Faire genre
Pendant plusieurs années, lorsque j’étais plus jeune et moins conscient d’où j’écrivais, j’ai eu l’impression de jouer un jeu. Peut-être était-ce renforcé par les fictions audiovisuelles que je consommais avidement lors de mon enfance et de mon adolescence, mais je ne me sentais pas à l’aise dans l’image que je donnais à voir de moi. J’aspirais à évoluer dans un monde qui ne me correspondait en rien et dans lequel je ne me reconnaissais pas. Pourtant, je tâchais, autant que faire se peut, de m’y conformer, de contraindre mon corps, mon esprit et mes désirs d’en adopter les contours, les règles et les normes. Ça n’a pas fonctionné bien longtemps, car très vite, j’ai été forcé de me rendre à l’évidence : me cacher n’était pas une option.
Plus récemment, j’ai eu de nombreuses et longues conversations amicales nocturnes au sujet des questions queer. Je me suis nourri de ces réflexions, et c’est peu à peu que j’ai compris les tenants et aboutissants du genre et de son lien étroit avec le tissu social. Puis, c’est en lisant Teresa de Lauretis que le concept de technologie de genre[1] m’est apparu comme au centre de mon expérience. Sans même l’avoir conscientisé, j’étais traversé par une idéologie et des représentations de genre qui me constituaient en tant qu’être humain, et qui, par la même occasion influaient sur mes choix de vie, mes idées et même les textes que j’écrivais. Surtout, je me suis alors rendu compte que je n’étais pas seul à avoir fait, un jour, cette découverte, et que celle-ci, consciente ou non, conditionnait du même coup nos représentations et, de là, nos écrits. Nous sommes des identités composites[2]. Nous sommes le fruit de plusieurs vies que nous vivons encore ou que nous souhaitons vivre, nous nourrissant aussi de celle des autres, et de celles que nous imaginons et que nous appelons de tous nos vœux. Nous vivons ainsi tels des funambules, jamais vraiment trop à l’aise tant qu’on n’a pas réussi à trouver le bon équilibre entre nos identités. J’ai mis du temps à comprendre les différents moments de mon existence, comment je peux être, aujourd’hui, si différent de celui que j’étais plus jeune, comment je suis encore capable de devenir une tout autre personne lorsque je me retrouve face à des élèves, des étudiant·e·s, des collègues, des inconnu·e·s, ma famille, mes ami·e·s, ou même selon les lieux dans lesquels je me trouve.
Cette compartimentation de mon existence m’a toujours laissé l’impression d’une imposture, quand ce n’est pas l’image du parjure qui s’impose à moi : je suis celui qui trahit ses propres valeurs ou ses communautés pour son bénéfice, pour ne pas qu’on me voie. Qu’il s’agisse de mon rapport de classe, de sexe ou de genre, mon but était d’acheter la tranquillité; pendant très longtemps, avant que je ne me remette à écrire, je ne revendiquais rien, je dissimulais. C’est pourtant là où la littérature féministe et queer est venue prendre tout son sens, en tant que terrain de revendication et de réflexion, en tant que lieu de l’affirmation d’un geste et d’une posture qu’il me devient nécessaire de travailler et de nourrir.
Ces lectures et ces conversations nocturnes avec des ami·e·s m’ont fait prendre conscience que moi aussi, d’une certaine manière, « j’habite la frontière, la marge, où s’exposent les outsiders et les parvenu·es » (Dawson et Rosso 2021, 25), et que c’est sans doute le fait d’avoir connu plusieurs vies, d’être toujours un autre que celui que je suis, d’évoluer de l’autre côté de la rive, d’avoir un pied de chaque côté et le cul entre deux chaises, de me tenir en équilibre sur un fil…, que c’est ça qui me permet d’écrire.
L’enfant prodigue
Yvon Rivard[3] suggère que la démarche de celui ou celle qui crée se situe dans un moment de rupture : le « miracle » de l’écriture se produirait dans la solitude. Il faut tout quitter pour ne plus être influencé, pour ne plus rien devoir à qui ou à quoi que ce soit. C’est là que Rivard, dans une partie consacrée à cette figure dans Une idée simple, convoque la parabole de l’enfant prodigue afin d’en tirer sa propre interprétation sur la création.
S’il fait peu mention de son origine, cette parabole provient cependant de l’Évangile selon Luc (15:11-32) et met en scène un homme ayant deux fils. Le plus jeune exige sa part d’héritage avant l’heure, et le père accepte. Le fils part alors pour un voyage pendant lequel il dilapide sa fortune dans une vie de débauche. Lorsque survient une famine, il se retrouve totalement dépourvu. Il décide alors de revenir vers son père. À son retour, alors qu’il est encore loin, son père l’aperçoit, va à sa rencontre, et l’accueille avec joie. Il fait préparer un festin pour célébrer le retour de ce fils perdu. L’aîné, en revanche, ressent, lui, une profonde injustice : il a toujours été fidèle à son père et n’a jamais reçu un tel honneur. Le père lui répond que tout ce qu’il possède est à lui, mais qu’il est juste de se réjouir du retour de celui qui était perdu et qui est désormais retrouvé.
Dans la culture religieuse et populaire, cette parabole sert à illustrer le pardon et la rédemption. Le fils cadet, par son acte de rupture avec la famille, incarne le désir d’indépendance et l’éloignement volontaire des influences qui l’entourent. Pourtant, cette quête d’autonomie mène à une impasse et une forme de solitude. C’est cette situation de détresse qui le pousse à reconnaître sa propre vulnérabilité et à chercher le retour vers une forme de lien originel. La réponse du père, un amour inconditionnel et un pardon absolu, transcende la logique punitive à laquelle on pourrait s’attendre dans ce type de récit.
Lorsqu’on la met en lien avec la réflexion d’Yvon Rivard sur la création, la parabole du fils prodigue peut être interprétée comme une métaphore de la démarche artistique. L’acte de créer, tout comme celui du fils cadet, exige une rupture initiale, un départ symbolique du foyer afin de s’affranchir des conventions et des influences qui conditionnent la pensée. Ce chemin de solitude peut mener à une impasse, mais c’est précisément dans ce vide, dans ce dénuement, que le « miracle » de la création peut émerger. Le retour du fils prodigue peut ainsi être lu comme une réconciliation avec soi-même, après avoir exploré les marges. La célébration qui s’ensuit symbolise l’accomplissement de l’œuvre, un retour à la maison intérieure, enrichi par l’expérience de la perte et du renouveau.
Cette image a régulièrement surgi dans ma vie, tantôt par l’entremise de son véritable sens, tantôt par celle de son quasi-homologue, le paronyme avec lequel je la confondais souvent et qui m’apparaît aujourd’hui comme y étant tout à fait lié : le fils prodige, celui qui réussit tout ce qu’il entreprend. Au cours de mon enfance et jusqu’au début de mon adolescence, mes parents se servaient souvent de cette expression pour parler de moi et du simple fait que je connaissais les bases du dessin, que j’étais capable d’écrire des histoires reprenant des codes narratifs plus ou moins fonctionnels, et que j’avais certaines facilités à l’école faisant qu’on pouvait me laisser me débrouiller seul. Le poids de cet adjectif, conjugué au sentiment de solitude imposé par les différences que je ressentais au fond de moi et renforcé par la peur viscérale de faillir et de ne pas correspondre à cette idée de perfection et de génie, à celle qu’on se faisait de moi, finalement, a sans doute, peu à peu, produit l’effet contraire. Je me pliais aux regards, aux jugements et à la volonté d’autrui. Et ce faisant, incapable d’être moi-même parmi les autres, je me voyais, comme pris dans un cercle vicieux, tenter du mieux que je pouvais de les singer pour rentrer dans le moule. Alors, je ne créais plus, j’en faisais le moins possible, trop occupé à maintenir les apparences. Pire, je me reniais et m’éteignais à petit feu.
Même longtemps après mon coming out, il aura fallu les efforts conjugués des nouveaux membres de ma communauté et de la littérature pour que je me déconstruise peu à peu, et que le désir de créer, d’écrire, de se (re)dire à travers l’écriture, se fraie à nouveau un chemin jusqu’à moi. Malgré tout, la posture de l’écrivain reste difficile à porter et à revendiquer. Quelque chose, que je ne parvenais pas à identifier avant que je ne m’expatrie, se jouait dans les liens familiaux et amicaux qui me rattachaient à la France. Si je voulais écrire, retrouver celui que j’avais commencé d’être très jeune, avoir une chance de m’éprouver, d’éprouver le monde et mon écriture, il était nécessaire de partir, de passer du fils prodige au prodigue.
Toujours selon Rivard, l’enfant prodigue est celui qui se débarrasse de tout, y compris de l’amour qui est quelque chose de bien trop fort pour lui. C’est l’amour qui le pousse à partir, en réalité, celui qu’il se porte ou qu’il porte aux autres. C’est l’amour qui lui apprend à se dépasser puisqu’il cherche quelque chose de supérieur et de subjuguant : il cherche à se fondre dans quelque chose qui le dépasse. Seulement, il ne parvient jamais à trouver et finit par rentrer chez lui, bredouille. Car pour aimer, il faut être capable de se laisser aimer en retour.
Rivard tire un parallèle entre le mythe de l’enfant prodigue et l’écriture : écrire sans amour, sans désir, sans but, ne peut pas fonctionner. D’où selon moi la nécessité de s’éloigner, de prendre de la hauteur ou de la distance, quitter son monde pour se confronter à un autre monde. Il s’agit, en somme, et pour le dire de manière presque triviale, de sortir de sa zone de confort. De là, la rupture, qui est avant tout familiale et amicale[4], mais qui consiste également dans le fait de s’affranchir d’un pan d’une littérature dans lequel on ne se retrouve plus. C’est en fait une nouvelle famille littéraire qu’il faut trouver, qui soit capable de soutenir, de faire réfléchir, de déconstruire et de faire progresser. Même si je pense qu’on ne rompt jamais totalement avec l’héritage dans lequel on se trouve inscrit malgré soi, et que les auteur·trice·s de notre première famille littéraire[5] laissent leur empreinte d’une manière ou d’une autre dans les écrits, mon écriture, les images que je convoque, le style, les thèmes… sont dorénavant influencés par celleux que je reconnais comme faisant partie de ma nouvelle famille littéraire, comme ces êtres qui ont ressenti en elleux ce que j’appelle l’héritage de la honte[6].
Rivard affirme que le cœur de l’être humain est l’enfance et que le salut de l’adulte vient du secours porté à l’enfant qu’il a été. Dans la parabole de l’enfant prodigue, celui-ci finit par rentrer dans le monde, car son enfance est inachevée (on pourrait même dire « abandonnée »). Je crois comprendre, ici, qu’il faut accepter d’où on vient, d’où on se place en tant qu’écrivain·e et se laisser façonner par nos origines. En somme, il y a un mouvement qui nous amène à quitter, en tant que créateur·trice, le lieu d’où l’on vient pour éprouver le monde, l’humanité, sentir ce qui nous manque, pour ensuite, toujours, revenir aux origines. Benoit Jodoin affirme que « dans la culture de la pauvreté, surtout en situation de pauvreté queer, écrire se vit souvent comme un geste de rupture avec la famille » (Jodoin 2024, 96). En quittant la France, il y a plusieurs années, pour venir éprouver ma démarche d’écriture, qu’allais-je trouver ? Qu’ai-je fui, en réalité ?
Aujourd’hui, je souris de constater que les premiers textes que j’ai produits à mon arrivée à Montréal se concentrent sur mon passé, mon enfance et celui que j’étais avant d’émigrer, comme s’il était nécessaire, pour m’en éloigner, m’en libérer et trouver une nouvelle direction à donner à mon écriture, de les comprendre davantage. Alors même que ces vies passées formatent mes pensées et mes mots, il m’est nécessaire de m’appuyer dessus, de les embrasser en entier, afin que l’auteur en devenir leur porte secours. C’est de cette manière qu’il m’est apparu que mon travail d’écrivain queer, honteux et inachevé, pouvait se faire. C’est seulement ainsi que le miracle de l’écriture est possible. Et je ne m’arrêterai pas de la chercher. Je ferai mentir la parabole. Je ne reviendrai pas auprès des miens la queue entre les jambes, le regard bas et fuyant. Si je dois rentrer un jour, c’est que j’aurai trouvé ce que je suis parti chercher.
L’imposture
Le sentiment d’imposture se fait toujours sentir à une étape ou une autre de mon processus d’écriture. Qu’il me submerge pendant la période de flottement qui précède toute mise en récit, lors de l’écriture à proprement parler, de la lecture du matériau brut, ou lorsque le texte est soumis au regard d’un·e autre, j’ai l’impression que cette illégitimité est liée au fait que je cherche à réfléchir aux questions de genres, à la difficulté que j’ai d’accepter mon inscription dans un faisceau d’auteur·trice·s qui cherchent à révéler la domination, l’ostracisation dont ielles sont victimes dans leurs textes, que je m’en inspire et que je ne sais pas si je suis à la hauteur. Régulièrement, je confronte mon geste d’écriture au jugement. Qu’il s’agisse du mien ou de celui de tierces personnes, c’est chaque fois le même sentiment qui est réactivé. Et puisque je ne sais jamais si mes écrits ne sont que de pâles copies incapables de compléter, prolonger ou poursuivre le mouvement initié par ceux et celles que j’admire, mes textes retournent bien souvent d’où ils viennent. Ils restent prisonniers de mon ordinateur.
Il faut pourtant avouer que c’est parfois ce sentiment d’illégitimité, vecteur de réflexions, de questionnements et de doutes quant à l’intérêt et la valeur de ce que j’écris, qui se révèle moteur de création. Mercédès Baillargeon, dans son essai « Accepter le doute : écrire dans le contexte universitaire néolibéral », remarque que ces moments de doute font partie intégrante de l’acte de création, et qu’ils sont véritablement multiples : « on doute de sa propre capacité, de la cohérence, de la pertinence et de l’originalité de son travail, de la qualité de l’œuvre ou de sa capacité de diffusion lorsqu’elle est achevée » (Baillargeon 2023, 80). Si je retrouve bien, ici, les différents moments dans lesquels le doute m’assaille, je crois pourtant que ce seul mot peine à cristalliser l’ensemble des sentiments et des questions nées du syndrome de l’imposteur.
Je suis d’accord avec elle quand elle poursuit en disant que
[s]’il y a là des questionnements de l’ordre de l’inquiétude, dans l’acte de création même, c’est d’un doute plus essentiel, d’un vertige dont il est question. Le premier doute est le doute de soi. Sentiment de se fourvoyer, dont on ne peut donner ni la preuve ni la cause, et qui échappe à l’analyse. […] L’incertitude, le doute sont nécessairement inconfortables. Et c’est nécessairement dans l’inconfort qu’on écrit. (80)
Je ne peux nier que de l’inconfort naît mon écriture. Pour autant, les racines de l’imposture sont si fortement ancrées en moi, que celle-ci dépasse le simple doute de soi. J’en viens même à comprendre qu’elle est constitutive de tout mon être : elle est ma posture d’être au monde. Ce sont véritablement des voix qui se surajoutent à la mienne, jusqu’à provoquer une cacophonie qui empêche mes pensées de tracer leur chemin jusqu’à mes mots. Ce faisant, je tourne autour, j’évite, je me contiens, j’ai peur qu’on me découvre, j’ai peur de ne pas parvenir à dire, j’ai peur que le masque tombe et qu’on voit ce que j’essaie de cacher, ou pire, que ne parvenant pas à écrire, on se rende compte de ma supercherie.
Mes textes suintent le syndrome de l’imposteur : il est ce qui m’a pendant longtemps empêché d’investir la singularité, si tant est qu’elle existe, de mon écriture. Les critiques et les remarques que j’essuyais lors de mes premières études en France, loin de me pousser à m’améliorer, à travailler davantage, ne faisaient que nourrir mon insécurité.
Votre problème, c’est que vous écrivez mal. C’est lourd. Là, on voit que c’est vous ! Ces mots, prononcés par une professeure que j’admirais, et dont le but n’était aucunement de me blesser ou de me rabaisser, ont pourtant invoqué l’imposture et l’ont accentuée. On me conseillait de lire le plus possible pour m’imprégner du style des plus grand·e·s que moi, pour me débarrasser des lourdeurs et du manque de précision. Je m’y attelais, dévorant avidement tout ce qui me passait sous la main et attisait ma curiosité. Incapable d’écrire, je m’effaçais dans la lecture en espérant venir, plus tard, à l’écriture. Pourtant, tout au fond de moi, il était déjà trop tard, le mal était fait. Le prodige était devenu le médiocre et, dès lors, aveuglé par une hiérarchisation rigide des savoirs et savoir-faire universitaires que le syndrome m’imposait, je me convainquais n’être capable de produire que de la mauvaise littérature. D’où cette découverte : petit à petit, en tâtonnant, en essayant, en ratant souvent, en me faisant violence après des années sans écrire une seule ligne, une sorte de vérité m’apparaît soudainement : c’est depuis l’imposture que j’écris, à présent.
La peur
Bien que j’aie l’habitude de me servir de ce qui réside en moi, de mes souvenirs et de mes expériences pour les jeter sur l’écran, il reste toujours une difficulté qu’il m’est pénible d’outrepasser : la peur. Non pas seulement la peur générée par l’idée d’avoir mal écrit, mais véritablement celle qui prend naissance dans la confrontation au regard de l’autre et de ce qu’il ou elle pourrait penser de ce qui est raconté dans le texte. De là naît un certain inconfort, qui est tout à la fois celui qui apparaît au moment de l’écriture, lorsqu’on se laisse imaginer que le texte se retrouvera soumis à un lectorat, que celui qui vient ensuite, quand se mêle aux doutes et au sentiment d’imposture la possibilité d’être vu pour ce que je suis.
Lorsque j’écris, je cherche à tout dire, pour qu’à l’inverse d’Arthur Dreyfus, il ne reste pas que les secrets[7]. Ainsi, il me semble nécessaire qu’en tant qu’écrivain se revendiquant queer, la dimension sexuelle de mes personnages (pour ne citer que cet exemple) soit à valoriser et à représenter, car le monde repose encore sur une queerphobie indéniable et qui me frappe régulièrement de plein fouet. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les actualités, les fils de nouvelles faisant régulièrement ressortir les droits des minorités LBTQIA2+ bafoués ou en danger.[8] Et même si « on [veut] croire que le sort des jeunes de la diversité sexuelle s’est de beaucoup amélioré […] on entend plus que jamais parler de harcèlement, d’intimidation et de suicides d’adolescents LGBTQ » (Dorais 2014, 7). C’est régulièrement que je me souviens du monde dans lequel j’ai grandi, dans lequel je me suis construit, et qui me semble à la fois différent de et semblable à celui d’aujourd’hui. Ce sont ces émanations, ces réminiscences, ces relents de la haine et du rejet dont j’ai été l’objet qui conditionnent mon écriture et inscrivent mes textes dans un certain héritage littéraire.
J’ai écrit, il y a plusieurs mois, une nouvelle pour une revue. Avant de faire parvenir cette nouvelle à la revue à laquelle elle était destinée, je l’envoie à plusieurs personnes qui en connaissent déjà le sujet : le coming out. Si ces lecteurs et lectrices potentiel·le·s savent qui je suis, ielles ne voient de moi que ce que je choisis de leur montrer. En leur demandant de lire mes textes, c’est une autre part de moi, plus cachée, enfouie, voire refoulée, qui leur parvient. Se raconter et se dévoiler dans le choix des mots, ou à travers une voix narrative fragile, brisée, effrayée et honteuse, n’est pas quelque chose qui va de soi. Ça ne se fait pas sans angoisse. Que celle-ci naisse de la crainte d’être jugé mauvais écrivain, ou de celle, non moins importante, d’apparaître ridicule, je réussis cependant toujours à me faire violence, et à faire lire mon texte à des lecteurs et lectrices choisi·e·s.
Mais s’il s’agit de faire lire cette nouvelle à une personne qui ne me connaît que peu, j’hésite. Alors qu’il devrait être plus simple de soumettre ce texte, et donc d’obtenir une lecture objective et moins biaisée, à quelqu’un qui ne s’est pas encore fait d’avis sur moi, qui n’a pas de prise sur mon passé, qui ne sait pas d’où je viens, d’où j’écris, et qui serait ainsi tout à fait incapable de faire et de voir les liens qui se tissent entre le « vrai moi » et celui qui se trouve sur la page, ce n’est pas le cas. Le plus difficile est de réagir à la question qu’on me pose systématiquement : On est d’accord que c’est de la fiction ? Que ce personnage, ce n’est pas toi ? Aussitôt, comme pour me protéger de je-ne-sais-quoi, pour démentir que ce personnage de fiction, mon narrateur, me ressemble, je nie tout, en bloc. J’ai peur qu’on sache qui je suis. J’ai peur qu’on me découvre, qu’on voit d’où je viens, d’où j’écris, que je sois un livre ouvert, et qu’on referme mes pages. J’ai peur de revendiquer des mots dont j’ai encore honte. J’ai peur d’écrire et d’être lu. C’est peut-être aussi cette peur qui nourrit encore davantage l’imposture : la crainte que dans une recherche inavouée d’authenticité, mes mots ne soient perçus finalement que comme une imposture. Si écrire relève pour moi d’une quête de vérité, le doute persiste : peut-on vraiment être authentique dans l’écriture de soi, ou cette aspiration ne devient-elle qu’une illusion impossible à atteindre, une protection masquant inévitablement une part d’imposture ?
Toutes ces questions sont au cœur de la démarche d’écriture autofictionnelle que je défends, et qui me permet justement de prendre de la hauteur, de m’éloigner de moi pour aller vers le monde, de regarder le texte comme un objet littéraire et non comme une simple confession, un aveu ou des mémoires. Néanmoins, la peur ressentie vient précisément me dire que j’aurai beau me cacher en enrobant mes mots de tous les apparats littéraires, emprunter tous les détours, faire toutes les modifications, adaptations ou atténuations, écrire et être lu, être reconnu, qu’on fasse le lien entre le personnage qui est raconté et moi qui raconte, c’est courir le risque le plus important : réactiver la honte.
Le camouflage
Un ami m’a dit, déjà, qu’adopter une posture de protection face à soi et aux autres, ne pas systématiquement se révéler queer dans les différentes sphères de nos vies, aller parfois jusqu’à imiter la posture dominante, tel un camouflage, tout ça constitue précisément une attitude queer. Il m’est possible de « passer pour » straight en adoptant les codes que la société des dominants a édictés comme normes, évitant ainsi des questionnements, des regards, des mots, des injures, des moqueries… Être capable, à la manière d’un caméléon, de circuler d’une sphère à l’autre sans se faire remarquer, est proprement ainsi une posture queer d’adaptation. Que je le veuille ou non, qu’on le veuille ou non, notre existence, nos vies, et allant par-là, nos textes déstabilisent l’identité, le genre, en tordant les étiquettes, puis en adoptant fatalement un point de vue qui s’oppose à la pensée straight[9].
C’est la figure du cyborg au sens où l’entend Donna Haraway[10], mais surtout telle qu’elle est convoquée par Élisabeth Spettel dans son article sur les femmes extrêmes et la technique du collage[11], qui m’intéresse ici. À travers le pillage d’expériences de vie qui ne sont pas les miennes, et le collage, avec lequel je recompose les morceaux épars de toutes ces vies que j’ai moi-même vécues, je m’inscris, en tant qu’auteur queer, dans un héritage qui veut qu’au cours de nos existences queer, nous nous composions, construisions et déconstruisions sans cesse. Plusieurs couches de vies se superposent qui nous permettent, grâce à l’acte de création, de jouer avec le regard de l’autre, de le provoquer et de le tromper pour ensuite tenter de s’en libérer, de le contraindre à se décentrer pour le déconstruire et qu’il adopte notre point de vue, minoritaire.
C’est là un geste qui consiste à embrasser la honte, accepter qu’elle fasse partie intégrante de ce qui a conditionné mon existence, mon regard sur le monde, ma sensibilité, mon envie d’expulser ce qui pourrit au fond de moi, et parvenir à le jeter à la face du monde. C’est cette prise de conscience qui peut me permettre de produire de nouveaux textes, de nouvelles images propres à renouveler le langage, la forme et les histoires de mon héritage littéraire. C’est d’abord une posture d’observation, puis de protection et d’adaptation, qui enfin permet de « transformer cette filiation lourde à porter et qui devrait [me] vouer à la peur, à la dissimulation, à la vie nocturne, en une source d’énergie qui produit sa propre lumière » (Éribon 2015, 11).
L’héritage
Peut-être que si j’écrivais des textes éloignés de moi et de ce que je ressens, de ce que j’ai vécu, ils apparaîtraient comme erronés, de travers ou à côté. Peut-être que mes mots tourneraient à vide sans parvenir à toucher aux choses, à les écrire, à en rendre compte. Ils sonneraient faux. Je ne réussirais qu’à m’en approcher.
C’est pour cette raison que je crée à partir de ce qui m’est familier, et de ceux et celles que je connais. Mes écrits s’insèrent, presque malgré moi, dans une histoire littéraire dont l’ampleur m’étonne un peu plus à chaque lecture. On n’en a jamais fini d’ajouter des noms à cette communauté d’auteur·trice·s qui, chacun·e à leur manière, dans des styles, des genres, des médiums différents tentent de rendre compte de ce qu’elles et ils ont vécu dans leur chair. Cet « héritage [qui] nous précède et nous accueille dans le monde, [qui] est inscrit au-delà de nous » (Lambert 2021, 108) devient, à chaque texte que j’écris, à chaque ligne que je compose, le mien. Ce faisant, j’attrape à pleine main la balle pour en faire dévier la trajectoire. C’est à Paul B. Preciado[12] que j’emprunte cette image, qui me permet d’exprimer, de la manière la plus juste, il me semble, ce point qu’ont en commun les personnes queer : les normes sociales aussi violentes qu’une balle tirée en plein cœur.
C’est cette métaphore qu’on retrouve régulièrement, de manière plus ou moins explicite, dans des textes qui évoquent les souvenirs d’auteur·trice·s marginalisé·e·s queer renvoyé·e·s à leur honte : « Une personne concernée était alors perçue comme représentative de toute une communauté fustigée, et je me sentais insulté aussi, par ricochet. Au milieu de ces balles perdues, difficile de se construire une estime de soi solide » (Vincent 2023, 20), ou encore : « Il faut dire que peu de temps avant, on m’avait mis la tête sous l’eau. Car, bien avant que les mots ne me visent personnellement, bien avant que je ne prenne conscience de ce que j’étais, la flèche, elle, m’avait déjà trouvé, la morsure du patriarcat avait apposé sa marque » (Desombre 2023, 58).
Le rejet et la honte dont nous sommes l’objet, et qui nous tiennent à l’écart, sont des balles, tirées dans notre direction, pour nous faire taire. Ce mouvement qui me contraint au silence devient étrangement celui qui me pousse à écrire. Je m’interroge alors sur la portée de mon acte d’écriture. Si mes textes restent prisonniers de mon ordinateur, s’ils ne sont jamais lus par des personnes totalement inconnues de moi, et ainsi véritablement inscrits dans l’héritage de la honte queer, est-ce que ma voix s’ajoute à celle de mes pairs ? Combien de textes, déjà écrits, n’ont pas encore trouvé la voie pour être lus ?
L’envie
À la lecture de l’essai autobiographique de Benoit Jodoin, Pourquoi je n’écris pas, je jubile presque. Je dévore le livre, l’avale d’une traite tant j’ai l’impression de lire ma propre histoire. Ma trajectoire. Mes mots. Nous avons grandi sur deux continents éloignés aux histoires différentes, et pourtant nous semblons avoir hérité d’une manière semblable de la culture de la pauvreté, et de la honte.
« J’ai mis longtemps à comprendre que c’est ma honte qui m’a conduit à entreprendre des études littéraires. J’ai appris à m’intéresser à d’autres manières de vivre pour tenter d’effacer celles que j’ai reçues de ma famille » (21). Ou encore : « Il y a une honte quand on se lit soi-même dans les mots de l’autre » (22). J’ai l’impression que c’est ce qui se joue en moi. Au fil de ma lecture, je perçois en moi d’abord un sentiment mêlé de satisfaction, de frustration et d’envie ; cette sorte d’ambivalence que j’ai déjà pu ressentir par le passé. C’est en même temps la honte d’être renvoyé par les mots d’un autre d’où je viens, c’est la frustration de ne pas avoir été capable de l’écrire aussi bien, c’est la déception de mes propres capacités d’écriture, incapable de voir qu’il n’y a pas à comparer, et c’est le retour de la honte, enfin, la honte d’envier l’efficacité d’écriture de l’autre.
Derrière mon admiration pour ce texte, il y a ma médiocrité. Je me demande ce qu’il s’est passé pour qu’enfant, je passe mon temps à imaginer des histoires, à les écrire, à susciter l’intérêt des adultes, pour qu’ensuite je me taise complètement, et que j’oublie ce que j’avais à dire. Je me sens alors à nouveau imposteur quand je lis, dans les pages de Jodoin, qu’il « n’[a] jamais été cet élève au primaire qui attirait l’attention de ses profs de français par son intérêt pour les mots, par ses talents d’écriture ou par son goût pour la lecture, tous ces clichés que l’on retrouve dans l’enfance que racontent certain·es écrivain·es » (97) Je l’ai été, moi. Je passais beaucoup de temps à imaginer des textes fantastiques, à obtenir des bonnes notes en rédaction, à me galvaniser des compliments que ma prof de français offrait à ma mère à mon sujet lors des rencontres de parents, à produire des novélisations inspirées des films ou des séries que je consommais en quantité. Mais j’ai été fainéant. J’ai été pris à mon propre piège. Je me suis reposé sur mes lauriers. J’ai peut-être trop cru en moi à un moment donné. En réalité, mes écrits restaient inaboutis, parfois même inachevés, et mon style, lui, ne s’affinait pas. D’autres écrivaient bien mieux. Je n’étais pas suffisamment humble et j’ai été rattrapé par la honte et le sentiment d’échec inhérents à ma vie. Je n’ai pas pu continuer de m’exprimer et j’ai perdu ma voix pendant longtemps. La honte de moi-même, validée par des résultats scolaires devenus par la suite moyens, a rendu impossible l’écriture de soi, m’a rendu mutique. J’ai fini par me retrancher vers l’écriture académique, la recherche universitaire. Je rédigeais des articles d’analyses de séries fantastiques, d’autres sur les fonctions de la tension narrative et tout ce qui pouvait m’éviter d’écrire sur moi. J’écrivais des pages et des pages sur Buffy contre les vampires, analysant la série dans tous les sens, sous tous les aspects possibles, de la fonction narrative de sa bande originale à une lecture féministe du personnage sous l’angle de l’éthique du care. Sans m’en rendre compte, j’affinais mon style et je me rapprochais peu à peu des questions qui me touchaient : le regard féminin et le regard queer. J’évitais encore tout acte de création à proprement parler. Je crois que je considérais que je n’écrivais pas bien, et que parler de séries que je connaissais par cœur, dans un style très neutre, fade voire insipide, me permettait de faire illusion sur mes capacités d’écriture.
C’est là où la lecture de Jodoin trouve son sens et son importance, c’est là où peut-être ma voix trouvera, elle aussi, son sens et son importance. Qu’importe le parcours et les embûches qui se sont mises sur mon chemin, ce qui compte réellement, c’est d’où j’écris, et ce faisant, de parvenir à retrouver, à un moment ou un autre, ma voix. Ce qui compte avant tout, c’est que mes textes finissent par rejoindre la communauté, qu’ils s’inscrivent dans un mouvement, peu importe finalement quand. Je n’aurai jamais fini d’apprendre à écrire. Je défends l’idée que la littérature queer minoritaire remet peu à peu en question les normes issues du patrimoine littéraire majoritaire. La nouvelle génération d’auteur·trice·s queer, de laquelle je me revendique, plus inclusive et militante, interroge les normes issues de cet héritage littéraire. Que ce soit Tu aimeras ce que tu as tué (2017) de Kev Lambert, Trente (2018) de Marie Darsigny, Good boy (2018) d’Antoine Charbonneau-Demers, ou Lamentable (2022) de Sam Cyr, ces titres « participent tous d’un même mépris, très queer, pour une forme de hiérarchisation de la culture et l’impératif d’avoir lu ce qu’il faut absolument avoir lu » (Tardif 2018), en mêlant sans honte, au sein même de leur écriture, des références populaires à d’autres plus classiques.
J’ai conscience de mon histoire, je sais d’où j’écris et je m’inscrirai moi aussi dans cet héritage. Et l’héritage de la honte, c’est aussi cette porte que je sais pouvoir emprunter à force de m’essayer à retrouver ma voix. Elle mène sur un vaste réseau souterrain d’expériences et de vécus qui se croisent, s’entrelacent, s’empruntent les uns les autres, parfois s’éloignent, parfois se rejoignent, mais finalement me donnent envie d’essayer d’y tracer à mon tour mes propres mots.
« J’écris pour apprendre à prendre la parole » (Jodoin, 101).
Bibliographie
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Notes
[1] Le concept de « technologie de genre » forgé par Teresa De Lauretis, première théoricienne à utiliser l’expression de « théorie queer », mêle à la fois l’idée des « technologies de sexe » de Michel Foucault et la notion butlérienne de performativité. Il s’agit de comprendre le genre comme la résultante des différents contextes sociaux, culturels et historiques et qui ne saurait donc en être détaché par toute forme d’essentialisme. De Lauretis précise que la « représentation du genre est sa construction » (De Lauretis 2007, 41), c’est-à-dire qu’elle est intrinsèquement liée à un processus de répétitions des normes de genre dans toutes les sphères sociales, familiales ou institutionnelles qui en troublent les repères jusqu’à en brouiller les origines et les naturaliser, favorisant du même coup la pensée essentialiste.
[2] Je choisis sciemment ici de ramener ces questions identitaires à celles de la pensée queer. Il est cependant évident que ces interrogations et ces vécus ne sont pas le seul apanage des personnes queer et peuvent tout autant se produire sous d’autres angles et/ou à partir de l’intersectionnalité.
[3] Yvon Rivard, Une idée simple, Montréal, Éditions Boréal, 2010.
[4] Avant tout symbolique, cette rupture constitue souvent la première étape d’un rituel initiatique, marquant le détachement d’un individu de son ancien mode de vie. Elle implique une séparation d’avec la communauté, les habitudes, ou l’identité antérieure. Ce passage douloureux, mais nécessaire, plonge l’individu dans une phase de désorientation, propice à la transformation. En quittant le connu pour l’inconnu, le sujet se confronte à ses propres limites, ouvrant ainsi la voie à un renouveau intérieur. Dans le contexte qui nous intéresse, la rupture n’est donc pas une fin, mais le point de départ d’une quête de soi, prélude à une réintégration sous une forme nouvelle, plus authentique.
[5] J’aime remarquer que lors de mes études de Lettres en France, je vouais une adoration aux Rougon-Macquart de Zola. Peut-être était-ce déjà ici les prémices d’une réflexion et d’un goût pour la transmission et l’héritage, qui me mena d’une certaine façon aux textes de Michel Tremblay.
[6] Je reprends ici une réflexion amorcée par Yvon Rivard dans « L’héritage de la pauvreté » in Personne n’est une île, Montréal, Boréal, 2006.
[7] C’est ainsi que l’auteur décrit son projet sur la quatrième de couverture de son livre. (Arthur Dreyfus, Histoire de ma sexualité, Paris, Gallimard, 2014)
[8] J’en prends pour simple preuve le compte Instagram Le Coin des LGBT+ (lecoindeslgbt) qui ressence quasi quotidiennement et de manière édifiante les reculs des droits 2SLGBTQIA+ partout dans le monde. Ce compte prend le parti de publier également du contenu sur les « bonnes » nouvelles et les avancées. Pour autant, la somme des agressions à caractères LGBTphobes est tellement lourde qu’on ne peut qu’en être affligé et inquiet. Selon Statistique Canada, on a noté une augmentation de 69% des crimes haineux visant l’orientation sexuelle en 2023 (par rapport à l’année précédente). En tout, de 2016 à 2023, c’est une augmentation de 388% de ces crimes au Canada qui sont rapportés par la police.
[9] Monique Wittig, « Le point de vue, universel ou particulier », in La Pensée straight, Paris, Éditions Amsterdam, 2018.
[10] « Une créature qui vit dans un monde post-genre. » (Donna Haraway, 2007, 32).
[11] Élisabeth Spettel, « Les artistes femmes : des esthétiques de la limite dépassée ? », in Recherches féministes, 27 (1), pp. 161-181, 2014, en ligne, https://doi.org/10.7202/1025463ar.
[12] Paul B. Preciado, « La Balle », in Un appartement sur Uranus, Paris, Grasset, 2019, pp.77-80.
Pour citer cet article :
Pierre, Mathieu. 2024. « Odyssée d’une honte », no. 40, En ligne https://revuepostures.uqam.ca/?p=9562 (Consulté le xx / xx/ xxxx).