeannelle.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>C&rsquo;est-\u00e0-dire le lien d\u2019un texte avec ce qui est hors de lui, une r\u00e9alit\u00e9, un contexte social, un autre texte, un v\u00e9cu, etc.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>On peut notamment penser aux critiques faites par Philippe Breton qui voit dans ce roman une fascination ambigu\u00eb envers le nazisme, qui pourrait d\u00e9tourner l\u2019attention d\u2019une compr\u00e9hension r\u00e9aliste et scientifique de l\u2019Histoire. En Allemagne, des critiques comme Thomas Steinfeld qualifient l\u2019ouvrage de \u00ab pornographique \u00bb et de \u00ab monstrueux \u00bb, tandis que Micha Brumlik le consid\u00e9rait comme un \u00ab tas d\u2019ordures \u00bb pour son style et son traitement du sujet. Des historiens allemands et fran\u00e7ais (comme Peter Sch\u00f6ttler) ont d\u00e9nonc\u00e9 des erreurs factuelles, un profil de narrateur trop \u00e9loign\u00e9 du nazi moyen, et une vision trop psychologisante du nazisme, le qualifiant m\u00eame de \u00ab dangereux \u00bb si per\u00e7u comme un faux t\u00e9moignage.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Ce roman met en sc\u00e8ne Kenneth Marchal\u202f Toomey, un \u00e9crivain britannique homosexuel \u00e0 l\u2019aube de ses 81 ans. Il est invit\u00e9 par l\u2019archev\u00eaque de Malte \u00e0 attester un miracle attribu\u00e9 \u00e0 son ancien beau-fr\u00e8re, le pape Carlo Campanati, en vue de sa canonisation ce qui d\u00e9clenche son r\u00e9cit. Ce dernier traverse pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et propose une exploration de la m\u00e9moire, de la sexualit\u00e9, de la foi, de la corruption et de l\u2019irr\u00e9ductible question du mal dans un monde moderne troubl\u00e9. On y suit en parall\u00e8le deux figures contrast\u00e9es\u202f: le cynique et libre Toomey, et le pieux Campanati devenu pape r\u00e9formateur. Le roman m\u00eale histoire fictive, satire religieuse et r\u00e9flexion sur le pouvoir de la foi et de l\u2019\u00e9criture.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Maximilien Aue, officier SS cultiv\u00e9, revient sur le r\u00f4le qu\u2019il a jou\u00e9 dans les ann\u00e9es 1941\u20131945 : des exactions des Einsatzgruppen en Ukraine \u00e0 la bureaucratie meurtri\u00e8re des camps d\u2019extermination, en passant par la bataille de Stalingrad et la chute de Berlin il a pris une part active \u00e0 la Seconde Guerre mondiale du c\u00f4t\u00e9 des nazis. Ce roman \u00e0 la premi\u00e8re personne est troublant par son volume, les d\u00e9tails minutieux de la violence et des passages sexuels explicites. Plus encore, il donne la parole au bourreau ce qui est encore un tabou pour un grand nombre de lecteurs.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Allan Massie donne \u00e0 lire les M\u00e9moires d\u2019Octave (futur empereur Auguste), qui revient sur sa vie depuis l\u2019assassinat de Jules C\u00e9sar jusqu\u2019\u00e0 ses derni\u00e8res ann\u00e9es. Il retrace sa mont\u00e9e au pouvoir, la guerre contre Marc Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre, puis son r\u00e8gne fondateur de la Pax Romana. Le roman explore comment ce \u00ab virtuose du pouvoir \u00bb b\u00e2tit un empire tout en restant hant\u00e9 par ses actes \u2014 notamment les proscriptions et les exc\u00e8s de la jeunesse \u2014 et interroge la solitude et le regret \u00e0 la fin de vie.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Bertrand de Maumort, officier n\u00e9 en 1870, revient sur sa vie dans ce r\u00e9cit entam\u00e9 en 1940 alors que son ch\u00e2teau est occup\u00e9 pendant la Seconde Guerre mondiale. Il raconte son enfance dans le Perche, ses ann\u00e9es parisiennes aupr\u00e8s d\u2019un oncle \u00e9rudit, son engagement militaire au Maroc et durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, puis son r\u00f4le dans la R\u00e9sistance dans le Lot. Fragmentaire et inachev\u00e9, le r\u00e9cit m\u00eale journal intime, carnets et m\u00e9moires : il explore la sexualit\u00e9, les engagements moraux et l\u2019id\u00e9e que tout homme m\u00e8ne une vie sociale et une vie secr\u00e8te.<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Selon l\u2019analyse propos\u00e9e par Jill Lepore dans son article : \u00ab les historiens ont quasi tout repris aux romanciers \u00e0 l\u2019exception du droit \u00e0 l\u2019invention \u2026 et du lectorat f\u00e9minin. Aujourd\u2019hui, les maisons d\u2019\u00e9ditions estiment que les hommes ach\u00e8tent la vaste majorit\u00e9 des livres d\u2019Histoire \u00e0 succ\u00e8s tandis que la plupart des consommateurs de fiction sont des femmes \u00bb [\u00ab historians have reclaimed from novelists nearly everything except the license to invent . . . and women readers. Today, publishers figure that men buy the great majority of popular history books; most fiction buyers are women \u00bb].<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Martin du Gard d\u00e9veloppe \u00e0 nouveau ce point dans une lettre \u00e0 Gide du 1er novembre 1942 : \u00ab Il m\u2019est indispensable, avant de passer la plume \u00e0 mon bonhomme, et de le laisser puiser dans ses souvenirs et penser tout haut, de le conna\u00eetre, lui et sa vie, comme on conna\u00eet le caract\u00e8re et l\u2019existence d\u2019un \u00eatre r\u00e9el, qui a exist\u00e9 historiquement [\u2026] Il faut que je me sente tenu, limit\u00e9, par des \u2018v\u00e9rit\u00e9s historiques\u2019 qu\u2019il ne m\u2019est pas permis de d\u00e9figurer. \u00bb, Correspondance Gide\/Roger Martin du Gard, II, Gallimard, coll. \u00ab Pl\u00e9iade \u00bb, p. 277.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors s\u00e9rie, actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL 2025 \u00ab\u00a0Je n\u2019\u00e9cris pas l\u2019histoire, c\u2019est assez bien de raconter la mienne\u00a0\u00bb (1984, 68) professait la marquise de la Rochejaquelein. Pendant longtemps en effet, les r\u00e9cits m\u00e9moriaux jouaient le r\u00f4le de documents historiques. Progressivement, l\u2019Histoire s\u2019est impos\u00e9e comme une discipline \u00e0 part et les M\u00e9moires sont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1467],"tags":[1453],"class_list":["post-9831","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actes-de-la-journee-detudes-2025","tag-darlison-berengere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9831","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9831"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9831\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9997,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9831\/revisions\/9997"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9831"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9831"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9831"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}