{"id":9961,"date":"2025-12-11T12:00:00","date_gmt":"2025-12-11T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9961"},"modified":"2025-12-06T23:07:02","modified_gmt":"2025-12-06T23:07:02","slug":"pour-un-carnavalesque-feministe-la-question-du-grotesque-feminin-dans-les-fanzines-dirty-plotte-de-julie-doucet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9961","title":{"rendered":"Pour un carnavalesque f\u00e9ministe. La question du grotesque f\u00e9minin dans les fanzines Dirty Plotte de Julie Doucet"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9720\">Dossier \u00ab\u2009Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41<\/a><\/h5>\n\n\n<p>Les fanzines <em>Dirty Plotte<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> de Julie Doucet, publi\u00e9s entre 1988 et 1990<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, marquent une rupture avec les conventions de la bande dessin\u00e9e traditionnelle. M\u00e9langeant r\u00e9cit autobiographique, humour noir et exploration subversive de la f\u00e9minit\u00e9, ces fanzines refl\u00e8tent l\u2019univers int\u00e9rieur de l\u2019autrice \u00e0 travers un style graphique brut et parfois chaotique. <em>Dirty Plotte<\/em> s\u2019attaque sans fard \u00e0 des sujets tels que la sexualit\u00e9, les tabous sociaux et le patriarcat tout en offrant une vision audacieuse et non id\u00e9alis\u00e9e du corps f\u00e9minin. L\u2019\u0153uvre, qui a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la bande dessin\u00e9e ind\u00e9pendante et qui a \u00e9t\u00e9 souvent compar\u00e9e \u00e0 celle de Robert Crumb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, reste une r\u00e9f\u00e9rence en raison de son approche radicale et personnelle. Publi\u00e9e de mani\u00e8re autonome \u00ab\u2009pour la tr\u00e8s modique somme de 25 sous l\u2019exemplaire\u2009\u00bb (Vincent 2018, 72), dans le mouvement du \u00ab\u2009Do-it-Yourself<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>\u2009\u00bb, l\u2019\u0153uvre s\u2019accorde une tr\u00e8s grande libert\u00e9 dans le traitement des repr\u00e9sentations et de l\u2019humour transgressif, d\u00e9ployant ainsi une conception de la f\u00e9minit\u00e9 qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible par les circuits d\u2019\u00e9ditions conventionnels.<\/p>\n<p>Dans les fanzines <em>Dirty Plotte<\/em>, Julie Doucet explore une approche du corps ancr\u00e9e dans la notion de grotesque, concept th\u00e9oris\u00e9 par Mikha\u00efl Bakhtine et issu, \u00e0 l\u2019origine, de la tradition populaire du carnaval m\u00e9di\u00e9val. Le corps grotesque chez Doucet n\u2019est pas simplement une question d\u2019exag\u00e9ration physique, mais un espace o\u00f9 se jouent des tensions, des ruptures et des transformations qui permettent de d\u00e9construire les normes sociales, corporelles et de genre. Ce corps, loin d\u2019\u00eatre fantasm\u00e9 ou esth\u00e9tique, est avant tout un lieu d\u2019expression de la singularit\u00e9 et du questionnement sur les r\u00f4les que la soci\u00e9t\u00e9 impose aux femmes. Chez Doucet, \u00ab\u2009[l]a peau se fait \u00e9lastique, elle peut \u00eatre montr\u00e9e, d\u00e9chir\u00e9e, souill\u00e9e\u2009\u00bb (Galand 2014, 57) et les repr\u00e9sentations du corps y sont marqu\u00e9es par des transformations, des mutations, des monstrifications, des mutilations\u2009; les corps sont recouverts de fluides\u00a0: menstruations, excr\u00e9ments, urine, sperme. Ainsi, \u00ab\u2009Doucet contribue fortement \u00e0 produire un corps grotesque [d\u00e9construisant] les normes qui r\u00e9gissent le corps f\u00e9minin.\u2009\u00bb (Vincent 2018, 91).<\/p>\n<p>Dans cet article, je propose une lecture des fanzines <em>Dirty Plotte<\/em> de Julie Doucet en m\u2019appuyant sur le concept de grotesque f\u00e9minin tel que th\u00e9oris\u00e9 par Mary Russo, ainsi que sur la critique f\u00e9ministe du carnavalesque d\u00e9velopp\u00e9e par Lucie Joubert. Toutes deux reconnaissent le potentiel subversif de la th\u00e9orie bakhtinienne du carnavalesque et du grotesque, de m\u00eame que de leur principe dialogique, tout en en soulignant les limites : si Bakhtine \u00e9labore son mod\u00e8le dans les ann\u00e9es 1930-1940, il le fait au sein d\u2019un milieu intellectuel largement masculin o\u00f9, malgr\u00e9 une tradition marxiste ayant d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 la \u00ab\u00a0question des femmes\u00a0\u00bb, les rapports de genre demeuraient subordonn\u00e9s aux enjeux de classe et rarement envisag\u00e9s comme un objet th\u00e9orique central. C\u2019est pourquoi il me para\u00eet pertinent d\u2019examiner la mani\u00e8re dont l\u2019esth\u00e9tique grotesque \u2014 con\u00e7ue comme forme subversive f\u00e9ministe \u2014 se manifeste chez Doucet, mais aussi d\u2019analyser comment cette d\u00e9marche artistique vient, \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9tudes de genre, bousculer le mod\u00e8le carnavalesque de Bakhtine. En mobilisant une r\u00e9appropriation f\u00e9ministe du grotesque, Doucet contribue \u00e0 res\u00e9mantiser le corps f\u00e9minin tout en d\u00e9jouant les codes d\u2019une tradition fa\u00e7onn\u00e9e par un regard masculin. J\u2019analyserai les planches de <em>Dirty Plotte<\/em> en commen\u00e7ant par questionner le rapport entre l\u2019autorepr\u00e9sentation et le motif de la mutilation. Ensuite, j\u2019examinerai le th\u00e8me du bas corporel, tr\u00e8s pr\u00e9sent dans la bande dessin\u00e9e de Doucet, et qui parodie une lecture ou une vision masculine du corps des femmes.<\/p>\n<h3><strong>Un grotesque au f\u00e9minin. S\u2019inventer par la d\u00e9mesure.<\/strong><\/h3>\n<p>Dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u2009Les g\u00e2cheuses de party ou les femmes et le carnaval\u00a0: question th\u00e9orique, applications pratiques\u2009\u00bb, Lucie Joubert, dans la lign\u00e9e d\u2019autres critiques f\u00e9ministes, avance que le carnaval est \u00ab\u2009une manifestation populaire \u00e0 laquelle les femmes ne sont pas convi\u00e9es\u2009\u00bb (1998, 298). Selon elle, lors des c\u00e9l\u00e9brations de type carnavalesque, cette libert\u00e9 et cette folie \u00e0 laquelle s\u2019adonne le peuple, et que Bakhtine d\u00e9crit comme universelle, n\u2019est pas la m\u00eame pour les hommes et les femmes\u00a0: \u00ab\u2009Les femmes, en effet, \u00e9prouv[ent] une retenue m\u00eame dans le d\u00e9bordement, elles r\u00e9pugn[ent] au laisser-aller total.\u2009\u00bb (1998, 299) Cette r\u00e9serve proviendrait d\u2019un double standard qui d\u00e9limiterait les comportements autoris\u00e9s aux hommes et ceux interdits aux femmes. Ces derni\u00e8res seraient donc exclues du mouvement dialogique du carnaval\u00a0: \u00ab\u2009En d\u2019autres termes, le renversement des pouvoirs et des hi\u00e9rarchies inh\u00e9rents au carnaval, le mouvement du bas vers le haut si cher \u00e0 Bakhtine, se fera non pas entre les hommes et les femmes (dans un rapport dominante-domin\u00e9) mais [\u2026] entre les hommes [seulement].\u2009\u00bb (Joubert 1998, 300) Apr\u00e8s avoir apport\u00e9 ces pr\u00e9cisions, Joubert arrive \u00e0 ce constat : si les femmes sont absentes de ces rassemblements ludiques, comment peuvent-elles penser leur propre rapport au carnaval? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, Joubert pr\u00e9cise que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[l]e carnavalesque que l\u2019on rel\u00e8ve dans l\u2019\u00e9criture au f\u00e9minin, part de <em>plus loin<\/em> puisque, spectatrices [davantage] que participantes, les \u00e9crivaines doivent pressentir la licence et l\u2019inventer avant de l\u2019\u00e9prouver. Par la force des choses, on lira donc, chez les femmes, un carnaval <em>marqu\u00e9<\/em> qui traduira jusqu\u2019\u00e0 un certain point, un carnaval <em>manqu\u00e9<\/em>. (1998, 301. L\u2019autrice souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce carnaval marqu\u00e9 par le f\u00e9minin ne se fait plus dans le rabaissement de l\u2019officiel et du s\u00e9rieux par le populaire et le comique, comme Bakhtine l\u2019avait d\u00e9montr\u00e9 dans son <em>Rabelais<\/em>, mais se d\u00e9place s\u00e9mantiquement en fonction d\u2019une nouvelle exclusion qu\u2019il veut subsumer. Pour le carnavalesque f\u00e9minin, c\u2019est le masculin \u2014 et le patriarcat dans son ensemble \u2014 associ\u00e9 au \u00ab\u2009haut\u2009\u00bb qui est rabaiss\u00e9 par le \u00ab\u2009bas\u2009\u00bb f\u00e9minin\u00a0: \u00ab\u2009Car le carnaval au f\u00e9minin, pour s\u2019exprimer librement, n\u00e9cessite encore le rejet [du masculin], dans un confinement volontaire qui permet enfin aux femmes d\u2019aller <em>trop loin<\/em>.\u2009\u00bb (Joubert 1998, 313.\u00a0L\u2019autrice souligne)<\/p>\n<p>Avec <em>The Female Grotesque<\/em> (1995), Mary Russo propose justement de reconfigurer le corps f\u00e9minin en s\u2019appropriant les ressorts subversifs du grotesque. En s\u2019appuyant, elle aussi, sur les travaux de Bakhtine, elle th\u00e9orise le potentiel transgressif du grotesque f\u00e9minin dans la litt\u00e9rature et dans la vie r\u00e9elle. Le corps grotesque s\u2019oppose \u00e0 la norme et, dans cette mesure, il remet en question les syst\u00e8mes sociaux et symboliques qui maintiennent les femmes \u00ab\u00a0\u00e0 leur place\u00a0\u00bb. Russo explique que l\u2019histoire des repr\u00e9sentations litt\u00e9raires et artistiques a renforc\u00e9 le st\u00e9r\u00e9otype de la femme invisible, petite, effac\u00e9e. Ainsi, elle soutient qu\u2019il y a un potentiel subversif chez les femmes flamboyantes, bruyantes, prodigieuses. Cela passera, selon elle, par un r\u00e9investissement des formes du carnaval et du grotesque. Elle pr\u00e9cise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The reintroduction of the body and categories (in the case of carnival, the \u00ab\u00a0grotesque body\u00a0\u00bb) into the realm of what is called the \u00ab\u00a0political\u00a0\u00bb has been a central concern of feminism. What is of great interest at this critical conjuncture is the assessment of how materials on carnival as historical performance may be configured with materials on carnival as a semiotic performance; in other words, how the relation between the symbolic and cultural constructs of femininity and Womanness, and the experience of women (as variously identified and subject to multiple determinations), might be brought together towards a dynamic model of a new social subjectivity. (Russo 1995, 54)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour Mary Russo, les femmes ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 se r\u00e9fl\u00e9chir dans l\u2019exc\u00e8s, l\u2019outrance et l\u2019abondance, ces formes de d\u00e9bordement constituant autant de voies d\u2019acc\u00e8s \u00e0 de nouvelles potentialit\u00e9s ontologiques et esth\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Ce nouveau rapport au carnavalesque me semble important \u00e0 comprendre pour bien cerner l\u2019approche du grotesque et de l\u2019humour grossier chez Doucet. En effet, on retrouve dans <em>Dirty Plotte<\/em> une mise en sc\u00e8ne \u00ab\u2009des corps qui renvers[e] les normes et qui subverti[t] les situations de dominations\u2009\u00bb (Vincent 2018, 86). Doucet tourne en d\u00e9rision les contraintes associ\u00e9es aux femmes, elle parodie un regard masculin, elle montre des corps trashs qui d\u00e9stabilisent les repr\u00e9sentations norm\u00e9es. Comme le soutient Julie Vincent\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019imagerie propos\u00e9e par Doucet pr\u00e9sente des corps indisciplin\u00e9s ancr\u00e9s dans des situations de d\u00e9sordre excessif. Elle r\u00e9cup\u00e8re le concept du corps f\u00e9minin grotesque pour articuler une critique \u00ab\u2009[\u2026] dans la forme et le contenu des repr\u00e9sentations normatives et restrictives du corps f\u00e9minin\u2009\u00bb. En repoussant les limites et en transgressant les interdits, elle parvient \u00e0 construire d\u2019autres mod\u00e8les de personnages f\u00e9minins. (2018, 92-93)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par la r\u00e9appropriation du corps grotesque, Doucet d\u00e9construit les normes impos\u00e9es au corps f\u00e9minin et ouvre un espace o\u00f9 d\u2019autres formes de subjectivit\u00e9 et de d\u00e9sir peuvent \u00e9merger. Le corps devient ainsi \u00e0 la fois un instrument critique et un terrain de r\u00e9invention des possibles.<\/p>\n<p><strong>Une approche de l\u2019autorepr\u00e9sentation chez Julie Doucet<\/strong><\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des critiques s\u2019entendent sur ce point : l\u2019\u0153uvre de Doucet renferme une dimension autobiographique ou autofictionnelle. \u00c0 ce propos, Izabeau Legendre et Julien Lefort-Favreau croient m\u00eame qu\u2019elle a contribu\u00e9 grandement au renouveau du genre autobiographique en bande dessin\u00e9e dans les ann\u00e9es\u00a01990 (2023, 6). Julie Vincent, pour sa part, d\u00e9montre que l\u2019\u0153uvre r\u00e9pond aux dynamiques de l\u2019autofiction et que Doucet s\u2019en sert pour mettre \u00ab\u2009en image sa propre intimit\u00e9 par laquelle elle communique ses r\u00e9flexions et ses critiques sur les contraintes de la f\u00e9minit\u00e9\u2009\u00bb (2018, 84).<\/p>\n<p>Dans son traitement de l\u2019autorepr\u00e9sentation, Doucet recourt souvent au motif <em>gore<\/em> de l\u2019automutilation. Ce proc\u00e9d\u00e9 ne vise pas seulement \u00e0 donner acc\u00e8s \u00e0 son int\u00e9riorit\u00e9, autant sur le plan symbolique que charnel, mais aussi \u00e0 explorer les multiples possibilit\u00e9s ontologiques que peuvent prendre les blessures corporelles qu\u2019elle s\u2019auto-inflige. Ainsi, la mutilation perd la connotation n\u00e9gative qu\u2019on lui associe habituellement pour devenir une pratique loufoque et carnavalis\u00e9e, participant d\u2019une esth\u00e9tique du corps grotesque en perp\u00e9tuelle transformation.<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re planche de l\u2019\u00e9dition <em>Fantastic Plotte\u2009!<\/em> publi\u00e9e en 2013 par L\u2019Oie de Cravan, et qui s\u2019intitule \u00ab\u2009Dans la s\u00e9rie l\u2019artiste cet inconnu nous vous pr\u00e9sentons Dulie Joucet \u201cLes trippes \u00e0 l\u2019air\u2026\u201d\u2009\u00bb (voir Figure\u00a01), on voit le personnage autofictionnel Dulie Joucet, habill\u00e9e d\u2019un large manteau rappelant l\u2019esth\u00e9tique du th\u00e9\u00e2tre vaudeville, qui entre sur sc\u00e8ne et commence un striptease. Elle enl\u00e8ve son manteau, sa brassi\u00e8re, puis sa culotte, dans une gestuelle lascive. Une fois nue, elle porte une main \u00e0 son sein, l\u2019arrache, puis fait de m\u00eame avec l\u2019autre, avant de se saisir d\u2019un couteau et de s\u2019\u00e9ventrer. Ce n\u2019est pas un hasard si cette planche ouvre la s\u00e9rie de zines \u00e0 venir. C\u2019est \u00e0 travers elle que la dimension autofictionnelle de l\u2019\u0153uvre se r\u00e9v\u00e8le. Dulie Joucet n\u2019est nulle autre que l\u2019alter ego de Julie Doucet<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>; un moyen trouv\u00e9 par l\u2019artiste de se livrer tout enti\u00e8re \u2014 sans retenue ni pudeur \u2014 au lectorat. Sandrine Galand analyse cette planche en ces mots\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[l\u2019autrice] met non seulement en place l\u2019esth\u00e9tique provocatrice et trash qui lui sera propre, mais instaure \u00e9galement la d\u00e9construction qui occupera tout le reste du livre. Du f\u00e9minin au masculin, du dehors au dedans, la qu\u00eate de soi est sans fin. Doucet nous montre que le corps peut s\u2019ouvrir et s\u2019ouvrir encore. (2014, 56-57)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, non seulement le corps grotesque sert-il de proc\u00e9d\u00e9 humoristique, il illustre \u00e9galement une d\u00e9construction identitaire \u00e0 laquelle se livre Doucet<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>En ce sens, Bakhtine montre que le corps grotesque contredit l\u2019id\u00e9e d\u2019un corps sans faille, clos sur lui-m\u00eame et achev\u00e9. Il rappelle que ce corps absorbe ce qui lui est ext\u00e9rieur et s\u2019en nourrit pour se renouveler constamment. Ses formes s\u2019hyperbolisent, se m\u00ealent, se transforment, dans un mouvement de variation continue qui rel\u00e8ve d\u2019une v\u00e9ritable dynamique dialogique. Il en r\u00e9sume la logique ainsi\u00a0: \u00ab\u2009Le <em>corps grotesque<\/em> est un <em>corps en mouvement<\/em>. Il n\u2019est jamais <em>pr\u00eat<\/em> ni <em>achev\u00e9<\/em>\u00a0: <em>il est toujours en \u00e9tat de construction<\/em>, <em>de cr\u00e9ation et lui-m\u00eame construit un autre corps<\/em>\u2009; de plus ce corps <em>absorbe le monde et est absorb\u00e9 par ce dernier<\/em>.\u2009\u00bb (Bakhtine 1970, 315. L\u2019auteur souligne) Dans une perspective f\u00e9ministe, ce corps grotesque d\u00e9fie donc les repr\u00e9sentations cloisonn\u00e9es auxquelles il est soumis par le regard masculin. Suivant la lecture de Mary Russo, Erica McWilliam souligne que le corps grotesque f\u00e9minin, parce qu\u2019il est ouvert et mouvant, permet d\u2019imaginer de nouvelles positions symboliques, \u00e0 la fois pour celle qui se montre et pour celle qui observe. En d\u00e9jouant la distinction habituelle entre performeuse et spectatrice, ce corps fuyant<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> cr\u00e9e un espace o\u00f9 d\u2019autres fa\u00e7ons d\u2019\u00e9prouver le f\u00e9minin deviennent possibles. Il rend perceptible un plaisir du genre et de la sexualit\u00e9 qui n\u2019est jamais fix\u00e9, mais toujours en transformation, soulignant ainsi la capacit\u00e9 des identit\u00e9s f\u00e9minines \u00e0 se reconfigurer continuellement. (McWilliam 2003, 219)<\/p>\n<p>Dans une autre planche intitul\u00e9e \u00ab\u2009Self Portrait in a Possible Situation\u2009\u00bb (voir Figure\u00a02), Julie se montre dans diverses positions en train de se couper avec une lame de rasoir. La derni\u00e8re vignette la repr\u00e9sente assise \u00e0 sa table \u00e0 dessin. Mais ses outils, au lieu d\u2019\u00eatre des crayons et des plumes, sont des couteaux, des lames et autres accessoires tranchants. Cette planche repr\u00e9sente le rapport singulier qu\u2019entretient la b\u00e9d\u00e9iste face \u00e0 son autorepr\u00e9sentation picturale. Pour elle, se dessiner, faire son autoportrait, signifie se charcuter, changer de forme.<\/p>\n<p>Mutiler c\u2019est en quelque sorte alt\u00e9rer, d\u00e9grader, falsifier\u2009; c\u2019est d\u00e9truire une repr\u00e9sentation obligatoire, un corps trac\u00e9 par le masculin. \u00a0Les coupures, les d\u00e9chirures, les \u00e9ventrements ou les d\u00e9capitations auxquelles s\u2019adonne Julie Doucet figurent la r\u00e9ification des identit\u00e9s sexuelles et de genre produite par la repr\u00e9sentation, tout en r\u00e9investissant cette m\u00eame repr\u00e9sentation comme espace de lib\u00e9ration du d\u00e9sir et d\u2019\u00e9mancipation ontologique. Se mutiler, dans l\u2019approche de l\u2019autofiction et de l\u2019autorepr\u00e9sentation de Julie Doucet, c\u2019est res\u00e9mantiser sa subjectivit\u00e9, c\u2019est s\u2019ouvrir \u00e0 des possibilit\u00e9s pour se dire, pour s\u2019\u00e9crire et pour se penser autrement.<\/p>\n<h3><strong>Le bas corporel, les fluides et le sexe<\/strong><\/h3>\n<p>Dans une planche qui s\u2019intitule \u00ab\u2009Plotte\u2009?\u2009\u00bb (voir Figure\u00a03) on peut voir Julie enseigner l\u2019origine de ce mot, \u00ab\u2009expression made in Quebec\u2009\u00bb, \u00e9crit-elle, en montrant la carte g\u00e9ographique du Qu\u00e9bec. Ensuite, on la voit pr\u00e9senter un sch\u00e9ma m\u00e9dical \u00e9crit en chinois illustrant une vulve. Julie Vincent \u00e9crit \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u2009Le choix du chinois est un clin d\u2019\u0153il humoristique qui sert probablement \u00e0 tourner en d\u00e9rision le peu de connaissances que les gens ont encore de la g\u00e9nitalit\u00e9 f\u00e9minine.\u2009\u00bb (2018, 75) On constate d\u00e9j\u00e0 l\u2019importance que le bas corporel<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> f\u00e9minin prendra dans l\u2019\u0153uvre b\u00e9d\u00e9esque de Doucet. Cette derni\u00e8re montre, par l\u2019image de la carte du Qu\u00e9bec, que le mot \u00ab\u2009Plotte\u2009\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u2009colonis\u00e9\u2009\u00bb s\u00e9mantiquement par les hommes\u00a0: \u00ab\u2009Doucet d\u00e9nonce l\u2019id\u00e9e d\u2019un corps f\u00e9minin qu\u2019il faudrait d\u00e9fricher, cat\u00e9goriser et cartographier.\u2009\u00bb (Galand 2014, 57) La plotte devient donc le lieu d\u2019une d\u00e9territorialisation. (57) Frederik Byrn K\u00f8hlert analyse cette planche en ces mots: \u00ab\u2009Speaking from the point of view of the grotesque, Doucet resists the regulatory effects of the masculine ideology through a joyful and unapologetic graphic embodiment that concretizes all of the possible meaning of \u201cplotte\u201d as drawings on the page and thereby reclaims the word for herself.\u2009\u00bb (2012, 22) Doucet veut rendre le sexe f\u00e9minin aux femmes. En se r\u00e9appropriant le mot \u00ab\u00a0plotte\u00a0\u00bb et en faisant un motif grotesque du bas corporel f\u00e9minin, elle rabaisse et se moque d\u2019un certain <em>Male Gaze<\/em><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Dans les derni\u00e8res vignettes, on aper\u00e7oit des hommes interpeller des femmes dans la rue et les traiter de plottes. Par cette repr\u00e9sentation, la b\u00e9d\u00e9iste semble vouloir se r\u00e9approprier la signification de ce mot et l\u2019enlever de la bouche des hommes.<\/p>\n<p>Dans l\u2019un des sketches les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus comment\u00e9s des zines <em>Dirty Plotte<\/em>, intitul\u00e9 \u00ab En manque \u00bb (voir Figure 4), on retrouve Julie le matin, menstru\u00e9e, r\u00e9alisant qu\u2019elle n\u2019a plus de tampons. Elle se transforme alors progressivement en monstre immense, semblable \u00e0 King Kong ou Godzilla. Puis, peu \u00e0 peu, elle surplombe la ville par sa grandeur. Son sang menstruel coule et inonde les rues. Les pompiers et la police tentent de la neutraliser. Le gag s\u2019ach\u00e8ve sur Julie d\u00e9truisant une pharmacie pour se procurer des Tampax. Une fois en leur possession, elle retrouve sa taille normale et se fait arr\u00eater par des policiers. Cette conclusion peut paraitre d\u00e9cevante, mais l\u2019autrice voulait surtout montrer les menstruations comme quelque chose de monstrueux, abject, qui doit \u00eatre contr\u00f4l\u00e9 ou purifi\u00e9. Ainsi, comme l\u2019explique Vincent, \u00ab\u2009Doucet, avec beaucoup d\u2019humour, se r\u00e9approprie le st\u00e9r\u00e9otype de la femme menstru\u00e9e, \u00e9motionnellement instable, de mani\u00e8re \u00e0 produire une image qui expose un corps de femme d\u00e9sob\u00e9issant \u00e0 souhait\u2009\u00bb (2018, 90).<\/p>\n<p>Mais je crois qu\u2019il est possible d\u2019y voir un deuxi\u00e8me niveau de sens. Suivant les propos de Julia Kristeva dans\u00a0<em>Le pouvoir de l\u2019horreur\u00a0: essai sur l\u2019abjection<\/em>, le sang menstruel repr\u00e9senterait une souillure, une pollution<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Les menstrues seraient la force corruptrice de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de celle-ci. Il existerait deux types de souillures ou d\u2019\u00ab\u00a0objets polluants\u00a0\u00bb, selon Kristeva\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019excr\u00e9ment et ses \u00e9quivalents (pourriture, infection, maladie, cadavre, etc.) repr\u00e9sentent le danger venu de l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019identit\u00e9\u00a0: le moi menac\u00e9 par du non-moi, la soci\u00e9t\u00e9 menac\u00e9e par son dehors, la vie par la mort. Le sang menstruel, au contraire, repr\u00e9sente le danger venant de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019identit\u00e9 (sociale ou sexuelle)\u2009; il menace le rapport entre les sexes dans un ensemble social et, par int\u00e9riorisation, l\u2019identit\u00e9 de chaque sexe face \u00e0 la diff\u00e9rence sexuelle. (1980, 86)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On sait l\u2019importance que Bakhtine accorde au th\u00e8me scatologique. Pour lui, l\u2019excr\u00e9ment est un motif humaniste puisqu\u2019il symbolise un devenir populaire, cyclique et naturel, incarnant l\u2019id\u00e9e d\u2019une vie en perp\u00e9tuelle r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Mais cette fonction du bas corporel \u2014 con\u00e7u comme principe vital, grotesque et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur \u2014 repose chez Bakhtine sur un mod\u00e8le pr\u00e9tendument universel, une perspective th\u00e9orique aveugle aux rapports de genre. Or, cet \u00ab universel \u00bb bakhtinien exclut les femmes, dont les exp\u00e9riences corporelles et symboliques sont absentes ou marginalis\u00e9es dans sa conception du grotesque. Comme l\u2019\u00e9crit Joubert\u00a0: \u00ab\u2009Parmi [l]es fonctions r\u00e9cus\u00e9es [du carnaval] se trouve celle, bien sp\u00e9cifiquement f\u00e9minine, du cycle menstruel. Il n\u2019est pas surprenant que Bakhtine, dans son optique universelle, ait n\u00e9glig\u00e9 de l\u2019\u00e9tudier comme possibilit\u00e9 de manifestation corporelle.\u2009\u00bb (1998, 306) En associant la menstruation \u00e0 la monstruosit\u00e9, Julie Doucet int\u00e8gre par la force des choses le sang menstruel \u00e0 une vision carnavalesque, l\u00e0 o\u00f9 Bakhtine avait n\u00e9glig\u00e9 cette dimension importante. Doucet f\u00e9minise les notions de bas corporel et de grotesque en critiquant, par le fait m\u00eame, le sexisme inh\u00e9rent au mod\u00e8le bakhtinien. Si le carnavalesque est excr\u00e9mentiel chez Bakhtine, il devient menstruel et f\u00e9ministe chez Doucet\u2009; l\u2019un transpose une bordure entre un ordre symbolique et son ext\u00e9rieur, l\u2019autre fait voir les bordures internes propres \u00e0 la diff\u00e9rence sexuelle.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Dans un sketch intitul\u00e9 \u00ab\u2009Le striptease du lecteur\u2009\u00bb (voir\u00a0Figure\u00a05), Julie re\u00e7oit Steve, personnage fictif qui incarne la figure du \u00ab\u00a0lecteur masculin\u00a0\u00bb \u2014 une figuration du <em>Male Gaze<\/em> que Doucet met en sc\u00e8ne pour en d\u00e9voiler et en subvertir les m\u00e9canismes de repr\u00e9sentation. Celui-ci offre son corps \u00e0 Julie qui commencera une sc\u00e8ne de torture. Apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9capit\u00e9, elle le marque de plusieurs lac\u00e9rations avec une lame de rasoir. Enfin, \u00ab\u2009[l]e striptease se termine par l\u2019\u00e9masculation du lecteur, qui marque alors litt\u00e9ralement la fin du jeu par son sang alors que Doucet inscrit \u201cFin\u201d avec l\u2019organe arrach\u00e9\u2009\u00bb (Galand 2014, 57). Dans ces planches, le striptease s\u2019effectue sur le corps masculin. \u00c0 l\u2019instar du premier sketch que j\u2019ai analys\u00e9, il est tranquillement d\u00e9nud\u00e9 et mutil\u00e9. Mais cette fois, Doucet s\u2019en prend \u00e0 l\u2019entit\u00e9 du \u00ab\u2009Lecteur\u2009\u00bb masculin. Par la castration de ce personnage de lecteur, c\u2019est aux modes de repr\u00e9sentation masculine et au <em>Male Gaze<\/em> que l\u2019autrice fait violence.<\/p>\n<p>Ainsi, les r\u00e9f\u00e9rences au bas corporel, aux fluides et au sexe f\u00e9minin dans la bande dessin\u00e9e de Julie Doucet peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme les symboles d\u2019une f\u00e9minit\u00e9 qui perturbe et inverse la dynamique de pouvoir du discours h\u00e9g\u00e9monique. Les bas corporels \u2014 f\u00e9minin et masculin\u00a0\u2014 symbolisent, dans une certaine mesure, deux visions, deux lectures ou deux r\u00e9gimes s\u00e9miotiques, qui s\u2019opposent et s\u2019affrontent au profit d\u2019une subversion du premier par le deuxi\u00e8me. La \u00ab\u2009plotte\u2009\u00bb est donc l\u2019ar\u00e8ne dans laquelle se joue une dialectique entre la norme et ses processus de subversion. L\u2019ambig\u00fcit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le grotesque et contre les dispositifs de pouvoir normatif a l\u2019avantage, au niveau micropolitique, de d\u00e9stabiliser le champ des significations sociales de genre, et donc de produire de nouvelles repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p>Cette dynamique de renversement et de reconfiguration du corps f\u00e9minin \u00e0 laquelle s\u2019adonne Julie Doucet ouvre la voie \u00e0 une compr\u00e9hension plus large du carnavalesque f\u00e9minin, comme le propose Lucie Joubert dans \u00ab\u00a0Les g\u00e2cheuses de party\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que se cache, finalement, le d\u00e9fi du carnaval au f\u00e9minin\u00a0: il reste aux [autrices] la lourde t\u00e2che de transcender ce quotidien qui les d\u00e9finit et qui impr\u00e8gne leur \u00e9criture pour s\u2019adonner ensuite \u00e0 la licence, \u00e0 l\u2019exag\u00e9ration et au d\u00e9bordement. Les femmes doivent apprendre \u00e0 \u00e9crire un carnaval universel \u2014 celui qui inclut et rassemble \u2014 pour, paradoxalement, en proposer une vision f\u00e9minine. Elles doivent s\u2019inviter au banquet une [bonne] fois pour toutes[!] (1998, 298)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il me semble que Julie Doucet parvient tout \u00e0 fait \u00e0 atteindre cette \u00e9criture carnavalesque au f\u00e9minin dont il est question chez Joubert. La b\u00e9d\u00e9iste impose son droit au d\u00e9bordement et au laisser-aller total par l\u2019utilisation d\u2019un humour transgressif, d\u00e9capant, d\u2019une parodie, d\u2019une vision masculine du corps f\u00e9minin, d\u2019une exag\u00e9ration corporelle qui permet d\u2019entrevoir les possibilit\u00e9s d\u2019autres repr\u00e9sentations pour les femmes. Mais au-del\u00e0 de proposer une critique sur le plan des repr\u00e9sentations de genre propre au patriarcat, Doucet incarne dans son \u0153uvre une alternative au mod\u00e8le th\u00e9orique de Bakhtine. En ce sens, son travail vient combler les angles morts de la th\u00e9orie bakhtinienne du carnavalesque populaire, en y int\u00e9grant une perspective f\u00e9ministe qui avait \u00e9t\u00e9 largement absente de la r\u00e9flexion initiale. Le carnavalesque f\u00e9minin qu\u2019elle met en sc\u00e8ne poursuit l\u2019id\u00e9al d\u2019un espace discursif et culturel subversif, tout en l\u2019actualisant pour inclure les voix et les exp\u00e9riences marginalis\u00e9es par le r\u00e9gime h\u00e9t\u00e9ropatriarcal. Doucet prolonge ainsi le projet dialogique de Bakhtine en lui donnant une port\u00e9e intersectionnelle, o\u00f9 la polyphonie des voix ne se limite plus \u00e0 la lutte de classes ou au renversement hi\u00e9rarchique, mais s\u2019ouvre \u00e0 la pluralit\u00e9 des identit\u00e9s, des corps et des in\u00e9galit\u00e9s sociales<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Julie Doucet s\u2019inscrit r\u00e9solument dans la lign\u00e9e d\u2019artistes telles que Carolee Schneemann, Cindy Sherman, Diane Arbus, et bien d\u2019autres<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>, qui d\u00e9peignent des corps f\u00e9minins \u00e9chappant aux repr\u00e9sentations dominantes du genre. Ces femmes artistes vont au-del\u00e0 des normes \u00e9tablies, explorent des d\u00e9sirs inassouvis et interrogent leur identit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019exc\u00e8s, la d\u00e9mesure et l\u2019outrance.<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Dans cet article, je m\u2019appuie sur l\u2019\u00e9dition <em>Fantastic Plotte\u2009!<\/em> paru chez L\u2019oie de Cravan en 2013. Comme le notent Izabeau Legendre et Julien Lefort-Favreau\u00a0: \u00ab\u2009Cette \u00e9dition bilingue [\u2026] fait le pari de publier les planches dans leur langue originale, puis de les reproduire en version traduite dans le m\u00eame livre.\u2009\u00bb Voir\u00a0: Izabeau Legendre et Julien Lefort-Favreau, \u00ab\u2009Des centres et des marges. La trajectoire de Julie Doucet\u2009\u00bb, <em>M\u00e9moire du livre\/Studies in Book Culture<\/em>, vol. 14, no 1, printemps 2023, p. 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> \u00ab\u00a0Plus exactement au mois de septembre 1988, jusqu\u2019au mois de juin 1990. Quatorze num\u00e9ros en tout, \u00e0 raison de un par mois.\u00a0\u00bb Voir\u00a0: \u00ab\u2009Pr\u00e9face\u2009\u00bb, Julie Doucet, <em>Fantastic Plotte\u2009!<\/em>, Montr\u00e9al, L\u2019Oie de Cravan, 2013, s.p.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Robert Crumb est l\u2019un des grands auteurs am\u00e9ricains de bande dessin\u00e9e et une figure de proue des <em>Underground Comix<\/em> libertaire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le mouvement <em>Do-it-yourself<\/em> (DIY) d\u00e9signe \u00e0 la fois une pratique d\u2019autoproduction et une philosophie de l\u2019autonomie qui valorise la cr\u00e9ativit\u00e9 individuelle et la r\u00e9sistance aux circuits marchands et institutionnels. N\u00e9 dans les milieux de la contre-culture des ann\u00e9es 1960, puis consolid\u00e9 par la sc\u00e8ne punk des ann\u00e9es 1970-1980, le DIY devient une forme d\u2019activisme culturel et politique visant \u00e0 reprendre le contr\u00f4le sur les moyens de cr\u00e9ation, de diffusion et de production du savoir. En refusant la m\u00e9diation des industries culturelles, il encourage une esth\u00e9tique du bricolage, de la r\u00e9cup\u00e9ration et de la spontan\u00e9it\u00e9. Cette logique d\u2019ind\u00e9pendance trouve une expression privil\u00e9gi\u00e9e dans les fanzines, publications artisanales et auto\u00e9dit\u00e9es, qui permettent la circulation de discours marginaux \u2014 f\u00e9ministes, queer, anticapitalistes ou \u00e9cologistes \u2014 en dehors des cadres \u00e9ditoriaux conventionnels. En ce sens, le <em>Do-it-yourself<\/em> incarne une \u00e9thique de la r\u00e9sistance, o\u00f9 la cr\u00e9ation devient un geste \u00e0 la fois esth\u00e9tique, politique et communautaire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Il est important de noter que, dans ses autres zines, le personnage autofictionnel porte le pr\u00e9nom Julie. Pour plus de clart\u00e9, je me r\u00e9f\u00e9rerai \u00e0 ce personnage sous ce pr\u00e9nom tout au long du texte. En revanche, lorsque je parlerai de l\u2019autrice, je l\u2019indiquerai soit par son nom complet, Julie Doucet, soit par son nom de famille, Doucet.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il est \u00e9galement int\u00e9ressant de noter que le titre de cette premi\u00e8re planche \u2014 \u00ab Dans la s\u00e9rie l\u2019artiste cet inconnu, nous vous pr\u00e9sentons Dulie Joucet : \u201cLes trippes \u00e0 l\u2019air\u2026\u201d \u00bb \u2014 semble faire \u00e9cho \u00e0 l\u2019expression \u00ab mettre ses tripes sur la table \u00bb, qui signifie d\u00e9voiler ses \u00e9motions les plus profondes, se livrer avec sinc\u00e9rit\u00e9 et vuln\u00e9rabilit\u00e9. La mention des tripes dans le titre sugg\u00e8re ainsi d\u2019embl\u00e9e la mise \u00e0 nu \u00e9motionnelle que suppose une d\u00e9marche autofictionnelle. Elle instaure un cadre o\u00f9 l\u2019\u00e9criture de soi s\u2019inscrit dans une exposition de l\u2019intime, o\u00f9 l\u2019artiste se r\u00e9v\u00e8le sans d\u00e9tour.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Margrit Shildrick d\u00e9veloppe une r\u00e9flexion proche lorsqu\u2019elle propose la figure du \u00ab leaky body \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un corps fuyant, poreux et irr\u00e9ductiblement vuln\u00e9rable, dont les fronti\u00e8res instables d\u00e9font l\u2019illusion d\u2019une subjectivit\u00e9 autonome, close sur elle-m\u00eame. En pensant l\u2019\u00e9thique \u00e0 partir de cette porosit\u00e9 \u2014 des fluides, des orifices et des zones de contact plut\u00f4t que d\u2019un dedans prot\u00e9g\u00e9 d\u2019un dehors mena\u00e7ant \u2014 Shildrick rejoint, sur un autre plan, la logique du corps grotesque bakhtinien : un corps toujours en train de se d\u00e9border, de s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et de se reconfigurer dans et par la relation \u00e0 l\u2019autre. Voir: Margrit Shildrick. 1997. <em>Leaky Bodies and Boundaries: Feminism, Postmodernism and (Bio)ethics<\/em>, Londres\/New York, Routledge.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Mary Russo sugg\u00e8re que les repr\u00e9sentations du corps f\u00e9minin sont sp\u00e9cifiquement associ\u00e9es au \u00ab\u2009bas\u2009\u00bb, au \u00ab\u2009cach\u00e9\u2009\u00bb, au \u00ab\u2009terrestre\u2009\u00bb, au \u00ab\u2009sombre\u2009\u00bb ou au \u00ab\u2009visc\u00e9ral\u2009\u00bb. Elle souligne le lien th\u00e9orique avec la monstruosit\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la grotte comme m\u00e9taphore corporelle des femmes. \u00c0 ce titre, Barbara Creed, dans son essai <em>Monstrous Feminine. Film, Feminism, Psychoanalysis<\/em>, reprend le mythe du Vagin dent\u00e9 pour traiter l\u2019id\u00e9e d\u2019une parano\u00efa masculine dans les repr\u00e9sentations monstrueuses de femmes dans les films d\u2019horreur am\u00e9ricains. On pourrait d\u00e8s lors se demander ce qui se passerait si le monstre du bas corporel f\u00e9minin sortait de la grotte o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 rang\u00e9. Le mod\u00e8le du carnavalesque bakhtinien permet donc d\u2019imaginer un \u00ab\u2009sortir de cette grotte\u2009\u00bb, un renversement du haut et du bas. C\u2019est dans cette optique que le r\u00e9investissement du grotesque est subversif\u2009; il permet au monstre de sortir de l\u00e0 o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 confin\u00e9, de se montrer dans toute son extravagance, mais \u00e9galement de prendre la place, la parole, de s\u2019\u00e9noncer dans l\u2019espace public, et de se dire par lui-m\u00eame. Voir: Barbara Creed. 2023. <em>Monstrous Feminine. Film, Feminism, Psychoanalysis<\/em>, New York, Routledge, coll. \u00ab\u2009Popular fiction series\u2009\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Sur ce concept, voir le travail fondateur de Laura Mulvey, qui th\u00e9orise le <em>Male Gaze<\/em> comme un regard masculin normatif structurant la repr\u00e9sentation des femmes selon les d\u00e9sirs h\u00e9t\u00e9rosexuels masculins, dans son essai de 1975, <em>Visual Pleasure and Narrative Cinema<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Mary Douglas. 1971. <em>De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou<\/em>, Paris, Maspero. Cherchant \u00e0 s\u00e9parer l\u2019universel des particularit\u00e9s culturelles autour des questions de souillure et de pollution, Mary Douglas porte l\u2019analyse bien au-del\u00e0 des consid\u00e9rations d\u2019hygi\u00e8ne. Pour elle, la notion de souillure n\u2019a rien \u00e0 voir avec des consid\u00e9rations m\u00e9dicales propres aux peuples \u00ab\u2009primitifs\u2009\u00bb. Elle renvoie plut\u00f4t \u00e0 quelque chose qui se d\u00e9finit en priorit\u00e9 par ses ressorts et ses fonctions symboliques. La souillure, symbole du d\u00e9sordre, n\u2019aurait de sens que dans un rapport avec l\u2019ordre et en serait l\u2019envers indispensable. La souillure circonscrit le corps et agit comme un discours sur l\u2019ordre normatif des choses. Judith Butler \u00e9crit en ce sens\u00a0: \u00ab\u2009Son analyse [celle de Douglas] montre que ce qui constitue les limites du corps n\u2019est jamais simplement mat\u00e9riel. Des tabous et transgressions attendus donnent toujours sens \u00e0 la surface, la peau. Dans son analyse, les fronti\u00e8res du corps constituent m\u00eame les limites du social en tant que tel. Si l\u2019on reprenait sa conception dans une perspective poststructuraliste, on pourrait dire que les fronti\u00e8res du corps constituent les limites de ce qui est socialement h\u00e9g\u00e9monique.\u2009\u00bb Voir\u00a0: Judith Butler. 2006. <em>Trouble dans le genre\u00a0: le f\u00e9minisme et la subversion de l\u2019identit\u00e9<\/em>, traduction de l\u2019anglais par Cynthia Kraus, Paris, La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Cette conclusion th\u00e9orique a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab Freedom of Interpretation: Bakhtin and the Challenge of Feminism Criticism \u00bb de Wayne C. Booth. Ce dernier soutient que les th\u00e9ories de Mikhail Bakhtine, notamment son concept de dialogisme, peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour une critique f\u00e9ministe de la litt\u00e9rature. Cependant, Booth souligne que Bakhtine n&rsquo;a pas pris en compte les voix f\u00e9minines dans ses analyses, ce qui limite l&rsquo;efficacit\u00e9 de son approche face aux enjeux f\u00e9ministes. Il plaide donc pour une critique litt\u00e9raire \u00e9thique qui reconna\u00eet les id\u00e9ologies sous-jacentes aux \u0153uvres litt\u00e9raires et leurs effets potentiels sur les lecteur\u00b7ices. Cette perspective critique s&rsquo;inspire de la notion de dialogisme de Bakhtine, mais cherche \u00e0 l&rsquo;\u00e9largir pour inclure les voix f\u00e9minines et \u00e0 remettre en question les structures de pouvoir implicites dans les textes litt\u00e9raires. Voir\u00a0: Wayne C Booth. 1982. \u00ab Freedom of Interpretation: Bakhtin and the Challenge of Feminism Criticism \u00bb. <em>Critical Inquiry<\/em>, vol. 9 : 45-75.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> \u00c0 ce sujet, j\u2019invite le\u00b7la lecteur\u00b7ice curieux\u00b7euse \u00e0 aller lire Lauren Elkin. 2023. <em>Art Monsters\u00a0: Unruly Bodies in Feminist<\/em> <em>Art<\/em>. Londre, Chatto &amp; Windus. Elle se base sur le postulat selon lequel il est difficile de se permettre d\u2019\u00eatre monstrueuse pour une femme. Elle a donc d\u00e9cid\u00e9 de faire l\u2019histoire des corpor\u00e9it\u00e9s f\u00e9minines non dominante dans une perspective d\u2019historienne de l\u2019art.<\/p>\n<\/p>\n<h2>Annexes<\/h2>\n<p>Figure\u00a01\u00a0: \u00ab\u2009Les trippes \u00e0 l\u2019air\u2026\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9968\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.1-254x300.jpg\" alt=\"\" width=\"254\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.1-254x300.jpg 254w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.1.jpg 341w\" sizes=\"auto, (max-width: 254px) 100vw, 254px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9969\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.2-257x300.jpg\" alt=\"\" width=\"257\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.2-257x300.jpg 257w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.2-768x896.jpg 768w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-1.2.jpg 792w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><\/p>\n<p>Figure 2\u00a0: \u00ab\u2009Self Portrait in a Possible Situation\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9970\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-2-226x300.jpg\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-2-226x300.jpg 226w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-2.jpg 552w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/p>\n<p>Figure 3 : \u00ab\u2009Plotte ? \u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9973\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-3-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-3-199x300.jpg 199w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-3-678x1024.jpg 678w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-3-768x1160.jpg 768w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-3-1017x1536.jpg 1017w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-3.jpg 1249w\" sizes=\"auto, (max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/><\/p>\n<p>Figure\u00a04\u00a0: \u00ab\u2009En manque\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9975\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.1-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.1-232x300.jpg 232w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.1.jpg 712w\" sizes=\"auto, (max-width: 232px) 100vw, 232px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9976\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.2-231x300.jpg\" alt=\"\" width=\"231\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.2-231x300.jpg 231w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.2.jpg 682w\" sizes=\"auto, (max-width: 231px) 100vw, 231px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9977\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.3-233x300.jpg\" alt=\"\" width=\"233\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.3-233x300.jpg 233w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.3.jpg 683w\" sizes=\"auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9978\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.4-234x300.jpg\" alt=\"\" width=\"234\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.4-234x300.jpg 234w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-4.4.jpg 673w\" sizes=\"auto, (max-width: 234px) 100vw, 234px\" \/><\/p>\n<p>Figure 5 : \u00ab\u2009Le striptease du lecteur\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9979\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.1-229x300.jpg\" alt=\"\" width=\"229\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.1-229x300.jpg 229w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.1.jpg 712w\" sizes=\"auto, (max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9981\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.2-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.2-232x300.jpg 232w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.2.jpg 693w\" sizes=\"auto, (max-width: 232px) 100vw, 232px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-9983\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.3-227x300.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.3-227x300.jpg 227w, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Figure-5.3.jpg 688w\" sizes=\"auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><\/p>\n<h6>Pour citer<\/h6>\n<p>Cliche, Vincent. 2025. \u00ab Pour un carnavalesque f\u00e9ministe. La question du grotesque f\u00e9minin dans les fanzines <em>Dirty Plotte<\/em> de Julie Doucet \u00bb, <em>Postures<\/em>, dossier \u00ab Mesures de la d\u00e9mesure \u00bb, n\u00b0 41, en ligne, &lt;https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=9961&gt;, consult\u00e9 le xx\/xx\/xxxx.<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/2eTour_ElisabethSimeoneOtis_Cliche-Vincent.-Pour-un-carnavalesque-feministe.-Le-grotesque-feminin-chez-Julie-Doucet_V3_2025-11-18.docx.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 2eTour_ElisabethSimeoneOtis_Cliche, Vincent. Pour un carnavalesque fe\u0301ministe. 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