{"id":9838,"date":"2025-12-11T12:00:00","date_gmt":"2025-12-11T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9838"},"modified":"2025-12-06T00:02:27","modified_gmt":"2025-12-06T00:02:27","slug":"reecrire-lhistoire-la-fiction-neo-historique-en-recherche-creation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9838","title":{"rendered":"R\u00e9\u00e9crire l&rsquo;Histoire : la fiction n\u00e9o-historique en recherche-cr\u00e9ation"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9797\">Hors s\u00e9rie, actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL 2025<\/a><\/h5>\n<p>Le pacte de fiction permet, en lisant une \u0153uvre, de lui pardonner tout \u00e9cart \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019on la conna\u00eet; c\u2019est, apr\u00e8s tout, le fruit d\u2019une invention de l\u2019auteurice, la libert\u00e9 y est totale. La fiction historique, elle, doit subir un examen beaucoup plus scrupuleux, apr\u00e8s quoi tout \u00e9cart \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 pousse \u00e0 rejeter l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, sous le pr\u00e9texte qu\u2019elle est fausse. <i>Ce n\u2019\u00e9tait pas vrai<\/i>. Or, la fiction historique est un genre riche en exp\u00e9rimentation, surtout lorsque l\u2019Histoire est consid\u00e9r\u00e9e moins comme un carcan qu\u2019une mati\u00e8re \u00e0 fiction et un cadre de jeu. C\u2019est le cas, notamment pour la fiction n\u00e9o-historique.<\/p>\n<h3><b>Fictions historique et n\u00e9o-historique<\/b><\/h3>\n<p>Comme tout genre litt\u00e9raire, la fiction historique est englobante et difficile \u00e0 circonscrire. \u00c0 son sens le plus large, la fiction historique pourrait \u00eatre d\u00e9finie comme <i>toute \u0153uvre de fiction incorporant comme contexte une \u00e9poque historique r\u00e9elle, modifi\u00e9e ou non<\/i>. C\u2019est une d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9reuse, qui permettrait d\u2019y compter autant les pi\u00e8ces historiques de Shakespeare que la s\u00e9rie de romance <i>Bridgerton<\/i>, un \u00e9ventail d\u2019\u0153uvres assez vari\u00e9es. L\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9poque historique en soi pose m\u00eame probl\u00e8me\u00a0: combien d\u2019ann\u00e9es dans le pass\u00e9 doit-on reculer pour se retrouver r\u00e9ellement dans l\u2019Histoire? J\u2019ai vu dire vingt-cinq (Adamson 1999, xi), cinquante (Lee 2025), cent ans comme choix de limite, sans trouver de consensus. Il n\u2019importe pas de trouver une r\u00e8gle fixe; il s\u2019agit plut\u00f4t de comprendre comment toute discussion au sujet de la fiction historique est pr\u00e9caire, presque futile, tant il y a de vari\u00e9t\u00e9 dans le corpus \u00e9tudi\u00e9. Il est cependant possible d\u2019y observer certains courants, certaines caract\u00e9ristiques partag\u00e9es par des \u0153uvres d\u2019un m\u00eame \u00e9poque, qui t\u00e9moignent d\u2019une sensibilit\u00e9 esth\u00e9tique partag\u00e9e. C\u2019est ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 parler, entre autres, de la fiction n\u00e9o-historique.<\/p>\n<p>La fiction n\u00e9o-historique surgit au tournant du XXI\u1d49 si\u00e8cle, dans les \u00e9lans de la litt\u00e9rature post-moderne. Elle na\u00eet en r\u00e9action au courant de la m\u00e9tafiction-historiographique des ann\u00e9es 1970 et 80, qui mettait de l\u2019avant des r\u00e9cits conscients de l\u2019\u00eatre et, comme le nom l\u2019indique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9838\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Nom propos\u00e9 par la chercheuse Linda Hutcheon dans l\u2019article Historiographic Metafiction : Parody and the Intertextuality of History en 1989.<\/span>, incluait g\u00e9n\u00e9ralement un caract\u00e8re m\u00e9ta, notamment par l\u2019entremise de figures narratrices \u00e9crivaines. On peut nommer comme exemple plus tardif <i>Atonement <\/i>(2001), le roman d\u2019Ian McEwan \u00e0 la fin duquel (divulg\u00e2cheur!) la narratrice r\u00e9v\u00e8le que les \u00e9v\u00e9nements qu\u2019elle a d\u2019abord racont\u00e9s ne pr\u00e9sentent pas le sort r\u00e9el des personnages, mais qu\u2019elle avait voulu proposer une fin plus satisfaisante pour les lecteurices, puisque la fin r\u00e9elle est plus tragique (une fin qui demeure, cependant, tout aussi fictive; c\u2019est le propre de la m\u00e9tafiction). La m\u00e9tafiction historiographique est donc ancr\u00e9e dans la conscience du r\u00e9cit racont\u00e9 et du r\u00f4le de l\u2019Histoire comme r\u00e9cit en soi.<\/p>\n<p>La fiction n\u00e9o-historique d\u00e9laisse ce caract\u00e8re m\u00e9ta et l\u2019auto-conscience du r\u00e9cit pour revenir \u00e0 une fiction beaucoup plus immersive. En effet, on voit dans la fiction n\u00e9o-historique une volont\u00e9 de reproduire m\u00e9ticuleusement le pass\u00e9 afin de le reconstituer; mission impossible et paradoxale, puisque s\u2019il \u00e9tait possible de le reconstituer, il n\u2019aurait jamais \u00e9t\u00e9 perdu. Cette mission de reproduction du pass\u00e9 n\u2019est pas qu\u2019un paradoxe, mais aussi un outil critique. En effet, une repr\u00e9sentation riche d\u2019une \u00e9poque, avec ses qualit\u00e9s, mais aussi ses d\u00e9fauts, permet aux lecteurices de poser un regard \u00e9clair\u00e9 sur le contexte d\u00e9crit et d\u2019en juger par soi-m\u00eame. Il s\u2019agit ici de trouver un \u00e9quilibre dans la repr\u00e9sentation afin d\u2019\u00e9viter \u00e0 la fois de tomber dans la romantisation et l\u2019id\u00e9alisation d\u2019\u00e9poques loin d\u2019\u00eatre parfaites, mais aussi dans l\u2019exotisation, l\u2019instinct d\u2019\u00e9trangiser toute exp\u00e9rience diff\u00e9rente de la n\u00f4tre et de simplement se f\u00e9liciter d\u2019avoir r\u00e9gl\u00e9 tous ces probl\u00e8mes et de vivre \u00e0 une \u00e9poque parfaite, alors que c\u2019est toujours loin d\u2019\u00eatre le cas. On cherchera plut\u00f4t \u00e0 laisser parler l\u2019\u0153uvre seule avec comme objectif de cr\u00e9er des ponts entre l\u2019\u00e9poque de la fiction et la n\u00f4tre. La chercheuse Elodie Rousselot, une des figures principales dans le champ de recherche de la fiction n\u00e9o-historique, souligne que celle-ci \u00ab [v]ise \u00e0 adresser les besoins et les pr\u00e9occupations du pr\u00e9sent<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9838\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Cette citation ainsi que toutes les citations subs\u00e9quentes sont des traductions libres de l\u2019anglais.<\/span>\u00a0\u00bb (Rousselot 2014, 5). C\u2019est ce qui distingue la fiction n\u00e9o-historique d\u2019\u0153uvres contemporaines de fiction historique plus \u00ab populaire \u00bb (encore une distinction de genre pr\u00e9caire), qui vise avant tout l\u2019\u00e9vasion du pr\u00e9sent.<\/p>\n<h3><b>Vraisemblance et authenticit\u00e9, deux forces \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/b><\/h3>\n<p>La fiction historique (et n\u00e9o-historique) s\u2019appuie sur deux moyens dans sa repr\u00e9sentation d\u2019une \u00e9poque\u00a0: la vraisemblance et l\u2019authenticit\u00e9. On per\u00e7oit souvent ces deux concepts comme deux forces en opposition et en tension, alors qu\u2019elles travaillent presque toujours en tandem et peuvent \u00eatre trouv\u00e9es toutes les deux dans n\u2019importe quelle fiction, \u00e0 divers degr\u00e9s.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s simplement, on pourrait dire que la vraisemblance pr\u00e9sente <i>comment c\u2019\u00e9tait<\/i> \u00e0 une \u00e9poque tandis que l\u2019authenticit\u00e9 repr\u00e9sente <i>comment c\u2019\u00e9tait v\u00e9cu<\/i>. La vraisemblance consiste en la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle d\u2019un contexte historique\u00a0: l\u2019architecture, l\u2019alimentation, l\u2019habillement, tout ce qui tombe dans le concret ou s\u2019appuie sur les preuves, la documentation historique, la conception commune de l\u2019Histoire telle que nous la comprenons. Cela peut \u00e9galement passer par le respect de l\u2019ordre des \u00e9v\u00e9nements, par exemple dans un r\u00e9cit de Seconde Guerre mondiale o\u00f9 le d\u00e9placement des troupes et le d\u00e9roulement des batailles sera respect\u00e9 \u00e0 la lettre (telles gens dans tel lieu \u00e0 tel moment), ou par l\u2019inclusion textuelle de citations c\u00e9l\u00e8bres (un discours de Churchill ou un proverbe de Marc Aur\u00e8le). Ainsi, la vraisemblance pointe du doigt sa ressemblance au pass\u00e9, les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9ticuleusement recherch\u00e9s et d\u00e9crits, rapport\u00e9s aux lecteurices pour donner l\u2019impression d\u2019\u00eatre, v\u00e9ritablement, plong\u00e9\u2219e dans cette \u00e9poque. Cette relation \u00e9troite avec les archives et les sources conf\u00e8re une aura d\u2019autorit\u00e9 \u00e0 la vraisemblance et lui appose une impression d\u2019objectivit\u00e9. Or, comme l\u2019affirmait la m\u00e9tafiction historiographique, l\u2019Histoire est un r\u00e9cit. La conscience collective que nous en avons est celle du discours dominant, une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements s\u00e9lectionn\u00e9s et organis\u00e9s consciemment dans une narration port\u00e9e par les vainqueurs. Sachant cela, il n\u2019est pas d\u00e9raisonnable de se questionner sur l\u2019objectivit\u00e9 des sources et des archives sur lesquelles reposent la vraisemblance.<\/p>\n<p>Nous tombons enti\u00e8rement dans la subjectivit\u00e9 lorsque vient le temps d\u2019aborder l\u2019authenticit\u00e9. Si la vraisemblance se retrouve dans la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, l\u2019authenticit\u00e9 d\u00e9coule des \u00e9motions et de la psychologie des personnages. L\u2019objectif est ici de donner <i>l\u2019impression<\/i> de l\u2019\u00e9poque aux lecteurices, de passer du r\u00f4le de touriste qui s\u2019informe sur un contexte historique ou sur des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 celui de citoyen\u2219ne pleinement empreint\u2219e de l\u2019\u00e9poque; on croirait, en fermant son livre, y avoir v\u00e9cu. Cependant, cette approche subjective se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un champ de mines\u00a0: comment \u00e9crire \u00e0 propos d\u2019une \u00e9poque que l\u2019on n\u2019a pas v\u00e9cue? L\u2019\u00e9criture de fiction est, de fa\u00e7on inh\u00e9rente, un exercice d\u2019empathie. On cherche \u00e0 rencontrer l\u2019Autre, \u00e0 le comprendre et \u00e0 essayer de comprendre sa mani\u00e8re de voir le monde et d\u2019y vivre. On va chercher \u00e0 se mettre \u00e0 la place de quelqu\u2019un\u2219e qui n\u2019est pas nous. Cependant, notre propre perception du monde est model\u00e9e par nos propres exp\u00e9riences, par la fa\u00e7on que nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9\u2219es, par la culture dans laquelle nous vivons, par notre personnalit\u00e9 et nos qualit\u00e9s inn\u00e9es. Tout un bagage qui affecte notre subjectivit\u00e9 et notre compr\u00e9hension de l\u2019Autre. L\u2019exercice d\u2019empathie est donc lui aussi affect\u00e9 par tout ce contexte, et il arrive qu\u2019on rencontre des limites dans l\u2019interpr\u00e9tation de ce que vit l\u2019Autre, des incertitudes ou des incoh\u00e9rences lorsque l\u2019exp\u00e9rience que l\u2019on d\u00e9crit s\u2019\u00e9loigne plus de nous que ce que l\u2019on croit pouvoir comprendre instinctivement. Pour toute exp\u00e9rience \u00e0 propos de laquelle on \u00e9crit sans l\u2019avoir v\u00e9cue, on peut avoir recours \u00e0 des t\u00e9moignages ou, plus encore, \u00e0 la lecture sensible. Cette pratique consiste \u00e0 chercher la confirmation ou l\u2019infirmation de la coh\u00e9rence d\u2019une repr\u00e9sentation fictive et est employ\u00e9e dans de nombreux contextes, principalement lorsque la culture ou l\u2019ethnicit\u00e9 d\u2019un personnage ne concorde pas avec celle de l\u2019auteur\u2219ice. En ayant un t\u00e9moignage r\u00e9el qui dirige la cr\u00e9ation, le r\u00e9cit peut se rapprocher le plus possible d\u2019une repr\u00e9sentation authentique. Pour \u00e9crire une fiction qui se d\u00e9roule \u00e0 Shanghai en 2025, il est possible de faire v\u00e9rifier l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9crite par quelqu\u2019un vivant \u00e0 Shanghai en 2025. Ainsi, l\u2019exercice de fiction n\u2019est pas brim\u00e9 par une m\u00e9connaissance du sujet ou des pr\u00e9jug\u00e9s que l\u2019on porte parfois inconsciemment. On s\u2019assure de retrouver un\u2219e Autre qui soit authentique. Cependant, ce qui complique la qu\u00eate d\u2019authenticit\u00e9 en fiction historique, c\u2019est l\u2019absence de t\u00e9moins vivants. D\u00e8s lors que l\u2019on s\u2019engage dans les \u00e9poques pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de toute personne vivante aujourd\u2019hui, la lecture sensible n\u2019est plus possible. On ne peut pas rencontrer un habitant du Moyen-\u00c2ge pour lui faire expliquer son exp\u00e9rience sensible de la vie. Il est possible de chercher des t\u00e9moignages, des preuves de subjectivit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque trait\u00e9e (certaines \u00e9poques abondent de m\u00e9moires, de journaux intimes, de documents l\u00e9gaux), mais on retombe dans les pi\u00e8ges du rapport aux archives et au discours dominant. Qui tenait ces journaux? Qui est cit\u00e9 dans ces m\u00e9moires? Surtout, qui n\u2019y retrouve-t-on pas? Certaines voix marginalis\u00e9es ont historiquement \u00e9t\u00e9 occult\u00e9es et exclues des discours et des archives (pensons aux femmes et aux personnes racis\u00e9es, <i>queer<\/i> ou handicap\u00e9es, et bien s\u00fbr \u00e0 celleux inclus\u2219es dans plus qu\u2019une de ces cat\u00e9gories), et il est d\u2019autant plus ardu de retrouver des sources authentiques pour \u00e9crire \u00e0 leur sujet. Cependant, ces difficult\u00e9s ne peuvent pas devenir un frein \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on porte \u00e0 l\u2019Histoire et \u00e0 l\u2019Autre, ou nous cantonner uniquement aux r\u00e9cits de ceux dont on a mille et une traces, qui sont souvent des figures dominantes, qui cherchaient eux-m\u00eames \u00e0 influencer leur perception contemporaine (et quelle litt\u00e9rature ennuyante que celle qui s\u2019int\u00e9resse uniquement \u00e0 Napol\u00e9on!). La voie qui s\u2019offre alors \u00e0 nous est de simplement accepter que ces limites nous poussent \u00e0 adopter diff\u00e9rentes strat\u00e9gies dans l\u2019\u00e9criture, quitte \u00e0 avoir un niveau d\u2019authenticit\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement moins entier.<\/p>\n<p>L\u2019authenticit\u00e9 requiert donc souvent de prendre des libert\u00e9s dans la fiction, souvent en transposant les \u00e9motions et les exp\u00e9riences sensibles contemporaines pour cr\u00e9er un parall\u00e8le avec l\u2019exp\u00e9rience historique v\u00e9cue par les personnages. On va retomber sur notre subjectivit\u00e9 bien empreinte de notre propre \u00e9poque, car c\u2019est celle qui rejoindra nos lecteur\u2219ices contemporain\u2219es, et les codes sociaux seront reconnaissables dans un contexte historique diff\u00e9rent. Le chercheur Jerome de Groot nomme notamment la fiction historique <i>queer<\/i>, qui reproduira souvent les dynamiques de relations contemporaines dans un effort de bien transposer l\u2019exp\u00e9rience (notons \u00e9galement que c\u2019est une exp\u00e9rience fortement r\u00e9prim\u00e9e au niveau des archives, rendant la mati\u00e8re documentaire plus \u00e9parse) (de Groot 2009, 151). On verra alors l\u2019utilisation en concours de la vraisemblance et de l\u2019authenticit\u00e9\u00a0: la premi\u00e8re viendra pallier les libert\u00e9s prises par la seconde, les d\u00e9tails historiques cherchant \u00e0 l\u00e9gitimer l\u2019\u0153uvre ancr\u00e9e dans la subjectivit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9838\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">On retrouvera souvent en cons\u00e9quence une note de l\u2019auteurice \u00e0 la fin de l\u2019\u0153uvre qui viendra s\u00e9parer le r\u00e9el et la fiction, la vraisemblance et la libert\u00e9. Cette limite nette ne devrait pas \u00eatre obligatoire, mais est devenue une attente implicite du genre.<\/span>. Les relations entre les personnages ou les \u00e9motions peuvent para\u00eetre un brin contemporaines, mais les personnages portent les v\u00eatements de leur \u00e9poque et mangent un repas selon les ressources de leur classe sociale, dans des immeubles d\u00e9crits jusqu\u2019\u00e0 la moindre pierre. C\u2019est un exercice d\u2019\u00e9quilibre constant, intrins\u00e8quement d\u00e9savantag\u00e9 par la mission impossible de la fiction n\u00e9o-historique. Cependant, la chercheuse Katharine Harris argumente\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] Ainsi, les textes n\u00e9o-historiques cr\u00e9ent de nouvelles histoires qui sont \u2018authentiques\u2019 de par le fait qu\u2019elles reconnaissent la construction probl\u00e9matique de leurs propres r\u00e9cits, mais continuent de fonctionner comme narrations (fictives) qui ont quelque chose \u00e0 dire sur le pass\u00e9 ainsi que sur le pr\u00e9sent. L\u2019authenticit\u00e9 na\u00eet ici dans le fait de ne pas dissimuler la faillibilit\u00e9 de la narration. (2017, 194)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019authenticit\u00e9 en fiction n\u00e9o-historique est donc une union de l\u2019exercice d\u2019empathie inh\u00e9rent \u00e0 la fiction et de la vraisemblance qui cherche \u00e0 broder autour des libert\u00e9s prises par l\u2019auteurice en cherchant \u00e0 comprendre et \u00e0 repr\u00e9senter un\u2219e Autre absent\u2219e, un exercice qui ne pourra jamais rejoindre parfaitement la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une \u00e9poque qui nous demeure inconnue au niveau sensible, concret. Une fois cette faillibilit\u00e9 assum\u00e9e, la fiction n\u00e9o-historique peut s\u2019avancer dans l\u2019exp\u00e9rimentation et le jeu, avec comme mati\u00e8re \u00e0 fiction l\u2019Histoire.<\/p>\n<h3><b>L\u2019Histoire comme cadre de jeu<\/b><\/h3>\n<p>Le cadre de jeu dans un contexte de fiction historique est un concept emprunt\u00e9 \u00e0 la chercheuse et \u00e9crivaine Melissa Addey, qui parlait, elle, d\u2019un <i>playframe<\/i> (Addey 2021, 421-433). Ainsi, l\u2019Histoire devient un dispositif de fiction au m\u00eame titre que des \u00e9l\u00e9ments formels ou narratifs. Addey souligne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le genre [de la fiction historique] est un hybride entre le document historique et la fiction. Il semble pourtant y avoir un d\u00e9s\u00e9quilibre de pouvoir dans la mani\u00e8re dont on \u00e9value le genre, en mettant l\u2019accent sur la v\u00e9rification de la v\u00e9racit\u00e9 historique, tandis qu\u2019on accorde peu d\u2019attention au r\u00f4le des aspects fictionnels que l\u2019auteurice a choisi d\u2019inclure. (421)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En effet, ce dernier aspect (\u00ab les aspects fictionnels que l\u2019auteurice a choisi d\u2019inclure \u00bb) est ce qui int\u00e9resse Addey. Elle propose une sorte de spectre de fiction historique, avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les \u0153uvres presque enti\u00e8rement ancr\u00e9es dans l\u2019Histoire, avec une faible part de fiction, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les \u0153uvres laissant une plus grande place \u00e0 la fiction, qui peuvent manipuler l\u2019Histoire pour servir la mission esth\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre. Addey nomme trois figures qu\u2019elle place sur ce spectre\u00a0: les figures ventriloque, mosa\u00efste et magicienne.<\/p>\n<p>La figure ventriloque fait parler l\u2019Histoire en y apportant une faible part de fiction. L\u2019exemple amen\u00e9 par Addey est l\u2019ouvrage #<i>Berlin45\u00a0: The Final Days of Hitler\u2019s Third Reich <\/i>(2013)\u00b8 de Philip Gibson. Ce livre pr\u00e9sente des citations des dirigeants politiques impliqu\u00e9s dans la Seconde Guerre mondiale, sous forme de publications sur la plateforme Twitter<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9838\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Maintenant renomm\u00e9e X.<\/span>. Les citations sont reproduites textuellement, sans intervention de la part de Gibson au niveau du texte. Les seules contributions de l\u2019invention de Gibson sont les noms d\u2019utilisateurs des diff\u00e9rents \u00ab comptes \u00bb (parmi lesquels on retrouve @Whitehouse et @JStalin, entre autres). La pr\u00e9sence auctoriale est donc minimale dans une situation ventriloque, et l\u2019auteur se retrouve plut\u00f4t en posture d\u2019\u00e9diteur\u00a0: Gibson a s\u00e9lectionn\u00e9 les extraits et les citations, les a organis\u00e9es, agenc\u00e9es, plac\u00e9es dans le bon format, a fait, en somme, presque le travail d\u2019un\u2219e historien\u2219ne. La pr\u00e9sence de fiction chez les \u0153uvres ventriloques est faible, voire minimale, et c\u2019est peut-\u00eatre ce qui explique que c\u2019est l\u2019arch\u00e9type le plus rare dans le paysage litt\u00e9raire. Effectivement, la plupart des \u00e9crivain\u2219es cherchent, simplement, \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me figure, soit la mosa\u00efste, est la plus commune dans le champ de la fiction historique. C\u2019est le cas \u00e9galement pour la fiction n\u00e9o-historique, dont l\u2019approche de reproduction m\u00e9ticuleuse concorde avec celle de la mosa\u00efste, qui cherche \u00e0 combler les trous de l\u2019Histoire. Pour identifier ces trous, on reviendra plus souvent aux archives et \u00e0 la documentation (les discours dominants, donc), \u00e0 la fois pour identifier ce qui brille par son absence et chercher des sources de vraisemblance. Comme de fait, les \u0153uvres de l\u2019approche mosa\u00efste seront celles qui chercheront le plus \u00e0 jongler vraisemblance et authenticit\u00e9 \u00e0 travers diff\u00e9rentes approches.<\/p>\n<p>On peut compter dans les \u0153uvres mosa\u00efstes des fictions qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 des figures historiques r\u00e9elles en cherchant \u00e0 explorer leur intimit\u00e9 et leur psychologie, par exemple <i>Wolf Hall <\/i>(2009)\u00b8de Hilary Mantel, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019ascension sociale de Thomas Cromwell, et int\u00e8gre au r\u00e9cit des personnages comme Henry VIII et Ann Boleyn, ou encore <i>Hamnet<\/i> (2020), de Maggie O\u2019Farrell, qui s\u2019\u00e9loigne plut\u00f4t d\u2019une grande figure historique, dans ce cas Shakespeare, pour s\u2019int\u00e9resser \u00e0 son \u00e9pouse Agnes. Shakespeare n\u2019y est mentionn\u00e9 que comme \u00ab le p\u00e8re \u00bb ou \u00ab l\u2019\u00e9poux \u00bb, et la narration est du point de vue d\u2019Agnes et pleinement dans sa sensibilit\u00e9 pour chercher \u00e0 explorer la vie domestique de Shakespeare et les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulaient en son absence. Au Qu\u00e9bec, c\u2019est l\u2019approche choisie de l\u2019\u00e9crivaine Dominique Fortier, qui a explor\u00e9 la psychologie et l\u2019intimit\u00e9 de figures connues, comme la po\u00e8te Emily Dickinson ou l\u2019explorateur John Franklin dans un but de \u00ab combler les zones d\u2019ombre \u00bb (Gagnon 2022). On retrouve cette approche \u00e0 travers d\u2019autres formes de m\u00e9dia, comme la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <i>The Crown<\/i>, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la famille royale anglaise. On y reproduira jusqu\u2019au moindre d\u00e9tail des \u00e9v\u00e9nements publics document\u00e9s, comme le couronnement de la reine Elizabeth II, pour ensuite pr\u00e9senter des conversations priv\u00e9es entre les membres de la famille\u00a0: manigances, disputes, r\u00e9v\u00e9lations vari\u00e9es. La vraisemblance des sc\u00e8nes document\u00e9es (et ajoutons que le facteur visuel permet de juger assez ais\u00e9ment la ressemblance des costumes et des d\u00e9cors, en plus des dialogues et du d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements) sert \u00e0 l\u00e9gitimer les libert\u00e9s prises dans les sc\u00e8nes auxquelles les archives n\u2019ont pas acc\u00e8s, mais qui sont incluses dans une recherche d\u2019authenticit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019autre approche mosa\u00efste est celle qui campe un r\u00e9cit enti\u00e8rement fictif dans un contexte historique r\u00e9el. On peut penser ici au roman <i>All The Light We Cannot See<\/i> (2014), d\u2019Anthony Doerr, qui pr\u00e9sente la rencontre entre un jeune homme allemand et une jeune fille parisienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Les personnages n\u2019ont jamais exist\u00e9, mais ils \u00e9voluent dans un contexte historique vraisemblable, tant dans l\u2019ordre des \u00e9v\u00e9nements que dans les \u00e9l\u00e9ments concrets habituels\u00a0: alimentation, habillement, etc. Ce peut \u00eatre le cas pour n\u2019importe quel contexte\u00a0: il serait possible de camper un roman dans un village qu\u00e9b\u00e9cois en 1820, en inventant le village, les personnages, le conflit, mais en reproduisant la vraisemblance de la vie dans <i>un <\/i>village qu\u00e9b\u00e9cois en 1820 \u00e0 d\u00e9faut d\u2019avoir des preuves et des archives pour illustrer <i>ce<\/i> village. Encore une fois, la vraisemblance pallie l\u2019absence de sources et les libert\u00e9s prises dans cette part de fiction.<\/p>\n<p>Avec l\u2019accessibilit\u00e9 croissante des sources historiques gr\u00e2ce \u00e0 la num\u00e9risation d\u2019un grand nombre de documents et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des t\u00e9moignages d\u2019experts sur des sites Web, l\u2019approche mosa\u00efste \u00e0 la fiction historique n\u2019en sera s\u00fbrement que plus populaire.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me figure est la magicienne, qui va pousser l\u2019id\u00e9e du cadre de jeu \u00e0 son plus ludique, se permettant, au nom de la fiction, de m\u00e9langer les \u00e9poques ou les genres litt\u00e9raires et d\u2019inclure des anachronismes intentionnels dans une \u0153uvre. Addey nomme le roman \u00e0 succ\u00e8s de Colson Whitehead, <i>The Underground Railroad<\/i> (2016<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9838\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9838-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">La pr\u00e9sentation de l\u2019\u0153uvre est bien pr\u00e9sente chez Addey, mais celle-ci la place comme mosa\u00efste. Selon les crit\u00e8res d\u2019Addey, je la place moi-m\u00eame parmi les magicien\u2219nes.<\/span>), qui repr\u00e9sente le r\u00e9seau am\u00e9ricain du Chemin de fer clandestin sous forme litt\u00e9rale comme un v\u00e9ritable chemin de fer souterrain et inclut des anachronismes intentionnels, qui peuvent \u00eatre difficilement remarquables (un \u00e9dit politique qui a en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 plus tard) ou \u00e9vidents (la pr\u00e9sence de gratte-ciels dans un des lieux o\u00f9 se d\u00e9roule la fiction camp\u00e9e au XIX\u1d49 si\u00e8cle). Ces anachronismes ne sont pas preuve d\u2019ignorance ou d\u2019oubli de la part de l\u2019auteur, mais sont bel et bien intentionnels, inclus pour soutenir son projet esth\u00e9tique et l\u2019effet de lecture d\u00e9sir\u00e9 du roman. Ce sera le cas aussi pour les libert\u00e9s prises dans le style ou le genre litt\u00e9raire qui peuvent briser l\u2019illusion de r\u00e9el, qu\u2019on souhaite g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9server en fiction historique. On peut noter comme exemple l\u2019inclusion de r\u00e9alisme magique dans une \u0153uvre, comme <i>The Book Thief <\/i>(2005), de Markus Zusak, roman narr\u00e9 par la figure de la mort. C\u2019est un \u00e9cart au r\u00e9el (nous n\u2019avons ni rencontr\u00e9 la mort ou ni ne l\u2019avons entendue parler), mais c\u2019est au service de l\u2019effet de lecture que cherchait \u00e0 faire surgir Zusak. En effet, la narration donne un effet de conte de f\u00e9es au roman, et le r\u00e9alisme magique est une approche commune dans les r\u00e9cits de Seconde Guerre mondiale, qui cherchent \u00e0 articuler l\u2019indicible (Addey 2021, 429). Ces \u00e9carts au r\u00e9el et \u00e0 la vraisemblance demeurent une partie du projet; Addey souligne\u00a0: \u00ab Le magicien peut volontairement sacrifier la fid\u00e9lit\u00e9 au cadre historique en poursuivant une conclusion logique au jeu. \u00bb (429)<\/p>\n<p>L\u2019Histoire comme cadre de jeu t\u00e9moigne de la fiction historique comme une s\u00e9rie de choix et d\u2019une conscience d\u2019un projet \u00e9thique et esth\u00e9tique que l\u2019on n\u00e9glige souvent de prendre en compte lorsqu\u2019il vient le temps d\u2019appr\u00e9cier une \u0153uvre historique, alors que, comme le disait Addey, on s\u2019int\u00e9resse de fa\u00e7on disproportionn\u00e9e \u00e0 la part de v\u00e9racit\u00e9 historique pure compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9ment du contexte d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<h3><b>\u00c9tude de cas\u00a0: une approche choisie<\/b><\/h3>\n<p>L\u2019application de ces concepts se fera ici par l\u2019exploration d\u2019une approche choisie pour l\u2019\u00e9laboration d\u2019une \u0153uvre de recherche-cr\u00e9ation, soit mon propre projet de cr\u00e9ation dans le cadre de ma ma\u00eetrise en cr\u00e9ation litt\u00e9raire. J\u2019ai \u00e9crit cette ann\u00e9e un roman de fiction historique, que je qualifierais moi-m\u00eame de fiction n\u00e9o-historique, selon les caract\u00e9ristiques pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crites. Mon roman se d\u00e9roule dans le milieu du th\u00e9\u00e2tre londonien en 1690 et a comme personnage principal une jeune femme qui devient actrice de th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est un contexte peu explor\u00e9 dans la fiction (sauf peut-\u00eatre l\u2019int\u00e9r\u00eat populaire pour Nell Gwyn, figure marquante parmi les actrices de la Restauration anglaise) et je l\u2019ai trouv\u00e9 riche pour l\u2019exploration des th\u00e8mes qui m\u2019int\u00e9ressaient, notamment la performance de soi et les r\u00f4les que l\u2019on joue au quotidien en se mettant en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00fb moi aussi jongler entre la vraisemblance et l\u2019authenticit\u00e9 dans ma repr\u00e9sentation non seulement de la Restauration anglaise, mais aussi de l\u2019exp\u00e9rience f\u00e9minine \u00e0 cette \u00e9poque, particuli\u00e8rement pour une femme actrice, une carri\u00e8re qui venait avec son lot de stigmatisation. Je me suis finalement trouv\u00e9e \u00e0 la fois mosa\u00efste et magicienne\u00a0: en effet, pour tout ce qui est du th\u00e9\u00e2tre, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 dans la fiction. J\u2019ai ignor\u00e9 le contexte historique r\u00e9el du milieu du th\u00e9\u00e2tre (la compagnie qui op\u00e9rait \u00e0 Londres, ses directeurs, ses acteurices \u00e0 succ\u00e8s) pour y placer mon propre syst\u00e8me\u00a0: trois th\u00e9\u00e2tres (inspir\u00e9s n\u00e9anmoins par certains th\u00e9\u00e2tres ayant r\u00e9ellement exist\u00e9, notamment le Theatre Royal Drury Lane et le Dorset Garden Theatre) avec leurs propres directeurs et des troupes d\u2019acteurices parmi lesquelles ma protagoniste \u00e9volue. Certaines pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre nomm\u00e9es et des dramaturges \u00e9voqu\u00e9s sont r\u00e9els, mais toutes les pi\u00e8ces perform\u00e9es par les personnages dont on voit des extraits du texte dans le manuscrit sont fictives, \u00e9crites (selon la logique du roman) par un des personnages ou par un auteur fictif. J\u2019ai choisi cette approche pour assurer la libert\u00e9 n\u00e9cessaire pour ma fiction, l\u2019\u00e9criture qui serait guid\u00e9e par le r\u00e9cit et les personnages plut\u00f4t que par les archives qui exigeraient, pour concorder avec les documents historiques, que telle pi\u00e8ce soit jou\u00e9e \u00e0 telle date, ou que telle figure historique soit rencontr\u00e9e dans tel contexte. J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 faire fi de l\u2019Histoire pour cette part int\u00e9grale de mon roman. Ainsi, les personnages sont conscients de leur contexte historique, mais le conflit na\u00eet des tensions entre ces personnages et ces th\u00e9\u00e2tres fictifs\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>ANN : Vous devriez reconsid\u00e9rer, vous savez. Pour les choix de pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>KEALES, <i>rangeant ses cl\u00e9s\u00a0<\/i>: La trag\u00e9die ne vend pas.<\/p>\n<p>ANN : La troupe au Covent vous dirait tout le contraire.<\/p>\n<p>KEALES, <i>commen\u00e7ant \u00e0 marcher\u00a0<\/i>: Et puis nous venons \u00e0 peine de changer de monarque, l\u2019ambiance du public est encore tendue, nous nous devons de pr\u00e9senter des fins heureuses.<\/p>\n<p>ANN, <i>le suivant<\/i> : Ou nous pourrions offrir l\u2019\u00e9motion brute de la trag\u00e9die, faire sentir la douleur des fins tout court. Mettez-vous \u00e0 l\u2019air de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>KEALES : Pour mettre en sc\u00e8ne les pi\u00e8ces rejet\u00e9es du Covent? Autant rester dans notre niche.<\/p>\n<p>ANN : \u00c9crivez-en une, alors. Vous le faites d\u00e9j\u00e0 pour des com\u00e9dies, et <i>The Modest Maid <\/i>a re\u00e7u de tr\u00e8s bonnes critiques. (Blair, 53-54)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 je me suis tourn\u00e9e vers les archives, c\u2019est pour, essentiellement, tout le reste. J\u2019ai moi aussi voulu l\u00e9gitimer mes libert\u00e9s par la vraisemblance du contexte, de l\u2019alimentation, de l\u2019habillement et de petits d\u00e9tails de l\u2019\u00e9poque (le <i>puppy water<\/i> est l\u2019\u00e9l\u00e9ment historique que je retiens comme fait int\u00e9ressant et horrifiant pour mes conversations futures). L\u2019inclusion r\u00e9guli\u00e8re de d\u00e9tails historiques et m\u00eame l\u2019emplacement d\u2019\u00e9v\u00e9nements importants dans la ligne de temps des personnages (la Restauration, le Grand incendie de Londres, les fun\u00e9railles de Charles II) permettent d\u2019avoir un monde plus riche, en \u00e9volution et en dialogue avec sa propre \u00e9poque. Le tout a servi, j\u2019esp\u00e8re, \u00e0 contribuer \u00e0 l\u2019impression d\u2019authenticit\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9e \u00e0 la lecture du roman\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans le couloir sombre, les pas d\u2019Ann grincent sur le plancher de bois. Le th\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 construit il y a plus de cent ans, alors que Charles Ier avait encore sa t\u00eate et que son fils n\u2019\u00e9tait pas encore sur le tr\u00f4ne. Ann conna\u00eet uniquement les r\u00e9cits des ann\u00e9es puritaines, o\u00f9 l\u2019Angleterre languissait sans roi et o\u00f9 \u00e9taient interdits tous genres de performance. On ne chantait pas dans la rue, on ne jouait pas de musique dans les soir\u00e9es et on n\u2019allait pas au th\u00e9\u00e2tre. Ann\u00e9es sombres d\u2019ennui suivies d\u2019ann\u00e9es de f\u00eate et de d\u00e9bauche avec la glorieuse Restauration, l\u2019arriv\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Charles II. Ann l\u2019a seulement connu \u00e2g\u00e9, un vieux roi entour\u00e9 de ses ma\u00eetresses et de sa cour, d\u00e9crit par tous comme un grand joueur, un amateur des arts et des femmes. On chuchotait ces derniers mots; il demeurait Roi avant d\u2019\u00eatre un homme. Les fun\u00e9railles avaient \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9es un jour de Saint-Valentin. Elles \u00e9taient \u00e9clatantes, les rues de Londres \u00e9taient emplies de foules qui saluaient le cort\u00e8ge, se massaient aux portes de Westminster Abbey pour voir passer le roi une derni\u00e8re fois. Ann y \u00e9tait, \u00e0 peine adolescente, louvoyant entre les pleureuses, enchant\u00e9e par les \u00e9motions de la foule. C\u2019\u00e9tait le plus grand \u00e9v\u00e9nement qu\u2019elle avait vu de sa vie, et elle chercherait toujours \u00e0 retrouver l\u2019effet de masse de cette journ\u00e9e, les milliers de personnes unies dans un m\u00eame sentiment. Elle ne l\u2019a jamais ressenti avant de mettre les pieds dans le Hackney Theatre. (Blair, 28-29)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette approche que j\u2019ai choisie n\u2019en est bien s\u00fbre qu\u2019une parmi plusieurs, et un autre projet pourrait demander une autre philosophie d\u2019\u00e9criture. Les choix sont ici d\u00e9nu\u00e9s de valeur positive ou n\u00e9gative, et ont simplement diff\u00e9rentes qualit\u00e9s. Par exemple, j\u2019ai choisi de ne pas inclure de r\u00e9f\u00e9rences dans la langue \u00e0 des concepts qui n\u2019existaient pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque de mes personnages (aucune mention, donc, d\u2019une atmosph\u00e8re \u00e9lectrique ou d\u2019une d\u00e9marche \u00e9lastique), dans un effort de garder une certaine impression historique dans la langue, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00e9crire en pastiche du XVII\u1d49 si\u00e8cle. Un\u2219e autre auteurice pourrait tr\u00e8s bien choisir d\u2019inclure ces r\u00e9f\u00e9rences contemporaines (mentionner la bombe atomique dans un roman m\u00e9di\u00e9val, ou encore comparer les \u00e9crits d\u2019un empereur romain \u00e0 des <i>shitposts<\/i>) pour donner comme effet de lecture une conscience constante que ce r\u00e9cit est une fiction \u00e9crite \u00e0 notre \u00e9poque et accro\u00eetre la distance avec les \u00e9v\u00e9nements. Ce serait un choix tout aussi l\u00e9gitime, mais un roman tr\u00e8s diff\u00e9rent.<\/p>\n<h3><b>Conclusion<\/b><\/h3>\n<p>La fiction n\u00e9o-historique n\u2019est qu\u2019un des pans d\u2019un genre plus large, qui englobe une multitude d\u2019\u0153uvres et d\u2019approches difficilement comparables malgr\u00e9 leur apparente similarit\u00e9 par le simple aspect historique qui leur est commun. Par l\u2019interaction volontaire entre la vraisemblance et l\u2019authenticit\u00e9, on y cherche \u00e0 cr\u00e9er un portrait riche et cr\u00e9dible d\u2019un contexte historique, tout en se permettant de jouer avec les r\u00e9f\u00e9rents historiques et les \u00e9poques, avec une part plus ou moins grande d\u2019anachronisme. Chaque \u0153uvre t\u00e9moigne donc de choix esth\u00e9tiques et \u00e9thiques conscients de l\u2019auteurice et d\u2019une volont\u00e9 d\u2019engager un dialogue avec l\u2019Histoire et les r\u00e9cits qui en sont faits, variant du s\u00e9rieux au ludique, mais allant toujours plus loin que simplement <i>est-ce que c\u2019\u00e9tait vrai?<\/i><\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Adamson,\u00a0Lynda G. 1999. <i>World Historical Fiction<\/i>, Phoenix, Oryx Press, 719 p.<\/p>\n<p>Addey, Melissa. 2021. \u00ab Beyond \u201cis it true?\u201d: the \u201cplayframe\u201d in historical fiction \u00bb,\u00a0<i>New Writing<\/i>, vol.\u00a018, n\u00b0 4, 421-433.\u00a0<\/p>\n<p>Gagnon, Mylene. 2022. \u00ab Dominique Fortier\u00a0: combler les br\u00e8ches de l\u2019Histoire par la litt\u00e9rature \u00bb, 27 janvier, <i>Radio-Canada<\/i> [en ligne], &lt;https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/1857500\/dominique-fortier-emily-dickinson-du-bon-usage-des-etoiles&gt;<\/p>\n<p>Harris, Katharine. 2017. \u00ab \u2018Part of the project of that book was not to be authentic\u2019: Neo-historical authenticity and its anachronisms in contemporary historical fiction \u00bb, <i>Rethinking History<\/i>, vol. 21, 193-212.\u00a0<\/p>\n<p>Hutcheon, Linda. 1989. \u00ab Historiographic Metafiction : Parody and the Intertextuality of History \u00bb, dans Patrick O\u2019Donnell et Robert Con Davis (dir.), <i>Intertextuality and Contemporary American Fiction<\/i>, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 3-32.<\/p>\n<p>Lee, Richard. \u00ab Guide: our definition of historical fiction \u00bb, dans <i>Historical Novel Society<\/i>, en ligne, &lt;https:\/\/historicalnovelsociety.org\/guide-our-definition-of-historical-fiction\/&gt;, consult\u00e9 le 29 juin 2025.<\/p>\n<p>Saxton, Laura. 2020. \u00ab A true story: Defining accuracy and authenticity in historical fiction \u00bb, <i>Rethinking History<\/i>, vol. 24, n\u00b0 2, 127-144.<\/p>\n<p>Rousselot, Elodie. 2014. \u00ab Introduction: Exoticizing the Past in Contemporary Neo-Historical Fiction \u00bb, dans Elodie Rousselot (dir.), <i>Exoticizing the Past in Contemporary Neo-Historical Fiction<\/i>, New York, Palgrave Macmillan, 1-16.<\/p>\n<p><b>\u0152uvres nomm\u00e9es<\/b><\/p>\n<p>McEwan, Ian. 2001. <i>Atonement<\/i>, Londres, Jonathan Cape.<\/p>\n<p>Mantel, Emily. 2009. <i>Wolf Hall<\/i>, Londres, Fourth Estate.<\/p>\n<p>O\u2019Farrell, Maggie. 2020. <i>Hamnet<\/i>, Londres, Tinder Press.<\/p>\n<p>Doerr, Anthony. 2014. <i>All The Light We Cannot See<\/i>, New York, Scribner.<\/p>\n<p>Whitehead, Colson. 2016. <i>The Underground Railroad<\/i>, New York, Doubleday.<\/p>\n<p>Zusak, Markus. 2005. <i>The Book Thief<\/i>, Londres, Picador.<\/p>\n<p>Gibson, Philip. 2013. <i>#Berlin45\u00a0: The Final Days of Hitler\u2019s Third Reich<\/i>\u00b8 [auto-publication num\u00e9rique].<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Blair, Margaux. 2025. \u00ab R\u00e9\u00e9crire l&rsquo;Histoire : la fiction n\u00e9o-historique en recherche-cr\u00e9ation \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes AECSEL 2025 \u00bb, hors s\u00e9rie, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9838&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Margaux-Blair_Reecrire-lHistoire_v2.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Margaux Blair_Re\u0301e\u0301crire l&apos;Histoire_v2.docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-47f317b5-8ac9-4103-addf-96d4691bbdec\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Margaux-Blair_Reecrire-lHistoire_v2.docx.pdf\">Margaux Blair_Re\u0301e\u0301crire l&rsquo;Histoire_v2.docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Margaux-Blair_Reecrire-lHistoire_v2.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-47f317b5-8ac9-4103-addf-96d4691bbdec\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Nom propos\u00e9 par la chercheuse Linda Hutcheon dans l\u2019article Historiographic Metafiction : Parody and the Intertextuality of History en 1989.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Cette citation ainsi que toutes les citations subs\u00e9quentes sont des traductions libres de l\u2019anglais.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>On retrouvera souvent en cons\u00e9quence une note de l\u2019auteurice \u00e0 la fin de l\u2019\u0153uvre qui viendra s\u00e9parer le r\u00e9el et la fiction, la vraisemblance et la libert\u00e9. Cette limite nette ne devrait pas \u00eatre obligatoire, mais est devenue une attente implicite du genre.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Maintenant renomm\u00e9e X.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>La pr\u00e9sentation de l\u2019\u0153uvre est bien pr\u00e9sente chez Addey, mais celle-ci la place comme mosa\u00efste. Selon les crit\u00e8res d\u2019Addey, je la place moi-m\u00eame parmi les magicien\u2219nes.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors s\u00e9rie, actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL 2025 Le pacte de fiction permet, en lisant une \u0153uvre, de lui pardonner tout \u00e9cart \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019on la conna\u00eet; c\u2019est, apr\u00e8s tout, le fruit d\u2019une invention de l\u2019auteurice, la libert\u00e9 y est totale. La fiction historique, elle, doit subir un examen beaucoup plus [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1467],"tags":[1456],"class_list":["post-9838","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actes-de-la-journee-detudes-2025","tag-blair-margaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9838","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9838"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9838\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9999,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9838\/revisions\/9999"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9838"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9838"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9838"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}