{"id":9959,"date":"2025-12-11T00:00:00","date_gmt":"2025-12-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9959"},"modified":"2025-12-06T22:59:45","modified_gmt":"2025-12-06T22:59:45","slug":"aux-limites-de-la-mesure-violence-et-exces-dans-bye-bye-blondie-de-virginie-despentes-et-sujet-inconnu-de-loulou-robert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9959","title":{"rendered":"Aux limites de la mesure\u00a0: violence et exc\u00e8s dans Bye Bye Blondie de Virginie Despentes et Sujet inconnu de Loulou Robert"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9720\" data-type=\"post\" data-id=\"6945\">Dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n<em>\u00b0<\/em>41<\/a><\/h5>\n\n\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Dire de quelque chose (une personne, un concept, une qualit\u00e9, une vertu, etc.) qu\u2019il <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">est<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> la mesure, c\u2019est signifier qu\u2019il est le r\u00e9f\u00e9rent, la norme, qu\u2019il assigne les limites et organise le monde. Dire, au contraire, qu\u2019il est <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e0 <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">la mesure, c\u2019est souligner la relation d\u2019ad\u00e9quation ou d\u2019\u00e9quivalence\u00a0qu\u2019il entretient avec quelque chose (un objet, une r\u00e9f\u00e9rence, une autre chose)\u00a0: il ne s\u2019agit plus pour lui d\u2019incarner la norme, mais d\u2019\u00eatre capable de contenir, d\u2019affronter ou d\u2019\u00e9galer quelque chose. Il semblerait alors que ce soit pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que la d\u00e9mesure surgisse\u00a0: lorsque l\u2019\u00eatre n\u2019est plus \u00e0 la hauteur de ce qui le mesure\u2014comme ces personnages qui, d\u00e9pass\u00e9s par leurs propres \u00e9motions ou leur d\u00e9sir, franchissent la limite du raisonnable. Or, si \u00ab\u00a0les hommes et les femmes sont la mesure de toutes choses\u00a0\u00bb <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">(Platon 1826, 8)<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, comme a pu l\u2019affirmer Protagoras, que dire, que faire, lorsque ces m\u00eames hommes et femmes fonctionnent comme des instruments d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">De la d\u00e9mesure, cette \u00ab\u00a0part excessive, hors norme, d\u00e9bordante, pulsionnelle, \u00e9nergique\u00a0\u00bb (Gayot 2018) autant cr\u00e9atrice que destructrice, nous pourrions d\u2019abord dire qu\u2019elle est ce qui manque de mesure, ce qui se place au-dessus de la mesure; qu\u2019elle est outrance. Pourtant, en philosophie, la question de l\u2019exc\u00e8s renvoie parall\u00e8lement \u00e0 la question de la temp\u00e9rance. D\u00e8s lors, nous pourrions voir aussi, dans la d\u00e9mesure, quelque chose qui touche \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019ordre et \u00e0 l\u2019ordonnance, puisqu\u2019\u00e0 l\u2019entendre, le mot \u00ab\u00a0d\u00e9mesure\u00a0\u00bb ouvre aussi \u00e0 l\u2019\u00e9quivoque \u00ab\u00a0des mesures\u00a0\u00bb, voire du \u00ab\u00a0sans (aucune) mesure\u00a0\u00bb. Celle-ci ne se situerait donc plus uniquement au-dessus de la mesure, mais dans l\u2019espace qui exprime son absence, un espace o\u00f9 la mesure devient insaisissable et impr\u00e9hensible. Appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019art et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le cadre de cet article, \u00e0 la litt\u00e9rature, la d\u00e9mesure ne serait-elle pas, en quelque sorte, la \u00ab\u00a0face invers\u00e9e et flamboyante des t\u00e9n\u00e8bres qui habitent l\u2019artiste\u00a0\u00bb (Gayot 2018)? Prise en ce sens, la d\u00e9mesure ne rel\u00e8verait plus du chaos, mais, \u00e0 l\u2019inverse, d\u2019une forme de clart\u00e9. Et la litt\u00e9rature, une fa\u00e7on, peut-\u00eatre, d\u2019appr\u00e9hender le conflit entre l\u2019ordre et le d\u00e9sordre, mais aussi de contenir la d\u00e9mesure n\u00e9cessaire pour parvenir \u00e0 \u00eatre\u2014enfin?\u2014mesur\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, cinqui\u00e8me roman de Virginie Despentes,<\/span> <span style=\"font-weight: 400;\">s\u2019articule autour de deux temporalit\u00e9s qui racontent une seule et m\u00eame histoire\u00a0: celle de l\u2019amour contrari\u00e9 d\u2019\u00c9ric et Gloria. Le r\u00e9cit principal suit la vie de la protagoniste dans le pr\u00e9sent, au moment o\u00f9 elle retrouve \u00c9ric, de passage dans leur ville natale. Encore \u00e9pris de Gloria, ce dernier l\u2019invite \u00e0 partager sa vie bourgeoise et mondaine. Le r\u00e9cit secondaire, lui, remonte \u00e0 une p\u00e9riode particuli\u00e8rement marquante de leur adolescence, o\u00f9 na\u00eet le d\u00e9but de leur histoire d\u2019amour \u00e0 la suite de leur rencontre lors d\u2019un internement simultan\u00e9 en psychiatrie. Parfois consid\u00e9r\u00e9 comme plus intime que ses autres textes, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">reprend pourtant plusieurs motifs r\u00e9currents de l\u2019\u0153uvre de Despentes\u00a0: existences en marge, critique des rapports de force et de domination, violence, sexualit\u00e9, refus du politiquement correct, le tout dans un style brut et direct. De plus, le roman s\u2019enracine, pour reprendre les mots de Mich\u00e8le Schaal, dans le contexte socio-\u00e9conomique d\u00e9grad\u00e9 des ann\u00e9es 1970 et 1980, marqu\u00e9 par \u00ab\u00a0la fin de la prosp\u00e9rit\u00e9 socio\u00e9conomique et le rejet d\u2019un projet de vie prescriptif\u00a0\u00bb (2012,\u00a050). Ce cadre permet sans doute de voir \u00e9merger, \u00e0 la lecture du texte, d\u2019autres notions telles que le d\u00e9sir de provocation et de contradiction, ou encore l\u2019exacerbation de l\u2019autonomie individuelle.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le roman <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de Loulou Robert raconte, lui aussi, l\u2019histoire de deux personnes qui \u00ab\u00a0s\u2019aiment extr\u00eamement fort, et extr\u00eamement mal\u00a0\u00bb (Robert 2018b). Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, la narratrice grandit dans le Grand Est de la France, une r\u00e9gion qu\u2019elle d\u00e9teste \u00ab\u00a0parce que tout y est dur, froid, et qu\u2019en gros, on ne vit pas, on survit\u00a0\u00bb (Robert 2018b). Elle \u00e9volue entre un p\u00e8re absent, absorb\u00e9 par le travail, et une m\u00e8re hyst\u00e9rique, qui refuse de quitter son aspirateur, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019installe \u00e0 Paris pour commencer l\u2019universit\u00e9. Elle y rencontre, au cours d\u2019une soir\u00e9e en boite de nuit, un jeune gar\u00e7on dont elle tombe \u00e9perdument amoureuse. Ce gar\u00e7on \u00ab\u00a0noir, violent, en souffrance\u00a0\u00bb (Robert 2018b) lui permet autant de vivre et de ressentir qu\u2019il ne la fait souffrir. D\u00e8s lors, une question se pose pour les protagonistes de ces deux romans\u00a0: comment se comporter, s\u2019ins\u00e9rer, s\u2019accepter dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on se tient, se contient, se maintient et se retient, et o\u00f9, aujourd\u2019hui, faire entendre le trop n\u2019est plus \u00e0 la mode ni acceptable?<\/span><\/p>\n<p><b><\/b><\/p>\n<h3><b>Limites et d\u00e9limites\u00a0: r\u00e8gles, outrances et exc\u00e8s<\/b><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ces deux romans livrent des portraits de femmes qui flirtent avec la d\u00e9mesure et qui finissent parfois par s\u2019y abandonner ou s\u2019y laisser emporter. Elles se pr\u00e9sentent\u2014ou sont pr\u00e9sent\u00e9es\u2014comme des \u00eatres d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s, incapables de se conformer aux attentes qui p\u00e8sent sur elles, et dont les conduites semblent hors de contr\u00f4le. La premi\u00e8re phrase de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> donne directement le ton : \u00ab\u00a0Elle se d\u00e9r\u00e8gle\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 11). On retrouve \u00e9galement ce d\u00e9r\u00e8glement chez la narratrice de Loulou Robert, traduit par une succession de courtes n\u00e9gations en anaphore\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis pas en ordre.\u00a0\/ Je ne suis pas exacte.\u00a0\/ Je ne suis pas parfaite.\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 12) En outre, il est int\u00e9ressant de noter que les premi\u00e8res pages du roman de Robert pr\u00e9sentent une h\u00e9ro\u00efne qui, en r\u00e9alit\u00e9, refuse de se d\u00e9voiler compl\u00e8tement. Lecteurs et lectrices ne r\u00e9coltent donc que quelques \u00e9l\u00e9ments g\u00e9n\u00e9raux sur sa vie et son pass\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais d\u2019o\u00f9 je viens. Nous venons tous de quelque part.\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 10) Elle ne livre m\u00eame pas son pr\u00e9nom, mais le fait seulement appara\u00eetre en creux, en exprimant le rejet dont il fait l\u2019objet\u00a0: \u00ab\u00a0Il s\u2019appelait Matthieu. Il n\u2019aimait pas mon pr\u00e9nom[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 12) Du c\u00f4t\u00e9 de Despentes, il est pr\u00e9cis\u00e9 que \u00ab\u00a0Gloria\u00a0\u00bb n\u2019est pas le pr\u00e9nom de naissance du personnage\u00a0: \u00ab\u00a0Gloria n\u2019est pas son vrai pr\u00e9nom. Initialement, ses parents l\u2019avaient baptis\u00e9e St\u00e9phanie[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 17) Chacune manifeste ainsi un refus nominal, par la substitution ou le silence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous pouvons \u00e9galement noter que les personnages de ces deux romans se construisent \u00e0 travers l\u2019exc\u00e8s. De ce fait, le personnage de Gloria s\u2019inscrit en marge de ce que l\u2019on pourrait d\u00e9signer comme une f\u00e9minit\u00e9 standard ou m\u00eame conforme. Son comportement est un exemple frappant de cette marginalit\u00e9 puisqu\u2019il se caract\u00e9rise par l\u2019ultraviolence, laquelle fa\u00e7onne, en m\u00eame temps, le personnage lui-m\u00eame\u00a0: ainsi, la violence du monde la rend violente en retour, bien qu\u2019il arrive que cette m\u00eame violence, nous le verrons, se retourne contre celle qui la reproduit. Adolescente, Gloria n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 participer \u00e0 des rixes urbaines et, une fois adulte, finit souvent par agresser physiquement ceux qui lui d\u00e9plaisent. Il est notamment pertinent, ici, de reprendre la r\u00e9flexion de Francesca Caiazzo dans son \u00e9tude de la laideur \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> pour explorer les liens entre laideur, outrance et d\u00e9mesure. En effet, si l\u2019outrance suppose un exc\u00e8s dans l\u2019expression ou dans la forme qui vient rompre l\u2019harmonie et l\u2019\u00e9quilibre attendus, alors d\u00e9passer la mesure par la surcharge, l\u2019exag\u00e9ration ou le d\u00e9bordement permet de produire un effet de laideur. C\u2019est notamment ce que l\u2019on per\u00e7oit dans la comparaison que la narratrice fait du corps de Gloria avec celui de son amie V\u00e9ronique\u00a0: \u00ab\u00a0[Gloria] \u00e9prouve de la honte. La violence qu\u2019elle adresse aux autres finit par se retourner contre elle-m\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 marquer son corps[.]\u00a0\u00bb (Caiazzo 2020) Ce retournement de la violence contre elle-m\u00eame illustre la brutalit\u00e9 dont elle ne parvient pas \u00e0 se d\u00e9faire envers le monde et envers les autres. Toutefois, avec Gloria, Despentes ne se contente pas de renverser ou de refuser la traditionnelle beaut\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne, mais l\u2019inscrit davantage dans ce que l\u2019on a pu d\u00e9signer comme une hideur punk, subversive et contestataire, qui permet en m\u00eame temps de construire un discours critique sur la norme. Comme le souligne Caiazzo, la laideur dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> devient v\u00e9ritablement un attribut qui, pr\u00e9sent d\u00e8s l\u2019adolescence comme transgression volontaire et punissable, continue de marquer Gloria \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Gloria d\u00e9roge constamment aux canons classiques de beaut\u00e9 f\u00e9minine. Plong\u00e9e dans un monde et une classe sociale bourgeois qui ne sont pas les siens, elle op\u00e8re un retournement du stigmate (Caiazzo 2020), c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9appropriation des injures qui lui sont adress\u00e9es<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> Les adjectifs p\u00e9joratifs \u00ab\u00a0moche\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0laide\u00a0\u00bb sont ainsi r\u00e9appropri\u00e9s de mani\u00e8re contestataire, ce qui neutralise et rend \u00ab\u00a0inefficace [leur] port\u00e9e injurieuse\u00a0\u00bb (Caiazzo 2020). En effet, si Gloria reste une \u00ab\u00a0grande exclue\u00a0\u00bb (Caiazzo 2020), elle demeure tout \u00e0 la fois attirante, d\u00e9sirante et d\u00e9sir\u00e9e,\u00a0puisqu\u2019\u00c9ric reste profond\u00e9ment amoureux d\u2019elle. Sa laideur est donc ici \u00ab\u00a0revendiqu\u00e9e comme une identit\u00e9 en dehors des normes riche en potentialit\u00e9s\u00a0\u00bb (Caiazzo 2020). La beaut\u00e9, \u00e0 la fois arbitraire et socialement construite, est \u00e9galement relationnelle. Gloria est belle <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">aux yeux <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">d\u2019\u00c9ric, tandis que la laideur, elle, d\u00e9pend du regard social, d\u2019un jugement collectif. Dans cette optique, et pour reprendre encore une fois les mots de Francesca Caiazzo, \u00ab\u00a0[\u00ea]tre laide signifie alors ne pas correspondre aux attentes de ce regard\u00a0\u00bb (2020). La laideur rel\u00e8ve d\u00e8s lors de la d\u00e9mesure en ce qu\u2019elle signale un \u00e9cart par rapport \u00e0 la norme et vient perturber l\u2019\u00e9quilibre entre le visible et le d\u00e9sirable.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">De son c\u00f4t\u00e9, le r\u00e9cit de Loulou Robert prend la forme d\u2019un monologue adress\u00e9 \u00e0 l\u2019amant et aux lecteurs et lectrices et joue subtilement avec les pronoms. Un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb s\u2019adresse \u00e0 un \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb extradi\u00e9g\u00e9tique, avant de revenir \u00e0 un \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb intradi\u00e9g\u00e9tique qui place le lecteur ou la lectrice au plus pr\u00e8s de l\u2019intimit\u00e9 des protagonistes anonymes. Ce jeu participe ainsi \u00e0 la construction d\u2019identit\u00e9s floues, o\u00f9 \u00ab\u00a0Je. Tu. Il. Elle [\u2026]. \/ Je\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 9) semblent ne former plus qu\u2019un seul et m\u00eame ensemble aux contours indiscernables. Dans le roman, la protagoniste est pr\u00e9sent\u00e9e comme un personnage solitaire et m\u00e9lancolique, condamn\u00e9e, depuis les pr\u00e9mices de son existence, \u00e0 une sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 j\u2019ai respir\u00e9 puis pleur\u00e9. Puis pleur\u00e9 au lieu de respirer[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 11) Sa d\u00e9mesure se place dans le registre de l\u2019hypersensibilit\u00e9 et de l\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle, o\u00f9 souffrir devient une condition essentielle pour se sentir vivre et r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9prouver pleinement le monde. Une exp\u00e9rience que la langue rend parfois m\u00eame palpable par l\u2019utilisation de marqueurs d\u2019intensit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut mutiler. Souffrir. Encore plus profond. Sentir tout son \u00eatre. Vivante comme jamais[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 131) Ici, la succession des phrases br\u00e8ves, alternativement nominales, imp\u00e9ratives ou infinitives, cr\u00e9e un souffle hach\u00e9, saccad\u00e9, haletant qui traduit une tension extr\u00eame. La langue elle-m\u00eame mart\u00e8le, scande et donne au texte une dimension quasi corporelle\u00a0: la douleur devient rythme, pulsation, exp\u00e9rience imm\u00e9diate du vivant, comme si elle cherchait \u00e0 atteindre physiquement le lecteur ou la lectrice.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Peut-\u00eatre est-ce alors ce refus, ou m\u00eame cette incapacit\u00e9 \u00e0 se conformer, qui conduit les protagonistes \u00e0 d\u00e9fier les limites, qu\u2019elles soient spatiales, temporelles ou personnelles. Gloria aime affronter l\u2019existence en allant jusqu\u2019\u00e0 la limite de la limite, jusqu\u2019au bord du possible\u00a0: \u00ab\u00a0Elle \u00e9tait convaincue, d\u2019exp\u00e9rience, qu\u2019\u00e0 chaque fois qu\u2019elle s\u2019approcherait trop pr\u00e8s du bord, elle saurait faire marche arri\u00e8re[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 11) Dans ce passage, on pourrait dire qu\u2019elle se sent extraordinaire. \u00c9tymologiquement, le mot \u00ab\u00a0extraordinaire\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0au-del\u00e0, hors de l\u2019ordre\u00a0\u00bb (Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise 2024), et renvoie \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience limite et au d\u00e9passement de la mesure humaine. Le motif de l\u2019extraordinaire se retrouve, de fa\u00e7on beaucoup plus travaill\u00e9e, chez Robert, o\u00f9 il s\u2019oppose clairement \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne serai pas heureuse. Je serai extraordinaire[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 143) \u00catre extraordinaire implique ici un sacrifice, une forme de renoncement \u00e0 soi. Il faut choisir entre \u00eatre heureuse ou prodigieuse, les deux \u00e9tant, pour la narratrice, fondamentalement incompatibles. Dans cette perspective, la d\u00e9mesure appara\u00eet comme un mouvement, un \u00e9lan qui bouscule les formes, \u00e9branle les rep\u00e8res, pour se d\u00e9passer, advenir et, en un sens, d\u00e9-limiter ce qui n\u2019est plus en mesure de tenir dans les cadres habituels. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, la protagoniste ne peut plus tenir dans le cadre qui l\u2019a vue grandir. Sa r\u00e9gion, tout comme son cadre familial, sont un gouffre o\u00f9 elle \u00e9touffe, \u00ab\u00a0[o]\u00f9 rester est synonyme de poison\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 10). Malgr\u00e9 l\u2019amour qu\u2019elle porte \u00e0 sa famille, le monde qu\u2019elle s\u2019est construit et repr\u00e9sent\u00e9 n\u2019est pas in\u00e9branlable\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai grandi au milieu des cris mais ils ne me d\u00e9rangeaient pas. C\u2019\u00e9tait ma normalit\u00e9. [\u2026] On \u00e9tait clairement n\u00e9vros\u00e9s. Pas de secrets. [\u2026] Ma famille \u00e9tait \u00e0 vif, compl\u00e8tement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 19) Le d\u00e9terminant possessif plac\u00e9 devant l\u2019expression de la norme souligne \u00e0 la fois l\u2019arbitraire et la fragilit\u00e9 de ce cadre. De m\u00eame, la rencontre avec le gar\u00e7on, magnifique et bouleversant, op\u00e8re chez la protagoniste une v\u00e9ritable pulv\u00e9risation identitaire au cours de laquelle elle se d\u00e9compose pour mieux se recomposer\u2014une nouvelle identit\u00e9, une nouvelle fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, comme une promesse\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis d\u00e9compos\u00e9e. Les morceaux ne s\u2019embo\u00eetent plus. [\u2026] Dans ce bar, je change. Je mute. Je suis mortelle, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 n\u2019existe plus. \u00c0 pr\u00e9sent, je ne connais rien \u00e0 la suite[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 55) Dans la suite du texte, c\u2019est l\u2019intrusion de la maladie dans le cercle familial qui, cette fois-ci, \u00ab\u00a0alt\u00e8re les rep\u00e8res communs de temps, de lieux et d\u2019intrigues\u00a0\u00bb (Guyard 2006, 601). Le cancer de la m\u00e8re marque, pour la protagoniste, la limite de son propre monde, c\u2019est-\u00e0-dire celui qu\u2019elle a connu, construit et int\u00e9rioris\u00e9. Apr\u00e8s la mort de la m\u00e8re, tout l\u2019\u00e9chafaudage, d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9 par l\u2019annonce du diagnostic, s\u2019effondre\u00a0: \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re \u00e9tait morte. Juste comme \u00e7a. En une seconde. Pas une seconde infinie. Non, juste le temps de compter jusqu\u2019\u00e0 un. Je n\u2019ai pas compt\u00e9. J\u2019ai senti[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 198) De ce fait, le temps lui-m\u00eame perd sa fonction; il devient lourd et ne r\u00e8gle plus rien\u00a0: \u00ab\u00a0Tic-tac. Aiguilles d\u00e9traqu\u00e9es. Le temps n\u2019arrange rien[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 111) Par la suite, tandis qu\u2019elle croit s\u2019ancrer, elle se perd encore davantage en cherchant du r\u00e9confort aupr\u00e8s du gar\u00e7on\u00a0: \u00ab\u00a0Le temps n\u2019existe pas. Pas d\u2019horloges dans la chambre. Tu les as enlev\u00e9es. Tu ne me dis pas quel jour nous sommes. J\u2019avance \u00e0 l\u2019aveugle[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 209) Apr\u00e8s cette perte, la protagoniste est dans une d\u00e9sorientation si profonde qu\u2019elle ne parvient m\u00eame plus \u00e0 reconna\u00eetre le lieu o\u00f9 elle a grandi, tandis que le sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 radicale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re atteint son paroxysme.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Gloria, de son c\u00f4t\u00e9, grandit dans une famille o\u00f9 la violence fonctionne comme un rep\u00e8re (ou \u00ab\u00a0re-p\u00e8re\u00a0\u00bb),\u00a0puisqu\u2019elle est encore jeune lorsqu\u2019elle comprend qu\u2019elle a h\u00e9rit\u00e9 des tares de ses parents, notamment la violence de son p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Un peu des maladies de papa, un peu de celles \u00e0 maman et puis bonne chance dans le monde[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 56) Dans ce cadre, c\u2019est elle qui finit par figurer et par incarner le trouble\u00a0: \u00ab\u00a0Peur d\u2019elle. [\u2026] Elle incarnait leur c\u00f4t\u00e9 malade[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 56) Le rapport \u00e0 la folie n\u2019est d\u2019ailleurs jamais absent et se manifeste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 travers la violence du personnage, o\u00f9 l\u2019exc\u00e8s devient le sympt\u00f4me d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement int\u00e9rieur. Par ailleurs, les termes pour signifier la folie Gloria abondent\u00a0: c\u2019est une \u00ab\u00a0pauvre folle\u00a0\u00bb (Despents 2006, 27), \u00ab\u00a0une dingue\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 36) ou encore \u00ab\u00a0une fille psychopathe, \u00e7a fait toujours de l\u2019effet\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 93). On observe pourtant paradoxalement la r\u00e9currence du concept de \u00ab\u00a0lucidit\u00e9\u00a0\u00bb. Ainsi, chez Gloria, cette violence semble en m\u00eame temps \u00eatre l\u2019une des conditions <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">sine qua non<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> pour atteindre le calme, comme le montre ce passage\u00a0: \u00ab\u00a0Comme apr\u00e8s chaque d\u00e9flagration, elle est particuli\u00e8rement calme, lucide, et honteuse[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 11) Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, ce m\u00eame concept de lucidit\u00e9 flirte toujours avec celui de la violence\u00a0: \u00ab\u00a0Ta main part. Je n\u2019ai pas mal. Voil\u00e0 du sang. Coupure au coin de la l\u00e8vre. Je go\u00fbte. La v\u00e9rit\u00e9\u00a0? Je suis lucide. [\u2026] Je suis plus dingue que toi[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 181) La narratrice pose ici une douloureuse question\u00a0: qui est le plus fou ou la plus folle? Celui qui inflige la violence, ou celle qui s\u2019y blottit? Alors finalement, comme pouss\u00e9 au bord, le sujet \u00ab\u00a0vit tout \u00e0 la fois la terreur d\u2019y sombrer et la n\u00e9cessit\u00e9 inverse d\u2019y pallier\u00a0\u00bb (Guyard 2006, 604), tout en restant enferm\u00e9 dans une familiarit\u00e9 de la souffrance qui lui sert, singuli\u00e8rement, de rep\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><b><\/b><\/p>\n<h3><b>D\u00e9mesure \u00e9motionnelle et sensorielle<\/b><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">De mani\u00e8re beaucoup plus remarquable, la d\u00e9mesure se manifeste dans ces deux textes au niveau des sentiments, des \u00e9motions et des sensations. Ainsi prise dans le registre des sentiments et des \u00e9motions, la d\u00e9mesure peut se r\u00e9v\u00e9ler explosive ou, au contraire, prendre la forme d\u2019une absence \u00e9trange, d\u2019une opacit\u00e9, d\u2019une retenue \u00e0 la limite du supportable\u00a0: ne rien dire, et pourtant tout faire vaciller. Elle d\u00e9signe en ce sens la tension latente entre ce qui est attendu, cod\u00e9, mesur\u00e9, accept\u00e9, et ce qui d\u00e9borde, sature, conteste, explose. Sur le plan des sensations, elle se traduit par un corps submerg\u00e9 par de multiples \u00e9tats\u00a0: cris, pleurs, silence ou encore sid\u00e9ration. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, Gloria vit ses \u00e9motions de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e, explosive, intense et, de ce fait, les subit. L\u2019intensit\u00e9 de sa rage et de sa col\u00e8re se trouve constamment d\u00e9cupl\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 son paroxysme. Tout au long du roman, ses r\u00e9actions fortes rythment, voire orientent le r\u00e9cit. Elles sont, de surcro\u00eet, amplifi\u00e9es par le proc\u00e9d\u00e9 de la gradation, qui passe ici du moindre \u00e0 la totalit\u00e9\u2014\u00ab\u00a0J\u2019ai p\u00e9t\u00e9 deux trois trucs, dans la foul\u00e9e\u2026 Ouais, j\u2019ai un peu tout p\u00e9t\u00e9 chez lui, en fait\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 23)\u2014ou par le choix de verbes et d\u2019images qui expriment la violence de l\u2019\u00e9motion, ou du rythme, comme dans ce passage o\u00f9 la rupture syntaxique cr\u00e9e l\u2019impression que la phrase elle-m\u00eame \u00e9touffe\u00a0: \u00ab\u00a0Elle suffoque de rage, palpitations d\u00e9sordonn\u00e9es[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 26) Cette derni\u00e8re formule frappe particuli\u00e8rement puisque la rage de Gloria semble alt\u00e9rer ses fonctions vitales, soit la r\u00e9gularit\u00e9 de ses battements de c\u0153ur. Si la protagoniste de Despentes est consciente de ses comportements, sa lucidit\u00e9 se heurte constamment \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de ses \u00e9motions\u00a0: \u00ab\u00a0[Q]u\u2019elle le prenne d\u2019un point de vue \u00e9thique, pragmatique ou logique, cette manie de vouloir se cogner avec tout le monde n\u2019engendrera jamais rien de bon, bien au contraire\u00a0: que des emmerdes[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 13) Au fil de l\u2019intrigue, les affects de Gloria s\u2019intensifient jusqu\u2019\u00e0 devenir in\u00e9vitables et incontr\u00f4lables\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">[E]lle ne contr\u00f4le plus. Avant, \u00e7a lui arrivait de s\u2019\u00e9nerver, de temps \u00e0 autre et \u00e7a faisait rire tout le monde, \u00e7a la rendait plut\u00f4t\u2026 sympathique, dans un genre un peu atypique. [\u2026] Seulement, c\u2019est pass\u00e9 de col\u00e9rique folklo \u00e0 pauvre dingue dangereuse. Et c\u2019est pass\u00e9 de quelquefois dans l\u2019ann\u00e9e \u00e0 tous les jours elle remet \u00e7a. (Despentes 2006, 28)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">D\u2019abord per\u00e7ue comme un trait de caract\u00e8re singulier, cette tendance \u00e0 la perte de contr\u00f4le s\u2019aggrave progressivement en un d\u00e9r\u00e8glement profond, o\u00f9 chaque \u00e9motion devient le potentiel d\u00e9clenchement d\u2019une nouvelle crise\u00a0:<\/span><\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">[E]lle se jure de ne pas recommencer. Mais c\u2019est un court-circuit interne, \u00e7a se passe \u00e0 son insu. Il y a un bouton que la moindre contrari\u00e9t\u00e9 enfonce, et ensuite c\u2019est les hurlements. Elle assiste, impuissante, \u00e0 sa propre mise \u00e0 sac. (Despentes 2006, 221)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En r\u00e9alit\u00e9, Gloria y a m\u00eame pris go\u00fbt. Cette violence est devenue une part constitutive d\u2019elle-m\u00eame, bien qu\u2019elle n\u2019en demeure pas moins un \u00ab\u00a0sale plaisir d\u00e9gradant, dangereux, qui lui fait honte. Un sale plaisir hyperpuissant\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 28). Encore une fois, la force de l\u2019\u00e9motion se r\u00e9active pour parvenir \u00e0 se dire, c\u2019est-\u00e0-dire pour exprimer ce que Gloria ressent. Mais celle-ci se retrouve constamment d\u00e9pass\u00e9e par une violence qui se dirige autant vers les autres qu\u2019elle se retourne contre elle-m\u00eame, rendant la plupart \u2013 si ce n\u2019est toutes \u2013 ses interactions sociales, et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">a fortiori<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> ses relations sentimentales, quasiment impossibles. Malgr\u00e9 le soutien d\u2019\u00c9ric et tout ce qu\u2019il lui apporte, il semble que la seule pr\u00e9sence de Gloria suffise \u00e0 \u00ab\u00a0fai[re] d\u00e9sordre o\u00f9 qu\u2019elle aille\u00a0\u00bb (Caiazzo 2020).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour la protagoniste de Robert, le monde commence \u00e0 vaciller lorsqu\u2019elle rencontre le gar\u00e7on. Pourtant, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de huit ans, elle se fait la promesse de partir, un jour, quelque part, ailleurs, pour aimer, \u00ab\u00a0pour aimer \u00e0 en crever\u00a0\u00bb (Robert 2018b), pour ressentir, pour souffrir, mais surtout pour vivre. Sa vie reste ainsi marqu\u00e9e par la solitude, jusqu\u2019au jour de leur rencontre\u00a0: c\u2019est \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 que le r\u00e9cit, qui \u00e9tait jusqu\u2019ici ancr\u00e9 dans le pass\u00e9, bascule dans le pr\u00e9sent. Ce pr\u00e9sent la rattrape, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en tombant \u00e9perdument amoureuse que la narratrice se met v\u00e9ritablement \u00e0 ressentir, sur sa peau et dans sa chair. Mais de cette relation \u00e9merge progressivement une dynamique toxique. La narratrice et le gar\u00e7on s\u2019aiment \u00e0 la folie. Elle, du mieux qu\u2019elle peut. Lui, \u00e0 sa mani\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire mal.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, l\u2019amour fait \u00e9merger un rapport \u00e0 la douleur particulier, \u00e0 la fois insensible et sans limite. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, c\u2019est un rapport initialement auto-protecteur que la protagoniste de Robert entretient avec sa douleur\u00a0: \u00ab\u00a0Je pensais que ma douleur me prot\u00e9gerait de toutes les autres. Je pensais \u00eatre forte. Plus forte[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 9). Elle l\u2019envisage comme un choix assum\u00e9 et pleinement conscient, fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9quation \u00ab\u00a0ressentir = souffrir = vivre\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai choisi de ressentir. J\u2019ai choisi de souffrir. \u00c0 partir de l\u00e0, je suis condamn\u00e9e \u00e0 cette histoire[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 10) De sa solitude, elle souffre tout en s\u2019y complaisant, et, dans son \u00e9chelle de la douleur, vivre constitue la plus grande des afflictions. Alors, pour la narratrice, sa solitude et sa singularit\u00e9 ne sont plus que les composantes d\u2019une seule et m\u00eame armure\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait ma mani\u00e8re de me prot\u00e9ger. Accentuer ma diff\u00e9rence afin de la normaliser. Ne pas \u00eatre approch\u00e9e. Mon armure sous laquelle j\u2019\u00e9tais \u00e0 vif. [\u2026] Chaque mouvement comme une douleur insoutenable[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 16) Pourtant, au fil du roman, son rapport avec la douleur se transforme face \u00e0 la nouvelle douleur que lui provoque la maladie de sa m\u00e8re. C\u2019est une douleur qu\u2019elle ne contr\u00f4le pas, qu\u2019elle n\u2019a jamais choisi et qu\u2019elle ne parvient donc pas \u00e0 accepter. Ne sachant plus comment agir ni r\u00e9agir, sa douleur se change en d\u00e9sarroi, dans un rapport o\u00f9 culmine une intensit\u00e9 d\u00e9vastatrice.\u00a0C\u2019est une douleur qui envahit et engloutit son monde, elle y comprise\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019arr\u00eate pas de pleurer et les murs ne supportent pas ma douleur\u00a0? L\u2019immeuble s\u2019effondre[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 31).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Au contraire, dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, Gloria entretient d\u2019abord un rapport autodestructeur \u00e0 la douleur, mais plus encore, il s\u2019agit pour elle d\u2019une fa\u00e7on de briller, de se distinguer des autres, de s\u2019individualiser\u00a0et, en un sens, de se cr\u00e9er\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a des gens qui se torturent mieux que d\u2019autres. Dans cette cat\u00e9gorie, au moins, elle se sent championne absolue\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 22). L\u2019ironie superlative souligne ici l\u2019amertume de son constat\u00a0: bonne \u00e0 rien, elle n\u2019excelle qu\u2019\u00e0 souffrir et \u00e0 faire souffrir. Aucune am\u00e9lioration\u2014c\u2019est-\u00e0-dire aucune diminution ou att\u00e9nuation de ces crises\u2014ne semble v\u00e9ritablement possible pour elle\u00a0: \u00ab\u00a0La douleur ne se fait pas moins intense avec l\u2019\u00e2ge, au contraire. Mais elle sait qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire \u00e0 part attendre, jour apr\u00e8s jour, que cela devienne supportable. Encore un truc bris\u00e9, comme d\u2019hab, encore un truc rat\u00e9[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 17) L\u2019utilisation de l\u2019expression populaire \u00ab\u00a0comme d\u2019hab\u00a0\u00bb, encadr\u00e9e dans la phrase par la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019adverbe \u00ab\u00a0encore\u00a0\u00bb, marque la pr\u00e9pond\u00e9rance de la souffrance dans la vie de la protagoniste\u00a0: une souffrance qui ne dispara\u00eet jamais mais qui devient seulement tol\u00e9rable avec le temps. \u00c0 cette d\u00e9mesure \u00e9motionnelle s\u2019ajoute ainsi le sentiment de la fatalit\u00e9, intimement li\u00e9 \u00e0 la personnalit\u00e9 de Gloria. L\u2019image de la main gant\u00e9e, assimilable \u00e0 la main du destin, illustre d\u2019ailleurs cette id\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Enrag\u00e9e, engrainant. Rattrap\u00e9e, en m\u00eame temps, par une esp\u00e8ce de main g\u00e9ante, lev\u00e9e au-dessus d\u2019elle, qui obscurcit tous les points de vue. Un jour, cette main l\u2019emportera[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 220)<\/span><\/p>\n<p><b><\/b><\/p>\n<h3><b>La violence\u00a0: entre fardeau et fondation<\/b><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il ne s\u2019agit pourtant, \u00e0 aucun moment, de renoncer ni la violence ni \u00e0 la douleur\u00a0: elles sont, en m\u00eame temps qu\u2019un supplice, deux composantes essentielles et constitutives de ces personnages. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, la protagoniste revendique une fonction de la douleur\u00a0: \u00ab\u00a0[P]our rien au monde, je n\u2019aurais \u00e9chang\u00e9 ma place. Ma douleur me rendrait plus forte. Elle me pousserait \u00e0 partir. Elle faisait de moi un \u00eatre unique[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 17) Pour Gloria, la violence et la douleur, famili\u00e8res et donc rassurantes, forment des constantes dans sa vie tout en nourrissant paradoxalement son instabilit\u00e9 et sa col\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Sa fureur et douleur, d\u00e9ploy\u00e9es dans la pi\u00e8ce, qui \u00e9taient apparues famili\u00e8res et hautement estimables[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 125) La douleur fa\u00e7onne et envahit v\u00e9ritablement l\u2019existence et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du personnage de Despentes. C\u2019est ce qu\u2019\u00c9ric, lui aussi au bord du gouffre, tente de faire comprendre \u00e0 Gloria\u00a0: \u00ab\u00a0TA douleur, la seule qui compte ici, t\u2019as le monopole, c\u2019est toi la seule qui souffres s\u00e9rieusement. [\u2026] TON identit\u00e9, TA douleur. Y a que \u00e7a[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 231) La douleur de Gloria se r\u00e9v\u00e8le plus que profonde\u00a0: elle est identitaire, quasi-ontologique, si bien qu\u2019elle finit par avoir raison de la force vitale de son entourage. \u00c9ric est \u00ab\u00a0fatigu\u00e9, embrouill\u00e9, se sent \u00e9touff\u00e9 depuis des semaines. Trop de hurlements, de douleur qu\u2019il est impuissant \u00e0 soulever[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 241) La m\u00e9lodie des deux phrases, rythm\u00e9es par une allit\u00e9ration en \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb qui rend la sonorit\u00e9 trainante, traduit cette lassitude ainsi que l\u2019\u00e9puisement qu\u2019il ressent. De plus, chez Gloria, col\u00e8re et douleur se confondent\u00a0en une seule et m\u00eame \u00e9motion, si violente et poignante qu\u2019elle ne sait plus distinguer un sentiment de l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Gloria s\u2019\u00e9trangla sans, sans pouvoir discerner s\u2019il s\u2019agissait de rage ou de douleur[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 134) Et si cette douleur extraordinaire, \u00ab\u00a0spectaculaire\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 136), tend parfois \u00e0 se stabiliser, c\u2019est \u00e9videmment, encore une fois, au point paroxystique de la souffrance personnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Elle \u00e9tait d\u00e9chiquet\u00e9e, \u00e7a faisait tellement mal d\u2019\u00eatre dans sa peau \u00e0 elle qu\u2019elle ne sentait plus aucune variation dans la douleur[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 137) De m\u00eame, face \u00e0 une douleur incontr\u00f4lable, la narratrice de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> n\u2019entrevoit qu\u2019une seule issue\u00a0: celle de la violence. On observe ainsi une progression dans la brutalit\u00e9, notamment visible dans la forme grammaticale utilis\u00e9e\u2014\u00ab\u00a0Je suis vengeance\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 14)\u2014, comme si cette brutalit\u00e9 venait englober l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 de la narratrice, de son \u00eatre,\u00a0comme si elle endossait d\u00e8s lors un r\u00f4le. Enfin, on remarque que dans le roman de Despentes se d\u00e9ploie une v\u00e9ritable esth\u00e9tique du cri et de la crise. Le cri y appara\u00eet comme l\u2019expression de la douleur, mais aussi comme un appel n\u00e9cessaire lorsque les mots se r\u00e9v\u00e8lent insuffisants, soit parce qu\u2019ils sont eux-m\u00eames impuissants, soit parce que la voix ne porte pas\u00a0: \u00ab\u00a0Alors, incapable de s\u2019en emp\u00eacher, elle a ouvert la bouche en grand et recommenc\u00e9 de hurler. Cri rauque prenant source d\u2019un point si bas en son corps qu\u2019elle n\u2019en soup\u00e7onnait pas l\u2019existence[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 51) Chez Gloria, le cri devient l\u2019expression la plus \u00e9lev\u00e9e de la crise, au-dessus du langage, au-dessus des larmes.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Entre des amours et une col\u00e8re port\u00e9es \u00e0 leur paroxysme, le ventre s\u2019\u00e9rige en espace interm\u00e9diaire, capable d\u2019abriter deux \u00e9lans contraires \u00e0 la fois dans un vertige naus\u00e9eux. Il devient alors le th\u00e9\u00e2tre du d\u00e9cha\u00eenement des passions, le rep\u00e8re d\u2019une forme d\u2019hybris \u00e9motionnelle. Chez Gloria, la rage se concentre dans son ventre\u00a0: \u00ab\u00a0Dans sa chambre sur le dos, elle regardait le plafond et faisait tourner sa rage sa peur sa honte sa frustration autour de son nombril, une \u00e9nergie bien noire[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 58) Par ailleurs, lorsque son producteur cherche \u00e0 lui imposer certains choix concernant son sc\u00e9nario et qu\u2019elle tente de contenir sa col\u00e8re, toute sa rage vient se loger dans le creux de son abdomen : \u00ab\u00a0elle reste calme, se tait. Tout ce qui est raval\u00e9 pourrit au fond de son ventre et lui moisit la vie. Et c\u2019est elle-m\u00eame qu\u2019elle apprend \u00e0 d\u00e9tester[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 215) En r\u00e9alit\u00e9, faire \u00e9clater l\u2019agressivit\u00e9 que Gloria couve en elle appara\u00eet comme l\u2019un des seuls moyens de ne pas sombrer, de ne pas pourrir int\u00e9rieurement\u2014int\u00e9gralement. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le ventre est aussi le lieu de la douleur, notamment lors du viol que le gar\u00e7on fait subir\u00a0\u00e0 la protagoniste : \u00ab\u00a0Quelque chose me blesse. Me saigne. Loin dans mon ventre, il va chercher. Des mouvements. Va-et-vient. [\u2026] Tu penses que je dors. Je veux dormir mais je ne peux pas. La douleur m\u2019en emp\u00eache et je ne comprends pas[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 210) La m\u00e9taphore de l\u2019appareil digestif permet de dire \u00e0 la fois la souillure qui la traverse en m\u00eame temps que la possibilit\u00e9 de sa purification\u00a0: \u00ab\u00a0Les doigts viennent s\u2019enfoncer dans ma gorge. Allez, s\u2019il te pla\u00eet. Le corps comprend. L\u2019estomac se contracte. Plus fort. Il se vide. [\u2026] Il ne doit plus rien rester[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 212) Paradoxalement, le ventre est en m\u00eame temps le lieu du sentiment passionnel et amoureux. En route pour rejoindre \u00c9ric \u00e0 Paris, Gloria ressent un \u00ab\u00a0joli chaos fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 156) fraichement log\u00e9 dans le creux de son ventre. C\u2019est donc aussi l\u00e0 que viennent se loger, pour le personnage de Despentes, les \u00e9motions\u00a0qui lui permettent de se sentir (v)ivre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">On pourrait alors dire que les personnages f\u00e9minins de ce corpus se forgent une identit\u00e9 sc\u00e9nique en mettant en sc\u00e8ne leur propre <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">persona<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e0 travers les d\u00e9mesures qu\u2019elles affectionnent. Le style vestimentaire de Gloria en est un exemple frappant\u00a0: Despentes accorde une r\u00e9elle importance aux tenues de son personnage, qu\u2019elle d\u00e9crit parfois m\u00eame \u00e0 la limite du th\u00e9\u00e2tral, dans une forme de mise en sc\u00e8ne de soi, ce que Mich\u00e8le A. Schaal qualifie de \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne vestimentaire hyperbolique\u00a0\u00bb (2012, 56). Or, comme elle le rappelle ensuite, dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, \u00ab\u00a0toute d\u00e9viation ou exag\u00e9ration par rapport \u00e0 la norme tombe dans l\u2019inintelligibilit\u00e9 et g\u00e9n\u00e8re la condamnation sociale\u00a0\u00bb (Schall 2012, 56). Ainsi, lorsque Gloria est intern\u00e9e et interrog\u00e9e par le psychiatre charg\u00e9 de son \u00e9valuation, l\u2019apparence marginale qu\u2019elle affiche\u2014\u00e0 la fois dans son style vestimentaire et dans sa posture\u2014provoque le rejet de ses conceptions et conduit le psychiatre \u00e0 l\u2019interner de force. De ce fait, ce sont en m\u00eame temps leurs outrances qui d\u00e9sorientent ces personnages, puisqu\u2019elles les conduisent v\u00e9ritablement \u00e0 l\u2019errance. Anne Winter propose une d\u00e9finition int\u00e9ressante\u00a0de l\u2019errant\u00a0: \u00ab\u00a0celui qui s\u2019\u00e9gare et se m\u00e9prend, [qui] va de\u00e7\u00e0, del\u00e0, fait fausse route comme suspendu dans un espace autre [\u2026], sans destination pr\u00e9cise ou pr\u00e9\u00e9tablie[.]\u00a0\u00bb (2010, 66)\u00a0 Dans leur errance, les deux personnages f\u00e9minins principaux de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, cet espace excentr\u00e9, presque \u00e0 part, o\u00f9 se retrouvent ceux et celles qui ne correspondent plus vraiment au monde ext\u00e9rieur. L\u2019internement de Gloria ne se fait d\u2019ailleurs pas sans heurts\u00a0: \u00ab\u00a0[C]omme rien ne bougeait, elle a pris le parti de continuer de hurler \u2013 sans arr\u00eat, mais en se lan\u00e7ant contre les murs\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 49). Pour Gloria, son entr\u00e9e au CHU de Brabois le 29 d\u00e9cembre 1985 marque une fissure, une rupture, un effondrement, et conduit \u00e0 un remodelage de sa personnalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Une autre Gloria la remplacerait, qui ferait semblant d\u2019\u00eatre la m\u00eame, avec des morceaux de c\u0153ur en moins et un cerveau p\u00e9t\u00e9 en deux[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 50-51) L\u2019expression qu\u2019elle utilise pour parler de son s\u00e9jour permet de dire, tout en le renfor\u00e7ant, le sentiment de condamnation qu\u2019elle \u00e9prouve\u00a0: elle est en \u00ab\u00a0prison psychiatrique\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 59). Gloria y vit par ailleurs une exp\u00e9rience chimique de la psychiatrie, o\u00f9 le soin se r\u00e9sume \u00e0 la formule \u00ab\u00a0r\u00e9clusion et m\u00e9dication\u00a0\u00bb dans lequel tout est mis en place pour que les patients et patientes ne soient purement et simplement \u00ab\u00a0plus en mesure\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 51) de ressentir, de r\u00e9agir, ni m\u00eame de vivre correctement. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, l\u2019internement de la protagoniste agit \u00e9galement sur son identit\u00e9 et ses repr\u00e9sentations\u2014celle que les autres ont d\u2019elle, mais aussi celle qu\u2019elle se fait d\u2019elle-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais d\u00e9finitivement d\u00e9glingu\u00e9e. Pour les ados, un objet myst\u00e9rieux encore non identifi\u00e9. Pour les parents, une mauvaise fr\u00e9quentation[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 16-17)\u00a0Le vocabulaire utilis\u00e9 marque ainsi v\u00e9ritablement l\u2019\u00e9cartement et la diff\u00e9rence par rapport \u00e0 une norme, ce qui ne fait que renforcer la solitude initiale de la protagoniste.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la d\u00e9mesure rel\u00e8ve de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la norme, elle est une fa\u00e7on de refuser l\u2019\u00e9quilibre attendu, de d\u00e9ranger les cadres (moraux, affectifs), de forcer \u00e0 l\u2019inconfort\u00a0et de pousser un cri. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, la vie de Gloria est envisag\u00e9e comme une f\u00eate d\u00e9cha\u00een\u00e9e, sans but ni fin, sans r\u00e8gles. La th\u00e9matique de la d\u00e9mesure s\u2019articule notamment autour de la boisson et prend le contrepied de la mesure et de la temp\u00e9rance de la mod\u00e9ration. Gloria est alcoolique et boit excessivement. Rester sobre devient pour elle synonyme d\u2019ind\u00e9cence : \u00ab\u00a0Son foie r\u00e9clame cl\u00e9mence, compr\u00e9hension et repos. Mais, vu comment la journ\u00e9e tourne, rester lucide serait d\u00e9plac\u00e9[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 17)Parall\u00e8lement \u00e0 cela, la th\u00e9matique d\u2019une consommation effr\u00e9n\u00e9e de plaisirs et d\u2019une jouissance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re transpara\u00eet dans les nombreuses sc\u00e8nes de sexe pr\u00e9sentes dans les deux romans. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le gar\u00e7on se r\u00e9v\u00e8le m\u00eame \u00eatre d\u00e9pendant de sexe, et va jusqu\u2019\u00e0 violer la narratrice apr\u00e8s l\u2019avoir mise sous s\u00e9datif. Alors, se pose peut-\u00eatre ici la question d\u2019un soi v\u00e9ritablement enferm\u00e9 derri\u00e8re les barreaux de l\u2019exc\u00e8s. Chez Despentes, Gloria ne parvient \u00e0 aucun moment \u00e0 contr\u00f4ler sa fureur, tandis que la protagoniste de Robert se retrouve prisonni\u00e8re d\u2019un exc\u00e8s de soumission\u00a0: par amour, elle s\u2019est laiss\u00e9 prendre dans\u00a0les filets du gar\u00e7on. Par ailleurs, alors qu\u2019\u00c9ric se conforme \u00e0 un mode de vie bourgeois, gouvern\u00e9 par les exigences de ses parents, Gloria se retrouve \u00ab\u00a0prisonni\u00e8re de sa r\u00e9bellion. Sa marginalit\u00e9 l\u2019emp\u00eache de se prot\u00e9ger [\u2026] tant sur le plan \u00e9conomique que sur le plan \u00e9motionnel\u00a0\u00bb (Schaal 2012, 58). Finalement, si les termes \u00ab\u00a0jouir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0souffrir\u00a0\u00bb apparaissent au premier abord comme des antonymes, il est \u00e9vident que nos protagonistes trouvent \u00e0 jouir (dans les deux acceptions du terme) de cette souffrance et qu\u2019elles peinent \u00e0 s\u2019en d\u00e9faire. On peut alors se demander s\u2019il ne s\u2019agit pas m\u00eame pour elles, et pour reprendre l\u2019expression de Hardouin-Zanardi (2024) de \u00ab\u00a0jouir de souffrir\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><b><\/b><\/p>\n<h3><b>Vivre trop grand, vibrer trop fort, \u00e9crire encore<\/b><\/h3>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ceci nous am\u00e8ne, dans cette derni\u00e8re partie, \u00e0 aborder une autre tendance dans les deux romans\u00a0: la d\u00e9mesure de vivre, entendue comme un rapport \u00e0 la vie fort et puissant, mais aussi sans frein, sans mesure et sans s\u00e9curit\u00e9\u2014\u00e0 la fois dans l\u2019exc\u00e8s et dans le danger de la dissolution, car trop vivre, c\u2019est aussi risquer de ne pas durer, de se consumer et de se perdre dans le chaos des sensations. Dans le r\u00e9cit secondaire de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le jeune couple que forment \u00c9ric et Gloria se lance dans un voyage dont le but affirm\u00e9 est celui d\u2019un \u00ab\u00a0anti-apprentissage de la soci\u00e9t\u00e9 dominante\u00a0\u00bb (Schaal 2012, 52). Toutefois, Despentes r\u00e9v\u00e8le par la m\u00eame occasion toute la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 laquelle s\u2019exposent ces deux personnages lorsqu\u2019il et elle font face au fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 dominante. En particulier, l\u2019autrice montre ce que Schaal nomme les \u00ab\u00a0effets pervers de l\u2019anti-apprentissage du jeune couple lors de leur qu\u00eate punk\u00a0\u00bb (2012, 58). Si cette exp\u00e9rience permet aux deux jeunes de vivre de mani\u00e8re alternative pendant quelques mois et de contester de mani\u00e8re forte les d\u00e9cisions parentales, la \u00ab\u00a0\u201fvraie vie\u201d finit toujours par rattraper ses membres et ceux-ci, peu pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, se retrouvent pr\u00e9caris\u00e9s, \u00e0 la fois psychiquement et mat\u00e9riellement\u00a0\u00bb (Schall 2012, 58). Pour la protagoniste de Robert, la vie n\u2019est ainsi ressentie que dans ce qui d\u00e9borde et explose. C\u2019est une vie de la douleur et de la lourdeur, une vie d\u2019inqui\u00e9tude, dans la peur et le manque\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pourquoi il n\u2019y a qu\u2019avec toi que je me sens en s\u00e9curit\u00e9 ? Pourquoi il n\u2019y a qu\u2019avec toi que j\u2019ai peur ? Je ne comprends pas. [\u2026] J\u2019ai du mal \u00e0 respirer. Avec toi, toujours un poids sur ma poitrine. C\u2019est noir. C\u2019est tellement noir. [\u2026] Avec toi, je ne suis pas heureuse. Sans toi, j\u2019ai l\u2019impression de mourir. Je ne me suis jamais autant sentie vivante. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 toi. (Robert 2018a, 131)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">On l\u2019a dit, la narratrice vit au rythme de l\u2019\u00e9quation\u00a0\u00ab\u00a0souffrir = ressentir = vivre\u00a0\u00bb, parce qu\u2019il n\u2019y a que de cette mani\u00e8re qu\u2019elle pourra devenir extraordinaire. Il est alors int\u00e9ressant de noter qu\u2019ici la d\u00e9mesure ne signifie plus forc\u00e9ment le chaos\u00a0:\u00a0elle est aussi porteuse d\u2019une \u00e9nergie vitale. En revanche, l\u2019\u00e9l\u00e9ment recelant la part de t\u00e9n\u00e8bres appara\u00eet au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on commence \u00e0 d\u00e9couvrir ce que cache l\u2019individu au fond de lui, et les protagonistes de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> illustrent bien ces deux perspectives. En effet, ce livre raconte le cheminement et l\u2019\u00e9volution d\u2019une jeune fille qui grandit et se construit dans la violence et la noirceur de son premier amour, et qui parvient \u00e0 \u00ab\u00a0tirer de la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb en se r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 elle-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Tr\u00e8s bien mon amour, j\u2019accepte, tu vas me rendre monstrueuse et je vais en tirer de la lumi\u00e8re[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018b) Bien plus qu\u2019une mani\u00e8re de vivre \u00e0 rebours, il faudrait peut-\u00eatre davantage envisager la d\u00e9mesure comme une forme d\u2019\u00e9nergie \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut et \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur, comme une \u00e9nergie int\u00e9rieure \u00e0 laquelle nous donnerions forme, que nous mod\u00e8lerions dans le but de l\u2019amener au-devant d\u2019une sc\u00e8ne\u2014th\u00e9\u00e2trale, litt\u00e9raire (Gayot 2018). On peut noter ici, par exemple, que la m\u00e9taphore th\u00e9\u00e2trale revient tr\u00e8s souvent dans les deux textes, comme s\u2019il s\u2019agissait en r\u00e9alit\u00e9 pour les personnages de parvenir \u00e0 cerner la violence et le chaos \u00e9motionnel dont elles sont le th\u00e9\u00e2tre et qui se r\u00e9v\u00e8le aussi tenace que difficile \u00e0 cerner (Guyard 2006, 596). Les personnages de ce corpus sont peut-\u00eatre, alors, moins obnubil\u00e9<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">s par la violence en elle-m\u00eame que par la \u00ab\u00a0difficult\u00e9 de la cerner, malgr\u00e9 l\u2019insistante n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en prendre exactement la mesure\u00a0\u00bb (Guyard 2006, 597).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les deux r\u00e9cits fa\u00e7onnent ainsi une esth\u00e9tique de l\u2019exc\u00e8s\u00a0o\u00f9 l\u2019infiltration du d\u00e9sir et de la passion dans la langue \u00e9labore l\u2019ambivalence du discours. Ainsi, le r\u00e9cit de Loulou Robert semble prendre exemple sur une dramaturgie int\u00e9rieure de la fragmentation,\u00a0avec un style hach\u00e9, percutant et frappant. De plus, l\u2019utilisation de la premi\u00e8re personne du singulier permet de renforcer l\u2019expression de l\u2019\u00e9motion brute et nue, parfois m\u00eame \u00e0 la limite de l\u2019impudique. La construction narrative approche elle aussi \u00e0 certains moments le chaotique et la dislocation. Les tournures \u00ab\u00a0rien que\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0toujours ensemble\u00a0\u00bb qui exprimaient l\u2019union amoureuse\u2014\u00ab\u00a0Je danse pour toi, avec toi. Jamais seule. On fait l\u2019amour partout et tout le temps. [\u2026] Toujours \u00e0 deux. [\u2026] Tout ensemble\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 138-139)\u2014finissent par signifier \u00e9galement la discordance, le d\u00e9tachement, la rupture\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a rien de grave si ce n\u2019est ton visage. Toujours en souffrance. Avec toi, tout est dramatique. Il n\u2019y a rien. Tout va bien. Mais non, toujours cette intensit\u00e9. [\u2026] Tu es une trag\u00e9die \u00e0 toi tout seul[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 155) Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, les r\u00e9p\u00e9titions, les hyperboles et l\u2019utilisation d\u2019images d\u00e9cal\u00e9es permettent elles aussi de dire la d\u00e9mesure et de l\u2019installer durablement dans le texte. On y retrouve par ailleurs l\u2019esth\u00e9tique \u00ab\u00a0despentienne\u00a0\u00bb avec notamment la nature transgressive des \u00e9crits de l\u2019autrice. La mani\u00e8re dont Gloria d\u00e9crit Nancy au d\u00e9but du texte en est un exemple frappant\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais rien de mal foutu, de traviole ou de surprenant. Le long des rues dor\u00e9navant, plus une seule vitrine ne d\u00e9tonne [\u2026]. C\u2019est morbide et glac\u00e9, comme marcher dans une morgue de couleurs vives[.]\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 12) Par une comparaison choc, le lecteur ou la lectrice mesure l\u2019exc\u00e8s dans le regard du personnage, et adopte sa mani\u00e8re d\u2019examiner et de mesurer les \u00e9l\u00e9ments qui l\u2019entourent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0, et pour cela, que l\u2019\u00e9criture et la litt\u00e9rature prennent place au centre de ces \u0153uvres. Si l\u2019\u00e9criture n\u2019adoucit, ne filtre, ne ma\u00eetrise ou ne canalise pas, elle devient un espace o\u00f9 le sujet se dit sans masque, sans fard et sans filtre. Un espace o\u00f9 la langue est libre de se fracturer pour dire l\u2019indicible, de s\u2019hachurer et de se buter, mais aussi de rester au plus pr\u00e8s du brut, du r\u00e9el, sans anesth\u00e9sie. Dans un entretien, Virginie Despentes explique son rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019une mani\u00e8re analogue\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est vraiment prendre le pouvoir. Au moment d\u2019\u00e9crire il faut vraiment prendre le pouvoir[.]\u00a0\u00bb (Picouly 2010) Il en est de m\u00eame pour l\u2019h\u00e9ro\u00efne du roman de Robert,\u00a0qui se met \u00e0 \u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment pour se raccrocher \u00e0 une nouvelle r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0elle va se mettre \u00e0 exister et \u00e0 \u00eatre qui elle est[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018b) C\u2019est m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture qu\u2019elle parvient \u00e0 reprendre le pouvoir sur ce gar\u00e7on qu\u2019elle aime, mais qui la maltraite. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture, elle acc\u00e8de enfin \u00e0 un espace o\u00f9 il lui est possible de s\u2019affirmer puisque, ce faisant, elle p\u00e9n\u00e8tre sur un terrain que le gar\u00e7on voulait lui aussi conqu\u00e9rir\u00a0: \u00ab\u00a0Tu n\u2019\u00e9cris pas. Moi, si. Tu d\u00e9testes cette v\u00e9rit\u00e9. Elle te renvoie \u00e0 toi. \u00c0 ce que tu ne fais pas[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 145) Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en \u00ab\u00a0privant l\u2019oppresseur de ses marques de domination, [qu\u2019]elle le rend impuissant. Et c\u2019est par ce biais que la lib\u00e9ration est possible\u00a0\u00bb (Hardouin-Zanardi 2024). Le personnage f\u00e9minin acquiert ainsi, au fur et \u00e0 mesure du roman, une connaissance de soi, de ses d\u00e9sirs et de son corps qui la lib\u00e8re. C\u2019est de cette mani\u00e8re qu\u2019elle fait l\u2019exp\u00e9rience de ses limites, rencontre ses d\u00e9fauts et assume ce qu\u2019elle est. Elle se d\u00e9tache ainsi peu \u00e0 peu de la fusion nocive dans laquelle son couple avait pris racine. Elle \u00e9crit pour resignifier, pour donner du sens \u00e0 la douleur et pour que, comme l\u2019angoisse, celle-ci ne soit pas vaine\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais le lien. Cette douleur n\u2019\u00e9tait pas vaine. Elle a un sens[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 133) La douleur auto-protectrice \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment laisse place \u00e0 une \u00e9criture protectrice et salutaire qui se substitue \u00e0 la passion amoureuse d\u00e9vorante\u00a0et accablante que la protagoniste partageait avec le gar\u00e7on\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris et la passion prend une autre forme. Elle n\u2019a pas ton visage. Je suis prot\u00e9g\u00e9e. Les mots, que des mots. Du rythme. Je trouve ma musique. Elle est \u00e0 moi. J\u2019avance[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 134) Si, dans sa propre \u00e9criture, Gloria ne trouve toujours pas de mesure, ainsi que le souligne \u00c9ric\u2014\u00ab\u00a0T\u2019es vraiment \u00e0 fond, toi\u00a0: tu foutais rien, \u00e0 fond, mais tu t\u2019y mets, \u00e0 fond. T\u2019as pas \u201fm\u00e9dium\u201d dans tes r\u00e9glages\u00a0?\u00a0\u00bb (Despentes 2006, 200)\u2014, il semblerait qu\u2019int\u00e9rieurement Gloria atteigne une forme de discipline, de mod\u00e9ration \u00e0 la d\u00e9mesure qu\u2019il lui reproche, et qui serait le signe d\u2019un travail interne et autor\u00e9flexif\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">[\u00c0] force de passer des heures \u00e0 retaper une ligne de dialogue ici, une description l\u00e0 [\u2026] [e]lle s\u2019attache \u00e0 son truc. \u00c7a n\u2019est pourtant qu\u2019un ramassis de mots imprim\u00e9s sur des feuilles, trois fois rien. Elle y retourne, r\u00e9guli\u00e8rement, elle retourne en ces jours pass\u00e9s, chercher de la mati\u00e8re. \u00c7a valdingue dans sa chair, elle se d\u00e9s\u00e9quilibre. Elle nourrit le truc d\u2019elle-m\u00eame et se d\u00e9voile dedans. Sans y prendre garde, sans savoir que \u00e7a compte, elle y passe tout son temps et ne se pr\u00e9serve de rien. (Despentes 2006, 213)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Alors, finalement, la d\u00e9mesure appara\u00eet autant dans ces textes comme un risque que comme une possibilit\u00e9\u00a0: c\u2019est un basculement qui r\u00e9v\u00e8le, dans le chaos, une forme d\u2019humanit\u00e9 nue et plus fragile. C\u2019est aussi par ce moyen que revient l\u2019envie (et surtout la possibilit\u00e9) d\u2019\u00eatre plus que soi-m\u00eame. Dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">comme dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, l\u2019\u00e9criture ouvre une dimension m\u00e9tatextuelle\u00a0: la d\u00e9livrance qu\u2019ont choisi les personnages f\u00e9minins de ces deux romans passe par l\u2019\u00e9criture\u2014celle d\u2019un sc\u00e9nario et celle d\u2019un manuscrit\u2014en m\u00eame temps que les r\u00e9cits qu\u2019elles \u00e9crivent relatent et explorent l\u2019histoire de leur autrice. Alors que Gloria, lors des soir\u00e9es mondaines dans lesquelles elle est ins\u00e9r\u00e9e (\u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9e), en reste souvent \u00e0 une \u00ab\u00a0communication restreinte, fig\u00e9e ou scell\u00e9e, constamment d\u00e9cal\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire syst\u00e9matiquement maintenue hors influence\u00a0\u00bb (Guyard 2006, 603), l\u2019espace que lui ouvre l\u2019\u00e9criture constitue pour elle un espace hors influence de ce milieu, un lieu hors contrainte, et donc, hors mesure. Par ailleurs, Virginie Despentes emploie fr\u00e9quemment la mise en abyme,\u00a0 un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019autant plus int\u00e9ressant que ses romans \u00ab\u00a0r\u00e9fl\u00e9chissent ouvertement \u00e0 leurs conventions, contenus et construction\u00a0\u00bb (Schaal 2012, 49). Pour la protagoniste de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, c\u2019est aussi le manque qui participe de sa d\u00e9livrance parce qu\u2019il lui montre ce qui, pour elle, est essentiel\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture me manque. Quelque chose d\u2019autre que toi me manque et c\u2019est merveilleux[.]\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 140) \u00c9crire devient sa seule certitude et, en m\u00eame temps, sa seule solution pour retrouver un ancrage. Sans \u00e7a, plus rien n\u2019a de sens, \u00ab\u00a0[s]ans \u00e7a, je ne compte plus. N\u2019existe plus. Je perds mon identit\u00e9. Je redeviens fant\u00f4me. Plus d\u2019espoir\u00a0\u00bb (Robert 2018a, 171). On peut ici remarquer que le roman se cl\u00f4t sur un proc\u00e9d\u00e9 de mise en abyme. \u00c0 la question que le serveur lui pose au sujet de son livre, elle r\u00e9pond\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Inconnu. Le roman dans le roman prend fin en m\u00eame temps que le roman lui-m\u00eame, tandis que la vie \u2013 cette vie retrouv\u00e9e \u2013 peut se poursuivre : \u00ab La diff\u00e9rence entre un livre et la vie ? \u00c0 la fin du livre, ma vie continue. [\u2026] J\u2019\u00e9cris. Voil\u00e0 ce que je suis. Je suis extraordinaire et ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but. Je me l\u00e8ve et me dirige vers la sortie. Vers un nouveau sujet. (Robert 2018a, 221)\u00a0<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est finalement bien cette \u00e9nergie de la d\u00e9mesure qui fournit \u00e0 ces deux personnages f\u00e9minins, marqu\u00e9es par l\u2019exc\u00e8s et le d\u00e9bordement, ce dont elles ont besoin pour affronter la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il s\u2019agira pour conclure de rappeler que, dans ces deux romans d\u2019\u00ab\u00a0Amours\u00a0\u00bb (Robert 2018a), les personnages oscillent, voire vacillent, sur les limites de l\u2019acceptable, du social et du vital. Pris<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">es<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> dans le tourbillon de leurs \u00e9motions, toutes se construisent \u00e0 travers les exc\u00e8s, la violence et la souffrance, qu\u2019elles utilisent comme des points de rep\u00e8re, et \u00e0 travers lesquels chacun<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> d\u00e9veloppe un rapport particulier \u00e0 la douleur, \u00e0 la fois insensible, sans limite, et oscillant entre (auto)protection et (auto)destruction. Toutefois, prise comme \u00e9nergie cr\u00e9atrice, cette m\u00eame d\u00e9mesure r\u00e9v\u00e8le, dans tout ce chaos, une forme d\u2019humanit\u00e9 fragile et nue, vitale pour elles car porteuse de l\u2019envie d\u2019\u00eatre plus que soi-m\u00eame.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Caiazzo, Francesca. 2020. \u00ab\u00a0Le r\u00f4le de la laideur dans\u00a0<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0de Virginie Despentes. Entre rappel \u00e0 l\u2019ordre et potentiel lib\u00e9rateur\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Post-Scriptum<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 29. &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/post-scriptum.org\/numeros\/des-oeuvres-barbares-et-delicates\/le-role-de-la-laideur-dans-bye-bye-blondie-de-virginie-despentes\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/post-scriptum.org\/numeros\/des-oeuvres-barbares-et-delicates\/le-role-de-la-laideur-dans-bye-bye-blondie-de-virginie-despentes<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Despentes, Virginie. 2006. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bye Bye Blondie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Paris, Le Livre de Poche.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. 2024. \u00ab Extraordinaire \u00bb. Consult\u00e9e le 14 octobre 2025. &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/www.dictionnaire-academie.fr\/article\/A9E3585#:~:text=Emprunt%C3%A9%20du%20latin%20extraordinarius%2C%20\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/www.dictionnaire-academie.fr\/article\/A9E3585#:~:text=Emprunt\u00e9%20du%20latin%20extraordinarius%2C%20\u00ab%20suppl\u00e9mentaire,sort%20de%20l&rsquo;ordre%20\u00bb<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Gayot, Jo\u00eblle. 2018. \u00ab\u00a0La d\u00e9mesure\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Radio France<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, 22 avril. Balado, 31 min.\u00a0 &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-saison-au-theatre\/la-demesure-5528835\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-saison-au-theatre\/la-demesure-5528835<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Guyard, Hubert. 2006. \u00ab\u00a0Mesure et d\u00e9mesure de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. \u00c0 propos d\u2019un cas clinique de schizophr\u00e9nie\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019Information psychiatrique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 82\u00a0: 595-604.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Hardouin-Zanardi, Willem. 2024. \u00ab\u00a0Jouir de souffrir, ou la soci\u00e9t\u00e9 du fouet\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Fabula-Lht<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 31. &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.58282\/lht.4184\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/doi.org\/10.58282\/lht.4184<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Picouly, Daniel, animateur. 2010. \u00ab\u00a0Virigine Despentes \u201cEcrire, c&rsquo;est prendre le pouvoir !\u201d | Archive INA\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Caf\u00e9 Picouly<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, 8 octobre. Publi\u00e9 le 12 mars 2020 par INA Caf\u00e9 Picouly. YouTube, 5 min 41 s. &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=t1FfftOCAyI&amp;list=TLPQMDUwODIwMjWCUlRaDSdg_A&amp;index=3\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=t1FfftOCAyI&amp;list=TLPQMDUwODIwMjWCUlRaDSdg_A&amp;index=3<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Robert, Loulou. 2018a. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Sujet inconnu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Paris, Pocket.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014\u2014\u2014<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> .2018b. \u00ab Loulou Robert \u2013 Sujet inconnu \u00bb. Publi\u00e9 le 12 ao\u00fbt 2018 par libraire mollat. YouTube, 5 min 34 s.\u00a0 &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=fi4CFz0LXL8\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=fi4CFz0LXL8<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Platon. 1826. \u00ab\u00a0Cratyle, ou de la propri\u00e9t\u00e9 des noms\u00a0\u00bb. dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u0152uvres de Platon,<\/span><\/i> <i><span style=\"font-weight: 400;\">tome XI<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Traduit par Victor Cousi. Wikisource. &lt;<\/span><a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Cratyle_(trad._Cousin)\"><span style=\"font-weight: 400;\">https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Cratyle_(trad._Cousin)<\/span><\/a>&gt;<span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Schaal, Mich\u00e8le. 2012. \u00ab\u00a0Un conte de f\u00e9es punk-rock f\u00e9ministe\u00a0: Bye Bye Blondie de Virginie Despentes\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Dalhousie French Studies<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 99\u00a0: 41-61.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Winter, Anne. 2010. \u00ab\u00a0Espace et Alt\u00e9rit\u00e9. L\u2019\u00e9change comme mode de construction et de traitement de l\u2019autre \u00e0 l\u2019adolescence. L\u2019exemple des mineurs de justice\u00a0\u00bb. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Psychologie clinique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 30\u00a0: 63-78.<\/span><\/p>\n<h6>pour citer<\/h6>\n<p>Boyer, M\u00e9lanie. 2025. \u00ab Aux limites de la mesure : violence et exc\u00e8s dans\u00a0<em>Bye Bye Blondie<\/em> de Virginie Despentes et <em>Sujet inconnu<\/em> de Loulou Robert\u00a0\u00bb, <em>Postures<\/em>, dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9959&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/ART5_Despentes-Robert_RevFinale-copie.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ART5_Despentes-Robert_RevFinale copie.docx.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-78faac8c-2bc8-4558-9846-39e7fdacffbb\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/ART5_Despentes-Robert_RevFinale-copie.docx.pdf\">ART5_Despentes-Robert_RevFinale copie.docx<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/ART5_Despentes-Robert_RevFinale-copie.docx.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-78faac8c-2bc8-4558-9846-39e7fdacffbb\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b041 Dire de quelque chose (une personne, un concept, une qualit\u00e9, une vertu, etc.) qu\u2019il est la mesure, c\u2019est signifier qu\u2019il est le r\u00e9f\u00e9rent, la norme, qu\u2019il assigne les limites et organise le monde. Dire, au contraire, qu\u2019il est \u00e0 la mesure, c\u2019est souligner la relation d\u2019ad\u00e9quation ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1466],"tags":[1461],"class_list":["post-9959","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-mesures-de-la-demesure","tag-boyer-melanie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9959"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10041,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9959\/revisions\/10041"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}