Appel de critiques

Pour la première fois depuis longtemps, la revue Postures. Critique littéraire renoue avec ses origines et offre un appel de comptes rendus critiques. Le but est de créer, au fil des parutions, une banque de comptes rendus pour faciliter les recherches postérieures et faire découvrir de nouveaux ouvrages. Dans le cadre de ce numéro, les comptes rendus se doivent de garder comme fil conducteur la notion de l’exiguïté, de l’écriture à partir des marges. Ils peuvent porter sur un ouvrage en général ou sur un ou plusieurs chapitres en particulier.

L’équipe de la revue propose quelques suggestions en ce sens. Il ne s’agit en aucun cas d’une liste exhaustive ou contraignante. Vous êtes libres de proposer le compte rendu d’un ouvrage autre en lien avec la thématique du numéro.

Voici les suggestions de l’équipe :

Aurore Turbiau et al., Écrire à l’encre violette : littératures lesbiennes en France de 1900 à nos jours, Paris, Le Cavalier Bleu, coll. « Convergences », 2022, 296 p.

Description : Après des siècles d’un silence quasi entier, plusieurs œuvres ouvertement lesbiennes sont publiées au tout début du XXe siècle. Depuis lors, des années folles à l’après-guerre, de l’histoire militante des années 1970 à la naissance de l’édition spécialisée, jusqu’à l’effervescence du début du XXIe siècle, ce sont des centaines de textes qui disent et théorisent leur existence. Parcourant tous les genres, ils mettent en scène le lesbianisme, nomment et nourrissent une culture partagée et en réactivent la mémoire et les noms.

Né du constat d’une mémoire immense, mais enterrée, éclatée et négligée, Écrire à l’encre violette souhaite rendre compte de l’ampleur de ce dialogue lesbien : il intègre et modifie le cadre de la littérature en ouvrant d’autres perspectives.

Cécilia W. Francis et Robert Viau (dir.), Littérature acadienne du 21e siècle, Moncton, Perce-Neige, coll. « Archipel-APLAQA », 2016, 306 p.

Description : L’ouvrage collectif Littérature acadienne du 21e siècle propose des travaux de recherche inédits inspirés par la situation de la littérature acadienne contemporaine et s’inscrit dans un ensemble d’analyses s’intéressant aux courants post-nationalistes de cette littérature ayant acquis, avec les années, ses lettres de noblesse. Les œuvres et les productions acadiennes retenues portent le sceau de la diversité et de l’universalité, tout en montrant dans bien des cas la spécificité de leurs origines, que ce soit de manière manifeste ou sous forme cryptée, à l’aide d’un discours connoté. C’est ce que reflète la structuration de l’ouvrage, conçue en fonction des études consacrées aux écrivain·e·s et aux créateur·ice·s acadien·ne·s bien établi·e·s, d’une part, et à celleux qui forment la relève, d’autre part. Dans la première catégorie figurent Antonine Maillet, Herménégilde Chiasson, Serge Patrice Thibodeau, Jacques Savoie, France Daigle, Jean Babineau, Charles Pelletier, Phil Comeau et Zachary Richard; dans la seconde, on découvrira des visages émergents ou de nouveaux noms, tels que Georgette LeBlanc, Jonathan Roy, Kirby Jambon, Emma Haché, Marcel-Romain Thériault, Mélanie Léger et Rodrigue Jean. Réunies par Cécilia W. Francis et Robert Viau, ces études partagent le souci de faire découvrir l’évolution de la littérature acadienne de même que les productions culturelles acadienne, lesquelles gagnent en audace et en maturité.

François Paré et Nathalie Carré, Faire exister les littératures de l’exiguïté : instituer, légitimer et pérenniser un champ littéraire dans un contexte de domination culturelle, Paris, Double Ponctuation, coll. « Bibliodiversité », 2021, 88 p.

Description : Depuis la publication de son premier essai, Les Littératures de l’exiguïté, François Paré n’a cessé de réfléchir aux conditions d’émergence et de reconnaissance de ces littératures aux « marges étroites » – que ce soit en raison de leur nombre de lecteurs, de leur langue d’écriture ou de leurs difficultés d’accès au statut de littératures publiées.

Dans un champ de recherche où ces questions sont étudiées de manière très spécialisée et cloisonnée (la littérature basque, corse, togolaise, franco-ontarienne, etc.), François Paré propose une réflexion transversale particulièrement stimulante.

Un entretien réalisé par Nathalie Carré.

Hafid Gafaïti, Patricia M. E. Lorcin et David G. Troyansky, Transnational Spaces and Identities in the Francophone World, Lincoln, University of Nebraska Press, coll. « France Overseas : Studies in Empire and Decolonization », 2014, 488 p.

Description : The dissolution of the French Empire and the ensuing rush of immigration have led to the formation of diasporas and immigrant cultures that have transformed French society and the immigrants themselves. Transnational Spaces and Identities in the Francophone World examines the impact of this postcolonial immigration on identity in France and in the Francophone world, which has encompassed parts of Africa, the Middle East, Southeast Asia, and the Americas. Immigrants bear cultural traditions within themselves, transform “host” communities, and are, in turn, transformed. These migrations necessarily complicate ideals of national literature, culture, and history, forcing a reexamination and a rearticulation of these ideals.

Exploring a variety of texts informed by these transnational conceptions of identity and space, the contributors to this volume reveal the vitality of Francophone studies within a broad range of disciplines, periods, and settings. They remind us that the idea and reality of Francophonie is not a late twentieth-century phenomenon but something that grows out of long-term interactions between colonizer and colonized and between peoples of different nationalities, ethnicities, and religions. Truly interdisciplinary, this collection engages conceptions of identity with respect to their physical, geographic, ethnic, and imagined realities.

Isabelle Boisclair, Pierre-Luc Landry et Guillaume Poirier Girard (dir.), Québequeer : Le queer dans les productions littéraires, artistiques et médiatiques québécoises, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, coll. « Nouvelles études québécoises », 2020, 518 p.

Description : En plus d’offrir un portrait des productions culturelles queer au Québec tant francophones qu’anglophones, dont certaines autochtones, cet ouvrage s’attarde à révéler le caractère queer de celles qui ne le sont pas de facto. Il se présente comme un manuel de référence sur le sujet, avec des essais critiques – qui portent autant sur la littérature et le monde du spectacle que sur les arts médiatiques ou la presse gay – et des textes expérimentaux – fictions, dessins, récits autobiographiques.

Plus de 27 œuvres de fiction publiées entre 1965 et 2017 y sont analysées sous différents aspects, avec des méthodologies diverses, mais toujours sous l’éclairage queer (un terme à la nature instable, paradoxale, que calque la forme éclatée de l’ouvrage). Du polyamour à l’inceste, en passant par le racisme, l’urbanité, le suicide, le non-désir d’enfant, l’alimentation ou les processus de production, le queer met en scène des personnages hétéros ou homosexuels, intersexués, cis, trans, travailleur·euse·s du sexe, gros et plusieurs autres… Cette juxtaposition d’états, de genres, de thèmes, de formes et de pratiques constitue l’une des forces de ce livre qui intéressera bien sûr un lectorat d’intellectuel·le·s et de personnes issues des communautés LGBTQIA2S+, mais pas seulement. Il deviendra, sans nul doute, une ressource indispensable pour l’enseignement de nouvelles perspectives dans le cadre des sciences humaines et sociales.

Isabelle Kirouac Massicotte, Trash : une esthétique des marges dans les littératures francophones du Canada, Sudbury, Prise de parole, coll. « Agora », 2023, 243 p.

Description : Le trash est une esthétique encore très peu étudiée en littérature : encore trop mal aimée et mal comprise, elle serait de mauvais goût et indigne d’analyse. L’étude du trash s’inscrit pourtant dans le champ des waste studies, appelé à grandir en importance à l’ère de l’anthropocène, et suscite une réflexion sur ce qui est hors norme, sur l’obscène, sur l’attribution de la valeur et la dévaluation (qu’elle concerne les choses, les individus ou même les critères esthétiques); elle sonde la division arbitraire de ce qui peut être vu, entendu et même senti dans l’espace public.

Cette première étude fouillée du trash dans les littératures francophones du Canada propose une lecture comparée d’œuvres puisées dans les corpus autochtone (An Antane Kapesh et Marie-Andrée Gill), franco-ontarien (Patrice Desbiens et José Claer), québécois (Jacques Renaud, Victor-Lévy Beaulieu et Josée Yvon), acadien (Guy Arsenault et Martin Pître) et franco-manitobain (Charles Leblanc et Jean Chicoine).

Précurseur et multidisciplinaire, inspiré des travaux pionniers de Kenneth Harrow et de Susan Signe Morrison, cet ouvrage s’adresse à toute personne qui désire approfondir sa compréhension de la marginalité – sociale, esthétique – et son inscription dans l’imaginaire littéraire au pays.

Sylvie Vignes (dir.), Image de l’Amérindien dans les littératures francophones actuelles, Paris, Lettres modernes Minard, coll. « Littératures francophones au présent », 2018, 234 p.

Description : Trente ans après les travaux publiés par Gilles Thérien sur le sujet, cette première livraison de la Série Francophonies « au présent » s’intéresse à l’image de l’Amérindien dans les littératures francophones actuelles d’Amérique du Nord – du Québec aux Caraïbes – en accordant une large place aux auteurs autochtones et métis.

Si elles ne peuvent que croiser sur ce sujet nombre des sciences humaines et sociales, les onze études réunies dans notre volume concernent toutes des textes caractérisés par la souplesse, la richesse, les nuances, voire les contradictions propres à la fiction et à la littérarité, qu’ils visent une peinture réaliste d’une culture et de conditions de vie ou cristallisent et déploient plus ou moins ouvertement un imaginaire.

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