{"id":9926,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9926"},"modified":"2025-12-06T22:56:21","modified_gmt":"2025-12-06T22:56:21","slug":"lanimalite-comme-mesure-figures-feminines-de-lautodepassement-chez-audree-wilhelmy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9926","title":{"rendered":"L\u2019animalit\u00e9 comme mesure : figures f\u00e9minines de l\u2019autod\u00e9passement chez Audr\u00e9e Wilhelmy"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9720\"><strong>Dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, <\/strong>n\u00b0 <strong>41<\/strong><\/a><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c9thique \u00e0 Nicomaque<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, Aristote explique que \u00ab\u00a0ce qui distingue principalement l\u2019homme de bien, c\u2019est qu\u2019il per\u00e7oit en toutes choses la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elles renferment, \u00e9tant pour elles en quelque sorte une r\u00e8gle et une mesure\u00a0\u00bb (2014 [IV\u1d49<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">av. J.-C.], 66). Lorsqu\u2019il parle de la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">mesure, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Aristote la pr\u00e9sente comme \u00e9tant un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">juste milieu, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">une \u00e9chelle permettant \u00e0 celui qui suit les r\u00e8gles de n\u2019\u00eatre ni dans l\u2019exc\u00e8s ni dans la petitesse. C\u2019est encore en utilisant la mesure que l\u2019\u00eatre humain a essay\u00e9 de se s\u00e9parer de l\u2019animal. Dans son <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Jean-Jacques Rousseau se penche sur cette distinction\u00a0: <\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je ne vois dans tout animal qu&rsquo;une machine ing\u00e9nieuse, \u00e0 qui la nature a donn\u00e9 des sens pour se remonter elle-m\u00eame, et pour se garantir, jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point, de tout ce qui tend \u00e0 la d\u00e9truire, ou \u00e0 la d\u00e9ranger. J&rsquo;aper\u00e7ois pr\u00e9cis\u00e9ment les m\u00eames choses dans la machine humaine, avec cette diff\u00e9rence que la nature seule fait toute dans les op\u00e9rations de la b\u00eate, au lieu que l&rsquo;homme concourt aux siennes, en qualit\u00e9 d&rsquo;agent libre. L&rsquo;un choisit ou rejette par instinct, et l&rsquo;autre par un acte de libert\u00e9. (2002 [1754], 24)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p>Bien qu\u2019il reconnaisse que l\u2019humain et l\u2019animal partagent une origine commune, Rousseau pr\u00e9cise que, contrairement \u00e0 la b\u00eate, l\u2019humain est capable de distinguer le bien du mal. En reprenant les mots d\u2019Aristote, cette distinction correspond \u00e0 une \u00ab&nbsp;r\u00e8gle&nbsp;\u00bb du <em>juste milieu<\/em>, \u00e0 la question de \u00ab&nbsp;mesure&nbsp;\u00bb. Puisqu\u2019il est capable de faire cette distinction, il a la libert\u00e9 de faire ses propres choix. C\u2019est dans cette capacit\u00e9 \u00e0 choisir \u2014 l\u00e0 o\u00f9 l\u2019animal demeure soumis \u00e0 des instincts incontr\u00f4lables, d\u00e9mesur\u00e9s \u2014 que se joue la distinction entre l\u2019humain rationnel et l\u2019animal. Toutefois, avec la modernit\u00e9, la notion de mesure sera de plus en plus critiqu\u00e9e par les philosophes. Parmi eux figure Friedrich Nietzsche, qui critique la morale et ses r\u00e8gles mesur\u00e9es lorsqu\u2019elle devient un instrument de normalisation ou de soumission de l\u2019\u00eatre humain aux valeurs dominantes. Il soutient l\u2019id\u00e9e que la morale s\u2019apparente \u00e0 une \u00ab&nbsp;doctrine du conditionnement&nbsp;\u00bb&nbsp;(2023 [1886], 86) \u2014 qu\u2019en r\u00e9pondant aux enseignements moraux, l\u2019\u00eatre humain n\u2019est pas aussi libre que Rousseau pouvait le pr\u00e9tendre. Pour exp\u00e9rimenter la vraie libert\u00e9, Nietzsche invite \u00e0 effectuer un \u00ab&nbsp;autod\u00e9passement de la morale&nbsp;\u00bb, un processus qui implique l\u2019entr\u00e9e d\u2019un individu dans la d\u00e9mesure afin de concevoir une morale qui lui est propre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce processus d\u2019autod\u00e9passement qu\u2019Audr\u00e9e Wilhelmy donne \u00e0 voir \u00e0 travers les figures de No\u00e9, puis de sa fille Mie, dans trois de ces livres&nbsp;: <em>Oss<\/em>, <em>Plie la rivi\u00e8re<\/em> et <em>Le corps des b\u00eates<\/em>. Wilhelmy y propose une \u00e9volution dans la mani\u00e8re d\u2019agir dans le monde, fond\u00e9e sur une animalit\u00e9 marqu\u00e9e, fortement li\u00e9e \u00e0 une forme d\u2019amoralit\u00e9 qui, d\u2019abord per\u00e7ue comme d\u00e9mesur\u00e9e, finit pourtant par devenir la nouvelle mesure des personnages de son univers romanesque. En prenant appui sur l\u2019\u00ab autod\u00e9passement \u00bb nietzsch\u00e9en, ainsi que sur des notions de Georges Bataille portant sur les interdits et la transgression dans l\u2019\u00e9rotisme, cet article se propose d\u2019examiner les manifestations de la d\u00e9mesure dans ces trois \u0153uvres de Wilhelmy. Je m\u2019arr\u00eaterai d\u2019abord \u00e0 la d\u00e9mesure morale de No\u00e9, puis \u00e0 celle rattach\u00e9e \u00e0 son corps sexualis\u00e9, deux manifestations, dans <em>Oss<\/em> et <em>Plie la rivi\u00e8re<\/em>, de la nature excessive du personnage, r\u00e9v\u00e9latrices de son animalit\u00e9. J\u2019en viendrai ensuite \u00e0 Mie qui, dans <em>Le corps des b\u00eates<\/em>, reprend l\u2019h\u00e9ritage de cette d\u00e9mesure bestiale, mais en transforme la port\u00e9e en op\u00e9rant une r\u00e9\u00e9criture de la moralit\u00e9, o\u00f9 l\u2019animalit\u00e9 elle-m\u00eame devient une mesure nouvelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n<h3><strong>Femme amorale, femme animale<\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Si, sur le plan moral, la mesure d\u00e9signe une attitude raisonn\u00e9e et r\u00e9fl\u00e9chie, par opposition, la d\u00e9mesure se trouve \u00e0 \u00eatre l\u2019exc\u00e8s, ce qui sort de la r\u00e8gle ou des enseignements donn\u00e9s. Pour aller plus loin, la d\u00e9mesure serait m\u00eame une qu\u00eate de l\u2019exc\u00e8s, une volont\u00e9 de transgresser les normes \u00e9tablies, puisque, comme l\u2019explique Nietzsche : \u00ab\u00a0la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">mesure<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> nous est \u00e9trang\u00e8re, convenons-en; ce qui nous excite, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019infini, l\u2019immense\u00a0\u00bb\u00a0(2023 [1886], 150-1). Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Oss<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, No\u00e9 a, de prime abord, une attitude \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute consid\u00e9ration morale, une cons\u00e9quence due \u00e0 l\u2019omission de lui transmettre les enseignements moraux, faisant d\u2019elle un personnage amoral. Son absence de conscience morale se double d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 inciter les autres \u00e0 transgresser les normes \u00e9tablies \u2014 incitation qui, comme je le montrerai, s\u2019exprime notamment \u00e0 travers ses relations sexuelles. Le personnage incarne ainsi, dans l\u2019\u00e9conomie du texte, une forme de tentation, une ouverture vers la transgression qui offre \u00e0 celui qui s\u2019y adonne l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un domaine d\u00e9passant tout ce qu\u2019il connait \u2014 ne serait-ce que par le fait qu\u2019elle soit une femme. En ce sens, Nietzsche exprime que\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">[La] <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">nature <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">[de la femme] est \u00ab\u00a0plus naturelle\u00a0\u00bb que celle de l\u2019homme, sa souplesse et sa ruse de fauve, sa griffe de tigresse sous le gant, sa na\u00efvet\u00e9 dans l\u2019\u00e9go\u00efsme, la sauvagerie indomptable de son instinct, l\u2019immensit\u00e9 insaisissable et mobile de ses passions et de ses vertus\u2026 Ce qui, malgr\u00e9 la crainte qu\u2019on \u00e9prouve, excite la piti\u00e9 pour cette chatte dangereuse et belle. (274)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ici, les comparaisons animales employ\u00e9es par Nietzsche pour d\u00e9crire la femme ne sont pas anodines. Pour lui, la femme est beaucoup plus \u00ab sauvage \u00bb que l\u2019homme, puisqu\u2019elle ob\u00e9it davantage \u00e0 ses instincts \u2014 lesquels, selon lui, se rattachent principalement \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 la vengeance \u2014 que ne le fait le sexe masculin. Cette animalit\u00e9 l\u2019\u00e9loignerait ainsi de la moralit\u00e9. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00c9rotisme<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, George Bataille d\u00e9veloppe une id\u00e9e semblable. Au lieu de mettre l\u2019accent sur la piti\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e par les hommes face \u00e0 l\u2019animalit\u00e9 des femmes \u2014 avec laquelle il s\u2019accorde \u2014, il envisage le rapport entre l\u2019homme et la femme par le prisme du d\u00e9sir : \u00ab les femmes ont le pouvoir de provoquer le d\u00e9sir des hommes \u00bb (Bataille 2023 [1957], 139). Ce d\u00e9sir deviendrait une force transgressive pour la femme. Toutefois, en faisant cela, elle se fait \u00ab \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019interdit [donc \u00e0 la morale] sans lequel nous ne serions pas des \u00eatres humains, [la femme] se ravale au rang des animaux \u00bb (144). Il faut bien l\u2019entendre : dans les discours de Nietzsche et Bataille, l\u2019affirmation de l\u2019animalit\u00e9 de l\u2019instinct f\u00e9minin repr\u00e9sente quelque chose de mauvais<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Dans <em>L\u2019\u00c9rotisme<\/em>, Bataille d\u00e9signe aussi les femmes comme \u00e9tant des \u00ab objets privil\u00e9gi\u00e9s du d\u00e9sir \u00bb (2023 [1957], 139).<\/span>. Selon eux, la femme devrait \u00eatre per\u00e7ue comme \u00ab propri\u00e9t\u00e9, comme objet qu\u2019on peut enfermer, comme quelque chose de pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 la domesticit\u00e9 et qui s\u2019y accomplit \u00bb (Nietzsche 2023 [1886], 271)<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> en bouleversant l\u2019ordre \u00e9tabli par les codes essentialistes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">L\u2019essentialisme suppose qu\u2019il est possible de d\u00e9crire l\u2019essence des choses et d\u2019une personne comme le fait Nietzsche dans la citation pr\u00e9c\u00e9dente. En utilisant le terme \u00ab pr\u00e9destin\u00e9 \u00bb, il s\u2019accorde avec la logique de finitude li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie essentialiste. Bataille partage ce mode de pens\u00e9e que nous pouvons retrouver dans la construction sociale de l\u2019univers wilhelmynien. <\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Revenons \u00e0 No\u00e9 qui, comme je l\u2019ai mentionn\u00e9, n\u2019a pas appris ni construit sa moralit\u00e9, de sorte qu\u2019elle ne per\u00e7oit pas les transgressions qu\u2019elle peut commettre et incite, par cons\u00e9quent, les autres \u00e0 en faire autant. Dans le premier conte <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Oss<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, ces transgressions se trouvent \u00e0 \u00eatre des actes sexuels empreints de violence<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019une caract\u00e9ristique que Bataille ne cesse d\u2019associer \u00e0 l\u2019animalit\u00e9; tout ce qui est animal est n\u00e9cessairement violent, puisque la violence r\u00e9sulte d\u2019un acte transgressif. Elle est une manifestation de l\u2019exc\u00e8s dans le sens o\u00f9 elle brise les cadres rationnels, utiles et moraux pour amener l\u2019humain \u00e0 sa part \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience de la transgression.<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">.\u00a0 Par exemple, nous pouvons le constater \u00e0 la demande qu\u2019elle fait au pr\u00eacheur L\u00f4\u00a0: celle de la toucher alors qu\u2019il garde sa t\u00eate sous l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle perde le souffle. Conscient du danger que cette action repr\u00e9sente pour la vie de No\u00e9, ce dernier est un peu h\u00e9sitant au d\u00e9part, mais il se rend vite compte que \u00ab\u00a0le geste est plus excitant qu\u2019il ne l\u2019imaginait\u00a0\u00bb (Wilhelmy 2019 [2011], 62). \u00c0 cause de son ignorance morale, No\u00e9 ne voit toutefois pas l\u2019exc\u00e8s li\u00e9 \u00e0 sa demande, donc elle ne commet pas de transgression, elle ne fait que r\u00e9pondre \u00e0 ses d\u00e9sirs. Cependant, contrairement \u00e0 elle, le pr\u00eacheur L\u00f4 sait que ce qu\u2019elle demande de lui va \u00e0 l\u2019encontre des interdits mis en place. Le r\u00f4le de \u00ab\u00a0boussole morale\u00a0\u00bb qu\u2019incarne L\u00f4 est d\u2019ailleurs mis de l\u2019avant dans le roman\u00a0:\u00a0 le simple fait qu\u2019il soit pr\u00eacheur le met du c\u00f4t\u00e9 de la moralit\u00e9 et de la mesure, attestant son h\u00e9sitation initiale. L\u00f4 connait les restrictions qu\u2019il viole volontairement et, dans ce d\u00e9passement des r\u00e8gles, il trouve un d\u00e9sir qui exc\u00e8de tout ce qu\u2019il connait.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En effet, en suivant la pens\u00e9e de Nietzsche, le pr\u00eacheur L\u00f4 incarne les hommes de religion qu\u2019il qualifiait d\u2019 \u00ab\u00a0esclaves\u00a0\u00bb de la morale. Ceci entre en opposition avec No\u00e9 qui occuperait, dans ce cas, la position de \u00ab\u00a0ma\u00eetre\u00a0\u00bb puisque la jeune femme ne r\u00e9pond \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 ses propres instincts; en ce sens, elle est \u00ab\u00a0ma\u00eetre\u00a0\u00bb de ses propres lois et n\u2019est donc pas \u00ab\u00a0esclave\u00a0\u00bb de la morale. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, Nietzsche soutient l\u2019id\u00e9e que la morale n\u2019est qu\u2019un moyen de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">dresser<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">domestiquer<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> l\u2019homme. Il emploie volontairement ces termes issus du vocabulaire animal pour souligner comment la morale a model\u00e9 les individus comme on \u00e9l\u00e8ve les animaux, souvent contre leurs instincts\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">sens de toute culture<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> est justement d\u2019\u00e9lever \u00e0 partir de la b\u00eate de proie \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb un animal apprivois\u00e9 et civilis\u00e9, un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">animal domestique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, on devrait alors, sans le moindre doute, consid\u00e9rer tous ces instincts de r\u00e9action et de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">ressentiment <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">gr\u00e2ce auxquels on a fini par briser et subjuguer les lign\u00e9es nobles avec leurs id\u00e9aux comme les authentiques instruments de culture. (Nietzsche 2024 [1887], 92)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Alors que la \u00ab b\u00eate de proie \u00bb renvoie \u00e0 l\u2019\u00eatre humain libre d\u2019esprit, capable d\u2019affirmer ses envies sans honte ni culpabilit\u00e9 \u2014 figure incarn\u00e9e par No\u00e9 dans les \u0153uvres de Wilhelmy \u2014 L\u00f4, \u00e0 l\u2019inverse, repr\u00e9sente la \u00ab b\u00eate de troupeau \u00bb ou l\u2019animal malade : un \u00eatre domestiqu\u00e9 par la morale, qui refoule ses instincts par honte et par crainte de r\u00e9tribution. Je l&rsquo;ai dit, en \u00e9tant pr\u00eacheur, il a re\u00e7u les enseignements moraux, faisant de lui une personne facilement accept\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 en raison de son ob\u00e9issance aux r\u00e8gles et aux limites instaur\u00e9es. Toutefois, face au corps nu de No\u00e9 \u2014 soit, aux yeux de L\u00f4, un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">objet<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> incitant \u00e0 la d\u00e9mesure \u2014, il semble oublier tous les enseignements qu\u2019il a pu recevoir\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La chaleur du magasin est insoutenable, l\u2019odeur de peau br\u00fbl\u00e9e prend \u00e0 la gorge. L\u00f4 lentement se rapproche, incapable de r\u00e9sister. Il devine la sensibilit\u00e9 de la peau de la Petite, il se penche, souffle imperceptiblement sur son corps, effleure son ventre du bout des doigts. (Wilhelmy 2019 [2011], 24-5)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La mention de L\u00f4 qui est \u00ab incapable de r\u00e9sister \u00bb souligne le caract\u00e8re transgressif de son acte. Il outrepasse les limites pour acc\u00e9der \u00e0 ses d\u00e9sirs qui sont, en l&rsquo;occurrence, sexuels. En effet, durant cet extrait, le ou la lecteur\u2027ice assiste \u00e0 une sc\u00e8ne qui peut \u00eatre qualifi\u00e9e <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">d\u2019exorcisme <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">afin de soigner l\u2019\u00e9pilepsie<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Cette condition n\u2019est jamais mentionn\u00e9e concr\u00e8tement dans les romans, mais les descriptions des convulsions de son corps en t\u00e9moignent.<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> de No\u00e9 \u2014 une maladie qui peut aussi t\u00e9moigner de sa d\u00e9mesure et qui sera plus amplement abord\u00e9e plus tard \u2014, sa tutrice, Grumme, br\u00fble la peau de la jeune fille en esp\u00e9rant que les cris de douleurs qu\u2019elle laissera \u00e9chapper \u00e9loigneront les \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb (25) qui causent les crises. Cependant, le seul indicatif de douleur que No\u00e9 laisse transpara\u00eetre est lorsqu\u2019elle se mord les l\u00e8vres, comme pour retenir un cri. Ce n\u2019est que lorsque L\u00f4 la touche que cette douleur semble diminuer, donnant une raison \u00e0 No\u00e9 de lui demander de recommencer quelques phrases plus loin. Au contraire de L\u00f4, No\u00e9 n\u2019a pas conscience que les gestes qui sont exerc\u00e9s par le pr\u00eacheur vont \u00e0 l\u2019encontre des valeurs de la soci\u00e9t\u00e9, puisqu\u2019\u00e0 aucun moment, la narration ne peut confirmer qu\u2019elle a re\u00e7u une \u00e9ducation morale. Ainsi, lorsqu\u2019elle dit \u00ab\u00a0Touche-moi\u00a0\u00bb (25), ce geste n\u2019a rien de d\u00e9mesur\u00e9 ni de transgressif pour elle, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il s\u2019inscrit dans une conscience amorale et qu\u2019il vise l\u2019apaisement de sa souffrance plut\u00f4t que la satisfaction d\u2019un d\u00e9sir sexuel. Elle n\u2019a pas le m\u00eame sens de la mesure \u2014 donc du bien et du mal \u2014 que L\u00f4, ce qui, toujours selon Nietzsche, fait d\u2019elle un animal de proie qui r\u00e9pond \u00e0 ses instincts et qui est libre de toute culpabilit\u00e9 morale. Bien que l\u2019absence de morale constitue une part importante de son animalit\u00e9, c\u2019est \u00e9galement \u00e0 travers son corps que No\u00e9 l\u2019incarne. Elle mobilise d\u2019abord son corps \u00e0 des fins sexuelles, puis, dans le second r\u00e9cit <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Plie la rivi\u00e8re<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, elle se r\u00e9fugie dans la grotte d\u2019un ours et commence \u00e0 adopter son mode de vie, si bien que No\u00e9 et la b\u00eate finissent par se confondre.<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019exc\u00e8s que manifeste son corps devient alors un moyen de s\u2019\u00e9manciper des normes de la soci\u00e9t\u00e9 humaine pour se rapprocher du monde animal.<\/span><\/p>\n<h3><b>Corporalit\u00e9 sexuelle insaisissable\u00a0<\/b><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Bien que No\u00e9 soit un personnage amoral \u2014 et donc ext\u00e9rieur \u00e0 la conception humaine de la mesure \u2014 cela ne signifie pas pour autant qu\u2019elle n\u2019interagit pas avec les autres selon un sch\u00e9ma qui lui est propre. Afin de bien cerner ce sch\u00e9ma, il faut se concentrer sur l\u2019id\u00e9al nietzsch\u00e9en du d\u00e9passement de la morale \u2014 th\u00e9orie qu\u2019illustre le personnage de No\u00e9 sans en avoir conscience.\u00a0 Il s\u2019agit d\u2019une proposition qui invite l\u2019\u00eatre humain \u00e0 d\u00e9laisser les normes morales traditionnelles pour en \u00e9laborer une nouvelle, fond\u00e9e sur la volont\u00e9 individuelle et les rapports singuliers \u00e0 autrui. Reprenant des id\u00e9es similaires, mais cette fois dans une perspective f\u00e9ministe faisant d\u00e9faut \u00e0 Nietzsche<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">En effet, pour Nietzsche, seuls les hommes devaient effectuer l\u2019autod\u00e9passement de la morale, non pas parce qu\u2019il pensait que la femme en \u00e9tait incapable, mais parce que l\u2019\u00e9mancipation de la femme moderne \u00ab appara\u00eet comme un remarquable sympt\u00f4me de l&rsquo;affaiblissement et de l&rsquo;\u00e9nervement croissants des instincts vraiment f\u00e9minins \u00bb (Nietzsche 2023 [1886], 273). Selon lui, elle doit rester tourn\u00e9e vers la s\u00e9duction, la maternit\u00e9, la d\u00e9pendance et la servitude de l\u2019homme \u2014 une conception fortement contest\u00e9e par les f\u00e9ministes, qui revendiquent, entre autres, l&rsquo;autonomie, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9 de choix des femmes.<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, Catherine Dussault Frenette, dans son ouvrage <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e9sirs f\u00e9minins sous contrainte, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">invite les femmes \u00e0 r\u00e9\u00e9crire les contraintes qui sont impos\u00e9es sur la sexualit\u00e9 f\u00e9minine qui \u00e9mergent g\u00e9n\u00e9ralement de la morale et de ce que la soci\u00e9t\u00e9 peut consid\u00e9rer comme la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">d\u00e9cence f\u00e9minine<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Dussault Frenette con\u00e7oit l\u2019apprentissage de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine d\u2019une mani\u00e8re comparable \u00e0 celle avec laquelle Nietzsche d\u00e9crit l\u2019int\u00e9riorisation de la morale, soit comme un processus impos\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur, qui fa\u00e7onne les corps et les comportements selon des mesures restrictives. Dans les deux cas, les auteur\u00b7ice\u00b7s analysent comment des normes contraignantes sont transmises par un groupe dominant \u00e0 un groupe consid\u00e9r\u00e9 comme subordonn\u00e9. Ces normes sont ensuite assimil\u00e9es, puis reproduites \u2014 parfois inconsciemment \u2014 par les individus domin\u00e9s, souvent dans une logique d\u2019adaptation ou de conformit\u00e9 aux attentes du groupe dominant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans le cas de No\u00e9, d\u00e8s sa premi\u00e8re relation sexuelle avec L\u00f4, elle commence \u00e0 construire ce qu\u2019appelle Dussault Frenette, des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">scripts sexuels <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">et qui d\u00e9signent \u00ab\u00a0cette fa\u00e7on de concevoir la sexualit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9sultant en partie de l\u2019int\u00e9riorisation continue de normes, invariablement genr\u00e9es, circulant dans l\u2019espace social\u00a0\u00bb\u00a0(2022, 33). Toutefois, pour mieux comprendre la construction des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">scripts sexuels<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de No\u00e9 en particulier, un d\u00e9tour par la th\u00e9orie de Bataille est n\u00e9cessaire. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 l\u2019id\u00e9e que No\u00e9 ne con\u00e7oit pas les relations sexuelles comme un acte d\u00e9mesur\u00e9, et donc moralement transgressif, mais plut\u00f4t comme un geste apaisant. Cette conception, je le reconnais, s\u2019oppose \u00e0 la th\u00e9orie de Bataille sur l\u2019\u00e9rotisme et la mesure. En effet, dans son ouvrage \u00e9ponyme, Bataille explique que l\u2019apaisement de l\u2019\u00eatre humain r\u00e9side dans les mouvements organis\u00e9s du travail, dans \u00ab\u00a0la conscience de l\u2019utilit\u00e9 [\u2026] [et] de la s\u00e9rie de causes et d\u2019effets\u00a0\u00bb\u00a0(2023[1957], 47). Autrement dit, l\u2019humain trouve sa stabilit\u00e9 dans la raison, l\u2019organisation et la pr\u00e9vention, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019animal que l\u2019auteur d\u00e9crit comme un \u00eatre d\u00e9sorganis\u00e9 et d\u00e9mesur\u00e9, des traits qu\u2019il associe \u00e0 la corporalit\u00e9. Le travail permet \u00e0 l\u2019humain de ne pas r\u00e9pondre \u00e0 ses impulsions imm\u00e9diates, de rester du c\u00f4t\u00e9 de la rationalit\u00e9. Comme la morale, le travail cr\u00e9e des limites pour \u00e9viter que la raison humaine ne tombe dans l\u2019instinct animal qui repr\u00e9sente un monde de violence o\u00f9 rien n\u2019est interdit, o\u00f9 il n\u2019y a pas de limites \u00e0 franchir. De ce fait, puisque le monde animal ne connait aucune interdiction, ni la crainte de r\u00e9tribution issue de la morale ni le sentiment de honte, ne viennent troubler la conscience de la b\u00eate \u2014 ou, en l\u2019occurrence, celle de No\u00e9. Il n\u2019y a aucun frein pour restreindre ses d\u00e9sirs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Malgr\u00e9 la s\u00e9paration que l\u2019humain tente d\u2019imposer entre lui et la b\u00eate, Bataille reconnait qu\u2019il subsiste en lui une part irr\u00e9ductiblement animale : la violence. Bien qu\u2019il souhaite restreindre cette violence qui l\u2019habite jusqu\u2019\u00e0 vouloir l\u2019effacer derri\u00e8re les lois de la d\u00e9cence, tout homme reste violent. Une violence qui trouve son origine dans la \u00ab\u00a0nature elle-m\u00eame [qui] est violente\u00a0\u00bb\u00a0(43) et qui laisse son empreinte sur l\u2019humain. Toujours selon Bataille, il semblerait que la seule chose que l\u2019humain ait \u00e9t\u00e9 capable d\u2019accomplir par rapport \u00e0 la violence est d\u2019imposer un temps d\u2019arr\u00eat en cr\u00e9ant des limites, mais il n\u2019a jamais pu y mettre fin. S\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 capable, les notions d\u2019interdits ou de transgression n\u2019existeraient sans doute pas<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Dans Par-del\u00e0 le bien et le mal, Nietzsche dit quelque chose de similaire par rapport \u00e0 la crainte de r\u00e9tribution qu\u2019\u00e9voque la morale : \u00ab Si l\u2019on pouvait supprimer le danger, le motif de craindre, on aurait en m\u00eame temps supprim\u00e9 cette morale : elle ne se consid\u00e9rerait plus elle-m\u00eame comme n\u00e9cessaire! \u00bb (2023 [1886], 202).<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, comme elles n&rsquo;existent d&rsquo;ailleurs pas chez No\u00e9, ni plus tard chez sa fille, Mie. Cette violence incontr\u00f4lable \u2014 associ\u00e9 chez Bataille \u00e0 l\u2019animalit\u00e9 \u2014 qui habite chaque \u00eatre humain se d\u00e9montre dans la chair, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, par le corps sexualis\u00e9 : \u00ab\u00a0le mouvement de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">la chair<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> exc\u00e8de une limite en l\u2019absence de la volont\u00e9. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La chair <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">est en nous cet exc\u00e8s qui s\u2019oppose \u00e0 la loi de la d\u00e9cence\u00a0\u00bb (99). Bataille appelle ce mouvement de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">la chair<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u00a0la transe des organes\u00a0\u00bb, un mouvement qui s\u2019apparente \u00e0 la jouissance\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le mouvement charnel est singuli\u00e8rement \u00e9tranger \u00e0 la vie humaine\u00a0: il se d\u00e9cha\u00eene en dehors d\u2019elle, \u00e0 la condition que [la raison] se taise, \u00e0 la condition qu\u2019elle s\u2019absente. Celui qui s\u2019abandonne \u00e0 ce mouvement n\u2019est plus humain, c\u2019est \u00e0 la mani\u00e8re des b\u00eates, une aveugle violence qui se r\u00e9duit au d\u00e9cha\u00eenement, qui jouit d\u2019\u00eatre aveugle, et d\u2019avoir oubli\u00e9. (113)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Donc, dans la jouissance, l\u2019homme n\u2019a plus rien d\u2019humain, il a volontairement d\u00e9laiss\u00e9 la moralit\u00e9 qui construit son humanit\u00e9. Plus encore, une fois que la barri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 franchie une premi\u00e8re fois et qu\u2019elle a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 sa bestialit\u00e9, la personne qui aura commis la transgression sera port\u00e9e \u00e0 vouloir recommencer, \u00e0 retourner vers sa nature violente, une nature o\u00f9 la raison humaine se tait. Chez No\u00e9, ce mouvement excessif de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">la chair<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> associ\u00e9 \u00e0 l\u2019orgasme se retrouve d\u00e8s l\u2019abord dans ses crises \u00e9pileptiques, celles que Grumme essaie de soigner\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">No\u00e9 ne veut pas qu\u2019on la soigne, elle aime l\u2019obscurit\u00e9 qui l\u2019avale, la remise \u00e0 z\u00e9ro des pens\u00e9es et du corps. Avant les crises, pendant des heures, la tension envahit les mains et les bras, les jambes, le c\u0153ur, les poumons\u00a0: l\u2019air m\u00eame d\u00e9borde, il prend trop d\u2019espace dans le ventre, No\u00e9 sait que rien ne l\u2019apaisera, sinon le grand noir\u00a0(Wilhelmy 2017, 75).\u00a0<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p>Cette description rejoint celle que Bataille fait de la transe des organes. La tension pr\u00e9liminaire que construisent les crises se ressent dans le corps \u2014 ou dans la <em>chair<\/em>. De plus, le \u00ab grand noir \u00bb qui am\u00e8ne la \u00ab remise \u00e0 z\u00e9ro \u00bb rappelle les effets de la jouissance, soit cet abandon volontaire de la raison mentionn\u00e9 par Bataille. Sans oublier le fait que No\u00e9 ne veut <em>pas <\/em>\u00eatre soign\u00e9e, ce qui t\u00e9moigne de son envie de retourner dans la transe, dans la d\u00e9mesure. Lors des rencontres avec le pr\u00eacheur L\u00f4, No\u00e9 associe ce mouvement \u2014 soit celui de la tension suivie du soulagement \u2014 \u00e0 ses relations sexuelles avec lui. Elle finira par se construire sa propre vision de l\u2019acte, une vision qui devra inclure un sentiment similaire aux crises \u00e9pileptiques, j\u2019y reviendrai.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exc\u00e8s que repr\u00e9sente le personnage de No\u00e9 ne se retrouve pas seulement dans sa fa\u00e7on de voir le monde ou d\u2019agir avec autrui, qui diff\u00e8re des valeurs morales traditionnelles, mais aussi dans la repr\u00e9sentation de son corps. En effet, la premi\u00e8re apparition de No\u00e9 la montre nue et \u00ab&nbsp;\u00e9tendue dans le lit raide du presbyt\u00e8re&nbsp;\u00bb&nbsp;(Wilhelmy 2019 [2011], 16) apr\u00e8s avoir partag\u00e9 une nuit avec le pr\u00eacheur L\u00f4. Rapidement, il est possible de constater qu\u2019elle est un personnage en marge des autres par la repr\u00e9sentation de son corps. D\u2019abord, il est d\u00e9sir\u00e9 par plusieurs hommes au cours du r\u00e9cit, devenant facteur de transgression. Ensuite, et surtout, il est sans \u00e2ge, sans contour fixe : \u00ab&nbsp;Elle a vingt ans, vingt-cinq ou quinze, L\u00f4 ne sait plus, il ne sait rien, sinon qu\u2019elle n\u2019a jamais eu l\u2019air d\u2019une enfant ou d\u2019une femme, toujours trop grande, trop maigre&nbsp;\u00bb (15-6). En insistant sur l\u2019adjectif \u00ab trop \u00bb, cette description souligne le caract\u00e8re excessif de No\u00e9, son c\u00f4t\u00e9 animal, et, par cons\u00e9quent, d\u00e9mesur\u00e9<em>.<\/em> Toutefois, ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s sa rencontre avec l\u2019Ours dans <em>Plie la rivi\u00e8re <\/em>qu\u2019elle est officiellement d\u00e9crite comme une \u00ab&nbsp;animale molle<em>&nbsp;<\/em>\u00bb (Wilhelmy 2021, 18) par la b\u00eate sauvage<em>. <\/em>Au cours des \u00e9v\u00e9nements dans ce second r\u00e9cit<em>,<\/em> No\u00e9 accepte rapidement son animalit\u00e9, si bien qu\u2019\u00e0 la fin du r\u00e9cit, lorsqu\u2019elle \u00ab entre [dans la grotte de] l\u2019Ours, elle entre chez elle&nbsp;\u00bb (83).&nbsp;<br><\/p>\n\n\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Tout de m\u00eame, avant d\u2019incarner concr\u00e8tement son animalit\u00e9, elle franchit plusieurs \u00e9tapes que nous pouvons comparer \u00e0 un rite de passage, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9volution d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre qui sera donn\u00e9 \u00e0 voir dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Plie la rivi\u00e8re<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Dans le deuxi\u00e8me court roman de Wilhelmy, la focalisation se r\u00e9partit principalement sur trois personnages : No\u00e9, l\u2019Ours et Emessie. N\u2019\u00e9tant pas \u00e9tranger au mode de vie des habitants d\u2019Oss, ce dernier connait tr\u00e8s bien le lit de Grumme ainsi que les mani\u00e8res primitives de la petite No\u00e9 que Grumme a adopt\u00e9e. Souhaitant \u00eatre comme Grumme, No\u00e9 tentera de charmer Emessie dans l\u2019espoir d\u2019obtenir ce qu\u2019elle veut, quelle qu\u2019en soit la nature. Cependant, ce dernier respecte un tabou partag\u00e9 par les autres personnages \u2014 possiblement li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la jeune fille<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Lors de cet \u00e9v\u00e9nement, son \u00e2ge n\u2019est jamais mentionn\u00e9 explicitement, mais les marqueurs temporels nous indiquent qu\u2019elle aurait environ 10 ans.<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> \u2014, mais demeurant implicite dans le r\u00e9cit, et r\u00e9siste \u00e0 ses avances jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils passent une soir\u00e9e ensemble sur la plage d\u2019Oss. Apr\u00e8s plusieurs gorg\u00e9es d\u2019alcool, la plage devient un lieu propice \u00e0 la f\u00eate, donc, comme l\u2019explique Bataille, il s\u2019agit d\u2019un lieu propice \u00e0 la d\u00e9mesure, puisqu\u2019elle \u00ab [assure] la possibilit\u00e9 de l\u2019infraction \u00bb (2023 [1957], 119). Dans son mouvement de d\u00e9bauche, Emessie se perd dans une folie, m\u00e9langeant sa voix avec celle de son p\u00e8re qui raconte le moment o\u00f9 il a chass\u00e9 un ours et gard\u00e9 sa fourrure. Il s\u2019agit de la m\u00eame peau avec laquelle No\u00e9 d\u00e9cide de se r\u00e9chauffer cette nuit-l\u00e0, ce qui accentue la folie du jeune homme. Encore port\u00e9 par ses exc\u00e8s, Emessie regarde No\u00e9 se transformer\u00a0: \u00ab\u00a0d\u2019enfant-fille devenir femme-ourse<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00bb<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> (Wilhelmy 2021, 71).<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">Durant cette m\u00eame nuit, dans une course violente, Emessie tente de s\u00e9parer la fille de la b\u00eate en tuant l\u2019ours. Toutefois, l\u2019acte meurtrier est rapidement suivi d\u2019un acte \u00e9rotique lorsque No\u00e9 \u00ab\u00a0pointe l\u2019int\u00e9rieur de sa cuisse\u00a0\u00bb\u00a0(78). \u00c0 ce moment, le corps de No\u00e9 exc\u00e8de toutes les limites de la raison\u00a0: \u00ab\u00a0Son corps\u00a0prend toute la place, sa chair boit l\u2019air dedans, dehors; il ne reste plus rien de respirable que cette peau-l\u00e0\u00a0\u00bb\u00a0(78). Bien qu\u2019il s\u00e9pare la b\u00eate de No\u00e9, il scelle tout de m\u00eame l\u2019animalit\u00e9 de cette derni\u00e8re, puisque, seize ans plus tard, elle trouve refuge dans la grotte de l\u2019Ours. M\u00eame cette b\u00eate ne la consid\u00e8re pas comme appartenant \u00e0 la race des hommes\u00a0: \u00ab\u00a0Elle ne sent ni la peur ni la charogne. L\u2019Ours ne connait pas ce parfum quiet\u00a0\u00bb (19). Devant l\u2019animal, elle ne r\u00e9agit pas de la m\u00eame mani\u00e8re que les hommes. Elle garde une attitude paisible devant l\u2019Ours, ce qui semble d\u00e9stabiliser ce dernier, puisqu\u2019il est r\u00e9put\u00e9 d\u2019\u00e9voquer la peur chez les humains. Encore une fois, No\u00e9 brouille les fronti\u00e8res entre l\u2019humain et l\u2019animal, au point que m\u00eame des chasseurs exp\u00e9riment\u00e9s ne parviennent plus \u00e0 distinguer la femme de la b\u00eate, \u00e9voquant une \u00ab\u00a0cr\u00e9ature merveilleuse, animal-humain, mi-animal, mi-ours, g\u00e9ant \u00e0 craindre\u00a0\u00bb (63).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Alors que, dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Oss<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Plie la rivi\u00e8re<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, ce sont les personnages qui entourent No\u00e9 qui t\u00e9moignent de son hybridit\u00e9, dans le troisi\u00e8me volet, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le corps des b\u00eates, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">la narration r\u00e9v\u00e8le que No\u00e9, afin de mieux comprendre les autres personnages, leur conf\u00e8re \u00e9galement des traits animaliers\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un faon, avec des ailes de chauves-souris g\u00e9antes ouvertes de chaque c\u00f4t\u00e9 de sa colonne. La t\u00eate, puis le torse d\u2019un loup-grue termin\u00e9 par la queue d\u2019un phoque. Le panache velouteux d\u2019un lapin. La hure d\u2019un buffle au plumage du corbeau. Une oie \u00e0 gueule de renard. [\u2026] Mie regarde la biche et elle le sait. \u00ab\u00a0C\u2019est moi.\u00a0\u00bb Trois autres b\u00eates sont les fr\u00e8res. Elle les reconnait, et Osip et Sevastian. La Vieille doit \u00eatre cette renarde-l\u00e0 au corps d\u2019oie. (Wilhelmy 2017, 134-5)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans le dernier volet du r\u00e9cit de No\u00e9, cette derni\u00e8re devient m\u00e8re et la pr\u00e9sence de la nature est plus forte que dans les deux contes pr\u00e9c\u00e9dents. Cependant, elle ne passe que tr\u00e8s peu de temps avec ses enfants et leur parle encore moins \u2014 l\u2019absence de parole constitue elle aussi un marqueur d\u2019animalit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain se caract\u00e9rise par sa facult\u00e9 de raisonner, aptitude intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 l\u2019usage de la parole<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Il s\u2019agit d\u2019une id\u00e9e retenue dans La politique d\u2019Aristote lorsqu\u2019il explique le logos, soit la facult\u00e9 humaine de parler et de raisonner en m\u00eame temps : \u00ab Or l\u2019homme est le seul animal qui poss\u00e8de la parole. La voix sert bien \u00e0 exprimer la douleur et le plaisir. Aussi la trouve-t-on chez les autres animaux, car leur nature leur permet de ressentir douleur et plaisir et de manifester entre eux ces impressions. Mais la parole, elle, sert \u00e0 exprimer l\u2019utile et le nuisible, aussi bien que le juste et l\u2019injuste. Car l\u2019homme se distingue des autres animaux en ce qu\u2019il est le seul \u00e0 avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l\u2019injuste, et autres notions morales \u00bb (1996 [IVe av. J.-C.], 4).<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. Malgr\u00e9 tout, elle observe attentivement ses enfants ainsi que le reste de sa famille, et transpose ensuite la nature de leur comportement dans ses sculptures aux formes bestiales. Il est m\u00eame possible de dire qu\u2019elle cr\u00e9e une d\u00e9mesure dans la d\u00e9mesure. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle plonge les animaux \u2014 je rappelle que, selon Bataille, ils sont per\u00e7us comme des \u00eatres participant \u00e0 un mouvement d\u2019exc\u00e8s constant \u2014 dans un exc\u00e8s encore plus grand en les fusionnant entre eux afin de cr\u00e9er des cr\u00e9atures hybrides. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le corps des b\u00eates<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, Mie, la fille de No\u00e9, partage avec elle cette m\u00eame capacit\u00e9 \u00e0 combiner humanit\u00e9 et animalit\u00e9. Comme sa m\u00e8re, elle utilise cette capacit\u00e9 pour effectuer un autod\u00e9passement de la morale. Toutefois, contrairement \u00e0 No\u00e9 qui conserve sa vision du monde et de ses codes pour elle-m\u00eame, Mie partage la sienne avec les autres, leur offrant ainsi la possibilit\u00e9 d\u2019accomplir leur propre autod\u00e9passement.<\/span><\/p>\n<h3><b>R\u00e9appropriation des contraintes<\/b><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Revenons sur la notion des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">scripts sexuels<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> d\u00e9velopp\u00e9e par Dussault Frenette.\u00a0 Je rappelle qu\u2019un sc\u00e9nario d\u00e9signe la conception des relations sexuelles bas\u00e9e sur les exp\u00e9riences personnelles et le discours social. Dans la relation entre No\u00e9 et L\u00f4, expos\u00e9e plus t\u00f4t, on constate la construction d\u2019un sc\u00e9nario interpersonnel, fond\u00e9 sur la relation entre une jeune fille qui entreprend son \u00e9ducation sexuelle et la figure charg\u00e9e de son apprentissage. Je souligne que, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un sc\u00e9nario interpersonnel, une grande partie des bases sur lesquelles No\u00e9 construit son <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">script<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> est laiss\u00e9e \u00e0 la discr\u00e9tion de L\u00f4. Or, bien que son r\u00f4le dans le texte montre qu\u2019il valorise les enseignements moraux, il ne prend pas le temps d\u2019enseigner \u00e0 No\u00e9 les codes qui r\u00e9gissent la soci\u00e9t\u00e9, la laissant volontairement dans le n\u00e9ant. En ce sens, m\u00eame si Dussault Frenette pr\u00e9sente les <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">scripts sexuels<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> comme r\u00e9sultant en partie du discours social, ce n\u2019est pas le cas du sc\u00e9nario de No\u00e9, puisque la figure responsable de son apprentissage ne lui transmet pas ce discours. <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Certes, No\u00e9 aurait pu avoir acc\u00e8s au discours social au travers d\u2019une autre personne que L\u00f4 \u2014 Grumme en est un bon exemple. Cependant, dans sa relation avec cette derni\u00e8re, No\u00e9 n\u2019apprend qu\u2019en l\u2019observant, lui donnant, une nouvelle fois, la libert\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter les choses \u00e0 sa mani\u00e8re. De plus, il n\u2019existe aucun v\u00e9ritable \u00e9change entre No\u00e9 et les autres habitants du village qui peut d\u00e9montrer qu\u2019elle a connaissance du discours social en place, lui donnant l\u2019occasion de cr\u00e9er un sc\u00e9nario qui ne convient qu\u2019\u00e0 elle. Ici, les rencontres de No\u00e9 avec L\u00f4 sont marqu\u00e9es par la douleur et la violence : \u00ab\u00a0Quelques minutes plus t\u00f4t, elle se d\u00e9battait sous lui, il la contenait, la frappait; elle jouissait sous ses coups\u00a0\u00bb (Wilhelmy 2019 [2011], 16). Toutefois, toutes rencontres violentes entre le pr\u00eacheur et No\u00e9 surviennent en r\u00e9ponse \u00e0 une demande qu\u2019elle formulait elle-m\u00eame, mais qui, je rappelle, n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement sexuelle. C\u2019est son comportement amoral et bestial qui r\u00e9pond de l\u2019ignorance du caract\u00e8re transgressif qui se retrouve dans ses demandes. En m\u2019appuyant sur le processus que traverse No\u00e9 lors de ses crises \u00e9pileptiques, \u00e0 savoir la mont\u00e9e d\u2019une tension inconfortable envahissant tout son corps, suivie de l\u2019apaisement procur\u00e9 par le \u00ab\u00a0grand noir\u00a0\u00bb survenant au moment de la crise, ainsi que sur la description que donne Bataille de la \u00ab\u00a0transe des organes\u00a0\u00bb, qui se caract\u00e9rise par l\u2019absence de l\u2019esprit et un silence int\u00e9rieur \u2014 deux \u00e9l\u00e9ments que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mis en relation pr\u00e9c\u00e9demment \u2014, il est possible d\u2019affirmer que No\u00e9 retrouve une exp\u00e9rience similaire \u00e0 celle de la crise dans l\u2019acte charnel. Toutefois, dans la relation sexuelle, ce \u00ab\u00a0grand noir\u00a0\u00bb est d\u00e9clench\u00e9 volontairement par No\u00e9, contrairement aux crises \u00e9pileptiques, qui surviennent sans cause apparente. En somme, le sc\u00e9nario sexuel que construit No\u00e9 repose sur la perte de contr\u00f4le qui est amen\u00e9 par la jouissance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Toutefois, cette perte de contr\u00f4le est calcul\u00e9e \u2014 donc mesur\u00e9e selon sa propre morale inconsciente et non selon les r\u00e8gles et les limites qui devraient \u00eatre suivies par le pr\u00eacheur L\u00f4 \u2014 puisqu\u2019elle r\u00e9pond \u00e0 la demande de No\u00e9, au contraire de ses crises \u00e9pileptiques qui surviennent sans pr\u00e9venir. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de sa rencontre avec Rameau \u2014 un autre habitant d\u2019Oss crois\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du village \u2014 qu\u2019elle est confront\u00e9e aux limites morales. Ce dernier a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de la relation entre la Petite et le pr\u00eacheur, il a vu les marques que L\u00f4 laissait sur le corps de No\u00e9. Lorsqu\u2019il interroge No\u00e9 sur les raisons pour lesquelles elle restait avec L\u00f4, elle r\u00e9pond simplement qu\u2019elle \u00ab\u00a0[aimait] le regarder, des fois il arrivait \u00e0 \u00eatre effrayant\u00a0\u00bb\u00a0(49). \u00c0 la suite de cette r\u00e9ponse, Rameau pense que No\u00e9 trouve son plaisir dans la peur et non pas dans l\u2019oubli d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de toute conscience, une id\u00e9e qui le pousse \u00e0 \u00ab\u00a0[frapper No\u00e9] avec le plat de sa main [puis] \u00e0 la prendre d\u2019un coup\u00a0\u00bb (53), et ce, m\u00eame apr\u00e8s que No\u00e9 ait dit \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb (52). \u00c0 ce moment, la conception que No\u00e9 a de la soci\u00e9t\u00e9 entre en conflit avec celle des autres. L&rsquo;acte sexuel qu&rsquo;elle a contre son gr\u00e9 avec Rameau va \u00e0 l&rsquo;encontre de ses propres d\u00e9sirs et du <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">script sexuel <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait construit avec L\u00f4. En effet, dans ce rapport, ce n\u2019est plus elle qui entreprend la rencontre, mais bien l\u2019homme.<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">Ce rapport entre No\u00e9 et Rameau concorde avec l\u2019id\u00e9e, plus essentialiste et partag\u00e9e par Bataille, selon laquelle, dans la relation entre l\u2019homme et la femme, l\u2019homme agit en initiateur, tandis que la femme reste passive. De plus, elle n\u2019atteint pas la transe des organes qui lui rappelle le \u00ab grand noir \u00bb et qui est l\u2019une des principales raisons qui l\u2019am\u00e8nent \u00e0 engager des rencontres sexuelles. Apr\u00e8s cet \u00e9pisode traumatique, No\u00e9 quitte officiellement la civilisation et ses cadres contraignants en se dirigeant vers la for\u00eat qu&rsquo;elle habitera durant les \u00e9v\u00e9nements de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Plie la rivi\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Je souligne que cet exode effectu\u00e9 par No\u00e9 se trouve au d\u00e9but de Plie la rivi\u00e8re et non \u00e0 la fin de Oss. Le nombre de temps pass\u00e9 entre les deux contes n\u2019est pas sp\u00e9cifi\u00e9.<\/span><\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans ce second r\u00e9cit, No\u00e9 sera plus clairement confront\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence de limites lorsqu\u2019elle devient la \u00ab No\u00e9 des for\u00eats \u00bb (Wilhelmy 2021, 22). Elle y fait la rencontre de l\u2019Ours, avec qui elle partage une grotte. Dans ce conte scind\u00e9 en plusieurs focalisations<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002e8c0000000000000000_9926\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002e8c0000000000000000_9926-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">L\u2019enti\u00e8ret\u00e9 des romans d\u2019Audr\u00e9e Wilhelmy propose une narration divis\u00e9e en plusieurs focalisations.<\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> \u2014 celle de No\u00e9, un groupe de chasseurs, l\u2019Ours et Emessie, un vendeur de bonbons ambulant \u2014, No\u00e9 effectue un processus de transition qui sera mis de l\u2019avant par la s\u00e9paration du r\u00e9cit sur deux temporalit\u00e9s. La premi\u00e8re se concentre sur les \u00e9v\u00e9nements ult\u00e9rieurs au r\u00e9cit d\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Oss<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">; nous pouvons pr\u00e9senter cette temporalit\u00e9 comme le pr\u00e9sent de No\u00e9. La seconde relate la br\u00e8ve rencontre entre une jeune No\u00e9 et Emessie que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9e. La mise en dialogue entre les deux temps nous donne \u00e0 voir l\u2019\u00e9volution dans la fa\u00e7on de penser de No\u00e9. En exp\u00e9rimentant la vie parmi la civilisation, puis celle parmi la nature, No\u00e9 semble prendre conscience de la s\u00e9paration entre l\u2019humain et la b\u00eate. Cependant, dans ce livre, la violence ne r\u00e9side pas du c\u00f4t\u00e9 de la b\u00eate, comme l\u2019explique Bataille, mais de celui de l\u2019humain. En effet, les interactions qu\u2019elle entretient avec l\u2019Ours sont les seules \u00e0 ne pas \u00eatre marqu\u00e9es par la violence. Au contraire, elle prend soin de l\u2019Ours et l\u2019Ours prend soin d\u2019elle en retour. No\u00e9 se sent en s\u00e9curit\u00e9 avec la b\u00eate parce qu\u2019elle \u00ab\u00a0ne voit \u00e0 travers l\u2019Ours aucune question qui ressemble \u00e0 celle que taisent souvent les hommes. En lui, la pulsion est sans habit, sans intrigue\u00a0\u00bb\u00a0(46), ce qui est fondamentalement contraire \u00e0 l\u2019\u00eatre humain rationnel et mesur\u00e9 \u2014 l\u2019\u00eatre moral \u2014 que Nietzsche d\u00e9signe comme n\u2019\u00e9tant \u00ab\u00a0ni droit ni na\u00eff, ni m\u00eame honn\u00eate et direct \u00e0 l\u2019\u00e9gard de lui<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">&#8211;<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">m\u00eame. Son \u00e2me <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">louche<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">; son esprit aime les recoins, les voies d\u00e9tourn\u00e9es, les issues d\u00e9rob\u00e9es\u00a0\u00bb (2024 [1887], 85). Plus encore, lorsqu\u2019elle rencontre l\u2019Ours, elle per\u00e7oit la \u00ab\u00a0grande transparence du monde [qui] n\u2019appelle ni sa parole ni sa pens\u00e9e\u00a0\u00bb (Wilhelmy 2021, 46). La d\u00e9couverte de cette \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb, qui lui procure un silence semblable \u00e0 celui qu\u2019elle \u00e9prouve dans les crises \u00e9pileptiques ou dans la jouissance, la pousse \u00e0 redevenir indiff\u00e9rente \u00e0 toute morale. Par cette indiff\u00e9rence, elle accepte pleinement l\u2019animalit\u00e9 qui l\u2019habite \u2014 une animalit\u00e9 marqu\u00e9e avant tout par le refus conscient des valeurs morales. Celle-ci se manifeste \u00e9galement par le d\u00e9passement des limites de son propre corps, un exc\u00e8s perceptible dans les descriptions que les personnages secondaires font d\u2019elle. Toutefois, dans l\u2019univers wilhelmynien, Mie, personnage central du roman <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le corps des b\u00eates<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, pousse encore plus loin cet exc\u00e8s de la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">chair<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> en projetant sa conscience dans le corps des animaux.<\/span><\/p>\n\n\n<p>Dans le troisi\u00e8me opus de cette s\u00e9rie<em>, <\/em>No\u00e9 n\u2019est plus le personnage principal du r\u00e9cit, cette place revient \u00e0 sa fille Mie. Sur la plage isol\u00e9e de Sitjaq, o\u00f9 les \u00eatres humains ne se parlent pratiquement pas entre eux, la jeune Mie fait son \u00e9ducation en empruntant le corps des animaux qui habitent la plage&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Toujours, elle a emprunt\u00e9 le corps des b\u00eates \u2014 oiseaux et poissons, mammif\u00e8res, insectes minuscules. Elle peut sentir les courants chauds et froids sous les ailes des cormorans, le travail de l\u2019eau dans les branchies des requins; ses doigts et ses orteils devinent le relief des pierres sous les coussinets des renards, mais, en dehors des animaux, elle ne marche pas tr\u00e8s bien, nage \u00e0 peine mieux. (Wilhelmy 2017, 39-40)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour Mie, il est facile de se repr\u00e9senter ce que signifie \u00eatre une b\u00eate : en imaginant le mode de vie des animaux et le fonctionnement de leur corps, elle apprend en m\u00eame temps. Pour elle, il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une envie de partager la conscience des animaux. Le processus par lequel elle passe pour s\u2019ins\u00e9rer dans le corps des b\u00eates vivant sur la plage de Sitjaq est n\u00e9cessaire, puisqu\u2019elle ne ma\u00eetrise pas tr\u00e8s bien le fonctionnement de son propre corps. C\u2019est donc en s\u2019imaginant devenir un animal qu\u2019elle apprend le fonctionnement du monde. Cela entre en tension avec l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019\u00e9ducation, habituellement associ\u00e9e \u00e0 un devenir humain fond\u00e9 sur l\u2019apprentissage des r\u00e8gles sociales et morales, s\u2019effectue ici par le biais de l\u2019instinct animal. Je l\u2019ai dit, le domaine animal est un domaine de d\u00e9mesure o\u00f9 les \u00eatres vivants ne connaissent aucunes restrictions, ce qui permet \u00e0 Mie de partager avec les animaux \u2014 ainsi que sa m\u00e8re \u2014 l\u2019absence de honte ou de crainte de r\u00e9tribution \u00e0 la suite d\u2019une faute. Il demeure toutefois plusieurs similitudes entre le monde animal et la soci\u00e9t\u00e9 humaine, telles que les apprend Mie, et la premi\u00e8re est la domination de l\u2019homme sur la femme, et ce, principalement dans les rapports sexuels.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e9sirs f\u00e9minins sous contrainte<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, Dussault Frenette critique l\u2019objectification qui est faite du corps de la femme afin de susciter le d\u00e9sir masculin. Elle s\u2019oppose ainsi \u00e0 Bataille pour qui l\u2019objectification de leur corps repr\u00e9sente le seul moyen qu\u2019ont trouv\u00e9 les femmes pour atteindre l\u2019\u00e9rotisme. Elle doit se faire femme-objet-d\u00e9sirante devant un homme-sujet-d\u00e9sirant (Dussault-Frenette 2022). Ce que soul\u00e8ve Dussault-Frenette, c\u2019est qu\u2019en faisant cela, la femme r\u00e9pond aux contraintes de la soci\u00e9t\u00e9, puisqu\u2019en pr\u00e9sentant son corps nu, elle privil\u00e9gie le d\u00e9sir du partenaire masculin. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le corps des b\u00eates, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">c\u2019est ce sch\u00e9ma que Mie apprend, soit celui de l\u2019homme actif \u2014 ou \u00ab\u00a0agressif\u00a0\u00bb, pour reprendre les termes de Bataille \u2014 qui prend la femme passive, d\u00e8s sa premi\u00e8re rencontre avec des grues. Dans cette rencontre charnelle, c\u2019est le m\u00e2le qui \u00ab\u00a0surplombe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0monte\u00a0\u00bb la femelle tandis qu\u2019elle \u00ab [offre] sa gorge \u00bb et se \u00ab\u00a0laisse saillir\u00a0\u00bb (51). Le m\u00eame sch\u00e9ma de domination se reproduit lorsqu\u2019elle emprunte le corps d\u2019une loutre. Ici, nous assistons \u00e0 un acte de reproduction qui s\u2019apparente fortement au viol; la fa\u00e7on dont la femelle \u00ab se d\u00e9bat \u00bb tandis que l\u2019autre b\u00eate la \u00ab tient au col\u00a0\u00bb (53) apr\u00e8s l\u2019avoir entrain\u00e9 au fond de l\u2019eau t\u00e9moigne de l\u2019\u00e9change violent. \u00c0 partir de ces rapports, j\u2019\u00e9mets l\u2019hypoth\u00e8se que Mie fonde sa conception des relations sexuelles sur l\u2019id\u00e9e que, contrairement aux hommes, la femme est avant tout un corps \u00e0 chasser puis \u00e0 saisir, et que, si elle ne le donne pas volontairement, il sera pris de force. Tranquillement, Mie assimile les images qu\u2019elle per\u00e7oit et, gr\u00e2ce \u00e0 ces images, elle peut conclure que, pour \u00eatre une femme, il faut qu\u2019elle se pr\u00e9sente elle-m\u00eame comme un objet de d\u00e9sir dans le regard d\u2019un homme; quelque chose qui s\u2019imbrique dans la mesure v\u00e9hicul\u00e9e par la morale. Cependant, elle d\u00e9cide un jour d\u2019emprunter le corps d\u2019un ours m\u00e2le, ce qui lui permet d\u2019exp\u00e9rimenter la diff\u00e9rence entre le m\u00e2le et la femelle\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Alors, elle se redresse, elle enfouit son museau dans les c\u00f4tes de l\u2019ourse, l\u2019incite \u00e0 se relever, puis elle se place derri\u00e8re et elle la monte. [\u2026] Et quand il s\u2019enfonce, quand il creuse le ventre de l\u2019ourse, la fillette s\u2019\u00e9merveille de cette plong\u00e9e dans un \u00eatre vivant et chaud\u00a0: contre le vit, des organes palpitent; elle sent le c\u0153ur du m\u00e2le qui mart\u00e8le dans sa verge et le c\u0153ur de l\u2019autre qui bat tout autour. (55)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cette fois-ci, c\u2019est \u00e0 son tour d\u2019\u00eatre en position de domination. C\u2019est elle qui \u00ab monte\u00a0\u00bb et qui \u00ab s\u2019enfonce \u00bb dans la femelle apr\u00e8s l\u2019avoir \u00ab\u00a0pist\u00e9 [\u2026] pendant des jours\u00a0\u00bb (55). Cette fusion qu\u2019elle vit avec l\u2019ours m\u00e2le lui permet de brouiller bien plus que les fronti\u00e8res entre l\u2019humain et l\u2019animal, elle brouille aussi celles qui s\u00e9parent l\u2019homme et la femme. J\u2019ai dit que, dans le monde animal, il n\u2019y avait aucune honte par rapport \u00e0 la sexualit\u00e9, enlevant toute forme d\u2019interdit. Certes, il est vrai que Mie ressent une certaine g\u00eane, non pas parce qu\u2019elle est influenc\u00e9e par les normes de la soci\u00e9t\u00e9, mais parce qu\u2019elle ne sait pas comment utiliser son propre corps qu\u2019elle voit comme une \u00ab\u00a0entrave\u00a0\u00bb (40). N\u00e9anmoins, elle passe au-dessus de cette contrainte que repr\u00e9sente son corps de jeune fille et demande \u00e0 Osip de lui \u00ab\u00a0apprendre\u00a0\u00bb le sexe des humains. La r\u00e9ponse d\u2019Osip est claire\u00a0: \u00ab\u00a0Mie a douze ans. Elle est la fille de son fr\u00e8re. Il dit \u201cNon\u201d\u00a0\u00bb (121). Il expose aussi la diff\u00e9rence entre la conception de la biens\u00e9ance \u2014 qui prend le sens de la mesure \u2014 en se demandant si \u00ab\u00a0une fille \u00e9lev\u00e9e [dans le village de] Seiche poserait pareille question\u00a0\u00bb (121). Contrairement \u00e0 une jeune fille \u00e9lev\u00e9e en soci\u00e9t\u00e9, Mie ne r\u00e9pond pas \u00e0 la loi du genre. C\u2019est-\u00e0-dire que, en \u00e9tant l\u2019initiatrice d\u2019une rencontre sexuelle, elle reprend le caract\u00e8re actif g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9 aux hommes, et ce, en outrepassant l\u2019aspect transgressif qui est li\u00e9 \u00e0 la rencontre sexuelle, puisqu\u2019elle n\u2019a pas encore appris les r\u00e8gles humaines. Il s\u2019agit d\u2019un caract\u00e8re qu\u2019elle aurait appris et assimil\u00e9 lors de sa fusion avec l\u2019ours m\u00e2le, lui donnant la possibilit\u00e9 de le reprendre dans ses interactions humaines. Cette sollicitation venant de Mie rappelle \u00e9galement No\u00e9 qui, elle aussi, ressent une forme de plaisir par la demande. No\u00e9 est un personnage qui, comme l\u2019animal, n\u2019\u00e9prouve pas de honte et qui laisse libre cours \u00e0 des pulsions que les hommes cachent. Lorsque cette derni\u00e8re apprend que sa fille suit un chemin similaire au sien, un processus de transmission est commenc\u00e9 et permettra \u00e0 Mie de \u00ab\u00a0dicter les lois de la nature et celles de la cabane\u00a0\u00bb (158). Cependant, en plus de ce qu\u2019elle apprend de No\u00e9, elle pourra y ajouter sa propre conception morale, impr\u00e9gn\u00e9e de son animalit\u00e9, et l\u2019exercer au sein de la soci\u00e9t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans l\u2019ensemble des \u0153uvres de Wilhelmy pr\u00e9sent\u00e9es dans ce texte, la d\u00e9mesure se pr\u00e9sente sous les formes d\u2019une femme assumant son animalit\u00e9. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Oss<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Plie la rivi\u00e8re<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le Corps des b\u00eates<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le concept d\u2019animalit\u00e9 ne renvoie pas \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 n\u00e9gative. Il ne se limite ni \u00e0 l\u2019expression de la violence humaine qui doit \u00eatre refoul\u00e9e dans le travail, comme le sugg\u00e8re Bataille. Au contraire, en acceptant cette animalit\u00e9, les femmes de l&rsquo;univers wilhelmynien illustrent la th\u00e8se de Nietzsche puisque cela leur permet d&rsquo;effectuer un autod\u00e9passement de la morale \u00e0 partir de leurs exp\u00e9riences personnelles, de trouver un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">juste milieu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u2014 tel que l\u2019entend Aristote \u2014 autre que celui dict\u00e9 par la morale et les contraintes. La mise en relation de l\u2019ouvrage de Catherine Dussault Frenette avec les textes de Wilhelmy permet de montrer comment la construction d\u2019un sc\u00e9nario sexuel peut influencer \u00e0 la fois l\u2019apprentissage moral et la perception de la sexualit\u00e9 chez une jeune fille, tout en ouvrant la possibilit\u00e9 de reconstituer ceux \u00e9labor\u00e9s par No\u00e9 et Mie \u2014 des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">scripts <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">qui s\u2019inscrivent dans une nouvelle forme de mesure qui est propre \u00e0 l\u2019animalit\u00e9. Pour appuyer cela encore davantage, il est aussi possible de se pencher un peu plus sur le mutisme de No\u00e9 et sur la mani\u00e8re dont la parole est per\u00e7ue comme un caract\u00e8re typiquement humain. En choisissant le silence \u2014 ou le chant, qui est le moyen de communication primaire chez plusieurs esp\u00e8ces d&rsquo;animaux, tels que les oiseaux \u2014, elle s\u2019\u00e9loigne ainsi un peu plus de la mesure humaine pour se rapprocher de celle des b\u00eates.\u00a0 Bref, peu importe les moyens utilis\u00e9s, en ins\u00e9rant la vie animale au c\u0153ur des fonctionnements humains, Wilhelmy repr\u00e9sente une force qui trouble la pens\u00e9e androcentr\u00e9e et essentialiste.<\/span><\/p>\n<h2><b>Bibliographie<\/b><\/h2>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Aristote.\u00a0 1996 [IVe av. J.-C.]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La politique. Livre\u00a0I, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">trad. P. Louis. Paris\u00a0: Hermann [en ligne].<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014. 2014 [IVe av. J.-C.]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c9thique \u00e0 Nicomaque<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, trad. J. Tricot. \u00c9ditions Les \u00c9chos du Marquis [en ligne].<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Bataille, Georges. 2023 [1957]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00c9rotisme.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit, coll. \u00ab\u00a0Reprises\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Bergeron, Patrick. 2020. \u00ab\u00a0Audr\u00e9e Wilhelmy ou l\u2019extension du domaine du conte\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Nuit blanche, magazine litt\u00e9raire, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">n\u00b0 159\u00a0: 16-20.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Boisclair, Isabelle et Catherine Dussault Frenette. 2013. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Femmes d\u00e9sirantes\u00a0: art, litt\u00e9rature, repr\u00e9sentations<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Montr\u00e9al\u00a0: Remue-m\u00e9nage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dussault Frenette, Catherine. 2022. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e9sirs f\u00e9minins sous contrainte<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Montr\u00e9al\u00a0: Nota bene.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Freud, Sigmund. 2013[1920], <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le principe de plaisir.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014. 2021 [1913], <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Totem et tabou\u00a0: quelques concordances dans la vie psychique des sauvages et des n\u00e9vros\u00e9s.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> Paris\u00a0: Payot, coll. \u00ab\u00a0Petite biblio\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Lafrance, Laura. 2024. \u00ab\u00a0Corporalit\u00e9 f\u00e9minine et communion avec la nature dans Le Corps des b\u00eates et Blanc r\u00e9sine d\u2019Audr\u00e9e Wilhelmy\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, vol. 53, n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">o<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> 2\u00a0: 165-183.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nietzsche, Friedrich. 2023 [1886]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Par-del\u00e0 le bien et le mal. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Paris\u00a0: Le livre de poche, coll. \u00ab\u00a0Classiques de la philosophie\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014. 2024 [1887]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La g\u00e9n\u00e9alogie de la morale. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Paris\u00a0: Le livre de poche, coll. \u00ab\u00a0Classiques de la philosophie\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Powers, Scott. 2022. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9cof\u00e9minisme d\u2019Audr\u00e9e Wilhelmy. Le \u00ab\u202fdevenir-animal\u202f\u00bb de la femme dans Le corps des b\u00eates (2017)\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Animal et animalit\u00e9\u202f: strat\u00e9gies de repr\u00e9sentation dans les litt\u00e9ratures d\u2019expression fran\u00e7aise. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Paris\u00a0: Classiques Garnier, coll. \u00ab\u00a0Rencontres\u00a0\u00bb\u00a0: 277-296.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Rousseau, Jean-Jacques. 2002 [1754]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Chicoutimi\u00a0: \u00c9dition J.-M. Tremblay [num\u00e9rique], coll. \u00ab\u00a0Les classiques des sciences sociales\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Simon, Anne. 2017. \u00ab\u00a0Une arche d\u2019\u00e9tudes et de b\u00eates\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Revue des sciences humaines<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, n\u00b0 328\u00a0: 7-16.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014. 2024. \u00ab\u00a0Une arche anim\u00e9e\u00a0: litt\u00e9rature et zoopo\u00e9tique\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019humain qui vient<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Paris\u00a0: Hermann\u00a0: 185-194.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Wilhelmy, Audr\u00e9e. 2017. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le corps des b\u00eates<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Mont\u00e9ral\u00a0: Lem\u00e9ac.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014. 2019 [2011]. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Oss<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Montr\u00e9al\u00a0: Lem\u00e9ac, coll. \u00ab\u00a0Nomades\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014. 2021. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Plie la rivi\u00e8re. <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Montr\u00e9al\u00a0: Lem\u00e9ac, coll. \u00ab\u00a0La petite blanche\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Clermont-De Foy, Carolane. 2025. \u00ab L&rsquo;animalit\u00e9 comme mesure : figures f\u00e9minines de l&rsquo;autod\u00e9passement chez Audr\u00e9e Wilhelmy \u00bb, <em>Postures<\/em>, dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9926&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lanimalite-comme-mesure-_-figures-feminines-de-lautodepassement-chez-Audree-Wilhelmy.docx-1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 L\u2019animalite\u0301 comme mesure _ figures fe\u0301minines de l\u2019autode\u0301passement chez Audre\u0301e Wilhelmy.docx-1.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2e01bcac-3be5-4884-afb4-1945bb766901\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lanimalite-comme-mesure-_-figures-feminines-de-lautodepassement-chez-Audree-Wilhelmy.docx-1.pdf\">L\u2019animalite\u0301 comme mesure _ figures fe\u0301minines de l\u2019autode\u0301passement chez Audre\u0301e Wilhelmy.docx-1<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Lanimalite-comme-mesure-_-figures-feminines-de-lautodepassement-chez-Audree-Wilhelmy.docx-1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2e01bcac-3be5-4884-afb4-1945bb766901\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Dans <em>L\u2019\u00c9rotisme<\/em>, Bataille d\u00e9signe aussi les femmes comme \u00e9tant des \u00ab objets privil\u00e9gi\u00e9s du d\u00e9sir \u00bb (2023 [1957], 139).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>L\u2019essentialisme suppose qu\u2019il est possible de d\u00e9crire l\u2019essence des choses et d\u2019une personne comme le fait Nietzsche dans la citation pr\u00e9c\u00e9dente. En utilisant le terme \u00ab pr\u00e9destin\u00e9 \u00bb, il s\u2019accorde avec la logique de finitude li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie essentialiste. Bataille partage ce mode de pens\u00e9e que nous pouvons retrouver dans la construction sociale de l\u2019univers wilhelmynien. <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019une caract\u00e9ristique que Bataille ne cesse d\u2019associer \u00e0 l\u2019animalit\u00e9; tout ce qui est animal est n\u00e9cessairement violent, puisque la violence r\u00e9sulte d\u2019un acte transgressif. Elle est une manifestation de l\u2019exc\u00e8s dans le sens o\u00f9 elle brise les cadres rationnels, utiles et moraux pour amener l\u2019humain \u00e0 sa part \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience de la transgression.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Cette condition n\u2019est jamais mentionn\u00e9e concr\u00e8tement dans les romans, mais les descriptions des convulsions de son corps en t\u00e9moignent.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>En effet, pour Nietzsche, seuls les hommes devaient effectuer l\u2019autod\u00e9passement de la morale, non pas parce qu\u2019il pensait que la femme en \u00e9tait incapable, mais parce que l\u2019\u00e9mancipation de la femme moderne \u00ab appara\u00eet comme un remarquable sympt\u00f4me de l&rsquo;affaiblissement et de l&rsquo;\u00e9nervement croissants des instincts vraiment f\u00e9minins \u00bb (Nietzsche 2023 [1886], 273). Selon lui, elle doit rester tourn\u00e9e vers la s\u00e9duction, la maternit\u00e9, la d\u00e9pendance et la servitude de l\u2019homme \u2014 une conception fortement contest\u00e9e par les f\u00e9ministes, qui revendiquent, entre autres, l&rsquo;autonomie, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9 de choix des femmes.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Dans Par-del\u00e0 le bien et le mal, Nietzsche dit quelque chose de similaire par rapport \u00e0 la crainte de r\u00e9tribution qu\u2019\u00e9voque la morale : \u00ab Si l\u2019on pouvait supprimer le danger, le motif de craindre, on aurait en m\u00eame temps supprim\u00e9 cette morale : elle ne se consid\u00e9rerait plus elle-m\u00eame comme n\u00e9cessaire! \u00bb (2023 [1886], 202).<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Lors de cet \u00e9v\u00e9nement, son \u00e2ge n\u2019est jamais mentionn\u00e9 explicitement, mais les marqueurs temporels nous indiquent qu\u2019elle aurait environ 10 ans.<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Il s\u2019agit d\u2019une id\u00e9e retenue dans La politique d\u2019Aristote lorsqu\u2019il explique le logos, soit la facult\u00e9 humaine de parler et de raisonner en m\u00eame temps : \u00ab Or l\u2019homme est le seul animal qui poss\u00e8de la parole. La voix sert bien \u00e0 exprimer la douleur et le plaisir. Aussi la trouve-t-on chez les autres animaux, car leur nature leur permet de ressentir douleur et plaisir et de manifester entre eux ces impressions. Mais la parole, elle, sert \u00e0 exprimer l\u2019utile et le nuisible, aussi bien que le juste et l\u2019injuste. Car l\u2019homme se distingue des autres animaux en ce qu\u2019il est le seul \u00e0 avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l\u2019injuste, et autres notions morales \u00bb (1996 [IVe av. J.-C.], 4).<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Je souligne que cet exode effectu\u00e9 par No\u00e9 se trouve au d\u00e9but de Plie la rivi\u00e8re et non \u00e0 la fin de Oss. Le nombre de temps pass\u00e9 entre les deux contes n\u2019est pas sp\u00e9cifi\u00e9.<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>L\u2019enti\u00e8ret\u00e9 des romans d\u2019Audr\u00e9e Wilhelmy propose une narration divis\u00e9e en plusieurs focalisations.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41 Dans \u00c9thique \u00e0 Nicomaque, Aristote explique que \u00ab\u00a0ce qui distingue principalement l\u2019homme de bien, c\u2019est qu\u2019il per\u00e7oit en toutes choses la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elles renferment, \u00e9tant pour elles en quelque sorte une r\u00e8gle et une mesure\u00a0\u00bb (2014 [IV\u1d49 av. J.-C.], 66). Lorsqu\u2019il parle de la mesure, Aristote [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1466],"tags":[1477],"class_list":["post-9926","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-mesures-de-la-demesure","tag-clermont-de-foy-carolane"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9926"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9926\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10039,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9926\/revisions\/10039"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}