{"id":9843,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9843"},"modified":"2025-12-06T18:28:03","modified_gmt":"2025-12-06T18:28:03","slug":"la-presidence-de-ronald-reagan-comme-oeuvre-de-fiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9843","title":{"rendered":"La pr\u00e9sidence de Ronald Reagan comme \u0153uvre de fiction"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9797\">Hors s\u00e9rie, actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL 2025<\/a><\/h5>\n<p>Les manifestations de la vie politique am\u00e9ricaine dans la fiction et \u00e0 l\u2019\u00e9cran sont chose commune alors que ces exp\u00e9riences m\u00e9diatiques caract\u00e9risent notre r\u00e9alit\u00e9. On le voit bien s\u00fbr dans des \u0153uvres cin\u00e9matographiques explicitement politiques telles que <i>Dr. Strangelove<\/i> (Kubrick 1964) ou bien <i>Primary Colors<\/i> (Nichols 1998) pour ne nommer que deux exemples parmi une multitude. Dans ces cas, le pr\u00e9sident et certains hauts plac\u00e9s du syst\u00e8me politique sont incarn\u00e9s par des personnages invent\u00e9s, m\u00eame si les liens avec la r\u00e9alit\u00e9 sont, par moments, assez \u00e9vidents, alors que ces fictions nous permettent souvent de mieux nous rep\u00e9rer dans la politique. Dans le cas de nombreux sitcoms am\u00e9ricains \u2013 pour lesquels la th\u00e9matique politique n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019avant-plan \u2013 ils ont souvent offert des manifestations \u00e0 l\u2019\u00e9cran de la politique dans un contexte de fiction qui \u00e9taient pourtant encore plus pr\u00e8s de la r\u00e9alit\u00e9. Le pr\u00e9sident de la Chambre des repr\u00e9sentants, Tip O\u2019Neill, a particip\u00e9 \u00e0 un \u00e9pisode de <i>Cheers<\/i> en 1983. Les personnages d\u2019une s\u00e9rie comme <i>Seinfeld<\/i> ont, entre autres, fait r\u00e9f\u00e9rence aux pr\u00e9sidents Lyndon B. Johnson, Richard Nixon et Ronald Reagan ou bien au juge de la Cour supr\u00eame, Clarence Thomas, alors que ce dernier se trouvait soup\u00e7onn\u00e9 dans le cadre d\u2019un scandale de harc\u00e8lement sexuel au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Dans le but de montrer l\u2019omnipr\u00e9sence de ces r\u00e9f\u00e9rents politiques, je soulignerais aussi que <i>Friends<\/i> mentionne Bill Clinton et Michael Dukakis (candidat d\u00e9fait lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1988), <i>The Big Bang Theory<\/i> rappelle le ticket d\u2019Al Gore et de Joe Liberman (d\u00e9fait dans le cadre de l\u2019\u00e9lection de 2000), Joe Biden a particip\u00e9 \u00e0 un \u00e9pisode de <i>Parks and Recreation<\/i> alors qu\u2019il occupait la fonction de vice-pr\u00e9sident et dans le cas d\u2019une s\u00e9rie comme <i>30 Rock<\/i>, les r\u00e9alisateurs ont r\u00e9ussi \u00e0 obtenir la participation de l\u2019ancien vice-pr\u00e9sident Al Gore, et ce dans le cadre de deux \u00e9pisodes diff\u00e9rents.\u00a0<\/p>\n<p>Ces r\u00e9f\u00e9rents politiques \u00e0 l\u2019\u00e9cran dans le cadre de la fiction nous permettent de constater que les personnages de sitcoms vivent dans la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 politique que leurs spectateurs et l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, m\u00eame si les personnages ne cultivent pas un grand int\u00e9r\u00eat pour les d\u00e9bats politiques. On ne peut pourtant pas en dire autant des t\u00e9l\u00e9s\u00e9ries explicitement politiques telles que <i>The West Wing<\/i>, <i>House of Cards<\/i>, <i>Veep<\/i> ou bien <i>Designated Survivor<\/i> qui mettent toutes en sc\u00e8ne un pr\u00e9sident fictif \u00e9voluant au sein d\u2019un syst\u00e8me politique et social faisant partie de notre r\u00e9alit\u00e9. Ces s\u00e9ries se d\u00e9roulent dans des univers politiques parall\u00e8les, mais les r\u00e9cits qu\u2019elles transmettent permettent tout de m\u00eame de formuler des r\u00e9flexions bien r\u00e9elles. \u00ab [L]e pr\u00e9sident Bartlett (sic) a longtemps occup\u00e9 la Maison Blanche avec plus de r\u00e9alit\u00e9 que son p\u00e2le sosie, George W. Bush \u00bb (Latour 2012, 244). Pr\u00e9senter ce croisement entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran repr\u00e9sente une certaine hybridation, une compl\u00e9mentarit\u00e9 et une coexistence de diff\u00e9rents modes comme le souligne Bruno Latour.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pour bien mesurer l&rsquo;ubiquit\u00e9 des \u00eatres de fiction, il suffit de consid\u00e9rer l&#8217;embranchement maintenant bien d\u00e9gag\u00e9 qu&rsquo;ils forment avec les \u00eatres de la r\u00e9f\u00e9rence. Le croisement [FIC\u00b7REF] est en effet riche car c&rsquo;est de la collaboration de ces deux modes que nous tenons une grande partie de notre id\u00e9e de \u00ab\u00a0MONDE\u00a0\u00bb et de sa beaut\u00e9. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre monde \u2013 au-del\u00e0 \u2013 et pas d&rsquo;autre monde \u2013 en de\u00e7\u00e0 \u2013 mais le double envoi de la fiction et de la r\u00e9f\u00e9rence. (Latour 2012, 254)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00e9crits de Burno Latour rappellent que la fiction et la r\u00e9alit\u00e9 ne sont pas en opposition et qu\u2019ils sont la capacit\u00e9 de coexister et de se compl\u00e9ter tout en se contredisant dans d\u2019autres circonstances. S\u2019il faut se servir d\u2019un terme pour d\u00e9signer un mode qui n\u2019est pas celui de la fiction, le mode de la r\u00e9f\u00e9rence, qui traite de l\u2019histoire document\u00e9e, me semble appropri\u00e9. On peut tout de m\u00eame observer un schisme avec la r\u00e9alit\u00e9 ayant lieu dans plusieurs t\u00e9l\u00e9s\u00e9ries politiques. Mais, cette rupture demeure floue et incertaine, car ces pr\u00e9sidents fictifs \u00e9voluent pourtant dans un univers qui les am\u00e8ne \u00e0 faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs : George Washington, Franklin D. Roosevelt ou bien John F. Kennedy. La rupture avec la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est donc pas totale et il est difficile de savoir \u00e0 quel moment elle a lieu. C\u2019est ainsi qu\u2019on peut constater que plus on se rapproche de la politique am\u00e9ricaine, plus il devient opportun de faire appel \u00e0 la fiction. Cette relation caract\u00e9rise \u00e0 plusieurs \u00e9gards l\u2019ensemble de la vie politique am\u00e9ricaine et ne fait que gagner en importance depuis l\u2019av\u00e8nement de la t\u00e9l\u00e9vision. Or, le pr\u00e9sident qui l\u2019a exploit\u00e9e le plus habilement \u2013 que cela soit de mani\u00e8re consciente ou pas \u2013 est bien s\u00fbr Ronald Reagan.\u00a0\u00a0<\/p>\n<h3><b>Un acteur, un gouverneur et un pr\u00e9sident, mais surtout un amateur de cin\u00e9ma\u00a0<\/b><\/h3>\n<p>N\u00e9 en Illinois en 1911, dans des conditions modestes, Ronald Reagan a connu une longue carri\u00e8re d\u2019acteur avant de se lancer en politique active. Officiellement un d\u00e9mocrate dans les ann\u00e9es 1930, 1940 et 1950, il a \u00e9t\u00e9 un grand admirateur de Franklin D. Roosevelt, ce pr\u00e9sident qui a grandement contribu\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir l\u2019\u00c9tat-providence et interventionniste sans jamais renier les vertus d\u2019une \u00e9conomie capitaliste profitant d\u2019un libre march\u00e9. De plus, Reagan a men\u00e9 des luttes syndicales en tant que chef de la <i>Screen Actors Guild (SAG)<\/i>. Il entame son virage conservateur pendant les ann\u00e9es 1940 et 1950, alors qu\u2019il adopte des positions de plus en plus anticommunistes (Byrne 2018, 42). En 1960, il d\u00e9missionne de la <i>SAG<\/i>, rejette son all\u00e9geance d\u00e9mocrate et fait campagne pour Richard Nixon alors que ce dernier est d\u00e9fait par John F. Kennedy (Perlstein 2001, 123-124). Reagan est consid\u00e9r\u00e9 comme le repr\u00e9sentant d\u2019une nouvelle aile conservatrice du Parti r\u00e9publicain. Il entre en fonction comme gouverneur de la Californie en 1967, un poste qu\u2019il occupe pendant deux mandats, jusqu\u2019en 1975. Reagan tente de d\u00e9loger le pr\u00e9sident sortant, Gerald Ford, dans le cadre des \u00e9lections primaires de 1976 afin d\u2019obtenir la nomination r\u00e9publicaine pour la pr\u00e9sidence. Il rate son coup de peu et Ford est d\u00e9fait par son adversaire d\u00e9mocrate, Jimmy Carter, dans le cadre de l\u2019\u00e9lection g\u00e9n\u00e9rale du mois de novembre.<\/p>\n<p>En 1980, Ronald Reagan tente sa chance \u00e0 nouveau. Son principal adversaire dans le cadre des \u00e9lections primaires est George H. W. Bush. Ce dernier repr\u00e9sente l\u2019aile plus conventionnelle du Parti r\u00e9publicain alors que Reagan est encore vu comme un radical par plusieurs, notamment en raison de son d\u00e9sir de r\u00e9duire drastiquement la taille de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 cause de ses ambitions militaires. Malgr\u00e9 son \u00e9lan initial apr\u00e8s une victoire dans le cadre des caucus de l\u2019Iowa, Bush sera d\u00e9fait par Reagan. Les deux formeront une alliance tactique et finalement une amiti\u00e9, alors que Bush sera le fid\u00e8le vice-pr\u00e9sident de Reagan pendant huit ans.\u00a0<\/p>\n<p>En tant qu\u2019acteur, Ronald Reagan a figur\u00e9 dans 81 films et t\u00e9l\u00e9s\u00e9ries de 1937 \u00e0 1965 (IMDb 2025). Il a souvent interpr\u00e9t\u00e9 des h\u00e9ros militaires et des athl\u00e8tes \u00e0 succ\u00e8s tout en v\u00e9hiculant des valeurs traditionnelles et familiales. Ces r\u00f4les correspondent aux id\u00e9aux conservateurs que Reagan a accentu\u00e9s en tant que pr\u00e9sident, m\u00eame s\u2019il les a incarn\u00e9s dans le cadre d\u2019univers fictionnels. Pourtant son vice-pr\u00e9sident, George Bush, les a tous v\u00e9cus dans la r\u00e9f\u00e9rence comme l\u2019histoire document\u00e9e peut ais\u00e9ment le r\u00e9v\u00e9ler, et ce, en tant que pilote \u00e0 la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et comme joueur de baseball \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Yale. Cela importait peu pour Reagan, un homme pour lequel les limites entre fiction et r\u00e9f\u00e9rence ont toujours \u00e9t\u00e9 assez floues.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Avec Reagan, s&rsquo;ach\u00e8ve la mutation de l&rsquo;homme politique en acteur: ainsi peut-il se faire le d\u00e9fenseur des valeurs familiales traditionnelles, comme il aurait pu l&rsquo;affirmer sur l&rsquo;\u00e9cran, et avoir, dans sa vie priv\u00e9e, divorc\u00e9 et montr\u00e9 peu d&rsquo;attention \u00e0 ses enfants. Cette m\u00e9tamorphose explique en grande partie la popularit\u00e9 dont a joui durant ses deux mandats le pr\u00e9sident Reagan; il est devenu un personnage familier et chaleureux dont les actions ont peu de cons\u00e9quences, car ce n&rsquo;est que du cin\u00e9ma; il est devenu ainsi un \u00ab\u00a0pr\u00e9sident T\u00e9flon\u00a0\u00bb (Portes 1999, 19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vie de Ronald Reagan a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par les films qu\u2019il a vus et qu\u2019il a ador\u00e9s pour ainsi devenir une \u0153uvre de fiction en soi que le public am\u00e9ricain et le monde entier ont consomm\u00e9e sur leurs \u00e9crans. Caract\u00e9ris\u00e9e par une domination de la fiction et des \u00e9crans, la pr\u00e9sidence Reagan a pourtant eu lieu de 1981 \u00e0 1989 dans le cadre d\u2019une \u00e9poque qu\u2019on peut maintenant consid\u00e9rer comme \u00e9tant la \u00ab\u00a0pr\u00e9-histoire\u00a0\u00bb des \u00e9crans avant que \u00ab\u00a0l\u2019innovation technologique et les int\u00e9r\u00eats commerciaux ont converg\u00e9 pour contribuer au d\u00e9veloppement, \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration, \u00e0 la diversit\u00e9 et \u00e0 la prolif\u00e9ration culturelle des \u00e9crans digitaux\u00a0\u00bb, et ce \u00ab\u00a0au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990\u00a0\u00bb (Sobchack 2016, 41). La pr\u00e9sidence de Reagan est ainsi annonciatrice d\u2019un avenir qui sera d\u2019autant plus caract\u00e9ris\u00e9 par la fiction et les \u00e9crans permettant une red\u00e9finition du r\u00e9el. Plusieurs films qui sont parus dans les ann\u00e9es 1980 ont r\u00e9ussi \u00e0 influencer la pr\u00e9sidence de Ronald Reagan, j\u2019en ai s\u00e9lectionn\u00e9 trois afin de montrer l\u2019impact de la fiction, mais aussi de la fantaisie, sur Reagan.\u00a0<\/p>\n<h3><b><i>E.T. the Extra-Terrestrial, Ghostbusters <\/i><\/b><b>et<\/b><b><i> Top Gun<\/i><\/b><\/h3>\n<p>Ronald Reagan et son \u00e9pouse Nancy avaient l\u2019habitude de visionner de nombreux films. Cette pratique \u00e9tait r\u00e9pandue et si importante pour le pr\u00e9sident que l\u2019un de ses conseillers, Mark Weinberg, en a fait un livre qui s\u2019intitule <i>Movie Nights with the Reagans<\/i>. Plusieurs des visionnements ont eu lieu lors des weekends \u00e0 Camp David dans le Maryland. Par contre, <i>E.T. the Extra-Terrestrial<\/i> a \u00e9t\u00e9 le sujet d\u2019un d\u00e9voilement beaucoup plus grandiose \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1982. Le film a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Maison-Blanche devant un grand public qui incluait Stephen Spielberg et Neil Armstrong (Weinberg 2018, 74). M\u00eame si la fantaisie et la science-fiction ne figuraient pas parmi les genres pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Reagan, il s\u2019est mis \u00e0 pleurer \u00e0 la fin du film. \u00ab\u00a0<i>E.T<\/i>. struck me as fundamentally Reaganesque in tone and approach. Its wholesome depiction of Middle America, its impish sense of humor, and its subtle placement of the protagonist in opposition to the government aligned with his identity\u00a0\u00bb (75).\u00a0<\/p>\n<p>Cette glorification de certains id\u00e9aux conformistes et banlieusards ainsi que la valorisation de l\u2019individualisme et d\u2019un certain rejet des autorit\u00e9s gouvernementales devaient d\u00e9j\u00e0 plaire au pr\u00e9sident r\u00e9publicain. C\u2019est en consid\u00e9rant l\u2019allocution de Reagan apr\u00e8s le visionnement qu\u2019on peut appr\u00e9cier l\u2019impact qu\u2019<i>E.T. <\/i>a pu avoir : \u00ab\u00a0\u201cEverything on that screen is absolutely true,\u201d a bizarre moment even by the standards of a president who often confused real life with movies he acted in or had merely seen\u00a0\u00bb (Hamrah 2019). Certains ont voulu croire que Reagan a laiss\u00e9 \u00e9chapper un secret d\u2019\u00c9tat quant \u00e0 l\u2019existence des extraterrestres (Weinberg 2018, 76). D\u2019autres tireront une conclusion sur les intentions politiques et \u00e9motives de Reagan et de Spielberg. La <i>r\u00e9alit\u00e9 de la fantaisie<\/i> d\u2019un film comme <i>E.T.<\/i> r\u00e9side, sans doute, dans la puissance des sentiments et de la nostalgie cr\u00e9\u00e9s par l\u2019\u0153uvre. \u00ab\u00a0Both men [Reagan et Spielberg] wanted to transport the nation into a state of eternal childhood innocence\u00a0\u00bb (Hamrah 2019). Il est \u00e0 noter que bien avant Donald Trump, Ronald Reagan s\u2019est servi d\u2019un slogan l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9 lors de la campagne pr\u00e9sidentielle de 1980\u00a0: <i>Let\u2019s Make America Great<\/i>. Pour Reagan et Spielberg, la nostalgie repr\u00e9sente un point de vuln\u00e9rabilit\u00e9 permettant d\u2019atteindre le c\u0153ur du public. \u00ab\u00a0Art is not nostalgia, but it is nostalgia-adjacent. While nostalgia comes about as a result of a haphazard, not entirely conscious, process, it is still fundamentally about recombining and reimagining our personal experiences to create some kind of meaningful whole, a sense of self \u00bb (Berry 2020, 74).\u00a0 Pour Reagan, la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019<i>E.T.<\/i> est plut\u00f4t dans l\u2019intention sociale du film qui encourage un retour vers la jeunesse, un objectif d\u2019autant plus marquant pour celui qui \u00e9tait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le pr\u00e9sident le plus \u00e2g\u00e9 de l\u2019histoire. En offrant cette r\u00e9alit\u00e9 cin\u00e9matographique \u2013 peu importe sa vraisemblance \u2013 on influe sur la mani\u00e8re dont on aborde le monde dans lequel nous vivons. Spielberg est peut-\u00eatre en train de masquer une r\u00e9alit\u00e9 en pr\u00e9sentant cet univers fictif, mais il est en train de faire surgir des sentiments qui sont bien r\u00e9els, nous permettant de constater \u00ab\u00a0que le vrai visage n\u2019est pas celui que le masque cache, mais celui qu\u2019il fait au contraire exister\u00a0\u00bb (Belting 2001, 52).<\/p>\n<p>Les pulsions fantaisistes de Reagan apparaissent \u00e0 nouveau lorsqu\u2019il visionne <i>Ghostbusters<\/i>, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1984, alors que nous sommes \u00e0 quelques mois de sa r\u00e9\u00e9lection. \u00ab\u00a0The social forces that produced the Reagan presidency and the collective fantasies Reagan articulated or embodied are inscribed in <i>Ghostbusters<\/i> \u2013 along with certain antipodes that served to inoculate a viewer against questioning such fantasies\u00a0\u00bb (Hoberman 2019, 15-16). <i>Ghostbusters<\/i> aura un impact bien concret sur la r\u00e9alit\u00e9 politique de 1984. Plusieurs jeunes universitaires favorables \u00e0 la r\u00e9\u00e9lection du pr\u00e9sident formeront un groupe intitul\u00e9 les <i>Fritzbusters<\/i>, faisant ainsi r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <i>Fritz<\/i>, le surnom de Walter Mondale, le candidat d\u00e9mocrate qui tentait de d\u00e9loger Reagan (Weinberg 2018, 136). Cette campagne sert \u00e0 rappeler que la fantaisie peut impacter la r\u00e9alit\u00e9 alors qu\u2019elle en fait partie. Reagan a toujours cherch\u00e9 \u00e0 forger le monde dans lequel il voulait vivre tout en le vendant au public am\u00e9ricain. C\u2019est ainsi que ses supporteurs ont emprunt\u00e9 \u00e0 la fantaisie pour faire r\u00e9\u00e9lire un pr\u00e9sident dans la r\u00e9alit\u00e9. Ultimement, <i>Ghostbusters<\/i> fait plaisir \u00e0 Ronald Reagan. Certains diront que les valeurs libertariennes du film ont s\u00e9duit le pr\u00e9sident. Weinberg rappelle l\u2019importance de la distance par rapport \u00e0 la politique dans l\u2019appr\u00e9ciation de la fiction chez Ronald Reagan (137-138). Dire que les films que Reagan a visionn\u00e9s ont influenc\u00e9 son id\u00e9ologie politique conservatrice en dirait trop peu sur la mani\u00e8re dont le cin\u00e9ma et les fictions ont carr\u00e9ment cr\u00e9\u00e9 le monde dans lequel vivait le 40\u1d49 pr\u00e9sident am\u00e9ricain. C\u2019est beaucoup plus puissant qu\u2019une simple influence id\u00e9ologique. Ces films permettaient de forger l\u2019univers affectif et sentimental de Ronald Reagan et d\u00e9finissaient ainsi son \u00eatre et son rapport au monde.\u00a0<\/p>\n<p>Il reste que Ronald Reagan n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019abri de ces rapprochements id\u00e9ologiques avec le cin\u00e9ma. C\u2019est notamment le cas lorsqu\u2019on aborde <i>Top Gun<\/i>. Paru en 1986, Reagan a beaucoup aim\u00e9 <i>Top Gun<\/i> de Tony Scott, surtout en raison du fait que c\u2019\u00e9tait l\u2019un des premiers films depuis la fin de la Guerre du Vietnam \u00e0 v\u00e9hiculer une image favorable des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines (180). Les dix derni\u00e8res ann\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des films tels que <i>The Deer Hunter<\/i>, <i>Apocalypse Now<\/i>, <i>Taxi Driver<\/i> et <i>First Blood<\/i>, montrant, entre autres, les cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices de la Guerre du Vietnam (180). <i>Top Gun<\/i> a offert un portrait reluisant de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, mais il est important de rappeler que ce film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 avec l\u2019approbation du Pentagone qui a fourni ses engins militaires (Vaillancourt 2012, 50-51).\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que <i>Top Gun<\/i> retombe dans le conformisme de nombreux films hollywoodiens en pr\u00e9sentant ce paradigme du bien contre le mal, malgr\u00e9 les luttes personnelles de Maverick, le h\u00e9ros du film incarn\u00e9 par Tom Cruise. \u00ab\u00a0Il s\u2019agit d\u2019\u00e9liminer les ennemis, de d\u00e9fendre ses fronti\u00e8res, de d\u00e9nier toute crise, de liquider les traumatismes pour que l\u2019horizon du futur soit libre de toute entrave, de tout obstacle, de toute scorie \u00bb (Roy 1990, 27).\u00a0<\/p>\n<h3><b>La pr\u00e9sidence de Ronald Reagan: mensonge ou fiction?<\/b><\/h3>\n<p>En 1983, Ronald Reagan recevait les dirigeants des pays industrialis\u00e9s \u00e0 Colonial Williamsburg dans le cadre d\u2019un sommet \u00e9conomique. Son chef de cabinet, James Baker, avait pr\u00e9par\u00e9 un dossier afin que le pr\u00e9sident soit bien inform\u00e9 avant d\u2019entamer les rencontres. Tout juste avant l\u2019ouverture du sommet, Baker s\u2019est rendu compte que le pr\u00e9sident n\u2019avait pas ouvert le dossier pr\u00e9paratoire. Quand Baker a cherch\u00e9 \u00e0 savoir pourquoi son patron avait choisi d&rsquo;ignorer ses suggestions de lecture, Reagan a calmement r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Well, Jim, <i>The Sound of Music<\/i> was on last night.\u00a0\u00bb Malgr\u00e9 tout, le charme de Reagan et les cartes de rep\u00e8re lui ont permis de bien para\u00eetre lors du sommet alors qu\u2019il a fait l\u2019\u00e9loge du libre march\u00e9 et des baisses d\u2019imp\u00f4ts (Cannon 1991, 36-37).\u00a0<\/p>\n<p>Cette anecdote sert \u00e0 rappeler que la fiction forgeait la r\u00e9alit\u00e9 de Ronald Reagan. Cela en dit long sur la puissance \u00e9motive de ce mode dans la culture am\u00e9ricaine et dans l\u2019histoire de la civilisation. Mais il faut surtout comprendre comment Reagan a pu offrir une excellente prestation dans le cadre du sommet alors qu\u2019il \u00e9tait si peu pr\u00e9par\u00e9. Cette capacit\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter comme un personnage rappelle bien s\u00fbr sa carri\u00e8re d\u2019acteur alors qu\u2019il pouvait figurer dans plusieurs films au courant de la m\u00eame ann\u00e9e. Offrir un produit attrayant \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u00e9tait un talent notable du pr\u00e9sident. Il pouvait pr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il voulait bien forger dans la conscience du public, notamment au sujet des baisses d\u2019imp\u00f4ts.\u00a0<\/p>\n<p>Le r\u00f4le qu\u2019occupe Ronald Reagan dans la conscience collective am\u00e9ricaine l\u2019am\u00e8ne \u00e0 \u00eatre encore per\u00e7u comme un champion de la r\u00e9duction de la taille de l\u2019\u00c9tat et des baisses d\u2019imp\u00f4ts. Reagan a renforc\u00e9 cette perception avec certaines de ses d\u00e9clarations les plus m\u00e9morables, alors qu\u2019il trouvait un plaisir \u00e0 se moquer des suppos\u00e9es bonnes intentions du gouvernement au moment o\u00f9 il \u00e9tait pr\u00e9sident. Le 12 ao\u00fbt 1986, dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence de presse, il affirmait : \u00ab\u00a0I think you all know that I&rsquo;ve always felt the nine most terrifying words in the English language are: I&rsquo;m from the Government, and I&rsquo;m here to help\u00a0\u00bb (Reagan 1986). Malgr\u00e9 la fiction antigouvernementale que Ronald Reagan a voulu v\u00e9hiculer, pendant son mandat, les revenus du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral ainsi que ses d\u00e9penses ont, en fait, \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement au-del\u00e0 des moyennes pour l\u2019ensemble de la p\u00e9riode de 1970 \u00e0 2009 (Sahadi 2010).<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 savoir si les versions de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es par Ronald Reagan \u00e9taient des fictions ou des mensonges. Je pense qu\u2019il existe encore une division dans le public am\u00e9ricain \u00e0 ce sujet, car Reagan demeure une figure polarisante. \u00ab\u00a0Le propre du mensonge, par exemple, est d\u2019\u00eatre cr\u00e9dible pour les uns et non cr\u00e9dible pour les autres \u00bb (Jost 2004). C\u2019est ainsi que certains Am\u00e9ricains choisissent \u2013 consciemment ou pas \u2013 de c\u00e9l\u00e9brer Ronald Reagan et les politiques qu\u2019on lui associe et il demeure tr\u00e8s difficile de convaincre ce grand groupe d\u2019Am\u00e9ricains que malgr\u00e9 tout ce qu\u2019ils peuvent croire, Ronald Reagan a effectivement autoris\u00e9 des hausses d\u2019imp\u00f4ts \u00e0 certains moments de sa pr\u00e9sidence (Fox 2017). Reagan n\u2019\u00e9tait fort probablement pas conscient du paradoxe qu\u2019il entretenait et de la fantaisie dans laquelle il s\u2019est engag\u00e9 comme acteur, comme amateur de cin\u00e9ma et comme politicien. Il traitait du monde tel qu\u2019il le voyait et surtout tel qu\u2019il voulait le voir et cela devenait r\u00e9el. \u00ab\u00a0Returning to the hypothesis that both fiction and lies are forms of assertion, it becomes really hard to distinguish them\u00a0\u00bb (Maier 2020).\u00a0<\/p>\n<p>En 2020, le r\u00e9alisateur Matt Tyrnauer a fait para\u00eetre un documentaire intitul\u00e9 <i>The Reagans<\/i>. Dans ce film, on explore certaines des prises de position moins reluisantes de Ronald Reagan telles que ses politiques aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9es comme racistes (on peut penser \u00e0 la <i>War on Drugs<\/i> qui a impact\u00e9 les populations noires de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e) et son inaction face aux risques du sida pendant les ann\u00e9es 1980. Tyrnauer fait beaucoup de liens entre la vie d\u2019acteur et la vie de politicien de Reagan. Cela est particuli\u00e8rement bien expos\u00e9 dans le cadre d\u2019une analyse qui est pr\u00e9sent\u00e9e par la journaliste Lesley Stahl. Cette derni\u00e8re se rappelle l\u2019impression qu\u2019elle a eue du nouveau pr\u00e9sident lors de la premi\u00e8re conf\u00e9rence de presse de Reagan apr\u00e8s son assermentation, le 29 janvier 1981.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>The first time I actually saw him in person was right in front of the press corps and we all kind of melted. We were all little puddles on the floor. He also had more wrinkles up close than the camera picked up. The camera loved this man. And a little bit of frailty to him. He wasn\u2019t as hardy and healthy as he seemed on television. But when he went on television, he was the actor and he was playing a vigorous president. (Tyrnauer 2020)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ronald Reagan a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par les m\u00e9diums et les messages de la fiction. Il s\u2019est servi de la t\u00e9l\u00e9vision et du cin\u00e9ma dans le but d\u2019influencer le public am\u00e9ricain tout en s&rsquo;exposant lui-m\u00eame \u00e0 des \u0153uvres et \u00e0 une culture qui ont forg\u00e9 sa vision du monde. Il a r\u00e9guli\u00e8rement accentu\u00e9 l\u2019hybridation entre les modes de la fiction et de la r\u00e9f\u00e9rence alors qu\u2019il voyait des v\u00e9rit\u00e9s et des r\u00e9alit\u00e9s bien tangibles dans le cin\u00e9ma de fiction et de fantaisie tout en abordant plusieurs aspects de sa carri\u00e8re politique comme \u00e9tant une \u0153uvre de fiction rappelant sa vie d\u2019acteur. Cela permet de souligner \u00e0 nouveau la compl\u00e9mentarit\u00e9 de la fiction et de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3><b><i>Dutch: A Memoir of Ronald Reagan (Edmund Morris, 1999) <\/i><\/b>\u00a0<\/h3>\n<p>Quand <i>Dutch: A Memoir of Ronald Reagan <\/i>est paru en 1999, un lot de critiques a rapidement \u00e9merg\u00e9 au sujet de cet ouvrage aussi attendu que particulier. En 1985, Edmund Morris a re\u00e7u un mandat officiel et un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 afin de r\u00e9diger une biographie autoris\u00e9e de Ronald Reagan, notamment car le pr\u00e9sident avait aim\u00e9 les \u00e9crits de Morris au sujet de Theodore Roosevelt. Morris a pu voyager avec le pr\u00e9sident et r\u00e9aliser des entrevues tout en ayant acc\u00e8s aux archives personnelles de Reagan et \u00e0 de nombreux dossiers gouvernementaux. Afin de bien repr\u00e9senter la nature \u00e9nigmatique de Reagan, Morris a choisi d\u2019inclure une part de fiction dans cette \u0153uvre qui se voulait aussi historique et sourc\u00e9e. Il a cr\u00e9\u00e9 une version fictive de soi-m\u00eame qui accompagne Ronald Reagan pendant l\u2019ensemble de sa vie. \u00c0 titre d\u2019exemple, Edmund Morris est n\u00e9 en 1940 au Kenya, mais le personnage qui porte le m\u00eame nom dans <i>Dutch<\/i> est n\u00e9 en 1912 en Illinois.\u00a0<\/p>\n<p>Plusieurs supporteurs de Reagan se sont montr\u00e9s critiques de <i>Dutch<\/i> en raison de certains passages d\u00e9favorables ou en raison d\u2019une trop br\u00e8ve couverture de certains \u00e9v\u00e9nements, mais c\u2019est la strat\u00e9gie de la fiction qui semblent choquer plus d\u2019un. \u00ab\u00a0The reader does not know where fact leaves off and fiction begins, and neither Morris nor his publisher is any help\u00a0\u00bb (Hannaford 2000, 389). \u00ab\u00a0He has produced a bizarre, irresponsible and monstrously self-absorbed book [\u2026] Even worse, this loony hodgepodge of fact and fiction is being sold not as a novel but as \u00a0\u00bbthe only biography ever authorized by a sitting President\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (Kakutani 1999). En faisant un choix qui \u00e9tait sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le domaine des biographies pr\u00e9sidentielles autoris\u00e9es, Edmund Morris allait certainement provoquer des critiques, mais il fait aussi reconna\u00eetre que le travail d\u2019historien sera toujours partial et partiel et qu\u2019aucun texte au sujet de Ronald Reagan ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant complet ou d\u00e9finitif. Plusieurs qui critiquent la dimension fictive de <i>Dutch<\/i> reconnaissent quand m\u00eame la force de certains passages. \u00ab\u00a0Morris does discuss Reagan&rsquo;s economic policies, the summits with Gorbachev, and the Iran-contra affair. These are the best parts ofthe book. They are brisk, forceful narratives\u00a0\u00bb (Schulzinger 2000, 393). Morris a toujours d\u00e9fendu son choix, comme on peut le lire dans ce texte paru au moment de son d\u00e9c\u00e8s en 2019.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab I quite understand that readers will have to adjust, at first, to what amounts to a new biographical style, \u00bb Mr. Morris wrote on the website of Random House, his publisher. \u00ab But the revelations of this style, which derive directly from Ronald Reagan\u2019s own way of looking at his life, are I think rewarding enough to convince them that one of the most interesting characters in recent American history looms here like a colossus. \u00bb<\/p>\n<p>Some critics found Mr. Morris\u2019s approach fitting for a president \u2014 and former actor \u2014 who occasionally confused reality with cinema. In at least two instances, for example, Reagan cited words evoking American military heroism as if the words had come from the Pentagon \u2014 when, in fact, they were snippets from Hollywood movies made decades before. (Stout 2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Morris commente aussi son rapport \u00e0 la biographie comme forme d\u2019\u00e9criture et comme genre litt\u00e9raire dans les premi\u00e8res pages de <i>Dutch. <\/i>\u00a0Il se r\u00e9v\u00e8le authentiquement et admet que son ouvrage est motiv\u00e9 par des pulsions \u00e9motives, m\u00eame s\u2019il est aussi rigoureusement document\u00e9.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Memory. Desire. What is this mysterious yearning of a biographer for subject, so akin to a <i>coup de foudre<\/i> in its insistence? Yet so fundamentally different from love in its detachment? [\u2026] Before we recede to our respective darknesses, I must allow these floating fragments, these dusts of myself, to sparkle in his waning light.\u00a0\u00bb (Morris 1999, xxx)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au courant de <i>Dutch, <\/i>le personnage fictif d\u2019Edmund Morris voit, par exemple, son p\u00e8re mourir ou bien il assiste \u00e0 une allocution de Ronald Reagan dans une assembl\u00e9e \u00e9tudiante en 1928. Il est aussi entour\u00e9 d\u2019autres personnages fictifs\u00a0: son ami Paul Rae, un chroniqueur de potins, et son fils Gavin. Paul Rae va mourir du sida en 1982. Morris ne nomme pas imm\u00e9diatement cette maladie, mais le lien avec Reagan est assez clair alors que le pr\u00e9sident a souvent \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de ne pas avoir agi contre cette maladie avec s\u00e9rieux.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Paul Rae groused on one of the last of our rare evenings out. Shabby and increasingly reclusive since the retirement of his column, he was battling a series of mysterious, degenerative ailments. He would not survive the summer. I suppose I should have related his passing to a number of similar deaths that had attracted attention in San Francisco four months before, but I didn\u2019t. Few people did in mid-1982. (457)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Edmund Morris a ainsi cr\u00e9\u00e9 un r\u00e9cit afin de transmettre la r\u00e9alit\u00e9 des ann\u00e9es 1980 et des politiques de Ronald Reagan au sujet de la crise de sant\u00e9 publique qu\u2019a \u00e9t\u00e9 le sida. Si Edmund Morris a pr\u00e9sent\u00e9 une version qu\u2019on peut consid\u00e9rer comme \u00e9tant partiellement fictive, ce mode d&rsquo;hybridation a aussi fait partie de la d\u00e9marche politique de Ronald Reagan, c\u2019est ainsi que l\u2019auteur rejoint son sujet au niveau du fond et de la forme. Morris aborde certains des principes fondamentaux de Reagan au sujet de la Bible, l\u2019avortement, la propri\u00e9t\u00e9 ou bien les armes \u00e0 feu en rappelant qu\u2019ils ont souvent \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9s par ce qu\u2019il qualifie de \u00ab\u00a0untruism\u00a0\u00bb (Morris 1999, 415). \u00ab\u00a0When he expresses views simply and declaratively, they should never be taken seriously, because they represent core philosophy\u00a0\u00bb (415). Comme le souligne Edmund Morris, Ronald Reagan a abord\u00e9 sa pr\u00e9sidence de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il a abord\u00e9 sa carri\u00e8re d\u2019acteur. \u00ab The job suited him better than any he had ever had, with its flawless scheduling, variety of interests, frequent opportunities to perform, and sense of huge purpose. \u00bb (Morris 1999, 424)<\/p>\n<h3><b>Conclusion: une culture de fiction et de divertissement<\/b><\/h3>\n<p>La pr\u00e9sidence de Ronald Reagan peut assur\u00e9ment \u00eatre abord\u00e9e comme \u00e9tant une \u0153uvre de fiction qui fait appel \u00e0 l\u2019imagination, au r\u00eave, au souhait, avec comme d\u00e9sir de voir un monde mouvant et de le forger au gr\u00e9 de sentiments et de pulsions. Cette m\u00eame vision politique a aussi contribu\u00e9 \u00e0 renforcer un statu quo quand on se rappelle que les institutions du capitalisme et du racisme syst\u00e9mique ont \u00e9t\u00e9 maintenues sous Ronald Reagan. Ainsi, le r\u00e9gime de conformisme valoris\u00e9 par Reagan se maintient en raison du divertissement pr\u00e9visible et fade qu\u2019il consomme. L\u2019instrumentalisation de la fiction a servi la carri\u00e8re politique de Ronald Reagan et a bien s\u00fbr domin\u00e9 sa vie d\u2019acteur alors qu\u2019incarner des personnages \u00e9tait son m\u00e9tier. En cr\u00e9ant de la fiction, il a d\u00e9velopp\u00e9 un rapport flexible avec la r\u00e9alit\u00e9 en se rappelant qu\u2019il avait toujours la capacit\u00e9 de forger le monde dans lequel il vivait tout en ignorant des faits. La fiction \u00e0 l\u2019\u00e9cran qu\u2019il a consomm\u00e9 \u00e9tait aussi divertissante et cela lui a permis de s\u2019inscrire dans une tendance culturelle qui a touch\u00e9 toute la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine pendant le XXe si\u00e8cle. En se servant de fiction narrative, Edmund Morris r\u00e9ussit \u00e0 divertir ses lecteurs tout comme Reagan a r\u00e9ussi \u00e0 divertir les Am\u00e9ricains tout en s\u2019exposant \u00e0 cette m\u00eame culture.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Entertainment remained an essential part of his life, and the blander the better [\u2026] But his soul really craved the kind of movies he used to act in himself, where sex was implicit, crime did not pay, and tall, strong men gave freckled kids fatherly advice. He and Nancy would watch two or three such pictures every weekended, always with popcorn. (426-427)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son ouvrage <i>Amusing Ourselves to Death\u00a0: Public Discourse in the Age of Show Business<\/i>, Neil Postman traite du moment au cours duquel la soci\u00e9t\u00e9 est pass\u00e9e d\u2019une culture de mots \u00e0 une culture d\u2019images. L\u2019arriv\u00e9e de la photographie dans la seconde moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 un facteur d\u00e9terminant et cette \u00e9volution a bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par les images \u00e0 l\u2019\u00e9cran au 20e si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire gr\u00e2ce \u00e0 la magie du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9vision. Postman affirme que les 15 premiers pr\u00e9sidents am\u00e9ricains n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 reconnus dans la rue par les citoyens moyens. On aurait par contre \u00e9t\u00e9 en mesure de reconna\u00eetre leurs paroles\u00a0: \u00ab\u00a0their public positions, their arguments, their knowledge as codified in the printed word\u00a0\u00bb (Postman 1985, 60-61). Aujourd\u2019hui lorsqu\u2019on pense \u00e0 des personnalit\u00e9s publiques \u2013 Postman prend pour exemple Richard Nixon et Jimmy Carter, mais on aurait tr\u00e8s bien pu ajouter Ronald Reagan \u2013 on pense d\u2019abord et avant tout au visuel\u00a0: \u00ab\u00a0an image, a picture of a face, most likely a face on a television screen [\u2026] Of words, almost nothing will come to mind. This is the difference between thinking in a word-centered culture and thinking in an image-centered culture \u00bb (61).\u00a0<\/p>\n<p>Ronald Reagan a certainement permis une acc\u00e9l\u00e9ration de la culture du divertissement et de la fiction en politique am\u00e9ricaine. Cela contribue \u00e0 une ludification de la vie politique dans laquelle on analyse les d\u00e9bats et les \u00e9lections comme des \u00e9v\u00e9nements sportifs, souvent abord\u00e9s de mani\u00e8re simpliste, par exemple\u00a0: les \u00c9tats bleus et contre les \u00c9tats rouges. Plusieurs des supporteurs et des adversaires de Reagan se souviennent de lui en raison d\u2019un affect, d\u2019une image, d\u2019un personnage, mais cela est aussi le cas pour tous les politiciens des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Souffrant de la maladie d\u2019Alzheimer pendant au moins les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, la relation entre Ronald Reagan et la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e encore une fois. L\u2019oubli est devenu une nouvelle forme de fiction, un monde dans lequel il n\u2019avait plus aucun souvenir de plusieurs faits av\u00e9r\u00e9s, dont celui d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Belting, Hans. 2001. <i>Pour une anthropologie des images<\/i>, Paris, Gallimard, 352 p.\u00a0<\/p>\n<p>Berry, David. 2020. <i>On Nostalgia<\/i>, Toronto, Coach House Books, 157\u00a0p.\u00a0<\/p>\n<p>Byrne, David T. 2018. <i>Ronald Reagan: An Intellectual Biography<\/i>, Lincoln, Potomac Books, 222\u00a0p.<\/p>\n<p>Cannon, Lou. 1991. <i>President Reagan: The Role of a Lifetime<\/i>, New York, Public Affairs, 883\u00a0p.<\/p>\n<p>Fox, Justin. 2017. \u00ab\u00a0The Mostly Forgotten Tax Increases of 1982-1993\u00a0\u00bb dans <i>Bloomberg<\/i>, 15 d\u00e9cembre, en ligne, &lt;https:\/\/www.bloomberg.com\/opinion\/articles\/2017-12-15\/the mostly-forgotten-tax-increases-of-1982-1993&gt;, consult\u00e9 le 21 mai 2025.\u00a0<\/p>\n<p>Hoberman, J. 2019. <i>Make My Day : Movie Culture in the Age of Reagan<\/i>, New York, The New Press, 396 p.<\/p>\n<p>Jost, Fran\u00e7ois. 2004. \u00ab\u00a0Les mondes de l\u2019image: entre fiction et r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, <i>Revista Frontiera<\/i>, vol. 6, n\u00ba\u00a02, 7-24.<\/p>\n<p>Kakutani, Michiko. 1999. \u00ab\u00a0<i>A Biographer Who Claims A License To Blur Reality <\/i>\u00bb, 2 octobre, en ligne, &lt;https:\/\/www.nytimes.com\/2019\/05\/27\/obituaries\/edmund-morris-reagan- biographer-who-upset-conventions-dies-at-78.html&gt;, consult\u00e9 le 28 mai 2025.<\/p>\n<p>Latour, Bruno. 2012. <i>Enqu\u00eates sur les modes d\u2019existence\u00a0: une anthropologie des Modernes<\/i>, Paris, \u00c9ditions La D\u00e9couverte, 498 p.\u00a0<\/p>\n<p>Maier, Emar. 2020. \u00ab\u00a0Making up stuff\u00a0\u00bb, dans <i>Aeon<\/i>, 13 janvier, en ligne, &lt;https:\/\/aeon.co\/essays\/how-to-tell-fact-from-fiction-in-fiction-and-other-forms-of-lies&gt;, consult\u00e9 le 24 mai 2025.\u00a0<\/p>\n<p>Morris, Edmund. 1999. <i>Dutch: A Memoir of Ronald Reagan<\/i>, New York, Modern Library, 874 p.\u00a0<\/p>\n<p>Perlstein, Rick. 2001. <i>Before the Storm: Barry Goldwater and the Unmaking of the American<\/i> <i>Consensus<\/i>, New York, Bold Type Books, 671 p.<\/p>\n<p>Portes, Jacques. 1999. \u00ab\u00a0Hollywood et le monde politique\u00a0\u00bb, <i>Bulletin d\u2019histoire politique<\/i>, vol.\u00a08, n\u00ba\u00a01, 12-21.<\/p>\n<p>Postman, Neil. 1985. <i>Amusing Ourselves to Death. Public Discourse in the Age of Show<\/i> <i>Business<\/i>, New York, Penguin Books, 184\u00a0p.\u00a0<\/p>\n<p>Reagan, Ronald. 1986. \u00ab\u00a0The President\u2019s News Conference August 12\u00a0, 1986\u00a0\u00bb, dans <i>Ronald<\/i> <i>Reagan Presidential Library and Museum<\/i>, en ligne, &lt;https:\/\/www.reaganlibrary.gov\/archives\/speech\/presidents-news-conference-23&gt;, consult\u00e9 le 24 mai 2025.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Roy, Andr\u00e9. 1990. \u00ab\u00a0Les ann\u00e9es Reagan\u00a0: la guerre n\u2019est pas finie\u00a0\u00bb, <i>24 images,<\/i> n\u00ba 49, 24-27.\u00a0<\/p>\n<p>Sahadi, Jeanne. 2010. \u00ab\u00a0Taxes\u00a0: What people forget about Reagan\u00a0\u00bb, dans <i>CNN<\/i>,\u00a012 septembre,\u00a0en\u00a0ligne,&lt;https:\/\/money.cnn.com\/2010\/09\/08\/news\/economy\/reagan_years_taxes\/index.htm&gt;, consult\u00e9 le 24 mai 2025.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Schulzinger, Robert D. et Peter Hannaford. 2000. \u00ab\u00a0Where\u2019s the Rest of Him? Edmund Morris\u2019s Portrait of Ronald Reagan\u00a0\u00bb, <i>Presidential Studies Quarterly<\/i>, Vol. 30, No. 2 (juin), 388-394.<\/p>\n<p>Sobchack, Viviane. 2016. \u00ab\u00a0Comprendre les \u00e9crans: une m\u00e9diation <i>in media res<\/i>\u00a0\u00bb dans Mauro Carbone, Anna Caterina Dalmasso et Jacopo Bodini (dir.), <i>Vivre par(mi) les \u00e9crans<\/i>, Dijon, Les presses du r\u00e9el, 29-46.<\/p>\n<p>Stout, David. 2019. \u00ab Edmund Morris, Reagan Biographer Who Upset Conventions, Dies at 78\u00a0\u00bb, dans <i>The New York Times<\/i>, 27 mai, en ligne, &lt;https:\/\/www.nytimes.com\/2019\/05\/27\/obituaries\/edmund-morris-reagan-biographer- who-upset-conventions-dies-at-78.html&gt;, consult\u00e9 le 28 mai 2025.<\/p>\n<p>Vaillancourt, Claude. 2012. <i>Hollywood et la politique<\/i>, Montr\u00e9al, \u00c9ditions \u00c9cosoci\u00e9t\u00e9, 165 p.\u00a0<\/p>\n<p>Weinberg, Mark. 2018. <i>Movie Nights with the Reagans. A memoir<\/i>, New York, Simon &amp; Schuster Paperbacks, 261\u00a0p.<\/p>\n<p><b>Sources sans auteurice\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Internet Movie Database. 2021. \u00ab\u00a0Ronald Reagan\u00a0\u00bb, en ligne, dans <i>IMDb<\/i> &lt;https:\/\/www.imdb.com\/name\/nm0001654\/&gt;, consult\u00e9 le 21 mai 2025.\u00a0<\/p>\n<p><b>\u0152uvres cin\u00e9matographiques et t\u00e9l\u00e9s\u00e9ries\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Charles, Glen, Les Charles et James Burrows. 1982-1993. <i>Cheers<\/i>, Charles\/Burrows\/Charles Productions et Paramount Network Television.\u00a0<\/p>\n<p>Cimino, Michael. 1978. <i>The Deer Hunter<\/i>, EMI, 184 min.\u00a0<\/p>\n<p>Coppola, Francis Ford. 1979. <i>Apocalypse Now<\/i>, Omni Zoetrope, 153 min.\u00a0<\/p>\n<p>Crane, David et Marta Kauffman. 1994-2004. <i>Friends<\/i>, Bright\/Kauffman\/Crane Productions et Warner Bros. Television.\u00a0<\/p>\n<p>Daniels, Greg et Michael Schur. 2009-2015. <i>Parks and Recreation<\/i>, Open 4 Business Productions\/Deedle-Dee Productions\/Fremulon\/3 Arts Entertainment\/Universal Television.\u00a0<\/p>\n<p>David, Larry et Jerry Seinfeld. 1989-1998. <i>Seinfeld<\/i>, West\/Shapiro Productions et Castle Rock Entertainment.\u00a0<\/p>\n<p>Fey, Tina. 2006-2013. <i>30 Rock<\/i>, Broadway Video\/ Little Stranger, Inc.\/Universal Television.\u00a0<\/p>\n<p>Kotcheff, Ted. 1982. <i>First Blood<\/i>, Anabasis Investments, N.V., 93 min.\u00a0<\/p>\n<p>Kubrick, Stanley. 1964. <i>Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the<\/i> <i>Bomb<\/i>, Hawk Films, 94 min.\u00a0<\/p>\n<p>Lorre, Chuck et Bill Prady. 2007-2019. <i>The Big Bang Theory<\/i>, Chuck Lorre Productions et Warner Bros. Television.<\/p>\n<p>Nichols, Mike. 1998. <i>Primary Colors<\/i>, Mutual Film Company, 143 min.\u00a0<\/p>\n<p>Reitman, Ivan. 1984. <i>Ghostbusters<\/i>, Columbia-Delphi Productions\/Black Rhino, 105 min.\u00a0<\/p>\n<p>Scorsese, Martin. 1976. <i>Taxi Driver<\/i>, Bill\/Phillips Productions et Italo\/Judeo Productions,\u00a0 114 min.<\/p>\n<p>Scott, Tony. 1986. <i>Top Gun<\/i>, Don Simpson\/Jerry Bruckheimer Films, 110 min.\u00a0<\/p>\n<p>Spielberg, Steven. 1982. <i>E.T. the Extra-Terrestrial<\/i>, Amblin Production, 114 min.<\/p>\n<p>Tyrnauer, Matt. 2020. <i>The Reagans<\/i>, Showtime, 221 min.\u00a0Wise, Robert. 1965. <i>The Sound of Music<\/i>, Argyle Enterprises, Inc., 174 min.<\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Deguire, \u00c9ric. 2025. \u00ab La pr\u00e9sidence de Ronald Reagan comme \u0153uvre de fiction \u00bb, <em>Postures<\/em>, \u00ab Actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes AECSEL 2025 \u00bb, hors s\u00e9rie, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9843&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Deguire-Eric_La-preisidence-de-Ronald-Reagan-comme-oeuvre-de-fictionA.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Deguire, Eric_La prei\u0300sidence de Ronald Reagan comme \u0153uvre de fictionA.docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-aaa2069f-6bb3-4b30-b569-0d5a9ed5daa2\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Deguire-Eric_La-preisidence-de-Ronald-Reagan-comme-oeuvre-de-fictionA.docx.pdf\">Deguire, Eric_La prei\u0300sidence de Ronald Reagan comme \u0153uvre de fictionA.docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Deguire-Eric_La-preisidence-de-Ronald-Reagan-comme-oeuvre-de-fictionA.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-aaa2069f-6bb3-4b30-b569-0d5a9ed5daa2\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hors s\u00e9rie, actes de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de l&rsquo;AECSEL 2025 Les manifestations de la vie politique am\u00e9ricaine dans la fiction et \u00e0 l\u2019\u00e9cran sont chose commune alors que ces exp\u00e9riences m\u00e9diatiques caract\u00e9risent notre r\u00e9alit\u00e9. 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